La ForĂȘt
- Anne
- 4 mars 2017
- 37 min de lecture
DerniÚre mise à jour : 11 déc. 2025
Ătymologie :
FORĂT, subst. fĂ©m.
Ătymol. et Hist. 1. 1121-34 forest « vaste Ă©tendue de terrain peuplĂ©e d'arbres » (Ph. de Thaon, Bestiaire, 401 ds T.-L.) ; 2. xive s. « quantitĂ© considĂ©rable d'objets longs et serrĂ©s » (Hugues Capet, Ă©d. La Grange, 3466 : forest dez lanchez). Du b. lat. [silva] forestis (de forum « tribunal ») « forĂȘt relevant de la cour de justice du roi » puis « territoire soustrait Ă l'usage gĂ©nĂ©ral et dont le roi se rĂ©serve la jouissance » (dep. 648 ds Nierm.) ; sens Ă©galement attestĂ© en a. fr. (xiie s. ds T.-L.). La valeur jur. du mot, qui apparaĂźt dĂšs les premiers textes, appuie l'hypothĂšse de l'Ă©tymon lat. forestis plutĂŽt que le frq. *forhist « futaie de sapins ».
Lire Ă©galement la dĂ©finition du nom forĂȘt pour amorcer la rĂ©flexion symbolique.
Croyances populaires :
Selon Jacques Albin Simon Collin de Plancy, auteur du Dictionnaire infernal, ou bibliothĂšque universelle, sur les ĂȘtres, les personnages, les livres, les faits et les choses : qui tiennent aux apparitions, Ă la magie, au commerce de l'enfer, aux divinations, aux sciences secrĂštes, aux grimoires, aux prodiges, aux erreurs et aux prĂ©jugĂ©s, aux traditions et aux contes populaires, aux superstitions diverses, et gĂ©nĂ©ralement Ă toutes les croyants merveilleuses, surprenantes, mystĂ©rieuses et surnaturelles. (Tome troisiĂšme. La librairie universelle de P. Mongie aĂźnĂ©, 1826) :
FORĂTS. Les forĂȘts sombres sont des lieux oĂč, comme dit Leloyer, les diables se mĂȘlent avec les sorciers. Ces diables y font leurs orgies commodĂ©ment sous la feuillĂ©e avec les femmes, et il n'y a guĂšre de lieux oĂč ils se rendent plus volontiers visibles.
Symbolisme :
Ădouard Grimard, auteur de L'esprit des plantes, silhouettes vĂ©gĂ©tales. (Ăditions Mame, 1875) propose sa vision des ForĂȘts :
La forĂȘt, vaste agglomĂ©ration de plantes de toute nature, forme l'association dont l'influence intervient au plus haut degrĂ© dans l'aspect des diverses contrĂ©es de la terre et dans l'Ă©conomie gĂ©nĂ©rale de la crĂ©ation. C'est la forĂȘt qui nous dĂ©montre de la maniĂšre la plus Ă©vidente que le monde ne serait qu'une sphĂšre aride, inculte et inhabitable, sans cette heureuse tendance qu'ont les plantes Ă se grouper en communautĂ©s. D'autre part, ces associations mettent en commun tant de forces diverses, qu'elles crĂ©ent une sorte de fermentation de vie qui, grĂące Ă la loi des influences rĂ©ciproques, fait que les vĂ©gĂ©taux ainsi rĂ©unis se conservent et se protĂšgent mutuellement contre les agents dĂ©vastateurs de la nature, intempĂ©ries, tempĂȘtes et rayons dessĂ©chants du soleil.
Ce sont d'abord les Graminées qui, sous leur ombre protectrice, favorisent l'éclosion des germes, nous l'avons dit plus haut, et leur mesurent la chaleur solaire nécessaire à leur développement. Ceux-ci croissent donc d'abord à l'abri des petits végétaux herbacés ; puis, une fois grands, ils deviennent protecteurs à leur tour. D'autre part les mousses, s'opposant à toute évaporation, favorisent le suintement général des terres et par suite l'accumulation des sources, qui du flanc des montagnes jaillissent et se répandent dans les plaines sous forme de ruisseaux et de riviÚres.
L'Ćuvre de la forĂȘt est beaucoup plus complexe encore, et son rĂŽle est d'une importante telle dans la rĂ©partition de l'eau Ă la surface de la terre, que l'incurable ariditĂ© du dĂ©sert succĂšde bien vite Ă la suppression de cette sorte de puissante machine hydraulique. L'Ă©vaporation des eaux que la forĂȘt accumule sans cesse refroidit l'atmosphĂšre, oĂč se forment des nuages ; ces nuages tombent en pluie, remontent pour se condenser dans les couches d'air supĂ©rieures, et Ă©tablis sent ainsi une sorte de circulation immense qui, de la terre au ciel, va, revient et retourne, pour revenir encore, suivant l'une des innombrables lois de l'harmonie universelle. C'est ainsi que la forĂȘt crĂ©e le nuage, qui, Ă son tour, fait vivre la forĂȘt. Mais celle-ci n'est point Ă©goĂŻste ; elle rend aux terres environnantes le surplus des eaux qu'elle ne pourrait utiliser pour son propre compte. Et avec quel art elle divise, filtre et rĂ©partit ces masses d'eaux qui, tombant du ciel directement sur les terres nues, y produiraient tous les ravages, depuis les Ă©boulements jusqu'aux inondations ! La plus impĂ©tueuse des trombes se transforme en une bienfaisante pluie, lorsqu'elle tombe sur une forĂȘt qui la tamise et l'emmagasine goutte Ă goutte dans les rĂ©servoirs sou terrains. Chaque feuille intercepte un peu, d'eau qu'elle transmet doucement et de proche en proche, du rameau Ă la tige, puis Ă la branche, puis au tronc ; quand elle ne la laisse pas tomber directement sur la mousse ou les herbes, qui elles aussi se chargent de la conduire avec modĂ©ration jusqu'au sol, oĂč elle pĂ©nĂštre.
La forĂȘt crĂ©e donc les sources, et les sources, tout le monde le comprend, sont l'un des plus simples, mais en mĂȘme temps l'un des plus indispensables Ă©lĂ©ments de civilisation. Au Cap, par exemple, une source de vient bientĂŽt le berceau d'une colonie, tandis qu'il suffit, par contre, qu'une source se tarisse, pour que la peuplade qui vivait dans ses environs lĂšve ses tentes et se fasse nomade. Cette influence des sources sur l'existence des peuples, c'est-Ă -dire sur la stabilitĂ© de leurs installations, et par suite sur leur civilisation, est partout Ă©vidente dans l'histoire primitive. Ce qu'il y a d'Ă©trange, c'est que les hommes paraissent gĂ©nĂ©ralement oublier ce qu'ils doivent aux arbres ; et cependant la dĂ©vastation de certains pays, aujourd'hui dĂ©boisĂ©s, tels que l'Espagne, la GrĂšce, la JudĂ©e et certaines contrĂ©es de la France (la Provence et la Sologne), devraient suffire Ă l'enseignement des imprudents qui, aujourd'hui encore, ne craignent pas de dĂ©boiser plaines et montagnes, poussĂ©s qu'ils sont par l'appĂąt d'un bĂ©nĂ©fice apparent. Il faut cependant reconnaĂźtre que certains peuples ont compris l'importance des forĂȘts : les Turcs, par exemple, qui, s'il faut en croire les historiens, ont fait une loi spĂ©ciale pour que jamais la hache ne touche Ă un seul des arbres de la magnifique forĂȘt de BujukdĂ©rĂ©, qui alimente les sources auxquelles s'abreuve Ăonstantinople par le moyen de nombreux aqueducs.
On comprend toutefois que, sous les latitudes tempĂ©rĂ©es, l'abondance des arbres doit produire un refroidissement exagĂ©rĂ©. L'histoire est encore lĂ pour prouver que le climat du centre de l'Europe Ă©tait bien autrement humide et froid qu'il ne l'est aujourd'hui, alors que d'immenses forĂȘts s'Ă©tendaient presque sans interruption des PyrĂ©nĂ©es Ă la Baltique et du Danube au FinistĂšre.
Les forĂȘts sont donc les rĂ©gulateurs des vents et de l'humiditĂ©, les protecteurs de toute une classe de vĂ©gĂ©taux, les remparts naturels Ă opposer aux Ă©boulements et aux ensablements ; mais lĂ ne se borne pas le rĂŽle important qu'elles jouent dans l'Ă©conomie de la nature. Elles sont de plus appelĂ©es Ă purifier notre atmosphĂšre. On sait, en effet, que les vĂ©gĂ©taux jouissent de la propriĂ©tĂ© de soutirer de l'air diffĂ©rents gaz pour les transformer en substance vĂ©gĂ©tale.
Parmi ces gaz, il en est un surtout, appelĂ© acide carbonique, qui se dĂ©gage de toutes les fermentations, qu'expirent les poumons des hommes et des animaux, et qui s'Ă©chappe enfin des cheminĂ©es, en mĂȘme temps que des entrailles de la terre, dans certaines localitĂ©s volcaniques. Eh bien ! c'est ce gaz irrespirable et impropre Ă la vie animale que les vĂ©gĂ©taux absorbent, et de plus qu'ils dĂ©composent, gardant le carbone dans leurs tissus et exhalant l'oxygĂšne dans l'atmosphĂšre. Cet oxygĂšne que les plantes rendent pendant le jour, et particuliĂšrement sous l'influence de la lumiĂšre solaire, est le vĂ©ritable air vital pour les races supĂ©rieures. C'est Ă l'intervention de cet agent que l'organisme animal doit sa force et son activitĂ©, et c'est aux vĂ©gĂ©taux que l'homme est redevable de la puretĂ© de l'air qu'il respire.
