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  • Anne

Le Pin




Étymologie :

  • PIN, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. Ca 1100 (Roland, éd. J. Bédier, 114) ; ca 1200 pume de pin (Beuve de Hanstone, I, 674 ds T.-L.) ; 2. 1680 pin maritime (Rich.) ; 3. 1845 pin sylvestre (Besch.). Du lat. pinus, de même sens que le fr.


Lire aussi la définition pour amorcer la réflexion symbolique.




Botanique :


Selon Stefano Mancuso et Alessandra Viola , auteurs de L'Intelligence des plantes (édition originale 2013 ; Traduction française Albin Michel, 2018),


"De manière générale, les arbres n'ont rien de timide et n’hésitent pas à entrelacer en parfaite liberté leurs propres frondaisons avec celles des autres. Toutefois, ceux qui appartiennent à des familles comme les Fagaceae, les Pinaceae ou les Mirtaceae pour ne citer que quelques-unes des plus communes, se montrent plutôt réservés et n'apprécient pas du tout ces frôlements inconvenants. Si vous pénétrez dans une pinède et que vous levez les yeux, vous remarquerez ainsi qu'en dépit de leur proximité, les pins font le nécessaire pour que leurs cimes ne se touchent jamais : ils laissent toujours un petit intervalle libre entre leurs aiguilles et celles de leurs voisins, de manière à éviter un contact dont on peut imaginer qu'il leur serait désagréable. Bien que l'on ignore toujours les raisons et les modalités précises de ce phénomène, il implique à l'évidence une forme ou une autre de communication permettant aux frondaisons de signaler leur présence et de parvenir à un accord sur une répartition de l'air et de la lumière susceptible d'éviter les conflits."

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Fleurs de Bach :


D'après Les Douze "Guérisseurs" et autres remèdes (1ère édition 1941 ; traduction française Centre Bach 2011) du Dr Edward Bach :


La fleur de pin est préparée pour "Pour ceux qui se font des reproches. Même quand ils réussissent, ils pensent qu’ils auraient pu faire mieux et ne sont jamais satisfaits de leurs efforts ou des résultats. Ils travaillent dur et souffrent beaucoup des fautes qu’ils s’attribuent. S'il y a une erreur, elle est parfois attribuable à un autre ; ils n’en revendiquent pas moins la responsabilité."

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Selon Mechthild Scheffer, auteure du coffret de cartes Les Fleurs du Dr Bach, le chemin de l'harmonie psychique (1997, traduction française : Médicis-Entrelacs, 2001), la fleur de pin est "la fleur de l'acceptation de soi" qui nous guide dans le processus de transformation "de l'auto-culpabilisation... vers le respect de soi".


Message de la carte :

Quelle est la vérité que je dois mieux comprendre ?

Il n'y a pas pire péché que ce lui de ne pas remplir consciemment son propre plan de vie et de contrevenir sciemment à la Loi de l'Unité. L'on n'est responsable que de soi-même, nullement du comportement des autres, et encore moins de tous les "développements erronés" du monde entier.


Quelle est la décision qui pourra me reconnecter avec mon Guide intérieur ?

Je prends la décision de m'accorder dès ce jour mon droit à l'existence, sans remise en cause permanente. Je m'accepte entièrement tel que je suis. Je sais ce que je vaux et je ne donne que ce que je suis en mesure de donner.


Ces signes me permettent de voir que mon potentiel positif de Pine s'accroît :

Lorsqu'on me fait un reproche, je ne me cache pas immédiatement par fausse honte ; je peux au contraire examiner rationnellement dans quelle mesure ce reproche est justifié et le rejeter si nécessaire. Je me réjouis davantage de la vie qu'auparavant.


État d'âme négatif : Découragement et désespoir : On se fait des reproches, et on éprouve des sentiments de culpabilité non justifiés.

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Selon le site http://lesouffledessimples.com/, la fleur du pin sylvestre pourrait s'exprimer ainsi :


De mes talons à ma tête je m'étire, droit et puissant.

Où que je sois je démontre ma force sans fioritures, je suis totalement direct. Sans stratégies, je néglige la diplomatie. J'agis, et lorsque je crée je n'ai pas de doutes, je ne me pose aucun problème de valeur,Je le dépose dans mes actions, mes œuvres me définissent.et je ne mets pas mon pouvoir en question.

