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  • Anne

Le Lichen



Étymologie :

  • LICHEN, subst. masc.

Étymol. et Hist. a) 1363 lichine « éruption sur la peau » (G. Lafeuille, Les Amphorismes Ypocras de Martin de Saint-Gille, 68 ds Mél. J. Horrent, 1980, p. 8); b) 1546 « plante cryptogame qui croît sur l'écorce des arbres, etc.; maladie dans laquelle la peau prend l'aspect du lichen » (Rabelais, Tiers Livre, éd. M. A. Screech, L, 88). Empr. au lat.lichen, du gr. λ ε ι χ η ́ ν « lèpre, dartre, lichen [plante], de λ ε ι ́ χ ε ι ν « lécher ». La plante et la maladie ont été ainsi nommées en gr. parce qu'elles semblent lécher leur support.


Lire également la définition du nom lichen afin d'amorcer la réflexion symbolique.

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Usages traditionnels :


Selon Pierre Antoine Renaud, auteur d'une Flore du département de l'Orne. (Malassis, 1804) :


Le plus grand nombre des lichens crustacées peut servir à la teinture. La parelle est à cet égard un objet de commerce dans le département du Puy-de-Dôme, où elle se trouve abondamment sur les rochers. Quand on la fait macérer dans l'urine pendant quelque temps, pour lui faire subir un certain degré de fermentation, elle donne une teinture rouge ou violette. Le platyphyllum , réduit en poudre, peut former une espèce de gruau que l'on met dans le potage, ou bouillir dans le lait, ce qui offre un aliment qui n'est point désagréable, et qui, par la qualité de son mucilage doux, convient aux poitrinaires et aux personnes menacées de phtisie ... Le dermatodea est propre contre la jaunisse opiniâtre, la toux invétérée, les hémorragies, les maladies et les ulcères du poumon.



Symbolisme :


Emma Faucon, dans Le Langage des fleurs (Théodore Lefèvre Éditeur, 1860) s'inspire de ses prédécesseurs pour proposer le symbolisme des plantes qu'elle étudie :


Orseille - Vous me faites rougir.

Espèce de lichen qui croît sur les bords de la mer et qui fournit une belle couleur pourpre dont l'art du teinturier fait un fréquent usage.

 

Eric Pier Sperandio, auteur du Grimoire des herbes et potions magiques, Rituels, incantations et invocations (Editions Québec-Livres, 2013), présente ainsi la Mousse de chêne (Evernia prusnatri) : "malgré son nom, il ne s'agit pas d'une mousse, mais plutôt d'un lichen qui pousse sur les pierres et dégage un odeur très musquée.


Propriétés médicinales : Comme bien d'autres plantes de ce type, la mousse de chêne était utilisée pour ses propriétés antibactériennes ; dans les temps anciens, on se servait de plusieurs types de lichen pour faire cesser le sang de couler et couvrir les plaies. On en faisait aussi une tisane pour rincer la bouche en cas d'ulcères des gencives.

Genre : Féminin.


Déités : Junon.


Propriétés magiques : Prospérité - Argent.


Applications :

SACHET POUR ATTIRER L'ARGENT


Ce dont vous avez besoin :

  • une chandelle brune

  • de l'encens de vétiver (ou de cannelle)

  • de l'huile de mousse de chêne

  • de la mousse de chêne séchée

  • un petit sac brun

Rituel : Frottez la chandelle brune avec un peu d'huile de mousse de chêne avant de l'allumer et faites brûler l'encens. Prenez le sac et mettez-y la mousse de chêne, puis fermez les yeux et imaginez la Terre qui nourrit le lichen ; pensez à une lumière ambrée qui monte du sol et vous enveloppe ; laissez-vous imprégner du parfum de la mousse de chêne et répétez ces mots :


La lumière brune et ambrée baigne mon corps

et l'odeur de la mousse de chêne m'imprègne de son parfum.

La Terre attire vers moi la prospérité et le succès

Elle est généreuse envers moi jusqu'à l'excès.


Fermez le sachet et placez-le sous votre oreiller avant de dormir ; le lendemain, placez-le dans votre sac ou gardez-le sur vous."

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Sophie Laniel-Musitelli, autrice d'un article intitulé "Darwin : enjeux d’écriture et de traduction." (In : Romanische Literaturen der Welt Herausgegeben von, 2019, p. 17-30) en s'interrogeant sur la traduction met en relief un aspect symbolique des lichens :


