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  • Anne

Le Mouton



Étymologie

  • MOUTON, subst. masc.

Étymol. et Hist. I. Subst. A. 1. a) 1re moitié du xiie s. « bélier » (Psautier Oxford, 64, 14 ds T.-L. : li multum des oëilles) ; b) 1155 « bélier, élevé pour la boucherie » (Wace, Brut, 8519, ibid. : li liuns ... Ocist mutuns, ocist berbiz) ; c) α) ca 1480 revenons a noz moutons (Guillaume Coquillart, Monologue Coquillart, 154 ds Œuvres, éd. M. J. Freeman, p. 280) ; β) fin du xve s. jamais saige Ne va serchant les cinq piez de mouton (H. Baude, Débat de la Dame et de l'Escuyer ds Recueil de poésies françaises, éd. A. de Montaiglon, t. 4, p. 155) ; 2. ca 1223 « viande de mouton » (Gautier de Coinci, II Ch. 9, éd. V. F. Koenig, 2944 : poree au mouton) ; 3. a) 1260 « cuir de mouton » (Étienne Boileau, Métiers, 221 ds T.-L.) ; b) 1821 « peau de mouton travaillée comme une fourrure » (Obs. modes, 25 mars, VII, 136 : collet en mouton d'Astracan). B. 1. a) α) 1155 « bélier, machine de guerre pour enfoncer les portes et abattre les murailles » (Wace, Brut, 3035 ds T.-L. : Perrieres, troies e multons, E engiens de plusurs façons Firent faire e al mur hurter Pur le mur fraindre e enfondrer) ; β) 1490 « lourde masse de fer, gros billot de bois armé de fer dont on se sert pour enfoncer des pilotis, des pieux » (Doc. ds Gdf. Compl.) ; γ) 1573 mar. cap de mouton, v. cap 1 ; δ) 1690 « pièce de bois dans laquelle on engage les anses d'une cloche pour les suspendre » (Fur.) ; b) α) 1694 plur. « petite vague crêtée d'écume » (Ac.) ; β) 1807 « petit nuage » (Michel, p. 11). 2. a) α) 1566 « personne crédule, facile à mener et à duper » (H. Estienne, Apologie pour Hérodote, éd. P. Ristelhuber, t. 1, p. 66) ; β) av. 1778 moutons de Panurge (Voltaire ds Lar. 19e) ; b) α) 1611 « personne simple, d'humeur douce » (Cotgr.) ; β) 1803 mouton enragé (Chênedollé, Journal, p. 15) ; c) 1769 « faux détenu, chargé de confesser un inculpé dont il partage la cellule » (d'apr. Esn.). II. Adj. 1. 1493 [éd.] « qui est de la nature du mouton (d'une personne) » (Martial d'Auvergne, Vigil. de Charles VII ds Gdf. Compl.) ; 2. 1763 [éd.] « doux, malléable » (Piron, L'école des pères, III, 5, p. 70 : âme tendre et moutonne). Le mot lat. correspondant était ovis, d'abord « mouton (terme générique) » puis aussi « brebis » (car le troupeau antique se composait essentiellement de brebis, étant donné qu'on sacrifiait les mâles en bas âge) ; il s'opposait à vervex « mâle châtré » et à aries « bélier » (cf. le roum. qui a conservé les sens lat.). Le système paraît avoir été désorganisé par la ressemblance formelle avec ovum ( œuf*) qui a amené la disparition d'ovis (sauf en roum.) et son remplacement par plusieurs substituts. Au sens de « brebis » on a eu recours à ovicula (v. ouaille) ainsi qu'à feta « animal qui a mis bas » et même à pecora (v. pécore), plur. de pecus « bétail ». Au sens de « mouton (terme générique) », le gallo-rom. a utilisé le lat. vervex à partir du ve s. (sens conservé dans le Nord) très tôt concurrencé par un mot gaul. *multo (que l'on peut déduire de l'a. irl. molt, kymr. mollt, bret. maout « mâle châtré destiné à la boucherie ») qui avait semble-t-il à l'origine le sens de « mâle châtré » qui était précisément l'anc. sens de vervex, mais qui en vint à désigner d'une part (dès le ixe s.) le « bélier » (sens conservé dans l'Ouest et le Midi; cf. aussi l'ital. montone) et d'autre part par le « mouton (terme générique) », au détriment de vervex qui prit à son tour le sens de « brebis » (au ixe s.) où il a peu à peu évincé ouaille du moins dans les parlers septentrionaux. La loc. revenons à nos moutons, vient d'une allus. littér. à une scène de la Farce de Maistre Pierre Pathelin, de 1464, où le juge pour ramener les plaideurs à leur affaire « les moutons volés », s'exclame : Sus! revenons à ces moutons (éd. R. T. Holbrook, VIII, 1291). De même, moutons de Panurge, p. allus. littér. à un épisode, de 1552, du Quart Livre de Rabelais (éd. R. Marichal, pp. 61-64). Pour le sens de « machine de guerre pour enfoncer les portes et abattre les murs », cf. le lat. aries et le fr. bélier (v. A. Schultz, Das höfische Leben, t. 2, p. 409). Voir W. von Wartburg, Zur Benennung des Schafes in den romanischen Sprachen, 1918 et FEW t. 6, 3, pp. 205b-209b.


