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  • Anne

Le nez levé vers Sirius


Je partage avec vous le cri de mon Animal de Pouvoir.

M'entendez-vous ?


Galerie de photos : loups, louves et louveteau


Étymologie :

  • LOUP, LOUVE, subst.

Étymol. et Hist. I. A. 1. Ca 1100 lu (Roland, éd. J. Bédier, 1751) ; ca 1200 esgarder comme un blanc leu (Escoufle, 7609 ds T.-L.) ; ca 1230 venir entre chien et leu (H. Paucele, D'Estormi, 90 ds A. de Montaiglon et G. Raynaud, Recueil gén. fabliaux, t. 1, p. 201), v. aussi queue* le(u) leu (à la) ; - allus. à la voracité, la rapacité, la cruauté du loup, appliquées au comportement de l'homme ca 1160 (Eneas, 5371 ds T.-L.) ; ca 1165 (Benoît de Ste-Maure, Troie, 9159, ibid. : Hector, ensi come li lous Qui de longues est fameillos, S'embat por sa preie saisir, Que rien ne la li puet tolir...) ; a) proverbes xiiie s. (Isopet ds Lyon, 3361, ibid. : Vous avez fait dou lou bergier) ; ca 1317 (ds Proverbes fr., éd. J. Morawski, 1000 : La fains enchace le louf dou bois ; id. (ibid., 1900: Qui de louf parole, près en a la coue) ; xve s. (ibid., 2126 : Qui se fait brebis, le leu le mengcue) ; b) loc. av. 1467 (Jean Molinet, Débat de l'aigle, du harenc et du lyon, ds Faictz et dictz, éd. N. Dupire, t. 2, p. 629, 30 : Tresbuché suis en la gueulle des leups) ; 1520 tenir le loup par les oreilles «être dans une situation périlleuse» (Michel de Tours, trad. Suétone, III, 109 rods Hug.) ; 1599 avoir veu le loup «avoir de l'expérience» (Marnix, Differ. de la Relig., I, I, 3, ibid.) ;

2. a) ca 1165 «homme cruel et avide» (Benoît de Ste-Maure, op. cit., 8369, 15477 ds T.-L.) ; b) 1786 loup de mer «marin expérimenté, endurci, aux moeurs quelque peu sauvages» (d'apr. Jal1t. 2, p. 944 a) ; c) 1872 mon gros loup terme de tendresse (Larch.).

B. 1. Ca 1225 désigne une affection corrosive, une sorte d'ulcère, de chancre (Péan Gatineau, St Martin, 8743 ds T.-L. : Il avoit la maladie Qui par tot est lous apelee ... La maladie qui mangiee Li ot la char et derungiee) ; 2. 1284 «sorte de grappin (engin de guerre)» (Jean de Meun, Art de chevalerie [trad. Végèce], éd. U. Robert, p. 136 : coment ... lou [lupi] coulombes ... valent encontre les moutons) ; 3. 1453 ichtyol. leu (ds Z. rom. Philol. t. 94, 670 ); 1505 loup, loup de mer (Desdier Christol, Platine en françoys, fol. 87 voa d'apr. R. Arveiller ds Mél. Séguy, p. 71 : on appelle ces poissons les loups pource qu'ilz devorent les aultres poyssons ainsi que les loups de terre font les brebis ; 87 voa : du loup de mer) ; 4. 1680 «masque de velours porté par les femmes» (Rich.) ; 5. début xviiies. techn. «machine à carder la laine» (d'apr. Brunot t. 6, p. 415) ; 6. 1765 «filet de pêche» (Encycl. t. 9, p. 703 a) ; 7. a) 1807 arg. «dette faite chez un marchand» (d'apr. Esn.) ; b) 1832 id. Arts-et-Métiers Châlons «malfaçon, faute, pièce manquée» (id.) ; 1835 faire un loup «rater une pièce» (d'apr. G. Esnault ds Fr. mod. t. 18, p. 141) ; 1865 arg. comédiens «faute commise par les acteurs qui laissent la scène vide» (d'apr. Esn.).

II. A. 1. 1174-77 love (Renart, éd. M. Roques, 5723 : Hersant la love) ; ca 1265 allus. aux amours de la louve (Brunet Latin, Trésor, éd. J. Carmody, I, CXC, p. 167 : Et quant li tens de sa [de la lue] luxure vient, plusor malle ensivent par la lue. Mais a la fin ele regarde en trestoz et eslit le plus lait qui gise o li) ;

2. id. «femme débauchée» (id. I, XXXV, p. 43-44 : maintes ystores devisent que Romulus et Remus furent norris par une lue ... Il est voirs ke quant il furent nés, on les gieta sus une riviere... Entor cele riviere manoit une feme ki servoit a tous communalment, et teles femes sont apelees lues en latin. Cele feme prist les enfans et les norri molt doucement ; et por ce fu il dit k'il estoient fius d'une lue).

B. 1. 1460 technol. Tournai «trou fait aux pierres de taille pour introduire la louve propre à les soulever» (doc. Arch. de Tournai ds Gdf. s.v. traceure ; v. aussi FEW t. 5, p. 462 b, note 16) ; 1552 louve de fer (Est. s.v. cheloma); 2. 1679 pêche «baril défoncé par où on jette les morues dans la cale du bateau» (Fournier, Hydrographie d'apr. FEW t. 5, p. 461 b) ; 1680 «filet rond pour prendre le poisson» (Rich.).

