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  • Anne

Les Fées





Étymologie :

  • FÉE, subst. fém.

Étymol. et Hist. Ca 1140 (Gaimar, Estoire des Engleis, éd. A. Bell, 3657). Du lat. Fata « Parques », de fatum « destin » (fatum*).


Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.

Selon Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes ( (Hachette Livre, 2000) :


Fairies est le pluriel de fairy en anglais. Fairyland est ainsi le royaume des fées. Il est en analogie avec fair, fête en anglais, mais peut-être aussi avec son homonyme fair, qui signifie clair, les fées ayant souvent une apparence claire, lumineuse ou transparente, mais qui veut dire aussi juste, loyal, comme dans fair-play, par exemple, soit jouer juste ou, plus exactement jouer le jeu, ce que font toujours les fées, en fin de compte.

Toutefois, "fée" en français, tient son origine du latin fata, déesse des destinées, le quel se rattache à fari, qui signifie parler, et qui a donné le mot "fable" ou fabula : récit, propos, conte. C'est encore du fata latin que dérive le fada provençal, qui désigne communément un être un peu fou, mais gentil. Et c'est ce même fada qui a donné les fameux fadets et farfadets. Enfin, la féerie, ou faerie, était en ancien français un mot désignant le pouvoir magique des fées."

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Symbolisme :


D'après le Dictionnaire des symboles (1969 ; édition revue et corrigée, Robert Laffont : 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant,


"Maîtresse de la magie, elle symbolise les pouvoirs paranormaux de l'esprit ou les capacités prestigieuses de l'imagination. Elle opère les plus extraordinaires transformations et en un instant comble ou déçoit les désirs les plus ambitieux. Peut-être représente-t-elle les pouvoirs de l'homme de construire en imagination les projets qu'il n'a pu réaliser.

La fée irlandaise est par essence la banshee, dont les fées des autres pays celtiques ne sont que des équivalents plus ou moins altérés ou compris. Au départ, la fée, qui se confond avec la femme, est une messagère de l'Autre Monde. Elle voyage souvent sous la forme d'un oiseau, d'un cygne, de préférence. Mais cette qualité n'a plus été comprise lors de la christianisation et les transcripteurs en ont fait une amoureuse venant chercher l'élu de son cœur. La banshee est par définition un être doué de magie. Elle n'est pas soumise aux contingences des trois dimensions et la pomme ou la branche qu'elle remet ont des qualités merveilleuses. Le plus puissant des druides ne peut retenir celui qu'elle appelle et, quand elle s'éloigne provisoirement, l'élu tombe en langueur.

Shakespeare a merveilleusement montré, avec la Reine Mab, l'ambivalence de la fée, qui est capable de se transformer en sorcière :

Alors je vois que la Reine Mab vous a visité

C'est l'accoucheuse des fées et elle vient

Pas plus grosse qu'une pierre d'agate

A l'index d'un échevin

Traînée par un attelage de petits atomes...

... c'est toujours cette Mab

Qui tresse la crinière des chevaux la nuit

Et dans leurs poils gluants

Fabrique des nœuds magiques

Qui débrouillés font arriver de grands malheurs.


C'est la sorcière...


(Roméo et Juliette, trad. de Pierre-Jean Jouve et Georges Pitöeff,

éditions Formes et Reflets, Paris, 1955).


En effet, les palais que les fées évoquent et font scintiller dans la nuit s'évanouissent en un instant et ne laissent plus que le souvenir d'une illusion. Ils se situent dans l'évolution psychique parmi les processus de l'adaptation au réel et de l'acceptation de soi, avec ses limites personnelles. On recourt aux fées et à leurs ambitions démesurées. Ou bien elles compensent les aspirations frustrées. Leur baguette et leur anneau sont les insignes de leur pouvoir. Elles resserrent ou défont les nœuds du psychisme.

