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  • Anne

La Chenille




Étymologie :

  • CHENILLE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1. 1214 zool. (Angier ds M.-K. Pope, Ét. sur la lang., p. 92) ; 1690 fig. « personne méchante » (Fur.) ; p. anal. 2. 1680 « passementerie » (Rich.) ; 3. 1922 autom. (Lar. univ.). Du lat. canicula proprement « petite chienne » (en raison de la forme de la tête de la chenille) attesté en lat. class. aux sens de « chien de mer » et fig. de « femme acariâtre »; le sens 3 est peut-être un calque de l'angl. attesté dep. 1915 ds NED Suppl.

  • CHRYSALIDE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1. 1593 « forme intermédiaire entre l'état de chenille et celui de papillon » (J. Bauhin, Traicté des animauls, aians ailes, qui nuisent par leurs piqueures ou morsures ; avec les remedes, p. 30, cité par Arveiller ds Mélanges Franck, 1957, p. 12) ; 2. 1814 fig. (Bernardin de Saint-Pierre, Harmonies de la nature, p. 369 : Lorsque dégagé de ma chrysalide, les ailes de mon ame seront développées par la mort). Empr. au lat. impérial chrysalis, -idis, sens 1, transcr. du gr. χ ρ υ σ α λ λ ι ́ ς; dér. du χ ρ υ σ ο ́ ς « or » en raison de l'aspect de certaines chrysalides.

  • COCON, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1600 coucon (Olivier de Serres, V, 15 ds Gdf. Compl.), forme encore relevée par Trév. 1752 ; 1653 coccon (Oudin, Recherches ital. et fr. ou Dict. ital. et fr.). Empr. au prov. coucoun « coque (d'un œuf) » et « cocon » (Mistral) dér. du prov. coco « coque, coquille » (ibid.) de même orig. que coque*.


Lire aussi les définitions de chenille, de chrysalide et de cocon pour amorcer la réflexion symbolique.

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Symbolisme :


Dans le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, on peut lire que :


" La chenille a contre elle le double préjugé défavorable qui s'attache à la larve - laquelle est primitivement un génie malfaisant - et à l'animal rampant. Elle est, dans notre langage figuré, l'image de la tendance à un mal avilissant et de la laideur.

Cependant, la Bhradarahyaka Upanishad en fait le symbole de la transmigration, en fonction de la manière dont elle passe d'une feuille à une autre, d'un état de larve à ceux de chrysalide et de papillon, comme la vie passe d'une manifestation corporelle à une autre. toutefois, a noté Coomaraswamy après Shankarâchârya, la chenille ne figure pas une essence individuelle transmigrante, car cette essence n'est pas distincte du soi universel (Atma), mais une part pour ainsi dire de ce Soi - avec tout ce qu'une telle formulation comporte d'inadéquat - enveloppée dans les activités qui occasionnent la prolongation du devenir. Le symbole de la chenille met en cause toute la doctrine de la transmigration sans l'expliciter clairement en elle-même.


[La chrysalide est un] symbole du lieu des métamorphoses, à rapprocher de la chambre secrète des initiations, de la matrice des transformations, des tunnels, etc. Plus encore qu'une enveloppe protectrice, elle représente un état éminemment transitoire entre deux étapes du devenir, la durée d'une maturation. Elle implique le renoncement à un certain passé et l'acceptation d'un nouvel état, condition de l'accomplissement. Fragile et mystérieuse, comme une jeunesse riche de promesses, mais dont on ne sait exactement ce qui en sortira, la chrysalide inspire respect, soin et protection. C'est l'avenir imprévisible qui se forme, un symbole de l'émergence en biologie."