I du lat. lupus «loup ; espèce de poisson vorace ; croc, grappin [en réf. à la robuste mâchoire du loup]». La forme rég. a.fr. leu a été remplacée par lou, prob. sous l'infl. combinée de la forme dial. de l'Ouest et du fém. louve (Pope, § 230, 343, 489 ; v. aussi FEW t. 5, p. 462 a) ; loup, par infl. étymol. En B, différentes acceptions dérivées du caractère de voracité, d'agressivité du loup ; 4 s'explique prob. par la couleur sombre du masque et l'aspect quelque peu effrayant et mystérieux donné à celle qui le portait ; 7 relève prob. de la notion de manque, de tort qui découle de celle d'agression, de rapacité. II du lat. lupa «louve ; prostituée» ; B 1 par allus. aux griffes de l'animal, 2 par allus. à son avidité, v. FEW t. 5, p. 462 b, notes 14 et 15.

Voir aussi la définition détaillée du nom qui propose quelques éléments de symbolisme.

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Expressions populaires :


Claude Duneton, dans son best-seller La Puce à l'oreille (Éditions Balland, 2001) nous éclaire sur le sens d'expressions populaires bien connues :


A la queue leu leu : Le mot leu n'est pas autre chose qu'une ancienne forme de loup. « Hareu, le leu ! le leu ! » criaient les bergers picards. Il a laissé des traces dans le nom Saint-Leu, pour Saint-Loup, et naturellement dans la description de gens marchant l'un derrière l'autre -, « queue à queue, comme les loups quand ils s'entre-suivent » : à la queue leu leu ! Cela bien avant que les romans de Fenimore Cooper nous fassent parler de « file indienne ».

Pourtant le redoublement du mot leu n'est qu'une erreur d'écriture, déjà très ancienne. Il constitue une mauvaise (ou amusante) interprétation de la vieille langue où « de » et « du » ne s'employaient pas toujours pour désigner l'appartenance : Château-Gaillard veut dire « le château de Gaillard » et Choisy-le-Roi, « Choisy du Roi ». Ainsi la queue du loup était simplement « la queue le loup », et en Picardie : « la queue le leu », qu'on a fini par écrire « leu leu ». Du reste Rabelais cite la forme « à la queue au loup ».

Si l'expression a eu autant de vitalité c'est qu'elle servait à désigner « un jeu de petits enfants », un jeu tout bête, et toujours amplement pratiqué dans les cours d'écoles maternelles, qui consiste à courir en rang d'oignons en tenant le tablier de celui qui précède… C'est le petit train ? Bien sûr ! Simple changement de motivation. Des centaines de générations de bambins se sont divertis de la sorte, bien avant que les trains existent. Celui qui court en tête de file, avant de faire la locomotive, faisait tout bonnement le "leu" !

C'est à se demander su ce ne sont pas les trains qui ont réellement copié sur les petits enfants, et à travers eux sur les loups ?... On comprend mieux dès lors la perplexité des vaches le long des voies ferrés, et l'abîme des réflexions où les plonge la "récupération" humaine des instincts ancestraux.


Connu comme le loup blanc : Quand un loup rôdait à proximité d'un village, la nouvelle avait vite fait le tour de ses habitants. La menace qu'il représentait pour les troupeaux, et aussi pour les enfants, bien que réelle, était aussitôt exagérée par un vent de panique dont il est difficile de cerner la part de l'imaginaire. Toujours est-il que c'était un animal rapidement identifié et qu'il était bien difficile à un brave loup de se promener incognito dans la campagne. De là la comparaison classique :  « On dit aussi qu'un homme est connu comme le loup, dit Furetière, pour dire qu'il est extrêmement connu ; & cela ne se dit que d'un homme de qui on peut se donner liberté de dire ce qu'on en pense. »

Dans nos contrées les loups arboraient un pelage noirâtre, au mieux gris foncé ; cependant comme pour les autres espèces d'animaux et pour les mêmes raisons d'ordre génétique, il arrivait que l'un d'eux naquît albinos. Ces loups blancs occasionnels frappaient doublement l'imagination populaire qui leur octroyait la puissance redoutable des prodiges ; c'est presque comme un animal mythique que les gens du Moyen Âge voyaient le « loup blanc », et en tant que tel que l'évoque Rutebeuf à la fin du XIIIe siècle :


Car ce siècle est si changé

Que un leu blanc a tous mangé

Li chevaliers loyaux et preux.


La forme connu comme le loup blanc paraît donc un renforcement naturel de l'expression du XVIIe ; elle était en usage normal dès le début du XIXe siècle : « Je vous attendais, me dit-il ensuite. Quand je dis je vous attendais, nous vous attendions, car vous êtes ici connu comme le loup blanc, et nous avons lu votre affaire dans les journaux. » (E. Debraux, Voyage à Sainte-Pélagie, 1823.)

Peut-être à cause d'une incompréhension due à la forme populaire « leu », peut-être par un jeu de mots tentant, au lieu de « connu comme le loup blanc » on dit souvent dans le nord de la France « connu comme le houblon » - variante assez naturelle chez des buveurs de bière !


Entre chien et loup : La distinction entre les deux bêtes est essentielle pour le voyageur, encore faut-il y voir assez clair… Entre chien et loup, dit Littré, est « à petit jour, le soir ou le matin, c'est-à-dire quand le jour est si sombre qu'on ne saurait distinguer un chien d'avec un loup ».

Peut-être aussi le chien est-il le temps du jour, de la lumière, de l'activité ; le loup le temps de la nuit, de l'ombre, de la peur, où l'on se réfugie chez soi, dans le sommeil et aussi dans les cauchemars. Le jour guide et protège, la nuit égare et menace… Entre les deux c'est l'hésitation, la crépuscule, le passage, lui aussi inquiétant, d'un état à l'autre. « Je crains l'entre chien et loup quand on ne cause pas », avoue Mme de Sévigné.

