Solstice d'été
- Anne

- 21 juin 2015
- 35 min de lecture
Dernière mise à jour : 8 janv.
Croyances populaires :
Selon Jacques Albin Simon Collin de Plancy, auteur du Dictionnaire infernal, ou bibliothèque universelle, sur les êtres, les personnages, les livres, les faits et les choses : qui tiennent aux apparitions, à la magie, au commerce de l'enfer, aux divinations, aux sciences secrètes, aux grimoires, aux prodiges, aux erreurs et aux préjugés, aux traditions et aux contes populaires, aux superstitions diverses, et généralement à toutes les croyants merveilleuses, surprenantes, mystérieuses et surnaturelles. (Tome troisième. La librairie universelle de P. Mongie aîné, 1826) :
FEU DE LA SAINT-JEAN.- En 1634, l'ignorance, la superstition et l'idolâtrie exerçaient encore tellement leur empire à Quimper, en Bretagne, que les habitants mettaient des sièges auprès des feux de joie de la Saint-Jean, pour que leurs parents morts pussent s'y chauffer à leur aise. La veille de cette fête, en plusieurs endroits de la Basse-Bretagne, on permettait au peuple de danser une partie de la nuit dans les chapelles.
On réserve, en Bretagne, un tison du feu de la Saint-Jean pour se préserver du tonnerre. Les filles, pour être sûres de se marier dans l'année, sont obligées de danser autour de neuf feux de joie dans cette même nuit ce qui n'est pas difficile ; car ces feux sont tellement multipliés dans la campagne, qu'elle paraît illuminée. On conserve ailleurs la même opinion, qu'il faut garder des tisons du feu de la Saint-Jean comme d'excellents préservatifs qui, de plus, portent bonheur. Enfin c'est dans la nuit de la Saint-Jean qu'on guérissait miraculeusement les épileptiques, à Saint-Maur-des-Fossés.
A Paris, autrefois, on jetait deux douzaines de petits chats (emblêmes du diable) dans le feu de lạ Saint-Jean, parce qu'on était persuadé que les sorciers faisaient leur grand sabbat cette nuit-là. On disait aussi que la nuit de la Saint-Jean était la plus propre aux maléfices, et qu'il fallait recueillir cette nuit-là toutes les herbes dont on avait besoin pour les sortilèges.
Dans le Dictionnaire de la France mystérieuse - Croyances populaires, superstitions, sorcellerie, rites magiques (Editions Omnibus, 2016) Marie-Charlotte Delmas consacre un article à la Saint-Jean :
Saint-Jean (fête de la) : La fête de la Saint-Jean, dont le caractère sacré est indéniable, est très ancienne. On peut lire dans un sermon attribué à saint Eloi au VIIe siècle : « Que nul, à la fête de saint Jean ou à certaines solennités des saints, ne s’exerce à observer les solstices, les danses, les caroles et les chants diaboliques. »
Cette fête a beaucoup intéressé les folkloristes qui ont élaboré diverses théories. Pour la plupart d’entre eux, il s’agit d’un rite antique en lien avec le solstice d’été. Arnold van Gennep, toujours très prudent avec la théorie de la survivance de rites gaulois ou gallo-romains, s’interroge sur cette concordance en faisant remarquer que le solstice a lieu le 21 juin tandis que la Saint-Jean se tient le 24 juin. Il accepte néanmoins l’hypothèse qu’il ait pu exister à cette période, de la Saint-Jean à la Saints-Pierre-et-Paul (29 juin), un cycle cérémoniel magique primitif.
Ce décalage pourrait en effet poser problème s’il n’était pas assez récent dans notre histoire. En effet, dans le calendrier julien, le solstice d’été était fixé au 24 juin et le solstice d’hiver au 25 décembre. En revanche, le rattachement de la Saint-Jean à un ancien culte solaire, largement prôné par les auteurs du XIXe siècle, est plus douteux. Sur ce point, van Gennep rappelle qu’aucun culte directement consacré au soleil en tant que divinité n’existe en tant que tel dans les civilisations qui auraient pu avoir une influence sur les traditions françaises, voire européennes. Quant au lien avec le saint du jour, il est quasiment inexistant, même si on trouve ici ou là de petites légendes tardives qui l’impliquent dans la magie des herbes, par exemple, auxquelles il donnerait des vertus merveilleuses.
La Saint-Jean est une période particulièrement puissante d’un point de vue magique et cette magie n’a rien à voir avec le christianisme. Plusieurs gestes et rites évoqués tout au long de cet ouvrage acquièrent ce jour-là un pouvoir décuplé. C’est aussi l’un des moments, avec la nuit de Noël et le jour des Rameaux, où les trésors cachés se dévoilent pendant un court moment.
Les croyances liées à ce temps sacré sont toujours très vivaces au XIXe siècle, voire dans le premier tiers du XXe siècle, et leur paganisme n’a pas pu être enrayé, même si, assez tardivement, les curés se sont mis à bénir le feu traditionnel pour lui donner un semblant de religion. Ce n’est pourtant pas faute pour l’Eglise d’avoir vigoureusement condamné les rites païens, y compris les feux, les danses et les chants qui accompagnent la fête de la Saint-Jean.
Le soleil de la Saint-Jean : Parmi les nombreux rites magiques relevés pour la Saint-Jean au XIXe siècle, peu sont directement liés au soleil. Ce jour-là, dans les environs de Dinan, les Bretons se tournent vers le soleil à midi et font faire la même chose à tous leurs bestiaux afin que les rayons leur apportent toute l’année santé et prospérité. Dans plusieurs provinces, les villageois grimpent sur des collines pour observer le soleil ; les habitants de Marat (Puy-de-Dôme) et des environs se rendent au sommet de Pierre-sur-Haute, point culminant des monts du Forez, pour assister au lever du soleil. Ils disent qu’ils vont voir se lever le « chaudron », car ce jour-là le soleil est sans éclat quand il apparaît, noirci comme le fond d’un chaudron. Ceux de Giat (Puy-de-Dôme) qui assistent au lever du soleil sur la butte de Saint-Michel, dans la Creuse toute proche, disent qu’il danse en se levant. Les Vosgiens qui vont au Saint-Mont, vers Remiremont, racontent que le soleil fait trois sauts en s’arrêtant trois fois dans son ascension. Ces trois sauts sont également relevés dans l’île de Noirmoutier (Vendée), en Touraine, dans le Maine ou le Bocage normand.
Le feu de la Saint-Jean : Bien que la tradition du feu de la Saint-Jean soit très répandue en France, elle ne semble pas avoir été générale, ce qui est aussi le cas pour des pays limitrophes tels l’Allemagne ou la Suisse. Par ailleurs, les feux ne sont pas systématiquement installés dans les lieux qui ont saint Jean pour patron et ne sont donc pas liés à son culte. En outre, une même commune peut accueillir plusieurs bûchers : dans le Perche, on en allume un dans chaque ferme ; ailleurs, les bergers et les pâtres font parfois leurs propres feux. Le feu traditionnel a partout lieu le 23 juin au soir, mais l’importance de la veille, ou vigile, est une constante pour beaucoup de fêtes et de grands événements familiaux.
