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  • Anne

Le Lierre



Étymologie :

  • LIERRE, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1372 (J. Corbichon, Propriét. des ch., 1. 17, ch. 53 ds Gay : ung vaissel de fust de lyere). Issu, avec agglutination de l'art. déf., de l'a. fr. iere « lierre » ordinairement masc. (1re moitié xe s. edre ; Jonas, éd. G. de Poerck, 145 ; fin xie s. iedre, Gl. de Raschi, éd. A. Darmesteter et D. Blondheim, no 586, p. 81 ; fin xiie s. ierre, 1re Continuation de Perceval [ms. T], éd. W. Roach, 10482), lui-même issu du lat. hedera « lierre » fém .; le changement de genre peut s'expliquer par assimilation au genre gén. masc. des noms d'arbres et d'arbustes en fr. (FEW t. 4, p. 398a).


Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.

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Botanique :


Dans Les Langages secrets de la nature (Éditions Fayard, 1996), Jean-Marie Pelt évoque les différents modes de communication chez les animaux et chez les plantes et s'interroge plus particulièrement sur la capacité de dépollution des plantes :

Les tests de dépollution par les plantes effectuées par la NASA ont donné des résultats surprenants ; ils montrent que la capacité destructrice des molécules toxiques par les plantes vertes varie considérablement en fonction de l'espèce considérée. On retrouve ici cette notion de spécificité, déjà signalée en ce qui concerne les effets de la musique sur les plantes : à chaque espèce sa sensibilité - son métier, en quelque sorte.

Ainsi, en vingt-quatre heures, le lierre est-il à même d'éliminer 90% du benzène de l'atmosphère. Le ficus (Ficus benjamina) s'est en quelque sorte spécialisé dans l'élimination du formaldéhyde à raison de 47% mais le chlorophytum fait mieux que lui, puisqu'il enlève à la fois 86% du formaldéhyde et 96% du monoxyde de carbone durant la même période. Quant à l'aloe, il est le champion de la détoxication du formaldéhyde avec 90%, faisant en cela un peu mieux que le chlorophytum et le philodendron. La croyance populaire selon laquelle les plantes dépolluent l'air trouve ici une brillante confirmation.

Lire la fiche Telabotanica qui résume les caractéristiques principales du lierre.



















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Propriétés médicinales :


D'après Marc Questin, auteur de La médecine druidique (1990, nouvelle édition identique 1997),


"Attribut des petites divinités secondaires, le lierre était utilisé au point de vue médicinal contre la toux, la coqueluche et la cellulite ; mais il fallait cueillir ses feuilles sur la tête d'une statue et les appliquer sur le front, enfermées dans une étoffe de couleur rouge. Son nom latin Hedera est dérivé du celtique hedra, qui signifie "la corde". Les anciens Égyptiens l'avaient consacré à Osiris. Pour les Grecs, il préservait de l'ivresse et symbolisait la victoire du guerrier. Le lierre, chez les anciens Grecs, était un attribut de Dionysos, le dieu du vin, de la joie de vivre et de la vitalité. C’était aussi le symbole de l'immortalité. Les médecins de l'époque, tel Dioscoride, l'employaient contre toutes sortes de maladies, notamment la dysenterie, les affections de la rate, les ulcères, les otites et les rages de dents.

Employé à l'extérieur, et uniquement à l'extérieur, le lierre peut devenir un excellent remède. Il est légèrement excitant, il fat tomber la fièvre et active la production de sueur. Il régularise le cycle des femmes. Le lierre est en outre un bon anti-rhumatismal, et un remarquable calmant de la douleur.

Léonard de Vinci affirmait que les sangliers blessés se roulent sur le lierre des forets pour se soigner. En effet, les feuilles agissent comme un calmant et un modérateur très efficace de la sensibilité des nerfs périphériques. Pour en faire des applications quotidiennes externes, sous forme de compresses ou de massages, il suffit de réduire une ou deux poignées de feuilles fraîches en charpie fine, que l'on enveloppe avec de la gaze, pour appliquer cet emplâtre sur les zones cellulitiques, les ulcères ou les brûlures.

