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  • Anne

Le Thym


Étymologie :

  • FARIGOULE, FÉRIGOULE, FRIGOULE, subst. fém.

Étymol. et Hist. I. 1528 férigole (Platine, De honneste volupté, f°36 r°ds Gdf. : le thym ou ferigole), attest. isolée ; à nouv. en 1838 farigoule (Ac. Compl. 1842 : vieux nom du Serpolet) et en 1869 férigoule (A. Daudet, Lettres de mon Moulin, éd. Fasquelle, p. 327 ds Burns, p. 27). II. 1548 frigole (Platine, Honneste volupté, p. 69 ds Roll. Flore t. 9, p. 26) ; 1600 frigoule (O. de Serres, Théâtre d'agric., V, 11, p. 411). I empr. au prov. ferigoulo, farigoulo « id. » (Mistral), a. prov. ferigola (1150, Commentarium magistri Bernardi provincialis super Tabulas Salerni ds Pansier t. 3, p. VIII), ferrigola (fin du xiiie s., Matfre Ermengaud, Breviari d'amor, éd. G. Azaïs, 7061, t. 1, p. 242) qui vient d'un b. lat. *fericula « [plante] sauvage » (du lat. ferus « sauvage »). Fericula est attesté au viie s. ds CGL t. 2, p. 328, 29 comme équivalent de θ η ρ α ́ φ ι ο ν « petit insecte ». Selon une autre hyp. (v. Bertoldi ds R. Ling. rom. t. 2, pp. 154-156), l'a. prov. fer(r)igola remonterait à un b. lat. ou lat. médiév. *ferricula, formé à partir du rad. du lat. ferrum « fer », sur le modèle de noms bot. comme auricula, lenticula, sanicula et représentant, de même que la forme attestée en b. lat. ferraria « sauge verveine ; épiaire » (André Bot., TLL s.v.), un essai de trad. du gr. σ ι δ η ρ ι ̃ τ ι ς qui désigne diverses plantes, dont quelques labiées comme la crapaudine, l'épiaire, le petit pin (Liddell-Scott, André Bot.). *Ferricula a très bien pu désigner le thym qui est aussi une labiée. II empr. au prov. frigoulo (1549, H. Solerius, Scholiae... ds Roll. Flore t. 9, p. 27).

  • SERPOLET, subst. masc.

Étymol. et Hist. Ca 1500 serpoullet (Jard. de Santé, I, 429 ds Gdf. Compl.) ; 1510-12 serpolet (J. Lemaire de Belges, Illustrations de Gaule, II, VIII ds Œuvres, éd. J. Steicher, t. 2, p. 82). Dér., à l'aide du suff. -et*, du m. fr. serpol « thym sauvage » (1387-91 Gaston Phébus, Chasse, éd. G. Tilander, 6, 48, p. 80), issu, prob. par l'intermédiaire de l'a. prov. (1er quart xiiie s. serpol Daude de Pradas, Dels auzels cassadors, éd. E. Monaci, 2297 et 2807 ; mil. xiiie s. [ms.] sarpol, Recettes méd., éd. Cl. Brunel ds Romania t. 83 1962, § 37, p. 151), du lat. serpullum « serpolet » (empr. au gr. ε ́ ρ π υ λ λ ο ν « id. », de ε ́ ρ π ε ι ν « se traîner péniblement », avec s- comme dans serpere « ramper » (gr. ε ́ ρ π ε ι ν)).

  • THYM, subst. masc.

Étymol. et Hist. xiiie s. tym (Simples Medecines, éd. P. Dorveaux, p. 80). Empr. au lat. thymum, lui-même empr. au gr. θ υ ́ μ ο ν, forme dorique de θ υ ́ μ ο ς « espèce de sarriette », et qui chez Pline a été utilisé pour désigner, en Gaule, le thym.


Lire également les définitions des noms farigoule, serpolet et thym pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Farigoule ; Serpolet.

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Selon Alain Christol, auteur d'un article intitulé '"Matris animula « serpolet »: médecine et folklore autour d’un phytonyme." (Pallas. Revue d'études antiques, 2017, no 103, pp. 219-227) :

[...] D’autre part il existe des variétés sauvages et des variétés cultivées, dont les différences, minimes au départ, ont pu s’accroître avec les efforts des herboristes. Le serpolet est souvent présenté comme une variété sauvage du thym domestique, d’où l’un de ses noms anglais, wild thyme. Il en résulte que, pour l’étude des noms du serpolet, il faut utiliser les informations transmises sur le serpolet, bien sûr, mais aussi sur le thym et la sarriette, voire l’origan.