Les forĂȘts sont donc de plus les grands Ă©purateurs de l'atmosphĂšre. Les plus riches contrĂ©es deviennent, par un dĂ©boisement excessif , dĂ©sert, si l'inclinaison des terrains est assez forte pour que l'Ă©coulement des eaux se fasse avec rapiditĂ© ; marĂ©cage, si ces eaux croupissent et deviennent stagnantes.
Les Marais Pontins, en Italie, ces redoutables rĂ©gions empoisonnĂ©es ou rĂšgne la malaria (c'est-Ă -dire le mauvais air) et oĂč se traĂźnent de hĂąves et malheureux habitants qu'une fiĂšvre incessante dĂ©vore, Ă©taient autrefois une riche contrĂ©e agricole, parce que des forĂȘts çà et lĂ rĂ©pandues absorbaient et rĂ©partissaient convenablement ces mĂȘmes eaux qui aujourd'hui, par leur stagnation, rendent l'atmosphĂšre mĂ©phitique.
Du rĂŽle utilitaire de la forĂȘt, passons Ă son cĂŽtĂ© pittoresque, Ă ses diffĂ©rents aspects, Ă sa physionomie, en un mot. Diverses essences d'arbres entrent dans la composition de ces importantes agglomĂ©rations vĂ©gĂ©tales, et leur donnent, suivant celles qui y prĂ©dominent, un ensemble de traits particuliers qui constituent le paysage. C'est par la nature de leur feuillage que les forĂȘts se distinguent les unes des autres, et peuvent ĂȘtre subdivisĂ©es en plusieurs catĂ©gories, parmi les quelles on remarque particuliĂšrement les forĂȘts Ă feuilles larges et les forĂȘts Ă feuilles acĂ©rĂ©es. La plupart de celles qui croissent dans nos contrĂ©es appartiennent au premier type, oĂč dominent les ChĂȘnes, les Ormes, les Ărables, les Charmes, les FrĂȘnes, les HĂȘtres, les Bouleaux, etc. ; au second type appartiennent les Pins, les Sapins et les MĂ©lĂšzes.
Mais peut-on se faire une idĂ©e d'une vĂ©ritable et sauvage forĂȘt, quand on n'a vu que celles de nos rĂ©gions tempĂ©rĂ©es ? Non, Ă coup sĂ»r. Toutes les nĂŽtres sont relativement jeunes, et ne peuvent offrir quâun aspect monotone Ă cĂŽtĂ© des magnificences que rĂ©vĂšlent aux voyageurs celles des pays Ă©trangers.
Au BrĂ©sil Ă la Guyane et dans presque toutes les rĂ©gions intertropicales, se dĂ©ploient une fougue, une ardeur de vie dont les rĂ©sultats dĂ©passent tout ce que les plus fĂ©condes imaginations essaieraient vainement d'inventer. Le dĂ©sordre s'y dĂ©veloppe avec un tel caractĂšre de grandeur et d'harmonie, que l'on se prend Ă trouver presque normales ces agglomĂ©rations luxuriantes oĂč des millions de vĂ©gĂ©taux luttent entre eux d'Ă©nergie, se superposent, s'enlacent, s'Ă©tranglent ou s'Ă©touffent, dans l'ivresse d'une puissance vitale qui dĂ©passe toute mesure.
FraĂźche verdure, couleurs Ă©clatantes, chaudes senteurs, feuillages de toutes sortes, tiges enlacĂ©es, troncs Ă©normes, que d'Ă©lĂ©ments confus et de beautĂ©s amoncelĂ©es ! L'Ćil Ă©perdu s'Ă©gare de la mousse Ă l'herbe, de l'herbe Ă l'arbre, et de l'arbre Ă ces parasites flottantes, gracieuses, mais redoutables, qui, plus haut que toute cime, Ă©lĂšvent leurs guirlandes mortelles. Le parasitisme atteint des proportions incroyables, dans ces forĂȘts que l'homme n'a jamais touchĂ©es de sa hache. La Vanille odorifĂ©rante, les Bauhinias Ă©clatantes, les fiĂšres Passiflores, les Paullinias, les Bignonias, les Grenadilles montent, s'enroulent, remplissent la forĂȘt de leurs cordages, de leurs festons et de leurs enlacements. C'est le royaume des vĂ©gĂ©taux grimpants, depuis les plus minces lianes, jusqu'Ă ces Ă©normes et gigantesques tiges volubiles, vĂ©ritables boas vĂ©gĂ©taux, tels que les BromĂ©lias, certains Figuiers parasites, ou la Cipo-Matador, qui, aprĂšs avoir Ă©tranglĂ© dans leurs lentes mais progressives contractions l'arbre dont ils ont fait leur appui, restent encore debout quelquefois, aprĂšs la mort et la dĂ©composition du tronc oĂč la vie s'est Ă©teinte. Trois ou quatre de ces redoutables vĂ©gĂ©taux grimpants s'acharnent souvent aprĂšs la mĂȘme victime, qui, affaissĂ©e et comme ensevelie sous une montagne de fleurs et de verdure, languit et meurt bientĂŽt d'asphyxie, quand elle n'est pas brisĂ©e par le poids de ces envahisseurs.
Ce ne sont que merveilles dans ce monde incomparable : de la petite fleurette qui se perd sous les herbes, Ă la gigantesque corolle qui couvre la verdure de ses cloches Ă©clatantes ou de ses pĂ©tales rayonnĂ©s ; depuis la derniĂšre GraminĂ©e jusqu'aux troncs Ă©normes dressĂ©s aux lisiĂšres des forĂȘts, dont ils forment comme les immenses portiques, et jusqu'Ă leurs voĂ»tes hautes et sombres, se multiplient des beautĂ©s de toutes sortes, dont l'ensemble enivre le regard et l'oreille d'un spectacle et de bruits sans pareils. Cris inconnus, rugissements d'amour, de rage ou de douleur, quel concert saisissant et complexe, oĂč le susurrement de l'insecte et la douce chanson du colibri se mĂȘlent aux hideux sifflements du reptile, aux formidables accents de la bĂȘte fauve !
Mais ce qu'il y a de bien plus saisissant encore que tous ces bruits et tous ces spectacles, c'est l'aspect qu'offre la forĂȘt pendant les heures solennelles de la nuit. Calme ou tempĂȘtueuse, la nuit est pleine de majestĂ©, mais aussi de frissons et d'angoisses. MĂȘme aux clartĂ©s douces de la lune, l'homme se sent perdu dans l'immensitĂ© de ces redoutables solitudes, oĂč la brise se change parfois en une chaude haleine qui vous fait retourner brusquement, oĂč toute ombre devient mystĂšre, oĂč flotte le fantĂŽme et d'oĂč s'exhale la terreur. Qu'est- ce donc et comment dĂ©crire ces rĂ©gions d'Ă©pouvante, alors que dans les tĂ©nĂšbres se dĂ©chaĂźne un de ces ouragans des tropiques, dont tout le monde connaĂźt les effroyables convulsions ! Les branches, les troncs eux-mĂȘmes, frottĂ©s les uns contre les autres, poussent d'Ă©tranges gĂ©missements ; et quand les rafales augmentent encore de violence, branches et tronc, le tout brisĂ© par le vent ou la foudre, pousse un dernier cri, Ă©clate et va rejoindre, au noir chaos fangeux, l'herbe et l'arbre colosse Ă©galisĂ©s par la tempĂȘte.
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Dans le Dictionnaire des symboles (1Úre édition, 1969 ; édition revue et augmentée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant,
"En diverses rĂ©gions, notamment chez les Celtes, la forĂȘt constituait un vĂ©ritable sanctuaire Ă l'Ă©tat de nature ; ainsi de la forĂȘt de BrocĂ©liande, comme la forĂȘt de Dodone chez les Grecs. En Inde, les sannyĂąsĂą se retirent dans la forĂȘt, de mĂȘme que les ascĂštes bouddhiques : Les forĂȘts sont douces, lit-on dans les Dhammapada, lorsque le monde n'y entre pas ; le saint y trouve son repos.
Au Japon, le toril marque, plus que l'entrĂ©e du domaine dans un temple, celle d'un vĂ©ritable sanctuaire naturel, qui est le plus souvent une forĂȘt de conifĂšres. En Chine, la montagne coiffĂ©e d'une forĂȘt est presque toujours le site d'un temple.
La forĂȘt, qui constitue vĂ©ritablement la chevelure de la montagne, en fait la puissance, en lui permettant de provoquer la pluie, c'est-Ă -dire, dans tous les sens du terme, les bienfaits du Ciel ; pour attaquer les montagnes, Yu-le-Grand en coupait les arbres ; Tsin Che Houangti, blessĂ© d'avoir Ă©tĂ© accueilli sur le mont Kiang par un orage, en fit couper les arbres par reprĂ©sailles. En cette circonstance comme en d'autres, il est probable que le Premier Empereur n'avait pas compris le symbolisme favorable de cet accueil.
Il y a une stricte Ă©quivalence sĂ©mantique, Ă l'Ă©poque ancienne, entre la forĂȘt celtique et le sanctuaire, nemeton. L'arbre peut ĂȘtre considĂ©rĂ©, en tant que symbole de vie, comme un lien, un intermĂ©diaire entre la terre oĂč il plonge ses racines, et la voĂ»te du ciel qu'il rejoint ou touche de sa cime. Les temples de pierre ne se construiront en Gaule que sous l'influence romaine, aprĂšs la conquĂȘte.
