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  • Anne

Le Loup (suite)


Pour des raisons techniques indépendantes de notre volonté, nous avons dû scinder le post initial en deux. Vous pouvez lire la première partie ici.

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Symbolisme celte :


Pour Philip et Stephanie Carr-Gomm (L'Oracle des Druides, comment utiliser les animaux sacrés de la tradition druidique, (1994 ; traduction française 2006), le loup (Faol) est associé aux mots clefs suivants :


"Intuition ; Apprentissage ; L'Ombre".


"La carte représente un loup courant dans la forêt, près de la source de la rivière Finhorn en Écosse où fut tué le dernier loup de Grande-Bretagne en 1743. C'est la saison du Faoilleach, le mois du loup, dernière quinzaine de l'hiver et première du printemps, qui correspond à peu près à février. Au premier plan poussent des perce-neige, fleurs du festival druidique d'Imboc au début de février.

Le loup apporte un profond sentiment de fidélité, de force intérieure et d'intuition. Il monte la voie des apprentissages. Nous devons parfois traverser des frontières, prendre des risques et pousser au-delà des limites des comportements normaux pour apprendre et mûrir, même si cela implique des sacrifices. Nous ne devons pas redouter la force intérieure qui émerge en vous dans la solitude. Apprenez à connaître votre moi le plus profond et vous bénéficierez toujours de courage et d'une présence spirituelle, même dans l'obscurité la plus complète.

Renversée, la carte suggère peut-être qu'il vous faut changer d'attitude face à la solitude. Vous craignez la solitude car votre force et votre ardeur vous effraient. Faites-leur confiance et familiarisez-vous avec votre moi. Rêves et intuitions vous en apprendront beaucoup sur votre personnalité cachée qu'on nomme parfois l'ombre. Sachez aussi que les loups, bien que solitaires, sont des animaux d'une grande fidélité. Ils gardent souvent le même partenaire toute leur vie. On disait traditionnellement qu'un loup croisant une procession nuptiale portait chance. peut-être devrez-vous passer des moments dans la solitude, mais il y aura aussi des périodes où vous fusionnerez avec les autres.

Le Loup dans la Tradition


Le loup portant bannière conduira ses troupes

et encerclera la Cornouailles de sa queue


Les Prophéties de Merlin


Puissant animal totem, le loup symbolise à la fois les qualités de la meute et l'aspect sauvage qui fait défaut chez le chien. L'un des noms gaéliques du loup est Madadh-Allaidh, le chien sauvage ; les Celtes avaient croisé des loups et des chiens pour en faire une race de chiens de bataille.

Il existe en Irlande un "Fort des Loups" et une légende narrant la lutte entre le héros Cu-Chulainn et Morrigan, la déesse de la guerre ; Cu-Chulainn ayant refusé son amour, Morrigan se transforma en louve pour l'attaquer.

Mais malgré sa réputation, le loup était plus apprécié pour son affinité avec l'espèce humaine que pour son appartenance au monde sauvage, car il est en réalité très sociable, intelligent et amical. Les Celtes aimaient beaucoup les loups et la légende irlandaise du roi Cormac le montre bien. Une louve profita du sommeil de la mère de Cormac pour lui dérober le nourrisson. Il fut élevé avec les louveteaux et garda toujours de cette époque un amour pour les loups. Une fois roi, une meute de loups l'accompagnait partout où il allait. La Vieille Blanche, truie dont la déesse Ceridwen avait pris la forme, mis bas un louveteau au pays de Galles. Geoffrey de Monmouth raconte dans The Life of Merlin que Merlin, devenu fou, se réfugia dans la forêt près d'un vieux loup mourant. L'hiver venu, manquant de nourriture, il dit à son ami l'animal : "Ô Loup, cher compagnon, toi qui rôdais avec moi sur les sentiers cachés des bois et des prairies, tu peines maintenant pour traverser les champs... Tu as vécu dans ces bois avant moi et l'âge a blanchi ton pelage."