Remède contre la gale : mettez à tremper pendant vingt-quatre heures une poignée de feuilles de lierre dans un litre de vinaigre de vin. Filtrez à travers un linge. appliquez le liquide légèrement étendu d'eau sur les régions lésées en compresses, matin et soir pendant une semaine."

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C. Busser, auteur de "Baies, fruits et pseudo-fruits toxiques utilisés en médecine populaire ou en phytothérapie" (in Phytothérapie Numéro 1 : 31–3, 2007), s'intéresse au Lierre (Hedera helix L. Araliaceae) :


Composition : La plante contient des saponines triterpéniques (hederacoside C et alpha-hederine), présents dans les feuilles et les fruits, certains triterpenoïdes, et des composés polyacétyléniques (polyines) tels que le falcarinol et le didéhydrofalcarinol, des flavonoides. Falcarinol et didéhydrofalcarinol sont considérés comme étant à l’origine de la sensibilisation au lierre.


Intoxication : L’ingestion de baies, confondues avec des fruits comestibles, est souvent le fait de jeunes enfants. Les signes irritatifs sont représentés par une sensation de brûlure dans la bouche, une hypersalivation, des nausées, des vomissements, des douleurs abdominales et une diarrhée. En cas de contact cutané, une dermatite de contact peut apparaître avec une réaction œdémateuse. Des lésions eczématiformes peuvent survenir au niveau des zones en contact avec la plante, avec une rougeur, des lésions élémentaires à type de macules, de papules, de vésicules, voire de bulles prurigineuses. Des lésions irritatives ou eczémateuses surviennent le plus souvent lors de l’élagage du lierre, effectue´ s’il devient trop exubérant. Des manifestations allergiques peuvent survenir chez des personnes antérieurement sensibilisées au lierre lors de l’utilisation de certains thés, lotions cosmétiques ou médicaments.


Utilisations : Usage interne : le lierre a été utilisé pour ses propriétés antispasmodiques, respiratoires, dépuratives, cholagogues et excitantes. Il était de plus connu pour faciliter la menstruation. Il était ainsi supposé traiter, par voie orale, la coqueluche, la bronchite chronique, les trachéites, les laryngites, les rhumatismes, la lithiase biliaire, les règles insuffisantes, les leucorrhées et l’hypertension.

La technique de préparation variait selon les régions et les indications. Exemple : douze baies absorbées per os entraînaient une forte purgation, les baies réduites en poudre et mélangées à divers excipients avaient une activité fébrifuge. L’infusion de feuilles a une action spasmolytique (due à l’alphahédérine, un saponoside des feuilles), mucolytique et légèrement sédative, d’où une action sur les toux coqueluchoïdes ou en cas de coqueluche (Com E). L’extrait des feuilles est antibactérien.

Usage externe : les feuilles de lierre étaient également utilisées en application cutanée pour guérir les névralgies, les rhumatismes, les névrites, les séquelles de phlébite, les plaies, les brûlures, les cors, les durillons et les polypes du nez.

Les feuilles peuvent être utilisées sous plusieurs formes : en applications, confites dans du vinaigre, en décoction (200 g dans un litre d’eau), sous forme de teinture pure, de cataplasme (1/4 de feuilles fraîches incorporées a` 3/4 de farine de lin) ou de pommade a` 10 % .


Utilisation actuelle : le lierre est utilise´ dans certains cosmétiques (ex. : crèmes amincissantes), dans des lotions pour les cheveux, dans certains shampooings, dans certains médicaments tels que des expectorants et dans certains thés. Les feuilles de lierre font l’objet d’une monographie a` la Xe édition de la Pharmacopée. Les fruits sont toxiques a` forte dose ; ils contiennent les mêmes principes toxiques que les feuilles. Les laboratoires homéopathiques français préparent une teinture mère à base de rameaux frais feuillés et fleuris (propriétés expectorantes, antibactériennes et antispasmodiques).

