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  • Anne

La Rose trémière




Étymologie :

  • TRÉMIÈRE, adj. fém.

Étymol. et Hist. 1581 roze tremiere (Françoys Rousset, Traitté de l'enfantement caesarien, p. 222 ds Roll. Flore t. 3, p. 83); 1800 subst. fém. tremiere (Boiste, s.v. rose). Altér. de rose d'oustremer, de même sens ca 1500 (J. Camus, Livre d'heures d'apr. Roll., loc. cit.).


Lire également la définition du nom trémière pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Alcea rosea ; Alcée rose ; Mauve arborée ; Passerose ; Passe-rose ; Primerose ; Rose alcée ; Rose d'outre-mer ; Rose papale ;

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Symbolisme :


Louise Cortambert et Louis-Aimé. Martin, auteurs de Le langage des fleurs. (Société belge de librairie, 1842) évoquent rapidement le symbolisme de la rose trémière :


ROSE TRÉMIÈRE -FÉCONDITÉ.

Tout le monde connait cette superbe plante, originaire de la Chine, ou plutôt de la Syrie, d'où elle nous fut apportée au temps des croisades. Le grand nombre de ses fleurs l'a fait prendre pour l'emblème de la fécondité ; les Chinois représentent la Nature couronnée de ses fleurs, dont le nom signifiait chez les Grecs Puissance et Vertu. .

 

Selon Pierre Zaccone, auteur de Nouveau langage des fleurs avec la nomenclature des sentiments dont chaque fleur est le symbole et leur emploi pour l'expression des pensées (Éditeur L. Hachette, 1856) :


ROSE TRÉMIÈRE - FÉCONDITÉ.

Plante originaire de Syrie. Feuilles larges et arrondies ; tiges de sept à neuf pieds ; fleurs nombreuses de juillet en septembre. On a fait de cette fleur le symbole de la fécondité, à cause du grand nombre de fleurs blanches, roses, rouges, dont elle pare sa haute tige.

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Dans son Traité du langage symbolique, emblématique et religieux des Fleurs (Paris, 1855), l'abbé Casimir Magnat propose une version catholique des équivalences symboliques entre plantes et sentiments :


ROSE TRÉMIÈRE - VANITÉ.

Vanité des vanités, tout n'est que vanité. — Ecclésiastes, 1, 2.


La rose trémière qui nous vient de la Syrie croit naturellement en Provence. Ses tiges sont droites et simples, velues et s'élèvent jusqu'à deux ou trois mètres de hauteur. Ses fleurs sont larges, purpurines, panachées, mélangées de rose et de blanc ; elles s'ouvrent dans les aisselles des feuilles vers le sommet de la tige et forment en quelque sorte un long épi par leur situation respective.


RÉFLEXIONS.

Notre vanité nous réduit et nous fait perdre l'estime du monde, dans les choses mêmes où nous la cherchons, et par les moyens que nous employons.

(BOURDALOUE, Pensées diverses.)

La vanité corrompt tout jusqu'aux exercices les plus innocents de l'esprit et ne laisse rien d'entier dans la vie humaine.

(BOSSUET, Sermons.)

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Emma Faucon, dans Le Langage des fleurs (Théodore Lefèvre Éditeur, 1860) s'inspire de ses prédécesseurs pour proposer le symbolisme des plantes qu'elle étudie :


Passe-Rose ou Rose trémière - Plaisir doux.

Originaire de la Syrie , celte plante est un des jolis ornements de nos jardins par la hauteur de sa tige , le nombre de ses fleurs et la variété de ses couleurs .

 

Le Dictionnaire Larousse en 2 volumes (1922) propose des pistes pour comprendre le langage emblématique des fleurs :

Nom Signification Couleur Langage emblématique

Althée Amour simple Blanche Amour sans atours

(Rose trémière) Rose Aimée secrètement

Mauve Regrets d'amour

Panachée Inquiétude d'amour

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Sheila Pickles écrit un ouvrage intitulé Le Langage des fleurs du temps jadis (Édition originale, 1990 ; (Éditions Solar, 1992 pour la traduction française) dans lequel elle présente ainsi la Rose trémière :

Mot clef : Rose trémière

Baiser ! rose trémière au jardin des caresses !

Vif accompagnement sur le clavier des dents

Des doux refrains qu'Amour chante en les cœurs ardents

Avec sa voix d'archange aux langueurs charmeresses ! [...]


Moi, je ne puis, chétif trouvère de Paris,

T'offrir que ce bouquet de strophes enfantines :

Sois bénin et, pour prix, sur les lèvres mutines

D'une que je connais, Baiser, descends, et ris.

