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La Joubarbe




Étymologie :

Étymol. et Hist. xiie s. (Gloss. B.M. Tours 433 ds Bibl. École des Chartes, t. 30, p. 327 : Barba Jovis vel semper viva, jobarbe). Du lat. jovis barba (Pline), ainsi appelée parce qu'elle est censée protéger de la foudre ou parce que ses fleurs s'étendent en panicule, v. André Bot.


Lire également la définition du nom joubarbe afin d'amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Sempervivum tectorum ; Artichaud bâtard (ariègeois) ; Artichaut d'Espagne ; Artichaut de Jérusalem ; Artichaut de muraille ; Artichaut des parois ; Artichaut des toits ; Artichaut des murs ; Artichaut fou ; Barbajou (provençal) ; Barbe de Jupiter ; Barbian ; Bourbon ; Chou de chèvre ; Erba d'oü-tron (provençal) ; Feuilles grasses ; Goubèrde ; Grande Jômbarbe ; Herbe à coupures ; Herbe à la blessure ; Herbe aux cors ; Herbe coupante ; Herbe de toit ; Herbe de Sainte-Marie ; Herbe des gouttières ; Herbe des tuiles ; Herbe du tonnerre ; Herbe sans couture (nissard) ; Jobarde ; Joubarbe des toits ; Jusbarbe ; Oignon de cheminée ; Ongle de Mars ; Ongle de Vénus ; Pomme des murs ; Toujours vive ;

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Selon Juliette Brabant, auteure d'un article intitulé "Phytothérapie familiale en Basse Normandie." (Ethnologie française, 15, 1985, 2, pp. 153-168) :


La joubarbe-des-toits, c'est "l'artichaut", parce qu'elle ressemble à un petit artichaut aux feuilles épaisses, charnues. C'est aussi "le cor", parce qu'écrasée, elle est employée en cataplasme de plante fraîche contre les cors aux pieds. Elle était autrefois, selon Eugène Rolland, "l'herbe aux couvreurs" : on avait coutume de la faire pousser sur les toits, vraisemblablement à des fins protectrices. On l'y retrouve encore, près des maisons, dans les cours d'entrée, sur les perrons, accrochée aux auges de pierre, ou dans des chaudrons remplis de terre, devenus décoratifs.

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Botanique :


Selon Laure Haefflinger auteure d'une thèse de pharmacie intitulée La joubarbe des toits, Sempervivum tectorum L., Crassulaceae. Sciences pharmaceutiques, 2006,⟨dumas-01512593⟩ la joubarbe des toits a plusieurs propriétés remarquables :


Il a été démontré que les feuilles et le jus de Sempervivum tectorum renferment des polyphénols. Dans la plante, ils sont présents dans la classe des flavonoïdes et des anthocyanes sous formes glycosylées, dans la classe des tanins sous formes de dimères de catéchines et d'épicatéchines (procyanidines B), de dimères de(-) épigallocatéchine et d'(-) épigallocatéchine-3-gallate (prodelphinidines B) et sous forme de dérivés d'acide gallique et dans la classe des acides phénols libres ou estérifiés. Des acides organiques, des polysaccharides et des minéraux ont été également identifiés. D'un point de vue quantitatif, les feuilles de Sempervivum tectorum d'origine française renferment sept fois plus de tanins que de flavonoïdes. Selon l'origine de la plante, les quantités de flavonoïdes peuvent varier mais les tanins restent toujours majoritaires. Les flavonoïdes les plus fréquemment identifiés sont le kampférol et la quercétine.

Les études concernant la Joubarbe des Toits ont mis en évidence plusieurs propriétés biologiques. Chez le rat soumis à un régime hyperlipidique, Sempervivum tectorum possède un effet hypolipidémiant qui peut s'expliquer par différents mécanismes : une diminution des lipides dans le foie et une activité anti-oxydante qui limite la peroxydation lipidique. Sempervivum tectorum permet également de réguler les minéraux toxiques dont les concentrations sont augmentées dans un foie hyperlipidique ; ce mécanisme est complémentaire de l'effet hypolipidémiant. De plus, sous l'action d'un mécanisme commun, Sempervivum tectorum a des propriétés anti-inflammatoire et analgésique chez l'animal. D'autre part, des effets anti-oxydants et anti-bactériens ont pu être mis en évidence. Enfin, à ces propriétés s'ajoute une inhibition des protéases extracellulaires, en particulier sur l'élastase.

En outre, Sempervivum tectorum semble être dénuée de toxicité, puisque les métaux lourds ne sont pas présents en quantité supérieure aux normes de la Pharmacopée européenne.