Serpillus « serpolet » est un mot latin, malgré la graphie hellénisante serpyllus ; une explication plausible en ferait le diminutif d’un *serpulus « (thym) qui rampe », avec le suffixe d’agent -ulus (pour le sens, on comparera anglais creeping thyme). Thymus « thym » est emprunté au grec θύμoν (Eupolis, ve s. av. J.-C.) ou θύμoς (Dioscoride), qui désigne une variété de sarriette ou de thym, différente de celle qui pousse en Méditerranée occidentale (Bonet, 1993, p. 12).


Isidore de Séville donne deux notices étymologiques sur le thym et le serpolet :

(2) Timum appellatum quod flos eius odorem refert. (Isid. Etym. 17, 9, 12)

« Le thym doit son nom au fait que sa fleur dégage une odeur forte. »

3) Erpillos quod apud nos serpillus uocatur pro eo quod radices ipsius longe serpiant, eadem et matris animula propter quod menstrua moueat. (Isid. Etym. 17, 9, 51)

« La plante ἕρπυλλoν (« serpolet »), qui est appelée chez nous serpillus, doit son nom au fait que ses racines serpentent au loin ; la même (est appelée) aussi matris animula parce qu’elle facilite les menstrues. »


La première notice est inexplicable à l’intérieur du latin ; elle s’éclaire en grec où θύμoν « thym » est proche phonétiquement de θύω « brûler en offrande aux dieux », proximité renforcée par l’emploi ancien du thym dans les offrandes aux dieux. (Thymiama (gr. θυμίαμα) « encens, fumigation » est à l’origine d’all. Thymian « thym », slovaque tym (...))


« Pour Philochore d’Athènes (frg. 194) [...], c’est le ‘thym’ (thúmos) qui aurait fourni l’aliment des sacrifices les plus anciens… Pourquoi le ‘thym’, qui désigne en grec une espèce de sarriette [...] si ce n’est parce que son nom, thúmos, le désigne clairement comme l’espèce arbustive la plus apte à produire de la fumée (thumiân), principe et fondement de l’acte sacrificiel » (Détienne, 1972, p. 75).


Pour la seconde notice, la source d’Isidore est inconnue.


Le thym, l’énergie vitale et le sacrifice

Le double lien de θύμoς « thym » avec θύω « brûler en offrande » et θυμός « énergie vitale », implicite dans les notices d’Isidore, fait partie du savoir hérité chez les Modernes. On peut citer, à titre d’exemple, le botaniste suisse Gaspar Bauhin qui mentionne ces étymologies dans son tableau des plantes (Pinax Theatri Botanici) :

(7) Satureia : Θύμβρα forte ἀπὸ τοῦ θύειν ob fragrantiam dicitur ipsa satureia. At satureia aliis a saturando dicta quod cibis loco condimenti addatur. Alii a Satyris nomen traxisse putant eo quod coitus marcescentes stimulat. (Pinax, p. 218)

« Satureia : θύμβρα (peut-être du grec θύειν à cause de son parfum) est un nom de la sarriette. Mais pour d’autres le nom satureia est dérivé de saturare « rassasier » parce qu’on l’ajoute aux mets comme condiment. D’autres pensent qu’elle tire son nom des Satyres, du fait qu’elle stimule ceux qui manquent de tonus dans le coït. »

(8) Thymus : θύμoς ἀπὸ τοῦ θυμoῦ quod iis qui animi deliquium patiuntur adhibeatur ; alii ἀπὸ τῆς θυμ<ι>άσεως καὶ τῆς θυῆς deducunt, quod hoc veteres in sacris quae igne accenso fiebant primum usi sint. (Pinax, p. 219)

« Thymus vient de θυμός parce qu’il est administré à ceux qui souffrent d’un manque d’énergie ; d’autres le dérivent de θυμίασις « fumigation (sacrificielle) » et de θυή « offrande dans le feu » parce que les Anciens l’utilisèrent d’abord pour les rites qu’on accomplissait dans les flammes d’un feu. »

[...]