Lire aussi la définition pour amorcer la réflexion symbolique.

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Expressions populaires :

Claude Duneton, dans son best-seller La Puce à l'oreille (Éditions Balland, 2001) nous éclaire sur le sens d'expression populaires bien connues :


Laisser pisser le mérinos : On ne voit pas bien au premier abord ce qui a pu valoir aux besoins naturels du mérinos, plus qu'un autre mouton, ce petit aire de nonchalance que l'on connaît... Il me paraît tout à fait raisonnable de penser, avec Pierre Guiraud, que l'expression a simplement pris le relais de la plus ancienne « laisser pisser la bête », pour « ne rien précipiter, prendre son temps ». C'est une habitude chez les conducteurs d'attelages, quelle que soit l'urgence, de faire une petite halte pour laisser pisser les chevaux ou les bœufs dès que ceux-ci en éprouvent le besoin. en effet, alors que ces animaux peuvent déféquer en marchant en toute tranquillité, ils souffrent d'uriner en plein effort. Cela leur coupe l'envie et peut leur provoquer des troubles graves. C'est donc une loi du charretier, du cocher ou du laboureur : il faut toujours laisser pisser la bête.

Pourquoi penser au mérinos ?... D'abord par jeun parc que le mot est amusant et donne à la locution un air absurde qui fait le ravissement du langage. Le terme mérinos semble s'être popularisé au début du XIXe siècle pour désigner, comme nouveauté, un drap épais tissé avec la laine du mouton mérinos. La robe de mérinos était la robe commune des femmes du peuple vers 1830. On trouve par ailleurs à la même époque chez Vidocq une curieuse expression, employée dans le même sens : « laisser bouillir le mouton ». « A ces mots le front de Fanfan se rembrunit, car il connaissait le fond de notre bourse. Eh ! on Dieu, laissez bouillir le mouton, ajouta Belle-Rosé, qui s'aperçut de son embarras, si vous n'êtes pas en argent, je réponds pur le reste. » (Vidocq, Mémoires, 1828).

Il semble raisonnable de penser que, par substitution, on ait pu dire « laisser bouillir le mérinos », et par croisement « laisser pisser le mérinos ». Les dates sont concordantes car l'expression, probablement en usage dès cette époque, est relevée par Delvau en 1867 : « Laisser pisser le mérinos. Ne pas se hâter ; attendre patiemment le résultat d'une affaire, d'une brouille etc. Argot des faubouriens. »

A la fin du XIXe siècle, la locution était suffisamment établie pour que l'emploi d'un euphémisme ne trompât personne : « Tout effort me dégoûte vite. A quoi bon ? N'est-ce pas la règle que l'infanterie ignore tout de l'artillerie, et vice versa ? Les galons viendront tout seuls. Il n'y a qu'à laisser pleurer le mérinos. » (G. Darien, L'Epaulette, 1900).


