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  • Anne

Le Lichen



Étymologie :

  • LICHEN, subst. masc.

Étymol. et Hist. a) 1363 lichine « éruption sur la peau » (G. Lafeuille, Les Amphorismes Ypocras de Martin de Saint-Gille, 68 ds Mél. J. Horrent, 1980, p. 8); b) 1546 « plante cryptogame qui croît sur l'écorce des arbres, etc.; maladie dans laquelle la peau prend l'aspect du lichen » (Rabelais, Tiers Livre, éd. M. A. Screech, L, 88). Empr. au lat.lichen, du gr. λ ε ι χ η ́ ν « lèpre, dartre, lichen [plante], de λ ε ι ́ χ ε ι ν « lécher ». La plante et la maladie ont été ainsi nommées en gr. parce qu'elles semblent lécher leur support.


Lire également la définition du nom lichen afin d'amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Champignon lichénisant ; Champignon lichénisé ;

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Mycologie :


Francis Martin, auteur de Sous la forêt, pour survivre il faut des alliés (Éditions humenSciences, 2019) évoque le Lichen comme le "calligraphe des rochers" :


Sur les roches alentour, une autre symbiose autorise la vie dans ce monde hostile. Si je laisse vagabonder mon imagination, les larges taches colorées (vertes, jaunes ou grises) dessinent la carte de continents inconnus, sur les larges dalles de schiste. Mais le scientifique occulte vite cette vision poétique, pour le moins singulière, pour reconnaître dans ces calligraphies lapidaires d'étranges organismes, appelés « lichens géographiques » (Rhizocarpon geographicum). Se confondant avec les marbrures de la pierre qui les porte, ils restent invisibles au marcheur trop pressé.

Mais les lichens ne sont aps tous aussi discrets. A Arcelle, au fond de la vallée du Ribon (en Haute Maurienne), chacune des pierres des chalets d'alpage en ruines est totalement recouverte d'un lichen orange vif : une caloplaque qui illumine ce lieu abandonné. Le premier inventaire complet des lichens des Alpes a été publié cette année ; il compte plus de 3 000 espèces peuplant les forêts et les roches de l'arc alpin ! Le lichen est un hybride : un organisme composé d'un mycète et d'une algue verte, ou d'une cyanobactérie. Le premier, fournissant gîte et protection à son partenaire.

La plupart des associations lichéniques sont incrustantes, car leur appareil végétatif, le thalle, est plaqué au support formant une croute qui se confond avec le substrat. Placé sous l'objectif d'un microscope, ce thalle révèle toute sa complexité anatomique. C'est une construction biologique constituée de plusieurs couches superposées de filaments fongiques, étroitement imbriqués, et de cellules d'algue.

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Usages traditionnels :


Selon Pierre Antoine Renaud, auteur d'une Flore du département de l'Orne. (Malassis, 1804) :


Le plus grand nombre des lichens crustacées peut servir à la teinture. La parelle est à cet égard un objet de commerce dans le département du Puy-de-Dôme, où elle se trouve abondamment sur les rochers. Quand on la fait macérer dans l'urine pendant quelque temps, pour lui faire subir un certain degré de fermentation, elle donne une teinture rouge ou violette. Le platyphyllum , réduit en poudre, peut former une espèce de gruau que l'on met dans le potage, ou bouillir dans le lait, ce qui offre un aliment qui n'est point désagréable, et qui, par la qualité de son mucilage doux, convient aux poitrinaires et aux personnes menacées de phtisie ... Le dermatodea est propre contre la jaunisse opiniâtre, la toux invétérée, les hémorragies, les maladies et les ulcères du poumon.