L'expression remonte... à la nuit des temps ! On lit au XIIIe siècle :


En un carrefour fist un feu

Lez un cerne (= Près d'un chêne) entre chien et leu


Ce fut toujours l'heure propice aux mauvaises rencontres, et aussi, heureusement, aux rendez-vous galants : « Ils se donnèrent un autre rendez-vous, où la Grifaude se trouva en personne, afin de se faire réparer son honneur à forfait : ce fut sur la brune d'un autre soir, entre chien et loup, derrière les sacs à blé. » (Caylus, Les Écosseuses, 1739).

Autre temps, autres manières : « Moi je regardais ses jambes, ses mains sur le volant. Et ma montre. A huit heures je lui ai dit d'allumer les phares : "Le petit bouton, là sur votre gauche…" On roulait entre chien et loup… "Faut trouver un hôtel, elle dit"... » (Bertrand Blier, Les Valseuses, 1972.)

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Croyances populaires :


Selon Grażyna Mosio et Beata Skoczeń-Marchewka, auteurs de l'article "La symbolique des animaux dans la culture populaire polonaise, De l’étable à la forêt" (17 Mars 2009) :


"Actuellement, la connaissance des animaux sauvages est dans la plus grande partie du pays relativement faible. A titre d’argument, on les prétend peu utiles: “... quel en est le profit, puisqu’on ne peut pas les attraper” (Dzierzgwa 1981 : 104). Au passé les animaux tels que le cerf, l’ours ou le loup occupaient une place importante dans la culture populaire. [...]

Le loup – animal tenu pour être rusé, sanguinaire et sauvage, était considéré comme un être représentant le monde de la mort, des démons et des mauvaises forces. On le croyait créé par Satan. Lié au domaine de la mort, il était dans bien des cultures un animal totémique, et aussi un distributeur de la vie et de la fécondité. Dans la culture populaire polonaise on connaissait des récits parlant de personnes transformées en loup. Ce changement avait lieu à des moments critiques du cycle annuel, la veille de la Saint Jean ou des fêtes de Noël. La plus ancienne notice concernant la lycanthropie sur le territoire de la Pologne date du XVIe siècle et concerne la région des Mazury, où on saisit un homme qui affirmait être loup-garou. Deux fois par an, à des dates fixes, il se rendait dans la forêt où il vivait avec les loups (Baranowski 1981 : 148-149). Dans la démonologie populaire on retrouve la croyance en diverses formes de lycanthropie: pouvoir de certaines personnes de se transformer en loups, pouvoir de transformer pour un certain temps ou pour toujours d’autres personnes en loups, et aussi de faire apparaître sous la forme d’un loup des âmes en expiation. Dans les actes des procès des sorcières on retrouve des descriptions de transformations de ces adeptes du diable en loups et du mal commis. D’autres récits populaires concernaient un mauvais sorcier ou une autre personne, non invitée à la noce, qui transforma les jeunes époux et tous les invités en loups (Baranowski 1981 : 152). Les plus dangereux étaient les loups-garous qui étaient des mauvaises personnes faisant pénitence sous cette forme après leur mort. Un tel damné différait des autres loups par une tête plus grande, souvent deux paires d’yeux et le savoir d’émettre une voix humaine. Il fallait l’anéantir et le meilleur moyen pour le faire était d’employer une balle bénite. Une place toute particulière était occupée par le 6 décembre – le jour de la Saint Nicolas, qui était entre autres considéré comme un saint exerçant son pouvoir sur les bandes de loups .

“Ce jour-là Saint Nicolas réalise une sorte d’assemblée avec les loups, au cours de laquelle il désigne à chacun d’eux ce qu’il doit manger au cours de l’année. C’est pourquoi ce jour-là les paysans portent en don au curé des poules, des canards, des oies en guise d’offrande, pour qu’il célèbre une messe à l’intention d’un bon élevage dans l’année suivante” (Wójcik 1965a : 275). En menant le bétail au pâturage, on priait Saint Nicolas :


”Saint Nicolas, prends les clés du paradis,

Enferme le chien enragé, le loup de la forêt !

Afin qu’il n’aie pas de force contre les veaux, le bétail !”

(Uspieński 1985 : 83-84).

Saint Nicolas était aussi le défenseur des personnes attaquées par les loups-garous. Afin de protéger les animaux d’élevage des loups, on pratiquait une opération magique qui consistait à tracer un cercle autour du troupeau à l’aide d’une craie bénite. Le loup apparaissait dans les rites aux moments décidant de l’abondance dans l’année suivante. La veille de Noël était un tel moment. A Bartne dans la région des Łemkowie le fermier prononçait trois fois de suite une invitation aux oiseaux et aux autres animaux pour le souper, afin que les loups ne volent pas les moutons et les éperviers – les poules (Madzik 1965 : 279). Ailleurs on invitait au souper le loup lui-même: “Toi, le loup, viens manger groch (les haricots) ; si tu ne viens pas, ne viens pas du tout jusqu’à l’année prochaine” (Kowalski 1998 : 600). Dans le cas du loup, tout comme de l’ours, il existait un tabou interdisant de prononcer son nom en dehors des situations rituelles, on l’appelait par exemple Jakubek - Jacquot (Kolberg 1962b : 133). On retrouve la trace de cette interdiction dans les proverbes, tels que: “N’appelle pas le loup de la forêt” - car il pouvait apparaître en apportant la mort. On voyait dans les loups l’incarnation des démons forestiers. Des propriétés magiques toutes particulières leur étaient accordées. Les éléments du corps du loup devaient attirer la force, la rapacité et le courage, et les objets apothropaïques qui en étaient préparés avaient une grande puissance protectrice. Le fait d’employer les parties du corps du loup dans la pratique médicale ne peut donc pas étonner."

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Symbolisme :

Gilbert Durand dans Les Structures anthropologiques de l'imaginaire (1969) nous explique que c'est "dans la gueule animale que viennent se concentrer tous les fantasmes terrifiants de l'animalité : agitation, manducation agressive, grognements et rugissements sinistres. [...]