Se laisser manger la laine sur le dos : Se laisser manger la laine sur le dos est le symbole de la passivité, d'une manque de combativité qui confine à la veulerie, en fait d'un comportement plutôt niais. Cette métaphore moutonnière ne date pas d'hier ; en 1640 Antoine Oudin relevait déjà dans un parler populaire qui remonte à l'aube des bergères : « il se laisse manger la laine sur le dos, il souffre tout. » A l'époque de Marie-Antoinette où les bergeries furent fort à la mode, la douce et chère Mme de Sabran, qui aima le poète et chansonnier Boufflers, savait que c'était là un parler bon enfant. Songeant à son adorable petit garçon, Elzéar, elle écrivait à son ami lors d'un voyage aux champs : « J'ai rencontré des troupeaux tout le long de mon chemin avec leurs petits agneaux, qui me font toujours penser à Elzéar ! Il en a la blancheur ; il en a aussi la candeur et la douceur ; mais il ne se laissera pas comme eux manger la laine sur le dos, comme disent les bonnes femmes, car il a plus d'esprit qu'il n'est gros » (Journal de Mme de Sabran, 23 août 1787.)

Cependant les termes de la locution intriguèrent les rationalistes du XXe siècle : pourquoi manger ? La brebis, certes, est fameuse de ce qu'on la tond sans qu'elle puisse protester ! La logique aidant, l'image se modifie parfois en : "Il se laisse tondre la laine sur le dos", ce qui resserre le champ d'application, et renvoie surtout à la prodigalité soumise et sotte de celui à qui des indélicats soutirent tout son argent.

Cette rationalisation apparente n'est pourtant que le fait de peuplades urbaines, coupées des joies de la vie au grand air et des mœurs des animaux. C'est Quitard, en 1842, qui nous donnait le mot : " ne pas savoir se défendre, comme les brebis qui souffrent patiemment que les corbeaux se fixent sur leur dos et leur arrachent la laine.

Voilà la clef de l'énigme : je ne sais pas pour les corbeaux, mais les pies oui, les chardonnerets, les hardis passereaux qui veulent bâtir leur nid au printemps ont l'habitude de se servir à même la bête en train de faire sa mue. Nous avons donc bien raison de dire, en modernisant le verbe, qu'on se laisse bouffer la laine sur le dos par des tas d'impositions indésirables !


Les moutons de Panurge : « Ce sont des moutons de Panurge » se dit de gens qui veulent tous faire la même chose, suivre une mode, ou qui se conforment à l'idée dominante à un moment donné. L'expression a pour base l'anecdote où Panurge jette un mouton à la mer pour noyer tout le troupeau, après une altercation avec le marchand Dindenault.

« Panurge, ayant payé le marchant, choisit de tout le trouppeau un beau et grand mouton, et le emportoit cryant et bellant, oyans tous les aultres et ensemblement bellans et reguardans quelle part on menoit leur compaignon. […] Soubdain, je ne scay comment, le cas feut subit, je ne eu loisir le consyderer, Panurge, sans aultre chose dire, jette en pleine mer son mouton criant et bellant. Tous les aultres moutons, crians et bellans en pareille intonation, commencerent soy jecter et saulter en mer après, à la file. La fouille estoit à qui premier y saulteroit après leur compaignon. Possible n'estoit les en guarder, comme vous sçavez estre du mouton le naturel, tous jours suyvre le premier, quelque part qu'il aille. […] Le marchant, tout effrayé de ce que davant ses yeulx perir voyoit et noyer ses moutons, s'efforçoit les empescher et retenir tout de son pouvoir. Mais perissoient. » (Rabelais, Le Quart Livre, VIII, 1552).

Malgré l'antiquité de Panurge, il ne semble pas que l'allusion soit venue en usage avant le XIXe siècle, période de retrouvailles avec Rabelais et son œuvre "mirifique" : « Je vous permets de tout supposer, répliqua le curé ; […] les gens de ce pays-ci sont un peu comme les moutons de Panurge. - Ah ! vous connaissez Panurge ? dit le docteur en riant. - De réputation proverbiale... » (H. Murger, Le Pays latin, 1851).

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Zoologie :

Selon Matt Pagett, auteur de Le petit livre de merde (titre original What shat that ?, Quick Publishing, 2007 ; édition française Chiflet & Cie, 2008) :


"On élève le mouton pour sa viande, son lait, sa laine, et aussi pour sa capacité à "tondre la pelouse". Quant à ses crottes bien proprettes et apparemment inoffensives, nous allons découvrir ce qu'on peut en tirer.

Description : Ce ruminant produit des crottes rondes ou ovales, dans lesquelles on peut distinguer des fragments de végétaux. Elles sont très sèches, l'animal ayant absorbé toute l'eau contenue dans sa nourriture. Elles sentent l'herbe.