Comme tous les rois j'ai la maîtrise de mon énergie vitale, créatrice et sexuelle.

Ce que j'ai reçu je sais largement le donner, Je suis fier de savoir garder et protéger constamment trois générations.


Une particularité du Pin est de distinguer trois étapes de croissance du cône sur une branche : la fleur femelle, le cône immature de l'année dernière, et le cône adulte de l'année précédente. Une image des générations successives : les grands-parents, les parents et l'enfant.


Par son élixir :

Notre responsabilité retrouve une place saine, et permet de déposer le conditionnement du passé. L'élixir Pin concerne les restrictions venant du côté paternel en nous, homme ou femme.

Le Pin nous sort la tête hors du mécontentement de nos réalisations, de nos efforts, de nos attentes. Il dissout le "peut mieux faire"...

La poix culpabilisante judéo–chrétienne, l'élixir du Pin la nettoie, la décolle. Il décrasse les vieux schémas acquis. Il fait vibrer en nous le serpent qui mue. Il ouvre notre créativité castrée et ouvre la voie à une activité responsable, fière d'exister, assumant sans fatigue ses erreurs, en nous apprenant comment avec elles rebondir.


Mots-clefs : Responsabilité – Imagination – Vitalité."

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Symbolisme :


Selon Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, auteurs du Dictionnaire des symboles (1ère édition, 196o ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982),


"Le pin est très généralement, en Extrême-Orient, un symbole d'immortalité, ce qu'expliquent à la fois la persistance u feuillage et l'incorruptibilité de la résine.

Les Immortels taoïstes se nourrissent des graines, des aiguilles et de la résine. Cette nourriture les dispense de toute autre, elle rend le corps léger et capable de voler. La résine de pin, si elle s'écoule le long du tronc et pénètre dans le sol, produit, au bout de mille ans, une sorte de champignon merveilleux, le fou-ling, qui procure lui-même l'immortalité. Les fleurs des pins du Ciel de la Pureté de Jade donnent l'éclat de l'or à qui les mange (Maspéro).

C'est un symbolisme de même nature qui fait choisir, au Japon, le pin et le binoki (cyprès) pour la construction des temples de Shintô et la confection des instruments rituels. Même idée encore : dans les sociétés secrètes chinoises, le pin (associé au cyprès) est figuré à la porte de la Cité des Saules, ou du Cercle du ciel et de la terre, séjours d'immortalité. Près des autels de la Terre, rapporte Confucius, les Hia plantaient des pins et les Yin des cyprès (Entretiens, 3).

Le pin apparaît, dans l'art, comme un symbole de puissance vitale ; dans la vie courante japonaise, comme un signe de bon augure ; dans la littérature, par la suite d'un calembour, il évoque l'attente. Deux pins rappellent la légende de Takasago et symbolisent l'amour, la fidélité conjugale.

Dans l'iconographie occidentale, la pomme de pin est parfois figurée entre deux coqs qui se la disputent , ce qu'on ne peut manquer de rapprocher des deux dragons se disputant la perle : c'est le symbole de la vérité manifestée.

En Chine, le pin se trouve souvent associé aux autres symboles de longévité ; il forme une triade avec le champignon et la grue, ou bien avec le bambou et le prunier. Les Chinois, pour qui le bonheur suprême est de vivre longtemps, se figurent peut-être qu'en associant ces symboles leur pouvoir en sera d'autant plus renforcé. Pour eux, argent, honneurs, amour, enfants, ne se conçoivent comme vraiment agréables que s'ils sont assurés d'avoir le temps pour en profiter.

