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  • Anne

Le Sceau de Salomon



Autres noms : Polygonatum multiflorum ; Faux Muguet ; Genouillet ; Grand Muguet ; Herbe aux panaris ; Muguet multiflore ;

Polygonatum odoratum ; Faux Muguet ; Grenouillet ; Guéritout ; Herbe aux panaris ; Muguet anguleux ; Sceau-de-Marie ; Signet ;




Botanique :





Symbolisme :


Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), le Sceau de Salomon (Polygonatum multiflorum) a les caractéristiques suivantes :


Genre : Féminin

Planète : Saturne

Élément : Eau

Pouvoirs : Protection ; Exorcisme.


Utilisation magique : Les rhizomes de cette plante, cousine du muguet, ont joui d'une grande renommée au Moyen Age. L'une de leurs multiples utilisations fut d'être transformés, par opérations magiques, en fausses reliques de saints.

On sait comment la dépouille de Saint Louis, mort de la peste devant Tunis, revint en terre chrétienne : on fit bouillir son corps dans une marmite remplie de vin et de sucs d'herbes, de façon à séparer les os de la chair. Après avoir lavé les os, on les enveloppa dans un drap de soie avec beaucoup de parfums et on les enferma dans un riche coffret pour les rapporter en France, avec le cœur du roi. Pour la chair et les entrailles, Charles de Sicile les demanda à Philippe le Hardi, qui les lui accorda. Ainsi elles furent portées avec de grands honneurs à Palerme et inhumées dans l'abbaye de Montreale. Les ossements du bienheureux souverain firent ensuite l'objet d'une série de répartitions étranges, car chacun voulait avoir « sa » relique. Le crâne et une côte furent transférés à la Sainte-Chapelle de Paris ; on laissa une autre côte à Notre-Dame de Paris et une mâchoire à Saint-Denis. Berthevin (1) nous donne tous les détails sur la suite : « En plus de cela, écrit-il, un des os des doigts fut donné à l'Anglais (2) ; un autre au comte de Saint-Paul ; un autre au Val-des-Ecoliers ; un autre à l'abbesse de Notre-Dame-du-Lis (qui eut aussi un os du bras). Un os de la main fut donné aux jacobins de Paris ; une côte à l'abbesse de Maubuisson ; un os de l'épaule à l'abbé de Royaumont. Plus tard, un doigt fut donné aux Filles-Dieu de Paris. Un os échut encore à Marie de Médicis, qui le donna à Notre-Dame de Reims lors du sacre de Louis XIII. A noter encore qu'en 1311 Philippe le Bel donna une partie d'une côte aux jacobins de Reims. »

Face à une telle demande, certains malins tentèrent de gonfler frauduleusement l'offre : comment distinguer un bout d'ossements d'un autre ? Seulement les autorités, tant temporelles que spirituelles, veillaient avec vigilance. Les supercheries étaient aussitôt éventées en plongeant l'os suspect dans l'eau de la fontaine devant laquelle sainte Geneviève avait arrêté les Huns. S'il ne se produisait rien - ce qui devait être le cas le plus fréquent -, la « relique » était fausse. Si l'eau devenait noire comme de l'encre, ou se transformait en boue fétide, l'os - sacrilège et abominationt - était celui d'un juif ou d'un musulman. En cas d'authenticité, une lumière dorée miraculeuse s'élevait au-dessus de la coupe où elle formait une auréole pendant que, au fond du liquide, on voyait apparaître une croix scintillante. Cette dernière réaction étant assez rare, neuf fois sur dix, et sans doute davantage, les escrocs allaient expier leur blasphème sur les hautes fourches de quelque gibet, et les fausses reliques du dernier roi croisé disparurent de la circulation - pour un temps.

Car un magicien-alchimiste italien, penché sur ses cornues, fit une étonnante découverte à l'aube du XIV e siècle : en pétrifiant d'une certaine manière le rhizome du Sceau de Salomon, par des passages répétés dans divers bains de chaux, de magnésie et de sodium, on parvenait à reconstituer artificiellement, et d'une façon parfaite, les structures physique et chimique d'un os organique humain ou animal. Tout y était. La ressemblance extérieure était très exactement celle d'un fragment d'os court. Et l'os artificiel, complet avec son enveloppe de tissu compact, dur et blanc ivoire, renfermant les milliers d'alvéoles cassants du tissu réticulaire spongieux, défiait toute analyse : il était plus vrai que vrai t Plusieurs de ces reliques artificielles arrivèrent sur le marché italien entre 1330 et 1350. L'histoire ne dit pas si ces racines fossilisées du sorcier florentin faisaient s'élever la fameuse auréole dorée au-dessus du bain révélateur.


Notes : 1) Jules Berthevin, Recherches historiques sur les derniers jours des rois de France ; leurs funérailles ; leurs tombeaux, Paris, F. Louis, 1825.

2) Henry III d'Angleterre. Après avoir signé le traité de Paris (1259) qui mettait fin à la guerre de Cent Ans, il se prit d'amitié pour son ancien ennemi et voua à Saint Louis une admiration que d'ailleurs le roi de France lui rendait.