A boire et à manger : Grâce à des études approfondies, les éleveurs de moutons peuvent désormais interroger les crottes pour déceler les maladies éventuelles dans leur cheptel. L'analyse d'une crotte de mouton peut en dire long sur l'animal et sur son rapport à l'environnement ; en laissant paître des troupeaux sur les mêmes terrains, on dégrade l'écosystème naturel, phénomène aggravé par les effets dévastateurs des excréments. Ceux-ci peuvent en effet nuire à la végétation à cause de leurs trop grandes quantités d'azote.


Fume, c'est du mouton ! Avec la crotte de mouton, on peut notamment se chauffer et faire la cuisine. Connaissez-vous le hangikjöt, plat traditionnel islandais ? C'est une viande fumée dont notre ami Loftur a bien voulu nous confier la recette :

"Choisissez un gigot de mouton, d'agneau, ou, à défaut, une selle de cheval. Accrochez-le au-dessus d'un feu alimenté par de la merde de mouton séchée à laquelle vous aurez ajouté de la paille ramassée dans la bergerie. Laissez boucaner la viande pendant environ trois semaines. Vous la servirez ans les grandes occasions et vous nous en direz des nouvelles.


Merde, alors ! Incident fâcheux en Norvège, dans un restaurant. Au moment où le serveur découpait l'agneau, M. et Mme Jensen se sont aperçus qu'il était farci avec des crottes de mouton. Horreur ! On les a rassurés : une merde qui a cuit à feu doux pendant deux heures n'a jamais tué personne."

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Selon Frans de Waal, auteur de Sommes-nous trop "bêtes" pour comprendre l'intelligence des animaux (Édition originale 2016 ; traduction française : Éditions Les Liens qui Libèrent, 2016) :


"Si les corvidés nous impressionnent toujours, les moutons font encore plus fort : ils se reconnaissent entre eux. Des scientifiques britanniques dirigés par Keith Kendrick leur ont appris à différencier vingt-cinq paires de visages de leur propre espèce : dans chaque paire, un choix était récompensé et l'autre non. A nos yeux, tous ces portraits sont pratiquement identiques, mais les moutons ont appris les vingt-cinq différences et les ont retenues pendant deux ans. Ce faisant, ils ont activé les mêmes régions du cerveau et les mêmes circuits neuronaux que les humains, notamment certains neurones qui réagissent spécifiquement aux visages et pas aux autres stimuli. Ces neurones spéciaux s'activaient quand le mouton regardait des photos de compagnons dont il se souvenait ; de fait, il les appelait en bêlant vers l’image comme s'ils étaient là. Dans cette étude, publiée avec le sous-titre « Les moutons ne sont pas si stupides, après tout » - formule que je récuse, car je ne crois pas aux animaux stupides -, les scientifiques ont situé l'aptitude des moutons à reconnaître les visages ua même niveau que celle des primates, et jugé fort possible qu'un troupeau, que nous voyons comme une masse anonyme, soit en fait très différencié. Ce qui veut dire que mêler les troupeaux, comme on le fait parfois, doit causer plus de stress que nous ne le pensions."

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Symbolisme :

D'après Madonna Gauding, auteure de Animaux de pouvoir, Guides, protecteurs et guérisseurs (2006, traduction française Éditions Véga, 2006) :

Guide d'interprétation

En tant que symbole onirique

Patience ; Renouvellement ; Purification ; Paix ; Modestie ; Compassion ; Sacrifice.


En tant que gardien ou protecteur

Protège contre la violence ; Garde votre groupe social.


En tant que guérisseur

Purifie le corps ; Aide à guérir du mauvais traitement.


En tant qu'oracle ou augure

Mettez fin à l'indécision ; Empêche de suivre aveuglément.


Mythes et contes

La brebis était associée à la déesse celte Brigit, dont le nom de la fête, Imbolc, signifie "lait de la brebis". Pour les Chrétiens, l'agneau est le symbole du Christ ressuscité. En Europe, un mouton noir est tenu pour un signe propice.

Si le mouton est votre animal de pouvoir

Vous êtes paisible et modeste. Vous apportez chaleur, amour et sécurité à votre famille et sacrifiez volontairement vos besoins pour satisfaire les siens. Vous appréciez la compassion et le service. Vos proches font l'expérience de vos éclats spontanés de joie et apprennent de vous comment profiter des plaisirs simples. Vous aimez célébrer les nouveaux commencements, comme le premier jour du printemps. Vous êtes une source de réconfort et de consolation lorsque la mort est imminente, car vous comprenez le voyage de l'âme dans l'au-delà.