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Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont, 1995 et 2019), Éloïse Mozzani nous propose la notice suivante :


La chenille, qui, selon les Romains, naît des larmes du diable, "a contre elle le double préjugé défavorable qui s'attache à la larve - laquelle est primitivement un génie malfaisant - et à l'animal rampant". Elle obéissait, croyait-on au Moyen Âge, au démon ou aux sorciers pour nuire aux hommes : c'est en tout cas ainsi qu 'on expliqua l'invasion de chenilles arpenteuses qui ravagea l'Alsace et les environs de Paris en 1735. A cause de leur caractère démoniaque, les moyens de s'en débarrasser revenaient de droit à l'Eglise : bénédictions et aspersions d'eau bénite des endroits infestés, sans exclure leur ex-communication, prononcée par exemple en 1120 par l"évêque de Laon, et en 16902, pour celles qui envahissaient les environs du Pont-du-Château en Auvergne ou encore la malédiction employée sous François Ier par le prévôt de Troyes en ces termes : "Faisant droit à la requête des habitants de Villemose, admonestons les chenilles de se retirer dans six jours ; à faute de ce faire, les déclarons maudites." Un exorcisme fut même utilisé, comme l'indique en 1723 le registre paroissial de Neure, dans le Bourbonnais. Un siècle plus tard, c'est sainte Gertrude qu'il fallait invoquer le 17 mars, suivant un usage de la Brie.

Parallèlement à ces recours liés à la religion, de nombreux procédés magiques pour chasser les larves de papillon étaient à la disposition des paysans : tourner trois fois autour de son jardin avant le lever du jour en disant "chenilles et chenillots, suivez-moi, je m'en vais", ou remplir un arrosoir "à une source d'eau située dans une commune voisine de celle qu'on habite et d'où l'on ne peut apercevoir le champ qu'il s'agit d'expurger" puis arroser les contours de ce champ en ordonnant : "Chenille rongeuse, sors de ma ravière !" Dans le Loiret, on les "envoyait à la foire", c'est-à-dire qu'on conduisait trois chenilles dans la direction d'un lieu où se tenait une foire. Cette opération était un succès à condition de s'y livrer avant le lever du soleil et de tenir dans la main droite une baguette de coudrier (noisetier) et de l'autre les chenilles. Dans la Beauce, on déposait un nombre impair de chenilles - surtout neuf, onze ou treize - à un carrefour, et en Languedoc, la formule suivante, prononcée aux premiers jours du printemps, suffisait : "Disparaissez chenilles ! dehors ! dehors ! et ne revenez plus, que vous détruisez tout !"

Plus simplement on peut en approcher une femme qui a ses règles, sa seule présence les faisant mourir ; ou demander à la maîtresse de maison d'uriner aux quatre coins du jardin, en sachant également que les chenilles meurent s'il pleut pendant l'octave de la messe de la Fête-Dieu.

Parce que sa présence dans les champs et les jardins peut constituer un maléfice, rencontrer une chenille est de mauvais augure (en Ille-et-Vilaine, la tuer conjure le mauvais sort). En même temps, sa chrysalide, symbolisant "l'œuf qui contient la potentialité de l'être" et dont sort le papillon, a suscité parfois un "respect quasi religieux", notamment celle de "la chenille qui vit sur la grande ortie" (plante d'ailleurs con sidérée comme bénéfique). C'est probablement sa relation avec le papillon qui fait de la chenille velue un porte-bonheur en Angleterre, mais seulement si elle est jetée par-dessus l'épaule gauche, sorte de geste de "purification" supprimant le caractère quasi maléfique de la larve. Les Anglais soutiennent également qu'en porter une sur soi protège de l'état fébrile.

Pour les Bantous d'Afrique du Sud, la chenille abrite l'âme d'un mort.

Aux États-Unis, lorsque la tête de la chenille est très sombre, voire noire, on prédit un début d'hiver très rigoureux.