Le Loup, Totem du Clan

Plusieurs clans écossais ont le loup pour totem : les MacLennans et les MacTyres (dont les noms signifient Fils du Loup) ainsi que les MacMillans (Fils du Serviteur du Loup). Le nom propre Fillan vient du gaélique Faolan, Petit Loup, et les noms gallois Bledyn, Bleddri, Bleiddudd dérivent tous du nom gaélique de l'animal, Blaidd. Une tribu irlandaise se disait descendante d'un loup ; on y dressait des loups pour les adopter comme parrains et marraines. On trouve très souvent des loups dans l'iconographie de la fin de l'âge du fer. Un dieu de la chasse, bienfaiteur de la forêt, est gravé dans le sanctuaire vosgien de Le Donon, portant une cape en peau de loup. Ces peaux servaient de tapis aux Celtes pour s'y asseoir lors des repas et l'on disait aussi qu'elles protégeaient de l'épilepsie. Les dents de loups portaient chance ; elles servaient de talismans et de bijoux.

Sur le célèbre chaudron retrouvé à Gunderstrup au Danemark, le loup fait partie des animaux qui accompagnent le dieu à la ramure. Un cerf, un serpent, un sanglier, deux taureaux, deux lions et un dauphin sont également représentés.


Le Loup-Garou

Malgré tous les attributs positifs que lui confère la tradition, le loup évoque également le danger et la peur. En Angleterre, on donnait aux criminels le nom de loups et on pendait parfois ces animaux à leur côté. En vieux saxon, le gibet se dit "arbre à loup". Dès le 1er siècle après J.C., des histoires de loups-garous - humains qui se transforment en loups - se mirent à circuler. Ces histoires, aux origines sans doute diverses, causèrent la mort de nombreuses personnes accusées d'être des loups-garous et brûlées au XVIe siècle, principalement en France. Parmi ces accusés se trouvaient probablement, outre les grands criminels, des malades atteints de porphyrie (maladie génétique qui provoque une intolérance à la lumière et l'hirsutisme), de rage (attrapée par des morsures de loup) et d'empoisonnement par des céréales ergotées. Dans l'Europe [médiévale], on redoutait et on détestait les loups ; des contes racontaient les ravages occasionnés sur le bétail et peut-être même la population lorsqu'ils étaient affamés et les dangers relatifs aux morsures de loups enragés. Le loup solitaire, meurtrier potentiel, devint le symbole de ce que l'on doit rejeter et abhorrer, y compris les besoins humains les plus sauvages.

Le dénigrement subi par le loup au cours de deux derniers millénaires et symbolisé par de nombreux contes européens - dont "Le Petit Chaperon rouge" -, n'ont pas empêché Baden Powell de remettre en valeur les aspects positifs qui lui sont associés dans la tradition totémique. Dès la fondation du mouvement scout, il institua pour les plus jeunes enfants les meutes de louveteaux dont le chef s'appelle Akela, comme le vieux loup du Livre de la jungle de Rudyard Kipling. Le loup est également associé au corbeau ; certains naturalistes pensent que les loups suivent les corbeaux vers les sources de nourriture et vice versa. Les totems évoquent également cette association très puissante.

Avec le loup pour allié, ami fidèle et compagnon spirituel, nous ne serons jamais seuls. Il nous enseignera la confiance en nous et la compréhension bienveillante des aspects de notre personnalité que nous ne comprenons pas encore."

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Selon Divi Kervella, dans Emblèmes et symboles des Bretons et des Celtes (2001), le loup (bleiz en breton) "est le symbole de la nuit et de l'hiver, de la partie sombre, cachée et lunaire de la vie. On l'appelle également ki-noz en breton, c'est-à-dire le "chien de la nuit", et heol ar bleiz (le soleil du loup) est le surnom breton de la lune.

Tout comme le corbeau est complémentaire de l'aigle, le loup est complémentaire de l'ours / lion.