Mater comme femme – les vertus du thym

Isidore est un compilateur qui n’utilise pas des données de première main ; il est probable, vu l’étymologie qu’il donne, qu’il a trouvé matris animula dans l’œuvre d’un médecin. Mais l’absence d’autres attestations dans le corpus médical latin semble indiquer que l’origine de la lexie est à chercher plutôt dans une tradition populaire tardive, ignorée des mythographes mais recueillie par un médecin à qui elle semblait pertinente.

La première explication qui vient à l’esprit est de voir en mater un équivalent métonymique de matrix ; le thym serait l’animateur de la matrice, son θυμός. Si une telle métonymie n’est guère attestée, elle est en accord avec le rôle du thym en gynécologie9. Les médecins antiques évoquent les bienfaits des infusions de thym ou de serpolet comme tonifiant et régulateur des fonctions corporelles, en particulier pour les femmes :

[...]

« (Le thym), en décoction dans de l’eau réduite au tiers, est bon pour les retards des femmes ou si le fœtus est mort dans l’utérus. »

« Pris dans la nourriture [...] (le thym) provoque les menstrues chez les femmes, fait sortir les restes (de placenta) restés collés à l’utérus et même les fétus mort-nés. »

« Le thym pilé et bu avec du vin accélère l’accouchement. »


Les noms slaves du serpolet et du thym

Plus de 1000 ans après Isidore, la même plante est toujours désignée par la même lexie. Les langues slaves appellent le thym et/ou le serpolet « petite âme maternelle » : [...].

Sachant que l’imaginaire des locuteurs fonctionne indépendamment de l’origine historique des désignations, on peut poser la question : dans ces dénominations, que représente « mère » pour les locuteurs ? Les données suggèrent que trois interprétations étaient en concurrence :

  1. la mère est femme et reproductrice,

  2. la mère est mère de famille et éducatrice, entourée de ses enfants,

  3. la Mère est une divinité protectrice, Déesses Mères, Vierge Marie ou Bogorodica des Orthodoxes.

Jusqu’à l’époque moderne, la médecine populaire a utilisé le thym à des fins thérapeutiques ; dans son enquête sur les traditions médicales des campagnes polonaises, M. Hensłowa a noté le rôle important de la macierzanka (thymum serpyllum) dans la médecine des femmes ; elle est le remède de la matrice par excellence ; elle stimule les règles (macierzanka miesiące pobudza), ce qui rejoint la justification étymologique d’Isidore : propter quod menstrua moueat.


Voir suite de l'article dans la rubrique Symbolisme.

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Botanique :


Dans La Magie des plantes (Éditions Hachette, 1979) Jacques Brosse décrit ainsi le thym et le différencie du serpolet :


Tout le monde connaît ce sous-arbrisseau formant un minuscule buisson compact de tiges ligneuses très ramifiées, portant de nombreuses feuilles étroites et enroulées sur les bords, et en été de petites fleurs blanchâtres ou rosées que butinent abeilles et papillons. S'il est natif des lieux secs et arides du Midi, le thym se plaît bien pourtant dans les jardins de toute la France, à condition de l'exposer au grand soleil et de lui forunir un sol plutôt sec ; il se multiplie aisément par division de touffes ou par bouturage.

Très proches du thym proprement dit (Thymus vulgaris), le serpolet (Thymus serpyllum), appelé aussi thym bâtard, est une plante herbacée vivace, qui n'est pas exclusivement méditerranéennne, mais se rencontre dans les lieux arides et secs, avec une préférence mrquée pour le calcaire, dans presque toute la France, mais surtout dans les régions montagneuses. Il se distingue du thym par ses feuillles plus grandes, ses fleurs d'un rose pourpré réunies en inflorescences terminales globuleuses et surtout par ses tiges allongées et en partie rampantes, qui s'enracinent facilement d'elles-mêmes. le serpolet - dont le nom vient par l'intermédiaire du latin serpullum du grec erpullos, « se traîner », ce qui fait allusion au port de la plante - a des propriétés qui ressemblent beaucoup à celles du thym. On l'utilise encore dans les campagnes sous forme d'huile contre les douleurs sciatiques et névralgiques.