Demandez au mouton de vous aider

  • à mieux exprimer vos émotions, surtout la joie et le bonheur ;

  • à profiter des plaisirs de tous les jours : un bon repas, un beau coucher de soleil ;

  • à mettre votre éducation et vos talents au service des autres ;

  • à accepter l'amour et la protection d'autrui.

Accéder au pouvoir du mouton en :

  • guérissant les blessures du passé avec l'aide d'un thérapeute ou d'un conseiller ;

  • pardonnant les membres de la famille et en éliminant tout sentiment négatif à leur égard.

Les anciens Égyptiens utilisaient le mouton pour sa viande, son lait, sa peau et sa laine. Les troupeaux de moutons enfonçaient les semis dans les champs. Comment pouvez-vous vous assurer que les graines positives semées dans votre travail et votre vie familiale germeront et se développeront ?


Élément Terre.

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Diana Cooper, auteure du Guide des archanges dans le monde animal (édition originale 2007, traduction française, Éditions Contre-dires, 2018) nous délivre un :

Message des moutons

Soyez fidèle à vous-même et honorez votre mission.

Peu importe ce qui vous arrive et ce que les autres vous font,

maintenez votre vision. Pardonnez à tous ceux qui vous font du mal.

Faites ceci et votre âme sera une lumière rayonnante.

Vous deviendrez un Être illuminé.

Les moutons se sont incarnés pour offrir leurs services à l'époque de l'âge d'or de l'Atlantide. Ils sont arrivés des Pléiades et étaient les troisièmes animaux à venir de ce groupe d'étoiles, les autres autres étant les porcs et les pandas. La principale chose qu'ils avaient à offrir était leur laine. Bien sûr, les gens demandaient toujours leur permission avant de la prendre. Par conséquent, les moutons la donnaient avec joie, et cette réciprocité basée sur le respect permettait à tout un chacun d'avoir toujours le cœur ouvert et léger. Ils partageaient également volontiers leur lait si cela leur était demandé. Toutes les créatures venant des Pléiades ou qui viennent sur Terre en passant par cet amas d'étoiles portent le symbole d'une rose bleue dans leur aura. Les 33 pétales renferment la lumière christique de l'amour inconditionnel et leur permettent de supporter leur condition avec courage, tout en répandant l'amour autour d'elles. Les moutons sont descendus sur Terre en venant des Pléiades et en passant par le portail à haute fréquence du mont Shasta en Californie, qui est géré par l'archange Gabriel. L'archange Gabriel et sa flamme jumelle l'archange Hope gardent le contact avec le mouton durant toute sa vie. En fait, par l'intermédiaire des moutons, l'archange Hope se connecte aux humains et les touche avec des rayons d'espoir, contribuant ainsi à maintenir les esprits élevés. Cela permet à l'humanité d'aspirer à son plein potentiel et de réaliser finalement la destinée de son âme.

Ces délicieux animaux ont la réputation d'être stupides, mais en fait ce sont des animaux intelligents et centrés sur le coeur. Ils ont appris qu'ils peuvent être plus efficaces lorsqu'ils agissent ensemble. Au temps de l'Atlantide, l'herbe avait une fréquence beaucoup plus élevée et, par conséquent, leur lait et leur laine rayonnaient à la parfaite fréquence nécessaire. Les vêtements en laine émettaient un champ d'énergie de guérison bleu qui était ressentie par les personnes qui les portaient. A cette époque, ils dansaient et batifolaient joyeusement – plus comme des agneaux de grande taille avec une épaisse fourrure laineuse que comme les créatures sérieuses que nous voyons de nos jours. Ils paissaient autour des maisons et empêchaient ainsi l'herbe de pousser ce qui permettait de voir une variété riche de plantes et de fleurs sauvages se développer. Les enfants des villages jouaient avec eux et les moutons se sentaient intégrés et appréciés. Tout le monde les aimait et les honorait. Comme beaucoup d'animaux qui étaient présents durant l'âge d'or de l'Atlantide, les moutons et les béliers faisaient preuve d'un équilibre parfait entre le masculin et le féminin. Une partie de leur mission consistait à apprendre à rester en équilibre et à enseigner cette aptitude en montrant l'exemple. Lorsque les animaux conservaient leur harmonie yin-yang, ils gardaient les humains en équilibre, eux aussi.