Dès le premier tiers du Chant I, la classification linnéenne est remplacée comme principale ligne directrice par une série d’exemples où la Nature innove. En célébrant les amours des plantes, Erasmus Darwin fait avant tout l’éloge de l’inventivité du règne végétal. [...] L’exemple le plus éloquent des expérimentations constantes du monde naturel est le lichen, qui colonise les sommets jusqu’alors inhospitaliers et permet ainsi à d’autres plantes de s’établir : « In this manner perhaps the whole earth has been gradually covered with vegetation, after it was raised out of the primeval ocean by subterraneous fires. » Le contenu de cette note est considérablement édulcoré par Deleuze : « C’est peutêtre de cette manière que des rochers nus, après avoir été abandonnés par les eaux, se sont, dans une suite de siècles, couverts d’une riche végétation. » La portée de la note devient beaucoup plus anecdotique, puisque la « terre entière » se trouve réduite à quelques rochers, qui ne s’élèvent plus hors de l’océan primordial, mais émergent avec le recul des eaux. Cette traduction est bien éloignée du sens de la note d’origine, qui montre au lecteur une nature conquérante, animée d’un mouvement d’élévation hors des eaux originelles : une nature anadyomène, pour filer la métaphore lucrétienne. Erasmus Darwin met en scène une création du monde où Dieu laisse la matière vivante à ses énergies et à ses lois, mais surtout à sa force d’élévation et de conquête, force incarnée par l’humble lichen.

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Mythologie :


Selon Roland Desrosiers (1978) auteur d'un article intitulé "Notes sur l'usage de quelques plantes chez les Indiens Squamish (Colombie-Britannique)" (in Anthropologie et Sociétés, 1978, vol. 2, n°3, pp. 139-156) :


Lorsque le lichen pulmonaire pousse sur l'écorce du sapin baumier (abies grandis), il facilite comme l'alectorie l'accouchement : l'époux mâche ce qui, infusé, sera bu par sa femme.

Une ambiguïté frappe les lichens. Il ne fait pas de doute que l'intervention de l'époux est sans effets sur les vertus posés droites de la décoction avalée par la future mère. Ce rôle masculin dans l'accouchement est peut-être solidaire de la place de l'homme dans le choix du sexe. Abordons la question autrement. Les lichens combattraient aussi la rétention d'urine. Nous savons qu'une femme sur le point d'accoucher peut se sentir sur le point d'uriner. Chez l'homme, l'érection peut être liée au besoin d'uriner. Appareils génitaux et urinaires ainsi liés, les lichens interviendraient en vertu d'un circuit inscrit dans la physiologie.

[...]

Rôle mythique de la mousse :

  • Quatre frères vivaient alors que les animaux étaient humains. L'un d'eux, le cadet, se transformait en canot qu'utilisaient ses frères pour voyager. Après avoir rencontré Cerf et l'avoir jugé mauvais, ils lui donnèrent sa forme actuelle. Ils rencontrent ensuite un vieil homme qui pêchait en frottant son harpon sur le corps des saumons pour enlever l'humeur qu'il recueillait ensuite avec une mousse. Les frères lui prennent sa lance, y mettent des pointes et lui enseignent la pêche. L'homme refuse ces conseils, préférant sa méthode et l'humeur à la chair de poisson. Pour le punir, on le transforme en grue. Les frères repartent, abordent une rive. L'aîné finit par piéger Soleil qui révèle bientôt la demeure des poissons. Les frères y vont et obtiennent de leur chef du poisson pour le peuple affamé, etc. (M2).

[...]

Nous n'avions pas encore discuté le rôle mythique des lichens. On commentera brièvement le rapport à M2, d'un récit où l'un d'eux apparaît, M3.

  • Corbeau désire épouser la fille d'un grand chef. Lorsque celui-ci demande une preuve de richesse, Corbeau montre son canot, le disant plein de couvertures de laine. Le chef voit de loin le canot et accepte de donner sa fille mais constatant bientôt que c'est du lichen, il bat Corbeau et le jette à l'eau (M3).

En M2, les frères, futurs maîtres du poisson, ne réussissaient pas à donner au vieil homme la chair pour nourriture ; en M3, le chef fait, malgré lui, de sa fille la nourriture métaphorique de Corbeau. A cette variation répond la différence du sort du pêcheur et de Corbeau. Le premier, qui se comporte face au poisson comme on le doit avec une épouse (c'est-à-dire "manger de l'épouse" sans pour autant la tuer) est transformé en oiseau, le second, jeté à l'eau.

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Littérature :


Yves Paccalet, dans son magnifique "Journal de nature" intitulé L'Odeur du soleil dans l'herbe (Éditions Robert Laffont S. A., 1992) évoque ainsi le Lichen :

9 octobre

(La Bastide)


Plaques-symbiotes étalées sur l'écorce et premiers colons d'un milieu mort et neuf à la fois, d'élégants lichens roses lisérés de blanc tapissent une branche d'olivier pourrissante. J'y vois des îles de corail dans l'océan gris sombre, les portulans imprécis d'un Atlas des Merveilles, mille lieux ignorés d'une Terre de rêve.

Je deviens physalie. Les vents alizés gonflent ma voile de gelée. Mes tentacules se tordent dans les courants pour mieux caresser, de leurs cnidoblastes mortels, les nageurs imprudents.

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