Le loup est reconnu comme un animal plein de sagesse ayant su maîtriser les forces ténébreuses, c'est pourquoi il est le guide des esprits d'exception qui, ayant atteint un niveau de conscience supérieur, ne peuvent se suffire d'un vulgaire chien. Son regard perçant transperce les ténèbres et ses yeux scintillants trahissent sa luminosité intérieure cachée sous une apparence sombre.

En Bretagne on appelle noz ar bleiz (nuit du loup) la nuit du 31 janvier, veille de la fête de Emwalc'h, milieu de l'hiver celte, où l'on confectionne en Irlande les croix de Brigitte.

Plusieurs saints bretons sont montrés accompagnés de loups. Il est ainsi l'emblème de saint Brieuc, un des sept saints fondateurs de Bretagne. On connaît même un saint Konwal qui soigne les loups !

Un loup accompagne Merlin, le conseiller aveugle d'Arthur - qui lui a le mot arzh (= ours) dans son nom -, tout comme le loup accompagne le personnage chrétien qui a pris sa place c'est-à-dire saint Hervé, patron des bardes, aveugle lui aussi et qu'on invoque pour la cécité.

Dans les récits arthuriens, Blaise est le nom du maître de Merlin. Ce n'est qu'une personnification très superficielle du nom breton du loup, bleiz. Mais comme tout symbolisme peut se rejoindre, la Saint-Blaise se fête le 3 février, c'est-à-dire tout près de la "nuit du loup" donc (pour être vraiment complet signalons que les fêtes chrétiennes se tiennent généralement 4 jours après l'événement astronomique célébré dans les calendriers pré-chrétiens : Noël fêté 4 jours après le solstice d'hiver, la Saint-Jean fêtée le 24 juin quand le solstice d'été a lieu le 20 ou 21, etc.).

Par attraction patronymique saint Loup a remplacé en Bretagne le dieu suprême Lugh, prononcé en breton "Lou" ou Laou". on trouvera à Lanloup, une paroisse du Goëlo, la statue de saint Loup avec l'inscription bretonne "Bleiz". Les fêtes de la Saint-Loup à Guingamp ne sont que le vestige des antiques fêtes de Lunasad en l'honneur de ce dieu qui avaient lieu au mois d'août et dont une partie se tenait sur la hauteur voisine du Menez-Bré, patrie de saint Hervé et où rôde encore le souvenir de Merlin.

Un autre personnage chrétien est beaucoup plus connu pour avoir pris la place du personnage principal du panthéon celte, il s'agit de l'archange Michel. Lui aussi est montré en Bretagne comme étant le maître des loups, où du haut du mont Saint-Michel-de-Brasparts il les mène à sa guise. Sant Mikael vras a oar an tu / D'ampich youal ar bleizi du (le grand saint Michel connaît la manière d'empêcher les loups noirs de hurler) nous apprend le proverbe.

On ne s'étonnera donc pas de trouver une commune appelée Saint-Michel-des-Loups, qui bien qu'étant située en Normandie, mais à la lisière de la Bretagne, fait toutefois partie intégrante du réseau toponymique breton.

A un autre niveau le loup a une symbolique guerrière où sa force est prise en exemple. On le retrouve sur les anciens casques de guerre. C'est un super chien. un patronyme breton comme "Blevara" est un nom de guerrier à l'origine et se décompose en "Bleiz" (loup) et "Bara" (fureur).

Le loup représente aussi la classe guerrière dans le cycle des trois métamorphoses animales dans le Math des Mabinogion, ces récits mythologiques brittoniques. De cette métamorphose naîtra le guerrier Bleizon. Bleinor (loup de mer) était le pseudonyme du célèbre poète groisillon Yann-Bêr Kalloc'h (1888-1917). Ce nom a été repris par un mouvement scout d'inspiration bretonne dont le bagad est fameux et dont l'emblème combine le triskell et le loup.

Dans les organisations bretonnes de jeunesse, le bleiz désigne souvent le garçon - un peu comme "louveteau" dans le mouvement scout - alors que la fille est appelée erminig (hermine)."

