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  • Anne

Le Sel





Étymologie :

  • SEL, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. a) Ca 1120 « chlorure de sodium » (St Brendan, éd. I. Short et Br. Merrilees, 1403) ; b) 1586 fig. (Le Loyer, Quatre livres des spectres, 3 vol., p. 112 : sel et naifveté Attique [d'une épigramme]) ; 2. a) α) 1314 sel de nitre (Henri de Mondeville, Chir., 1792 ds T.-L.) ; β) 1764 les sels (Riccoboni, Hist. de Miss Jenny, p. 143 : on la ranima avec de l'eau et des sels) ; b) 1787 ,composé chimique dans lequel l'hydrogène d'un acide a été remplacé par un métal`` (Guyton de Morveau, Lavoisier, Méthode de nomenclature chim., Paris, p. 2). Du lat. sal, salis masc. (parfois neutre) « sel ; esprit piquant », devenu fém. dans toute la péninsule ibérique et au Sud de la ligne allant de l'embouchure de la Loire au Sud des Vosges (encore au masc. au Nord de cette ligne et en ital., sarde, rhéto-rom.), v. FEW t. 11, p. 83b.


Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.




Lithothérapie :


Reynald Georges Boschiero, dans Nouveau dictionnaire des pierres utilisées en lithothérapie (2001), confie :


Qu'il n'a "personnellement jamais utilisé la halite à des fins thérapeutiques en tant que pierre de contact. Cependant, la présence dans une pièce d'un grand bloc de halite est recommandé lorsque l'on possède des pierres et cristaux utilisés pour les soins et la méditation. Ses effets purificateurs sont bien connus puisqu'il s'agit tout simplement du sel gemme. D'ailleurs, un amas de halite est tout aussi indiqué qu'un amas de quartz dans les opérations de purifications des pierres et cristaux.


Signes astrologiques de prédilection : Cancer, Poissons.

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Symbolique :

Dans Physica, Le Livre des subtilités des créatures divines de Hildegarde de Bingen (XIIe siècle ; traduction Pierre Monat, 2011), on apprend que :


"Le sel est très chaud et quelque peu humide, il est utile à l'homme pour de nombreux usages. Si on mange sans sel, l'intérieur du corps devient tiède ; mais manger avec du sel en quantité modérée donne force et santé. Si on mange trop salé, cela rend l'intérieur du corps aride et le blesse : le sel, comme du sable, tombe sur le poumon et le dessèche : en effet, le poumon recherche l'humidité, alors que le sel le dessèche et l'oppresse. Et si le sel va sur le foie, il le rend également malade, bien que le foie soit fort et domine le sel. Voilà pourquoi toute nourriture doit être salée de telle manière que l'on sente plus le goût de la nourriture que celui du sel.

Le sel passé au four est plus sain que le sel cru, car l'humidité qui était en lui s'est asséchée. Si on en mange souvent dans le pain et dans les aliments, en quantités raisonnables, il est bon et sain. [Ed. Le sel, est, en quelque sorte, le sang et la fleur des eaux : c'est pourquoi il donne des forces à celui qui en use avec mesure ; mais chez celui qui en use sans mesure, il déclenche une sorte d'inondation et de tempête.]

Le sel cristallisé a une plus grande chaleur que l'autre sel, et il contient même une certaine humidité. Il est utile pour l'homme, ainsi que pour la fabrication de tous les médicaments : si on leur ajoute du sel en quantité modérée, ils sont bien meilleurs. C'est pourquoi ce sel est bien meilleur que les autres, tout comme les pigments ont plus de valeur que les herbes. Si on prend de ce sel modérément avec des aliments ou avec du pain, et même avec un autre condiment, il réconforte, assainit et fait du bien au poumon. Mais si on en mange sans mesure ni modération, on affaiblit le poumon et on le rend malade. Ce sel transpire sous l'effet de la très grande puissance de l'humidité des eaux et de la terre : et ainsi, grâce à sa très grande chaleur et à ses bonnes forces, il donne des forces à l'homme qui l'utilise modérément ; à celui qui s'en sert sans mesure, il les enlève, comme un torrent impétueux.