Paul Verlaine (1844-1896), "Il Bacio".


Cette plante fière, si répandue dans nos jardins qu'on pourrait la croire indigène, a été importée de Chine au XVIe siècle. C'était, là-bas, un symbole de fertilité.

La Rose trémière a très vite connu un grand succès, sans doute en raison de sa culture aisée et, surtout, de son intérêt thérapeutique : on a utilisé ses feuilles pour guérir les chevaux blessés au sabot. Sa beauté et sa grâce l'ont mise en compétition avec la Rose : elle a d'ailleurs été nommée Passerose, Rose alcée et Rose trémière (qui signifie "outremer"). Quand elle se balance, avec ses teintes délicates, à la plus belle place du jardin, on ne peut imaginer fleur symbolisant mieux l'ambition féminine.

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Littérature :


Artémis


La Treizième revient… C’est encor la première ; Et c’est toujours la seule, ou c’est le seul moment ; Car es-tu reine, ô toi ! la première ou dernière ? Es-tu roi, toi le seul ou le dernier amant ?…


Aimez qui vous aima du berceau dans la bière ; Celle que j’aimai seul m’aime encor tendrement : C’est la mort, ou la morte… O délice ! ô tourment ! La rose qu’elle tient, c’est la Rose trémière.


Sainte Napolitaine aux mains pleines de feux, Rose au cœur violet, fleur de sainte Gudule : As-tu trouvé ta croix dans le désert des cieux ?


Roses blanches, tombez ! vous insultez nos dieux, Tombez, fantômes blancs, de votre ciel qui brûle : – La sainte de l’abîme est plus sainte à mes yeux !

Gérard de Nerval, "Artémis" in Les Chimères, 1854.

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Michèle Monte, dans un article intitulé "L’allégorie chez trois poètes du XXe siècle : Yves Bonnefoy, Philippe Jaccottet, René Char" (in L’Allégorie, corps et âme, J. Gardes Tamine éd., Presses Universitaires de Provence, 2002, p.217-238) revient sur la signification de la rose trémière chez le poète Jaccottet :


Mais je retiendrai ici l’ensemble de textes intitulé Une couronne dans le recueil Après beaucoup d’années (Gallimard, 1994) [de Philippe Jaccottet]. Ces onze textes brefs, neuf en prose suivis de deux poèmes en vers, sont consacrés à la rose trémière. Dès le premier texte, la façon dont fleurit cette fleur est explicitement comparée « au soleil du soir qui fleurit en or au sommet des arbres, en rose à la cime des montagnes, de plus en plus haut, lui aussi » (p. 41). D’autres comparaisons surgiront ensuite, certaines acceptées, d’autres rejetées (1). Mais cette approche progressive de l’objet où celui-ci semble parfois passer au second plan, voire disparaître, où la subjectivité déictique et axiologique d’abord se renforcent, puis s’effacent, selon une subtile évolution, met en place petit à petit une lecture allégorique : la rose trémière devient une évocation du vieillissement humain, et sa façon de fleurir offre un exemple à qui médite sur le passage du temps, cependant que s’agglomèrent autour d’elle d’autres réalités sensibles, montagnes au crépuscule, nuages au coucher du soleil, regards ardents, femme endormie. C’est aux deux brefs poèmes en vers qu’est dévolue la tâche de tirer la leçon des textes précédents et de fournir au lecteur inattentif la clef de l’allégorie et le désir de tout relire :

Rose qu’on croirait effrayée

fuyant de plus en plus haut

parce que l’âge la poursuit. (p.50)


Leçon de la passe-rose :

que la rose du chant

brasille de plus en plus haut

comme en défi à la rouille des feuilles. (p. 51)


Le mot « âge » confirme de façon explicite le lien avec l’humain déjà présent dans les textes antérieurs, mais surtout la métaphore « la rose du chant » introduit un nouveau niveau de lecture : la rose trémière devient un modèle pour le poète invité à produire un chant de plus en plus brillant à mesure qu’il s’approche de sa fin.


Notes :

1) « Ces fleurs qui s’ouvrent de bas en haut de la haute tige selon une loi rigoureuse pourraient aussi évoquer pour un esprit entiché d’opéra la montée d’une jeune héroïne en robe blanche, ou rose, ou mauve (…) Penser à la lente et fatale ascension de la lumière du soir me semble de beaucoup plus convenable, puisqu’on ne quittera pas, ce faisant, les jardins, ou la campagne. » (p. 43)

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