Que les fées de notre folklore ne soient autres, à l'origine, que les Parques romaines, elles-mêmes transposition latine des Moires grecques, ne paraît guère discutable. Leur nom même, Fata, les Destinées, le prouve. Les trois Parques, précise P. Grimal, étaient représentées sur le forum par trois statues que l'on appelait couramment les trois fées - les tria fata. Elles portent encore aujourd'hui ce nom dans la plupart des langues latines, et on en retrouve la racine dans leur postérité et les innombrables petits génies que l'imagination populaire a créés à leur suite : tels les fadas provençaux, les fades de Gascogne, les fadettes et fayettes, les fadets et farfadets.

Assemblées généralement par trois, les fées tirent du fuseau le fil de la destinée humaine, l'enroulent sur le rouet et le coupent, l'heure venue, de leurs ciseaux. Peut-être furent-elles, à l'origine, des déesses protectrices des champs. Le rythme ternaire, qui caractérise leurs activités, et celui de la vie même : jeunesse, maturité, vieillesse, ou bien naissance, vie et mort, dont l'astrologie fera : évolution, culmination, involution. Selon de vieilles traditions bretonnes, à la naissance d'un enfant, on dresse trois couverts, sur une table bien garnie, mais dans une pièce écartée de la maison, afin que les fées soient rendue propices. Ce sont elles, aussi, qui conduisent au ciel les âmes des enfants morts-nés et qui aideront à rompre les maléfices de Satan.

Pour mieux comprendre le symbolisme des fées, il faut, par-delà Parques et Moires, remonter aux Kères, divinités infernales de la mythologie grecque, sortes de Walkyries qui s'emparent des agonisants sur le champ de bataille, mais qui, selon l’Iliade, paraissent aussi déterminer le sort, le destin du héros, auquel elles apparaissent en lui offrant un choix, dont dépendra l'issue bénéfique ou maléfique de son voyage.

La filiation des fées telle que nous venons de l'indiquer montre qu'elles sont originellement des expressions de la Terre-Mère. Mais le courant de l'histoire, selon un mécanisme ascensionnel que nous avons exposé en d'autres notes, les a fait peu à peu monter du fond de la terre à sa surface, où, dans la clarté de la Lune, elles deviennent esprits des eaux et de la végétation. Les lieux de leurs épiphanies montrent cependant clairement leur origine ; elles apparaissent en effet le plus souvent sur des montagnes près des crevasses et des torrents, sur les innombrables tables de fées ou dans le plus profond des forêts, au bord d'une grotte, d'un abîme, d'une cheminée des fées, ou encore près d'un fleuve mugissant ou au bord d'une source ou d'une fontaine. Elles sont associées au rythme ternaire, mais, en y regardant de plus près, elles relèvent aussi du quaternaire : en musique, on dirait que leur mesure est à trois-quatre : trois temps marqués et un temps de silence. Ce qui représente en effet et le rythme lunaire et celui des saisons. La lune est visible pendant trois phases sur quatre ; à sa quatrième phase, elle devient invisible, on dit qu'elle est morte. De même, la vie représentée par la végétation naît sur la terre au printemps, s'épanouit en été, décroît en automne, et disparaît pendant l'hiver, temps de silence, de mort. Si l'on examine de très près contes et légendes relatifs aux fées, il apparaît que ce quatrième temps des fées n'a pas été oublié par les auteurs anonymes de ces récits. C'est le temps de rupture, où l'épiphanie anthropomorphe de la fée se dissipe. La fée participe du surnaturel, pare que sa vie est continue, et non discontinue comme la nôtre, et comme celle de toute chose vivante en ce monde. Il est donc normal qu'en la saison de la mort on ne puisse la voir, donc qu'elle n'apparaisse pas. Pourtant elle existe toujours, mais sous une autre forme, relevant comme elle, en son essence, de la vie continue, de la vie éternelle. Voilà la raison pour laquelle Mélusine, le samedi, quitte son humain époux et lui demande de ne pas chercher à la voir, de respecter son secret. Il lui faut en effet, en cette phase quatrième, quitter l'apparence humaine pour prendre celle d'un serpent, épiphanie animale, comme on le sait, de la vie éternelle. Mélusine est alternativement femme et serpent, de la même façon que le serpent change de peau pour se renouveler indéfiniment. C'est le moment qui, chez les humains, correspond au temps de silence, à la mort. Aussi les fées ne se montent-elles jamais que de façon intermittente, comme par éclipses, bien qu'elles subsistent en elles-mêmes de façon permanente. On pourrait en dire autant des manifestation de l’inconscient."