C'est le loup qui, pour l'imagination occidentale, est l'animal féroce par excellence. Craint de toute l'Antiquité et du Moyen Âge, il revient aux temps modernes périodiquement de se réincarner dans une quelconque bête du Gévaudan, et dans les colonnes de nos journaux il constitue le pendant mythique et hivernal des serpents de mer estivaux. Le loup est encore au XXème siècle un symbole enfantin de peur panique, de menace, de punition. Le "Grand Méchant Loup" vient relayer l'inquiétant Ysengrin. dans une pensée plus évoluée, le loup est assimilé aux dieux du trépas et aux génies infernaux. Tel le Mormôlygé des Grecs dont le vêtement d'Hadès, fait d'une peau de loup est une survivance, comme d'ailleurs la peau de loup que revêt le démon de Temèse ou de dieu chtonien gaulois que César identifie au Dis Pater romain. Pour les anciens Étrusques, le dieu de la Mort a des oreilles de Loup. Bien significative de l'isomorphisme que nous examinons présentement est la consécration romaine du loup, voué au dieu Mars gradinus, au Mars "agité", qui court, ou encore à Arès, la violence destructrice proche de celles des Maruts, compagnons de Rudra. Dans la tradition nordique les loups symbolisent la mort cosmique ; ils sont dévoreurs d'astres. Dans les Eddas, ce sont deux loups Sköll et Hali, fils d'une géante, et également le loup Fenrir qui pourchassent le soleil et la lune. A la fin du monde, Fenrir dévorera le soleil, tandis qu'un autre loup, Managamr, en fera autant de la lune. Cette croyance réapparaît tant en Asie septentrionale où lmes Yakoutes expliquent les phases lunaires par la voracité d'un ours ou d'un loup dévorant, que dans nos campagnes françaises où l'on dit indifféremment qu'un chien "hurle à la lune" ou bien "hurle à la mort". En effet, le doublet plus ou moins domestique du loup est le chien, également symbole du trépas. En témoigne le panthéon égyptien si riche en figures cynomorphes : Anubis, le grand dieu psychopompe, est appelé Impou, "celui qui a la forme d'un chien sauvage" et à Cynopolis est vénéré comme dieu des enfers. A Lycopolis, c'est le chacal Oupouahout à qui échoit ce rôle, tandis que Kenthamenthiou a aussi l'aspect d'un chien sauvage. Anubis renvoie au Cerbère gréco-indien. Les chiens symbolisent également Hécate, la lune noire, la lune "dévorée", quelquefois représentée, comme Cerbère, sous la forme d'un chien tricéphale. Enfin, du strict point de vue de la psychologie, Marie Bonaparte a bien montré, dans son auto-analyse, la liaison étroite qui existait entre la mort - dans ce cas la mère morte - et le loup chtonien associé au tremblement de terre et finalement à Anubis. Cette "phobie d'Anubis", plus explicite que la crainte du Grand Méchant Loup, terrorisa l'enfance de la psychanalyste, se reliant, en cours d'analyse, par un remarquable isomorphisme au schème de la chute dans la mer et à du sang. Il y a donc une convergence très nette entre la morsure des canidés et la crainte du temps destructeur. Kronos apparaît ici avec le visage d'Anubis, du monstre dévorant le temps humain ou s'attaquant même aux astres mesureurs du temps. (pp. 91-93).

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Selon Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, dans le Dictionnaire des Symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982),

"Le loup est synonyme de sauvagerie et la louve de débauche. Mais le langage des symboles interprète ces animaux, on s'en doute, d'une façon infiniment plus complexe, du fait, tout d'abord, qu'à l'instar de tout autre vecteur symbolique, ils peuvent être valorisés positivement autant que négativement... Positif apparaît le symbole du loup, si l'on remarque qu'il voit la nuit. Il devient alors un symbole de lumière solaire, héros guerrier, ancêtre mythique. C'est la signification chez les Nordiques et chez les Grecs où il est attribué à Belen ou à Apollon (Apollon lycien).

Le créateur des dynasties chinoise et mongole est le loup bleu céleste. [...] Le peuple turc qui, rassemblé autour de [Atatürk, surnommé le loup gris] menait le combat pour retrouver son identité, menacée par la décadence de l'empire ottoman, reconduisait ainsi une très ancienne image : celle de l'ancêtre mythique de Gengis Khan, loup bleu, cratophanie de la lumière ouranienne (foudre) et dont l'union avec la biche blanche ou fauve, représentant la terre, plaçait à l'origine de ce peuple la hiérogamie terre-ciel.

Les peuples de la Prairie nord-américaine semblent avoir interprété de la même façon la signification symbolique de cet animal : Je suis le loup solitaire, Je rôde en maints pays, dit un chant de guerre des Indiens de la Prairie.

La Chine connaît également un loup céleste (l'étoile Sirius) qui est le gardien du Palais céleste (la Grande Ourse). Ce caractère polaire se retrouve dans l'attribution du loup au Nord. On remarque toutefois que ce rôle de gardien fait place à l'aspect féroce de l'animal : ainsi, dans certaines régions du Japon, l'invoque-t-on comme protecteur contre les autres animaux sauvages. Il évoque une idée de force mal contenue, se dépensant avec fureur, mais sans discernement.

La louve de Romulus et Rémus est, elle, non pas solaire et céleste, mais terrestre, sinon chtonienne. Ainsi, dans un cas comme dans l'autre cet animal reste associé à l'idée de fécondité. La croyance populaire, en pays turc, a jusqu'à nos jours conservé cet héritage. Parmi les bézoards appréciés par les Yakoutes, en Sibérie, celui du loup est considéré comme le plus puissant ; en Anatolie, c'est-à-dire à l'autre extrémité de l'extension géographique des peuples altaïques, on voit encore des femmes stériles invoquer le loup pour avoir des enfants. Au Kamtchatka, à la fête annuelle d'octobre, on fait une image de loup en foin et on la conserve un an pour que le loup épouse les filles du village ; chez les Samoyèdes on a recueilli une légende qui met en scène une femme qui va dans une caverne avec un loup.

