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  • Anne

L'Oie sauvage


Étymologie :

  • OIE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1. a) Ca 1175 zool. (Benoît de Ste-Maure, Ducs Normandie, éd. C. Fahlin, 28945) ; b) 1669 jeu de l'oie (Molière, Avare, II, 1) ; c) 1907 pas de l'oie (Lar. d'apr. Lar. Lang. fr.) ; 1923 (Lar. univ.) ; 2. a) 1re moitié du xvie s. petite oie «abattis tranchés d'oie, qu'on sert à manger» (Rec. de poés. fr. des XVe et XVIe s., éd. A. de Montaiglon et J. de Rothschild, t. 10, p. 168) ; b) 1620 «accessoires, menus détails» (A. d'Aubigné, Hist. univ., XI, 18 ds Hug.) ; c) 1637 «ensemble des rubans, garnitures ornant un habit» (Corneille, La Galerie du palais, IV, 13) ; d) 1665 «petites faveurs d'une femme à celui qu'elle aime» (La Fontaine, Contes ds Œuvres, éd. H. Régnier, t.4, p. 265) ; 3. a) 1835 «personne très sotte, niaise» (Ac.) ; b) 1894 (M. Prévost, Demi-vierges, p. 174 ds Rob. : car, pour blanche, cette petite oie est blanche) ; 1909 oie blanche (Martin du G., Devenir, p.158). Réfection, d'apr. oiseau*, de l'a. fr. oe, oue «oie» (xiie s. ds T.-L.), issu du b. lat. auca «oie» (iv-ve s. ds TLL), contraction de *avica, dér. de avis «oiseau». La forme avec -i-apparaît à la fin du xiie s. dans le ms. T de la Chronique des ducs de Normandie, éd. C. Fahlin, 28945.


Lire aussi la définition du nom.




Symbolisme :


Dans le Dictionnaire des symboles (1969, édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, on peut lire que :

"Lorsqu'en Chine, dans la littérature ou la peinture, il est fait allusion aux oies, c'est toujours aux oies sauvages ; il en est de même des canards. La primauté symbolique donnée aux animaux sauvages sur les animaux domestiques remonte aux époques archaïques. Ainsi, l'oie devenue de nos jours le symbole de la fidélité conjugale était, au commencement, un signal, un message pour faire comprendre à une jeune fille choisie par un jeune homme qu'elle devait, devant le présent d'une oie qui lui était fait, mettre un terme aux résistances de la pudeur sexuelle, à l'exemple de ces animaux sauvages au début du printemps.

Dans le Che-King ou Livre des Odes, recueil de chansons populaires et de chants religieux, dont les plus anciens semblent remonter au début du VIIè siècle avant notre ère, l'oie sauvage est souvent prise comme thème.

Voici un poème de Lu-Kuei-meng, de la dynastie des Tang, dans lequel le poète s'émeut des embûches qui se dressent sur le parcours des oies :


Oie sauvage

Longue est la route du Nord au Midi.

Des milliers d'arcs sont tendus sur son trajet.

A travers la fumée et la brume,

Combien de nous atteindront Hen-Yang ?


La migration d'une région à une autre est, comme le passage d'un foyer à un autre, pleine de surprises et d'embûches. En littérature, lorsque les Chinois citent les oies sauvages pleurant, ils font allusion aux réfugiés, aux hommes obligés de quitter leur province.

Lorsque les Pharaons furent identifiés au soleil, leur âme fut représentée sous la forme d'une oie, car l'oie est le soleil sorti de l’œuf primordial.

En Égypte, les oies sauvages étaient aussi, comme en Chine, considérées comme des messagères entre le ciel et la terre. L'avènement d'un nouveau roi était annoncé, entre autres cérémonies, par un lâcher de quatre oies sauvages aux quatre coins de l'horizon : Hâte-toi disait-on, vers le Sud et dis aux dieux du Sud que le pharaon un tel a pris la Double Couronne. On répétait la formule pour chacun des points cardinaux.

En Afrique du Nord, c'est une coutume encore observée de sacrifier une oie, en tant qu'animal solaire, en la période critique du changement d'année.

A Rome même, les oies sacrées, que l'on élevait autour du temple de la déesse Junon, avaient comme une mission d'avertisseuses ; elles étaient censées pressentir le danger et donner l'alarme. Elles se distinguèrent notamment, en 390 avant J.C., en poussant des cris lorsque les Gaulois tentèrent, une nuit, de prendre d'assaut le Capitole.

Dans le rituel du sacrifice du cheval et de l'ascension chamanique dans l'Altaï, rapporté par Radlov, l'oie sert de monture au Chaman pour poursuivre l'âme du cheval. C'est souvent une oie, et non un cheval, qui sert de monture au Chaman altaïque, pour son retour des Enfers, après sa visite au Roi des Morts.

En Russie, en Asie Centrale et en Sibérie, le terme d'oie est utilisé métaphoriquement pour désigner la femme désirée.


Dans la tradition celtique continentale et insulaire, l'oie est un équivalent du cygne, dont la lexicographie ne la distingue pas toujours nettement. Considérée comme une messagère de l'Autre Monde, elle fait l'objet, chez les Bretons, d'un interdit alimentaire, en même temps que le lièvre et la poule. César, qui rapporte le fait dans le De Bello Gallico (5, 12) ajoute que ces animaux étaient élevés pour le plaisir (voluptatis causa) mais il n'a pas compris pourquoi.Le jeu de l'oie, si familier dans les souvenirs d'enfance, a fait l'objet d'une interprétation ésotérique, qui le considère comme un labyrinthe et un recueil des principaux hiéroglyphes du Grand Oeuvre (Fulcanelli). Les Contes de ma mère l'Oye ont été aussi interprétés comme des récits hermétiques."

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D'après Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes (Larousse Livre, 2000) :


"L'oie domestique et d'élevage que nous connaissons tous et dont beaucoup d'entre nous apprécient le foie gras, est à l'origine de l'espèce dite oie des neiges, que l'on trouvait, et trouve toujours d'ailleurs, en Amérique du Nord et au Groenland. Mais il en existe d'autres espèces, comme l'Oie d’Égypte, par exemple, dont le plumage est roux, gris, noir et blanc, et les ailes vertes, brunes, noires et blanches, et l'oie cendrée, dont les longues ailes sont d'un beau gris bordé de blanc. L'oie cendrée est célèbre pour sa fidélité conjugale. En effet, le mâle et la femelle restent unis jusqu'à la mort de l'un des partenaires, ce qui est très rare chez les oiseaux, comme dans toutes les autres espèces animales d'ailleurs. En moyenne, l'oie pond de 4 à 8 œufs chaque année. Elle niche et vit à proximité des lacs, étangs, rivières, cours d'eau. Elle se nourrit d'herbes, de graines et parfois de petits animaux aquatiques.

