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  • Anne

La Chélidoine





Étymologie :

  • CHÉLIDOINE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1. 1er quart du xiie s. celidoine minér. (1re trad. fr. du Lapidaire de Marbode ds Studer, Evans, Anglo-norman Lapidaries, p. 43) ; 1575 chelidoine (Belleforest, Cosmogr. de Munster, t. II ds Gdf. Compl.) ; 2. ca 1268 bot. celidoine (Brunet Latin, Trésor, éd. Chabaille, p. 217) ; 1538 chelidoine (Est.). Empr. au lat. chelidonia (gemma ou herba) littéralement « pierre (ou) plante de l'hirondelle » parce que les Anciens croyaient que la pierre se trouvait dans le ventre de l'hirondelle et qu'avec la plante cet oiseau soignait ses petits, s'ils étaient aveugles (Pline ds TLL s.v., 1004, 45 et 68), lui-même empr. au gr. χ ε λ ι δ ο ́ ν ι ο ν dér. de χ ε λ ι δ ω ́ ν « hirondelle ».


Lire également la définition de la chélidoine pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Chelidonium majus ; Coco jaune ; Éclaire ; Felougne ; Grande éclaire ; Herbe de l'hirondelle ; Herbe oculaire ; Sologne.

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Botanique :

D'après Lionel Hignard et Alain Pontoppidan, auteurs de Les Plantes qui puent, qui pètent, qui piquent (Gulf Stream Éditeur, 2008) :


"La grande éclaire est une plante au feuillage mou d'un vert presque gris, qui aime bien l'ombre. Elle pousse en touffes, adossées aux murs des maisons. Ses petites fleurs jaunes en forme de croix se transforment en de fines gousses appelées siliques. Sa tige velue est très fragile : elle saigne quand on al casse et laisse s'écouler un latex orange très toxique, à l'odeur désagréable. Vers la racine, le latex est presque rouge sang et devient encore plus foncé en séchant.


Pourquoi fait-elle ça ? La grande éclaire se défend contre les herbivores et les attaques d'insectes en se rendant immangeable grâce au latex qu'elle contient. Il y a dans ce latex une substance paralysante qui bloque la respiration et qui pourrait servir à faire un redoutable poison !


L'ennemie des verrues : Autrefois dans les campagnes, on utilisait ce latex pour faire disparaître les verrues. On cassait une tige de grande éclaire, puis on déposait quelques gouttes de on jus sur les verrues. Il fallait recommencer plusieurs fois par jour, pendant plusieurs semaines, pour qu'elles disparaissent complètement."

[Je confirme que cela marche : c'est ainsi que j'ai fait disparaître la bonne dizaine de verrues que j'avais sur les mains quand j'étais petite. C'est long mais elles ne sont jamais revenues...]

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Propriétés médicinales :


D'après Marc Questin, auteur de La Médecine druidique (1990, nouvelle édition inchangée 1997), "Louzaouenn an darvoed, "herbe aux dartres" : c'est la grande chélidoine. On l'appelle aussi ar sklerig, "le petit éclair".


Poussant dans les décombres et sur le bord des chemins, cette plante assez élevée (0.60 m) porte des feuilles profondément découpées, d'un beau vert tendre. Les fleurs, jaunes, sont en forme de croix. La cassure de la tige fait sourdre un liquide âcre et jaune. La plante fraîche est irritante et dangereuse.

La chélidoine est considérée comme un puissant cholérétique, qui quintuplerait le volume de la bile. C'est un stimulant hépatique général qui agit électivement sur le lobe droit du foie. Grâce à ses alcaloïdes voisins de la papavérine et de l'opium, c'est un sédatif de la vésicule et un calmant des douleurs hépatiques. L'extrait a été utilisé contre les tumeurs cancéreuses par un médecin russe, le Dr Denissenko, et le Dr Leclerc trouvait que si la plante ne guérissait pas absolument le cancer, elle exerçait néanmoins un frein momentané sur l'extension du néoplasme. la plante étant toxique et dangereuse, le Dr Leclerc la recommande pour l'usage interne sous forme d'extrait et de teinture pharmaceutique.

