Blog

  • Anne

Le Pélican



Étymologie :

  • PÉLICAN, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. 1re moitié du xiie s. zool. (Psautier Oxford, 101, 7 ds T.-L.) ; 2. ca 1516 «alambic» (J. Perréal, Les Remonstrances ou la Complainte de Nature à l'alchymiste errant ds Rose, éd. Méon, t. 4, p.127) ; 3. 1540 «instrument de dentiste» (Triomphe de dame verolle ds Anc. poés. fr., éd. A. de Montaiglon, t.4, p. 277). Empr. au b. lat. pelecanus, pelicanus «pélican», gr. π ε λ ε κ α ́ ν «id.».

Définition



Symbolisme :


Selon le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant,


"On fit autrefois du pélican, oiseau aquatique, sous le faux prétexte qu'il nourrissait ses petits de sa chair et de son sang, un symbole de l'amour paternel. Pour cette raison l'iconographie chrétienne en a fait un symbole du Christ ; mais il en existe aussi une raison plus profonde. Symbole de la nature humide, qui selon la physique ancienne, disparaissait sous l'effet de la chaleur solaire et renaissait en hiver, le pélican a été pris comme figure du sacrifice du Christ et de sa résurrection, ainsi que de celle de Lazare. C'est pourquoi son image fait quelquefois pendant à celle du phénix.

Le symbolisme christique se fonde aussi sur la plaie du cœur d'où s'échappent le sang et l'eau, breuvages de vie : Éveille-toi, chrétien mort, écrit Silésius, vois, notre pélican t'arrose de son sang et de l'eau de son cœur. Si tu la reçois bien... tu seras à l'instant vivant et bien portant."

****

D'après Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes ( (Hachette Livre, 2000) :


"Ce bel oiseau blanc, nomade et migrateur, vit en Asie Mineure, en Égypte, dans le sud-ouest asiatique et en Inde durant l'automne et l'hiver. Mais au printemps et pendant l'été, il est présent dans tout le delta du Danube. En effet, il aime vivre près des grands lacs, des lagunes ou des deltas des fleuves, car il se nourrit des produits de sa pêche, en battant la surface de l'au avec ses ailes pour rabattre les poissons et les attraper à laide de son long bec pointu. Il mange ainsi environ 3 kilos de poissons par jour. La femelle pond 2 œufs au printemps, qu'elle couve avec le mâle durant 33 jours environ. Les vols de pélicans, qui se rassemblent en lignes régulières, sont toujours majestueux et impressionnants.

Pourquoi et comment le pélican est-il devenu un symbole du Christ et de la résurrection, notamment dans les bestiaires héraldiques, dont les premières œuvres firent leur apparition aux environs du XIIe siècle en Europe ? Sans doute parce que cet oiseau a la réputation d'être capable de sa sacrifier pour nourri ses petits, comme Jésus s'est sacrifié lui-même pour sauver l'humanité, selon les Chrétiens. C'est ainsi qu'au Moyen Âge, le phénix, oiseau mythique et légendaire, fut souvent représenté par un pélican.

*

*

Selon Nicki Scully, auteure de Méditations de l'animal pouvoir, Voyages chamaniques avec les alliés esprits (éditions originales 1991, 2001 ; traduction française : Guy Trédaniel Éditeur 2002),


"Le Pélican est l'une des rares créatures à avoir vécu sur Terre de façon presque inchangée depuis les temps préhistoriques. dans les traditions mystiques, le Pélican a presque atteint le statut mythique d'icône religieuse. Il est, dans le légendaire chrétien, celui qui, comme le Christ, sacrifie son propre sang pour le bine des es enfants. Dans son entrée au sujet du Pélican, dans Un Dictionnaire des Symboles, J. E. Cirlot écrit : "Oiseau aquatique, qui comme le dit la légende, aime ses petits si tendrement, qu'il les nourrit de son propre sang, s'ouvrant la poitrine avec son bec. C'est l'une des meilleures allégories du Christ..." En alchimie, le Pélican est l'alambic, la matrice du réceptacle dans lequel la vie est transformée, et il représente aussi l'étape appelée mortificatio, quand la coquille extérieure est brisée pour révéler l'être intérieur véritable.

Le Pélican protège ses petits avec une détermination inébranlable. Il sait que personne d'autre que lui ne les protégera, aussi est-il féroce, intraitable, sans compromission. C'est sa mission de protéger la jeunesse et il est poussé par une connaissance purement instinctive, maternelle, et primale. Même quand tout va bien, il doit aller de l'avant.