Selon les recherches de Suzanne Amigues, auteure de « L'odyssée des aromates », (La pensée de midi, vol. 13, no. 3, 2004, pp. 53-59) :


[...] Du civet de lapin à la ratatouille et même aux figues sèches, le thym parfume tout en Provence et ailleurs dans l’ouest du bassin méditerranéen. Au-delà de la botte italienne, il disparaît, remplacé par le thym dit “en têtes” parce que ses rameaux durs, presque épineux, se terminent par des inflorescences globuleuses dont les bractées sont imbriquées comme les tuiles d’un toit. C’est une excellente plante mellifère, qui a valu sa réputation au miel de l’Hymette, la haute colline qui domine Athènes. A cet aromate plus puissant que délicat, on préférait dans la Grèce classique une espèce locale de serpolet, le “thym de Sibthorp” de son nom savant, que l’on cultivait en le faisant ramper sur la margelle d’un puits ou en le laissant retomber d’un muret en pierre sèche

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Bienfaits thérapeutiques :


Jacques Brosse dans La Magie des plantes (Éditions Hachette, 1979) évoque les vertus thérapeutiques du thym :


[...] De plus, comme chez beaucoup de simples, les vertus du thym sont multiples et complémentaires. il est aussi antispasmodiques et carminatif, ce qui est fait au total un remarquable digestif, recommandé en particulier contre l'atonie intestinale, la gastrite chronique et même la perte d'appétit. Stimulant léger du système nerveux, comme le thé, il a en outre la réputation d'exciter l'intelligence et de permettre de venir à bout de la somnolence qu'engendre un trop copieux repas. Favorisant l'élimination des toxines par la sueur et par l'urine, le thym est encore utilisé en cas de grippe, contre la goutte, l’arthrite et les rhumatismes. Ses propriétés antiseptiques, si efficaces pour nettoyer plaies et ulcères, permettent aussi de lutter efficacement contre les rhumes de cerveau, bronchites, rhinopharyngites et tous spasmodiques. On utlise encore le thym sous forme de dentifrice et aussi de lotion capillaire, car c'est un revigorant du cuir chevelu, qui empêche ou arrête la chute des cheveux et favoriserait même leur repousse. Enfin, une décoction de 50g de thym dans 4 litres d'eau, ajoutée à l'eau du bain, a des effets fortifiants et combat les douleurs rhumastismales.

En vérité, on n'en finirait plus de dénombrer ses vertus scientifiquement constatées et dûment expérimentées. Encore faut-il ajouter que, joignant l'agréable à l'utile, les feuilles de la farigoule, comme l'appellent les Provençaux, qu'elles soient fraîches ou séchées, aromatisent délicieusement les sauces, les ragoûts, les marinades et les viandes grillées ; elles sont pour le cuisinier l'un des condiments de base.

Dans leur mémoire de Master en Génie des procédés intitulé Étude rhéologique des formulations préparées à base de l’huile essentielle du Thymus Serpolet. (2018), Ousmane Sokona et Fouzia Khoualdia rappellent les vertus du thym pour les Anciens :


L'utilisation du thymus dans la vie humaine date depuis très longtemps, il était dédié à Vénus parce qu’il apportait de l'énergie vitale pour le corps. Aetius, est un célèbre médecin grec du Vème siècle, recommandait le thym pour les sciatiques, les douleurs des reins et de la vessie, la colite et les ballonnements, pour les mélancoliques et ceux qui un esprit troublé. Au XIème siècle, Hildegarde et Albert le mentionnent contre la lèpre, la paralysie et les maladies nerveuses.

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Symbolisme :


Roberte Hamayon a décrit différents rituels chamaniques dans lesquels le serpolet a des vertus purificatrices certaines :


Le rituel d'animation combine aux invocations des libations et un sacrifice animal. Puis viendra le lavement aqueux proprement dit : les neufs fils devront, d'un faisceau de branches de bouleau trempé dans l'eau de source bouillante aromatisée de serpolet et d'écorce d'épicéa, fustiger le dos nu du chaman, en lui faisant prêter serment de « se rendre, même à pied, chez tout pauvre qui viendrait le chercher, et de ne lui prendre en retour que ce qu'il peut donner, car il lui faut toujours compatir et se soucier des miséreux sans leur marchander son secours, et intercéder en leur faveur auprès des esprits vengeurs pour que ceux-ci les épargnent ; de se rendre, même à dos de taureau, chez tout riche qui l'appellerait, sans exiger non plus trop de sa part pour ses services » ; contraignante injonction en somme, d'être sans cesse à la complète disposition des autres...