Renommée de nos jours pour l'efficacité de son latex jaune contre les verrues, l'"herbe aux yeux" (louzaouen an daoulagad) était censée guérir les ophtalmies. En fait, on a pu se servir du pouvoir analgésique de ses alcaloïdes pour diminuer la douleur oculaire.

Le latex de la chélidoine contient une vingtaine d'alcaloïdes qui sont apparentés à ceux du pavot. ils sont spasmolytiques et sédatifs. La principale de ces substances est précisément la chélidonine.

Les Gaulois nommaient cette papavéracée "thona" et Dioscoride, en son temps, nous en décrivait déjà les effets : "Le suc de cette plante, mêlé à du miel et bouilli dans un récipient de cuivre sur du charbon, donne une vue perçante. On extrait aussi, au début de l'été, de la racine, des feuilles et du fruit, un suc qu'on sèche à l'ombre et qu'on reconstitue ensuite. la racine, bue avec de l'aneth et du vin blanc, guérit les ictériques. Pétrie avec soin, elle fait cesser les dartres, en application locale avec du vin, ainsi que les maux de dents..."

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Selon Claire Tiberghien, auteure de Équilibre et méditation par les plantes, 30 plantes à découvrir (Éditions Jouvence, 2016), la chélidoine est intéressante de plusieurs façons :


De son nom latin Chelidonium majus, la chélidoine fait partie de la famille des Papavéracées. Elle apporte la clarté.

La chélidoine a une action antispasmodique et légèrement sédative. Par ses propriétés cholérétiques, on l'emploie lors de troubles digestifs et de dysfonctionnements du foie ou de la vésicule biliaire. C'est un draineur hépatopancréatique.

Le latex, suc jaune que l'on trouve dans la tige de la plante, a une action efficace sur le verrues, les cors et les durillons. Il s'utilise en application externe pendant une courte période de deux à quatre jours.

En usage interne, la chélidoine doit s'utiliser avec la plus grande prudence. On emploie uniquement la plante séchée pour la préparation d'infusions. Le dosage est de 15g de feuiles par litre d'eau. L'ingestion de feuilles fraîches est fortement déconseillée, car elle peut produire de gravece troubles digestifs, nerveux et cardiaques. De même, le latex de la chélidoine est irritant pour les muqueuses et sa racine est toxique. L'usage de la chélidoine est à éviter totalement durant la grossesse.

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Symbolisme :


Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


Au Moyen Âge, on attribuait à cette plante des propriétés magiques exceptionnelles car les pharmaciens de l'époque avaient, à tort, vu dans le nom grec de chelidonia, un coeli donum c'est-à-dire un "don du ciel". En réalité, son nom vient du grec khélidôn (hirondelle), car sa floraison correspond à l'arrivée des hirondelles qui, en outre, selon une vieille croyance, se servent de la chélidoine pour rendre la vue à leurs petits devenus aveugles. La chélidoine est d'ailleurs surnommée "herbe des hirondelles".

Dès l'Antiquité, elle passe pour entretenir la jeunesse et la vigueur éternelle. La chélidoine, "touchée à pied nu et portée à même le soulier", guérit la jaunisse. Cette croyance provient d'une assimilation de la maladie au suc jaune de la plante. Appliqué plusieurs fois par jour, ce suc chasse les verrues et ses feuilles réduites en jus sont un remède contre les vers intestinaux.

Portée sur soi avec le cœur d'une taupe, elle assure victoire sur ses ennemis et dans les procès. Elle pourrait même rendre invisible selon Jean-Pierre Bourre et permettre, dit Scott Cunningham, à un prisonnier de s'évader, à condition qu'il soit "une victime, injustement détenue". "Selon la légende, ajoute-t-il, la marquise de Brindivilliers se serait fait apporter à plusieurs reprises de la chélidoine par son confesseur, le père Pirot ; mais comme elle avait fait commerce avec Satan, les plantes se desséchaient en la touchant"

L'herbe des hirondelles "chante" ou "rit" quand le malade doit mourir et "pleure" quand il doit guérir. Elle sera cueillie de préférence le vendredi et dans des ruines.