La grande forĂȘt dĂ©voreuse a Ă©tĂ© chantĂ©e dans une abondante littĂ©rature hispano-amĂ©ricaine inspirĂ©e par la forĂȘt vierge, la madre-selva (la Voragine de JosĂ© Eustacio Ruivera). On retrouve une conception identique du symbole-forĂȘt chez Victor Hugo :
Les arbres sont autant de mĂąchoires qui rongent
Les éléments, épars dans l'air souple et vivant ;
... Tout leur est bon, la nuit, la mort...
... et la terre joyeuse
Regarde la forĂȘt formidable manger.
Victor Hugo, La Légende des siÚcles, SeiziÚme siÚcle, Le Satyre).
D'autres poĂštes sont plus sensibles au mystĂšre ambivalent de la forĂȘt, qui est gĂ©nĂ©ratrice Ă la fois d'angoisse et de sĂ©rĂ©nitĂ©, d'oppression et de sympathie, comme toutes les puissantes manifestations de la vie. Moins ouverte que la montagne, moins fluide que la mer, moins subtile que l'air, moins aride que le dĂ©sert, moins obscure que la grotte, mais fermĂ©e, enracinĂ©e, silencieuse, verdoyante, ombreuse, nue et multiple, secrĂšte, la forĂȘt des hĂȘtres est aĂ©rĂ©e et majestueuse, la forĂȘt des chĂȘnes, dans les grands chaos rocheux, est celtique et quasiment druidique, celle des pins, sur les pentes sablonneuses, Ă©voque un ocĂ©an proche ou des origines maritimes, et c'st toujours la mĂȘme forĂȘt. (Bertrand D'Astorg, Le Mythe de la dame Ă la Licorne, Paris, 1963).
Pour l'analyste moderne, par son obscuritĂ© et son enracinement profond, la forĂȘt symbolise l'inconscient. Les terreurs de la forĂȘt, comme les terreurs paniques, seraient inspirĂ©es, selon Jung, par la crainte des rĂ©vĂ©lations de l'inconscient."
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Selon EloĂŻse Mozzani, auteure du Livre des superstitions, Mythes, croyances et lĂ©gendes (Ăditions Robert Laffont, S.A.S, 1995, 2019) :
Ces bois sacrĂ©s peuplĂ©s d'arbres antiques d'une hauteur inusitĂ©e, oĂč les rameaux Ă©pais superposĂ©s Ă l'infini dĂ©robent la vue du ciel, la puissance de la forĂȘt et son mystĂšre, le trouble que rĂ©pand en nous cette ombre profonde qui se prolonge dans les lointains, tout cela ne donne-t-il pas le sentiment qu'un Dieu rĂ©side en ce lieu ?
SénÚque, Lettres à Lucilius
Bois et forĂȘts, symboles de « la demeure mystĂ©rieuse de Dieu » chez les GrĂ©co-Latins, qui leur consacraient des divinitĂ©s, Ă©taient Ă©galement vĂ©nĂ©rĂ©s en Germanie et en Gaule ; chez les Celtes, « la forĂȘt constituait un vĂ©ritable sanctuaire Ă l'Ă©tat de nature : ainsi de la forĂȘt de BrocĂ©liande, comme la forĂȘt de Dodone chez les Grecs ». Le culte rendu aux forĂȘts et Ă leurs arbres, auxquels on dĂ©posait des offrandes, fut d'ailleurs condamnĂ© par saint Ăloi (VIIe siĂšcle). De mĂȘme, quand Charlemagne soumit les Saxons, au VIIIe siĂšcle, « il eut Ă dĂ©truire d'abord leur principal sanctuaire, leur bois sacrĂ© ». Du point de vue symbolique, la forĂȘt, ou le bois, apparaĂźt en effet comme « un centre de vie, une rĂ©serve de fraĂźcheur et de chaleur associĂ©es, comme une sorte de matrice. Aussi est-elle encore un symbole MATERNEL. Elle est la source d'une rĂ©gĂ©nĂ©rescence [...]. Le sous-bois, avec ses hautes et profondes futaies, est aussi comparĂ© Ă des grottes et Ă des cavernes. Combien de peintures des paysages ne font-elles pas ressortir cette ressemblance ? Tout cela confirme le symbolisme d'un immense et inĂ©puisable rĂ©servoir de vie et de connaissance mystĂ©rieuse ». En Inde, les ascĂštes bouddhiques se retirent dans la forĂȘt. Dans de nombreuses rĂ©gions d'Afrique noire, on trouve mention Ă©galement de bois sacrĂ©s, « rĂ©servĂ©s aux cultes des sociĂ©tĂ©s initiatiques ».
Si la forĂȘt offre le repos et la sĂ©rĂ©nitĂ© propices Ă la mĂ©ditation ou Ă la spiritualitĂ©, elle est source Ă©galement d'angoisse, favorisĂ©e par son obscuritĂ©, les ombres projetĂ©es par les arbres, ou le bruissement des feuillages, qui suscitaient dĂ©jĂ la terreur des Gaulois. Cette ambivalence se retrouve dans les traditions populaires : aux cĂŽtĂ©s des forĂȘts enchantĂ©es, il existe des forĂȘts maudites, hantĂ©es par des crĂ©atures venues tout droit de l'enfer.
Dans la premiĂšre catĂ©gorie (forĂȘts enchantĂ©es), figure en tĂȘte la forĂȘt de BrocĂ©liande (aujourd'hui Paimpont, en Ille-et-Vilaine), haut lieu des lĂ©gendes celtiques et arthuriennes, oĂč les romans de la table ronde faisaient vivre l'enchanteur Merlin - selon une croyance du siĂšcle dernier, il y vivait encore -, et la fĂ©e Viviane. La forĂȘt de BrocĂ©liande est connue aussi pour le « Val sans retour », sur lequel rĂšgne Morgane, sĆur d'Arthur, qui y garde ses amants en captivitĂ©, et la fontaine de Barenton. La tradition veut aussi que le roi de la forĂȘt de BrocĂ©liande, gĂ©ant tout noir n'ayant qu'un pied et qu'un Ćil, se faisait obĂ©ir par les animaux : « D'un cri, il les rassemblait auprĂšs de lui, et les lançait, s'il voulait, contre ses ennemis ».
On parle Ă©galement d'une forĂȘt dans le Jura (est de Poligny) qui est un sanctuaire dĂ©diĂ© au culte d'une « Vierge-MĂšre » de tradition celtique : cette vierge, qui se prĂ©sente sous l'apparence d'une belle dame, pleine de grĂące et de douceur, est particuliĂšrement bienfaisante. Un jour, un enfant qui s'Ă©tait perdu dans e bois de Poligny, fut retrouvĂ© en bonne santĂ© trois jours aprĂšs : il raconta qu'une belle femme l'avait nourri et avait pris soin de lui.
ParallĂšlement, il Ă©tait communĂ©ment admis au Moyen Ăge que les forĂȘts Ă©taient frĂ©quentĂ©es par les dĂ©mons, les loups-garous et les sorciers qui y faisaient notamment leur sabbat. Pierre Le Loyer parle de diables qui « ne laissent dedans les forĂȘts de solliciter et souiller de leurs attachements les femmes, qui ne seront sorciĂšres » (Discours des spectres..., Paris, 1608, p. 344). Le diable, lui-mĂȘme, apparaissait dans les forĂȘts, parfois pour y conclure des pactes : au dĂ©but du siĂšcle dernier, dans la forĂȘt de Chassage (Doubs), il se montra, dit-on, sous la forme d'un home vĂȘtu de noir, à « un pauvre domestique [...] qui se lamentait sur son malheureux sort, et [...] disait qu'il se damnerait volontiers pour avoir sa part des biens de ce monde ».
Certaines forĂȘts passaient pour ĂȘtre habitĂ©es par des esprits malveillants : ainsi, la forĂȘt de Maublin, entre Salins-les-Bains et Pontarlier (Doubs), avait depuis un temps immĂ©morial un mauvais gĂ©nie. Ce dernier Ă©tait connu des premiers chrĂ©tiens qui lui donnĂšrent le nom de « Mau-Belin », c'est-Ă -dire Belin le mauvais (ou le maudit). Belin vient de Belenus, dieu solaire gaulois.
En France (PyrĂ©nĂ©es, LozĂšre, Tarn, Doubs, Jura), en Allemagne, en NorvĂšge et dans la plupart des pays du Nord, on parle d'un esprit de l'air, appelĂ© « crieur des bois » : « Il imite le cri d'agonie de toutes sortes de bĂȘtes. Il prend parfois une voix fascinante, dont le souvenir tourmente longtemps les bergers ». Du point de vue des rationalistes, il s'agit sans doute de cris d'oiseaux nocturnes. Les frissonnements des feuillages Ă©taient Ă©galement attribuĂ©s aux esprits de l'air.
Dans le sud de la France (Alpes-Maritimes), dans les environs de GréolliÚres, sévissait un « esprit des bois » qui manifestait sa présence, la nuit, par des cris « Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! », parfois suivis d'apparitions lugubres.