(Conférence de Mme Roberte Hamayon. In : École pratique des hautes études, Section des sciences religieuses. Annuaire. Tome 85, 1976-1977. 1976. pp. 77-87).

Une collecte préalable auprès des membres du clan, si éloignés soient-ils, permet de réunir les ingrédients nécessaires : animaux sacrificiels, alcool de lait et autres denrées, peaux de petits carnassiers, récipients. Le rite s’ouvre au matin dans la yourte d’un vieux, par une purification des accessoires rituels et des assistants (1).


1) Les accessoires sont fumigés à l’aide d’un morceau incandescent d’écorce d’épicéa ; les assistants doivent, au sortir de la yourte, enjamber un feu aromatisé de serpolet ou de bruyère. À ce feu chaque maître de maison purifie la « part » xubi (alcool et récipients) qu’il apportera sur la montagne.


(Roberte Hamayon, Marchandage d’âmes entre vivants et morts.

Systèmes de pensée en Afrique noire, 1978, no 3, p. 151-179).

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Jacques Brosse dans La Magie des plantes (Éditions Hachette, 1979) consacre dans sa "Flore magique" un article au Thym :


Le nom même du thym renseigne sur son plus ancien usage connu, celui que l'on en faisait jadis en Grèce. Thumos vient en effet de thuos « bois qui répand une agréable odeur quand on le brûle » et du thuô « offrir un sacrifice aux dieux ». Curieusement, d'ailleurs, c'est, à un accent près, le même mot que celui qui en grec désigne le souffle, l'âme humaine, le cœur, siège de l'intelligence, comme si, pour les Grecs, la fumée odorante du thym était assimilée à l'âme montant avec elle vers les dieux pour leur rendre grâce.

Si les Grecs se servaient du thym en guise d'encens, ce n'était pas seulement parce qu'il sentait bon, mais aussi parce qu'il éliminait les impuretés, qu'il était même médicalement antiseptique. Cette qualité que le thym possède à un degré éminent fut d'ailleurs reconnue de tout temps dans son aire originelle, le bassin méditerranéen, puisque Égyptiens et Étrusques le faisaient entrer dans les préparations complexes qui servaient à embaumer les morts. Au Maroc et en Tunisie, aujourd'hui encore, une décoction de thym dans l'huile d'olive sert à nettoyer les plaies. Enfin, l'on sait que le thym est employé pour aseptiser le gibier faisandé qu'en même temps d'ailleurs il parfume.

Ces usages religieux ou populaires avaient leur justification L'un des plus grands médecins du XIXe siècle, Armand Trousseau, affirmait que le thym était « l'ennemi de la toxine ». Les analyses chimiques ont amplement confirmé ce point de vue : l'huile essentielle de thym contient 40 pour 100 de thymol, qui est l'un des antiseptiques les plus puissants qui existent, il est vingt-cinq fois plus actif que le phénol et a sur lui l'avantage de moins irriter les muqueuses.


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Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, il y a deux entrées :


Une entrée Thym : Le thym, qui serait né des larmes de la belle Hélène, entrait dans les compositions d'embaumement des Égyptiens et des Étrusques. De leur côté, Grecs et Romains le brûlaient pour honorer leurs dieux. Ses propriétaires médicinales étaient connues des siècles avant notre ère : la plante apaisait les personnes atteintes de mélancolie ou d'affections démoniaques tandis que, selon Pline, s'allonger sur un matelas de thym calmait les crises épileptiques. Au Moyen Âge, Albert le Grand conseillait son emploi contre la lèpre, la paralysie et les lésions de la peau dues aux poux.

A la même époque, les femmes avaient coutume de brider sur l'écharpe des chevaliers une branche de thym surmontée d'une abeille, pour les rendre fidèles à l'engagement qu'ils avaient contracté auprès d'elles et pour les enjoindre à manifester autant de fougue et d'impétuosité que de douceur.

Dans le midi de la France, du thym placé en croix avec du romarin sur les portes le jour de la Saint-Jean éloigne sorciers et fées. Le diable en a également horreur d'autant qu'à la place du thym, il ne voit lui que des serpents menaçants.

En porter sur soi donne courage, dynamisme, résistance physique, esprit d'entreprise et créativité et procure la longévité. Les femmes, cependant, ne doivent pas en faire un usage excessif car elles « risquent d'être virilisées ». En revanche, un homme qui a une maîtresse au fort appétit sexuel à tout intérêt à mettre du thym dans l'endroit où se trouvent ses sous-vêtements et ses caleçons : « il ne manquera pas de porter ce longe chaque fois qu'il aura rendez-vous avec cette dame, il sera alors capable de lui rendre des hommages qui auraient comblé de bonheur Messaline en personne ».