Les feux sont installés sur une place, dans une grande rue, à un carrefour, souvent sur des hauteurs, c’est-à-dire un lieu collectif où il peut être vu de tout le monde, à distance des habitations afin d’éviter tout risque d’incendie. Toutes ces données, de même que celles qui suivent, sont antérieures au XIXe siècle mais toujours relevées à cette époque, comme en témoignent les exemples localisés cités dans cet article.
En règle générale, les bûchers sont alimentés par les paysans eux-mêmes, chacun apportant son fagot de bois. Cet élément contribue au caractère communautaire de ce feu. Dans plusieurs cantons de Seine-et-Marne et de Lorraine, de même qu’en Corse, on assiste à une sorte de vol du bois par les enfants ou les jeunes gens, lequel s’apparente à un vol magique, plus ou moins bien accepté par les propriétaires. A Valenciennes, les jeunes gens armés de bâtons s’introduisent dans les maisons pour exiger qu’on leur remette le bois. A Cambrai, de jeunes garçons déguisés en soldats se livrent à une bataille à l’issue de laquelle les vainqueurs s’emparent du bois des vaincus.
La tradition des « feux d’os », feux dans lesquels sont brûlés des ossements d’animaux morts, n’a été relevée qu’en Picardie. Toujours vivace au début du XXe siècle, elle est déjà mentionnée au XIIe dans un ouvrage de Jean Beleth, lequel explique que cette fumée permet de chasser les dragons qui infestent l’air, l’eau, la terre, et laissent tomber leur sperme dans les puits et les eaux courantes (Tractatus, 1165).
Le feu fait l’objet d’un grand nombre de pratiques magiques dont les plus importantes sont énumérées en 1665 dans Instruction populaire touchant l’origine et la façon de faire le feu de la Nativité de saint Jean-Baptiste pour en ôter les abus et les superstitions. Il n’est pas chrétien « de faire certains tours ou cercles autour du feu, de faire faire la même chose à des animaux, d’en emporter de petits tisons, des charbons, de la cendre, de porter des ceintures d’herbes, de jeter et passer par-dessus le feu des faisceaux d’herbes… », ainsi que de danser ou chanter.
Afin de modérer son caractère superstitieux et de tenter de le christianiser, le feu finira par être bénit par le curé de la paroisse ; il sera parfois même allumé par lui. Cela ne changera pas grand-chose aux pratiques magiques qui y resteront attachées.
Les animaux dans le bûcher : Le placement d’animaux dans le bûcher a fait couler beaucoup d’encre, à tel point qu’il est devenu un des grands mythes de la Saint-Jean, notamment en ce qui concerne les chats, et d’aucuns n’ont pas hésité à relier cette pratique à une tradition d’origine gauloise. Ils se réfèrent à un texte de Posidonius (né vers 135 avant l’ère chrétienne), repris par César et Strabon. Selon César, les Gaulois se livreraient à des sacrifices humains en plaçant des hommes vivants dans des mannequins d’osier auxquels ils mettent le feu. Strabon y ajoute les animaux qui seraient enfermés avec les humains.
Cependant, il semble que cet usage ne fut pas si courant en France. Par ailleurs, les animaux sacrifiés font partie des nuisibles, tant en ville qu’à la campagne. Il semble donc plus juste de relier cette pratique à un rite magique destiné à s’en débarrasser. A Luchon et à Ax-les-Thermes, villes thermales, on place des couleuvres dans une colonne d’osier ou directement dans les fagots. En 1934, la Société protectrice des animaux intervint pour faire cesser cet usage et le curé menaça, quant à lui, de ne plus bénir le feu.
C’est aussi vraisemblablement pour chasser les crapauds qu’on en suspendait un au mât central du bûcher dans certaines localités de la Creuse et de la Charente. Dans l’Aude (Mas-Cabardès), on exposait un renard au feu pour se protéger des attaques de ses congénères. Les folkloristes qui font état de ces traditions à la fin du XIXe siècle emploient l’imparfait, car elles ne sont plus en usage à cette époque.
En ce qui concerne les chats, on trouve peu d’exemples en dehors de celui de Paris, resté fameux. A l’exception d’un témoignage vosgien, non localisé ni daté, qui évoque une cage de chats noirs accrochée au mât du bûcher, cette pratique concerne surtout les villes, où la surpopulation des félins était probablement une nuisance. D’anciens registres de la ville de Metz mentionnent des chats, à propos de leur coût, en 1673 et en 1745, où l’on en paya six, mais il est aussi question de trois lapins en 1641. La coutume fut supprimée au XVIIIe siècle. Selon un folkloriste messin, ce serait la maréchale d’Armentières, femme du commandant de la province, qui y aurait mis fin en 1763 (A. Benoist, 1900). Pour Paris, les commentateurs se réfèrent à un document de 1573, cité par Henri Sauval dans son Histoire et recherches des antiquités de la ville de Paris (1724). On y évoque le prix que l’on paye à Lucas Pommereux, commissaire des quais de la ville de Paris, pour avoir fourni durant trois ans les chats pour le feu, mais aussi un renard en 1572. On raconte qu’en 1648, le jeune Louis XIV, chargé d’allumer le feu, demanda que l’on épargne les chats, ce qui aurait mis fin à cette cruelle tradition.
Le feu, la ronde et les sauts : La ronde autour du feu de la Saint-Jean est une pratique générale. Rite magique universel, cette circumambulation s’effectue une ou plusieurs fois selon les lieux. Parmi les exemples relevés au XIXe siècle : les femmes de Bazicourt (Oise) font trois fois le tour du feu en portant leur bébé afin d’attirer la chance sur lui ; à Cormery (Indre-et-Loire), les trois tours sont destinés à ne pas avoir de furoncles de l’année et, en Lorraine, les femmes se préservent ainsi du mal de dos occasionné par la moisson ; les vieilles de la Bresse tournent quatorze fois pour se protéger des maux de reins ; neuf fois pour les jeunes Creusois de Chavanat s’ils veulent se marier dans l’année ; pour obtenir le même résultat, les jeunes filles doivent danser en cercle autour de neuf feux dans plusieurs régions (notamment le Berry, le Gers, le Dauphiné).
Le rite magique du saut par-dessus le feu – partiellement effondré – est particulièrement répandu en France. Comme souvent, les raisons de ce geste diffèrent selon les endroits, voire d’une commune à l’autre, mais on l’effectue généralement pour se préserver des maladies, voire des maléfices, ou pour se marier dans l’année. Parmi les petites variantes de ce rite, on relève qu’il faut franchir neuf fois le feu dans le Béarn pour rendre son année prospère ; à Saint-Céré (Lot), trois fois pour se marier, tandis que les Gersois doivent le sauter à pieds joints pour ne pas souffrir des pieds.
Les vertus de la fumée : Les feux de la Saint-Jean doivent dégager beaucoup de fumée, c’est pour cela qu’on y ajoute des herbes et du bois vert. La fumigation prophylactique, technique déjà employée dans beaucoup de traditions antiques ou chamaniques, s’opère sur les plantes, les animaux, mais aussi sur les humains.
Le « fumage » des bestiaux se pratique généralement par la traversée du feu lorsqu’il est presque éteint. On les garde ainsi en bonne santé et on les protège des sorciers. Cet usage, toujours relevé au XIXe siècle, fait partie des superstitions dénoncées par l’abbé Thiers au XVIIe siècle.