Cet aspect chtonien ou infernal du symbole constitue son autre face majeure. Elle semble restée dominante dans le folklore européen, comme en témoigne, par exemple, le conte du Chaperon rouge. On le voit déjà apparaître dans la mythologie gréco-latine : c'est la louve de Mormolycé, nourrice de l'Achéron, dont on menace les enfants, exactement comme, de nos jours, on évoque le grand méchant loup ; c'est le manteau de peau de loup dont se revêt Hadès, maître des Enfers ; les oreilles de loup du dieu de la mort des Étrusques ; c'est aussi, selon Diodore de Sicile, Osiris ressuscitant sous forme de loup pour aider sa femme et son fils à vaincre son frère méchant.

C'est aussi une des formes données à Zeus (Lykaios), à qui on immolait en sacrifice es êtres humains, aux temps où régnait la magie agricole, pour mettre un terme aux sécheresses, aux fléaux naturels de toute sorte : Zeus déversait alors la pluie, fertilisait les champs, dirigeait les vents.

Dans l'imagerie du Moyen-Âge européen, les sorciers se transforment le plus souvent en loups pour se rendre au Sabbat, tandis que les sorcières, dans les mêmes occasions, portent des jarretelles en peau de loup. En Espagne, il est la monture du sorcier. La croyance aux lycanthropes ou loups-garous est attestée depuis l'Antiquité en Europe ; Virgile en fait déjà mention. En France, à peine commençait-on à en douter sous Louis XIV. C'est une des composantes des croyances européennes, un des aspects sans doute que revêtent les esprits des forêts.


Selon Collin de Plancy, Bodin raconte sans rougir qu'en 1542 on vit un matin cent cinquante loups-garous sur une place de Constantinople.

Ce symbolisme de dévorateur est celui de la gueule, image initiatique et archétypale, liée au phénomène de l'alternance jour-nuit, mort-vie : la gueule dévore et rejette, elle est initiatrice, prenant, selon la faune de l'endroit, l'apparence de l'animal le plus vorace : ici le loup, là le jaguar, le crocodile, etc. La mythologie scandinave présente spécifiquement le loup comme un dévorateur d'astres, ce qui peut être rapproché du loup dévorateur de la caille dont parle le Rig-Veda. Si la caille est, comme nous l'avons noté, un symbole de lumière, la gueule du loup est la nuit, la caverne, les enfers, la phase de pralâya cosmique ; la délivrance de la gueule du loup, c'est l'aurore, la lumière initiatique faisant suite à la descente aux enfers, le kalpa.

Fenrir, le loup géant, est un des ennemis les plus implacables des dieux. Seule la magie des nains peut arrêter sa course, grâce à un ruban fantastique que nul ne peut rompre ou couper. Dans la mythologie égyptienne, Anubis, le grand psychopompe, est appelé Impou, celui qui a la forme d'une chien sauvage ; on le révère à Cynopolis comme le dieu des enfers.

Cette gueule monstrueuse du loup, dont Marie Bonaparte parle dans son auto-analyse, comme étant associée aux terreurs de son enfance consécutives à la mort de sa mère, n'est pas sans rappeler les contes de Perrault : Grand-Mère, comme tu as de grandes dents ! Il y a donc, observe G. Durand, une convergence très nette entre la morsure des canidés et la crainte du temps destructeur. Kronos apparaît ici avec le visage d'Anubis, du monstre dévorant le temps humain ou s'attaquant même aux astres mesureurs de temps.

Nous avons parlé du sens initiatique de cette symbolique. Ajoutons qu'elle donne au loup comme au chien un rôle de psychopompe.

Un mythe des Algonquins le présente comme un frère du démiurge Menebuch le grand lapin, régnant à l'Ouest, sur le royaume des morts. Cette même fonction de psychopompe lui était reconnue en Europe, comme en témoigne ce chant mortuaire roumain :


Paraîtra encore

Le loup devant toi

....

Prends-le pour ton frère

Car le loup connaît

L'ordre des forêts

...

Il te conduira

Par la route plane

Vers un fils de Roi

Vers le Paradis

(Trésor de la poésie universelle, par R. Caillois et J. C. Lambert, Paris, 1958).


Notons pour conclure que ce loup infernal, et surtout sa femelle, incarnation du désir sexuel, constituent un obstacle sur la route du pèlerin musulman en marche vers La Mecque, et plus encore sur le chemin de Damas, où elle prend les dimensions de la bête de l'Apocalypse."

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Pour Jamie Sams et David Carson (Les Cartes médecines, découvrir son animal totem, 1999, trad. française 2010), le mot clef associé au loup est "maître".


En effet, "le Loup, dépisteur et initiateur d'idées nouvelles, revient au clan pour partager ses trouvailles et y enseigner la médecine qui lui est propre. Monogame, le Loup s'unit pour la vie ; il est aussi fidèle que le Chien. Si vous pouviez participer à la vie du Clan des Loups, vous découvririez rapidement que, dans la meute, des liens familiaux puissants s'allient à un désir très vif d'individualisme. Ces aptitudes rapprochent les Loups de la race humaine ; en effet, en tant qu’humains, nous avons aussi cette capacité d’être membres d’une société tout en vivant selon nos propres rêves et selon nos propres idées.