Au Japon, le pin (matsu) est encore le symbole d'une force inébranlable forgée tout au long d'une vie de difficiles combats quotidiens ; symbole aussi des hommes qui ont su conserver intactes leurs pensées, malgré les critiques qui les entouraient, parce que le pin lui-même sort vainqueur des assauts du vent et de la tempête. Durant la semaine des fêtes du Nouvel An, les Japonais placent de chaque côté de l'entrée de leur maison deux pins, sensiblement de la même grandeur. C'est une tradition shintoïste qui veut que les divinités (Kami) vivent dans les branches des arbres. Le pin étant un arbre à feuillage permanent a été préféré à tous les autres. Ils sont ainsi placés à l'entrée de la maison pour y attirer les kami et leurs bienfaits. Ils sont souvent entourés d'un shimenawa. Il y a une poésie japonaise très connue là-bas, drôle et ironique, sur ces pins jumeaux :


Joie et tristesse à la fois !


La pomme de pin est souvent tenue à la main par Dionysos, comme un sceptre : elle exprime, comme le lierre, la permanence de la vie végétative ; elle y ajoute cette nuance : une sorte de supériorité du dieu sur la nature considérée dans ses forces élémentaires et enivrantes. Elle représente l'exaltation de la puissance vitale et la glorification de la fécondité. Les Orphiques vouaient à Dionysos un culte à mystères, selon lequel le dieu mourait dévoré par les Titans, puis ressuscitait : symbole de l'éternel retour de la végétation, et en général de la vie. A Delphes, aussi, il apparaissait durant trois mois, régnant sur le sanctuaire, et disparaissait le reste de l'année. Les historiens y vient un mythe de religion agraire. Le pin était aussi consacré à Cybèle, déesse de la fécondité. Il serait la métamorphose d'une nymphe, que le dieu Pan aurait aimée. La pomme de pin symbolise cette immortalité de la vie végétative et animale.


Le culte de Cybèle à Rome, ce grand drame mystique (Franz Cumont), qui n'est pas sans rappeler les cérémonies du culte isiaque, mettait en effet le pin à l'honneur : un pin était abattu et transporté dans le temple du Palatin par une confrérie qui devait à cette fonction son nom de dendrophores (porte-arbres). Ce pion, enveloppé, comme un cadavre, de bandelettes de laine et enguirlandé de violettes, figurait Attis mort (l'époux de la déesse) : celui-ci n'était primitivement que l'esprit des plantes et un très ancien rite des campagnards phrygiens se perpétuait, à coté du palais des Césars, dans les honneurs rendus à cet arbre de mars. Le lendemain était un jour de tristesse où les fidèles jeûnaient et se lamentaient auprès du corps du dieu... Veillée mystérieuse... résurrection attendue... On passait alors brusquement des cris de désespoir à une jubilation délirante... Avec le renouveau de la nature, Attis s'éveillait de son long sommeil de mort et, en des réjouissances déréglées, des mascarades pétulantes, des banquets plantureux, on donnait libre cours à la joie provoquée par un retour à la vie. Le pin symbolisait le corps du dieu mort et ressuscité, image lui-même dans les cultes de Cybèle de l'alternance des saisons."

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Selon Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes ( (Hachette Livre, 2000) :


"Voici ce que Pline l'Ancien écriait à propos du pin, au Ier siècle après Jésus-Christ : "... le plus admirable est le pin pignon : il porte un fruit mûrissant, un qui arrivera à maturité l'année suivant et un autre la troisième. Aucun arbre n'est plus avide de se prodiguer : le mois même où l'on cueille une pigne, une autre mûrit ; la répartition est telle qu'il ne se passe pas un mois sans qu'il en mûrisse." (Pline l'Ancien, Histoire naturelle). En lisant ces lignes, on comprend comment, dans l'esprit des grecs, la pomme de pin devint un symbole de fécondité, de reproduction, d'éternel retour de la vie, de renaissance perpétuelle.

En Grèce, le pin était consacré à Attis, un héros dont la légende mythique est assez complexe. Selon elle, il aurait été aimé par son propre père, qui était un être hermaphrodite et le rendit fou. Sous son influence, il s'émascula et en mourut. Toutefois, des pins poussèrent au-dessus de sa tombe, et les pommes de ces arbres, se reproduisant sans cesse, symbolisèrent alors sa vie éternelle. Enfin, signalons qu'en Chine le pin est aussi considéré comme un facteur de vie éternelle. Ainsi, les moines tao¨sites mâchent-ils des graines, des aiguilles et de la résine de pin en disant des prières, dans l'espoir de devenir immortels..."