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Usages traditionnels :


Selon Charles TALON auteur de l'article intitulé "Quelques remèdes populaires du Bugey et du Bas-Dauphiné." paru dans Le Monde alpin et rhodanien. Revue régionale d’ethnologie, 1976, vol. 4, n°1, p. 85-88 :


Coupures : A Innimont, vers la même époque [1920-1930], certains faisaient couler sur la coupure le liquide issu d'une écaille de joubarbe ; on appelait celle-ci « herbe à coupures » ou « herbe coupante ».

[…]

Panaris : Placer sur le mal une ou deux feuilles d'une plante grasse ressemblant à la joubarbe et appelée « herbe de sainte Marie » , après avoir ôté la peau des écailles. (Marennes, Rhône, 1965.)

|...]

Verrues : A Innimont, Ain, on se frotte avec le liquide des écailles de la joubarbe.

Yannick Romieux, dans un article intitulé « Notte pour faire la pomade pour plusieurs maux » ou la recette d'un guérisseur vendéen. In : Revue d'histoire de la pharmacie, 78ᵉ année, n°287, 1990. pp. 449-452, note que trois ingrédients sont désignés dans cette recette de manière énigmatique. Parmi eux :


La poignée verte de petites boudinés qui sont sur les vieux murs et qui fleurissent jaune. Il s'agit de la joubarbe, plante aux fleurs à corolle jaune disposées en cimes. Selon le Livre des simples médecines [publié par P. Dorveaux, Paris, 1913, p. 180-181], elle est à utiliser fraîche contre les brûlures causées par l'eau ou par le feu en composant un onguent de son jus avec de l'huile rosat et de la cire, mais en ne l'appliquant qu'après trois jours afin que la chaleur et les vapeurs de ces brûlures s'évaporent. Dorvault indique que « la joubarbe des toits, Sempervivum tectorum, plante qui vient sur les vieux murs des fermes, les toits en chaume, et qui, jeune, a tout l'aspect d'une tête d'artichaut, a un suc styptique et passe pour antihémorrhoïdal ».

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Dans sa thèse de pharmacie intitulée La joubarbe des toits, Sempervivum tectorum L., Crassulaceae. Sciences pharmaceutiques, 2006,⟨dumas-01512593⟩ Laure Haefflinger fait le point sur les propriétés de cette plante :


1. Indications officielles : La Pharmacopée Française de 1866 reconnaissait !'utilisation des feuilles de Semperivum tectorum en phytothérapie. Cependant, l'édition actuelle de la Pharmacopée Européenne ne décrit plus cette plante. Elle n'est ni listée dans les cahiers de l'agence n°3 ni dans les monographies de l'ESCOP (European Scientific Cooperative On Phytotherapy) ni dans celle de la commission européenne.

2. Utilisations anciennes : Les premières publications concernant l'utilisation thérapeutique de Sempervivum tectorum parlent d'une action curative sur les pharyngites, les trachéites, le muguet et les otites.

2 .1. Usage externe : Dans la médecine traditionnelle, des feuilles fraîches écrasées de Sempervivum tectorum ou le suc, sont principalement employés en usage externe. Leur pouvoir rafraîchissant, astringent, analgésique et anti-inflammatoire sont utilisés pour soigner :

• des plaies superficielles : blessures, brûlures, piqûres d'insectes, ... • des affections de la bouche : inflammation de la muqueuse buccale, ulcération de la bouche, aphtes, muguet, ...

• des problèmes de peau : dartres, eczéma, gerçures des seins, ... • des affections aux pieds : verrues, cors, œil de perdrix, ... • des problèmes divers : maux de têtes, hémorroïdes, douleurs auriculaires, petites hémorragies, ..


Dans les régions alpines et en Italie, Sempervivum tectorum est utilisé sous forme d'onguent en usage vétérinaire pour traiter des plaies. Pour les cors, les durillons ou les verrues aux pieds, il faut exprimer le suc de la plante et appliquer ensuite la feuille sur le cor ou la verrue. Ceci doit être maintenu quelques instants. Il faut répéter l'opération jusqu'à l'obtention d'un résultat. Une autre opération consiste à réaliser un cataplasme de feuilles broyées mêlées à de l'huile de ricin. Ce cataplasme est utile pour toutes les inflammations. Pour les hémorroïdes, les dartres, les gerçures des seins, les plaies, les brûlures et les piqûres d'insectes, il faut réaliser des cataplasmes de feuilles fraîches aussi souvent que nécessaire. Pour soigner des problèmes de peau ainsi que contre les épanchements ou accumulations de liquides séreux dans une articulation quelconque, une pommade a base de Sempervivum tectorum peut être préparée. Il faut mélanger à feu très doux, 50 g de suc de feuilles fraîches, 50 g de saindoux et 50 g d'huile d'amande douce. Quand le mélange est homogène, il faut mélanger énergiquement jusqu'au refroidissement. Pour les ulcérations de la bouche, les aphtes ou le muguet, il faut employer la décoction de feuilles fraîches (50 g) bouillies pendant quelques minutes dans un demi-litre d'eau. Des gargarismes de 2 à 3 minutes sont alors à