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Dans Animaux totems celtes, Un voyage chamanique à la rencontre de votre animal allié (2002, traduction française : Éditions Vega, 2015), John Matthews nous propose la fiche suivante :


"Loup = irlandais : mactitre ; gallois : blaidd ; gaélique : madadhallaich ; langue de Cornouailles : bkyth ; breton : -.


Il est plus rarement question du loup dans la tradition celte, probablement parce que ce sont des prédateurs et qu'ils sont plutôt considérés comme des ennemis, que comme des amis. Il est toutefois établi que les Celtes croisaient chiens et loups pour obtenir des chiens de guerre féroces, et les écrits parlent parfois de loups offrant leurs services, à l'image de celui qui assista Kevin de Glendalough. Cette créature merveilleuse, non seulement n'attaqua pas, mais elle protégea une biche, qui allaitait un nourrisson, fils du roi Ui Faelain, qui avait envoyé son enfant pour être adopté par un saint. Ailleurs dans la vie des saints, il est question d'u moins deux d'entre eux, qui furent allaités par des loups. Ciwa, une sainte galloise également allaitée par un loup, était connue comme la Fille Loup, et avait une longue griffe au bout d'un de ses doigts. Il est également dit de Bairre, un ancêtre du chaman-barde Amairgen, qu'il avait été élevé par des loups, bien que le détail de son histoire ne soit pas arrivé jusqu'à nous.

Morrigan, Déesse des batailles dans la tradition celte, prenait parfois l'apparence d'un loup, notamment à l'occasion de son long combat avec le héros Cuchulainn. Lors d'une rencontre antérieure, elle avait prophétisé qu'un jour, elle serait "un loup gris qui s'opposera à toi... Et j'arracherai un lambeau de chair allant de ta main gauche à ta main droite".

Plus tard, elle tint sa promesse à la bataille du gué de Faughart, où elle apparut sous la forme d'une louve au long poil roux foncé. Tandis que Cuchulainn combattait avec un guerrier du nom de Loch, Morrigan détourna suffisamment son attention pour que son adversaire lui inflige une blessure, mais le héros parvint à écarter le loup et à tuer son adversaire.

Le loup n'est pas le plus facile des totem. Il est cependant réputé, non seulement pour sa férocité, mais aussi pour sa fidélité (les loups s'accouplent pour la vie) et le soin qu'il prend de sa famille. Lorsque le voyage a trait à des problèmes familiaux, il est donc un allié précieux.


Préceptes du totem :

Éclaireur : Prends le chemin le moins fréquenté.

Protecteur : La meute n'est jamais très loin.

Challenger : Ne chasse que ce que tu peux manger.

Aide : Fais la différence entre mensonges et vérité."

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Pour Gilles Wurtz auteur de Chamanisme celtique, Animaux de pouvoir sauvages et mythiques de nos terres, (Éditions Véga, 2014) :


"Si un loup peut vivre en solitaire, il vit le plus souvent en meute. La taille des meutes varie du simple couple à la douzaine d'individus. C'est le couple dominant qui dirige la meute. En général, seuil ce couple a des petits et tous les loups de la meute aident à les nourrir et à les élever. Le clan est hiérarchisé et très bien organisé, selon les qualités de chaque membre. Le loup est fidèle pour la vie.

Si, dans une meute, une louve ayant des petits est amenée à disparaître, une autre femelle va prendre la relève et si les petits ne sont pas encore sevrés, cette deuxième louve déclenchera spontanément des montées de lait pour les nourrir. C'est la meute tout entière qui élèvera les petits.