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Eric Pier Sperandio, auteur du Grimoire des herbes et potions magiques, Rituels, incantations et invocations (Editions Québec-Livres, 2013), présente ainsi Le Pin (Pinus) : "Il s'agit, bien entendu, du conifère que tout le monde connaît.


Propriétés médicinales : Les propriétés médicinales du pin sont bien connues des Amérindiens de l'Amérique du Nord. On utilise son écorce interne en décoction pour soulager la congestion pulmonaire et comme expectorant. On s'en sert aussi dans les sirops contre la toux due au rhume et à la grippe. Les nouvelles aiguilles du pin ainsi que sa résine étaient utilisées comme infusion pour soulager les symptômes du rhume et de la grippe. On se servait également de la résine en cataplasme pour les plaies et les blessures.


Genre : Masculin.


Déités : Cybèle ; Vénus ; Dionysos ; Ashtart.


Propriétés magiques : Guérison ; Protection ; Purification.


Applications :

SORTILÈGES ET SUPERSTITION

  • La majorité des rituels de fertilité incluent de la résine ou des aiguilles de pin.

  • Au Japon, une branche de pin attachée à l'entrée de la maison garantissait l'harmonie et la paix.

  • Des aiguilles de pin saupoudrée sur le sol, avant de balayer, assurent que l'on balaie également les vibrations négatives.

RITUEL POUR ATTIRER LES BONS ESPRITS :

Ce dont vous avez besoin :

  • une chandelle jaune

  • de l'encens de cèdre ou de pin

  • une petite branche de pin avec les aiguilles

Rituel :

Allumez votre chandelle et votre encens. Prenez votre branche de pin et levez-la vers le ciel., puis passez-la au-dessus de la flamme et de la fumée d'encens en disant :


J'invoque les esprits bénéfiques

Afin qu'ils gardent ma demeure

Et que tous en profitent.


Attachez votre branche de pin au-dessus de la porte de derrière ou au-dessus de la fenêtre de la cuisine."

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Dans Vert, Histoire d'une couleur (Éditions du Seuil, 2013), Michel Pastoureau nous apprend que :


"Tout verger est construit comme un espace symbolique, et [que] chaque plante qui s'y trouve possède sa signification propre. Celle des fleurs varie beaucoup selon les époques et les régions et prend en compte plusieurs particularités : la couleur, le parfum, le nombre de pétales, l'aspect des feuilles, les dimensions des unes et des autres, l'époque de la floraison, etc. Quelques idées peuvent néanmoins être dégagées pour le Moyen Âge central : Le lis est symbole de pureté et de chasteté, [...] De même, les arbres sont toujours signifiants. [...] Le pin [est l'arbre] de la hardiesse et de la droiture...."

Sylvie Verbois, auteure de Les arbres guérisseurs : Leurs symboles, leurs propriétés et leurs bienfaits (Éditions Eyrolles, 2018) transcrit le message que lui inspirent les arbres :

Mot-clé : Être en harmonie.

Élément : Terre ; Eau ; Feu ; Air.

Émotion : Peur ; Mélancolie ; Colère ; Tristesse.


J'apporte harmonie et paix, je remotive votre esprit chagrin et renforce la joie de vivre. Je vous libère de ce qui vous pèse et dont vous ne parvenez pas à vous détacher. Je viens redonner du souffle en déposant paix et douceur sur votre coeur, clarté et courage, force et rectitude. J'ouvre vos yeux sur la pression permanente dans laquelle vous vivez. Cessez de ne regarder que les défauts, les travers, les manques. Vous n'avez pas à vous sentir coupable d'avoir commis fautes et erreurs, ce ne sont que des impressions fugaces. Reprenez courage et retrouvez le chemin de l'espérance. Respirez ce sentiment délicieux de liberté !

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Ogham :


Voir la fiche dédiée à l'Ogham Peine.

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Mythes et légendes :


Dans Arbres filles et garçons fleurs, Métamorphoses érotiques dans les mythes grecs (Éditions du Seuil, février 2017) de Françoise Frontisi-Ducroux, on peut lire que :


"autre victime du dieu Pan la nymphe Pytis, tentant d'échapper au viol, fut engloutie par la Terre, qui, compatissante, fit surgir à sa place un pin - pitys. L'arbre soupire lorsque souffle Borée, autre amoureux de la nymphe et rival de Pan, qui aime à se couronner d'aiguilles de pin.