En Égypte antique, Amon, le dieu tutélaire de Thèbes, associé à Rê, le dieu des dieux du panthéon divin égyptien, avait deux animaux sacrés : le bélier et l'oie. En effet, si Pharaon était identifié à Amon-Rê, au Soleil donc, son âme, quant à elle, était figurée par une oie. De ce fait, l'oie était une espèce d'ange, c'est-à-dire de messagère entre le ciel et la terre, les dieux et les hommes. Dans l'Empire romain, l'oie était une représentation de Junon, la sœur et l'épouse de Jupiter, couple en lequel on reconnaît Héra et Zeus. Ainsi, à Rome, Juno Moneta était une déesse oraculaire, une pythie que l'on venait consulter fréquemment et qu prodiguait des conseils, des prédictions et des avertissements. Elle avait à son service des oies qui, grâce à la prescience de Junon, purent avertir les soldats romains lors de l'invasion gauloise de 390 avant Jésus Christ, épisode plus connu sous le nom des Oies du Capitole..."

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D'après Madonna Gauding, auteure de Animaux de pouvoir, Guides, protecteurs et guérisseurs (Octopus Publishing Group 2006 ; traduction française : Éditions Véga, 2006) :


"Guide d'interprétation

En tant que symbole onirique

Créativité ; Contes retour sans danger ; Commencements ; Mariage ; Fidélité.


En tant que gardien ou protecteur

Garde le territoire ; Défend le jeune.


En tant que guérisseur

Soigne la peur de voler ; Favorise le conseil aux couples.


En tant qu'oracle ou augure

Attendez-vous à de bonnes nouvelles ; Embarquez-vous dans une quête spirituelle.


Mythes et contes

Aphrodite, la déesse grecque de l'amour, est représentée chevauchant une oie. La déesse hindoue Devî, créatrice de l'alphabet, monte parfois une oie. L'oie est associée à la créativité et aux conteurs.


Si l'oie est votre animal de pouvoir

Vous êtes un conjoint fidèle et affectueux. Vous appréciez le confort et la sécurité de votre vie domestique. Vous aimez raconter des histoires. Vous transmettez la mémoire familiale lors de réunions de votre grande famille. Parfois, vous inventez des histoires pour envoyer des messages subtils à votre auditoire. Pendant vos loisirs, vous travaillez à un roman ou un scénario de film. Vous avez gagné probablement plus de bonus de vol gratuits que beaucoup car vous aimez voyager. Les vacances familiales annuelles inspirent et renouvellent votre vie créative. Vous travaillez bien en équipe, mais gardez toujours votre vision personnelle claire et intacte. Généralement calme, vous devenez agressif en vous fâchant.

Demandez à l'oie de vous aider

- à vous exprimer en écrivant

- à vous libérer des peurs infantiles qui vous empêchent d'avancer.


Accéder au pouvoir de l'oie en

- achetant ou en fabriquant une plume d'oie

- rédigeant une brève histoire

- lisant les récits préférés de votre enfance.


Gracieuse en vol, l'oie fait preuve d'une grande résistance pendant les migrations, volant jusqu'à 1600 km sans s'arrêter. Consolidez votre capacité de supporter les épreuves de la vie en mangeant correctement, en vous reposant suffisamment et en profitant d'une intense vie spirituelle.


Élément : Air."

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Pour Jacques Voisenet, auteur de "L’animal et la pensée médicale dans les textes du Haut Moyen Age." paru dans la revue Rursus. Poiétique, réception et réécriture des textes antiques, 2006, n°1 :


Chez Pline, les médications destinées à stimuler les fonctions sexuelles s’appuient sur des animaux dont la nature se caractérise par la vigueur sexuelle (l’âne, le jars, le cheval, le taureau…). La réputation de ces animaux a largement été développée par les auteurs de l’Antiquité. [...] Le jars, oiseau au comportement sexuel remarquable, est associé à Aphrodite et à son fils Priape auquel on sacrifiait des ânes. Sa fougue le classe parmi les animaux chauds et le pousse à rechercher le froid. Ainsi pour Elien : « Comme le jars est de nature ardente et qu’il s’enflamme, il aime nager, il aime les aliments très froids, l’herbe, la laitue et autres nourritures qui engendrent le froid ».

Selon Annie Pazzogna, auteure de Totem, Animaux, arbres et pierres, mes frères, Enseignement des Indiens des Plaines, (Le Mercure Dauphinois, 2008, 2012, 2015), dans le cercle des animaux, l’Oie (Maga) fait partie, au même titre que le Bison, l’Élan, la Moufette, La Perdrix, l'Hermine et le Canard, des Animaux qui se situent au Nord, symbolisé par le rouge, l'Étoile du Matin, l'élément air et l'intellect.


Mots-clés :

"(en négatif) : Craintive

(en positif) : fidélité conjugale - Vigilance - Loyauté - Régénération.


Il existe plusieurs espèces nichant dans l'hémisphère nord.

A l'automne, les familles se réunissent en grandes troupes pour leur migration. Oie suit les mêmes trajets de génération en génération. La femelle a tendance à retourner sur son lieu de naissance.

Prudente, difficile à approcher, Maga poste des sentinelles pour veiller à la sûreté commune. Maga vit en couple, uni pour la vie. Elle est donc la fidélité conjugale.

Elle habite vers les marais, les lacs à rives boisées et les prairies humides. Oie se nourrit d'herbages, de plantes aquatiques.

Madame pond cinq œufs environ entre la lune de l'herbe "avril" et la lune des roses "juin", dans un nid posé au sol, dans une cavité garnie de duvet et de plantes. La couvaison dure une lune environ.

Messagère du Père Soleil et de Grand-Mère Lune, Oie est l'union du Ciel et de la Terre, la gardienne de la famille qu'elle défend. Elle est la vigilance.

Maga apporte la pureté du renouveau lorsqu'elle revient aux changements saisonniers dans une grande formation en V qui froisse l'air. Elle est donc un symbole de mutation dans la forme ou la manière d'être, de régénération mais aussi de fidélité, de loyauté. Elle est l"unité.

Oie est liée à la jeune fille et à sa fraîcheur."

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Dans son jeu de carte L'Oracle du peuple animal (Guy Trédaniel Éditeur, 2016), Arnaud Riou regroupe les animaux par famille. L'oie sauvage appartient selon lui à la famille de la communication avec l'abeille, le chien, le dauphin, le loup, le chat, le paon, le faucon, l'ara et le singe.


