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  • Anne

Le Faisan





Étymologie :

  • FAISAN, ANE, subst.

Étymol. et Hist. Subst. 1172-75 les feisanz (Chr. de Troyes, Chevalier de la Charrette, éd. M. Roques, 5790). Adj. 1694 poule faisande (Ac.). Du lat. class. phasianus (empr. au gr. φ α σ ι α ν ο ́ ς « faisan », proprement « oiseau du Phase, fleuve de la Colchide ») avec une terminaison qui s'explique probablement par un recours à l'a. prov. faisan, seulement attesté ca 1268-71 (Rayn.).


Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.



Symbolisme :

Dans le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; Édition revue et corrigée, Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, on peut lire que :


"Le faisan et la faisane jouent un rôle important dans les mythologies de l'Extrême-Orient. Un faisan, symbole, par son chant et pas sa danse, de l'harmonie cosmique, préfigura l'avènement de Yu-le-Grand, ordonnateur du monde. L'appel de la faisane au faisan est en rapport avec le tonnerre. Tch'en, qui est le tonnerre, le printemps, l'ébranlement cosmique, la conception, désigne aussi le bruit d'ailes des faisans ; c'est le signe de l'éveil du yang. Au rythme des saisons, le faisan se transforme en serpent, et inversement ; le faisan est yang, le serpent yin ; c'est le rythme, l'alternance universels. Et c'est sans doute pourquoi la courbure des toits des pagodes est l'image des ailes d'un faisan qui vole.

L'appel de la faisane est également utilisé dans la mythologie du Shintô. Elle est l'envoyée d'Amaterasu-omikami auprès du kami organisateur du monde, Ame-wakahiko, lequel, adonné aux joies terrestres a rompu les liens avec le Ciel. Au regard du kami fautif et des siens, le cri de l'oiseau est de mauvais augure. Il n'en est pas moins le messager et comme le rayon de la lumière originelle : c'est si vrai que la flèche tirée contre la faisane atteint le lieu où siège Amaterasu. Il est le symbole de la lumière, colorée, organisatrice.

Tchouang-tseu fait, d'autre part, du faisan des marais le symbole d'une existence besogneuse et inquiète, mais libre d'entraves. En tous lieux cet oiseau est considéré comme une cratophanie solaire."

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Dans l'Encyclopédie des symboles (1989, éd française 1996) établie sous la direction de Michel Cazenave, on apprend que :


"Le faisan n'apparaît dans la symbolique occidentale qu'en rapport avec une légende selon laquelle il aurait pris la forme fantastique du phénix (cela concerne surtout le faisan d'or dont les excréments étaient censés donner des forces nouvelles). Le faisan joue en revanche un rôle important en Chine où il est associé, en raison de la lourdeur de son vol, au tonnerre et au principe du yang. Il est pourtant censé pouvoir aussi se transformer en huître et en serpent et incarner le principe du yin. le faisan faisait certes partie des douze insignes impériaux et symbolisait l'impératrice, mais il joue de façon générale un rôle plutôt négatif. Son cri peut annoncer une inondation ou encore la dépravation des mœurs et la tentation ; il n'est pas rare que des faisans apparaissent dans les légendes comme des incarnations de puissance mauvaises et surnaturelles. Le faisan d'or était en Chine l'insigne des hauts fonctionnaires de l'Etat ; sous le régime nazi, c'est ainsi que l'on surnommait ceux qui arboraient "l'insigne doré du parti".

Le libre d'emblèmes baroque de Hohberg (1675) attribue au faisan l'attitude que nous associons aujourd'hui à l'autruche. "Le faisan, le dément, se pense invisible / lorsque sa tête est cachée, et c'est ainsi qu'il est pris./ De même, notre monde insensé croit ses vices cachés / mais Dieu peut les trouver à son gré : il sait le Quand, le Comment et le Où".

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Selon Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes ( (Hachette Livre, 2000) :


C'est un oiseau originaire d'Asie, dont il existe quelques espèces différentes. Celui qu'on trouve en Europe fut importé par les Romains. Il se distingue par sa longue queue les plumes allongées de son corps, sa tête vert foncé et son collier blanc. Espèce de la famille des gallinacées, le mâle est n coq et la femelle, plus petite, une poule. Entre avril et juin, elle pond entre 8 et 16 œufs. Le faisan se nourrit essentiellement de graines, mais il apprécie aussi de manger les insectes qu'il détruit d'ailleurs en quantité et, parfois, il ne déteste pas mettre un mulot à son menu.