[...] Ovide ne fait dans les Métamorphoses qu'une brève allusion au héros qui "sortit de l'état humain pour se durcir en un tronc et devenir le pin à la tête dressée, à la chevelure compacte, cher à Cybèle, la mère des dieux". Il figure ainsi dans la liste des arbres qui se déplacent au son de la lyre d'Orphée. Mais le poète est plus prolixe dans les Fastes, lorsqu'il décrit le culte de Cybèle, divinité phrygienne, bien acclimatée en Grèce du Nord et à Rome. Laissons de côté l'histoire complexe de ce culte renommé, pour ne retenir ici que ce qui concerne notre propos, la métamorphose et son contexte. Contexte érotique ici encore. Attis est un très bel adolescent qui, dans les forêts, éveille l'intérêt de Cybèle, la puissante déesse "couronnée de tours". Attis est un doublet d'Adonis, si ce n'est que l'amour de Cybèle est chaste : elle se réserve le garçon à titre de serviteur de son temple. Elle lui fait jurer fidélité et chasteté. Attis promet, mais viole son serment en perdant sa virginité avec une nymphe des bois, naïade en même temps. Cybèle entre en rage, abat la nymphe et son arbre, et frappe de folie Attis, qui part errer dans les montagne et finalement s'émascule : "Ah ! que périssent les parties qui m'ont perdu", s'écrie-t-il "en tranchant le fardeau de ses aines". Cette pulsion castratrice semble héréditaire. Car sa mère, une nymphe du nom de Nana, avait conçu Attis, son merveilleux enfant, en mangeant les fruits d'un grenadier, lui-même issu des résidus de l'émasculation involontaire d'un androgyne monstrueux, nommé Agdistis... que Zeus en personne avait engendré pendant son sommeil en fécondant la Terre dont il était épris. Désir incestueux si l'on considère que cette dernière, dite Magna Mater, qui est aussi Cybèle, est la mère de tous les dieux. Mais passons sur cette histoire compliquée qui comporte encore d'autres variantes . Attis devient non point un grenadier comme son végétal aïeul, mais un pin, tandis que son sexe coupé, soigneusement enveloppé et enterré par la déesse, donne naissance à la violette. C'est le rhéteur latin Arnobe, converti au christianisme, qui le dit. Ses intentions sont malveillantes, car il veut mettre en lumière les folies indécentes des religions "païennes", mais cet érudit n'invente pas. Il se contente de rapporter. toujours est-il que Cybèle suspend des bouquets de violettes aux branches du pin. La dichotomie du destin d'Attis exprime la nature ambivalente du héros dès lors qu'il s'est castré... ou même avant, peut-être (on a entraperçu son arbre généalogique). Le poète Catulle parle de lui tantôt au masculin, tantôt au féminin : "Je suis femme, je fus jeune homme, éphèbe, enfant la fleur du gymnase, un athlète triomphant." (Ovide, Métamorphoses, X, 103 ; Fastes, IV, 221 s. ; Arnobe, Adversus Nationes, V, 5 ; Catulle, Pensées, 64 ; cf aussi Pausanias, Description de la Grèce, VII, 17, 9 s.).

Attis est aimé de Cybèle parce qu'il est encore un enfant, puer en latin, pais en grec, un tout jeune adolescent, en devenir certes, mais encore indéterminé. La déesse lui demande de rester à ce stade. Mais il devient homme en rencontrant la nymphe, et son châtiment le fait basculer dans l'état féminin. "Aucun duvet ne vient brunir ses joues de rose et sa voix est aiguë." (Nonnos, Dionysiaques, XXV, 311 s.). Car le manque de virilité est considéré comme féminité. Et la femme est pensée comme un homme manqué. C'est là une représentation très répandue. C'est, par exemple, celle d'Aristote, mais tous les médecins antiques ne la partagent pas. Devenu "femme", Attis est voué à devenir un arbre. Le nom du pin est de genre féminin. Mais la virilité dont il s'est séparé fait éclore une fleur (on se souvient qu'Aphrodite est née semblablement du sexe tranché d'Ouranos). Il rejoint ainsi la cohorte des garçons aimés d'une divinité et morts prématurément. La violette cependant ne porte pas, contrairement au narcisse, au crocus et à l'hyacinthe, un nom masculin. Elle est grammaticalement féminine en latin, viola, et neutre en grec, ion. Neutre, c'est-à-dire ne-utrum, ni l'un ni l'autre. Cette neutralité dit, bien mieux qu'une féminité factice, le statut d'Attis, partagé entre l'arbre et la fleur.