 

Édouard Grimard, auteur de L'esprit des plantes, silhouettes végétales. (Éditions Mame, 1875) précise quelles sont les utilisations connues des Lichens :


Les Lichens sont de modestes et douces plantes. Sobres, patients et vivaces, ils se distinguent, de plus, par une foule de qualités utiles. Les uns fournissent à l'industrie, des espèces tinctoriales, telles que les Rocelles et les Variolaires, qui donnent la belle couleur rouge violacée connue sous le nom d'orseille. D'autres espèces sont médicinales, telles que le Lichen d'Islande et la Pulmonaire du Chêne. D'autres enfin sont féculents et alimentaires, tels que la Cladonie des Rennes, et surtout le Lichen comestible, que l'on trouve en abondance dans les déserts de la Tartarie.

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Adrien Bolay, auteur d'un article intitulé "Les champignons et l'alimentation humaine." (In : Bulletin du Cercle vaudois de botanique., 1967, vol. 12, pp. 47-53), retrace l'histoire de l'usage alimentaire des champignons :


La Manne du désert : Dans les livres de l'Exode et des Nombres, la Bible nous apprend que les Israélites ont été sauvés de la faim dans le désert du Sinaï grâce à l'apparition miraculeuse de la manne.

"... et le matin, il y avait une couche de rosée autour du camp. Cette couche de rosée s'étant dissipée, on vit qu'il y avait à la surface du désert quelque chose de menu, rond comme des grains, sembalble au givre tombé sur le sol."

(Exode : 16 ; 13-14)

"Or la manne était comme la semence de coriandre et elle avait l'aspect du bdellion. Le peuple se dispersait pour la ramasser ; puis il la broyait avec les meules, ou la pilait dans un mortier, la faisait cuire dans un pot, et on en faisait des gâteaux ; le goût en était semblable à celui d'un gâteau à l'huile. Quand la rosée tombait pendant la nuit sur le camp, la manne y tombait aussi."

(Nombres : 11 ; 7-9)

D'après Chadefaud (1960), la manne du désert pourrait être d'origine fongique et s'apparenter à certains lichens saxicoles qui vivent acteullement encore dans nombre de régions désertiques où ils servent de nourriture à l'homme et aux animaux ; la manne serait un Disco-lichen du genre Lecanora, résultant de l'association d'une algue et d'un Ascomycète - Discomycète.

Hames (1961) relate en ces termes la découverte de ce lichen en Algérie :

"Vers 1846, le docteur militaire Lebrun découvrait un lichen croissant en grandes quantités dans les steppes désertiques entre le titteri et le djebel Amour. Ce lichen prenait naissance à l'époque des pluies, sous la forme d'une mousse étalée sur le sol. Il y adhère jusqu'à ce qu'il soit détaché et entraîné au moins par l'action des agents atmosphériques. Le vent le déplace et le rassemble souvent à l'abri des touffes de thym.

Ce lichen fut identifié comme étant le Lecanora esculenta Eversm. Il se présente sous une forme globuleuse, mamelonnée, de la grosseur d'un pois chiche, ayant l'apparence d'un petit morceau de cuir couleur de terre, gris, roulé et racorni Il est sec et d'und dureté égale à cellle d'un grain de blé. Son intérieur est blanc, présentant un aspect farineux lorsqu'il est écrasé, sa valeur est celle d'une graine de céréale très desséchée et sa mastication prolongée développe une certaine amertume.

Ultérieurement, vers 1847, le docteur raymon notait la présence de ce végétal sur les Hauts-Plateaux du Sud et dans le Sahara algérien. Il avait reconnu l'identité de ce lichen africain à celui des steppes de Tartarie et des déserts Khirgiz où il poussait entre les pierres sur des terrains clacaires gypseux arides.

Le général Yusuf avait appris que, pendant les années de disette, les Ouled-Naïls fabriquaient avec ce lichen et de l'roge, un pain grossier mais substantiel. Des chevaux furent soumis à des expériences de nutrition et absorbèrent du lichen mêlé àmoitié d'orge, puis seulement au quart, puis du lichen seul. Les animaux en mangèrent volontiers et le lichen ne parut pas leur être nuisible.