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D'après Lionel Hignard et Alain Pontoppidan, auteurs de Les Plantes qui puent, qui pètent, qui piquent (Gulf Stream Éditeur, 2008) :


"On croyait jadis que l'hirondelle utilisait le suc de l'éclaire pour soigner les yeux de ses petits, quand ils n'arrivaient pas à les ouvrir. C'est à cause de cette croyance qu'on surnomme cette plante la grande éclaire : qui permettrait "d'éclairer", de rendre la vue !

Dans l'ouvrage Équilibre et méditation par les plantes, 30 plantes à découvrir (Éditions Jouvence, 2016), Claire Tiberghien propose un CD de méditations qui permettent de connaître les plantes autrement : 


Sur le plan psychique :

La chélidoine supprime les excès de toutes sortes. Elle aide à trouver la juste mesure et l'équilibre intérieur. Elle élimine la pollution émotionnelle, la contrariété et la frustration. la chélidoine aide à se débarrasser du passé avec légèreté et à lâcher prise.

Elle repousse les limites, améloire la communication et la concentration.

Elle dissipe la mélancolie et la tristesse, développe la vision intérieure et symbolise une vie de paix et d'harmonie.


Grâce à la chélidoine, je peux affirmer :

- Je suis responsable de moi-même.

- Je sais qui je suis.

- Je suis important.

- Je suis relié à ma source et à ma propre énergie.

- je décide moi-même de ma vie.

- J'aime ce qui vient et ce qui s'en va.

- Je suis libéré du besoin d'approbation ou de la peur des critiques.

- Je suis présent à moi-même, relié à tous les êtres humains.


La méditation de la chélidoine :

Visualisez une belle couleur jaune, brillante comme l'or ou le soleil. Imaginez-la couler comme une rivière, légère, scintillante, toujours en mouvement. Ressentez cette force remplir vos cellules. Un courant chaud, lumineux, traverse votre corps.

Pensez à ce qui vous bloque dans la vie, à ce que vous portez. Lâchez toute cette lourdeur dans l'énergie dorée de la chélidoine. Laissez-la se transformer. respirez profondément. Ressentez la sensation de fluidité qui circule en vous. Prenez conscience de votre rigidité physique et mentale, et laissez votre respiration la dissoudre. Au milieu du scintillement de la lumière dorée, vous sentez naître quelque chose de nouveau, de dynamique. Portez votre attention sur votre intuition. Laissez monter en vous un rêve, un désir. Faites confiance à ce que vous ressentez. Osez accueillir vos rêves, osez vous en occuper. Ils font partie de votre vision de la vie.


Par ailleurs, l'auteure classe la chélidoine en correspondance avec l'élément Bois de la tradition chinoise.

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Patricia Gaillard-Seux, dans un article intitulé « L’automédication animale : le serpent et le fenouil, l’hirondelle et la chélidoine. Du mythe à l’indication médicale », Histoire, médecine et santé, 8 | 2016, 47-68 revient sur les capacités d'automédication des animaux :


L'hirondelle et la chélidoine :


Dans l’Antiquité, c’est une plante médicinale, toutefois absente de la collection hippocratique. Du fait de la perte de presque toutes les sources médicales hellénistiques, ses indications se trouvent essentiellement dans les écrits rédigés entre le Ier et le VIe siècles. L’usage de son suc est massivement préconisé en ophtalmologie ; à un degré nettement moindre, on emploie le suc ou la plante et ses parties pour divers maux, comme la jaunisse, les douleurs de dents et d’oreilles, les brûlures et les ulcères, les écrouelles. Dans la médecine populaire, elle est longtemps restée employée en ophtalmologie, d’où également son nom français de grande éclaire.