A l'instar d'Attis, les prêtres de Cybèle, depuis Hiéropolis, en Phénicie, jusqu'à Rome, se castrent lors de rituels spectaculaires et violents. Plus tard l'opéra de Lulli fera chanter le héros, devenu Atys, en une version très édulcorée due au poète Quinault. (Note : Cet "opéra du roi" fut ressenti comme faisant allusion au Roi-Soleil, partagé entre la reine et Madame de Maintenon. Il va de soi que la castration a été évacuée de la tragédie.)."

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Littérature :

"Je plante en ta faveur...


Je plante en ta faveur cet arbre de Cybèle,

Ce pin, où tes honneurs se liront tous les jours :

J'ai gravé sur le tronc nos noms et nos amours,

Qui croîtront à l'envi de l'écorce nouvelle.


Faunes, qui habitez ma terre paternelle,

Qui menez sur le Loir vos danses et vos tours, Favorisez la plante et lui donnez secours,

Que l'été ne la brûle et l'hiver ne la gèle.

Pasteur qui conduiras en ce lieu ton troupeau, Flageolant une églogue en ton tuyau d'aveine, Attache tous les ans à cet arbre un tableau


Qui témoigne aux passants mes amours et ma peine

Puis, l'arrosant du lait et du sang d'un agneau,

Dis : « Ce pin est sacré, c'est la plante d'Hélène. »

Pierre de Ronsard, « Je plante en ta faveur... » in Sonnets pour Hélène, 1578.

Le Pin des Landes

On ne voit en passant par les Landes désertes, Vrai Sahara français, poudré de sable blanc, Surgir de l’herbe sèche et des flaques d’eaux vertes D’autre arbre que le pin avec sa plaie au flanc, Car, pour lui dérober ses larmes de résine, L’homme, avare bourreau de la création, Qui ne vit qu’aux dépens de ceux qu’il assassine, Dans son tronc douloureux ouvre un large sillon ! Sans regretter son sang qui coule goutte à goutte, Le pin verse son baume et sa sève qui bout, Et se tient toujours droit sur le bord de la route, Comme un soldat blessé qui veut mourir debout. Le poëte est ainsi dans les Landes du monde ; Lorsqu’il est sans blessure, il garde son trésor. Il faut qu’il ait au cœur une entaille profonde Pour épancher ses vers, divines larmes d’or !

(1840).


Théophile Gautier, "Le Pin des Landes" in Espana, 1845.

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Dans Regain (1930) de Jean Giono, l'amoureux de nature est à la fête à l'instar du personnage principal Panturle :


"Panturle s'est arrêté au débouché du ruisseau, juste au-dessus du saut du Gaudissart et il a pris l'affût sous un pin. [...]

Le pin est penché sur l'eau. Il est tout maltraité de vent et d'eau ; la peau de dessous le tronc toute moisie. Panturle embrasse le tronc gluant et il monte en faisant les ciseaux avec ses genoux, en lançant ses grandes mains qui se referment sur le rond des branches en tirant des bras, glissant des reins, de la résine plein les doigts. Dans le vide de sa tête, seul le vent sonne, et son désir.

Il s'est installé, tout cassé comme une bête sur la longue branche au-dessus du vide. Il voit bien de là. La branche craque. Il voit bien ; sa guette le rend tout tremblant. Ses longs muscles jouent tout seuls de la claquette au milieu de la chair comme les longues cordes qui tiennent les seaux au fond des puits.

Rien.

La branche a craqué. il est là, de tout son poids avec les feuilles.