La communication. La qualité de nos relations dépend en grande partie de la qualité de notre communication. Savez-vous parler de vos besoins, vous positionner, savez-vous demander, poser vos limites, rassembler ? Savez-vous motiver vos enfants, vos partenaires, vos collaborateurs ? Savez-vous parler en public, négocier ? Savez-vous comment sortir de votre comportement boudeur, manipulateur ou flou et développer une posture claire et constructive ? C'est sur cette voie que les animaux de cette famille vont vous inspirer.

[...] "Approche-toi, j'ai quelque chose à te dire...", "J'aimerais tellement trouver les mots justes", "Ce n'est pas ce que je voulais dire", "Il ne m'a pas compris", "Je n'ose pas lui avouer", "Comment ne pas le vexer ?" Oser parler et savoir dire est tout un art.

L'art de la rhétorique, l'art de prendre la parole en public, de demander, de refuser, de poser ses limites. La vie est plus facile lorsqu'en nous le verbe est fluide et les mots complices de notre pensée. C'est un entraînement alors que de trouver les mots justes, la distance juste. C'est tout un art aussi que de maîtriser le bon rythme, l'art de ponctuer, de laisser en suspension les points de notre histoire ou d'y mettre un point final. C'est tout un art que de respirer avec les virgules, de s'interroger, de s'exclamer !

C'est tout un art de négocier, de définit ses besoins en termes clairs, de poser ses limites, de savoir dire non, de refuser, mais aussi de négocier, de coopérer, d'accepter.

Certains animaux ont dominé cet art de la communication. Ils viennent ici nous accompagner dans notre évolution. Chaque fois qu'un animal lié à la communication vous apparaît, c'est une occasion d'affiner votre parole, d'apprendre à utiliser le verbe pour exprimer votre pensée, vos besoins et de construire le monde auquel vous aspirez.

Les animaux liés à la famille de la communication vont vous aider, vous inspirer et vous proposer d'utiliser cette grande force qu'est la communication.


Trouve ta force dans le collectif :

Laisse-toi porter par l'humanité et tu porteras l'humanité.


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La carte représente un vol d'Oies sauvages. Il s'agit de bernaches, qu'on appelle aussi les outardes. Les Oies volent en V. Elles sont en migration et quittent l'Europe pour se rendre dans les pays chauds de l'Amérique du Sud.

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De tout temps, les chamans, les druides et les magiciens se tournent ver le ciel pour y décrypter le message des divinités. Au-delà de l'interprétation de la forme des nuages, ils s'appuient sur une observation très aigu des mouvements que forment les oiseaux dans leur vol ; leur vitesse, leur rythme, la hauteur et les formes qu'ils adoptent, notamment pour les migrations, sont autant de messages, de symboles, d'images à décrypter pour ceux qui savent lire le ciel en s’appuyant sur l'observation et l'intuition. Dans cette observation, l'interprétation du vol de l'Oie porte des messages puissants. L'Oie est un animal mythique qui occupe une place forte parmi le peuple animal. Elle vit entre la terre et le ciel. L'Oie cendrée est le symbole de la responsabilité, de l'engagement à la terre, de la fidélité. Les Oies nous accompagnent lorsque nous sommes p^rets à donner la naissance ou à fonder une famille. Du reste, les Chinois avaient coutume d'offrir un couple d'Oies pour les fiançailles. C'est alors la force de l'engagement, de la stabilité et de l'incarnation que l'Oie vient réveiller. L'Oie est du reste familière à Aphrodite, la déesse de l'amour, qui conseille à chacun de prendre exemple sur la fidélité, la pugnacité et la constance que met l'Oie à s'investir dans son couple. L'Oie est la gardienne du temple. c'est elle qui préserve le territoire. Dans l'Empire romain, les Oies étaient les gardiennes du Capitole. Elles protégeaient la cité de l'invasion gauloise. Les Oies prennent leur mission très au sérieux. On les trouve parfois agressives ou stupides, elles sont en fait cohérentes et déterminées.

Mais si l'Oie occupe une place importante sur la Terre, elle est aussi le symbole de la liberté, du mouvement, de l'exploration du monde. Son vol est très structuré. Les Oies domestiques volent en file indienne, les Oies sauvages en chevron, de façon à économiser leur force. Elles répondent ainsi à une intelligence invisible qui permet à chacune alternativement de guider et d'être guidée en se protégeant des courants aériens à l'intérieur du V. Si le vol des Oies sauvages est une des formes les plus abouties de la nature, c'est que ces oiseaux sont très e lien avec l'invisible. Les Oies sont les messagères de l'au-delà, elles permettent d'entretenir le lien entre le monde visible et le monde invisible. En Égypte, lorsqu'un roi accédait au trône, on lâchait dans la nature quatre Oies, dans les quatre directions, pour prévenir le peuple des dieux de l'intronisation du nouveau leader sur la Terre. Cette facilité de l'Oie à voyager d'un monde à l'autre en a fait un animal de prédilection que les chamans utilisent pour leur voyage immobile et notamment dans le monde des morts. Messagère toujours, l'Oie apparaît en Orient pour signifier aux jeunes filles qu'elles deviennent femmes et qu'il est temps pour elles de changer de foyer. Ainsi, les Oies ont une place de choix dans la famille de la communication. Elle savent transmettre les messages d'un monde à l'autre. Elles ne connaissent pas de limites, et ce ne sont ni les frontières ni les concepts qui les empêcheront de communiquer à qui sait interpréter leur vol.

Lorsque l'Oie vous apparaît dans le tirage, c'est que cette grande messagère vient vous transmettre un message. L'Oie étant la protectrice du foyer, il est possible que son message ait trait à l'engagement. Que représentent pour vous l'engagement, la promesse, la fidélité, le mariage, la famille ? L'Oie ne juge pas. Elle vous invite à vous interroger sur ce que vous souhaitez vraiment, et à vous aligner. L'Oie vous encourage à être fidèle à vos valeurs et à les incarner par les actes. Du reste, le message de l'Oie est toujours clair, direct. L'Oie parle fort, elle ne pose pas de précaution et n'a pas peur de porter la voix pour éclairer votre voie. Elle éveille les consciences, perturbe les contradictions, frappe les incohérences et vous invite à l'engagement. Grande voyageuse, l'Oie peut également vous visiter pour vous encourager au voyage, au changement, au déménagement.

Mots-clés : La détermination - La persévérance - La pugnacité - L'opportunité - Le couple - La famille - La foi - La constance - Le voyage - Le déménagement.