Des revenants hantaient aussi bois et forĂȘts ; certains Ă©taient condamnĂ©s Ă des pĂ©nitences posthumes : « On entend[ait] chaque nuit, dans les bois de Beaucourt (Picardie) les longs gĂ©missements et les cris confus que pouss[ai]ent les chevaliers Ă la Croix Rouge, qui d[evai]ent y revenir jusqu'Ă la fin du monde ». Il pouvait s'agir Ă©galement d'anciens gardes ou de seigneurs qui, aprĂšs leur mort, revenaient la nuit surveiller leur chasse ou leurs arbres : « Un marquis d'Ornenans, qui, de son vivant, parcourait journellement sa forĂȘt, continuait sa surveillance aprĂšs sa mort. On le voyait, Ă minuit, assis sur un tertre Ă©levĂ© d'oĂč il inspectait du cĂŽtĂ© du village : quand les femmes allaient chercher du bois ou emporter les fagots qu'elles avaient faits dans la journĂ©e Ă l'insu des gardes, il fixait sur elles un Ćil terrible et les menaçait du doigt ». Dans une forĂȘt du Morvan, un garde-chasse assassinĂ© par un braconnier revenait chaque annĂ©e Ă la date du crime faire sa ronde. On racontait aussi que « celui qui, la nuit, traverserait la forĂȘt de Breyva, prĂšs de Belfort, sans avoir une pincĂ©e de sel dans sa poche, serait infailliblement attirĂ© hors de sa route par une puissance surnaturelle, et il rencontrerait le fantĂŽme de la dame de Breyva, une clĂ© rougie Ă la bouche, qui l'inviterait Ă lui retirer avec les lĂšvres »
Un homme sans tĂȘte errait dans le bois de Varengrou (Haute Normandie). Dans la forĂȘt d'Hunaudaye (CĂŽtes d'Armor, on parlait d' "hommes blancs" qui se montraient sur la lisiĂšre, surtout aux femmes, pendant les journĂ©es d'Ă©tĂ©. Au dĂ©but du siĂšcle, « des gens qui passaient la nuit en voiture par la route qui la traverse, disaient qu'ils avaient vu aussi "des hommes blancs" se mouvoir dans les sous-vois ; ce n'Ă©taient que des troncs blanchĂątres de gros bouleaux qui semblaient se dĂ©placer et dont leur imagination avait fait des fantĂŽmes ». Le bois de Couasse (Auvergne) Ă©tait hantĂ© par « l'homme de fer, qui, passant Ă travers, brisait les chĂȘnes et les sapins comme des allumettes » On entendait toutes les nuits des lamentations et des bruits de chaĂźnes dans le bois de l'Enfer Ă GuĂ©ret (Creuse).
Selon une croyance des Ardennes, il y a dans les forĂȘts des « filles mystĂ©rieuses et sauvages » : « Si on les Ă©coute, on est entraĂźnĂ© dans des aventures violentes et meilleures que la vie mĂȘme ».
Autrefois, les braconniers, les bĂ»cherons, voire les garde-chasse, qui Ă©taient des « hommes de la forĂȘt », Ă©taient redoutĂ©s : aux yeux du cultivateur, dont la plaine Ă©tait le domaine, la forĂȘt reprĂ©sentait un milieu hostile.
La croyance voulant que les forĂȘts soient le domaine des crĂ©atures surnaturelles existe dans de nombreuses rĂ©gions du monde : pour le Slovaques de Moravie orientale, l'esprit de la forĂȘt appelĂ© "Kacinka", qui a la forme d'une vieille femme, obĂšse, aux yeux et au nez couleur de feux, aux pieds d'oie, aux longs cheveux noirs (tombant jusqu'au sol), dĂ©testait ceux qui troublaient la vie des forĂȘts, particuliĂšrement ceux qui tendaient des piĂšges aux oiseaux et aux liĂšvres : elle persĂ©cutait les voleurs de bois et n'hĂ©sitait pas Ă leur couper un morceau de chair au talon. Si elle rencontrait des enfants mĂ©chants elle utilisait le manche Ă balai qu'elle avait toujours avec elle pour les faire tomber.
A Madagascar, qui entre dans une forĂȘt la nuit sera poursuivi par les esprits.
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Dans "Le symbolisme de la forĂȘt et des arbres dans le folklore." (Perception des forĂȘts. Unasylva, 2003, vol. 213, n°54, pp. 37-43), Judith Crews nous prĂ©cise le lien ancestral entre la forĂȘt et le divin :
Les forĂȘts, les arbres et la divinitĂ© : Il est estimĂ© que les arbres frappĂ©s par la foudre et consumĂ©s par le feu qui en rĂ©sulte, observĂ©s par les sociĂ©tĂ©s prĂ©historiques, pourraient avoir fait naĂźtre lâidĂ©e que les divinitĂ©s habitaient non seulement les cieux mais aussi la terre (Brosse, 1989 ; Harrison, 1992). On raconte que pour les anciennes civilisations mĂ©diterranĂ©ennes, les premiers dĂ©frichements de forĂȘts Ă©taient des « actes religieux », car les populations primitives avaient besoin de voir plus clairement le ciel afin dây lire les messages divins envoyĂ©s aux hommes par un «au-delà » abstrait identifiĂ© avec le ciel (Harrison, 1992). Câest ainsi que la coupe des arbres pourrait nâavoir pas seulement permis dâamĂ©nager des clairiĂšres pour les Ă©tablissements humains et lâagriculture ; elle pourrait aussi avoir Ă©tĂ© jugĂ©e un geste nĂ©cessaire pour que les hommes connaissent leurs dieux. Avec lâexpansion de la culture grecque, de lâEmpire romain et le retour Ă la pensĂ©e grecque pendant la Renaissance, un lien entre les arbres et leur «ombre» spirituelle et intellectuelle dâune part et, de lâautre, leur abattage et la « lumiĂšre » pourrait sâĂȘtre créé dans lâinconscient collectif Ă travers toute lâEurope.
Les forĂȘts dĂ©cidues et leurs cycles saisonniers de chute et de croissance des feuilles, ou la naissance de nouveaux bourgeons de la souche de troncs brĂ»lĂ©s ou coupĂ©s, ont peut-ĂȘtre incitĂ© les populations Ă considĂ©rer les arbres comme des symboles dâune force de vie Ă©ternelle et indestructible.
Les arbres et les forĂȘts ont donc assumĂ© des caractĂ©ristiques symboliques divines, ou Ă©taient perçus comme reprĂ©sentant des forces superlatives comme le courage, lâendurance ou lâimmortalitĂ©. Ils Ă©taient les moyens de communication entre les mondes. Certaines sociĂ©tĂ©s en ont fait des totems magiques. Parfois un arbre particulier devenait sacrĂ© en raison de son association avec un saint ou un prophĂšte. Les arbres ont souvent eu un profond sens religieux, tel lâarbre sous lequel le Bouddha a reçu lâEveil et lâarbre utilisĂ© pour la crucifixion de JĂ©sus. De ce fait, ils Ă©taient souvent prĂ©sents dans les rituels religieux et le sont encore aujourdâhui. Parmi les exemples, figurent les arbres aux branches desquels on pend des priĂšres ou des offrandes dans de nombreuses cultures, et le sapin de NoĂ«l, une coutume dont la forme actuelle est nĂ©e en Europe au XIXe siĂšcle.
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La tradition du bois sacrĂ©, souvent associĂ©e au secret et aux rites dâinitiation, Ă©tait rĂ©pandue dans de nombreuses cultures. On considĂ©rait des groupes dâarbres, ou des portions de forĂȘt naturelle ou artificielle, comme sĂ©parĂ©s des autres et intouchables. Un grand nombre de ces bois ont gardĂ© leur importance Ă ce jour: la Liste du patrimoine mondial de lâOrganisation des Nations Unies pour lâĂ©ducation, la science et la culture (UNESCO) comprend plusieurs bois et forĂȘts considĂ©rĂ©s comme sacrĂ©s ou saints pour leur valeur tant spirituelle quâĂ©cologique. Parmi les exemples, figurent les rĂ©serves de forĂȘt ombrophile du centre du Queensland oriental en Australie, que les aborigĂšnes estiment sacrĂ©s pour certains de leurs aspects gĂ©ographiques ; la Horsh Arz-el-Rab (ForĂȘt des cĂšdres de Dieu) du Liban ; les forĂȘts du mont Kenya au Kenya, considĂ©rĂ©es comme saintes par les habitants ; et un bois sacrĂ© encore utilisĂ© par les prĂȘtres lors des cĂ©rĂ©monies du riz qui se dĂ©roulent sur les terrasses de montagne plantĂ©es en riz Ă Luzon aux Philippines.
EncadrĂ© sur les M'butus, peuple de la forĂȘt sacrĂ©e =>
[... Puis elle cite El Hadji SĂšne :]
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Les arbres et forĂȘts sacrĂ©s existent partout mais jouent des rĂŽles diffĂ©rents. Leurs origines sont Ă©galement variables : halte de lâancĂȘtre fondateur ; disparition dâun patriarche ; habitat des animaux totem, etc. Lâarbre individuel sacrĂ© est le plus souvent un arbre remarquable, « frappant » par ses formes ou sa dimension ou liĂ© Ă un Ă©vĂ©nement lĂ©gendaire ou historique. Souvent les fondateurs ou guides du groupe ont choisi leur « station » qui deviendra plus tard le village ancestral aprĂšs une minutieuse observation du terrain, des arbres qui y ont poussĂ©, des signes en rapport avec la prĂ©sence de lâeau ou le passage des animaux. Souvent un arbre ou un groupe dâarbres auront Ă©tĂ© choisis et resteront lieu de culte ou de grĂące rendue Ă lâancĂȘtre.