Et soudain, la branche a eu un long gémissement et s'est penchée ; il a donné un coup de rein dans son instinct d'animal et jeté les mains vers l'autre branche, là-haut ; mais, celle-là, c'est comme si elle s'envolait et il tombe."

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Le carnet du bois de pins


9 août 1940.

Cela relègue très haut et très doux les effets du vent, les oiseaux et les papillons eux-mêmes. Et le concert vibrant de myriades d’insectes.

D’aspect sénile, chenu comme la barbe des vieillards nègres.

On est très bien là-dessous, tandis qu’aux faîtes il se passe quelque chose de très doucement balancé et musical, de très doucement vibrant.

Il faut qu’à travers ces développements (au fur et à mesure caducs, qu’importe) la hampe du pin persiste et s’aperçoive.

Tels mâts du pied jusques à mi-hauteur Tout frisés, lichéneux comme un vieillard créole, Sans nulle gêne entre eux de lianes ou de cordes, {(Sans planche lisse au sol) { Sans planches lavées au sol mais des tapis épais, (coiffures) Et portant au ciel des {chapeaux coniques et verts Que traverse le vent, qui tamisent la lumière… Non des voiles tendues, mais quelques fruits serrés Comme des ananas…

9 août 1940. — Le soir.

Non ! Décidément, il faut que je revienne au plaisir du bois de pins. De quoi est-il fait, ce plaisir ? — Principalement de ceci : le bois de pins est une pièce de la nature, faite d’arbres tous d’une espèce nettement définie ; pièce bien délimitée, généralement assez déserte, où l’on trouve abri comme le soleil, contre le vent, contre la visibilité ; mais abri non absolu, non pas isolement. Non ! C’est un abri relatif. Un abri non cachottier, un abri non mesquin, un abri noble. C’est un endroit aussi (ceci est particulier au bois de pins) où l’on évolue à l’aise, sans taillis, sans branchages à hauteur d’homme, où l’on peut s’étendre à sec, et sans mollesse, mais assez confortablement. Chaque bois de pins est comme un sanatorium naturel, aussi un salon de musique… une chambre, une vaste cathédrale de méditation (une cathédrale sans chaire, par bonheur) ouverte à tous les vents, mais par tant de portes que c’est comme si elles étaient fermées. Car ils y hésitent.

Ô respectables colonnes, mâts séniles ! Colonnes âgées, temples de la caducité.

Rien de riant, mais quel confort salubre, quelle température des éléments, quel salon de musique sobrement parfumé, sobrement adorné, bien fait pour la promenade sérieuse et la méditation.

Tout y est fait, sans excès, pour laisser l’homme à lui seul. La végétation, l’animation y sont reléguées dans les hauteurs. Rien pour distraire le regard. Tout pour l’endormir, par cette multiplication de colonnes semblables. Point d’anecdotes. Tout y décourage la curiosité. Mais tout cela presque sans le vouloir, et au milieu de la nature, sans séparation tranchée, sans volonté d’isolation, sans grands gestes, sans heurts. Par-ci, par-là, un rocher solitaire aggrave encore le caractère de cette solitude, force au sérieux.

Ô sanatorium naturel, cathédrale heureusement sans chaire, salon de musique où elle est si {discrète {douce et reléguée dans les hauteurs (à la fois si sauvage et si délicate), salon de musique ou de méditation — lieu fait pour laisser l’homme seul au milieu de la nature, à ses pensées, à poursuivre une pensée… … Pour te rendre ta politesse, pour imiter ta délicatesse, ton tact, (instinctivement je suis ainsi) — je ne développerai à ton intérieur aucune pensée qui te soit étrangère, c’est sur toi que je méditerai : « Temple de la caducité, etc. »

« Je crois que je commence à me rendre compte du plaisir propre aux bois de pins. »

[...]

Du soleil dans un bois de pins

Dans une brosserie haut touffue de poils verts

Aux manches de bois pourpre entourés de miroirs

Qu’un corps radieux pénètre issu de la baignoire

Ou marine ou lacustre au bas-côté fumante

Il n’en reste tissu de mouches sans sommeil

Sur l’épaisseur au sol élastique et vermeille

Des épingles à cheveux odoriférantes

Secouées là par tant de cimes négligentes

Qu’un peignoir de pénombre entachée de soleil.