Signification renversée : Lorsque l'Oie vous apparaît dans sa forme inversée, c'est souvent pour attirer votre attention sur la place étriquée que vous lui donnez.Peut-être votre couple a besoin d'air ? Lorsqu'elle est confinée dans un espace trop petit pour elle, l'Oie ne devient qu'une présence de plus dans la basse-cour. Presque encombrante. Elle devient casanière. Elle se coupe de ses perspectives. Elle se fige alors sur ses petits intérêts matériels. Lorsque l'Oie vous apparaît dans sa posture inversée, c'est pour vous interroger sur la façon dont vous libérez votre potentiel. Assumez-vous votre destinée ? L'Oie inversée peut aussi vous réveiller à votre fidélité. Êtes-vous fidèle à vos valeurs ? Parfois, vivre une vie résignée avec un partenaire inadapté est une façon d'être infidèle à sa nature profonde. C'est aussi à cette perspective que l'Oie vous interroge.


Le message de l'Oie : Je suis la grande messagère des dieux. Je parcours chaque année plusieurs milliers de kilomètres pour traverser le monde. Je suis la course du Soleil. Je connais les cinq continents, la nature des hommes et celles des dieux. Les hommes sont venus sur la Terre pour faire l'expérience de l'engagement. Que ce soit dans leur vie professionnelle ou dans leur couple. Je viens te visiter, car il n'est plus temps de faire des compromis, d'accepter des demi-mesures. Je t'accompagne à prendre tes responsabilités, à voir ta vie en grand. Avec moi, tu vas apprendre à prendre de la vitesse, de l'amplitude. Je vais t'accompagner à voir grand. Appuie-toi sur tes congénères. Repose-toi sur ce qui vous rassemble et non sur ce qui vous éloigne. Apprends à demander de l'aide. Soutiens, toi aussi, ton prochain. Engage-toi de toute ton humanité, de tout ton soûl et de toute la beauté de ton être pour assumer ta place sur la Terre. Avec le totem de l'Oie, tu seras ainsi aussi présent dans le monde des hommes que dans le monde des dieux. A la même seconde.


Le rituel de l'Oie : Je rends hommage au peuple de l'Oie. Je reconnais ta grandeur et ta beauté. Comme je reconnais la grandeur et la beauté de l'humanité. Dans votre vol, chacune apprend à s'appuyer sur l'autre. Pour cela, il est nécessaire de savoir demander, de savoir offrir. Je pose une demande. J'écris à un ami, je lui téléphone, je vais le voir. Je lui demande une aide. Quelle que soit sa forme. Nous avons tous besoin des uns et des autres et nous avons tous besoin de quelque chose à un moment ou à un autre. Je formule ma demande clairement. Puis, je ressens ce qui se passe en moi et autour de moi. Demander de l'aide, c'est permettre à l'humanité de renforcer ses liens, à la générosité de s'exprimer. Dans le don, il arrive un moment où la nuance est si fine entre le fait d'offrir et de recevoir, qu'on ne sait plus très bien qui donne et qui reçoit."

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Pour Melissa Alvarez, auteure de A la Rencontre de votre Animal énergétique (LLewellyn Publications, 2017 ; traduction française Éditions Véga, 2017), l'Oie est définie par les caractéristiques suivantes :


Traits : L'Oie symbolise la famille, l'amour et l'affection. L'oie est très gentille et affectueuse envers les autres oies de son troupeau. Si l'une d'entre elles est blessée, une autre va rester à ses côtés jusqu'à ce qu'elle puisse voler à nouveau. Et seulement alors elles vont retourner dans le groupe. Les oies sont en couple pour la vie, et si l'un des partenaires meurt, l'autre va vivre seul, sans chercher à se remettre en couple. Les deux parents s'occupent d'élever leurs oisons, et ils restent ensemble en formant une cellule familiale pendant une année, jusqu'à ce ce que les oisons s'en aillent trouver leur propre partenaire et fonder leur propre famille. Une oie mâle va se lancer au-devant du danger pour protéger sa compagne. Cela signifie que la famille est importante pour vous. Le temps est venu de vous entourer de ceux que vous aimez. L'oie représente aussi la fertilité, alors il est possible que, pour vous-même ou pour quelqu'un de proche, un bébé soit en route.


Talents : Ambitieux ; Amical ; Courageux ; Communication ; Confiance en soi ; Déterminé ; N'abandonne pas ; Motivé ; Fertilité ; Fidélité ; Fluidité ; Avancée ; Guidance ; Bonheur ; Aide ; Imagination ; Inspiration ; Intention de réussir ; Joie ; Pondéré ; Loyal ; Nouveaux commencements ; Nouvelles idées ; Patience ; Persévérance ; Protection ; Régénération ; Fiable ; Ingénieux ; Repos ; Sociable ; Stabilité ; Travail d'équipe ; Sagesse.


Défis : Trop agressif ; Rigide ; Doute de soi ; Égocentrique ; Territorialité ; Trop focalisé.


Élément : Terre ; Eau.


Couleurs primaires : Noir ; Brun ; Gris ; Blanc.


Apparitions : Lorsque l'Oie apparaît, cela signifie qu'il est bon d'analyser si vous devez guider ou suivre. L'oie est exceptionnellement bonne dans ces deux rôles, tout comme vous, et elle sait discerner quand chacun de ces rôles est approprié. C'est une excellente communicante avec son bruit de corne sonore et caractéristique. Les oies volent en formation dessinant un V, elles cornent pour rester à la même vitesse, et changent de place pour se reposer tout en volant. L'oie signifie donc que vous devez vous reposer pour pouvoir continuer. Chaque année, l'oie mue et perd les plumes de sa queue. A cette période, elle reste au même endroit auprès de l'eau, jusqu'à ce que ses plumes repoussent. L'oie vous met en garde de vous investir tant dans la vie des autres que vous en oubliez votre propre but et ce que vous recherchez. Même si les autres peuvent avoir de bonnes intentions en vous offrant des orientations, vous finissez par choisir votre propre chemin, qui vous amène à la croissance spirituelle et à l'illumination. L'oie vous rappelle de ne pas oublier votre être véritable et le but de votre vie.


Aide : Vous avez besoin de tirer le meilleur d'une situation. L'oie est avisée, elle offre sa protection et attaque si elle se sent menacée. Ces qualités vont vous aider à vous sentir à l'aise si vous êtes impliqué dans une situation dont vous n'êtes pas sûr. L'oie peut vous aider à trouver l'équilibre et vous guider vers les endroits où votre énergie sera utilisée au mieux. C'est tout particulièrement vrai si vous vous êtes concentré sur un domaine de votre vie en négligeant les autres. Si vous vous sentez stressé ou avez vécu des choses très difficiles, l'oie peut vous guider à revenir en vous en un espace d'harmonie et d'apaisement. Elle vous incite à vous défendre (vous et votre famille !) si vous vous sentez manipulé, et elle vous donne le courage de le faire. Si vous voyagez, l'oie peut vous aider à trouver le chemin le plus direct ainsi que les détours les plus géniaux.