Le Lecanora esculenta est donc un lichen des régions désertiques, capable de végéter sous un soleil torride, sous le vent desséchant et qui prend vie grâce à de rares et médiocres précipitations atmosphériques. A l'état adulte, son thalle se fendille et se fragmente en territoires polygonaux qui, roulés par le vent, peuvnet être transportés à de très grandes distances.

D'une certaine valeur nutritive, il est parfois utilisé par les populations des régions désertiques du Turkestan, d'Égypte et d'Algérie. Il a été également signalé sur les terres sablonneuses de Sébastopol en Crimée.

La présence de ce lichen dans les régions désertiques qui furent les lieux de l'Exode selon la Bible, tendrait à expliquer l'origine de la manne qui alimenta les Hébreux dans le désert, ainsi qu'en témoignent les descriptions que nous avons relevées ci-dessus aux Livres de l'Exode et des Nombres. Bien que ces descriptions ne soient pas absolument probantes, l'hypothèse du Lecanora esculenta paraît la plus valable, à la fois par la façon de l'accommoder que l'on retrouve encore utilisée par les habitants de ces régions arides les années de disette, mais aussi parce que c'est l'explication la plus naturelle du "miracle" des Hébreux, miracle qui, constamment renouvelé, est celui de la nature."

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Symbolisme :


Édouard Grimard, auteur de L'esprit des plantes, silhouettes végétales. (Éditions Mame, 1875) propose sa vision des lichens :


Restons en bas, tout près des Champignons, et étudions là d'autres humbles, d'autres petites ; c'est-à-dire des Mousses et encore au-dessous, des Lichens. Commençons par ceux-ci ; aussi bien sont-ils tout à fait à la base. Frères des Algues auxquelles appartient, on le sait, le royaume des eaux, ils les représentent et les continuent, pour ainsi dire, sur la terre, à tel point qu'autrefois la science rattachait à un même type végétal les Algues et les Lichens, qui à eux deux, voyez-vous ces ambitieux !! — avaient accaparé, les uns les eaux, les autres le sol.

C'est donc par les Lichens que commence la flore terrestre. Humble début ! Les premiers, les plus élémentaires dépassent en simplicité tout ce qu'on pourrait imaginer. Aussi les appelle-t-on Lèpre ! Oui, lèpre, ces pauvres petites écailles inertes et dures comme la pierre qu'elles recouvrent ; moins encore : cette poussière noire, ou jaune, ou blanche qui poudroie sur tous les débris de la nature, vieux rochers, vieux terrains, vieilles écorces.

Merveilleuse chose que la vie ! Les voyez-vous ces minces pellicules cassantes, friables, qu'on peut de l'ongle râcler sur les roches grises ? Eh bien ! elle part de là cette vie mystérieuse ; de là elle s'élance pour arriver et resplendir à ses plus hautes sommités.

Ne quittons point ses origines. Étudions-la dans le Lichen, comme nous l'avons étudiée dans l'Algue primitive. Penchons-nous sur cette faible étincelle qui, si pâle qu'elle puisse être, s'appelle déjà cependant la vie. C’est miracle, en vérité, que de la voir partir de si bas, pour la voir arriver et si loin et si haut !

Les Lichens affectent diverses formes ; ils sont pulvérulents, crustacés ou laminaires, rameux ou filamenteux. Pulvérulents, crustacés ou laminaires, nous venons de le dire, ce sont ceux-là qui couvrent la pierre, la terre ou les arbres, c'est la forme primitive ; à peine supérieurs en vie aux corps sur lesquels ils s'étendent, ils les colorent diversement, suivant les espèces. Le Lichen des murs est d'un jaune d'or, le Lichen géographique est d'un gris noirâtre. Il y a sur les montagnes de la Norvège des roches entières que cette dernière variété colore du noir le plus magnifique. Blanche ici, noire ou jaune ailleurs, cette couche est toujours la même : c'est comme une « rouille des siècles » qui, sur les vieilles pierres, laisse la trace des années écoulées.