Au sein de la grande Nation des Etoiles, Sirius, l'étoile du Chien, évoque le loup céleste ; selon la légende, c'est dans cette étoile que se situe le lieu originel de nos maîtres des temps anciens. Dans l'Antiquité, les Égyptiens plaçaient la maison des dieux dans cet astre, et les Dogons d'Afrique croient encore actuellement à ce mythe. Il n’est donc pas étonnant que les Amérindiens établissent eux aussi ce lien et adoptent le Clan des Loups comme leurs Maîtres.

Le Loup a les sens très éveillés. Est-ce dû à son alliance avec la Lune, symbole à la fois de l'énergie psychique et de l'inconscient détenteur du savoir et de la sagesse ? Quand il hurle à la Lune, le Loup tente-t-il de rejoindre ces idées nouvelles à peine dissimulées juste au-dessous de la conscience ? La médecine du Loup favorise l'émergence du pouvoir qui réside en chacun de nous ; elle aide les enfants de la Terre à comprendre le Grand Mystère et la Vie.

Si vous avez choisi la carte du Loup, vous êtes peut-être appelé à partager avec les autres votre médecine personnelle. Votre intuition recèle peut-être une réponse ou un enseignement dont vous pourriez profiter aujourd’hui même. A mesure que le Loup prend vie en vous, s’avive aussi le désir de partager votre savoir en écrivant ou en donnant des causeries ; vous diffuserez ainsi l’information qui aidera les autres à mieux percevoir leur unicité et le sentier de vie qui leur est propre. La conscience humaine atteindra de nouveaux sommets à mesure que nous partagerons les uns avec les autres les grandes vérités que nous avons découvertes.

Loup vous réserve peut-être aussi une autre leçon : chercher des lieux où l’isolement permettra à votre maître intérieur de se manifester. Dans le calme d’un lieu de puissance, loin des autres humains, vous trouverez votre vérité intérieure. Peu importe où vous êtes, cherchez les enseignements et les leçons. Le Loup n’apparaîtra pas, à moins que vous ayez imploré la venue du plus grand maître de la Tribu.


A l'envers :

Si le Loup s’est retrouvé à l’envers dans vos cartes, on vous demande d’élargir la façon limitée dont vous envisagez la situation actuelle, ce qui exigera une bonne dose de courage et une volonté bien arrêtée pour chercher de nouvelles idées. Le Loup exige peut-être aussi que vous abandonniez certaines idées dépassées afin de laisser place à l’ouverture et à la grandeur d’âme que la bonne volonté engendre toujours. Lorsqu’on a parcouru de nombreux sentiers et que ceux-ci nous ont mené à autant d’impasses, on connaît mieux la forêt et cette connaissance approfondie est source de sagesse. A force de découvrir et de redécouvrir chaque parcelle de terrain, on acquiert la certitude que rien ne demeure à tout jamais inchangé.

Le Loup à l’envers peut aussi indiquer que vous êtes embourbé dans un marasme et que vous vous enlisez dans la peur d’affirmer votre point de vue. Ces attitudes interrompent le cours des changements dans votre vie. Le Loup inversé annonce toujours l’urgence de trouver des maîtres ou des éclaireurs qui guideront votre route vers de nouvelles expériences. N’oubliez pas que le maître ou l’éclaireur peut se présenter sous divers visages : la petite voix intérieure, une personne, une feuille, un nuage, une pierre, un arbre, un livre ou le Grand Esprit.

Vivre, c’est croître, et l’acceptation de toute forme de vie favorise la croissance. Devenez le Loup et vivez pleinement l’aventure. Il se peut bien alors que vous cessiez de hurler et que vous appreniez à devenir la Lune.


Mot-clef : Maître."

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Selon Nicki Scully, auteure de Méditations de l'animal pouvoir, Voyages chamaniques avec les alliés esprits (éditions originales 1991, 2001 ; traduction française : Guy Trédaniel Éditeur 2002),


"Beaucoup de traditions indigènes américaines respectent le loup comme maître et guide avisé, qui a un sens remarquable de la communauté. Dans la mythologie nordique, il est le légendaire Fenrir, le loup féroce, craint même des dieux, bien que le loup sauvage soit réputé pour éviter les confrontations. Le Loup est un excellent maître et compagnon qui commande le respect partout où il vit. Il exprime les qualités canines, à savoir la loyauté, l'amitié et la dévotion à la communauté. Il est un être très complexe, et ses enseignements sont très divers et variés.

Dans ce voyage, le Loup vous aide à voir la vérité de votre être véritable sur le moment et vous donne la bonne direction. Vous pouvez être sûr que ce sera toujours en toute sécurité que vous travaillerez avec lui. Cependant, si vous pensez que vous cachez avec succès quelque chose, le Loup démontera votre ruse. Vous pouvez toujours compter sur lui pour vous donner un reflet authentique de vous-même.

Tout chez le loup est très pénétrant. Quand il place sa tête près du sol, il peut sentir les vibrations de tout ce qui arrive dans la terre au-dessous. Ses oreilles distinguent des bruits que l'oreille humaine ne peut détecter. Avec cette sensibilité aiguë, il vous entend parler et peut distinguer le vrai du faux, car il y a une certaine résonance unique, qui n'est produite que quand on dit sa vérité. Quand vous parlez seulement "de votre tête", déconnecté de vos émotions et de votre sagesse corporelle, votre message n'est pas en résonance avec le Loup ; mais quand vous parler "de vos tripes" ou "de votre cœur", il boit chaque mot. Vous serez à même de savoir ce que vous faites parce que le Loup s'impatientera, deviendra nerveux, tendu, si vous ne parlez que de votre intellect. Il se détend quand il entend le langage émotionnel du cœur.

Le loup peut aussi sentir chaque odeur que vous émettez. Il est extrêmement sensible et connaît l'état exact de votre esprit et de votre cœur à tout moment ; aussi, soyez attentif à vos pensées quand vous lui rendez visite - ses yeux pénétrants peuvent voir au cœur même de votre âme.