La fumigation des personnes, que l’on trouve mentionnée dans beaucoup d’endroits, est destinée à préserver des maléfices, des maladies en général ou de certains maux spécifiques, notamment les rhumatismes (Haute-Vienne, Périgord, Gers) ou la diarrhée (Touraine). La méthode la plus simple consiste à se placer près du feu. Dans le Perche, il faut passer la tête dans la fumée ; dans la Creuse, la femme la plus âgée fait sauter sur place les jeunes enfants, près du bûcher, à trois reprises.
Le balancement d’une personne au-dessus du feu, en la tenant par les bras et les jambes, est souvent présenté comme une sorte de jeu pratiqué par les jeunes gens. On trouve cependant ce procédé mentionné pour donner de la force aux enfants chétifs (Finistère), pour les faire grandir (Charente) ou encore pour les préserver des fièvres (Limousin).
Comme les bestiaux, les humains effectuent également la traversée du feu. Dans le Berry, les parents passent avec leurs enfants dans les bras ; de même dans le Minervois ou la Haute-Vienne, où l’on explique que c’est pour les aider à grandir.
Le fumage des plantes étant lié au renforcement des vertus magiques que certaines d’entre elles acquièrent à la Saint-Jean, ce point est traité plus loin, dans la partie consacrée aux herbes de la Saint-Jean.
Les pierres et le feu : Une tradition assez fréquente allie les pierres et le feu. Pour avoir de belles raves, on jette des pierres dans le bûcher ; le lendemain, on les récupère pour les répandre dans les champs. Pour les raves plates, on placera des pierres plates autour du feu (Creuse).
Dans le Poitou ou en Touraine, les pierres sont préalablement marquées d’une croix. Il s’agit là d’un élément de christianisation du rite, lequel n’est d’ailleurs pas le seul. En effet, on explique que ces pierres permettront aussi à la Vierge de venir s’y asseoir. Dans le Limousin, les pierres installées autour du feu sont également destinées à la Vierge qui viendra y peigner les cheveux de Jésus. Pour preuve, on trouve sur ces pierres quelques cheveux que l’on ramasse et que l’on conserve en guise d’amulettes protectrices – il s’agit en fait de fibres de fougère calcinées. On dit parfois dans le Poitou que ce sont les cheveux de saint Jean.
Dans les Deux-Sèvres, lorsque le bûcher commence à décliner, un homme roule la plus grosse pierre qu’il peut trouver et la place au centre, ce qui permet d’avoir de grosses citrouilles et de belles raves.
Dans le Béarn, la pose de trois pierres dans le feu est un rite de protection contre les forces maléfiques. La première préserve des sorts, la deuxième d’une mauvaise mort et la troisième des sorcières.
En Basse-Bretagne, c’est en direction des morts que l’on place des pierres autour du brasier, selon un rituel bien précis. Lorsque le feu s’éteint, les assistants récitent une prière, puis tournent en rond autour du foyer en file indienne. Au troisième tour, chacun ramasse un caillou et le jette dans le feu. On pense ainsi que lorsque les vivants auront quitté les lieux, les morts viendront s’asseoir sur ces pierres, au milieu des cendres chaudes, car ils ont toujours froid. Le lendemain, on revient observer les pierres et si l’une d’elles a été retournée, la personne qui l’a posée peut s’attendre à mourir dans l’année. Cette coutume, signalée en 1824 dans le Morbihan, figure déjà dans un texte du début du XVIIe siècle (Antoine Verjus, La Vie de Monsieur Le Noblez).
Les tisons et les cendres : Les débris du feu de la Saint-Jean possèdent une force magique. Ce pouvoir n’est pas en relation avec la bénédiction du bûcher, qui n’est pas générale et d’ailleurs postérieure à cette croyance (probablement au XVIIIe siècle ou au début du XIXe), laquelle est uniquement liée au caractère sacré du feu.
L’importance des tisons, ainsi que leur récupération par les participants, est souvent signalée par les folkloristes du XIXe siècle. Certains sont d’ailleurs utilisés pendant le feu alors que les tisons sont enflammés. Dans les Pyrénées-Orientales, on donne un tison à quatre vieillards qui doivent les lancer vers les quatre points cardinaux en disant : « Ceci est pour mon champ [de tel endroit] ! Cela est pour mon champ [de tel autre endroit] » ; en Touraine, une personne est chargée de lancer des tisons en énumérant les fermes qui se trouvent dans ces quatre directions.
Les tisons recueillis lorsque le feu est éteint ou près de s’éteindre sont conservés et placés, selon les localités, sous un meuble, sur la cheminée ou sur le toit. On leur ajoute parfois une touche de religion en les plongeant dans l’eau bénite. On s’en sert également pour tracer des croix sur les portes de tous les bâtiments de la ferme (Creuse, Gers). Par magie analogique, les tisons ont partout le pouvoir de protéger des incendies et de la foudre. Lorsque l’orage menace, on en jette souvent un dans le feu de la cheminée. Ceux que l’on plante ou que l’on disperse dans les champs protègent aussi les cultures des ravages de l’orage et de la grêle.
La puissance magique des tisons de la Saint-Jean fait l’objet de bien d’autres applications locales : ils protègent des voleurs (Pas-de-Calais), des maladies et des accidents (Quercy, Seine-et-Marne) ; dans le Cambrésis, on s’en sert pour frotter la tempe des vieillards afin de leur redonner de la vigueur ; à Villefranche-de-Rouergue (Aveyron), ils assurent du bonheur à la famille pour un an ; dans le potager, ils repoussent les chenilles et les limaces (Allier, Moselle) ; ils aident les poules à pondre (Charente, Touraine) et, dans plusieurs régions, écartent les puces et la vermine des habitations.
Ils sont aussi très efficaces contre les maléfices. Placés sous le lit, ils font fuir les sorcières (Haute-Garonne) et, lancés sur le toit, ils préservent le bétail des sortilèges (Creuse). En Corse, on les enfouit dans un tas de maïs pour empêcher les sorcières d’enlever le grain.
Les cendres du feu de la Saint-Jean sont également chargées de magie. Elles préservent de la grêle (Ardennes), des mites dans les armoires (Alpes-Maritimes) et des limaces et autres animaux nuisibles dans les potagers (Ariège). On les répand dans les champs pour protéger les récoltes (Loiret, Charente), en chasser les mauvaises herbes (Poitou, Aveyron) et les esprits malfaisants (Aisne). Elles ont également un pouvoir fertilisant et aident à faire pousser le blé (Auvergne) ou toute autre culture (Basse-Bretagne).
La traversée des animaux dans les braises peut aussi s’effectuer le lendemain dans les cendres. C’est notamment le cas pour les moutons et les brebis, qui les « piétinent » afin de ne pas être victime du piétin, maladie qui attaque les sabots. A Aigre (Charente), la bergère touche chaque mouton avec un balai de branches fumé au feu de la Saint-Jean. Elle marque les agneaux en trempant préalablement le balai dans les cendres.