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Symbolisme :


Selon Pierre Zaccone, auteur de Nouveau langage des fleurs avec la nomenclature des sentiments dont chaque fleur est le symbole et leur emploi pour l'expression des pensées (Éditeur L. Hachette, 1856) :


LIERRE - ATTACHEMENT.

Le lierre, dit Bernardin de Saint-Pierre, dont on couronnait jadis les grands poëtes qui donnent l'immortalité, couvre quelquefois de son feuillage, le tronc des plus grands arbres. Il est une des fortes preuves des compensations végétales de la nature ; car je ne me rappelle pas en avoir jamais vu sur les troncs des pins, sapins et des arbres dont le feuillage dure toute l'année. Il ne revêt que ceux que l'hiver dépouille. Symbole d'une amitié généreuse, il ne s'attache qu'aux malheureux, et lorsque la mort même a frappé son protecteur, il le rend encore l'honneur des forêts où il ne vit plus ; il le fait renaître, en le décorant de guirlandes de fleurs et de festons d'une verdure éternelle :

Le lierre croit trouver partout des frères. (Proverbe)

D'après le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; Edition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, le lierre est :

"l'un des ornements habituels de Dionysos : vert en toute saison, il symbolise la permanence de la force végétative et la persistance du désir. De nombreuses statuettes de Tanagra s'ornent de feuilles et de baies de lierre. Elles assuraient leurs détenteurs de la protection du dieu. Est-ce pour cela que l'on a fait du lierre un symbole féminin, révélant un besoin de protection ?

Dionysos se servait de lierre, comme de la vigne, pour émouvoir d'un délire mystique les femmes qui se refusaient à son culte ; mais une fois saisies par les effluves du dieu, comme le furent les Minyades, elles couraient rejoindre les Bacchantes dans les montagnes.

Le lierre était également consacré à Attis, dont la déesse de la terre et des moissons, Cybèle, était amoureuse : il représentait le cycle éternel de la mort et des renaissances, le mythe de l'éternel retour."

Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), le Lierre (Hedera helix) a les caractéristiques suivantes :


Genre : Féminin

Planète : Saturne

Élément : Eau

Divinités : Dionysos-Bacchus et son joyeux cortège.

Pouvoirs : Protection ; Chance ; Guérison.


Utilisation rituelle : Que les rameaux de vigne (pampres) soient les attributs traditionnels du dieu du vin, on le comprend. Mais pourquoi le Lierre ? Tout simplement parce qu'il est l'« ennemi héréditaire» de la vigne qu'il ne tarderait pas à étouffer si les vignerons n'y prenaient pas garde et ne l'arrachaient pas impitoyablement. C'est probablement là, dans cette réalité toute prosaïque de cultivateur, qu'il faut chercher l'origine lointaine de la tradition qui fit du Lierre la plante qui empêche de s’enivrer.

Voilà pourquoi, dans les dionysiaques comme dans les bacchanales, le Lierre voisinait toujours avec les pampres. Bacchus est souvent représenté avec une couronne de Lierre. Les thyrses qu'aimaient brandir les membres de son cortège en étaient garnis. Satyres et silènes, Pan et Priape se ceignaient de tresses de Lierre quand ils venaient honorer leur Maître et complice par leurs farces scatologiques. Les bacchantes et les ménades qui couraient échevelées, revêtues de peaux de bêtes sauvages, autour du char du dieu avaient la tête couronnée de Lierre et le thyrse à la main. Calliope, la muse de l'éloquence, portait la même couronne, attribuée à Osiris.

Par la partie littéraire et artistique du programme, les grandes dionysiaques athéniennes ont joué un rôle prépondérant dans l'histoire de la poésie lyrique et du théâtre grecs; les poètes et les tragédiens qui y participaient ne manquaient pas de se ceindre le front de Lierre lorsqu'ils se mêlaient aux danses, jeux, festins et orgies qui se succédaient sans interruption pendant six jours et six nuits.