Lâutilisation des espĂšces vĂ©gĂ©tales dans la mĂ©dication est fondĂ©e Ă la fois sur des considĂ©rations mystiques et sur une observation attentive. Ainsi un vĂ©gĂ©tal est mĂ©dicament non seulement par les « principes » que lâon a pu y percevoir â par lâamertume ou lâastringence ou toute autre saveur, goĂ»t, odeur â mais aussi par les caractĂ©ristiques et forces quâil semble dĂ©gager : son emplacement physique, son exposition et les associations vĂ©gĂ©tales dont il fait partie. On donne Ă ces attributs des forces bĂ©nĂ©fiques qui dĂ©cuplent lâeffectivitĂ© des principes biochimiques qui seraient pour le mĂ©decin moderne les seules valeurs qui mĂ©ritent considĂ©ration.
Dans les religions modernes islamique et chrĂ©tienne, les arbres jouent Ă©galement un rĂŽle. Mais câest souvent Ă travers les rĂ©miniscences historiques et les hommages qui en dĂ©coulent que ce rĂŽle existe. Tel saint homme sâest arrĂȘtĂ© Ă tel endroit, sous un tel arbre pour sây reposer et prier, et cet arbre peut devenir lieu de pĂšlerinage et de recueillement.
Certains pays ont reconnu la valeur remarquable par lâhistoire ou les caractĂ©ristiques physiques exceptionnelles dâarbres et de groupes dâarbres, et ont tentĂ© de rĂ©glementer la protection de tels patrimoines. Au SĂ©nĂ©gal, par exemple, un dĂ©cret a instituĂ© une procĂ©dure de reconnaissance et de classement des arbres remarquable. Câest une direction quâil faut encourager. La Convention pour la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel ne peut que sâenrichir de telles initiatives.
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Symbolisme celte :
Dans L'Oracle de la sagesse gauloise (Ăditions Le Courrier du Livre, 2021) Caroline Duban et Lawrence Rasson propose une carte dĂ©diĂ©e Ă la ForĂȘt des Carnutes :
La ForĂȘt des Carnutes : La forĂȘt des « Cornus »
Les Carnutes vivaient au centre de la Gaule avec pour principal oppidum Autricum-Chartres, et pour agglomĂ©ration Ă©conomique Cenabum-OrlĂ©ans. La forĂȘt sacrĂ© des Carnutes est indubitablement associĂ©e aux druides rassemblĂ©s sous la coupe d'une grand maĂźtre, d'aprĂšs CĂ©sar, dont « l'autoritĂ© est sans bornes » (La Guerre des Gaules, VI, XIII). Lorsque celui-ci venait Ă mourir, le plus digne lui succĂ©dait, Ă moins que plusieurs prĂ©tendants ne fussent sur un pied d'Ă©galitĂ©, auquel cas, il Ă©tait prĂ©vu une Ă©lection rĂ©alisĂ©e au sein des druides. La foret Ă©tait un point central pour toute la Gaule, et les druides s'y recueillaient une fois par an, en un lieu consacrĂ© se tenant Ă la frontiĂšre de leur territoire. On y venait de toutes parts pour rĂ©gler les litiges qui n'avaient trouvĂ© aucun arrangement d'une autre maniĂšre.

Carnutes renvoie Ă carnon qui signifie « corne » ou « trompe ». La racine indo-europĂ©enne *Ker(n)- dĂ©signe la tĂȘte, ou la corne. Le latin rappelle que cornĂč et cornum veulent Ă©galement dire « la corne ». La signification du nom de cette tribu demeure incertaine, mais leur forĂȘt est restĂ©e lĂ©gendaire et reprĂ©sente Ă elle seule toute la magie ancestrale des druides gaulois et de la nature.
InterprĂ©tation : VĂ©ritable ombilic de la sagesse druidique, la forĂȘt des Carnutes vous conseille la concertation par rapport Ă votre question. Haut lieu de recueillement et de vibration, l'espace consacrĂ© symbolise un lieu sain et neutre sans lequel il faut vous rendre, physiquement ou mentalement, afin de prendre conseil soi de vous-mĂȘme, soit auprĂšs d'une personne experte ou expĂ©rimentĂ©e qui saura vous guider et apaiser vos doutes ou vos rancĆurs. C'est un lieu d'enseignement oĂč les blocages trouvent toujours une solution, car CĂ©sar tĂ©moigne bien du fait que tous se plient Ă la dĂ©cision des druides de la forĂȘt des Carnutes. Le choix ne sera pas forcĂ©ment celui qui vous plaira le plus, mais celui qui sera le plus juste, le mieux Ă©quilibrĂ© et le plus judicieux possible. Lorsque l'avis, le conseil ou le choix vous aura Ă©tĂ© donnĂ©, murmurĂ© ou inspirĂ©, il faudra vous y tenir, mĂȘme si vous ĂȘtes tentĂ© de le contourner. Si vous-mĂȘme ne comprenez pas pourquoi cette voie est bien celle qui vous conviendra le mieux, ou sera la plus Ă©quitable entre deux parties opposĂ©es, sachez que prĂšs de vous, quelqu'un de plus ĂągĂ©, ayant vĂ©cu avant vous ce dilemme (ou tout simplement de plus sage), est plus apte Ă vous guider sur le chemin qui vous prĂ©occupe. Vous pourrez le constater aussi par la suite, car ce qui est le plus appropriĂ© coule de maniĂšre fluide, tandis qu'une tentative dans une autre direction amĂšne des obstacles, des retards ou des abandons ; tout devient poussif, Ă©puisant. La joie et l'excitation laissent rapidement place Ă l'amertume et aux regrets. Faites confiance Ă la sagesse abritĂ©e au cĆur de la forĂȘt des Carnutes. Elle vous conduira sur la bonne voie.
Dans le Prix du quai des orfĂšvres 2024, intitulĂ© Ne me remerciez pas (Librairie ArthĂšme Fayard, 2023), Martial Caroff relie la forĂȘt Ă la Gaule :
Lerefait s'approcha de la fenĂȘtre. Dehors, la densitĂ© des arbres s'accroissait progressivement du parc vers la forĂȘt, horizon vert derriĂšre lequel demeurait un reste du mystĂšre ancestral de la vieille Gaule, mĂȘme en cette Ăle-de-France domestiquĂ©e depuis belle lurette.
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Les odeurs de vĂ©gĂ©tation Ă©taient accentuĂ©s par l'humiditĂ©. Les fougĂšres tendaient leurs bras de mendiants et les ronces s'agrippaient Ă l'Ă©toffe pendante, comme dans une fable d'Esope. Des glands dĂ©composĂ©s sur un humus de feuilles traçaient le chemin. L'ombre blanche repĂ©ra bientĂŽt son banc fĂ©tiche, idĂ©alement placĂ© dans une ancienne clairiĂšre sous un orme crevĂ©, lĂ oĂč le parc se muait en forĂȘt.
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Contes et légendes :
Paul SĂ©billot, dans Le Folk-Lore de France, volume 1 Le ciel et la terre (Ăditions E. Guilmoto, 1904) rapporte des lĂ©gendes relatives aux forĂȘts :
LE RESPECT DES ARBRES
Dans sa cĂ©lĂšbre description de la forĂȘt de Marseille, Lucain dit que depuis un temps immĂ©morial, les Gaulois n'osaient en couper les arbres, et les Romains n'y portĂšrent la hache qu'en tremblant, parce que sans doute ils avaient entendu dire aux gens du voisinage que la hache reviendrait blesser le sacrilĂšge.
Sed fortes tremuere manus, motique verenda
Majestate loci, si robora sacra ferirent
In sua credebant redituras membra secures.
On rencontre encore dans la tradition contemporaine des traces de cette antique croyance. Ainsi qu'on l'a vu, les fĂ©es punissaient ceux qui se permettaient de toucher Ă leurs arbres favoris. Dans les forĂȘts de plusieurs pays, il est des arbres qu'il faut bien se garder de couper, si l'on veut Ă©viter des malheurs. Un ouvrier qui avait abattu un chĂȘne sĂ©culaire de la forĂȘt de Rennes, prĂšs d'une fontaine de Saint-Roux, Ă©prouva depuis, jusqu'Ă lu fin de ses jours, un tremblement dans les membres. Un homme ayant portĂ© la serpe dans le taillis du Buisson Saint-Sauveur (Seine-InfĂ©rieure) fut frappĂ© de paralysie.