Dans les Landes, les enfants fouillent les cendres avant le lever du soleil pour y dénicher des poils de la barbe de saint Jean, probablement des herbes calcinées. Ceux qui en trouvent sont assurés d’une vie heureuse et sont à l’abri des maux blancs (panaris).
Lorsque le bûcher est paré d’un mât auquel on a suspendu une couronne de fleurs, celles-ci sont récupérées quand elles tombent, aussi précieusement que les tisons.
Les brandons de la Saint-Jean : La tradition des brandons, torches que l’on promène dans la campagne, est moins répandue à la Saint-Jean que pendant la période du Carême ou celle des douze jours de Noël. Les témoignages révèlent une pratique éparse qui ne couvre pas des départements ou des cantons entiers. Par ailleurs, la fonction prophylactique de ces feux mobiles est rarement mentionnée.
En revanche, les roues de paille enflammée que l’on fait rouler semblent propres à la Saint-Jean. Le peu d’occurrences dont nous disposons ne nous permet pas de savoir si cette pratique était jadis plus fréquente. Cette tradition est toutefois ancienne. On trouve des feux avec roue mentionnés à plusieurs reprises dans des archives alsaciennes du XVe au XVIIe siècle. Dans les Vosges, un document d’Epinal de 1575 la nomme « roue de la fortune ». Selon quelques témoignages, ce rite se poursuit dans quelques localités au XIXe siècle. Au Thillot (Vosges), on lance la roue du haut d’une montagne. Dans la Moselle, selon un relevé du premier tiers du XIXe siècle, on la lâche du sommet du Stromberg afin d’assurer de bonnes récoltes. Dans le Poitou, les roues allumées à l’aide d’un cierge bénit sont aussi censées fertiliser les champs.
Van Gennep, qui réfute l’idée que ces roues aient pu avoir un quelconque rapport avec un prétendu culte solaire, souligne à juste titre la puissance magique du roulement que l’on retrouve dans d’autres rites de magie populaire.
Les eaux de la Saint-Jean : L’eau bénéficie de la magie de la Saint-Jean et acquiert des vertus merveilleuses qui varient selon les lieux. De même, les conditions de sa récupération et de son utilisation sont propres à chaque province, canton ou village. Les pratiques qui suivent, à titre d’exemples, sont encore en usage au XIXe siècle et certaines sont toujours vivaces au début du XXe siècle.
Dans plusieurs localités de Touraine, l’eau de la fontaine doit être puisée à minuit, au lever du soleil de la Saint-Jean ou juste avant. Elle servira ensuite à calmer les maux d’yeux. Aspergée sur les blés, elle les empêche de noircir et, sur les vignes, chasse les rats. A Lucé (Eure-et-Loir), c’est aussi à l’aube de la Saint-Jean que l’on recueille dans une mare une eau qui préserve des rongeurs tout au long de l’année les granges sur lesquelles on la répand. Dans le même département, à Combres, l’eau récupérée le matin de la Saint-Jean servira plus tard à faire le cidre, ce qui le rend meilleur et permet une bonne conservation. A Houdain (Pas-de-Calais), l’eau puisée dans la nuit du 24 juin est conservée pour les accouchements difficiles.
A Dax (Landes), au début du XIXe siècle, on vient encore pendant la nuit de la Saint-Jean se laver les yeux dans l’eau de pluie qui stagne entre les racines apparentes du chêne gigantesque de Quillacq, dit « Chêne des fées », pour se protéger des ophtalmies. En 1939, les vieilles personnes de Bize (Aude) vont toujours baigner ce jour-là leurs yeux dans une source. A Maméas, commune de Céaux-d’Allègre (Haute-Loire), on se préserve des maladies en se lavant les mains et les pieds dans un ruisseau avant le lever du soleil ; dans les environs de Morlaix (Finistère), on se protège ainsi des engelures. C’est aussi avant le lever du soleil que les paysans de Sare (Pyrénées-Atlantiques) lavent leur visage à la fontaine pour éviter les maladies cutanées et les maux de tête. On dit dans les Hautes-Alpes que l’aspersion du jardin avec l’eau du jour de la Saint-Jean donne de bonnes récoltes.
Comme tout ce qui est inaugural, la première eau de la Saint-Jean est d’autant plus agissante. Dans la Creuse, les habitants de Chavanat se lavent le visage dans le premier ruisseau qu’ils trouvent en revenant du feu traditionnel afin d’être protégés des piqûres de moustiques ; dans le canton de Bonneval (Eure-et-Loir), le premier seau d’eau tiré du puits à minuit la nuit de la Saint-Jean agit contre toutes sortes de fièvres. C’est encore cette nuit-là que, dans le Berry, celui qui parvient à puiser l’eau avant tous ses voisins est promis au bonheur.
Certaines fontaines guérisseuses ont un pouvoir accru à la Saint-Jean ou ne sont utilisées qu’à cette période. C’est le cas de la fontaine de Barcelonne-du-Gers dédiée à saint Jean (Gers). Elle est vidée la veille du 24 juin, et chacun vient le lendemain tremper un linge neuf dans la nouvelle eau qui coule, vierge de lessive, et s’en frictionne le front pour guérir les maux de tête. On invoque ensuite le saint pour lui demander de transférer son mal à qui il veut ; ce sont le plus souvent les chardons qui en font les frais, ce qui explique que leurs têtes se dessèchent. La fontaine de Gourbit (Ariège) devient d’une grande efficacité contre les rhumatismes le jour de la Saint-Jean. Pour cela, avant le lever du soleil, on vêt le malade d’une chemise préalablement trempée dans l’eau glacée. Ce même jour, au Donzeil (Creuse), les mères viennent plonger les pieds de leurs bambins pour favoriser leur marche. Il en va de même à la fontaine de Saint-Jean-Pierre-Fixte (Eure-et-Loir), dans laquelle on les baigne nus. Avant de repartir, les femmes accrochent les chaussettes ou les sabots des petits sur une barrière proche en guise d’ex-voto. On va prier à la fontaine de Rion-des-Landes (Landes) pour guérir l’épilepsie, à celle de Mios (Gironde) pour les maux de tête, à celle de Lamothe (Gironde) pour les maux d’yeux ou à celle de Bourg-en-Bresse (Ain) contre les coliques des enfants.
L’eau de mer est également touchée par la grâce de la Saint-Jean. On trouve essentiellement l’usage des bains de mer sur les rivages méditerranéens et ceux du sud de l’Atlantique. Le jour de la Saint-Jean, on trempe les enfants pour les fortifier et pour les aider à marcher (Hyères, Var) ; les adultes se baignent pour se protéger des fièvres (Bouches-du-Rhône). On fait aussi passer les chevaux dans la mer pour qu’ils restent en bonne santé à Port-La-Nouvelle (Aude), aux Saintes-Maries-de-la-Mer (Bouches-du-Rhône) ou à Banyuls (Pyrénées-Orientales). Dans cette dernière commune, les villageois se baignent également, au lever du soleil, le jour de la Saint-Jean, pour soulager leurs maux ; dans les Landes, la veille, avant l’aube.