Fréquence : L'énergie de l'oie est une explosion bruyante et inattendue de sons. Elle captive votre attention avec sa chaleur, qui vous tient dans des sensations d'amour et de paix. Elle bouge en mouvements fluides et harmonieux qui captivent vos sens.

Imaginez...

Beaucoup de choses vous ont pris la tête aujourd'hui, alors vous vous arrêtez auprès d'un petit lac dans le parc à côté de votre maison, avant de rentrer chez vous après le travail. Il y a un banc, et vous vous y asseyez, en regardant l'eau, perdu dans vos pensées. Vous voyez un couple d'oies qui nagent au bord de l'eau. Alors que vous les observez, elles sortent de l'eau et s'avancent vers vous. D'abord vous vous sentez un peu mal à l'aise, parce que les oies sont connues pour attaquer. Vous restez tranquille, en observant et attendant. Elles s'arrêtent juste devant vos pieds, et, à votre grand étonnement, l'une d'entre elles s'allonge et met sa tête sur votre chaussure. Un sentiment de calme et de paix vous inonde. Tout va très bien aller. Peu après, l'oie se relève, vous regarde un instant, puis toutes les deux retournent dans l'eau et s'éloignent en nageant.

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Selon Jean Rouaud, dans La Splendeur escamotée de frère Cheval ou Le Secret des grottes ornées (Éditions Grasset et Fasquelle, 2018),


"Jusqu'à cette prise de parole [celle de Dieu à Moïse], le monde forme un tout cohérent dont nous sommes une des manifestations. Toutes les manifestations visibles signet en faveur d'autre chose que par association et déduction on peut tenter de recomposer. Par exemple les oies de Cussac. Si l'on se fie à leur vision de haut vol, à cette connaissance du temps qui leur permet d'anticiper les périodes de l'année, on peut en déduire que tout ça, ça va, ça vient. Ce qui implique, ces allers-retours des migrateurs, que le monde est fini. S'ils reviennent c'est que dans ce sens on arrive à une extrémité. Et dans l'autre sens ? Pareil, ça ne passe pas, non plus. Comme si à chaque fois la longue théorie des rennes processionnaires tombait en bout de course sur une falaise monumentale ou un gouffre béant ou sur le front d'un puissant mammouth, les empêchant de pousser plus loin, suite à quoi ils décidaient de faire demi-tour. Ce mouvement métronomique de pris au piège se trouve au cœur de la conception du monde des Paléolithiques. D'où va dépendre leur système de représentation. [...]

Ici, les mammouths affrontés, les chevaux adossés, les troupeaux allant et venant, c'est le ballet latéral des essuie-glaces.

Ce sont elles, nos sœurs les oies, gravées à l'entrée de l'hypogée de Cussac, qui donnent le ton de ce livre des morts qui se dévoile, figure après figure, à mesure que nous nous enfonçons dans les entrailles de la terre. Postées à l'embranchement de deux couloirs, elles semblent comme deux sphinges. Sauras-tu choisir le bon chemin ? Contrairement au dispositif des grandes cathédrales caverneuses et des binômes d'animaux d'une même espèce, elles sont faussement symétriques : l'une a le cou dressé, l'autre le cou penché. Comme Akhmatova. D'emblée elles nous exposent le point de vue de cette mise en scène, réponse binaire à la question qui taraude les esprits. Si on les a convoquées là, en gardiennes du sanctuaire, ce n'est pas pour apporter une touche de diversité au sempiternel cortège de mammouths, chevaux, bisons qui envahit le domaine souterrain et dont des "amateurs" auraient fini par se lasser - allons, du neuf, les artistes, vous n'avez rien d'autre dans votre bestiaire ? - c'est qu'elles sont en possession d'un savoir tangible, irréfutable, dont tous ont pu juger du sol le bien-fondé tandis qu'ils levaient la tête pour les voir passer là-haut, la main en visière sur le front pour se protéger de l'éblouissante lumière blanche. Ceux-là, les têtes en l'air, en ont conclu que les oies étaient une pièce "parlante" du grand dispositif qui alterne les bons et les mauvais jours, le clair et l'obscur, l'efflorescence du printemps et le désastre de l'hiver.

Autant dire que l'oie au cou tendu annonce la bonne nouvelle de l'arrivée des beaux jours - la vie - et sa sœur au cou penché, la mauvaise nouvelle des mois de glace - la mort. Posées comme des clés en tête d'une double partition à l'entrée de l'hypogée de Cussac, les oies nous invitent à adopter le rythme d'une marche funèbre tandis que nous progressions difficilement dans les couloirs armoriés en évitant de nous appuyer sur la paroi argileuse où toute trace laissée demeure pour l'éternité, comme un pas sur le sable de la lune.

De gravure en gravure, nous est proposée une interprétation crédible, recevable, du passage de la vie à la mort. Avec cette intuition folle inférant de la présence des volatiles à l'entrée du monument qu'entre la vie et la mort il en serait comme du passage des oiseaux dans le ciel, comme du printemps et de l'hiver, du bourgeonnement des buissons et des branches dépouillées de leurs feuilles. Les oies nous ayant habitués à leur balancement saisonnier, la vie reviendrait-elle ? Refleurirait-elle ? Se réchaufferait-elle ? Relèverait-elle la tête et le cou après la chute de la mort ? Reprendrait-elle du poil de la bête ? Ou plutôt de ses plumes, puisqu'il s'agit d'un oiseau ?

C'est ainsi que le premier à se couronner d'une coiffe de plumes, il fut entendu par le groupe confiant en ses dons, qui étaient des dons poétiques, qu'il était dépositaire du merveilleux savoir des créatures du ciel. Plus les plumes ont nombreuses sur sa tête, et plus le savoir de l'homme-oiseau est grand (et les manches frangées des tuniques indiennes sont comme des ailes, et non cet effet de mode que propagera cet idiot de Buffalo Bill dans son Wild West Show). Et voyez ce que nous en avons retenu : bête comme une oie, tête de linotte, alouette, je te plumerai. Quel acharnement, les hommes, à abaisser ceux qui les ont faits rois.

"Quelle est la vérité", écrit dans une nouvelle Mihai Eminescu, une sorte de Rimbaud roumain dont il fut le contemporain et avec lequel il partage une vie brève, "celle vue clairement par un jars ou celle entrevue à travers un épais brouillard par Kant ? Voici en effet une chose étrange. Le premier distingue sans hésitation les grains de maïs du gravier jaune, mesure de l’œil les distances qu'il peut atteindre et n'est pas sans éprouver une certaine tendresse à la vue d'une oie. Le second oublie de manger, voulant sauter par-dessus un trou il tombe dedans, et les beautés passent à côté de lui sans qu'il relève les yeux. Néanmoins, nous supposons que le philosophe est plus raisonnable qu'un jars." [...]