On jetait du Lierre sur le cercueil d'une jeune fille vierge en signe de stérilité, et des roses blanches en signe de virginité.

Aux Indes, le sommet de la montagne sacrée de Maros était envahi par un Lierre d'une épaisseur telle « qu'un bœuf s'y enfonçait jusqu'à ses cornes ».

Au Moyen Âge, le Lierre était, avec le gui, le motif le plus souvent choisi pour les enseignes de cabarets. Au bouge de la Fosse-aux-Lions, rue du Pas-de-la-Mule, où l'on vendait, disait Beautru, la « folie en bouteilles », celle-ci était servie dans des gobelets taillés dans du bois de Lierre.

Un mai de Lierre pouvait avoir deux sens diamétralement opposés : si la fille qui le recevait devant sa maison était fiancée, c'était le symbole de l'affection constante. On l'accompagnait parfois de la devise : Je meurs où je m'attache. Si elle était libre, au contraire, cela signifiait qu'elle était un vrai crampon.


Utilisation magique : Dans beaucoup de comtés anglais, les femmes, et plus particulièrement les jeunes mariées, portaient sur elles des feuilles de Lierre pour attirer la chance. Elles les retiraient toutefois pendant les grossesses.

Dans tout le monde anglo-saxon, ainsi que dans beaucoup de pays nordiques, on aime garnir les maisons avec cette plante grimpante, au point que certaines villas en sont entièrement couvertes ; ces foyers sont très bien protégés contre les influences négatives et contre les catastrophes de toutes sortes.

Toujours en Grande-Bretagne, et par extension en Nouvelle-Angleterre, les baies noires du Lierre jouent un rôle dans les vœux de fidélité et d'amour.

Pour beaucoup de chamans des régions froides, ou tempérées fraîches, le Lierre grimpant est une plante sacrée; à mesure que l'on descend vers le sud, au contraire, ces aspects positifs disparaissent, au point qu'en Sardaigne c'était la plante favorite des empoisonneuses et des sorcières.

Pour savoir si quelque chose réussira, mettez des feuilles de Lierre dans l'eau pendant neuf jours. Si les feuilles tombent au fond, l'affaire ne réussira pas; si elles surnagent au bout de ce temps, c'est bon signe.

Si une fille envoie une feuille de Lierre dans une lettre à un homme, elle est sûre de l'épouser ; mais lui mourra jeune (Clair marais, Pas-de-Calais).

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Sheila Pickles écrit un ouvrage intitulé Le Langage des fleurs du temps jadis (Édition originale, 1990 ; (Éditions Solar, 1992 pour la traduction française) dans lequel elle présente ainsi le Lierre :

Mot clef : Fidélité

Lierre, que tu revêts de grâce bucolique

Les ruines des monuments !

Et tu me plais encor sur le platane antique

Qu'étouffent tes embrassements.


Mais je t'aime, surtout, sombre et sinistre lierre,

A quelque fontaine pendu,

Et laissant l'eau couler, plaintive, dans la pierre

D'un bassin que l'âge a fendu.

Jean Moréas (1856-1910), Stances.


Le Lierre ne peut grimper de lui-même : il a besoin d'un support et, une fois qu'il l'a trouvé, rien ne peut l'en séparer, ce qui lui a donné sa valeur emblématique (« il meurt là où il s'attache »).

Dans l'Antiquité grecque et romaine, il était l'emblème de Dionysos, qui l'utilisait pour attirer les Ménades et les inciter à se vouer à son culte, et Bacchus et sa suite sont toujours représentés couronnés de Lierre. Une couronne de Lierre récompensait également les poètes grecs qui se trouvaient être particulièrement bien inspirés.

En Grèce encore, les statuettes en terre cuite étaient souvent ornées de feuilles et de baies de Lierre, censées attirer la protection du dieu représenté.

En Angleterre, cette grimpante vivace est associée au Houx pour décorer les maisons à Noël et, dans le passé, elle était censée protéger contre les esprits malins. On la suspendait aussi dans les étables pour empêcher le lait de tourner.