Divination : Les rites divinatoires qui s’effectuent à la Saint-Jean sont généralement destinés à se renseigner sur un futur mariage. L’abbé Thiers rapporte au XVIIe siècle un procédé destiné à connaître la couleur des cheveux de la femme que l’on doit épouser : le garçon doit « tourner trois fois autour du feu de la Saint-Jean, et lorsque le bois sera à demi consumé, il prendra un tison, il le laissera éteindre, puis il le mettra, le soir, avant que de se coucher, sous le chevet de son lit ; et le lendemain, il trouvera autour de ce tison des cheveux qui seront de la couleur de ceux de sa future épouse ». Et l’auteur d’ajouter : « Il faut que tout ce ridicule manège se fasse à yeux clos ; autrement, on n’en a pas le succès qu’on en espère. »
Au XIXe siècle, dans la Gironde, les filles lancent une pièce de monnaie dans le feu et reviennent la chercher le lendemain ; puis elles l’offrent à un mendiant en lui demandant son prénom, qui sera à coup sûr celui de leur futur mari. A Besançon, les jeunes gens des deux sexes se rendent sur la place Saint-Jean, à la tombée de la nuit. Les uns derrière les autres, ils font trois fois le tour de la place en silence. Une fois rentrés chez eux, ils jettent un soulier sous leur lit et verront en songe la personne qu’ils épouseront.
Tandis qu’on allume le feu, les jeunes Ariégeoises déposent à la surface d’un ruisseau des couronnes de fleurs sur lesquelles elles placent une luciole. Si celle-ci continue de briller, elles se marieront bientôt, mais si la couronne s’enfonce dans l’eau, ce ne sera pas le cas. Dans le Berry, ce sont les sources que viennent observer les jeunes filles ; elles s’y mirent aux premiers rayons du soleil et voient se refléter à côté de leur visage celui de leur futur époux.
En Gironde, avant de se marier, pour savoir si l’on sera heureux en ménage, on transplante un pied d’herbe de Saint-Jean dans un pot. S’il continue à bien pousser, la réponse est positive et le bonheur du couple croîtra comme la plante. Dans ce même département, ainsi qu’en Ariège, les jeunes filles cassent un œuf frais durant la nuit de la Saint-Jean et le placent sur le rebord de leur fenêtre. Le lendemain, les figures formées par le blanc donnent des indications sur le métier de leur futur mari.
*
*
Symbolisme :
Adolphe de Chesnel, auteur d'un Dictionnaire des superstitions, erreurs, préjugés, et traditions populaires... (J.-P. Migne Éditeur, 1856) propose la notice suivante :
FEUX DE LA SAINT-JEAN. L'origine de ces feux remonte à la plus haute antiquité. Dans le même mois où nous les allumons, c'est-à-dire en juin, les Grecs célébraient, en l'honneur de Diane, une fête qu'ils appelaient les Lophries, et, le jour du solstice. on incendiait un bûcher sur lequel étaient placés, comme offrande, des fruits et des animaux. Selon Gébelin, cette coutume d'allumer des bûchers à l'époque du solstice, aurait succédé aux feux sacrés qu'on embrasait alors à minuit chez les Orientaux, qui figuraient par cette flamme le renouvellement de l'année, et rendaient en même temps un culte au soleil. Ces feux de joie étaient accompagnés de vœux et de sacrifices pour la prospérité des peuples et des biens de la terre. On dansait autour, et les plus agiles sautaient par-dessus. En se retirant, chacun emportait un tison plus ou moins grand, et le reste était jeté au vent, pour qu'il emportât tous les malheurs comme il emportait les cendres. Plusieurs siècles après, lorsque le solstice ne fit plus l'ouverture de l'année, on continua néanmoins l'usage des feux à la même époque, par suite de l'habitude et des idées qu'on y avait attachées. Les Russes célébraient aussi, dans les temps reculés, une fête en l'honneur de Rupal, déesse des fruits, et elle avait lieu le 24 juin, c'est-à-dire avant la récolte du blé. On l'inaugurait par des feux de joie, et, aujourd'hui encore, les habitants de cette contrée donnent le nom de Rupal-Nisa, à la bienheureuse Agrippine, dont ils célèbrent la fête le jour de notre Saint-Jean. En France, la coutume des feux, au solstice, a été et est toujours générale dans les provinces.
Autrefois, à Paris, le roi assistait à la cérémonie du feu de la Saint-Jean, qui avait lieu sur la place de Grève, et cet usage remontait au moins au règne de Louis XI. On plantait, au milieu de la place, un mât de vingt mètres de hauteur, hérissé de traverses de bois auxquelles on attachait un nombre considérable de bourrées, de cotrets et de pièces d'artifices ; puis on amoncelait au pied du gros bois et de la paille. On avait aussi la coutume barbare de suspendre au mât un grand panier qui contenait des chats et des renards destinés à être brûlés vifs, mais qui, avant d'être atteints par la mort, poussaient des cris horribles. Quand le feu avait tout consumé, le roi montait à l'hôtel-de-ville, où on lui servait une collation. Les Bretons conservent avec soin un tison du feu de la Saint-Jean, qu'ils placent près de leur lit entre une branche de buis bénit le dimanche des Rameaux et un morceau de gâteau des Rois. Ces objets réunis doivent les préserver du tonnerre. La couronne de fleurs qui surmonte le bûcher est aussi un trésor qui excité la convoitise ; car elle est une sorte de talisman contre les souffrances physiques et morales. Les jeunes filles portent même les fleurs fanées de cette couronne suspendues sur leur poitrine par un fil de laine rouge. Celles qui désirent se marier dans l'année ont le soin aussi de se mettre en danse, dans une même nuit, autour de neuf bûchers de la Saint-Jean.
Dans le département de la Dordogne , chaque habitant fournit pour le feu son contingent de fagots et de sarments ; on couvre le bûcher de fleurs et principalement de roses et de lis ; on l'allume avec pompe en présence des autorités civiles et religieuses ; et lorsqu'il est éteint, on recueille précieusement les cendres, les charbons et les petits tisons, car tous ces débris doivent préserver de la foudre et de mille autres accidents.
Dans celles des communes de la Provence qui avoisinent les montagnes, les habitants se rendent sur celles- ci le jour de la Saint-Jean, avant le lever du soleil, pour assister à son apparition sur l'horizon, laquelle est accueillie par des cris de joie et le son des cornets et des cloches, mises en branle de toutes parts. Mais dans l'intervalle qui s'écoule entre l'aube et le lever de l'astre, les pèlerins ramassent des plantes aromatiques qu'ils introduisent à leur retour dans des flacons d'huile d'olive. Ils appellent cette infusion oli-rongé, et la considèrent comme un spécifique pour diverses maladies et surtout les blessures. La journée se termine par des feux autour desquels on danse la falandoule.
A la Ciotat, dans la même province , un coup de canon donne le signal pour allumer le feu, et pendant qu'il élève ses flammes dans l'air, les jeunes gens se jettent à la mer pour s'y asperger réciproquement, ce qui figure pour eux le baptême du Jourdain. A Vitrolles, les habitants vont prendre, dans la même circonstance, un bain qui doit les préserver de la fièvre pendant toute l'année ; et, aux Saintes-Maries, ce sont les chevaux que l'on oblige à prendre ce bain, attendu qu'ils ne peuvent alors être atteints par la gale.