Le loup attaque et élimine les autres prédateurs sur son territoire pour s'arroger un maximum de nourriture. Le loup est un bon nageur et un excellent coureur : sa vitesse de pointe est de 45 à 50 km/h et il peut parcourir 60 kilomètres en moyenne en une nuit et bien plus s'il y est contraint, ce qui fait de lui le carnivore terrestre le plus endurant la course. Pour chasser, il poursuit sa proie sur plusieurs kilomètres, jusqu'à l'épuisement de celle-ci. Son odorat très développé lui permet de détecter un animal à 270 mètres contre le vent. Son angle de vision atteint 250° contre 180° chez l'homme. La nuit, il voit aussi bien que le jour. Son ouïe lui permet d'entendre des sons jusqu'à 40 kHz (20 kHz chez l'homme), il peut ainsi percevoir le hurlement d'autres loups à 10 kilomètres.


Applications chamaniques celtiques de jadis

Il est très patient et endurant, et sait attendre le bon moment quand il traque une proie. Un loup qui a repéré une proie la suivra jusqu'au bout.

Toute scène de chasse par une meute de loup illustre bien toutes les qualités attribuées au loup par les Celtes : tous les individus de la meute savent exploiter leurs qualités propres et les coordonner pour que la chasse soit optimale. Ainsi il y a des pisteurs, des rabatteurs dotés de patience et d'endurance, puis les spécialistes qui terrassent la proie et lui donnent la mort sans se blesser. Ceux-ci ont besoin de force, de confiance en eux, d'assurance pour mener à bien cette tâche, car un loup blessé est très souvent condamné à mort.

Toutes les qualités du loup faisaient partie des aptitudes des guerriers d'élite qu'étaient les Celtes. Ils entretenaient une relation très régulière dans leur pratique chamanique avec l'esprit du loup pour se faire initier à la coordination efficace du groupe qui exploite les aptitudes distinctes de chacun de ses membres. Ils savaient ainsi comment conjuguer leurs forces respectives lors d'un combat.

Certains guerriers celtes, comme en Germanie, se nourrissaient de viande de loup lors de rituels chamaniques pour acquérir les qualités de cet animal.

L'endurance était souvent mise en œuvre lors de déplacements. La patience était le lot de toutes les chasses. La force était présente dans toute épreuve physique. La confiance en soi et l'assurance étaient également très demandées au quotidien.


Applications chamaniques celtiques de nos jours

Aujourd'hui, pour un praticien chamanique celtique, cette faculté est idéale dans les moments de doute, quand les choses ne vont pas assez vite à son goût ou que la patience vient à lui manquer. Nous pouvons, à travers un voyage chamanique, aller à la rencontre de l’esprit du loup et lui demander de nous apprendre la patience dans l'action ou la patience dans le temps, l'endurance physique ou l'endurance morale, psychologique, ou encore la persévérance dans notre pratique spirituelle. et évidemment, nous pouvons le solliciter dans toutes les circonstances où la confiance en nous et l'assurance sont des atouts indispensables, comme lors d'un entretien ou un rendez-vous important, et dans toutes les actions qui requièrent de nous une certaine force physique.


Mots-clefs : La patience ; L'endurance ; La force ; La confiance en soi ; L'assurance."

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Symbolisme astrologique :


Dans Les Druides et l’astrologie Origine et fondements de l’astrologie celto-druidique De la préhistoire au Moyen Âge (Aparis, 2014 ), Michel-Gérald Boutet fait le point sur l'association du loup et du signe du Sagittaire :