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Selon Jean-Louis Olive "Parfums magiques et rites de fumigations en Catalogne" (de l’ethnobotanique à la hantise de l’environnement ), paru in Joël Thomas, Jean-Yves Laurichesse & Paul Carmignani (éd.), Saveurs, senteurs : le goût de la méditerranée (Actes du 1er Colloque du VECT, nov. 1997), Presses universitaires de Perpignan : 145-195 :


Comme leurs homologues les sorcières, dont elles sont les inversions symboliques, les fées du domaine traditionnel catalan sont tantôt appelées « dames d’eau » (dones d’aigua), et tantôt « dames de fumée » (dones de fum). A l’instar de dame Pyrène elle-même, dont on a dit que le bûcher funéraire était à l’origine du grand Incendie des Pyrénées, elles détiennent le pouvoir de désertifier les garrigues incultes et les collines boisées, voire même d’embraser le pays et de faire fondre littéralement ses montagnes, réputées pour celer mines et trésors métallurgiques. Allusion chtonienne et tellurique aux puissances de l’ici-bas et de l’en-deçà, perçues et conçues comme terribles. Le ton employé par Adrienne Cazeilles est explicite, car elle nous apparaît comme une sorte de veuve emblématique du paysage dévasté de l’enfance : « Tous ces arbres dont je m’émerveillais de compter le nombre et la variété, dans ce pays qui cachait si bien ses trésors, tellement plus nombreux qu’il n’apparaissait à l’observateur superficiel, tous ces arbres sont à présent confondus dans la même horreur calcinée, tendant vers un ciel sec et impassible leurs branches noires et tordues comme pour un appel... ».

C’est précisément à ces forces destructrices que l’on opposait autrefois les parfums et les sacrifices, ou leurs fumées subtiles et volatiles, en forme d’exorcismes et d’adorcismes. A l’instar ou à l’inverse des vapeurs carboniques et sulfuriques, des esprits et éthers industriels. On imagine volontiers Notre-Dame la Méditerranée refermée sur elle-même et traversée par une alchimie de fumées allogènes, à la fois jeune et odorante, vieille et polluante. Subtilement fleurie et parfumée d’essences naturelles, culturales, cosmétiques; lourdement embaumée de fards, d’huiles et d’onguents ; mais aussi ombrée de terre, de kohl ou de mascara, et enfumée du noir de suie qui caractérise les mascarades nocturnes de l’hiver, l’intérieur de la cheminée ou l’arbre foudroyé, les vêtements du deuil qui euphémisent la vieille femme en noir, ou bien la sorcière. Saveurs et senteurs à la fois éphémères et brûlantes, résinées et acides, délicates et tragiques. Et chaque année, pour qu’il y ait encore une nouvelle année, la « vieille » part dans la fumée. La nature se commue en culture, et la culture, à son tour, dévore son paradigme. Tel est le destin prométhéen de notre civilisation, intelligible au sens, au goût et à l’odeur.


Selon Véronique Barrau et Richard Ely, auteurs de Les Plantes des fées (Éditions Plume de carotte, 2014), les fées sont intimement liées au monde de la mort :


"Royaume des fées, séjour des morts : Qu'elles habitent des palais au fond des eaux, d'anciens tumuli ou tertres, sous les collines ou au creux des dolmens, les fées partagent leurs résidences avec le peuple des défunts. de la Banshee irlandaise aux dames blanches françaises, les exemples ne font pas défaut lorsqu'il s'agit d'illustrer ces êtres aussi bien fées que fantômes. Quant aux Chasses fantastiques qui épouvantent les forêts, leur cortège se compose de revenants mais aussi de fées grimaçantes et de lutins aux yeux flamboyants."