Vers 1840, un bĂ»cheron, sur l'ordre rĂ©itĂ©rĂ© de l'administration des forĂȘts, abbatit le ChĂȘne MariĂ©, prĂšs duquel on Ă©changeait des serments, et l'on assure qu'il en fut puni peu de temps aprĂšs et qu'il se tua en tombant du haut d'un peuplier qu'il Ă©laguait. Avant 1830, existait prĂšs de Cuse une forĂȘt, aujourd'hui dĂ©truite, dans laquelle depuis des siĂšcles on respectait une douzaine de chĂȘnes Ă©normes que l'on appelait les ChĂȘnes bĂ©nits; on y allait en procession et en pĂšlerinage, et plusieurs Ă©taient ornĂ©s de croix et de madones ; le jour de Saint-Pierre, on venait aussi danser Ă leurs pieds. Vers 1832, l'administration les fit abattre, et les bonnes femmes de Cuse, qui considĂ©rĂšrent cette mesure comme une impiĂ©tĂ©, disaient tristement : « On a coupĂ© nos chĂȘnes bĂ©nits, nous allons
avoir de mauvaises rĂ©coltes. » Et les vieilles femmes prĂ©tendent que depuis on n'a pas eu d'aussi abondantes moissons ni d'aussi belles vendanges qu'auparavant. En Suisse, chaque village exposĂ© aux avalanches est dominĂ© par une petite forĂȘt, dite forĂȘt de secours et destinĂ©e Ă arrĂȘter les Ă©boulis. Un vieux berger eut la main paralysĂ©e pour avoir voulu y couper une branche. On eut toutes les peines du monde Ă arrĂȘter le sang qui s'Ă©chappait du tronc. Tous les ans, Ă l'anniversaire de ce crime, le berger entend un vacarme effroyable. Ce sont les lutins des troupeaux qui vengent les arbres de la forĂȘt. Le matin, quand il se rĂ©veille, chĂšvres el moulons ont une tache de sang qu'il fait disparaĂźtre en la frottant avec de la terre prise Ă minuit, entre les racines de l'arbre qu'il a voulu tuer. Dans les premiĂšres annĂ©es du XIX* siĂšcle, un chĂȘne de la forĂȘt de Vernon fut compris dans les arbres que l'on devait faire tomber ; un bĂ»cheron du pays, chargĂ© de jeter bas ce patriarche, dit qu'il ne le ferait que si on lui fournissait des haches; parce que, disait-il, on en avait brisĂ© dix en voulant abattre un chĂȘne sur lequel se trouvait un crucifix. On rĂ©solut alors de respecter ce chĂȘne. A Saint-Michel-en-GrĂšve, les arbres de la forĂȘt engloutie que la mer dĂ©couvrait aprĂšs la tempĂȘte, Ă©taient encore, Ă l'Ă©poque oĂč l'on Ă©crivit la lĂ©gende latine de saint Efflam, en si grande vĂ©nĂ©ration que l'auteur assure qu'on n'aurait pas osĂ© en couper un seul, ni mĂȘme en ramasser une branche pourrie.
LES FORĂTS DANS LES CONTES
Les forĂȘts sont, dans les contes populaires français, l'un des théùtres les plus habituels des aventures merveilleuses ou terribles. Plusieurs rĂ©cits placent sous le « couvert », la rĂ©sidence de personnages redoutĂ©s, qui souvent sont anthropophages : de mĂȘme que le classique Petit Poucet, ses congĂ©nĂšres rustiques y sont exposĂ©s Ă la voracitĂ© des ogres friands de chair fraĂźche. Cette donnĂ©e que l'on rencontre en Lorraine vers le milieu du XVIII* siĂšcle, dans un texte qui intĂ©resse Ă la fois la linguistique et le folk-lore, a Ă©tĂ© retrouvĂ©e assez frĂ©quemment depuis ; si le plus grand nombre des versions provient de la Haute-Bretagne, cela tient vraisemblablement Ă ce que, dans d'autres pays, les collecteurs de rĂ©cits populaires n'ont pas cru devoir noter ceux qui prĂ©sentaient des ressemblances avec les contes de Perrault, et qui leur paraissaient en ĂȘtre dĂ©rivĂ©s. En Ille-et-Vilaine et dans les CĂŽtes-du-Nord, il faut ajouter aux anthropophages sylvestres les Sarrasins, dont le nom y est synonyme d'ogre. Les trois gĂ©ants et les six gĂ©antes, qu'un conte de Basse-Bretagne reprĂ©sente comme avides de chair humaine, habitent une forĂȘt, et le GĂ©ant Ă Barbe d'or de Picardie y a aussi son palais. Le GĂ©ant qui n'a qu'un Ćil au milieu du front figure dans un conte des CĂŽtes-du-Nord, oĂč un jeune homme le lui crĂšve d'un coup de pistolet.
Le Tartaro ou Tartare des rĂ©cits basques, haut de taille, velu de tout le corps et pourvu d'un seul oeil au milieu du front, enlĂšve pour les dĂ©vorer, les petits enfants qui s'aventurent dans la forĂȘt ou les personnes Ă©garĂ©es qui viennent lui demander l'hospitalitĂ© ; mais quelquefois elles rĂ©ussissent Ă le rendre aveugle par des procĂ©dĂ©s qui rappellent ceux que l'ingĂ©nieux Ulysse emploie pour Ă©chapper au cyclope. Le Basa-Jaun ou seigneur sauvage a parfois le mĂȘme aspect physique et ses aventures sont sensiblement pareilles. Un Basa-Jaun enlĂšve aussi une jeune file et l'emporte dans son chĂąteau au milieu des bois.
Dans une version alsacienne du Petit Poucet, une vieille sorciĂšre qui habite dans le bois une maisonnette de pĂąte dont le toit est couvert d'omelettes, y attire les petits enfants pour les manger.
C'est aussi dans les grandes forĂȘts que les conteurs placent le sĂ©jour des monstres, tels que le Serpent Ă sept tĂȘtes basque ou Eren SuguĂ©, le Dragon Ă sept tĂȘtes, la BĂȘte Ă sept tĂȘtes, le vieux sanglier de la forĂȘt, la Licorne, le Satyre dont l'haleine empeste Ă sept lieues Ă la ronde.
L'Ă©pisode des enfants conduits au milieu des bois et volontairement perdus par leurs parents, figure dans la plupart des versions qui rappellent le thĂšme du Petit Poucet ; quelquefois c'est une jeune fille que l'on y Ă©gare parce qu'elle est plus belle que sa sĆur ou parce que sa marĂątre est jalouse de sa beautĂ©. Cet abandon est aussi fait, comme dans la lĂ©gende de GeneviĂšve de Brabant, par des gens qui, chargĂ©s de tuer une fille ou une femme et de rapporter son cĆur, y substituent celui d'un animal.
Souvent les personnages perdus au milieu des bois montent sur un arbre et aperçoivent une lumiÚre qui les conduit, comme la Perle et ses frÚres et plusieurs des similaires de Poucet, à la maison d'un ogre. D'autres fois ils sont plus heureux : la princesse Crépuscule arrive à un chùteau de cristal, le prince d'un conte littéraire du XVIIe siÚcle à une superbe demeure en porcelaine transparente, la jolie fille d'un récit gascon à un énorme chùteau, qui ne sont point habités par des hÎtes aussi méchants.
Dans plusieurs contes français figure l'Ă©pisode du roi Ă©garĂ© dans la forĂȘt, que la piĂšce de CollĂ©, La Partie de chasse de Henri IV, a rendu populaire, et qui en divers pays a Ă©tĂ© attribuĂ© Ă des rois variĂ©s. Il s'agit ordinairement de monarques trĂšs jaloux de leurs chasses, et qui ont Ă©dictĂ© des peines sĂ©vĂšres contre les dĂ©linquants. En Haute-Bretagne, Petite Baguette qui, montĂ© sur le trĂŽne, a reçu de ses sujets le surnom de Roi Grand Nez, est bien accueilli par un sabotier qui lui sert un liĂšvre, en lui faisant promettre de ne pas le dĂ©noncer ; en Gascogne, un charbonnier fait manger Ă Henri IV une hure de sanglier, en lui recommandant de ne pas le dire au roi Grand Nez ; dans un rĂ©cit de l'AriĂšge, le roi a seulement faim, et un charbonnier lui offre Ă dĂ©jeuner, en lui racontant ses misĂšres et celles des pauvres gens pour lesquels l'impĂŽt est trop lourd.
Parfois les chercheurs d'aventures arrivent Ă un chĂąteau situĂ© au milieu d'une Ă©paisse forĂȘt, et qui, bien que n'Ă©tant pas en ruines, semble inhabitĂ© ; Ă certaines heures il reçoit la visite d'un nain d'une force prodigieuse, dont ils ont beaucoup de mal Ă venir Ă bout ; des chĂąteaux, oĂč tout semble prĂ©parĂ© pour un repas, quoi qu'on n'y voie personne, sont hantĂ©s Ă minuit par des diables gardiens d'une princesse mĂ©tamorphosĂ©e.
Un chĂąteau dangereux est signalĂ© de loin par une Ă©blouissante clartĂ© au milieu des arbres ; aucun de ceux qui y sont allĂ©s n'en est revenu, parce qu'une vieille qui en a la garde les a changĂ©s en statues. Dans une version basque, il n'est visible que la nuit, et quand vient le jour, il est remplacĂ© par une caverne oĂč se tient un dragon.
Le taureau bleu qui transporte une jeune fille persĂ©cutĂ©e par sa belle-mĂšre, lui recommande de ne pas toucher aux feuilles de trois bois qu'ils doivent traverser ; ceux du premier sont en cuivre, ceux du second en argent et ceux du troisiĂšme en or, et elles rendent un son qui rĂ©veille des bĂȘtes fĂ©roces ou venimeuses.
La forĂȘt est aussi en relation avec plusieurs Ă©pisodes du conte dans lequel le hĂ©ros va chez un magicien ou chez le diable. II y est soumis Ă diverses Ă©preuves dont il sort Ă son avantage, grĂące Ă l'une des filles de son hĂŽte ; parmi elles figure l'obligation d'abattre une forĂȘt en se servant d'instruments insuffisants ou fragiles, haches de bois, de carton, de plomb ou de verre, scies en bois ou eu papier, faucilles de bois, etc. Lorsque, aprĂšs les avoir accomplies, il veut Ă©chapper au magicien, il monte un cheval douĂ© du don de la parole. ConseillĂ© par lui ou par la fille qui l'accompagne dans sa fuite, il jette Ă terre l'Ă©ponge ou l'Ă©trille de l'Ă©curie, et Ă l'endroit oĂč elles tombent s'Ă©lĂšve aussitĂŽt une grande forĂȘt.