L'homme endure une grande soif quand il a mangé trop de sel : cela tient au fait qu'il sale son poumon et assèche en lui les humeurs bonnes ; alors le poumon et les humeurs cherchent de l'humidité, et ainsi l'homme a soif. Si, dans ce cas, on boit beaucoup de vin afin de calmer la soif, on fait entrer en soi la folie en buvant du vin outre mesure, comme la fait Loth. C'est pourquoi il est plus salubre et plus sain pour l'homme de boire de l'eau quand il a soif, plutôt que du vin, s'il veut éteindre la soif en lui."

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Dans le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, on peut lire que :


"Les divers aspects du symbolisme du sel résultent de ce qu'il est extrait de l'eau de mer par évaporation, c'est, dit L.C. de Saint- Martin, un feu délivré des eaux, à la fois quintessence et opposition. C'est à l'aide du sel extrait des eaux primordiales, barattées par sa lance, qu'Izanagi constitua la première île centrale : Onogorojima. A l'inverse, le grain de sel, mêlé à l'eau et qui fond en elle, est un symbole tantrique de la résorption du moi dans le Soi universel. Le sel est à la fois conservateur des aliments et destructeur par corrosion. Aussi son symbolisme s'applique-t-il à la loi des transmutations physiques comme à la loi des transmutations morales et spirituelles (Devoucoux). Le porte-parole du Christ comme sel de la terre (Matthieu, 5, 13) en est, certes, la force et la saveur, mais aussi le protecteur contre le corruption. C'est à cette même propriété sans doute qu'il faut imputer son usage comme purificateur dans le Shintô : Izanagi, à son retour du royaume des morts, s'était purifié dans l'eau salée de la mer. La vertu, purificatrice et protectrice, du sel est utilisée dans la vie courante nippone, aussi bien que dans les cérémonies shintoïstes ; sa récolte fait l'objet d'un important rituel. Placée en petits tas près de l'entrée des maisons, sur la margelle des puits, aux angles des terrains de lutte, ou sur le sol après les cérémonies funéraires, le sel a le pouvoir de purifier les lieux et les objets qui, par inadvertance, se trouveraient souillés.

Condiment essentiel et physiologiquement nécessaire à la nourriture, l'aliment du sel est évoqué dans la liturgie baptismale ; sel de la sagesse, il est par là même le symbole de la nourriture spirituelle. Le caractère pénitentiel qu'on lui attribue quelquefois en la circonstance est, sinon erroné, du moins secondaire. Dans le même ordre d'idées, le sel était un élément important du rituel chez les Hébreux : toute victime devait être consacrée par le sel. La consommation en commun du sel a parfois la valeur d'une communion, d'un lien de fraternité. On partage le sel, comme le pain.

Combinaison, et partant neutralisation, de deux substances complémentaires, il est, outre leur produit final, formé de cristaux cubiques : c'est l'origine du symbolisme hermétique. Le sel est la résultante et l'équilibre des propriétés de ses composants. A l'idée de médiation s'ajoutent celles de cristallisation, de solidification, et aussi celle de stabilité, que précise la forme des cristaux.

Le sel symbolise aussi l'incorruptibilité. C'est pourquoi l'alliance du sel désigne une alliance que Dieu ne peut briser (Nombres, 18, 11 ; Chron., 13, 5). Le Lévitique (2, 13) fait allusion au sel qui doit accompagner les oblations ; en tant que sel de l'alliance, tout sacrifice doit en être pourvu. Consommer ensemble le pain et le sel signifie, pour les Sémites, une amitié indestructible. Un sens identique se trouve dans Philon, quand il décrit la nourriture des Thérapeutes lors du Sabbat ; celle-ci est composée de pain, de sel d'hysope et d'eau claire. Les pains de proposition étaient accompagnés de sel. En raison de son caractère rituel, l'usage du sel sera adopté par les Chrétiens lors des jeûnes, du baptême, etc.


Le sel peut avoir un tout autre sens symbolique et s'opposer à la fertilité. Ici la terre salée signifie la terre aride, durcie. Les Romains répandaient du sel sur la terre des villes qu'ils avaient rasées, pour rendre le sol à jamais stérile. Les mystiques comparent parfois l'âme à une terre salée ou, au contraire, à une terre fertilisée par la rosée de la grâce ; que se retire la salure de l'antique condamnation écrit Guillaume de Saint-Thierry, en s'inspirant du Psaume 106, 34. La terre est infertile parce que salée, dira encore Guillaume, en citant un texte de Jérémie, 17, 6. Tout ce qui est salé est amer, l'eau salée est donc une eau d'amertume, elle s'oppose à l'eau claire fertilisante.