*

Les mouches plaintives

ou le soleil dans les bois de pins

Par cette brosserie haut touffue de poils verts

Aux manches de bois pourpre entourés de miroirs

Qu’un corps radieux pénètre issu de la baignoire

Ou marine ou lacustre au bas-côté fumante

Rien n’en reste au rapport de mouches sans sommeil

Sur l’épaisseur au sol élastique et vermeille

Des épingles à cheveux odoriférantes

Secouées là par tant de cimes négligentes

Qu’un peignoir de pénombre entachée de soleil.

La Suchère, août 1940.

Francis Ponge, Le Carnet du Bois de pins, Œuvres complètes, I, Éditions Gallimard, Bibliothèque de La Pléiade, 1999, pp. 379-380-381-382.

*

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Martin Cruz Smith, auteur de Chiens et loups (Éditions Titanic Productions, 2004 ; traduction française Robert Laffont, 2006) raconte comment la faune et la flore vivent à nouveau dans la zone sinistrée de Tchernobyl :


- Je ne conseillerai à personne de mettre le pied dans ces bois.

De gauche à droite, un véritable mur de pins au feuillage rouillé s'étendait aussi loin que portait le regard d'Arkady. Comme les arbres étaient morts, il n'y avait pas de pommes dans les branches et, par conséquent, pas d'écureuils. Sauf quand un oiseau s'envolait, les pins restaient aussi immobiles que des poteaux. "Hélas ! pauvre Yorick ! Je l'ai bien connu." Arkady imaginait un crâne fiché sur chaque poteau. Une silhouette fantomatique fit une pirouette devant les arbres, s'agitant comme un mouchoir, et disparut.

- Une hirondelle blanche, expliqua Alex. Vous n'en verrez pas beaucoup dans les environs de Tchernobyl.

- Des braconniers viennent ici ?

- Non, ils ne sont pas fous.

- Et nous ?

- Si. On ne peut pas résister. Vous devriez voir ça en hiver : ce sol couvert de neige, comme un ventre creusé de mystérieuses cicatrices, ces arbres rouge sang. Ici, on l'appelle la forêt rouge ou la forêt magique. Un vrai conte de fées, n'est-ce pas ? Il n'y a pas à s'inquiéter, puisque les autorités prétendent que "les mesures appropriées seront prises. Nous contrôlons la situation."

Ils longèrent la lisière de la forêt rouge jusqu'à une parcelle de jeunes plants de pins. Alex sauta de la camionnette et coupa un bout de branche.

- Voyez cette extrémité rabougrie et déformée. Ça ne donnera jamais un arbre, juste des broussailles. Mais c'est un pas dans la bonne direction. L'administration est satisfaite de nos nouveaux pins. Dans deux cent cinquante ans, tout cela sera décontaminé. Sauf pour le plutonium : ça prendra vingt-cinq mille ans.

- Ça donne de l'espoir.

- Je crois.

Arkady se prit à mieux respirer quand les pins rouges cédèrent la place à des frênes et à des bouleaux.

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Sylvain Tesson entreprend grâce à Vincent Munier une véritable quête initiatique qu'il relate dans un récit de voyage qu'il a intitulé La Panthère des neiges, (Éditions Gallimard, 2019). Ce faisant, il évoque d'autres souvenirs :


J'avais aimé quelqu'un moi aussi. L'amour avait fait son office : tout le reste avait disparu. C’était une fille tiède et blanche qu vivait dans la forêt des Landes. Nous faisions des promenades dans les allées, le soir. Les pins plantés cent cinquante ans auparavant avaient colonisé les marais, prospéré derrière les dunes et diffusaient un parfum âcre et chaud : une sueur du monde. Les pistes étaient des rubans caoutchouteux sur lesquels on avançait souplement. « Il faut vivre à pas de Sioux », disait-elle. Nous surprenions des bêtes, un oiseau, un chevreuil. Un serpent s'enfuyait. Les hommes de l'Antiquité – muscles de marbre et yeux blancs – voyaient dans ces surgissements d'animaux l'apparition d'un dieu.

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