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Selon Philippe Walter, dans Ma Mère l'Oie, Mythologie et folklore dans les contes de fées (Éditions Imago, 2017),


"Si le mot "fée" vient du latin fata "destinées", il dérive aussi du verbe latin fari signifiant "parler". Autrement dit, la fée est d'abord celle qui parle, avant d'agir. Elle est une divinité de la parole. elle est la parole incarnée et toute-puissante. Ce lien de la féerie et de la parole ordonne une part décisive de la mythologie des fées. Il s'accorde avec une conception basique de nombreux mythes : seule la divinité incarne une parole vraie car conforme à l'ordre du monde. Il en découle une réelle importance accordée à la bonne parole, à la fois dans la codification liturgique de son usage et dans la croyance en son action : pour une divinité, dire c'est agir.

Il reste à se demander si la conception de la déesse Parole particulièrement illustrée dans le monde indo-européen, et qui éclaire bien des motifs de la mythologie des fées, ne se trouverait pas également dans d'autres aires culturelles et d'autres mythologies. C'est la thèse défendue dans un ouvrage où dialoguent des spécialistes de quatre civilisations : l'Inde védique, les Géorgiens du Caucase, les Bugis de Célèbes-Sud et les Indiens Cuna du Panama [M. Détienne et G. Hamonic éd. , La Déesse Parole. Quatre figures de la langue des dieux, Flammarion, Paris, 1995]. Tiendrait-on là une sorte de conception extrêmement primitive ("archétypale" ?) pouvant remonter à notre passé intra-utérin ? La seule parole, qui nous soit vraiment première et créatrice, n'est-elle pas celle de la mère, celle entendue par le fœtus lors de l'expérience auditive prénatale ? La parole ne serait-elle alors que féminine ? Un proverbe basque a tranché : Hitzak dire emeak eta obrak harrak, autrement dit : "Les paroles sont femelles et les effets sont mâles."

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Symbolisme celte :


Voici ce que nous rapporte Ernest Bosc, auteur de Bélisama, l'ésotérisme gaulois (1910) :


"Sur les fées


Comme tous les peuples de l’Antiquité, les Celtes croyaient aux Fées, aux bons et aux mauvais génies. Pomponius Méla dénomme Garrigenæ, ce que les bardes Gallois appellent Koridgwen, où Korrigan est le nom le plus commun des fées de la Bretagne. Ce qui est curieux, c’est que le même poète latin désigne sous le même nom de Garrigenæ, les neuf Prêtresses ou druidesses de l’île de Sena. Le terme de Korrigan dérive de Korr petit, diminutif de korrik et de gwen ou Gan génie, petit génie, fée, lutin ; mais ce terme Gan signifie aussi en breton "Ingénieux", tandis que Ganaz signifie "astucieux", ce terme de Gan correspond à l’Alp Germanique, d’où est dérivé le terme Elfe ou Fée. Quant au terme Korr qui est armoricain, il s’écrit en gallois et en cornique cor, corres au féminin et en gaëlique on l’écrit Gearr, enfin le terme latin Curtus. Les termes korandon et Gwazigan sont synonymes de korrigan, de même qu’un vieux terme français Cort. La mythologie phénicienne a beaucoup d’analogies avec la mythologie celtique, aussi nous ne devons pas être autrement surpris, quand nous lisons dans Strabon (Strabon, X, pp. 466 et suiv.) les termes Carikines et Curètes, ce ne sont que les korrigans et les Correds bretons."

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Selon Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes ( (Hachette Livre, 2000) :


Pour nos ancêtres les Celtes, le pouvoir magique des fées existait. Voici comment et pourquoi. La vie serait-elle un conte de fées ? Oui, sûrement. Sauf que nous avons vidé la plupart de ces contes - que l'on dit aujourd'hui de nos grands-mères avec un mélange d'affection, de nostalgie et de dérision, qui prouve à quel point tout cela n'est pas très sérieux à nos yeux lucides et réalistes - de leur sens, du subtil écho qu'ils peuvent avoir en nous, du rôle d'éveilleurs ou d'initiateurs de la conscience endormie des êtres, qu'il jouait en un temps où la transmission du savoir, des connaissances, des expériences de la vie se faisait par voie orale, et non par l'écriture.