Quand une personne du campement fait observer au spécialiste des phénomènes étranges que les oies meurent aussi, que le va-et-vient des migrations ne serait donc pas une machine à préserver de la mort, l'homme emplumé a un petit sourire comme s'il s'attendait à l'objection. C'est qu'il n'avance pas ses arguments sans preuve. Sans doute, dit-il, mais nous avons remarqué aussi que d'un passage à l'autre les oies ne sont pas moins nombreuses. Ce qui suppose que le mouvement est régénérateur et assure ainsi la conservation du grand corps vivant composé de tous ces corps qui dessinent une gigantesque pointe de flèche dans le ciel et qui nous montre la voie. Cette façon qu'on les oiseaux d'avancer soudés les uns aux autres est non seulement une garantie de survie pour le groupe mais, en resserrant les rangs pour combler aussitôt la place d'un disparu, une opération de suture formidable qui recompose instantanément le grand corps, donnant le sentiment que la mort n'a pas de prise sur le mouvement même de la vie. La mort a beau s'acharner, elle perd toujours. [...]

Les traces des pattes d'oie sur la terre humide au bord de la rivière, ce V avec ce doigt médian, dessinant un losange, outre sa parfaite symétrie, ce qu n'est pas le cas de nos pieds qui semblent se faire la tête en s'opposant, ça ne t'évoque rien ? Elles ressemblent à ces tracés par lesquels nous représentons la vulve des femmes sur les parois. Vulve ou patte d'oie ? Vulve qui, par le cycle menstruel des femmes, renvoie en même temps au va-et-vient saisonnier des oies ? A un principe vital ?

Et le spécialiste des phénomènes étranges d'observer loin devant lui. Dans plusieurs milliers de lunes, prophétise-t-il, quand on ne saura même plus lever les yeux au passage des oiseaux on parlera encore des pattes d'oie pour ces griffes de l'âge à l'angle des yeux sur le visage des femmes. Comme si l'oiseau s'y était posé le temps de souffler et de reprendre son vol, laissant son empreinte en guise de rappel de cette époque, pas si lointaine, où on comptait sur lui pour nous renseigner sur la venue de l'hiver, qui est comme la vieillesse avec ses cheveux de neige.

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Symbolisme celte :

Dans L'Oracle des Druides, Comment utiliser les animaux sacrés de la tradition druidique (édition originale 1994 ; traduction française Guy Trédaniel, 20008) de Philip et Stephanie Carr-Gomm, on apprend que quatre mots-clefs sont associés à l'Oie (Gèadh) :


Vigilance ; Maternité ; Paternité ; Puissance créatrice.


La carte représente un couple d'oies cendrées das un marais.. Ancêtre de l'oie domestique, l'oie cendrée conserve toute sa vie le même partenaire. C'était autrefois la seule espèce d'oie vivant en Grande-Bretagne et contrairement à d'autres, elle ne migrait pas. Des ronces et des groseilles à maquereau (que l'on nomme "baies à l'oie" en anglais) poussent au premier plan. On voit de la patte-d'oie sur la droite et des roseaux (Ngetal) à l'arrière-plan. Un vol d'oies en V se dirige vers la mer.

L'oie signale peut-être que vous êtes prêt à assumer la responsabilité d'une famille ou à vous engager dans une relation à long terme. Elle vous donnera la force créatrice et productive, tout en vous assurant que votre famille, votre partenaire ou vos associés soutiendront votre créativité en vous procurant l'environnement stable dont vous avez besoin. L'éducation des enfants est véritablement l'une des activités apportant le plus de joie et de satisfaction. très attachée à sa famille, mais capable aussi de voler à une altitude extraordinaire d'un continent à l'autre, l'oie montre qu'il est possible d'associer les aspirations matérielles et spirituelles dans nos vies quotidiennes.


Renversée, la carte indique que vous êtes peut-être trop attaché à vos droits, votre territoire et vos possessions : cessez de vous montrer aussi possessif vis-à-vis de votre partenaire. Beaucoup d'oies gardent leur partenaire à vie, mais ce n'est pas le cas de tous les humains. Rester avec quelqu'un qui ne vous convient pas n'est peut-être pas dans votre intérêt. Une relation faite pour durer doit être basée sur le respect mutuel et la liberté de chacun plutôt que sur la jalousie et la possessivité.

Les Celtes élevaient les oies pour leurs œufs et non pour leur viande. Ils savaient qu'il vaut mieux posséder une oie vivante que de la manger et de tuer sa capacité productive. De même, ils élevaient principalement les moutons pour leur lait et leur laine. Nous pouvons en tirer la leçon qu'il faut prendre soin de nous-mêmes si nous voulons optimiser nos forces créatrices et productives. Pour être sûr que l'oie continue à pondre ses œufs d'or, nous devons la garder bien en vie, nourrie, reposée, entraînée.


L'Oie dans la Tradition


Nuée d'abeilles et de scarabées,

douce musique du monde, bourdonnement léger ;

oies sauvages, oies marines,

juste avant le jour des morts, musique du torrent sombre

Poème irlandais du Xe siècle.

On disait autrefois que les druides savaient interpréter le vol des oiseaux pour prédire l'avenir. Ils se servaient aussi bien de leurs facultés psychiques que de leurs dons remarquables d'observation de la nature. L'arrivée ou le départ des oies migratrices étaient par exemple liés à l'arrivée de l'hiver ou de l'été. L'oie symbolisait donc le changement saisonnier. Les oies s'éloignaient vers la mer étaient signe de beau temps, alors que se réfugiant vers les collines, elles annonçaient la tempête.

Dans le poème ci-dessus, les oies marines sont les oies arrivant en Grande-Bretagne en octobre. Venant de l'Arctique juste avant la Toussaint, elles annonçaient avec certitude l'arrivée de l'hiver. D'origine inconnue, on disait qu'elles éclosaient d'un anatife fixé à un morceau de bois flottant, d'un arbre ou même d'un gland. En Écosse, on les appelait parfois "oies des arbres", car la légende voulait qu'elles naissent des saules poussant dans les Orcades.

La divination avait lieu traditionnellement à Samhuinn, mais se pratiquait en général pendant tout l'automne, période favorable à l'introspection et la réflexion. Lors de la fête de "Michaelmas", version chrétienne des cérémonies de l'équinoxe d'automne, n mangeait traditionnellement une oie. On examinait l'os de son gosier, appelé "l'os de fête" dont on arrachait les deux côtés pour prédire le futur. Il nous reste de cette tradition,, datant sans doute de l'époque pré-chrétienne, l'habitude de faire un vœu en tirant l'un des côtés de la fourchette (os) du poulet.

