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  • Anne

Vénus, l'étoile du berger




Étymologie :

  • VÉNUS, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1. 1246 désigne la planète (Gossuin de Metz, Image du monde, ms. B.N. fr. 1548, 30 v°b d'apr. R. Arveiller, Notes lexicol. ds Marche romane t. 20, 1978 ds Mél. Wathelet-Willem, p. 16) ; 2. 1538 « paillardise, ardeur amoureuse » (Est.) ; 1694 plaisirs de Vénus (Ac.) ; 1814 maladie de Vénus (In titre : Dr Sacombe, La Vénusalgie ou la maladie de Vénus ds Quem. DDL t. 20, s.v. vénusalgie) ; 1832 mal de Vénus (Mém. de J. Casanova de Seingalt, t. 6, ch. 7, p. 297, ibid., s.v. mal) ; 3. 1566 alchim. « cuivre » (J. Grévin, Discours sur les vertus et facultez de l'antimoine, f°10 v°) ; 4. 1736 conchyliol. conque de Vénus (Catal. raisonné de coquilles, p. 82) ; 1778 malacol. Venus d'Islande (Bibl. du Nord, II, 182-3 ds Quem. DDL t. 21). Du lat. Venus, -eris déesse de la beauté, terme att. aux sens de « amour, plaisir de l'amour », « charme, attrait, grâce », et comme nom de planète et en lat. médiév. comme terme d'alchim. « cuivre » ca 1215 ds Latham.


Lire également la définition du nom Vénus afin d'amorcer la réflexion symbolique.




Symbolisme :


Selon Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes (Larousse Livre, 2000) :


Les mythes de Vénus en Mésopotamie. C'est sous la direction d'Austen Henry Layard que furent découvertes à Nimrud, en Irak, dans les années 1840, dans les vestiges du palais d'Assurbanipal, de nombreuses statuettes à l'effigie de la déesse que les Babyloniens nommaient Ishtar, qui fut aussi la déesse sémitique Ashtart ou Astarté, et qui dataient toutes du VIIIe siècle avant notre ère.. Toutefois, les origines de cette déesse, dont les vertus et les qualités ressemblent à s'y méprendre à celles qu'on accorde à Vénus en astrologie, sont sûrement beaucoup plus lointaines, mais aussi très confuses, brouillées, car multiples et variées. On ne doit pas s'en étonner. En effet, dans le zodiaque, Vénus possède une double nature, puisque cet aster gouverne le signe du Taureau et celui de la Balance, et qu'il nous propose ainsi deux interprétations des vertus féminines. On assimile donc parfois à Ishtar à Inanna, la grande déesse sumérienne qui quelquefois, et à tort évidemment, fut confondue avec Nanna, divinité masculine de la Lune de Sumer. On attribuait à Inanna-Ishtar des qualités lunaires propres à Nanna-Sîn, auxquelles, d'une certaine manière, elle pouvait s'identifier, sans qu'elles soient à proprement parler les siennes. En effet, les qualités lunaires et vénusiennes peuvent aisément se confondre, tant elles ont de points communs dans ce que l'on définit comme étant des vertus purement féminines. Toutefois, Nanna-Sîn, dieu de la Lune, et Inanna-Ishtar, déesse de l'amour, sont deux entités distinctes. Qui plus est, Inanna n'est pas uniquement une déesse de l'amour, à Sumer, mais aussi une divinité guerrière :


"Altière souveraine, Inanna,

Experte à déclencher les guerres,

Tu dévastes la terre et conquiers les pays

Par tes flèches à longue portée !

Ici-bas et là-haut, tu as rugi comme

un fauve,

Et frappé les populations !"


[Extrait d'un poème attibué à la fille du grand Sargon d'Akkadé (233-2279 avant notre ère), Enheduanna, prêtresse de Nanna à ur, au temps de Narâm-Sîn (2251-2218 avant notre ère), traduit et présenté par Jean Bottéro et Samuel Noah Kramer in Lorsuq les dieux faisaient l'homme : mythologie mésopotamienne, NRF, éditions Gallimard, 1989.]


Ainsi, l'Ishtar babylonienne, dont les Grecs s'inspirèrent pour créer les mythes d'Aphrodite et de Perséphone, fut à l'origine l'Inanna akkadienne, mais aussi sûrement Dilbah, l'étoile du matin, qui n'était autre que la planète Vénus; dont on croit, à tort encore, qu'elle n'est que la première étoile visible à l’œil nu le soir. En réalité, elle l'est aussi, et surtout même, le matin, bien que l'éclat du soleil nous empêche de la distinguer dans le ciel de l'aube. Et puis, il semble bien qu'Anâhitâ, la multiple déesse qui figure en bonne place dans l'Avesta de Zarathustra qui, elle aussi, est une divinité féminine guerrière, ait été une autre inspiratrice des adorateurs d'Ishtar, que les Hébreux surnommèrent Astoreth, "la honteuse", et dont les Chrétiens, beaucoup plus tard, firent l'un des bras droits de Satan, l'ange déchu. Mais en plus d'être guerrier et vengeresse, Ishtar est bien une divinité de l'amour, une prostituée sacrée, une déesse des cieux, qui faisait se mouvoir les astres. Ainsi, les Babyloniens baptisèrent-ils le zodiaque "la ceinture d'Ishtar". De même, tout ce qui avait trait à la divination, aux oracles et à la magie était de son ressort.