Que savons-nous des contes de fées, des héros, des héroïnes, des personnages fantastiques qu'ils mettent en scène ? Sont-ils de purs produits de l'imagination des hommes et des femmes du passé, d'un passé si lointain que nous avons perdu jusqu'à l'origine et les raisons de ces créations tout droit issues de nos rêves communs, ou bien furent-ils inventés par quelques poètes ancestraux qui, déjà, savaient transformer la réalité souvent trop brutale en rêveries plus digestes ?

Nous ne le saurons sans doute jamais, mais nous pouvons supposer que, comme toujours dans l'histoire des hommes et des femmes, en tout conte, légende ou mythe, il y a toujours une part de vérité, de vécu, et une part de sublimation, de spéculation, de poésie pure. Essayons donc de faire la part des choses, et entreprenons ensemble une enquête au cours de laquelle nous parviendrons peut-être à démontrer que les elfes, faunes, gnomes, lutins, fadets et farfadets, toutes les fées de la forêt, ont existé, ou existent encore...

Qui sont les fairies ? Surtout, ne dites jamais ce mot à haute voix, et ne le faites pas non plus trop souvent tourner dans votre tête. En effet, le prononcer, c'est souvent invoquer ceux qu'il représente. Or on ne peut jamais présumer des intentions, actions ou réactions du "Petit Peuple" ou de ceux du "Monde du Dehors", comme on les surnomme. Ils sont capables du pire comme du meilleur, leur comportement n'étant absolument pas cohérent, leurs pensées et attitudes, leurs faits et gestes, étant imprévisibles.

Selon les légendes qui s'y rattachent, leur origine est angélique, divine ou nécromancienne. Il s'agit donc soit d'anges déchus, que Dieu, dans sa clémence, a sauvés de la destruction, et qu'il a autorisés à vivre sur Terre, soit de divinités descendues sur la Terre, vivant à la fois dans ce monde et dans l'Autre-Monde, soit de morts vivants, d'âmes errantes, ayant un pied dans la tombe et l'au-delà, et un autre sur Terre et dans le monde visible.

Toutefois, par bien des aspects, les fairies s'apparentent beaucoup aux esprits de la nature et aux génies qui, quant à eux, furent à l'origine du concept de la hiérarchie des anges - l'ange ayant aussi un rapport avec le corps astral.

C'est ainsi qu'on les rencontre souvent dans les sous-bois, les clairières, près des arbres centenaires, des sources ou des étangs, au cœur des forêts impénétrables, dissimulés par les hautes fougères, les buissons ou dans la brume, qu'ils sont ainsi les maîtres d'un lieu ou d'un endroit précis, et qu'ils exercent certains pouvoirs en correspondance avec les grandes forces de la nature et les éléments.

Toutefois, les fées de la forêt, les elfes, lutins, gnomes, faunes, fadets et farfadets, qui sont aussi considérés comme des fées - d'où leur nom d'origine anglo-saxonne de fairies - , présentent d'autres particularités que l'on ne trouve pas chez les génies, les esprits de la nature ni chez les anges : ils ont des qualités humaines, souvent outrancières ou caricaturales.

C'est ainsi que les psychanalystes américains Bruno Bettelheim et allemande Marie-Louise von Franz ont vu dans les personnages des contes de fées des caractéristiques inhérentes aux comportements humains et inconscientes (lire à ce sujet : Bruno Bettelheim, La Psychanalyse des contes de fées, éditions Robert Laffont, 1976 et Marie-Louise von Franz, L'Interprétation des contes de fées, éditions Albin Michel, 1995).


Une brève historie des fairies et l'origine d'halloween. De nos jours, seuls les Bretons, les Écossais, les Gallois et les Irlandais ont su préserver les traditions et croyances de la grande culture celtique. Or nous savons que les Celtes s'adonnaient à des cultes naturistes, qu'ils dédiaient aux grands éléments de la nature : les forêts, montagnes, collines, sources, rivières lacs, étangs, plantes, herbes, animaux, etc. L'un de ces cultes se produisait durant la nuit de Samain, le 1er novembre, le premier jour de l'année lunaire celtique.