Dans les rĂ©cits de Basse-Bretagne, la forĂȘt est une dos rĂ©sidences habituelles des ermites, qui y font pĂ©nitence dans une cabane tout Ă fait primitive, mais sont douĂ©s d'une grande puissance et prĂ©sentent diverses particularitĂ©s surnaturelles. Cette donnĂ©e a Ă©tĂ© aussi relevĂ©e en Berry.
Le souvenir des voleurs, qui ont en effet eu souvent leur repaire dans les endroits les plus cachés des grands bois, est resté dans la tradition populaire, en prenant une forme traditionnelle ; mais d'ordinaire, leurs aventures ne sont pas merveilleuses ; ils y habitent une maison ou un chùteau abandonné, et ceux qui viennent leur demander l'hospitalité sont égorgés par eux, si par ruse, ils ne parviennent à leur échapper ; cependant, par exception, ils se montrent compatissants à l'égard de pauvres gens.
Plusieurs personnages enchantĂ©s sous forme animale, subissent leur pĂ©nitence dans les forĂȘts, comme la « biche au bois » d'un conte littĂ©raire du XVII siĂšcle, la biche blanche des rĂ©cits contemporains, le liĂšvre argentĂ©, un lion, des personnages mĂ©tamorphosĂ©s en cerfs, etc.
La forĂȘt sert aussi de lieu de rĂ©union Ă des ĂȘtres surnaturels, Ă des sorciers sous la forme humaine ou sous celle de fauves ; ils se tiennent sur les branches d'un arbre touffu ou prĂšs d'un tronc Ă©norme, et se racontent ce qui leur est arrivĂ© depuis leur derniĂšre confĂ©rence, qui parfois n'a lieu que tous les ans ; un voyageur Ă©garĂ© ou un pauvre aveugle abandonnĂ© les Ă©coute sans ĂȘtre aperçu d'eux, et fait son profit des secrets qu'il a surpris. Dans un conte nivernais, Papa Grand Nez, dont la nature est assez vaguement dĂ©finie, vient raconter des nouvelles Ă des petits enfants rĂ©unis dans le sous bois Ă cĂŽtĂ© d'un grand fou, et un homme qui l'entend rĂšgle sa conduite sur ce qu'il a ainsi appris.
C'est aussi dans les forĂȘts que des personnages divers, qui cependant paraissent ĂȘtre des lutins ou des diables, rĂ©pĂštent, croyant ĂȘtre seuls, le nom bizarre que doivent se rappeler ceux auxquels ils ont rendu service en stipulant qu'ils lui appartiendront s'ils n'y parviennent pas.
Il est assez rare que les forĂȘts soient dĂ©signĂ©es par des noms propres ; cependant un conte lorrain parle de la ForĂȘt Noire, et dans ce pays et en Bretagne, la forĂȘt d'Ardennes est assez frĂ©quemment citĂ©e.
L'entrée de certains bois est interdite parce qu'il s'y trouve des géants ou des animaux dangereux ; le petit berger ou l'aventurier brave cependant la défense et vient à bout de ces redoutables ennemis.
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Littérature :
Dans Claudine à l'école (1900), Colette évoque le plaisir engendré par la fréquentation des bois :
Le charme, le dĂ©lice de ce pays fait de collines et de vallĂ©es si Ă©troites que quelques-unes sont des ravins, câest les bois, les bois profonds et envahisseurs, qui moutonnent et ondulent jusque lĂ bas, aussi loin quâon peut voir. Des prĂ©s verts les trouent par places, de petites cultures aussi, pas grandâchose, les bois superbes dĂ©vorant tout. De sorte que cette belle contrĂ©e est affreusement pauvre, avec ses quelques fermes dissĂ©minĂ©es, si peu nombreuses, juste ce quâil faut de toits rouges pour faire valoir le vert veloutĂ© des bois.
Chers bois ! Je les connais tous ; je les ai battus si souvent. Il y a les bois-taillis, des arbustes qui vous agrippent mĂ©chamment la figure au passage, ceux-lĂ sont pleins de soleil, de fraises, de muguet, et aussi de serpents. Jây ai tressailli de frayeurs suffocantes Ă voir glisser devant mes pieds ces atroces petits corps lisses et froids ; vingt fois je me suis arrĂȘtĂ©e, haletante, en trouvant sous ma main, prĂšs de la « passe-rose », une couleuvre bien sage, roulĂ©e en colimaçon rĂ©guliĂšrement, sa tĂȘte en dessus, ses petits yeux dorĂ©s me regardant ; ce nâĂ©tait pas dangereux, mais quelles terreurs ! Tant pis, je finis toujours par y retourner seule ou avec des camarades ; plutĂŽt seule, parce que ces petites grandes filles mâagacent, ça a peur de se dĂ©chirer aux ronces, ça a peur des petites bĂȘtes, des chenilles veloutĂ©es et des araignĂ©es des bruyĂšres, si jolies, rondes et roses comme des perles, ça crie, câest fatiguĂ©, â insupportables enfin.
Et puis il y a mes prĂ©fĂ©rĂ©s, les grands bois qui ont seize et vingt ans, ça me saigne le cĆur dâen voir couper un ; pas broussailleux, ceux-lĂ , des arbres comme des colonnes, des sentiers Ă©troits oĂč il fait presque nuit Ă midi, oĂč la voix et les pas sonnent dâune façon inquiĂ©tante. Dieu, que je les aime ! Je mây sens tellement seule, les yeux perdus loin entre les arbres, dans le jour vert et mystĂ©rieux, Ă la fois dĂ©licieusement tranquille et un peu anxieuse, Ă cause de la solitude et de lâobscuritĂ© vague⊠Pas de petites bĂȘtes, dans ces grands bois, ni de hautes herbes, un sol battu, tour Ă tour sec, sonore, ou mou Ă cause des sources ; des lapins Ă derriĂšres blancs les traversent ; des chevreuils peureux dont on ne fait que deviner le passage, tant ils courent vite ; de grands faisans lourds, rouges, dorĂ©s ; des sangliers (je nâen ai pas vu) ; des loups â jâen ai entendu un, au commencement de lâhiver, pendant que je ramassais des faĂźnes, ces bonnes petites faĂźnes huileuses qui grattent la gorge et font tousser. Quelquefois des pluies dâorage vous surprennent dans ces grands bois-lĂ Â : on se blottit sous un chĂȘne plus Ă©pais que les autres, et, sans rien dire, on Ă©coute la pluie crĂ©piter lĂ -haut comme sur un toit, bien Ă lâabri, pour ne sortir de ces profondeurs que tout Ă©blouie et dĂ©paysĂ©e, mal Ă lâaise au grand jour.
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Dans J'avoue que j'ai vĂ©cu (Ădition originale posthume, 1974) Pablo Neruda Ă©voque la beautĂ© de la forĂȘt chilienne :
... Sous les volcans, auprĂšs des glaciers, entre les grands lacs, le parfum, le silence, l'enchevĂȘtrement de la forĂȘt chilienne... Les pieds s'enfoncent dans le feuillage mort, une branche fragile a crĂ©pitĂ©, les raulis gĂ©ants dressent leur stature hĂ©rissĂ©e, un oiseau de la sylphe froide passe, bat des ailes, s'arrĂȘte dans les branchages noirs. Et puis, de sa cachette, sa voix s'Ă©lĂšve comme un hautbois... Mon nez reçoit et transmet Ă mon Ăąme l'odeur sauvage du laurier, l'essence indĂ©finissable du boldo... Le cyprĂšs des GuaĂŻtecas me barre le chemin... C'est un monde vertical : une nation d'oiseaux, une foule de feuilles... Je trĂ©buche sur une pierre, je gratte la cavitĂ© dĂ©couverte, une Ă©norme araignĂ©e aux cheveux rouges me regarde de ses yeux fixes, immobile, grosse comme une Ă©crevisse... Un carabe dorĂ© me crache son effluve mĂ©phitique tandis que disparait comme un Ă©clair son radieux arc-en-ciel... Poursuivant, je traverse un bois de fougĂšres beaucoup plus grand que moi : celles-ci laissent choir de leurs yeux verts et froids soixante larmes sur mon visage et font frĂ©mir longtemps encore derriĂšre moi leurs Ă©ventails... Un tronc pourri : ĂŽ quel trĂ©sor !... Des champignons noirs et bleus lui ont donnĂ© des oreilles, de rouges plantes parasites l'ont couvert de rubis, d'autres plantes paresseuses lui ont prĂȘtĂ© leurs barbes et, rapide, un serpent jaillit de ses entrailles putrĂ©fiĂ©es, telle une Ă©manation, comme si s'Ă©chappait l'Ăąme de ce tronc mort... Plus loin, chaque arbre s'est sĂ©parĂ© de ses semblables... Ils se dressent sur le tapis de la forĂȘt secrĂšte, et chaque feuillage, linĂ©aire, frisĂ©, branchu, lancĂ©olĂ©, a un style diffĂ©rent, comme coupĂ© par des ciseaux aux mouvements infinis... Une ravine ; sous l'eau transparente elle glisse sur le jaspe et le granite... Un papillon pur comme un citron vole en dansant entre l'eau et la lumiĂšre... A mon cĂŽtĂ©, des myriades de calcĂ©olaires me saluent de leurs petites tĂȘtes jaunes... LĂ -haut, gouttes artĂ©rielles de la forĂȘt magique, ondulent les copihues rouges (Lapageria rosea)... Le copihue rouge est la fleur du sang, le copihue blanc est la fleur de la neige. Dans un frisson de feuilles la vĂ©locitĂ© d'un renard a traversĂ© le silence, mais le silence est la loi de ces feuillages... A peine le cri lointain d'un vague animal... L'intersection pĂ©nĂ©trante d'un oiseau cachĂ©... L'univers vĂ©gĂ©tal susurre Ă peine jusqu'au moment oĂč une tempĂȘte dĂ©clenche toute la musique terrestre.