réaliser 2 à 3 fois par jour. De plus, pour des angines, il est possible de mélanger 5 g de suc de Sempervivum tectorum, 50 g d'eau et 5 g de miel pour effectuer des gargarismes. Pour de petites hémorragies, une feuille fraîche épluchée stoppe l'écoulement sanguin..

2. 2 Usage interne : L'infusion préparée à partir des feuilles écrasées est recommandée pour le traitement des ulcères. Le suc est surtout employé pour traiter les diarrhées violentes, les dysménorrhées et les aménorrhées. Mais il pouvait également être utilisé pour les maladies de la vessie et les vers intestinaux.

Pour la dysenterie et les troubles intestinaux, 10 à 15g de feuilles fraîches de Sempervivum tectorum sont laissées infusées 10 minutes. Une tasse doit être bue toutes les 3 heures.


3. Utilisations actuelles : De nos jours, Sempervivum tectorum est encore employée dans certaines médecines populaires. Par exemple, une étude ethnopharmacologique a été réalisée sur l'une des plus petites ethnies d'Europe, les Istro-Romains du village de Zejane en Croatie. La pharmacopée locale et traditionnelle compte environ soixante remèdes, principalement dérivés de plantes et Sempervivum tectorum en fait partie. Son jus est instillé dans l'oreille pour calmer les douleurs liées aux otites. Des feuilles de Joubarbe macérées dans du vinaigre pendant 6 jours sont utilisées pour traiter les cors et les durillons. Le suc frais est employé pour les affections de la peau. Des emplâtres réalisés avec des feuilles de Joubarbe, de l'oignon et de la violette permettent de traiter les gerçures des mains.

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Croyances populaires :


Dans Le Folk-Lore de la France, tome troisième, la Faune et la Flore (E. Guilmoto Éditeur, 1906) Paul Sébillot recense nombre de légendes populaires :


En raison du pouvoir protecteur qu'on leur attribue, plusieurs espèces sont cultivées sur les habitations ou dans le voisinage, ou on les conserve au logis. Dans le Maine, la joubarbe qui met à l'abri des mauvais sorts, est souvent plantée sur les maisons ; en Berry où elle s'appelle meure-jamais, elle porte bonheur à celle sur laquelle elle croit et fait vivre longtemps les gens qui y demeurent. Les paysans du Tarn regardaient comme un véritable sacrilège de l'enlever ; ils la considéraient comme un préservatif contre les maladies, et quand elle était en fleur, ils en coupaient les tiges pour les disposer en croix sur la porte des étables.

[...] Les plantes qui constituent une protection contre l'orage sont assez nombreuses : tantôt elles sont efficaces par elles-mêmes, tantôt on croit que leur vertu est augmentée par une cérémonie religieuse. Il semble toutefois qu'elle est intervenue, surtout au début, pour christianiser une antique observance païenne. [...] La joubarbe se rencontre souvent sur les maisons de la Limagne d'Auvergne, mais surtout sur le mur de clôture près de la porte d'entrée.

[...] Les herbes destinées à servir de talismans aux habitations y sont quelquefois placées avec une sorte de cérémonial Le matin de la Saint-Jean, au lever du soleil, les paysans béarnais cueillent dans les vergers et dans les vignes plusieurs pieds d'herbe de la Vierge (sedum ou sempervirens) qu'ils suspendent ensuite aux planchers de leurs maisons et de leur grange en disant :

Herbe, qui t'ès arrrousade

Au cosau et dans la prade,

Biu loungtemps en ma mayson,

Ta qu'oubtienguey moun perdon,

Puisz après he-m plaa mouri,

Chausi mielhe ne pougri.


Herbe qui t'es arrosée.–Au jardin et dans la prairie. Ici longtemps dans ma maison.– Pour que j'obtienne mon pardon – Ensuite fais-moi bien mourir. Choisir mieux je ne pourrais. Pour que la protection soit reconnue entière, il faut que la plante ne se flétrisse que juste un an après, le jour encore de la Saint-Jean, au moment où elle va être remplacée.