Selon la légende, cette nuit-là, les fairies, héritiers des dieux, maîtres de la magie, tantôt malicieux ou méchants, tantôt généreux et bienveillants à l'égard des humains, quittaient le monde visible pour retourner dans leur univers, le royaume mythique de Sid, l'Autre-Monde. Ils étaient alors particulièrement actifs et omniprésents, dans les forêts, durant la nuit de Samain, et le peuple celte partait à sa rencontre, pour danser, chanter, s'enivrer avec eux, nus le plus souvent, fêtant à la fois leur nouvelle année et le passage des fairies d'un monde à un autre. Il s'agissait de la fameuse nuit d'Halloween, qui, à l'origine donc, était honorée dans toute l'Europe celtique !

[...]

Les fées, comme les anges, étaient-ils des bons génies et des esprits de la nature. Comment sont-elles devenues des sorcières ? Aujourd'hui, nous sommes tous d'accord pour dire que la fée et la sorcière en sont que des personnages de contes dont toute personne adulte, raisonnable et sensée sait qu'ils n'ont aucun fondement réel. Et si nous possédons quelques vagues informations historiques à propos de chasses aux sorcières qui se seraient produites au cours du Moyen Âge, là encore nous avons tendance à croire qu'il s'agissait plutôt d'un fantasme malveillant, ou d'une forme de puérilité dans l'esprit de nos ancêtres, que d'une traque au démon. Car nous sommes convenus de croire et de dire que le démon n'existe pas. Mais en sommes-nous si sûrs ?


Les sorcières et l'inquisition. Certes, si nous voulons donner au démon ou à ce que nous entendons comme tel - c'est-à-dire au Diable, aux forces du mal, aux puissances des ténèbres, etc. - une ou des figures réelles, nous sommes bien obligés de nous plonger dans notre passé et de nous référer aux images de l'Europe des XVe et XVIe siècles, qui furent ceux de la chasse aux sorcières et aux démons.

Poussés par un fanatisme religieux dont s'inspirent, sans le savoir peut-être, les intégristes contemporains de toute croyance ou religion, les grands et petits inquisiteurs d'alors torturèrent, brûlèrent, massacrèrent tous ceux et celles qui, à leurs yeux, n'étaient pas en odeur de sainteté et ne se conformaient pas aux règles, aux lois, aux normes d'un ordre religieux qui se montrait alors totalement arbitraire et tyrannique. De telles abominations ont été commises au nom de l'amour et de la foi, dans toute l'Europe - notamment en Allemagne et en Espagne -, durant cette sombre période, qu'elles ont marqué notre imaginaire et notre mémoire de leur sceau.

Ainsi, lorsque nous faisons allusion aux sorcières ou que nous nous les représentons, nous le voyons toujours tells que furent contraintes de se décrire, sous la torture, ces femmes dénoncées, traquées, condamnées avant même d'être jugées, dans la seconde moitié du XVe siècle, au sortir de la guerre de Cent Ans : femmes nues ou vêtues de noir, chevauchant un bâton, un manche à balai ou un animal monstrueux, produisant des maléfices, jetant des sorts, ayant bien sûr signé un pacte avec le Diable dont elles portaient des marques sur le corps.


De la fée à la sorcière. Toutefois, l'histoire et la naissance des fées sont bien antérieures à cette période noire et troublée de l'Inquisition. Car il est clair que, à partir du XIVe siècle, on assista à un pillage orchestré des croyances, des connaissances, des mythes et des symboles qu furent ceux de nos ancêtres et dont nous avons la nostalgie parce que sans eux, nous manquons cruellement de repères, nous ne savons plus d'où nous venons,qui nous sommes ni où nous allons. Les fées peuvent-elles nous aider à les retrouver ?