L'oie figure également sur le menu du repas de Noël. Elle y représente la régénération et la purification associées au solstice d'hiver, moment de l'année où le soleil renaît. Oiseau solaire, ses œufs d'or sont le parfait symbole de cette renaissance. "Mère l'oie" représente alors la déesse mère.


La Fougue de l'Oie

L'oie est très fortement associée à l'agressivité et la défensive. Elle sait défendre vigoureusement sa couvée et son territoire et ses cris aigus ne manquent pas d'éveiller l'attention sur l'arrivée de visiteurs. Elle est par conséquent devenue un symbole de force défensive et de protection. On peut voir au sommet de la colline de Roquepertuse, en Provence, une grande oie de pierre perchée sur le portique d'un temple de l'âge du fer. Elle surveille avec attention les alentours de ce sanctuaire consacré aux dieux de la guerre. Une figurine en bronze a été retrouvée à Dineault, en Bretagne, représentant une déesse celtique de la guerre portant un casque surmonté d'une oie. L'animal est représenté dans la position menaçante qui le caractérise, le cou projeté en avant. En ex-Tchécoslovaquie, ce sont des guerriers de l'âge du fer enterrés avec des oies que l'on a retrouvés. Cependant les oies sauvages savent fuir aussi bien que se battre ; on sait qu'elles sont très difficiles à capturer et à tuer.


Pouvoir érotique et fidélité

Les oies défendront avec acharnement leur partenaire et leur couvée. Leurs oisons, bien que sachant voler deux mois après leur éclosion, restent beaucoup plus longtemps avec leurs parents. Les rencontres d'un couple d'oies sont toujours marquées par une "parade nuptiale" complexe ; l'oie symbolise donc la galanterie, le couple et la fidélité. Son penchant à rechercher un partenaire l'a pourtant faite associer aux mœurs faciles ; à l'époque élisabéthaine, on donnait son nom aux prostituées et on désignait les maladies vénériennes sous le terme d' "oie de Winchester". Mais l'oie est en réalité extraordinairement fidèle et dévouée. Son lien pré-chrétien avec la création et toutes les associations érotiques que cela entra^ne, s'est déformé pendant la période chrétienne.

Bien que la graisse d'oie ait une réputation aphrodisiaque chez les Romains, les Celtes s'en servaient de remède. On l'appelait Gibanirtick dans l'île de Saint Kilda, l'île la plus reculée de Grande-Bretagne, où les premiers missionnaires chrétiens n'arrivèrent qu'en 1705. Les habitants de cette île du nord de l'Atlantique continuèrent donc jusqu'au milieu du XVIIIe siècle à adhérer aux croyances et pratiques druidiques attachées à la graisse d'oie.

Très attachée à sa famille et volant à des altitudes étonnantes, l'oie symbolise à merveille l'union du ciel et de la terre. Elle nous montre comment associer nos aspirations quotidiennes et spirituelles. Un poète américain, Mary Oliver, a exprimé dans un très beau poème cette combinaison entre liberté et attachement. En voici un extrait :


Les oies sauvages,

haut dans le ciel pur, retournent au pays à nouveau.

Qui que tu sois, quelle que soit ta solitude,

le monde s'ouvre à ton imagination,

comme l'oie sauvage il t'appelle,

affirmant et réaffirmant ta place au sein des choses."

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Pour Sabine Heinz, auteure de Les Symboles des Celtes, (édition originale 1997, traduction française Guy Trédaniel Éditeur, 1998),


"Outre les capacités propres aux autres oiseaux aquatiques, l'oie peut aussi être très agressive, ce qui la met en rapport avec les guerriers. Aujourd'hui encore, on la considère comme un gardien attentif. Cette double fonction a fait d'elle un animal sacré que l'on mettait dans la tombe des guerriers ou qui accompagnait les dieux de la guerre. Il était interdit de manger cet animal.

On retrouve ces éléments dans l'histoire suivante du roi O'Toole et de son oie :


Il était une fois un roi nommé O'Toole à qui appartenaient autrefois les églises. Il chassait et menait une vie heureuse. Tout changea lorsque sa santé se dégrada. N'étant plus en état de faire quoi que ce fût, il alla chercher une oie qui lui donna à manger et veilla sur lui. Chaque vendredi, elle lui attrapait des truites. Mais un jour, elle fut vieille, elle aussi. Le roi faisait le tour du lac en se lamentant lorsqu'il rencontra saint Kavin. Ce dernier lui demanda des nouvelles de l'oie et proposa de la rajeunir. Le roi, stupéfait, siffla son oie comme un chien ; elle arriva en se dandinant. On conclut l'affaire, le roi donnerait au jeune homme toutes les terres que l'oie rajeunie pourrait survoler. Alors, Kavin jeta l'oie très haut en l'air. Elle vola aussi vite qu'une hirondelle quand la pluie approche et avec autant de légèreté qu'une alouette. Le roi respecta le marché et donna à Kavin, le plus grand de tous les saints, la totalité de ses terres. Le saint, satisfait de l'épreuve infligée au Roi, lui accorda son aide pour le restant de sa vie. L'oie le servit jusqu'à sa mort, qui survint raidement : elle confondit une anguille avec une truite et fut tuée par la première. Le roi n'en mangea cependant pas une bouchée, puisque le saint l'avait bénie.


On décrit ici très nettement une funeste conséquence de la christianisation qui rappelle l'exploitation des Indiens par les Espagnols au XVIe siècle. La vieille coutume celtique selon laquelle on ne mange pas d'oie (puisqu'elle est sacrée) est interprétée comme un acte traduisant le respect de l’Église.

Dans une autre histoire (Les Douze Oies), on s'aperçoit que la tradition irlandaise a par la suite transmis aux contes certains éléments qui réapparaissent dans des récits semblables venant de différents pays.

Dans la tradition galloise, l'apparition d'oies pendant la nuit est un mauvais omen, puisqu'elle sont considérées comme des sorcières.

En 1691, on se souvient une fois encore des oies. C'est l'année de la signature du traité de Limerick qui marque le début et l'irréversibilité de la conquête de l'Irlande. par suite, la structure de la société celtique s'effondre en Irlande et de nombreux officiers irlandais émigrent. Dans l’histoire, ce phénomène est appelé "Le Vol / Fuite des Oies sauvages"."