Qui ne connaĂźt pas la forĂȘt chilienne ne connaĂźt pas cette planĂšte.
C'est de ces terres, de cette boue, de ce silence que je suis parti cheminer et chanter Ă travers le monde.
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Dans Lettrines II (Ădition JosĂ© Corti, 1974) Julien Gracq Ă©voque lui aussi la beautĂ© Ă©trange de la forĂȘt :
La forĂȘt : partout prĂ©sente, monotone, obsĂ©dante, elle n'est pourtant jamais un ocĂ©an d'arbres : des clairiĂšres parfois l'effilochent, les rochers nus l'Ă©corchent : çà et lĂ les coulĂ©es encaissĂ©es des vallĂ©es, les Alves, la coupent comme des pares-feux d'une Ă©troite bande gazonnĂ©e. Sa couleur n'est pas uniforme ; les diverses espĂšces de conifĂšres, la densitĂ© plus ou moins grande des bouleaux y font courir - vue de loin - des veines plus ou moins larges d'un vert plus ou moins foncĂ©, comme ces traĂźnĂ©es plus ou moins bleues qu'a la mer calme en Ă©tĂ© prĂšs des plages. Elle n'est pas non plus un revĂȘtement fourni et continu, une toison vĂ©gĂ©tale : aĂ©rĂ©e, plutĂŽt claire, mĂȘme de loin on voit sur la crĂȘte des collines se dĂ©couper en dents de scie nettement sĂ©parĂ©es la cime de ses sapiniĂšres. C'est plutĂŽt un hĂ©rissement rĂąpeux et distendu, le chaume d'un inextirpable, mais inĂ©galement plantĂ© et fourni, selon les creux et les saillies, d'un menton mal rasĂ©, d'une peau tendue sur l'os.
J'ai roulĂ© toute une matinĂ©e dans cette forĂȘt en compagnie d'un Français d'Umea, qui exerce dans le Norrland une profession curieuse, celle de "conseiller pĂ©dagogique itinĂ©rant", au service du gouvernement suĂ©dois pour l'enseignement du français dans les Ă©coles secondaires.
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Sylvie GERMAIN dans Jours de colĂšre, Chants, « Les frĂšres », 1989 propose le portrait d'humains imprĂ©gnĂ©s viscĂ©ralement de la forĂȘt :
Ils Ă©taient hommes des forĂȘts. Et les forĂȘts les avaient faits Ă leur image. Ă leur puissance, leur solitude, leur duretĂ©. DuretĂ© puisĂ©e dans celle de leur sol commun, ce socle de granit dâun rose tendre vieux de millions de siĂšcles, bruissant de sources, trouĂ© dâĂ©tangs, partout saillant dâentre les herbes, les fougĂšres et les ronces. Un mĂȘme chant les habitait, hommes et arbres. Un chant depuis toujours confrontĂ© au silence, Ă la roche. Un chant sans mĂ©lodie. Un chant brutal, heurtĂ© comme les saisons, - des Ă©tĂ©s Ă©crasants de chaleur, de longs hivers pĂ©trifiĂ©s sous la neige. Un chant fait de cris, de clameurs, de rĂ©sonances et de stridences. Un chant qui scandait autant leurs joies que leurs colĂšres.
Car tout en eux prenait des accents de colĂšre, mĂȘme lâamour. Ils avaient Ă©tĂ© Ă©levĂ©s davantage parmi les arbres que parmi les hommes, ils sâĂ©taient nourris depuis lâenfance des fruits, des vĂ©gĂ©taux et des baies sauvages qui poussent dans les sous-bois et de la chair des bĂȘtes qui gĂźtent dans les forĂȘts ; ils connaissaient tous les chemins que dessinent au ciel les Ă©toiles et tous les sentiers qui sinuent entre les arbres, les ronciers et les taillis et dans lâombre desquels se glissent les renards, les chats sauvages et les chevreuils, et les venelles que frayent les sangliers. Des venelles tracĂ©es Ă ras de terre entre les herbes et les Ă©pines en parallĂšle Ă la Voie lactĂ©e, comme en miroir. Comme en Ă©cho aussi Ă la route qui conduisait les pĂšlerins de VĂ©zelay vers Saint-Jacques-de-Compostelle. Ils connaissaient tous les passages sĂ©culaires creusĂ©s par les bĂȘtes, les hommes et les Ă©toiles.
La maison oĂč ils Ă©taient nĂ©s sâĂ©tait montrĂ©e trĂšs vite bien trop Ă©troite pour pouvoir les abriter tous, et trop pauvre surtout pour pouvoir les nourrir. Ils Ă©taient les fils dâEphraĂŻm Mauperthuis et de Reinette-la-Grasse.
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Yves Paccalet, dans son magnifique "Journal de nature" intitulĂ© L'Odeur du soleil dans l'herbe (Ăditions Robert Laffont S. A., 1992) Ă©voque la magie de la forĂȘt :
1er mars
(Fontaine-la-Verte)
A chaque pas qu'on fait dans la forĂȘt, un nouvel arbre devient l'axe de symĂ©trie de la futaie entiĂšre. Cette surabondance gĂ©omĂ©trique suggĂšre qu'on change sans cesse de dimension, qu'on visite une infinitĂ© d'univers. Vertige de science-fiction, dans les da=Ă©cris de hĂȘtres et d'anĂ©mones.
Le fragon piquant
Joue aux billes
Avec ses fruits rouges
[...] 8 avril
(Fontaine-la-Verte)
La forĂȘt constitue non seulement un milieu Ă©cologique, mais un systĂšme chromatique dorĂ© de lois rigoureuses. Les couleurs (noir, gris, vert, ocre, rose, blanc) Ă©tablissent entre elles des relations de symbiose, de commensalisme, de parasitisme ou de prĂ©dation.
Les branches d'arbres nues et noires se croisent sur le gris-bleu du ciel. De jeunes feuilles vert tendre baveront bientÎt sur l'azur, comme une couleur noyée sur la gouache d'un écolier malhabile.
FougĂšres sĂšches
Café au lait
Renversé sur la nappe
[...] 13 juillet
(Fontaine-la-Verte)
Quand nous marchons en forĂȘt, nous regardons oĂč nous posons les pieds, c'est-Ă -dire par terre. Nous ratons le spectacle de la canopĂ©e, cette fĂ©erie de feuilles, d'insectes, d'oiseaux, de lumiĂšres.
Depuis qu'il est descendu de l'arbre, l'Homo sapiens utilise ses yeux en rase-mottes. Icare et les aviateurs sont des monstres : ils possĂšdent des chromosomes de geai ou de milan noir.
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Asa Larsson dans son roman policier intitulĂ© Le Sang versĂ© (Ădition originale, 2004 ; Ăditions Albin Michel, 2014 pour la traduction française) Ă©voque elle aussi l'attraction de la forĂȘt :
Rebecka Martinsson retourna Ă la pension. La forĂȘt murmurait dans son dos : Viens, entre, ne t'arrĂȘte pas, je suis sans fin.
Elle rĂ©flĂ©chit Ă l'offre de la forĂȘt, pensa aux grands pins Ă©lancĂ©s, Ă leurs troncs de cuivre frappĂ©. Au vent ruisselant dans les cimes comme de l'eau. Aux sapins d'un noir de suie mangĂ©s de lichen barbu. Au bruit de ses pas sur le cladonia et la bruyĂšre, au toc-toc des pics Ă©peichettes, au silence profond qui succĂšde au passage d'un animal sauvage, au doux froissement des aiguilles de pin et au craquement lĂ©ger des brindilles.
On marche et on marche. Au dĂ©but, la pensĂ©e est comme un Ă©cheveau emmĂȘlĂ©, les branches vous griffent le visage et s'accrochent Ă vos cheveux. Et puis, peu Ă peu, les fils se dĂ©mĂȘlent, se dĂ©tachent, restent accrochĂ©s aux arbres. S'envolent dans la brise. BientĂŽt on a la tĂȘte vide et on se contente d'avancer. On traverse les marais fumants aux lourds effluves oĂč le corps devient moite et oĂč les pieds s'enfoncent. On gravit un escarpement et lĂ -haut, sur le plateau, le vent souffle plus fort. Les bouleaux nains, phosphorescents, semblent ramper sur le sol. ArrivĂ© lĂ , on se couche. Et la neige se met Ă tomber.
Toutes ses sensations de petite fille remontĂšrent Ă la surface. Elle se rappela son dĂ©sir impĂ©rieux de partir Ă l'aventure comme un Indien, les buses des hauts plateaux planant au-dessus d'elle. Le poids du sac de randonnĂ©e sur son dos. Toutes ces nuits oĂč elle dormait Ă la belle Ă©toile. [...]
Rebecka baissa les yeux vers ses bottes Lagerson Ă tige et Ă talons hauts.
« DĂ©solĂ©e, dit-elle Ă la forĂȘt. Je ne porte pas la tenue adĂ©quate ces temps-ci. »
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Lire aussi : une Ă©tude de Mes ForĂȘts d'HĂ©lĂšne Dorion avec mes Ă©lĂšves...