Dans le département de la Vienne, la veille de la Saint-Jean, et après le coucher du soleil, chacun porte son fagot sur la place ; on forme du tout une pyramide, et le doyen d'âge y met le feu. Dès que la flamme s'élève en pétillant, et avant de se mettre à danser, on fait passer dans cette flamme un gros bouquet de bouillon blanc et de branches de noyer, lequel bouquet est destiné à être placé, le lendemain avant l'aurore, sur la porte de la principale étable, comme préservatif des maladies et des sortilèges.
A Brest, vers le soir, Emile Souvestre dans ses Derniers Bretons , trois à quatre mille personnes accourent sur les glacis . Enfants, ouvriers, matelots, tous portent à la main une torche de goudron enflammée, à laquelle ils impriment un mouvement rapide de rotation. Au milieu des ténèbres de la nuit, on aperçoit des milliers de lumières agitées par des mains invisibles, qui courent en sautillant, tournent en cercle, scintillent et décrivent dans l'air mille capricieuses arabesques de feu. En Poitou, on entoure d'un bourrelet de paille une roue de charrette ; on allume le bourrelet avec un cierge bénit, puis l'on promène la roue enflammée à travers les campagnes, qu'elle fertilise, si l'on en croit les gens du pays. En Allemagne, des usages du même genre constatent la liaison qui existe entre le feux de la Saint-Jean et l'ancien culte du soleil. »
Le même auteur décrit ainsi les feux de la Saint-Jean en Bretagne : « Vers le soir, on aperçoit sur quelque rocher, au haut de quelque montagne, un de ces feux qui brille tout à coup, puis un second apparaît, puis un troisième, puis cent feux, mille feux ! devant, derrière, à l'horizon, partout ! La terre semble refléter le ciel et avoir autant d'étoiles. De loin on entend une rumeur confuse, joyeuse, et je ne sais quelle étrange musique, mélangée de sons métalliques et de vibrations d'harmonie qu'obtiennent des enfants en caressant du doigt un jonc dont les bouts sont fixés aux parois opposées d'une bassine de cuivre. Cependant les conques des pâtres se répondent de vallée en vallée ; les voix des paysans chantant des noëls au pied des calvaires se font entendre ; les jeunes filles, parées de leurs habits de fête, accourent pour danser autour des feux de Saint-Jean, car on leur a dit que si elles en visitaient neuf avant minuit, elles se marieraient dans l'année. Les paysans conduisent leurs troupeaux pour les faire sauter par-dessus le brasier sacré, sûrs de les préserver ainsi de maladie ; les rondes se forment, et c'est alors un spectacle étrange pour le voyageur qui passe, que de voir ces longues chaînes d'ombres bondissantes tourner autour de ces mille feux en jetant des cris farouches et des appels lointains. Des sièges vides sont habituellement dis- posés autour de la flamme ; ils sont destinés aux âmes des morts qui viennent s'y placer pour écouter les chants et contempler les danses. »
Nous avons parlé plus haut de la coutume qu'avaient les Parisiens de brûler tout vifs des animaux dans le feu de la Saint-Jean. Cette coutume était peut-être encore une tradition des anciens. On voit en effet que les Sabéens faisaient le même sacrifice à la lune, qu'ils vénéraient sous les noms de Beltha et de Baaltis ; et que les Grecs, dans la fête qu'ils consacraient à Diane et Apollon, et qui se célébrait dans le mois de Targélion, offraient aussi à ces divinités des holocaustes composés de prémices de fruits et d'animaux vivants, qu'on jetait sur un bûcher, auquel on mettait ensuite le feu pour consumer l'offrande.
HAILLE. C'est le nom qu'on donne, dans les Basses-Pyrénées, au feu de la Saint-Jean. Il est nécessaire de le franchir neuf fois, si l'on veut s'assurer une prospérité prochaine.
*

*
Dans Symboles de la Science sacrée, (Éditions Gallimard, 1962) René Guénon explique le symbolisme des deux solstices :
XXXV. Les Portes solsticiales
Nous avons dit que les deux portes zodiacales, qui sont respectivement l’entrée et la sortie de la « caverne cosmique », et que certaines traditions désignent comme la « porte des hommes » et la « porte des dieux », doivent correspondre aux deux solstices ; il nous faut maintenant préciser que la première correspond au solstice d’été, c’est-à-dire au signe du Cancer, et la seconde au solstice d’hiver, c’est-à-dire au signe du Capricorne. Pour en comprendre la raison, il faut se référer à la division du cycle annuel en deux moitiés, l’une « ascendante » et l’autre « descendante » : la première est la période de la marche du soleil vers le nord (uttarâyana), allant du solstice d’hiver au solstice d’été ; la seconde est celle de la marche du soleil vers le sud (dakshinâyana), allant du solstice d’été au solstice d’hiver2. Dans la tradition hindoue, la phase « ascendante » est mise en rapport avec le dêva-yâna, et la phase « descendante » avec le pitri-yâna3, ce qui coïncide exactement avec les désignations des deux portes que nous venons de rappeler : la « porte des hommes » est celle qui donne accès au pitri-yâna, et la « porte des dieux » est celle qui donne accès au dêva-yâna ; elles doivent donc se situer respectivement au début des deux phases correspondantes, c’est-à-dire que la première doit bien être au solstice d’été et la seconde au solstice d'hiver. Seulement, dans ce cas, il s’agit proprement, non d’une entrée et d’une sortie, mais de deux sorties différentes : cela tient à ce que le point de vue est autre que celui qui se rapporte d’une façon spéciale au rôle initiatique de la caverne, tout en se conciliant d’ailleurs parfaitement avec celui-ci. En effet, la « caverne cosmique » est ici considérée comme le lieu de manifestation de l’être : après s’y être manifesté dans un certain état, tel que l’état humain par exemple, cet être, suivant le degré spirituel auquel il sera parvenu, en sortira par l’une ou l’autre des deux portes ; dans un cas, celui du pitri-yâna, il devra revenir à un autre état de manifestation, ce qui sera représenté naturellement par une rentrée dans la « caverne cosmique » ainsi envisagée ; au contraire, dans l’autre cas, celui du dêva-yâna, il n’y a plus de retour au monde manifesté. Ainsi, l’une des deux portes est à la fois une entrée et une sortie, tandis que l’autre est une sortie définitive ; mais, en ce qui concerne l’initiation, c’est précisément cette sortie définitive qui est le but final, de sorte que l’être, qui est entré par la « porte des hommes », doit, s’il a effectivement atteint ce but, sortir par la « porte des dieux ».