Selon un usage de Calabre, boire une décoction de thym permet de voir « ce que les mortels ne voient habituellement pas ».

En Angleterre, où l'on croit que les fleurs de thym abritaient autrefois les âmes des morts, sentir l'odeur de la plante dans un endroit où il ne s'en trouve pas est le signe qu'un assassinat y a été jadis commis.


Et une entrée Serpolet : Celui qui a mangé du serpolet est à l'abri des animaux sauvages et venimeux ; cette herbe est en outre un remède aux morsures. On dit parfois qu'il ne faut pas demeurer trop longtemps au voisinage de cette plante car elle peut entraîner la folie (Franche-Comté).

Jeter du serpolet dans la tombe encore ouverte d'un mort empêche son âme de venir importuner les vivants : cette plante aurait le pouvoir de maintenir dans l'au-delà les âmes qui ne sont pas au paradis.

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Selon Marguerite Erroux-Morfin, auteure de l'article intitulé « Sombre chélidoine, glauque printemps », (ENiM 3, 2010, p. 43-51) :


Le thym et le serpolet appartiennent à la même famille, celle des Labiées. Ces deux plantes sont aromatiques et entrent dans la confection de couronnes. Dans les paysages de la mythologie grecque, c’est le serpolet qui est cité le plus souvent. Le glissement entre le serpolet et le thym est dû à un usage littéraire et justifié par une certaine ressemblance. Le serpolet semble ne pas être attesté en Égypte.

[...]

Nous nous proposons d’étudier chaque plante en suivant la progression donnée par le poète tout en montrant que le choix des plantes est adapté à la Basse-Égypte. Parmi les labiées, le thym y est présent, où deux espèces croissent principalement sur la côte méditerranéenne et les oasis du désert libyen, à savoir le T. bovei Benth. et T. capitatus L. Son nom, en égyptien, est connu, au Nouvel Empire, sous la forme ṯj.t (T. bovei), dans un contexte de poésie amoureuse où il entre dans la confection d’une couronne tressée. (1)

Dans les Bucoliques grecs, le Thymus serpyllum L. est aussi cité avec « le narcisse odorant, l’hyacinthe, les roses resplendissantes », pour décrire la prairie où Europe est enlevée, selon le récit fait par Moschos.


1) La variante hiéroglyphique ṯȝty se retrouve dans S. SAUNERON, Un traité égyptien d’ophiologie, BiGen 11, Le Caire, 1989, p. 100-101. Cette plante est utilisée comme « remède contre la vipère à cornes ». D’après les auteurs anciens comme Dioscoride et Pline l’Ancien, c’est le serpolet qui serait efficace contre les serpents. Il doit s’agir d’une médecine par magie sympathique. En effet, le serpolet émet des rameaux rampants au sol d’où son nom – serpullum, serpyllum. Le thym et le serpolet sont bien inscrits à la pharmacopée française pour leurs constituants principaux dont les propriétés sont antiseptiques, antispasmodiques, anthelminthiques et vulnéraires. Le serpolet n’existe pas en Égypte. Ces plantes peuvent aider à la cicatrisation de la plaie, à calmer la douleur d’une piqûre. Dans la médecine des Anciens, l’aspect de la plante rampante se transforme en propriété positive : l’antidote contre le venin des bêtes rampantes, serpent, scolopendre, scorpion. L’odeur du serpolet brûlé les met aussi en fuite, cf. PLINE l’ANCIEN, Histoire naturelle, XX, 245. Trancher pour déterminer de quel thym il s’agit est hors de notre propos, d’autant plus que les exemples sont peu nombreux dans les textes égyptiens. Dans tous les cas, c’est un Thymus. Il est à remarquer que les Berbères marocains utilisent eux aussi un terme générique pour toutes les labiées à odeur de thym, cf. J. BELLAKHDAR, La pharmacopée marocaine traditionnelle, Paris, 1997, p. 359.

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Eric Pier Sperandio, auteur du Grimoire des herbes et potions magiques, Rituels, incantations et invocations (Éditions Québec-Livres, 2013), présente ainsi le Thym (Thymus vulgaris) :


"Cette plante atteint une hauteur d'environ 30 centimètres ; elle est bien connue des jardiniers pour son odeur épicée et ses feuilles délicates.