Son emploi oculaire aurait été indiqué à l’homme par l’hirondelle comme le souligne Pline l’Ancien : « L’hirondelle nous a montré le pouvoir salutaire pour la vue de la chélidoine, en traitant avec cette plante les yeux blessés de ses petits »

En réalité, le lien entre hirondelle, chélidoine et soin de la vue paraît assez complexe. Il faut d’abord noter que le rôle que lui ferait jouer l’hirondelle n’est pas à l’origine du nom de la plante, malgré l’affirmation isolée et tardive d’Isidore de Séville. Marcellus de son côté dit qu’elle pousse sur les excréments des hirondelles (VIII, 44), ce qui semble pour lui l’origine de son nom et de ses vertus. L’explication la plus souvent avancée de nos jours est celle de Dioscoride (II, 180) et Pline l’Ancien (NH, XXV, 89) : la plante s’appellerait ainsi parce qu’elle fleurit à l’arrivée des hirondelles et se fane à leur départ. En réalité, le lien avec l’hirondelle est encore plus lointain : notre source la plus ancienne sur la question, Théophraste, dans son seul passage sur la chélidoine, dit qu’elle porte ce nom parce qu’elle fleurit lorsque souffle le chelidonias, vent doux de printemps apparaissant à l’arrivée des hirondelles en Grèce, vers le 5 mars.

La chélidoine est donc une plante aux vertus ophtalmologiques incertaines, dont le nom est simplement dû au moment de l’année où elle fleurit.

L’affirmation que les hirondelles emploient la chélidoine pour soigner leurs petits paraît liée à une croyance, dont nous voyons la première attestation chez Aristote : si on crève les yeux à des hirondeaux, ils recouvrent la vue. Il y a une explication naturelle pour Aristote : certains oiseaux, comme les hirondelles, mettent au monde des petits inachevés et aveugles ; s’il y a blessure des yeux avant que leur développement soit terminé, les hirondeaux continuent ainsi leur croissance ou la reprennent du début, ce qui entraîne la guérison des yeux. Pline va jusqu’à dire que les yeux repoussent et voient, même si on les arrache. Ce sont ces blessures de leurs petits que les hirondelles soigneraient grâce à la chélidoine, Celse et Élien croyant à une guérison spontanée lorsqu’il y a blessure à l’œil d’une hirondelle. Pline, dans un autre passage, et Élien notent seulement que les hirondeaux naissent aveugles et que leurs parents leur permettent de voir grâce à la chélidoine pour Pline (NH, XX, 165) ou à une plante indéterminée pour Élien (NA, III, 25).

L’hirondelle se répare donc les yeux ou leur donne la vue, avec le rôle d’une plante, la chélidoine pour la majorité des sources. Or, deux auteurs disent que la plante utilisée par les hirondelles n’est pas la chélidoine.

Élien parle d’une herbe employée par l’hirondelle pour ouvrir les yeux de ses petits, dont l’homme n’a pu s’emparer. Par ailleurs, un passage attribué à Julius Africanus donne sur ce point de plus longues explications, où figure aussi l’allusion aux fientes vue chez Marcellus :

L’hirondelle emporte du suc d’une certaine herbe : si elle en répand une goutte à terre, de cette goutte naît une autre herbe qui porte le nom de l’oiseau qui l’a laissée tomber. Elle pousse aussi des fientes que peuvent projeter à terre les petits de l’hirondelle qui ont profité de la plante. C’est un remède extraordinairement actif contre l’amblyopie ; elle efface même en un rien de temps les leucomes consécutifs aux blessures et redonne à l’œil son aspect bien portant. Mais la plante qu’elle produit à son tour est moins active et réussit moins bien : cependant une fois broyée, elle guérit le glaucome ; réduite en cendre et mêlée à de l’eau, elle agit tout comme la précédente. Si on avait la chance de cueillir la première de ces plantes, on rendrait la vue jusqu’à des yeux aveugles.

L’herbe emportée par l’hirondelle pour soigner ses petits ne serait donc pas la chélidoine. Celle-ci serait née soit du suc de l’herbe utilisée par l’oiseau, soit des fientes des petits traités avec cette dernière. L’attribution de cette origine à la chélidoine a probablement été inventée pour justifier le lien de la chélidoine avec l’hirondelle. En réalité, les Grecs ont sans doute transféré à une plante portant chez eux un nom en rapport avec l’hirondelle les croyances mythiques liées à une plante que transporterait l’hirondelle, ce d’autant plus que le nom de la chélidoine est identique à celui de l’hirondeau, réputé soigné par la plante.

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