A cette époque, tous les échanges effectués dans le monde humain et dans le monde animal étaient faits dans une parfaite harmonie. Les humains offraient l'amour, le gîte et la nourriture aux moutons, si cela était nécessaire. Les moutons offraient aux humains la guérison du cœur, la joie, le lait et la laine en échange. Tout le monde était satisfait. Tout était en parfaite harmonie sur le plan karmique. Ce qui était une mission d'amour et de foi sur Terre est devenu un sacrifice difficile. Ni les moutons ni aucun autre animal n'ont autorisé les humains à consommer leur chair, pas plus qu'ils n'ont accepté d'être utilisés comme des agneaux sacrificiels. Cependant, encore aujourd'hui, les anges bleus des Pléiades peuvent être vus dans les prés parmi les moutons, partout où ils se trouvent. Ces anges glorieux soutiennent les moutons en aidant leurs cœurs à rester forts et ouverts. Ils aident également les animaux à ne pas perdre de vue leur mission qui consiste à répandre la guérison du cœur pour les personnes et le sol. Les moutons doux et indulgents continuent de le faire, même s'ils savent qu'ils seront abattus et mangés. Et parce qu'un agneau représente l'innocence, la pureté, la joie, le don, l'amour et beaucoup d'autres belles qualités, c'est l'animal qui a été offert comme cadeau du cœur pour le bébé qui devait devenir le Christ. Il a également honoré les cœurs innocents et ardents des moutons.

VISUALISATION POUR SE CONNECTER AU CŒUR DES MOUTONS

  1. Trouvez un endroit où vous pouvez vous détendre sans être dérangé.

  2. Demandez aux anges des Pléiades de vous envelopper de leur belle et douce lumière bleue.

  3. Respirez cette lumière dans votre cœur.

  4. Votre ange gardien se présente à vous sous la forme d'un doux agneau blanc. Prenez-le et tenez-le dans vos bras.

  5. Regardez-le dans les yeux et voyez l'innocence pure et brillante de cette créature.

  6. Sentez que votre coeur s'ouvre et se développe lorsque vous le câlinez.

  7. Sentez l'amour qui s'écoule de votre cœur vers tous les moutons dans le monde.

  8. Demandez aux anges des Pléiades d'accepter votre amour et remerciez tous les moutons dans le monde.

  9. Sentez qu'ils sont tous touchés par un ange bleu des Pléiades, qui leur chuchote votre message.

  10. Soyez conscient que vous avez allumé une flamme cosmique brûlante d'amour et de guérison dans l'univers.

  11. Rendez votre agneau à votre ange gardien.

  12. Ouvrez les yeux et notez ce que vous ressentez.

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D'après Le Livre des symboles, réflexions sur des images archétypales (2010) dirigé par Ami Ronnberg et Kathleen Martin, avec le concours des auteurs de ARAS :


"Sur le plan domestique, le grand bélier abandonne ses hauts pics escarpés pour les vallées, les prés et les collines rocailleuses de paysages plus tranquilles. Le mouton, animal sociable, apprécie le confort et la compagnie du troupeau, dont la viande, le lait et la laine ont déterminé notre survie. Parce qu'il est facile à mener en groupe, il a acquis une réputation d'humilité et de passivité ; un mouton "manque" d'initiative et de discernement. L'aspect négatif du "troupeau" se caractérise par l'incapacité de ses membres à penser de manière autonome. Pourtant, l'un de nos symboles les plus anciens et les plus durables est celui du "bon Berger". sa puissance intacte pourrait suggérer un désir profond et collectif de retourner en enfance. Mais elle pourrait également signifier qu'être conduit par la guidance presciente du psychisme est parfois essentiel à la survie et à la croissance. En anglais, l'expression négative wool-gathering ("collecter la laine") traduit un état de rêvasserie oisive, se laisser entraîner là où l'imagination nous porte. Néanmoins, les mythes nous informent que la rêvasserie peut également être un moyen de collecter quelque chose entre le naturel et le surnaturel, de lumineux et doré. Dans le mythe romain de Psyché et Cupidon, un troupeau de moutons dorés broutant dans un bosquet sacré se montre si féroce qu'on ne peut l'approcher en plein jour. Toutefois, dans la fraîcheur du soir, sous les émanations plus douces de la lune, des touffes de leur toison peuvent être ramassés dans es ronces, tout comme nous récupérons dans les fourrés du psychisme des fragments dorés du moi (indirectement) dans la lueur lunaire de l'imagination."