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Selon Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes ( (Hachette Livre, 2000) :


" Symboliquement, on l'assimile à la larve ou au papillon. On peut donc dire que, dans un rêve, une chenille sous-tend toujours la venue d'un papillon. De ce fait, elle annonce souvent une transformation nécessaire ou fatale, un changement inévitable et radical qui doit se produire dans votre situation ou votre comportement, une prise de conscience indispensable pour que les circonstances ou l'état d'esprit, dans lesquels vous vous trouvez à tel ou tel moment de votre vie, ne restent pas à l'état larvaire.

C'est ainsi que l'apparition d'une chenille dans un rêve peut tout simplement annoncer une naissance, une création, mais aussi la conception prochaine d'un enfant. Enfin, elle peut aussi vous aider à comprendre que vous devriez être moins attaché à votre corps (la chenille) qui est mortel (la métamorphose) et vous préoccuper beaucoup plus de votre âme (le papillon). "

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Pour Melissa Alvarez, auteure de A la Rencontre de votre Animal énergétique (LLewellyn Publications, 2017 ; traduction française Éditions Véga, 2017), la Chenille est définie par les caractéristiques suivantes :


Traits : La chenille symbolise le potentiel caché, une puissante utilisation des sens et la promesse d'un merveilleux lendemain. La chenille est un convive difficile qui joue avec sa nourriture pour s'assurer qu'elle sera délicieuse avant de se servir de ses puissantes mâchoires pour la mordre. La chenille se sert de ses antennes pour ressentir son environnement, ce qui est le signe que vous devez davantage utiliser vos sens, y compris le sixième sens. La chenille se fond souvent dans son environnement, se cachant en secret jusqu'à ce que ce soit le temps de se transformer en ce magnifique papillon qu'elle est censée être. C'est pour nous le rappel de garder les choses secrètes jusqu'à ce que vos plans soient bien établis. La chenille verte veut dire que vous devez veiller à ce que votre chemin soit clair dans ses objectifs, prendre les mesures appropriées et faire des pas plus petits pour parvenir à votre but.


Talents : Prudent ; Créatif ; Déterminé ; Endurance ; Mouvement d'aller de l'avant ; Croissance ; Potentiel caché ; Intuition ; Observation des petites choses ; Chanceux ; Méditatif ; Métamorphose ; Patience ; Précision ; Préparation ; Promesses ; Renouveau ; Spiritualité ; Force ; Transformations.


Défis : Impatient ; Trop secret ; Perfectionniste ; Solitaire ; Trop pointilleux ; Cherche à se précipiter au lieu d'aller lentement.


Élément : Terre.


Couleurs primaires : Brun ; Vert.


Apparitions : Lorsque la chenille apparaît, c'est un rappel que toute chose dans la vie arrive en son temps, et non pas immédiatement lorsqu'on le veut. Vivez dans le moment présent, en avançant à votre propre rythme tout en flânant. Cela veut dire de garder secret ce que vous faites, de la projeter et de le créer jusqu'à ce que vous soyez prêt à le révéler dans sa magnifique réalisation. On ne doit pas parler de ce qui va se révéler au cours du processus de transformation. Faites un avec le processus et soyez assuré que vous faites ce qui est nécessaire pour vous développer et vous transformer. Vous n'avez besoin de l'avis de personne actuellement. Ayez confiance en vous. La chenille vous rappelle que, pour pouvoir vous transformer, vous devez lâcher l'ancien et accueillir le nouveau. Lâchez ce qui ne vous sert plus et accueillez et vivez la nouvelle manifestation de votre être. L'apparition d'une chenille verte signifie de ralentir ; vous bougez trop vite.