Si jamais vous traversez le Morbihan, allez à Carnac, tout près du petit golfe de Quiberon, et demandez qu'on vous indique les menhirs ou pierres druidiques qui y sont restées debout. Le spectacle est triste et grandiose. Non loin de la mer, dont on entend à l'horizon le mugissement sourd, se dressent une trentaine de pierres hautes et sinistres, qui sortent de terre comme les ossements d'une race de monstres antédiluviens. Cinq ou six mille menhirs, disent les anciens chroniqueurs, composaient, il y a quelques siècles, ces fameux alignements de Carnac, sans pareils dans le monde ; il en reste à peine cent cinquante, plus ou moins dispersés et cachés dans les broussailles ; mais ces débris sont encore saisissants. Eh bien, c'est là que vous verrez de beaux Lichens. Tous ces menhirs de granit en sont couverts, au point qu'on ne voit plus la pierre ; ils forment sur elle une sorte de suaire desséché, écailleux, dont la teinte blanchâtre fait, je vous assure, un fort étrange effet, la nuit, au clair de lune. « Là-bas sont les vieilles pierres ! » disent les Bretons superstitieux qui se signent en passant, tandis que les grands fantômes immobiles semblent de loin les suivre d'un regard terne, d'un cil éteint.

La plus bizarre des formes écailleuses, c'est celle des Lichens écrits ou graphidés. Ils recouvrent l'écorce des arbres de figures extrêmement curieuses et comme d'étranges hiéroglyphes. Noirs dans nos climats, ils sont pourpres ou de couleur orange sous les tropiques, et d'une telle originalité, qu'ils rappellent exactement la physionomie des écritures orientales.

Parmi les Lichens rameux se place en première ligne le célèbre Lichen des Rennes ou Cladonie, qui, dans diverses régions du globe, mais particulièrement sur les terrains stériles de la Scandinavie et de la Russie, constitue pendant l'hiver le seule alimentation des Rennes. Un dernier type, le plus remarquable de tous, est le Lichen barbu, qui orne comme une barbe de vieillard les vieux Sapins des montagnes et des forêts septentrionales. Cette forme, éminemment ornementale, avait tellement frappé les anciens peuples, toujours dominés par les rêveries mystiques, qu'ils les faisaient figurer dans leurs contes. En Allemagne, Rübezahl, orné de sa barbe grise et hantant les montagnes des géants, tout comme Tapio, le dieu forestier des Finnois, également muni d'un semblable appendice, ne sont pas autre chose que la personnification des vieux Sapins chargés de leur Lichen barbu. Toutefois ces Lichens ne sont pas toujours blanchâtres ; ils reflètent parfois des teintes dorées, comme l'Évernie jaune du Brésil. Ce n'est plus alors ni une barbe ni une chevelure, c'est une splendide écharpe dont se drapent les grands arbres des forêts. [...]

Ce n'est pas seulement par leur forme foliacée et leurs colorations diverses que les Lichens se font remarquer ; c'est aussi par leur fructification, dont les divers types sont d'une extrême originalité. La plupart représentent de jolis petits vases, de la forme la plus mignonne, à bords délicieusement brodés 2, et du plus admirable coloris. On n'en finirait pas s'il fallait tout décrire ; laissons donc les Lichens, et passons à leurs sœurs, les Mousses.

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Emma Faucon, dans Le Langage des fleurs (Théodore Lefèvre Éditeur, 1860) s'inspire de ses prédécesseurs pour proposer le symbolisme des plantes qu'elle étudie :


Orseille - Vous me faites rougir.

Espèce de lichen qui croît sur les bords de la mer et qui fournit une belle couleur pourpre dont l'art du teinturier fait un fréquent usage.