Karl Kerényi, Hermes der Seelenführer, Rhein-Verlag, Zürich, 1944.

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Pour Melissa Alvarez, auteure de A la Rencontre de votre Animal énergétique (LLewellyn Publications, 2017 ; traduction française Éditions Véga, 2017), le Mouton est défini par les caractéristiques suivantes :


Traits : Le Mouton symbolise l'innocence et la vulnérabilité. Le mouton éviter les conflits parce qu'ils vont à l'encontre de sa nature innocente. Il va rapidement s'éloigner d'une situation dans laquelle il se sentira en danger. Le mouton est vulnérable aux attaques du fait de sa grande docilité. Cela signifie que votre innocence et votre pureté vous permettent de voir le bon chez les personnes. Mais d'autres, qui n'ont pas votre intérêt à cœur, peuvent essayer de tirer avantage de votre compassion. Soyez vigilant. Le mouton naît avec une longue queue qui en général s'écourte peu de temps après sa naissance. Il vous met en garde de ne pas vous diminuer vous-même en suivant toujours le troupeau. Parfois, il peut être nécessaire pour vous d'être le mouton noir et de faire les choses à votre façon.


Talents : Beauté ; Compassion ; Considération ; Docile ; Doux, Innocent ; Prospérité ; Sociable ; Développement spirituel.


Défis : Maladroit ; Dépendant ; Suit sans but ; Grégaire ; Sans imagination ; Vulnérabilité ; Faiblesse.


Élément : Terre.


Couleurs primaires : Noir ; Brun ; Gris ; Rouge ; Argent ; Blanc.


Apparitions : Lorsque le Mouton apparaît, cela signifie que vous allez rencontrer une situation où vous devrez obéir aux règles de la tradition. Il peut s'agir d'un projet sur lequel vous travaillez et pour lequel vous avez de grandes idées, mais les décideurs vous demandent de rester fidèle à la façon dont le travail a toujours été fait. Ne prenez pas les choses personnellement si vos idées sont évincées. Vous avez un fort désir de vous intégrer à des groupes et d'être avec des personnes semblables à vous, aussi vous vous conformez à ce qui se passe dans votre entourage. Le mouton vient vous avertir de ne pas trop essayer de faire plaisir aux autres parce que vous risquez alors de perdre votre individualité. Le mouton indique que vous pouvez avoir à participer bientôt à une réunion de famille. Si le mouton apparaît, vous êtes prêt à vous engager à développer votre intuition, à comprendre votre spiritualité et à prendre soin de votre être supérieur. Ce sera pour vous une période de découverte de soi intense, un temps d'apprentissage et d'exploration d'idées qu peuvent vous sembler de prime abord étrangères mais qui sont la pierre de touche de votre âme. Recherchez la guidance de ceux qui ont suivi ces chemins, mais ne vous perdez pas dans la foule ; au contraire, posez les questions qui vous concernent, prenez ce qui est bon pour votre croissance spirituelle personnelle, et laissez le reste pour le prendre en considération plus tard.


Aide : Vous avez besoin de retrouver le bonheur et l'innocence de votre enfance. Le Mouton peut vous montrer comment réintégrer ces sentiments pour voir la vie avec un regard différent. Le mouton aime être avec son troupeau et il apprécie la camaraderie des autres. Il vous rappelle qu'il est bon d'apprécier les choses simples de la vie, comme de sortir avec des amis. C'est une proie qui a l'instinct de fuite ; aussi, lorsqu'il détecte un danger, il se sauve aussi vite qu'il peut. Le mouton indique que vous allez traverser une période d'estime de vous-même et de guérison. Si vous vous sentez déprimé, il peut vous aider à être davantage dans l'acceptation, plus tolérant et à avoir des sentiments de compassion et de compréhension envers vous-même. Cela ne veut pas dire que vous devez vous prendre en pitié mais que vous devez voir vos qualités positives et négatives et vous accepter tel que vous êtes. Vous comprenez là où vous excellez et ce que sont vos limitations, et vous ne rejetez pas vos fautes sur les autres. Le mouton vous permet de voir aussi les qualités des autres et de les accepter avec leurs dons et leurs imperfections.