Au Japon, on l'a noté, le sel (shio) est considéré comme un purificateur puissant, en particulier dans l'eau de mer. Dans le plus ancien livre shintoïste japonais, le Kojiki, on peut lui découvrir une origine mythologique. Le grand Kami Izanaki-no-Mikoto, s'étant souillé en voulant revoir sa femme aux Enfers, alla se purifier par des ablutions dans l'eau de mer au petit détroit Tachibana, situé dans l'île Kyushyu. Son nom et celui de sa femme signifient : qui se séduisent mutuellement. Certains Japonais répandent chaque jour du sel sur le seuil de leur maison, et aussi dans la maison après le départ d'une personne détestable. Les champions de sumo, lutte traditionnelle japonaise, en répandent sur le ring avant les combats, en signe de purification et afin que le combat soit menée dans un esprit de loyauté.

Chez les Grecs, comme chez les Hébreux ou les Arabes, le sel est le symbole de l'amitié, de l'hospitalité, parce qu'il est partagé, et de la parole donnée, parce que sa saveur est indestructible. Homère affirme son caractère divin? Il est employé dans les sacrifices."

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D'après Didier Colin, auteur du Dictionnaire se symboles, des mythes et des légendes (Larousse Livre, 2000) :


"Il arrive parfois qu'un enfant vous pose une question innocente, et qu'ne lui répondant, avec si possible autant de simplicité qu'il en a eue en vous interrogeant, vous vous surpreniez à refaire le monde. C'est ainsi que, tel un enfant, en vous demandant d'où vient le sel, vous consultez votre dictionnaire, et vous apprenez qu'il est constitué par du chlorure de sodium et omniprésent dans la nature. Mais cela répond-il à votre question ? Non, car cela n'explique pas d'où vient le sel ni pourquoi il existe. en consultant une encyclopédie cette fois, qui met à votre disposition un certain nombre d'informations complémentaires, vous apprenez que le sel est formé d'ions de signes opposés : l'anion et le cation. Cela vous rend-il plus apte à découvrir l'origine et l'utilité du sel ? Non plus. Inutile de chercher plus avant dans un dictionnaire ou une encyclopédie, car vous ne trouverez jamais de réponse pour la simple raison que les informations contenues dans ces ouvrages ne sont jamais révélées sous l'angle que vous avez adopté spontanément pour vous pour cette question. Toutefois, un renseignement peut vous mettre sur la piste pour trouver vous-même la réponse que vous cherchez : vous apprenez que le sang humain - votre sang donc - contient environ la même proportion de sel que l'eau de mer, et que selon la diminution ou l'augmentation de cette dose de sel contenue dan votre sang, , vous pouvez être victime de graves troubles organiques.

Ainsi, non seulement le sel est omniprésent dans la nature, mais il est nécessaire à votre équilibre vital. C'est ainsi que, symboliquement bien sûr, dans l'histoire des hommes, le sel est un instrument de vie ou de destruction selon l'usage qu'on en fait. Dans l'Antiquité par exemple, le sel était employé comme une monnaie pour payer le salaire de paysans, d'ouvriers ou de soldats. Mais c'est aussi à l'aide du sel et du soufre, principes essentiels utilisés par l'alchimiste dans son laboratoire, que Yahvé détruit Sodome et Gomorrhe pour punir les Hébreux de leur folie (Deutéronome XXIX, 21). Puis, ayant bravé Son interdiction de se retourner pour regarder les ruines de Sodome et Gomorrhe, la femme de Loth est changée en statue de sel (Genèse XIX, 26). Enfin, le sel fut souvent associé au pain. Ainsi, en hébreu, les lettres formant le mot sel, melah, forment également, dans un ordre différent, le mot pain, lebem, à une voyelle près, et les offrandes faites à Yahvé contenaient presque toujours du sel. D'où l'on peut en déduire que, vu sous cet angle, le sel, c'est la vie. Cette formule, si souvent employée, est celle qu'il faut retenir quand le sel joue un rôle important dans un rêve. Car l'opposé du sel, c'est l'amertume bien sûr. Dès lors, si vous rêvez de sel, c'est souvent que vous avez besoin de retrouver en vous cet élément vital. En effet, une carence en sel, physiologiquement, ou moralement, est tout à fait préjudiciable."

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