Nous avons expliqué précédemment que l’axe solsticial du Zodiaque, relativement vertical par rapport à l’axe équinoxial, doit être regardé comme la projection, dans le cycle solaire annuel, de l’axe polaire nord-sud ; suivant la correspondance du symbolisme temporel avec le symbolisme spatial des points cardinaux, le solstice d’hiver est en quelque sorte le pôle nord de l’année, et le solstice d’été son pôle sud, tandis que les deux équinoxes de printemps et d’automne correspondent de même respectivement à l’est et à l’ouest (1). Cependant, dans le symbolisme védique, la porte du dêva-loka est située au nord-est, et celle du pitri-loka au sud-ouest ; mais ceci doit être considéré seulement comme une indication plus explicite du sens suivant lequel s’effectue la marche du cycle annuel. En effet, conformément à la correspondance que nous venons de mentionner, la période « ascendante » se déroule en allant du nord à l’est, puis de l’est au sud ; de même, la période « descendante » se déroule en allant du sud à l’ouest, puis de l’ouest au nord (2) ; on pourrait donc dire, avec plus de précision encore, que la « porte des dieux » est située au nord et tournée vers l’est, qui est toujours regardé comme le côté de la lumière et de la vie, et que la « porte des hommes » est située au sud et tournée vers l’ouest, qui est pareillement regardé comme le côté de l’ombre et de la mort ; et ainsi sont exactement déterminées « les deux voies permanentes, l’une claire, l’autre obscure, du monde manifesté ; par l’une il n’est pas de retour (du non-manifesté au manifesté) ; par l’autre on revient en arrière (dans la manifestation) ».
Notes : 1) Dans la journée, la moitié ascendante est de minuit à midi, la moitié descendante de midi à minuit ; minuit correspond à l’hiver et au nord, midi à l’été et au sud ; le matin correspond au printemps et à l’est (côté du lever du soleil), le soir à l’automne et à l’ouest (côté du coucher du soleil). Ainsi, les phases du jour, comme celles du mois, mais à une échelle encore plus réduite, reproduisent analogiquement celles de l’année ; il en est de même, plus généralement, pour un cycle quelconque, qui, quelle que soit son étendue, se divise toujours naturellement suivant la même loi quaternaire. Suivant le symbolisme chrétien, la naissance de l’Avatâra a lieu non seulement au solstice d’hiver, mais aussi à minuit ; elle est donc ainsi doublement en correspondance avec la « porte des dieux ». D’autre part, suivant le symbolisme maçonnique, le travail initiatique s’accomplit « de midi à minuit », ce qui n’est pas moins exact si l’on considère ce travail comme une marche s’effectuant de la « porte des hommes » à la « porte des dieux » ; l’objection qu’on pourrait être tenté de faire en raison du caractère « descendant » de cette période se résout par une application du « sens inverse » de l’analogie, ainsi qu’on le verra plus loin.
2) Ceci est en relation directe avec la question du sens des « circumambulations » rituelles dans les différentes formes traditionnelles : suivant la modalité « solaire » du symbolisme, ce sens est celui que nous indiquons ici, et la « circumambulation » s’accomplit ainsi en ayant constamment à sa droite le centre autour duquel on tourne ; suivant la modalité « polaire », elle s’accomplit en sens inverse de celui-là, donc en ayant le centre à gauche. Le premier cas est celui de la pradakshinâ, telle qu’elle est en usage dans les traditions hindoue et thibétaine ; le second cas se rencontre notamment dans la tradition islamique ; il n’est peut-être pas sans intérêt de remarquer que le sens de ces « circumambulations », allant respectivement de gauche à droite et de droite à gauche, correspond également à la direction de l’écriture dans les langues sacrées de ces mêmes formes traditionnelles. – Dans la maçonnerie, sous sa forme actuelle, le sens des « circumambulations » est « solaire » ; mais il paraît avoir au contraire été « polaire » dans l’ancien rituel « opératif », selon lequel le « trône de Salomon » était d’ailleurs placé à l’occident et non à l’orient.
*

*
Symbolisme celte :
Guy Le Nair, propose un vademecum qui fait le point sur les différents significations des fêtes celtes intitulé Les Fêtes celtes au XXIe siècle :
Solstices et équinoxes : Il n’existe pas d’éléments concrets qui permettraient d’affirmer que les Celtes étaient des adorateurs du soleil. Les constructions mégalithiques du Néolithique étaient édifiés pour honorer les défunts. Ces constructions étaient orientées dans l’axe des solstices. Si ce n’est l’hypothèse d’un éventuel culte solaire, il n’existe pas de données indiscutables permettant d’affirmer que les équinoxes donnaient lieu à des célébrations populaires chez les Celtes. Cependant, les solstices et équinoxes, en rapport avec le temps des dieux, marquent les moments forts des aventures des héros de la tradition des Celtes et leurs rapports avec les dieux, dans un cycle symbolique de conquête de l’année. Cet aspect de la tradition est bien décrit par Philippe Jouët, dans son livre « L’aurore celtique » paru en 1994 aux éditions du Porte-Glaive.
Les nombreuses coutumes populaires qui se trouvent encore dans le folklore de nombreux pays héritiers de l’idéologie tripartie indoeuropéenne laissent à penser que le soleil avait dans leurs traditions populaires une place importante, en rapport avec le cycle de la nature.
[...]
Solstice d’été (Br. Ham nos – Gousav-hañv)
Panthéon celtique : le Dagda - Taranis – Sucellos - Epona - Dian Cecht (dieu médecin) –
Nuit des Fées et des esprits guérisseurs.
Le solstice d’été, entre la célébration de Belteine et de Lugnasad, est symbolisé par le feu, sous ses différentes formes :
Feu du ciel, il était représenté en Gaule par Taranis, dieu gaulois de la foudre, et par Sucellos, le bon frappeur, muni de son maillet. En Irlande, ce pouvoir était celui du Dagda, le dieu bon, représenté avec une massue. La foudre était la manifestation de la toute-puissance du dieu par son pouvoir créateur et destructeur.
Feu qui réchauffe la nature en pleine maturation, il était représenté par Bélénos, l’aspect chaleur du soleil, au moment où son action fécondante sur la Terre était la plus évidente. L’union du Ciel et de la Terre, au solstice d’été, était le moment propice aux rapprochements pour la formation de nouveaux couples.
Feu qui illumine la Terre et les esprits, il était représenté par Lug, aspect lumineux du soleil à l’apogée de sa course annuelle. Au solstice d’été, le feu purificateur et régénérateur représentait le prolongement igné de la lumière. Représenté par Lug, le feu symbolisait l’énergie, l’action et la spiritualité.
Le chêne, symbole de force, de longévité et de succession des cycles de vie était associé à Taranis. Le chêne, symbole de l’axe du monde, met le Ciel en communication avec la Terre. Symbole de sagesse et de hauteur de vue, il relie ce qui est en haut à ce qui est en bas.
Dans le combat solsticial entre le ciel diurne et le ciel nocturne, ce dernier cesse de perdre pied. Le lever et le coucher du soleil se font dans leurs directions les plus septentrionales.
Le soleil, associé au sud, est au plus haut de sa course, à l’apogée de son pouvoir, au maximum de sa chaleur et de sa vitalité.
Au solstice, le peuple témoignait son respect et sa gratitude à la Terre nourricière.
Le pouvoir « magique » du feu était ressenti le plus fortement dans la nuit du solstice d’été, la nuit la plus courte de l’année. Ce pouvoir était illustré par le chaudron, ustensile associé au feu. Le chaudron est, dans la tradition d’Irlande, l’ustensile du Dagda, le Dieu bon. C’est également dans le chaudron de la galloise Kerridwen, l’équivalente de la Brigitt irlandaise et de Belisama gauloise, que mijote le breuvage d’inspiration et de la science.