[...] Le nouement d'aiguillette, autrefois si redouté, était efficacement combattu par quelques plantes : on se préservait aussi de cet inconvénient en mangeant de la joubarbe.

[...] En Haute-Bretagne, un homme qui mettrait de la joubarbe dans sa poche, et la ferait sentir à une fille, la contraindrait de courir après lui.

[...] En Haute-Bretagne, on dit en appliquant sur les ampoules des pieds, la joubarbe pilée avec de la graisse douce :

Joubarbe

Guéris mes pieds du mal,

Je te donnerai de la salade ;

Si tu ne les guéris pas,

Je te hacherai avec mon couteau

En plus de mille petits morceaux.

[...]

Lorsqu'un marin de Plouër (Côtes-du-Nord) s'embarque pour Terre-Neuve, on suspend un brin de joubarbe, la tète en bas, aux solives du plafond s'il y en a qui poussent et même fleurissent, c'est bon signe pour l'absent si la plante se dessèche et périt, c'est l'annonce de sa mort.

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D'après Véronique Barrau, auteure de Plantes porte-bonheur (Éditions Plume de carotte, 2012),

"Les recettes de plantes protectrices abondent mais si vous devez n'en retenir qu'une, nous vous conseillons d'orienter votre choix sur la joubarbe qui pousse sur les maisons. Surnommée "meure-jamais" dans le Berry, cette plante préserve des maladies, de la foudre, des voleurs et du mauvais œil tout en assurant aux habitants une vieillesse longue et heureuse."

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Symbolisme :


Selon la Flore Alpine (Édition Atar, Genève, 1910) de Henry Correvon et Philippe Robert :


"La joubarbe des toits est réputée diurétique et a1ltiscorbutique. Les a1lciens Danois la tenaient en haute estime car elle était consacrée au dieu Thor et préservait les habitations contre les influences diaboliques. C'est pourquoi on la plaçait sur les toits où, d'ailleurs, elle vit parfaitement, sans autre sol que celui que lui composent les détritus de ses feuilles. Chez les anciens Germains, la plante ainsi placée sur le toit préservait la maison de la foudre. Les latins la nommaient Jovis barba (Joubarbe), c'est-à-dire barbe de Jupiter, dieu de la foudre et du tonnerre, et il est plus que probable que chez eux déjà l'idée de protection des demeures était attachée la plante tectorale.

Dans "Hommages à Georges Dumézil" (Collection « Latomus », vol. XLV, 1960. Revue des Études Anciennes, 1962, vol. 64, n°1, p. 136-138), Pierre Grimal signale que :


J.-G. Préaux s'attache à identifier le « rameau d'or », qui serait une variété de joubarbe arborescente.

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Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), la Joubarbe (Sempervivum tectorum) a les caractéristiques suivantes :


Genre : Masculin

Planète : Jupiter

Élément : Air

Pouvoirs : Protection ; Chance ; Amour.


Joubarbe : Barba Jovis ou Barbe de Jupiter; qui n'a vu ces rosettes de feuilles grasses, ressemblant à de petits artichauts, dont les colonies serrées s agglutinent sur les toits de tuiles ou de chaume en plaine, et sur les rochers ensoleillés en montagne.


Utilisation rituelle : Des Joubarbes déposées sur le rebord de fenêtre d'une fille signifient symboliquement qu'elle rêvasse aux étoiles plutôt que de s'atteler aux tâches concrètes, qu'elle sera plus souvent sur le toit que dans son intérieur.


Utilisation magique : Noblesse oblige : quand on est la barbe du maître de la foudre, du tonnerre et des éclairs, le moins que l'on puisse faire, lorsqu'on pousse sur le toit d'une maison, c'est de protéger ceux qui y demeurent contre le tonnerre, le sort et les maladies...

Si vous rencontrez souvent ces curieux petits « artichauts des tuile. » en vous promenant, tant mieux pour vous : ils sont porte-chance et favorisent les rentrées d'argent.

Les muets qui y touchent se font comprendre plus facilement (Villefranche d’Albigeois, Tarn).

La « grande jômbarbe » est aussi utilisée pour susciter des sentiments tendres ; si vous la cueillez dans ce but, il convient de le faire au crépuscule, par temps couvert. On portera sur soi un ou deux artichauts bien frais, et on les renouvellera souvent en prélevant les remplaçants sur la même colonie.

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