Le voyage avec le Pélican met en vedette son rôle de protecteur de l'enfant intérieur. C'est un rôle important parce que qu'une enfant intérieur sain, sûr, pleinement intégré, est la dynamo qui nous empêche de tournoyer, en rupture d'équilibre. Le Pélican nous aide à tenir cet aspect de nous-mêmes d'une façon nourrissante et secourable, qui permet à notre enfant intérieur d'être entendu et accepté. en tant qu'adultes, voire comme enfants arrivant à l'adolescence, nous avons besoin de protéger notre enfant intérieur, par ce que personne d'autre ne le fera à notre place. Cela nous aide à intégrer nos êtres en sorte qu'il n'y ait pas de séparation entre l'enfant et la femme ou l'home qu'il est devenu. Il y a un point d'intégration où nous venons à l'unité, à la totalité. Il est important, quand vous voyagez avec le Pélican, de vous rappeler qu'il est un aspect de vous-même, un aspect plus évolué, veillant sur un aspect moins évolué, et le nourrissant.

[Le Voyage du Pélican fait partie, au même titre que celui du Chameau, de la Girafe, du Lézard cornu, du Loup, de l'Araignée et du Mustang des] Voyages de Libération. Cette section est consacrée à débarrasser la voie de la libération des contraintes des pensées et croyances limitées. Les vieux modèles sont abandonnés, laissant la place à des visions nouvelles, élargies, qui génèrent une connexion plus grande avec l'Ensemble de la Nature.


Voyage du Pélican


[Faites l'Alchimie du Chaudron...]

Thoth vous rencontre quand vous sortez de l'alchimie et montre le chemin à la plage, où vous vous retrouvez sur du sable fin, blanc, entouré de morceaux de bois rejetés par la mer, que le soleil à décolorés, et de quelques coquillages. cette plage est un lieu d'innocence - de nouveauté et de clarté. tout est propre. Le soleil brille ; l'air est chaud et clair et a une odeur fraîche comme la mer. Il est facile de revenir à un âge de jeunesse insouciante, à une époque de sécurité et d'innocence. Les vagues sont douces, vous marchez, sautez, courez et vous sentez heureux.

Il y a des falaises parallèles au rivage, et cous commencez à grimper sur le versant de l'une d'elles. Votre petit corps d'enfant escalade les rochers, et vous sentez que quelque chose vous guide, bien que le chemin soit pénible. Vous vous agrippez aux rochers pour vous aider à monter. Il est facile de trouver des prises, des endroits où caler se pieds, et vous continuez même quand le chemin vous semble si difficile que vous vous demandez si vous y arriverez.

Vous êtes instinctivement attiré vers un endroit particulier. Au-dessus, le cri aigu du Pélican. Vous l'entendez pendant votre ascension, et vous pouvez sentir l'océan asperger votre visage car les vagues, qui étaient douces, deviennent violentes en-bas. Enfin vous arrivez au sommet, où se trouve le nid du Pélican, et il y a une grande et belle mère pélican qui vous attend. Elle déploie ses ailes en guise de salutation et quand elle vous serre dedans, vous avez l'impression d'être son enfant. Elle vous touche sur le front de son bec et vous savez que c'est vraiment le moment de vous reposer - vous êtes en sécurité. Prenez le temps de réaliser pleinement cette sensation de sécurité de tous vos sens.

[Pause]

Fermez les yeux et allez plus profond à l'intérieur. Mère Pélican se perce la poitrine de son grand bec, pour vous nourrir... Vous bénéficiez de la protection et de la vigilance dont vous aurez toujours besoin. Dorénavant, vous pouvez l'emporter avec vous, et vous saurez toujours dans votre cœur que vous êtes en sécurité... Tandis que le sang du Pélican vous nourrit, vous sentez votre enfant intérieur - l'enfant que vous e^tes devenu lors de ce voyage - qui commence à se fondre dans l'adulte que vous êtes dans la réalité quotidienne... Voyez votre enfant intérieur vulnérable et seul ; puis laissez votre conscience s'élargir, pour inclure votre corps adulte. Sentez-vous comme un adulte avec votre enfant intérieur sauf à l'intérieur.

[Pause]

Quand vous vous sentez intégral, recevez les transmissions de la sagesse ancienne du Pélican... [Longue pause] Remarquez que vous avez l'impression que des ailes vous poussent au cœur. Vous pouvez vous serrer vous-même dans vos propres ailes géantes, les drapant autour de vous quand vous avez besoin de protection.

Le Pélican vous prend et vous emporte dans la poche extensible sous son bec. Il descend du haut de la colline et s'envole au-dessus de la mer qui est redevenue calme. Il vous plonge dans l'eau fraîche, salée, puis vous dépose doucement sur la plage où vous avez commencé votre voyage... Il vous laisse sur le sable, puis s'envole vers son nid, battant de ses grandes ailes. Il pousse un grand cri. La vibration de son cri solidifie l'enseignement dans votre corps et votre âme. Vous savez que tout ce que vous avez à faire, c'est d'écouter cette fréquence, vous rappeler ou créer ce son, et cela vous ramènera à n'importe quel moment.