Les mythes de Vénus en Égypte. Si les divinités féminines associées à la fécondité, à la magie, à la mort et à la guerre abondent en Égypte, celle qui les surpasse toutes, qui rassemble et synthétise toutes leurs qualités, c'est bien sûr Isis la magicienne, la sœur et épouse d'Osiris. Nul doute qu'elle joua un rôle prépondérant dan l'esprit du clergé d’Égypte, où les prêtres ont exercé un pouvoir parallèle à celui du pharaon, le supplantant même parfois, ou gouvernant ce grand pays dans l'ombre. Il est certain qu'elle tint une place essentielle dans la hiérarchie des divinités tutélaires, si nombreuses dans les civilisations antiques, pour finalement être identifiée à certaines d'entre elles et prendre leur place. D'ailleurs, cette déesse à laquelle les Égyptiens attribuaient des vertus et pouvoirs exceptionnels fit impression bien au-delà de l’Égypte. Ainsi, en Grèce, à Chypre, en Crète, les qualités d'Artémis, d'Hécate, de Perséphone, furent assimilés aux siennes. Et en 80 avant Jésus-Christ, à Rome, l'empereur Caligula fit bâtir un temple, sur le Capitole, consacré à Isis la grande ! Isis était tantôt apaisante, tantôt dangereuse, parfois protectrice, bienveillante, sauvant ou redonnant la vie, d'autres fois l'ôtant radicalement en jetant des sorts ou en employant la magie noire, dont elle détenait les secrets. Mais le plus souvent, elle était perçue comme une femme aimante, aux qualités humaines indéniables.


Les mythes de Vénus en Grèce. Enfin, celle dont s'inspirèrent les Romains pour créer le mythe de Vénus, déesse de l'amour, ce fut l"Aphrodite grecque. Mais comme nous l'avons vu, Aphrodite, la prostituée sacrée, n'est qu'un aspect d'Ishtar, même si les Grecs distinguaient l'Aphrodite Urania, incarnant l'amour spirituel de l'Aphrodite Pandémos, figurant l'amour charnel. De ce fait, en Grèce, on trouve une autre divinité qui, selon sa légende mythique, vécut ce que l'on peut considérer comme une véritable descente aux Enfers, en étant enlevée par Hadès soi-même, le dieu des morts, dont elle finit par devenir l'épouse. Il s'agit bien sûr de Perséphone, dont le nom signifie "qui amène la destruction" dont la disparition entraîna Déméter, sa mère, folle de rage d'avoir perdu sa fille, à rendre la terre stérile. Enfin, il reste encore le caractère guerrier d'Ishtar qui, en Grèce, fut incarné par Athéna dont le nom dérive directement d'Anâhitâ, qui fut elle aussi une divinité féminine impérieuse, apparue bien avant Ishtar."

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Dans Le Dieu perdu dans l'herbe : l'animisme, une philosophie africaine (Presses du Châtelet, 2015), le philosophe Gaston-Paul Effa raconte son initiation par une guérisseuse pygmée nommée Tala qui lui révèle les secrets de la nature :


"- Tu en es toujours aux images. Tu vois un livre là où moi je vois le monde. Tes yeux voient là où les miens touchent. Parmi ces étoiles, quelle est la première que tu vois ?

- C'est l'étoile du berger, non ?

- Sais-tu pourquoi on l'appelle l'étoile du berger ?

- Non, je l'ignore.

- Elle indique au berger et aux bêtes qu'il est temps de rentrer. C'est elle aussi qui s'attarde le matin pour ouvrir la carrière du jour. Elle donne le temps et le rythme.

De même, le coq chante toujours mais vous ne l'entendez pas. Comme l'étoile du berger annonce le soleil, le chant du coq nous rend vigilants à l'arrivée du jour, c'est-à-dire au commencement. Le coq chante au commencement et il chante et danse pour le commencement. Sache que les inondations, les grandes crues, les tremblements de terre et parfois même les incendies provoqués par la foudre arrivent à l'heure du premier chant du coq. Les malades les plus préoccupants s'en vont à ce moment-là. Il s'agit d'un moment de bascule entre la nuit et le jour."

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