Les Scandinaves appellent les étoiles du Sagittaire Fenrir, le Loup. La constellation du Loup (Lupus) se situe sous la Balance à l’ouest du Scorpion et à l’est du Centaure. Pour les Grecs, il s’agissait de l’animal transpercé par la lance du centaure archer. Le Loup marque symboliquement la période du renouveau solaire de l’hiver allant jusqu’au printemps en mars. Chez les Grecs, le mois de Lukios, selon le calendrier, couvrait la période de février en mars ou d’avril en mai. Selon Aristote : « On prétend que les louves mettent toujours bas dans une limite de douze jours déterminés de l’année. On donne la raison de cette singularité sous une forme mythique : quand, dit-on, en ce même nombre de jours on conduisait Lètó du pays de Hyperboréens à Délos, elle revêtit l’apparence d’une louve par crainte d’Hèra. » (Sergent p. 213) À Rome, ces douze jours sont sous l’égide des douze Luperques. Leur création passe pour antérieure à Romulus et ils se recrutent parmi les grandes familles patriciennes des Quinctilli et des Fabii. Tous les ans en février, ils exécutent des rites pour protéger magiquement les bergeries contre les loups. Les lupercales (Lupercalia) étaient des fêtes de la fécondité à la gloire du dieu Lupercus, l’Apollon Lúkeios des Grecs, le loup-cervier appelé aussi Faunus. Faunus sera plus tard assimilé au Pan grec. Du côté celtique, le mois de janvier portait en gaélique le nom de Faoilteach « aux loups » et les lupercales de février le nom d’Imbolc en gaélique. La louve, donc, est synonyme d’augmentation lustrale, de chaleurs. Sur le chaudron de Gundestrup, loups et chiens sont indissociables. Les Celtes n’avaient-ils pas tendance à les confondre ?

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Symbolisme onirique :


Selon Georges Romey, auteur du Dictionnaire de la Symbolique, le vocabulaire fondamental des rêves, Tome 1 : couleurs, minéraux, métaux, végétaux, animaux (Albin Michel, 1995),


A lire certains rêves dans lesquels officie un personnage à tête de loup, voire le loup lui-même, le chercheur est soudain transporté au cœur du rituel funéraire de l’Égypte antique.

La ressemblance des images, de l'atmosphère est saisissante. Il se dégage de ces productions de l'inconscient contemporain la même puissance, la même gravité, le même dosage de clarté et de mystère que ceux qui émanent des représentations inspirées par les sages des premiers temps pharaoniques. Au fil des siècles, des civilisations sont nées, ont évolué, parfois ont disparu, laissant d'innombrables légendes, superstitions, fables, contes, qui se sont construits autour de l'image du loup. Ces récits sont imprégnés, à la fois, des projections les plus spontanées de contenus de la psyché et de l'expérience - souvent cruelle - réalisée par l'homme dans ses contacts avec l'animal réel. Un livre entier consacré au loup ne suffirait pas à faire l'analyse exhaustive de toutes ces manifestations du symbole.

Tant de scénarios contiennent des références explicites à la louve romaine, à Mère-Louve, au Petit Chaperon rouge et même à Anubis, qu'une interrogation s'impose, concernant l'influence de ces acquis culturels sur l'imaginaire. La lecture des rêves peut engendrer l'impression de scénarios organisés par le mental sur la base de réminiscences de ce type. Cette impression ne résiste pas à l'écoute du rêve. Qui pourrait entendre les mots de Florent, dont nous reproduisons ci-dessous des extraits de la quarante-troisième séance, n'oserait plus mettre en cause la spontanéité d'un cheminement imaginaire produisant l'image d'un homme à tête de loup, dévorateur et initiateur. La gravité de ton, l'effroi, la surprise, avec lesquels le patient accueille ses propres visions, communiquent un frisson de crainte incompatible avec le doute.

Les rêves montrent que l'expression tomber dans la gueule du loup n'est pas une formulation caricaturale quelque peu affaiblie par l'usage. Que le rêveur se donne à voir le loup et le voilà tout aussitôt confronté à l'épreuve mythique de la dévoration. Une gueule l'attend, grande ouverte, qui prendra l'apparence d'un sexe féminin hérissé de serpents, d'une grotte garnie de dents menaçantes, de la mâchoire d'un félin ou d'un crocodile, de la gueule du loup elle-même. Le fantasme de la dévoration exprime, en premier lieu, la peur qu'inspire l'affrontement des contenus de l'inconscient. Le franchissement du seuil, qui établit une connexion entre la conscience et une partie de l'inconscient, est appréhendé comme un acte redoutable alors qu'il est une avancée dans la réalisation du Soi. Être, c'est devenir. Devenir, c'est mourir à ce qu'on était. La mort et la gueule se place