Dans la mythologie, c’est dans un chaudron magique que sont plongés les guerriers morts au combat pour en ressortir vivants, mais privés de parole. Le mythe est représenté sur le chaudron exhumé dans les environs de Gundestrup. Dans la tradition d’Irlande, le chaudron d’abondance du Dagda contenait une nourriture inépuisable.
En Gaule, Epona, déesse de la fertilité et protectrice des chevaux, était associée au solstice d’été.
Au moment du solstice d’été, des feux de joie étaient allumés. Ces feux avaient des vertus purificatrices mais suscitaient des sentiments contrastés au sein de la population.
Les sentiments jubilatoires de la fête étaient teintés d’une certaine appréhension, liée au fait que le soleil allait entamer sa course descendante.
Les nuits de Samain, de Belteine et du solstice d’été, étaient réputées être les trois nuits enchantées de l’année, trois périodes durant lesquelles les esprits circulaient plus librement d’un monde à l’autre. Fées et esprits plus ou moins bienveillants inspiraient une certaine crainte, apaisée par des rites de protection.
Au solstice d’été, la société des hommes adressait ses encouragements au ciel diurne dans son combat solsticial. Les rites étaient destinés à accompagner le soleil, pour qu’il finisse son œuvre dans le mûrissement des récoltes. L’un de ces rites consistait à enflammer une grande roue et à lui faire dévaler une colline.
Le solstice d’été était la période la plus propice à la cueillette des herbes médicinales telles le millepertuis, la verveine, l’achillée, la fougère et l’armoise. Au moment du solstice d’été, les plantes médicinales étaient réputées être au maximum de leurs vertus bénéfiques. Selon la coutume, la cueillette devait se faire de la main gauche, sans se servir d’un couteau, avant le lever du soleil et en se déplaçant à reculons.
La fête du solstice d’été se passait sur une hauteur, autour d’un feu de joie. Un bouquet, composé de neuf plantes fraîchement cueillies était mis dans le feu, en offrande au soleil.
Les feux de la Saint-Jean d’été se placent dans la continuation de cette fête celtique. Le glissement de la fête du solstice, vers la Saint-Jean-le-Baptiste, s’est opéré au Vème siècle. Le symbole de Saint Jean baptisant Jésus, la lumière du monde, était le plus approprié pour faire oublier la fête païenne.
Les anciens usages se sont pourtant perpétués. Avant l’allumage du feu de Saint Jean, une circumambulation dextrogyre était faite autour du bûcher. C’est avec une branche de chêne que l’on allumait le bûcher. Le saut des couples au-dessus du feu est une réminiscence des anciens rites de fertilité associés au solstice d’été.
En Bretagne, à la Saint-Jean, se déroulait une procession des âmes en l’honneur des défunts.
Avant l’allumage du feu de Saint Jean, il était de coutume d’effectuer trois tours autour du bûcher, dans le sens de la course apparente du soleil. A chaque tour, un arrêt était marqué pour prononcer la formule « Doué da barolano an anaon », Dieu ai pitié de l’âme des trépassés. Autour du feu, des pierres plates étaient disposées pour permettre aux âmes de venir se réchauffer et de participer à la fête.
Dans certaines contrées celtiques, comme en Irlande, les paysans s’en remettaient au pouvoir magique du feu pour favoriser la fertilité de leurs terres. Munis de bouquets d’ajoncs enflammés, ils faisaient des moulinets en direction des champs.
En Angleterre, Litha, la fête du solstice d’été, est une fête de magie et de pouvoir, dédiée à la générosité de la Terre. On célèbre l’amour, la guérison et la protection. Les récoltes sont imminentes, les fruits sont dans les arbres, et les paysans peuvent déjà annoncer si l’année sera prospère ou non.
Litha est empreinte d’une forme de nostalgie : alors qu’on a vu les jours s’allonger, chaque fois un peu plus depuis six mois, on a intimement conscience que désormais, ils se raccourciront. La course de l’année est au sommet de sa gloire sur la roue de l’année, mais la roue ne s’arrête pas de tourner.
*
*
Rituels :
Selon Jean Baptiste Bouché, auteur de Les druides. (Martinon, 1844) :
L'herbe, nommée belinuncia, était consacrée au Soleil dans toute la Celtique. On lui attribuait la vertu de faire tomber la pluie. Au solstice d'été, au moment de l'exaltation, de toute la force, du plus haut degré de gloire du Soleil, où cet astre, à son apogée, rétrograde en vaporisant les eaux par l'action de sa chaleur, les pompe dans l'atmosphère sous forme de nuages et les fait aussitôt tomber en pluie ; s'il survenait qu'on fût affligé d'une sécheresse opiniâtre et désespérante, on cueillait cette plante avec de grandes cérémonies.
Les druidesses faisaient rassembler toutes les femmes d'un canton. La plus jeune des vierges était choisie pour présider à cette cérémonie et représenter l'aridité et la nudité de la nature. On la dépouillait de tout vête ment, et, nue , elle marchait à la tête des autres femmes pour chercher l'herbe consacrée . Quand la troupe l'avait trouvée, la jeune fille la déracinait avec le petit doigt de la main droite. En même temps, ses compagnes cou paient des branches de chêne qu'elles portaient à la main, en la suivant jusque sur le bord de la rivière la plus voisine, où elle plongeait la plante sacrée. Ses compagnes y trempaient ensuite leur rameau de chêne, et les secouaient successivement sur le corps de la vierge.
Ce cérémonial terminé, chacune se retirait; mais la jeune fille était obligée de marcher à reculons pendant toute la route pour montrer la décroissance du soleil . Toute cette cérémonie était symbolique et marquait le besoin qu'avait la terre du concours de toutes les influences célestes pour être fécondée par l'eau, et que ses fruits pussent arriver à leur parfaite maturité
*

*
Cérémonies :
21 juin 2015 : Célébration du solstice d'été à Champex Lac en Suisse : sous la conduite d'Howard, nous avons accueilli une part de notre ombre pour la transmuter et la joindre à la lumière partagée...


Cette cérémonie improvisée s'est déroulée sous le regard bienveillant des Esprits de la Forêt que nous avions invités à la célébration du feu nocturne :
***
21 juin 2017 : A l'inverse de la dernière cérémonie qui nous a réunis, et en raison de la canicule qui annule toute velléité de mouvement sur la région grenobloise, nous avons cette fois-ci invoqué la pluie pour demain !
Nous avons partagé à trois une cérémonie toute simple pendant laquelle nous avons pu offrir au feu une intention de purification ciblée depuis la veille et réactivée lors de la montée sur la colline. Beau moment de partage et de force retrouvée grâce au pouvoir de l'élément air qui nous a accompagnées avec bonheur pendant deux heures et demie.
Les personnes qui souhaitaient se connecter avec nous à distance ont été incluses dans le cercle avec joie.
***
21 juin 2022 : Veillée nocturne pendant la nuit la plus courte de l'année avec Marie-Claire à l'arbre des ancêtres, en l'honneur de Bélisama : un petit regard au champignon-autel qui prospère de manière outrancière :
Puis nous avons installé notre autel dédié à Bélisama :
Lire la suite de cette cérémonie de 2022.
***

