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Symbolisme alchimique :

D'après Patrick Rivière, auteur de L'Alchimie, science et mystique (Éditions De Vecchi, nouvelle édition augmentée 2013),


"Ils désignent tous deux [l'oie et le coq] le Mercure des Philosophes. Le jeu de l'oie ne représente-t-il pas d'ailleurs parfaitement le sentier initiatique ! Songeons aux nombreuses représentations de l'oie sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. La patte d'oie préfigure la coquille Saint-Jacques, la mérelle (mère d'El, le sacré, le divin ou mère d'Hélios, du Soleil) de nature mercurielle par excellence, assimilable à la marelle enfantine qui conduit au Ciel."

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Littérature :

Selon Chrétien de Troyes, dans Le Conte du Graal (traduction Jean Ribard, Éditions Honoré Champion),


" L’oie avait été atteinte au cou et elle per­dit trois gouttes de sang qui se répan­dirent sur la neige blanche, telle une couleur naturelle. Elle n’avait pas été bles­sée au point de rester à terre et de laisser à Per­ce­val le temps d’arriver jusqu’à elle. Elle avait donc repris son vol et Per­ce­val ne vit que la neige fou­lée, là où l’oie s’était abat­tue, et le sang qui appa­rais­sait encore. Il prit appui sur sa lance et contempla la ressemblance qu’il y décou­vrait : le sang uni à la neige lui rap­pelle le teint frais du visage de son amie, et, tout à cette pen­sée, il s’en oublie lui-même. Sur son visage, pense-t-il, le rouge se détache sur le blanc exac­te­ment comme le font les gouttes de sang sur le blanc de la neige. Plongé dans sa contem­pla­tion, il croit vrai­ment voir, tant il y prend plai­sir, les fraîches cou­leurs du visage de son amie qui est si belle. Per­ce­val passa tout le petit matin à rêver sur ces gouttes de sang, jusqu’au moment où sor­tirent des tentes des écuyers qui, en le voyant ainsi perdu dans sa rêve­rie, crurent qu’il sommeillait."

Dans ses Histoires naturelles (1874), Jules Renard brosse des portraits étonnants des animaux que nous connaissons bien :

L'Oie


Tiennette voudrait aller à Paris, comme les autres filles du village. Mais est-elle seulement capable de garder ses oies ? A vrai dire, elle les suit plutôt qu'elle ne les mène. Elle tricote, machinale, derrière leur troupe, et elle s'en rapporte à l'oie de Toulouse qui a la raison d'une grande personne. L'oie de Toulouse connaît le chemin, les bonnes herbes, et l'heure où il faut rentrer. Si brave que le jars l'est moins, elle protège ses sœurs contre le mauvais chien. Son col vibre et serpente à ras de terre, puis se redresse, et elle domine Tiennette effarée. Dès que tout va bien, elle triomphe et chante du nez qu'elle sait grâce à qui l'ordre règne. Elle ne doute pas qu'elle ferait mieux encore. Et, un soir, elle quitte le pays. Elle s'éloigne sur la route, bec au vent, plumes collées. Des femmes, qu'elle croise, n'osent l'arrêter. Elle marche vite à faire peur. Et pendant que Tiennette, restée là-bas, finit de s'abêtir, et, toute pareille aux oies, ne s'en distingue plus, l'oie de Toulouse vient à Paris.

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Après avoir montré que l'oie était "l'oiseau devin par excellence [et que] les signes qu'elle délivre sont toujours inspirés, Philippe Walter, dans Ma Mère l'Oie, Mythologie et folklore dans les contes de fées (Éditions Imago, 2017), nous donne


"Un bel exemple de langage oblique d'une oie apollinienne [avec] Le Conte du Graal. Dans un paysage de neige, au nord du monde, Perceval contemple le hiéroglyphe secret du sang (de l'oie gente) sur la neige. Il vient de rencontrer le graal resté pour lui incompréhensible. L'oie blessée dont le sang a formé trois taches sur le blanc immaculé lui révèle soudain le sens intime de sa fragile existence. Elle lui livre le nombre symbolique qui lui manquait pour orienter sa vie. Ces gouttes de sang sont la parole muette de l'oie. Elles parlent à l'imagination de Perceval pour l'atteindre en son cœur. Qualifiant lui-même l'image de semblance, Chrétien de Troyes met en évidence le mode particulier de signification de ce langage symbolique né du sang de l'oie. Qu'une oie soit à l'origine de cette image involontaire sur la neige n'est certainement pas indifférent lorsqu'on sait que cet oiseau fournissait les plumes pour écrire et que l'encre rouge servait aux rubriques des manuscrits. Mais ici, l'oracle sanglant de l'oie se fait d'abord leçon de vie." (p. 198)

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Dans son roman policier Sous les Vents de Neptune (Éditions Viviane Hamy, 2004), Fred Vargas utilise l'oie bernache comme repoussoir pour la jalousie d'Adamsberg qui vient de découvrir que Camille a eu un enfant :


"Il rebroussa chemin et s'assit sur une roche pour observer la compétition qui sévissait entre une colonie de canards et une troupe de bernaches. Des territoires et des guerres, partout. L'une des oies tenait visiblement le rôle du grand flic et revenait méchamment à la charge en étendant ses ailes et claquant du bec, avec une constance de despote. Adamsberg n'aimait pas cette bernache. Il la distingua des autres par une marque dans son plumage, dans l'idée d'aller voir si, demain, le rôle de l'autocrate lui reviendrait ou bien si les oies pratiquaient une alternance démocratique. Il abandonna les canards à leur résistance et gagna sa voiture.

[...]

Adamsberg avait décidé de rouler seul vers le nord. Avant de prendre la route au matin, il alla vérifier si l'oie caquetante de la veille avait cédé son pouvoir coercitif à un confrère. Car c'était un mâle, il n'en doutait pas.

Non, la bernache despote n'avait rien cédé. Les autres oies suivaient dans son sillage, tels des automates virant sur l'aile dès que le boss changeait de direction, s'immobilisant quand il passait à l'action, fonçant au ras des eaux vers les canards, toutes voiles dehors, gonflant son plumage pour paraître plus gros. Adamsberg lui lança une insulte en levant le poing et revint à sa voiture.

[...]

Deux heures moins dix du matin. Le commissaire allait et venait sur la courte plage qui longeait la berge. Le boss des bernaches était encore à l'ouvrage, rangeant ses troupes pour la nuit, rappelant à l'ordre les fugueurs et les égarés. Il l'entendait caqueter impérieusement dans son dos. Voilà un gars qui n'avait pas d'états d'âme et qui n'allait certainement pas se cuiter le dimanche soir dans un café de la rue Laval. De cela, il pouvait être sûr. Adamsberg n'en détesta que plus encore cet impeccable boss. Un mâle bernache qui devait vérifier l'ordonnance de ses plumes chaque matin et nouer ses lacets.

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