Si le surnom de faisan est souvent attribué à l'homme malhonnête, malsain, corrompu, c'est tout simplement par allusion au gibier qui n'est pas consommé frais, mais "faisandé", comme chacun sait. Mais son nom provient du grec phasianos ornis, c'est-à-dire "oiseau du Phase", le Phase étant la région de Grève où, d'après la légende, il fut découvert pour la première fois par les Argonautes. Toutefois, bien sûr, c'est surtout en Asie, et particulièrement en Chine, que le faisan joue un rôle mythique important. Ainsi, ses danse et chant nuptiaux, très spectaculaires, lui ont valu d'incarner l'éveil cosmique du yang qui se manifeste au printemps, les forces lumineuses et solaires qui annoncent l'événement de leur suprématie.

Selon les Chinois, l'hiver venu, le faisan yang se transforme en serpent yin, et ils rythment donc l'un et l'autre les saisons de la Terre et la vie de l'univers. C'est pour faire allusion à ce prince universel que les premiers architectes des pagodes anciennes ont représenté les temples shintoïstes, puis bouddhistes, avec des toits en forme d'ailes de faisan..."

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Selon Pierre Dubois et René Hausman qui ont écrit et illustré L'Elféméride, Le grand légendaire des saisons - Automne-Hiver (2013),


"Dans les bois désertés de novembre se pavane en costume d'apparat le vaniteux faisan. Il picore les faines en se dandinant, en annonçant son passage à coups de trompette. Étincelant de bleu, de vert, mordoré, carminé... on ne voit que lui dans les fossés, au milieu des allées. Sa vanité l'a perdu.

Au commencement des temps, il était encore humble, tout gris, maladroit sur ses pattes ; c'était un des premiers oiseaux que Dieu venait de façonner. Une ébauche, un concept. Il ne savait pas trop bien voler ni chanter. L'idée était ingénieuse, mais il fallait l'améliorer. Dieu se mit au travail sur d'autres modèles, d'abord plus petits pour se faire la main et mettre au point le principe. Une fois le moineau terminé, tout pouvait rouler... Encore quelques petits passereaux sur le même moule, histoire de varier les couleurs et les notes... et hop ! On pouvait désormais tout imaginer, tout envisager, dans le lyrique et l'artistique.

Le faisan tira son bec lorsqu'il vit sortir de la volière divine tous ces merveilleux envols envahir les cieux : les pies, le martin-pêcheur, le gros-bec cardinal, le pic-vert, le toucan, l'oiseau-lyre ! Tous étaient plus réussis que lui : vifs, colorés, chamarrés, élégants, fuselés, plus rapides. Ils savaient bien mieux voler et chanter que lui. Ce n'était pas juste, et lorsqu'il vit apparaître le paon aux côtés de l'oiseau de paradis, il faillit s'étouffer de colère.

Non, ce n'était pas juste : il était quand même le premier oiseau, il méritait mieux que ça. Il alla alors trouver Dieu pour se plaindre de son misérable aspect. Lui rappelant son manque de reconnaissance envers son premier prototype. Non mais des fois ! "Regarde dans quel état piteux tu m'as laissé. pourquoi n'ai-je pas d'aigrette bleue, de houppe frisée, de jabot pailleté, de bec en spatule comme celui-ci et celui-là ?! Moi aussi je veux du rouge, du vert, du bleu, des écailles d'or et une huppe sur la tête."

Et le faisan s'est retrouvé tout coloré.

"Et je veux aussi une longue queue."

Et sa queue s'est mise à pousser.

'Et je veux qu'on entende de loin mon chant."

Et il a obtenu cette trompette qu'on lui connaît. Mais ce n'était pas encore suffisant... Enivré d'orgueil, il a réclamé que sa chair soit plus savoureuse de celle des autres...

Cette dernière sotte coquetterie a fait de lui le gibier le plus prisé de novembre."

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