Propriétés médicinales : Il s'agit d'une plante aux propriétés médicinales multiples ; la plus commune est, certes, son utilisation en extrait ou en infusion pour traiter les maux de gorge et les bronchites. Une infusion tiède peut aussi aider à soulager la diarrhée et la gastrite. Des bains, avec quelques gouttes d'huile de thym (ou quelques plantes fraîches), soulagent les douleurs arthritiques et rhumatismales.

Genre : Féminin.


Déités : Perséphone ; Vénus ; Morphée


Propriétés magiques : Guérison ; Purification ; Psychisme.


Applications :

BAIN MAGIQUE DU PRINTEMPS

  • Afin de mettre de côté tous les problèmes et les peines de votre passé et d'aller de l'avant, voici un bain magique qui vous aidera à vraiment renaître au printemps.

Ce dont vous avez besoin :

  • une chandelle mauve ou lilas

  • de l'encens de chèvrefeuille, de muguet ou de lilas

  • un bouquet de thym frais.

Rituel :

Faites couler un bain très chaud et placez votre bouquet de thym dans l'eau pendant que celle-ci coule. Allumez votre chandelle et votre encens, puis entrez dans votre bain et faites couler de l'eau entre vos mains tout en énumérant les peines et les problèmes de votre passé. Voyez-les couler avec l'eau pour disparaître et vous quitter. Détendez-vous pendant une dizaine de minutes, puis dites :


Perséphone, toi qui reviens des enfers à chaque printemps

Permets-moi de marcher à tes côtés d'un pas lent

Afin que mes troubles et mes peines me quittent

Qu'ils restent derrière moi et me libèrent de leur poids

Que je puisse goûter le renouveau de la vie

Perséphone, aide-moi.


Détendez-vous en imaginant que vous sortez de la noirceur après un long hiver et que le printemps fleurit partout autour de vous."

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Alain Christol, auteur d'un article intitulé '"Matris animula « serpolet »: médecine et folklore autour d’un phytonyme." (Pallas. Revue d'études antiques, 2017, n°103, pp. 219-227) part de l'étymologie pour retrouver une part du symbolisme antique de cette plante. Ainsi, à partir de l'appellation matris animula donnée par Isidore, il développe les hypothèses suivantes :


Mater comme mère de famille – une légende tchèque

Si les vertus médicales du thym sont bien connues dans les campagnes, les locuteurs semblent avoir interprété mateřídouška et ses équivalents dans un autre cadre, celui des légendes qui font naître les plantes des souffrances humaines ou du corps de défunts. Dans le recueil de contes tchèques recueillis et réécrits par Karel Jaromír Erben, le récit initial (Kytice « Bouquet ») explique pourquoi une plante est appelée mateřídouška « petite âme maternelle » :


« Une mère mourut et fut mise en terre. / Elle laissait des orphelins. Ils venaient chaque matin, / Cherchant leur mère chérie. La mère eut alors pitié de ses chers enfants, / Son âme (duše) revint et prit la forme d’une plante aux petites feuilles, / dont elle couvrit sa tombe.


Les enfants reconnurent leur mère au parfum (poznaly po dechu). Ils la reconnurent et se réjouirent. / Et l’humble plante qui les consolait ils l’appelèrent ‘petite âme maternelle’ (mateřídouškou nazvaly). » (Erben, 1901, p. 23, trad. A. C.)

On a un jeu fondé sur la famille de slave dŭxŭ « souffle », soit en tchèque dech « souffle », duch « esprit », duše « âme » ; l’exhalaison (dech) du serpolet est son parfum, fort et persistant. Serpolet et thym, comme la lavande dans les maisons françaises, étaient utilisés pour parfumer la literie et la désinfecter en chassant les parasites, donnant leur odeur aussi à celle qui s’en servait, la mère de famille. On peut alors se demander si les enfants n’ont pas reconnu leur mère au parfum qu’elle utilisait de son vivant. Ce qui expliquerait pourquoi ils font immédiatement le lien entre le parfum du serpolet et leur mère, point sur lequel le conte reste muet.

Le lien lexical entre « souffle, âme » et « arôme », rencontré pour latin animula et tchèque dech / duše, existe aussi en russe :