Aide : La chenille vous apparaît lorsque vous avez besoin de regarder le potentiel caché en vous, lorsque vous devez reconnaître votre valeur pour un travail bien fait et lorsque vous avez besoin de stimuler votre estime de vous-même. Regardez-vous comme si vous étiez une oeuvre en cours et soyez positif et optimiste sur votre futur. La chenille veut dire que vous ne laissez pas les autres vous rabaisser, mais que vous devez écouter votre être supérieur et que vous avez la conviction que vous pouvez out accomplir. La chenille vous aide à rester sur votre chemin et amène des changements positifs. Elle vous permet de voir ceux qui veulent bloquer vos succès tels qu'ils sont vraiment, et elle peut mettre en lumière leurs intentions. La chenille vous aide à garder secrets vos secrets et vous donne une créativité pleine d'énergie. La chenille verte vous aide lorsque vous avez besoin d'être exact et précis. Cela veut dire de faire des petits pas lents et d'aller dans la justesse dès le début, de façon qu'il n'y ait pas d'erreur ensuite


Fréquence : L'énergie de la chenille a la fréquence sonore d'un do moyen tenu sur le clavier d'un piano. Celle de la chenille verte ressemble au son d'une bande élastique en caoutchouc que l'on pince. Toutes deux donnent la sensation d'une étreinte chaleureuse.

Imaginez...

Après le travail, vous sortez pour aller au parc de stationnement. Vous vous dirigez vers votre voiture et vous voyez une chenille verte suspendue dans l'air. Elle est en train de flotter et de tourner lentement. Vous tendez le dos de votre main pour qu'elle puisse y atterrir. S'arc-boutant puis s'étirant, s'arc-boutant encore puis s'étirant à nouveau, elle remonte en rampant le long de votre bras. Vous faites un détour vers les buissons proches et posez la petite chenille verte sur l'une des feuilles. Elle commence à cheminer sur la plante. En l'observant, il vous apparaît que la petite chenille verte va partout où elle veut à son allure douce, et que c'est exactement ce que vous allez faire aujourd'hui, vous aussi.

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Littérature :


Jules Renard nous propose dans ses Histoires naturelles (1874) de petits portraits ou historiettes relatives aux animaux les plus communs mais pourtant tous plus étonnants les uns que les autres :


La chenille


Elle sort d’une touffe d’herbe qui l’avait cachée pendant la chaleur. Elle traverse l’allée de sable à grandes ondulations. Elle se garde d’y faire halte et un moment elle se croit perdue dans une trace de sabot du jardinier.

Arrivée aux fraises, elle se repose, lève le nez de droite et de gauche pour flairer ; puis elle repart et sous les feuilles, sur les feuilles, elle sait maintenant où elle va.

Quelle belle chenille, grasse, velue, fourrée, brune avec des points d’or et ses yeux noirs !

Guidée par l’odorat, elle se trémousse et se fronce comme un épais sourcil.

Elle s’arrête au bas d’un rosier.

De ses fines agrafes, elle tâte l’écorce rude, balance sa petite tête de chien nouveau-né et se décide à grimper. Et, cette fois, vous diriez qu’elle avale péniblement chaque longueur de chemin par déglutition.

Tout en haut du rosier, s’épanouit une rose au teint de candide fillette. Ses parfums qu’elle prodigue la grisent. Elle ne se défie de personne. Elle laisse monter par sa tige la première chenille venue. Elle l’accueille comme un cadeau. Et, pressentant qu’il fera froid cette nuit, elle est bien aise de se mettre un boa autour du cou.

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La chenille

Le travail mène à la richesse.

Pauvres poètes, travaillons !

La chenille en peinant sans cesse

Devient le riche papillon.

Guillaume Apollinaire, « La chenille », Le Bestiaire, 1918.

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Arts visuels :

"Sweet cocoon" : Film d'animation réalisé dans le cadre de la formation cinéma d'animation 3D de l'école ESMA (promo 2014), nominé aux Oscars 2015.

Réalisateurs : Matéo Bernard, Matthias Bruget, Jonathan Duret, Manon Marco, Quentin Puiraveau Musique : Anthony Juret, Baptiste Leblanc, Nicolas Montaigne, Pierre Nguyen Voix : Jérome Bresset Son : José Vicente – Studio des aviateurs © ESMA - Ecole Supérieure des Métiers Artistiques http://www.esma-montpellier.com/index...

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