Votre cadeau au Pélican est votre engagement à protéger les enfants, et si vous oubliez, quand vous entendrez son cri, vous vous souviendrez. La protection des enfants est l'espoir et la protection du futur. Nous devons créer un futur pour nos enfants et pour la planète.

Thoth apparaît. Partagez vos expériences avec lui...

[Thoth vous aidera à rentrer dan votre corps... Veillez à bien vous enraciner et vous centrer... ]

Mots-clefs : Nourrir et protéger son enfant intérieur."

*

*



Littérature :

La MUSE

[...] Les plus désespérés sont les chants les plus beaux,

Et j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots. Lorsque le pélican, lassé d'un long voyage, Dans les brouillards du soir retourne à ses roseaux, Ses petits affamés courent sur le rivage En le voyant au loin s'abattre sur les eaux. Déjà, croyant saisir et partager leur proie, Ils courent à leur père avec des cris de joie En secouant leurs becs sur leurs goitres hideux. Lui, gagnant à pas lents une roche élevée, De son aile pendante abritant sa couvée, Pêcheur mélancolique, il regarde les cieux. Le sang coule à longs flots de sa poitrine ouverte ; En vain il a des mers fouillé la profondeur ; L'Océan était vide et la plage déserte ; Pour toute nourriture il apporte son cœur. Sombre et silencieux, étendu sur la pierre Partageant à ses fils ses entrailles de père, Dans son amour sublime il berce sa douleur, Et, regardant couler sa sanglante mamelle, Sur son festin de mort il s'affaisse et chancelle, Ivre de volupté, de tendresse et d'horreur. Mais parfois, au milieu du divin sacrifice, Fatigué de mourir dans un trop long supplice, Il craint que ses enfants ne le laissent vivant ; Alors il se soulève, ouvre son aile au vent, Et, se frappant le cœur avec un cri sauvage, Il pousse dans la nuit un si funèbre adieu, Que les oiseaux des mers désertent le rivage, Et que le voyageur attardé sur la plage, Sentant passer la mort, se recommande à Dieu. Poète, c'est ainsi que font les grands poètes. Ils laissent s'égayer ceux qui vivent un temps ; Mais les festins humains qu'ils servent à leurs fêtes Ressemblent la plupart à ceux des pélicans. Quand ils parlent ainsi d'espérances trompées, De tristesse et d'oubli, d'amour et de malheur, Ce n'est pas un concert à dilater le cœur. Leurs déclamations sont comme des épées : Elles tracent dans l'air un cercle éblouissant, Mais il y pend toujours quelque goutte de sang.


Alfred de Musset, extrait de "La Nuit de mai", Les Nuits, 1835.


Le Pélican

Contre des cœurs froids et peut-être ingrats.

Un Pélican vivait rêveur et solitaire Au bord d’un limpide ruisseau. Il avait peu d’amis, quoique sa vie entière Eût été le feu le plus beau. Par-ci par-là pourtant, on voyait quelque oiseau Qu’attirait la source légère Dissiper, en passant, sa langueur ordinaire. — Pourquoi, lui demandait un jour Une jeune Colombe, au sein de la prairie, N’allez-vous pas goûter l’amour ? La société seule enchante notre vie. Vous pourriez trouver dans nos champs Mille oiseaux qui seraient comme votre famille. — Il répondit : — Les Pélicans Aiment de trop d’amour, pour être heureux, ma fille, Sans de véritables enfants. Combien d’oiseaux m’ont dit : « Je vous aime, bon père. » Et puis ont contristé mon cœur ? Ah ! laissons voltiger les oisillons, ma chère, Fidélité seule est bonheur. J’aime mieux méditer sur ce bord solitaire Où je ne connais point d’ingrats, Que d’aller dans le monde en faire à chaque pas ! —


Abbé Louis-Maximilien Duru, « Le Pélican », Fables nouvelles, ou Leçons d’un maître à ses élèves, 1855.

*

*

Le Pélican

Le Capitaine Jonathan, Étant âgé de dix-huit ans, Capture un jour un pélican Dans une île d’Extrême-orient.

Le pélican de Jonathan, Au matin, pond un œuf tout blanc Et il en sort un pélican Lui ressemblant étonnamment.

Et ce deuxième pélican Pond à son tour, un œuf tout blanc D’où sort, inévitablement Un autre qui en fait autant.

Cela peut durer pendant très longtemps Si l’on ne fait pas d’omelette avant.


Robert Desnos, "Le Pélican" in Chantefables, 1970 (posthume)

*

*