Quand vous voyagerez pour rendre visite au Loup, il vous aidera à trouver votre vraie source de force et de sécurité. Il vous invite à vous sortir du refuge et de la sécurité, pour découvrir qui vous êtes vraiment. La sécurité vient quand vous abandonnez votre attachement au havre de paix, que ce soit un lieu physique, ou des croyances ou des habitudes anciennes. Dès que vous avez abandonné l'ancienne forme, quelque chose de nouveau peut se produire. C'est seulement en cherchant la vérité que nous pouvons amorcer un changement. Votre décision de faire ce voyage est un message à l'univers, disant que vous n'êtes plus satisfait de maintenir l'illusion de la sécurité ; vous êtes prêt à trouver à l'intérieur la source véritable.

L'un des dons les plus importants de ce voyage, c'est l'invitation à voir votre propre vérité à travers les yeux impassibles du loup, qui témoigne de la réalité de tout ce qu'il voit, et qui l'accepte.

[Le Voyage du Loup fait partie, au même titre que celui du Chameau, de la Girafe, du Lézard cornu, du Pélican, de l'Araignée et du Mustang des] Voyages de Libération. Cette section est consacrée à débarrasser la voie de la libération des contraintes des pensées et croyances limitées. Les vieux modèles sont abandonnés, laissant la place à des visions nouvelles, élargies, qui génèrent une connexion plus grande avec l'Ensemble de la Nature.

Voyage du Loup

[Faites l'Alchimie du Chaudron...]

Thoth vous dirige vers un feu de camp dans une petite clairière, profond dans les bois. Il fait nuit, et vous êtes tout seul, assis sur un tronc. Vous êtes conscient de la texture de l'écorce tandis que vous parcourez sa surface de la main. Remarquez la stabilité de votre siège... Sentez la chaleur du feu et regardez la lumière vacillante qui joue sur les branches des arbres qui vous entourent. Cet espace près du feu semble sûr et chaud. Les flammes brûlent vivement, et si elles faiblissent, il y a beaucoup de bois entassé à proximité, pour les ranimer. C'est très tranquille.

Vous sentez une présence ; tandis que vous regardez dans sa direction, vous sentez deux yeux jaunes qui vous observent dans l'obscurité juste à l'extérieur du cercle de lumière. Bien que vous l'ayez invité, il est important de noter l'impression que vous font les yeux du Loup. D'un coup d’œil en arrière dans l'obscurité, il vous invite à le suivre.

Marchez vers le Loup. Quand vous arrivez au bord du cercle de lumière, il vous adresse un bref regard, puis repart dans la forêt obscure. Vous devez quitter le feu de camp, et tout ce qu'il représente, pour le suivre à mesure qu'il avance lentement. C'est très tranquille et extrêmement sombre, car le sous-bois est à l'abri de la lumière depuis des siècles. Vous vous habituez facilement à l’obscurité... Vous pouvez vous apercevoir que vos propres mouvements physiques deviennent très semblables à ceux du Loup. Suivez-le dans la forêt.... Des ombres d'arbres, menaçantes, vous entourent tandis que le feu décline. Quand vous pénétrez dans les bois, remarquez la nouvelle acuité de vos sens - vos oreilles sont attentives au moindre son, vos yeux guettent n'importe quel mouvement, et votre nez teste l'air pour détecter toutes les odeurs autour de vous, à mesure que vous resserrez la connexion avec l'esprit du Loup qui est en vous.

Juste devant vous, le Loup avance lentement. Au bout d'un certain temps, il s'arrête près d'une bûche chue près d'un grand arbre. trouvez-vous un endroit pour vous asseoir sur la bûche. Le Loup s'assoit à proximité. Il est absorbé par tout ce qu'il perçoit dans la forêt et vous invite à expérimenter ce moment comme il le fait. Permettez à votre mental de suivre toutes les sensations, car le Loup a créé un espace ouvert, sûr, pour vous permettre de recevoir un enseignement de la forêt.

[Longue pause]

Un Hibou passe en piqué, ses ailes de velours vous effleurent. Vous êtes étonné, vous avez peut-être, jusqu'à ce que vous réalisiez qu'il est en train de chasser.

Portez à nouveau votre attention sur le Loup, dont le regard pénétrant est tourné sur vous. Ne faites pas obstacle à la découverte de qui vous êtes en ce moment, sans revêtement ni description, ou histoire, relâchant votre attachent à ce que vous croyez à votre sujet, car c'est ainsi que le Loup vous perçoit... [Pause] Maintenant, vous avez une occasion de poser au Loup toute question qui vous vient à l'esprit. Même si le Loup répond par le silence, vous savez que le monde répondra à votre question d'une autre façon.

Le Loup se redresse soudain, vous adresse un coup d’œil plein de sagesse et de connaissance, qui communique l'expérience que vous venez de partager, et vous dit au revoir. Il fait rapidement demi-tour, et disparaît dans le sous-bois. Vous savez que vous ne devez pas le suivre. Seul dans l'obscurité, laissez vos sens s'étendre au-delà de ce que vous pouvez voir et entendre, et sachez que vous pouvez connaître le chemin du retour à votre feu de camp. L'esprit du Loup, au-dedans, vous permet d'accéder à la conscience précise, et de traverser la forêt en toute confiance. Sentez la chaleur du feu et suivez-la à travers les arbres, à travers l'obscurité, jusqu'à ce que vous commenciez à le voir briller.

Vous rapportez au feu de camp ce que vous avez appris. Thoth y est, qui vous salue. Dans le cercle de chaleur, vous attisez le feu.

Prenez la bûche sur laquelle vous vous êtes assis au commencement du voyage, et offrez-la au feu. Parlez de votre expérience avec Thoth et posez-lui toutes les questions qui ont pu vous venir à l'esprit...