Sans doute, c'est même la raison pour laquelle, aujourd'hui, nous assistons à un regain d'intérêt pour tout ce qui nous fait rêver, qui peut nous éloigner de ce monde confortable matériellement, mais inconfortable moralement, spirituellement et de plus en plus désenchanté. En effet, à l'origine, les fées avaient les mêmes attributions, les mêmes pouvoirs, et l'on pourrait dire les mêmes edvoirs et responsabilités, que ceux que nous attribuons aujourd'hui aux anges gardiens. Elles étaient assimilées aux bons génies des lieux, des bois, des forêts, des vallées, des sommets des collines, des monts, des montagnes, des sources, des rivières, des rochers, des grottes. Lorsque les Romains envahirent la Gaule et l'Europe des Celtes, ils donnèrent ces génies, le plus souvent figurés sous les traits de femmes et auxquels s'adressaient les druides, le nom de fati ou fata, "la déesse de la destinée", dérivant du latin fatum, 'le destin', dont dérive notre nom de "fée".

De la fileuse de destinée qu'est la fée qui tisse les mailles du destin de l'enfant dans le ventre de sa mère à la jeteuse de sort qu'est la sorcière, il n'y avait qu'un pas que les esprits bornés, avides de pouvoir et de richesse franchirent pour se donner raison en commettant les mires horreurs. Surtout que la femme fée avait la réputation d'être capable de se métamorphoser, de prendre l'apparence d'une renarde, d'une belette, d'une biche ou d'une licorne, qu'on lui attribuait des pouvoirs surnaturels tels que procurer la fortune et l'amour, guérir miraculeusement les malades et les blessés, séduire les hommes et s'unir à eux pour avoir des enfants magiciens, ou leur donner force, courage, héroïsme, victoire dans les combats guerriers, toutes vertus suspectes.

[...]

C'est ainsi que les esprits féminins de la flore et de la faune de l'Europe celtique, les bons génies de nos ancêtres, auxquels les femmes surtout rendaient grâce, se transmettant oralement, de génération en génération, les rites, les usages et les connaissances acquises depuis des siècles - notamment dans le domaine de la médecine empirique des simples (ce qu'aujourd'hui nous appelons phytothérapie ou soins par les plantes) - furent, dès le XIIe siècle, assimilés à des esprits mauvais par l'introduction de la procédure inquisitoriale de la bulle Vergentis in senium du pape Innocent III, mais surtout à partir du XVe siècle où elles furent considérées comme un véritable fléau en Europe. Les fées devinrent ainsi des sorcières.

"Parmi les fées les plus connues, citons la fée Morgane, sœur du roi Arthur, élève de Merlin qui lui enseigna la magie. La fée Esterelle ou Estérel - qui a donné son nom au massif d'une forêt du même nom (Provence) où elle habitait - était célèbre au Moyen Âge Elle composait des breuvages magiques qui rendaient les femmes fécondes. (Eloïse Mozzani, Le Livre des superstitions, Robert Laffont, 1995, d'après A. de Chesnel, Encyclopédie théologique, Éditions Lechevalier, 1856)."

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Littérature :


J. M. G. Le Clézio, dans son roman Alma (Gallimard, 2017) nous parle des fées de l'île Maurice :


Aditi ne répond pas. "Quand j'étais petite fille, mon grand-père me racontait qu'il allait toujours dans la forêt, à son époque il n'y avait pas de cartes, pas de secteur protégé, il pouvait aller où il voulait sans rencontrer personne, seulement les singes et les cochons marron. Il partait toute la journée, quelquefois il passait la nuit en forêt, il disait qu'il entendait des voix, des pleurs, des cris, il racontait que c'étaient les fées, elles cherchaient les points d'eau, comme les marrons autrefois quand ils étaient poursuivis par l'armée des planteurs. Tu connais Grand Bassin, tu vois tous ces temples et ces machins, et la statue géante de Shiva avec son trident ?" Elle hésite comme si elle livrait un secret. "C'est mon ancêtre Ashok qui a découverte le lac, au siècle dernier. C'est lui qui l'a vu la première fois, il courait dans la forêt, comme tous les enfants de son âge, et il est arrivé là, par hasard, les Péris se baignaient dans le lac, alors il a nommé l'endroit Péri Talao, le lac des fées, et maintenant ça s'appelle Grand Bassin..." Je dis : "S'il revenait maintenant, il serait étonné de voir ce que c'est devenu." Aditi ne répond pas à cette remarque. Elle n'est pas de ces gens qui parlent pour avoir l'air intelligent.

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