 

Eric Pier Sperandio, auteur du Grimoire des herbes et potions magiques, Rituels, incantations et invocations (Editions Québec-Livres, 2013), présente ainsi la Mousse de chêne (Evernia prusnatri) :


"Malgré son nom, il ne s'agit pas d'une mousse, mais plutôt d'un lichen qui pousse sur les pierres et dégage un odeur très musquée.


Propriétés médicinales : Comme bien d'autres plantes de ce type, la mousse de chêne était utilisée pour ses propriétés antibactériennes ; dans les temps anciens, on se servait de plusieurs types de lichen pour faire cesser le sang de couler et couvrir les plaies. On en faisait aussi une tisane pour rincer la bouche en cas d'ulcères des gencives.

Genre : Féminin.


Déités : Junon.


Propriétés magiques : Prospérité - Argent.


Applications :

SACHET POUR ATTIRER L'ARGENT


Ce dont vous avez besoin :

  • une chandelle brune

  • de l'encens de vétiver (ou de cannelle)

  • de l'huile de mousse de chêne

  • de la mousse de chêne séchée

  • un petit sac brun

Rituel : Frottez la chandelle brune avec un peu d'huile de mousse de chêne avant de l'allumer et faites brûler l'encens. Prenez le sac et mettez-y la mousse de chêne, puis fermez les yeux et imaginez la Terre qui nourrit le lichen ; pensez à une lumière ambrée qui monte du sol et vous enveloppe ; laissez-vous imprégner du parfum de la mousse de chêne et répétez ces mots :


La lumière brune et ambrée baigne mon corps

et l'odeur de la mousse de chêne m'imprègne de son parfum.

La Terre attire vers moi la prospérité et le succès

Elle est généreuse envers moi jusqu'à l'excès.


Fermez le sachet et placez-le sous votre oreiller avant de dormir ; le lendemain, placez-le dans votre sac ou gardez-le sur vous."

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Sophie Laniel-Musitelli, autrice d'un article intitulé "Darwin : enjeux d’écriture et de traduction." (In : Romanische Literaturen der Welt Herausgegeben von, 2019, p. 17-30) en s'interrogeant sur la traduction met en relief un aspect symbolique des lichens :


Dès le premier tiers du Chant I, la classification linnéenne est remplacée comme principale ligne directrice par une série d’exemples où la Nature innove. En célébrant les amours des plantes, Erasmus Darwin fait avant tout l’éloge de l’inventivité du règne végétal. [...] L’exemple le plus éloquent des expérimentations constantes du monde naturel est le lichen, qui colonise les sommets jusqu’alors inhospitaliers et permet ainsi à d’autres plantes de s’établir : « In this manner perhaps the whole earth has been gradually covered with vegetation, after it was raised out of the primeval ocean by subterraneous fires. » Le contenu de cette note est considérablement édulcoré par Deleuze : « C’est peutêtre de cette manière que des rochers nus, après avoir été abandonnés par les eaux, se sont, dans une suite de siècles, couverts d’une riche végétation. » La portée de la note devient beaucoup plus anecdotique, puisque la « terre entière » se trouve réduite à quelques rochers, qui ne s’élèvent plus hors de l’océan primordial, mais émergent avec le recul des eaux. Cette traduction est bien éloignée du sens de la note d’origine, qui montre au lecteur une nature conquérante, animée d’un mouvement d’élévation hors des eaux originelles : une nature anadyomène, pour filer la métaphore lucrétienne. Erasmus Darwin met en scène une création du monde où Dieu laisse la matière vivante à ses énergies et à ses lois, mais surtout à sa force d’élévation et de conquête, force incarnée par l’humble lichen.

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Mythologie :


Selon Roland Desrosiers (1978) auteur d'un article intitulé "Notes sur l'usage de quelques plantes chez les Indiens Squamish (Colombie-Britannique)" (in Anthropologie et Sociétés, 1978, vol. 2, n°3, pp. 139-156) :


Lorsque le lichen pulmonaire pousse sur l'écorce du sapin baumier (abies grandis), il facilite comme l'alectorie l'accouchement : l'époux mâche ce qui, infusé, sera bu par sa femme.