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La fiche du site Affo-nature nous apprend que :


Cette plante qui aime les ombrages et les bois, possède un rhizome vigoureux et charnu. L'année où une graine de Polygonatum se décide à germer, se forme juste un petit tubercule muni d'une racine, avec sur la partie supérieure, une petite feuille. Un bourgeon situé à l'extrémité développe l'année suivante un 2ème article, et ainsi de suite pendant quatre ou cinq ans. Puis le rhizome se redresse, et au lieu d'une feuille, il émet une tige portant cette fois, plusieurs feuilles. A sa base, dans l'axe du rhizome, un nouveau bourgeon produit un nouvel .article, tandis que l'ancien après disparition de la tige en garde l'empreinte sous forme d'une cicatrice circulaire. Cette dernière lui vaut son nom scientifique (du grec polus : nombreux, et gonu : genou), ainsi que son nom courant. Ces nœuds ressemblant à un sceau, on décréta que ce sceau appartint à Salomon en hommage à la sagesse légendaire de ce roi, et à sa connaissance des plantes. [...]

Bien sur, ce caractère propre à cette plante inspira la " théorie des signatures ". Les nodosités furent comparées à des articulations ou des cors. La plante fut donc utilisée pour la consolidation des fractures. Cuite à l'étouffée, la racine écrasée et posée sur les contusions et les bosses les fait disparaître sans problème.

La plante, fraîche ou sèche était utilisée contre les panaris, les furoncles, les rhumatismes, la goutte. Dioscoride, au ler siècle, préconisait l'application de racines séchées pour accélérer la cicatrisation des plaies. On en tirait par distillation, une " eau de beauté " donnant une peau de velours.

Ses jeunes pousses sont consommées dans certains pays. Mais ses baies, émétiques et purgatives, d'un goût repoussant, provoquent vomissements et diarrhée, bradycardie et arythmie cardiaque, ainsi qu'une hypoglycémie. Elles ont provoqué des accidents mortels chez de jeunes enfants.

La présence de ses clochettes blanches dans un bouquet est l'emblème du secret entre celui qui donne et celui qui reçoit. Dans le langage imagé mais pourtant très réglementé des fleurs, elles symbolisent aussi la sagesse : bien sur, Salomon n'y est pas pour rien, et il faut bien assumer un tel nom !

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Contes et légendes :


Sur le site Chants d'amour on peut lire le conte suivant :


Le conte du sceau de Salomon.


Un jour de printemps, après avoir fait de bonnes affaires, un homme revient de la ville, il est pressé de retrouver ses trois filles avec lesquelles il vit seul depuis le décès de sa femme. Il pense aux cadeaux qu'il leur a promis : une robe pour l'aînée, une trousse de beauté pour la cadette et... Soudain il se rend compte qu'il a oublié de ramener le muguet porte-bonheur que souhaitait la plus jeune. La nuit tombe, il est trop tard pour faire demi-tour. Il traverse alors un bois et remarque une plante qui porte sous ses feuilles des petites clochettes blanches. Il s'arrête et commence à ramasser un bouquet soulagé de pouvoir satisfaire sa fille malgré tout. Mais il entend alors une voix sifflante et aperçoit un immense serpent : "Que fais-tu dans mon domaine?" Le brave homme raconte qu'il voulait simplement ramener un cadeau pour l'une de ses filles. Le serpent répond : "Si tu ne veux pas que je vienne dans ta maison t'étouffer dans ton sommeil, ramène-moi une de tes filles. Va et reviens ici-même avant la fin de la nuit." Lorsque ses filles l'accueillent avec des cris de joie à son retour, il ne peut s'empêcher de pleurer. Elles le pressent de questions et il finit par leur expliquer les raisons de son chagrin. Il demande à son aînée si elle accepte de venir avec lui, elle refuse, la cadette de même, mais la benjamine dit : "Puisque c'est pour me donner mon cadeau que tu as rencontré ce monstre, je te suivrai, allons-y". En chemin, ils rencontrent un vieil homme, peu rassuré de traverser le bois seul, il leur demande de les accompagner. Il s'appelle Salomon et comme son glorieux saint patron il est plein de sagesse, il encourage l'homme à lui raconter son histoire. Le vieil homme l'écoute attentivement et lui propose de le suivre jusque devant le serpent qui attend à l'endroit convenu. Dans les premières lueurs de l'aube, le serpent à peine les aperçoit-il, s'avance vers la jeune fille pour s'en emparer, aussitôt le vieil homme s'interpose. "Serpent, tu dis que tu es ici dans ton domaine, mais rien ne l'indique. Comment voulais-tu que ce brave homme sache qu'il te prenait ton bien en ramassant ces quelques fleurs?" C'est alors que l'on entend une cloche au loin, le vieux Salomon poursuit : "Tu le sais, cloches et clochettes sont sacrées, les clochettes de ces fleurs ne t'appartiennent pas donc tu n'auras pas la fille. Cependant je t'accorde les racines parce qu'elles sont sous-terre comme tu l'es le plus souvent et je te conseille d'y apposer ta marque désormais" Les cloches se taisent, les premiers rayons du soleil illuminent le bois. Le serpent perd aussitôt son apparence monstrueuse et se faufile entre les feuilles sans demander son reste. C'est depuis ce temps que cette plante, nommée communément le muguet du serpent est aussi appelée sceau de Salomon car chaque tige disparue laisse sur la racine une empreinte qui ressemble à un cachet de cire...


Conte adapté d'éléments traditionnels par Marie Duval

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