[Thoth vous aidera à revenir dans votre corps physique... Enracinez-vous et centrez-vous... ]

Mot-clef : Sécurité véritable."

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Selon Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes (Hachette Livre, 2000) :


"Il semble que le loup ait été condamné à porter sur son dos tous les maux de la Terre, ou qu'il ait été considéré par l'homme comme responsable de tous ses maux. Aujourd'hui encore, cette peur de la bête qui est en tout homme et qu'incarne le loup est très présente. Il est vrai que le récits et témoignages concernant les loups affamés, cruels, féroces, attaquant moutons, bétails, et parfois même enfants et adultes, abondent dans les campagnes d'Europe du XVe siècle où les hordes de loup semaient la terreur, allant jusqu'à paraître dans les villes durant les hivers de très grands froids. Toutefois, il est aisé de comprendre pourquoi les loups appréciaient les villages du Moyen Âge aux ruelles étroites et sombres, dans lesquelles les habitants jetaient leurs détritus : non seulement ils y trouvaient toutes sortes de nourritures, mais ils pouvaient aussi s'y dissimuler. En effet, nous savons tous que l'une des caractéristiques du loup, c'est la ruse. Toutefois, cette peur du loup est bien antérieure au Moyen Âge, et son existence elle-même remonte à des temps immémoriaux.

Selon les paléontologues, l'ancêtre du loup aurait au moins 40 millions d'années ; mais on a retrouvé des fossiles de squelettes de loups datant de 2 millions d'années environ, qui révèlent que les bêtes qui rôdaient déjà en meute sur la Terre de nos très lointains ancêtres étaient en tous points semblables à celles que l'on rencontre beaucoup plus rarement aujourd'hui.

Par ailleurs, on sait que le loup et le chien sont très proches l'un de l'autre, et que le loup est une espèce de chien raté. Si la soumission et la fidélité du chien ne sont plus à démontrer, il en va tout autrement du loup qui ne s'apprivoise quasiment jamais, ou alors très peu de temps. C'est ainsi que l'homme a si bien chassé le loup des campagnes que, en Europe, l'espèce a presque complètement disparu. On entend bien parler d'apparition d'un loup ayant attaqué une brebis ou un mouton, de temps à autre, car d'aucuns tentent parfois contre vents et marées - contre peurs et haines ancestrales, devrait-on dire - de réimplanter le loup dans certaines régions d'Europe. Mais si la peur du loup subsiste bel et bien dans l'imagination des hommes, il ne hante plus nos jours et nos nuits. Nous pouvons nous promener dans la campagne et dans les bois sans craindre d'être attaqués par un loup, et nous encourons plus souvent le risque d'être renversés ou fauchés par une automobile que mordus par un loup. Ainsi, les gendarmes et gardes champêtres ont-ils remplacé les anciens lieutenants en louveterie qui, au XVe siècle, constataient les dégâts causés par les hordes de loups, et les repoussaient loin des villages.

Pourtant, dans nos rêves, dans nos cauchemars plus exactement, le plus souvent, le loup rôde et guette, nous terrifie encore. Mais pourquoi nous fait-il peur ? Peut-être tout simplement parce que, comme l'a si bien dit Plaute, un poète et auteur dramatique latin du IIIe siècle avant notre ère, "l'homme est un loup pour l'homme". Féroce, vorace, cruel, rusé, charognard à l'occasion, parfois enragé au sens vrai de ce terme, s'attaquant lâchement aux enfants et aux femmes plutôt qu'aux hommes, ayant aussi été un des vecteurs des épidémies de peste, le loup n'est pas vraiment un personnage très sympathique.

Ainsi, le comparer à l'homme, c'est dire que ce dernier est coupable du pire. Et en effet, par ambition, avidité, pour satisfaire leurs désirs coûte que coûte, certains hommes sont prêtes à tout. Le loup incarne donc les forces du mal que l'homme porte en lui et dont il se rend victime et coupable parfois. C'est donc de lui-même que l'homme a peur lorsqu'il a peur du loup. Car ce bel animal figure l'instinct destructeur à l'état pur mis a service de la satisfaction des besoins et des désirs irrépressibles. De ce fait, la fameuse lycanthropie, c'est-à-dire cette faculté qu'auraient certains hommes de se métamorphoser en loups, remonte sûrement à un temps où le sorcier ou chaman entrait dans la peau d'un loup pour faire l'expérience de l'instinct, de la pulsion animale que tout être humain garde au tréfonds de lui, expérience ultime qui lui servait d'exorcisme afin d'expulser les vieux démons de la férocité, de la voracité, de la cruauté qui sommeillent en tout homme.

Le loup est alors un mal pour un bien, l'instrument d'une révélation et d'une expérience ultime, indispensable, libératrice, sans laquelle l'homme ne peut pas être humain. C'est peut-être pour cette raison que, dans de nombreux mythes et légendes de fondations de cités ou de civilisations, les enfants créateurs sont-ils secourus, adoptés, nourris protégés par une louve qui symbolise alors la Grande Mère Nature, l'Alma mater, dont on sait qu'elle est la fois génératrice de toute vie mais aussi la grande dévoreuse de vie. C'est ainsi qu'Apollon et Artémis, en Grèce, Remus et Romulus, l'homme immortel, à Rome, furent les enfants de la louve ! "

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D'après Madonna Gauding, auteure de Animaux de pouvoir, Guides, protecteurs et guérisseurs (Octopus Publishing Group 2006 ; traduction française : Éditions Véga, 2006) :


"Guide d'interprétation

En tant que symbole onirique

Menace ; Vérité ; Loyauté ; Statut social ; Parenté ; Joie.


En tant que gardien ou protecteur

Empêche d'agir de manière appropriée ; Aide à définir des frontières.