Une ambiguïté frappe les lichens. Il ne fait pas de doute que l'intervention de l'époux est sans effets sur les vertus posés droites de la décoction avalée par la future mère. Ce rôle masculin dans l'accouchement est peut-être solidaire de la place de l'homme dans le choix du sexe. Abordons la question autrement. Les lichens combattraient aussi la rétention d'urine. Nous savons qu'une femme sur le point d'accoucher peut se sentir sur le point d'uriner. Chez l'homme, l'érection peut être liée au besoin d'uriner. Appareils génitaux et urinaires ainsi liés, les lichens interviendraient en vertu d'un circuit inscrit dans la physiologie.

[...]

Rôle mythique de la mousse :

  • Quatre frères vivaient alors que les animaux étaient humains. L'un d'eux, le cadet, se transformait en canot qu'utilisaient ses frères pour voyager. Après avoir rencontré Cerf et l'avoir jugé mauvais, ils lui donnèrent sa forme actuelle. Ils rencontrent ensuite un vieil homme qui pêchait en frottant son harpon sur le corps des saumons pour enlever l'humeur qu'il recueillait ensuite avec une mousse. Les frères lui prennent sa lance, y mettent des pointes et lui enseignent la pêche. L'homme refuse ces conseils, préférant sa méthode et l'humeur à la chair de poisson. Pour le punir, on le transforme en grue. Les frères repartent, abordent une rive. L'aîné finit par piéger Soleil qui révèle bientôt la demeure des poissons. Les frères y vont et obtiennent de leur chef du poisson pour le peuple affamé, etc. (M2).

[...]

Nous n'avions pas encore discuté le rôle mythique des lichens. On commentera brièvement le rapport à M2, d'un récit où l'un d'eux apparaît, M3.

  • Corbeau désire épouser la fille d'un grand chef. Lorsque celui-ci demande une preuve de richesse, Corbeau montre son canot, le disant plein de couvertures de laine. Le chef voit de loin le canot et accepte de donner sa fille mais constatant bientôt que c'est du lichen, il bat Corbeau et le jette à l'eau (M3).

En M2, les frères, futurs maîtres du poisson, ne réussissaient pas à donner au vieil homme la chair pour nourriture ; en M3, le chef fait, malgré lui, de sa fille la nourriture métaphorique de Corbeau. A cette variation répond la différence du sort du pêcheur et de Corbeau. Le premier, qui se comporte face au poisson comme on le doit avec une épouse (c'est-à-dire "manger de l'épouse" sans pour autant la tuer) est transformé en oiseau, le second, jeté à l'eau.

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Littérature :


« Laitance d'une vie autre

Epure et spire de l'écume

Surgie à fleur d'écorce

Aveu de l'inconscient des arbres. »


Jacques Lacarrière, « Lichen I » in Lapidaire Lichens (Éditions Fata Morgana, 1985)

 

Yves Paccalet, dans son magnifique "Journal de nature" intitulé L'Odeur du soleil dans l'herbe (Éditions Robert Laffont S. A., 1992) évoque ainsi le Lichen :

9 octobre

(La Bastide)


Plaques-symbiotes étalées sur l'écorce et premiers colons d'un milieu mort et neuf à la fois, d'élégants lichens roses lisérés de blanc tapissent une branche d'olivier pourrissante. J'y vois des îles de corail dans l'océan gris sombre, les portulans imprécis d'un Atlas des Merveilles, mille lieux ignorés d'une Terre de rêve.

Je deviens physalie. Les vents alizés gonflent ma voile de gelée. Mes tentacules se tordent dans les courants pour mieux caresser, de leurs cnidoblastes mortels, les nageurs imprudents.

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