Fréquence : L'énergie du mouton bouge lentement à vos côtés, sur un rythme solide et régulier. Sa sonorité ressemble à son bêlement qui monte et descend en tonalité. Elle donne une sensation de chaleur, frisée et douce.


Imaginez...

Vous venez de prendre un travail temporaire dans une ferme animalière. On vous a chargé de vous occuper des moutons. Il y a en particulier une brebis qui a l'air très grosse, mais on vous dit qu'elle a simplement besoin d'être tondue. Un après-midi, quand vous venez la nourrir, nous remarquez qu'elle ne mange pas. Votre intuition vous titille, aussi vous restez après votre horaire de travail pour l'observer. Quelques heures se passent, et puis, exactement comme vous vous y attendiez, la mise bas commence. La brebis donne naissance à deux belles petites agnelles. Une fois que la mère et les petites se sont reconnues, vous vous installez auprès d'elles dans leur étable et faites connaissance avec les nouvelles venues. Elles sont adorables et très douces, avec leurs petites langues rêches qui lèchent vos mains. Deux petits miracles inattendus !

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Symbolisme onirique :


Selon Georges Romey, auteur du Dictionnaire de la Symbolique, le vocabulaire fondamental des rêves, Tome 1 : couleurs, minéraux, métaux, végétaux, animaux (Albin Michel, 1995),


Au cours des trois derniers millénaires, les traditions et les textes religieux des civilisations méditerranéennes, qu'il fussent grecs, hébraïques, chrétiens ou musulmans, ont tissé autour de l'image un voile à la fois révélateur et accaparateur du sens. La vocation de créature sacrificielle de l'agneau prend racine dès l'origine et s'affirmera au fil du temps. La pratique du sacrifice de l'agneau engendrera la superbe représentation du Christ rédempteur, sous la forme de l'agneau divin. Quelle influence les pratiques religieuses ont-elles eue sur la formation de la symbolique de ce mammifère telle qu'elle peut être perçue à travers l'inconscient contemporain ? L'exploration des rêves confirme l'association entre cet animal et les contenus numineux de la psyché. Sera-t-il possible d'atteindre l'image dans sa pureté initiale afin de connaître ce qui la prédisposait aux représentations et aux pratiques religieuses que l'on connaît ? Pour cela, il faudra bien risquer le geste sacrilège consistant à écarter ce voile pour se donner à voir le symbole dans sa nudité première ! Au cours de cette brève introduction, nous avons volontairement évité e prononcer le mot mouton pour lui rendre maintenant la place qui lui revient. Les textes sacrés font grand usage des termes agneau et brebis, mais n'utilisent guère le mot mouton. Les ouvrages qui constituent les références les plus sérieuses en matière d'interprétation des symboles, même ceux qui sont spécialement consacrés au symbolisme des animaux, réservent aussi leurs traductions à la brebis et à l'agneau. Le mouton est totalement exclus de ces recherches. Non seulement cet ostracisme n'est pas justifié, mais il apparaît comme une faute lorsqu'on a reconnu que l'image de l'animal est présente dans 6% des rêves, ce qui est considérable et que c'est, dans 95% des situations, le terme mouton qui est prononcé. L'agneau, la brebis et le bélier se répartissent entre les 5% résiduels de scénarios. Cette observation apporte un exemple de plus du risque de déviation auquel une démarche qui prend appui exclusivement sur la culture expose le symboliste. Le mouton du rêve, certes, se chargera d'une certaine connotation religieuse, mais l'investigation approfondie permet d'affirmer que cet aspect de la traduction est une manifestation secondaire dont l'un des effets est de maintenir le voile sur le sens principal du symbole.

Le mouton imaginé dit le chemin. Dans 98% des rêves, il est associé aux mots chemin, route, direction, passage. Le mouton est l'un des attributs les plus constants du vieux sage, particulièrement lorsque celui-ci apparaît sous les traits du berger, du pasteur. La vocation pastorale de ce groupe de symboles est renforcée par une autre association : le bâton. Houlette du berger, souvent, mais aussi crosse de l'évêque. Ainsi se rejoignent bien naturellement le psychologique et le religieux. Le mouton du rêve intervient toujours dans une phase d’activation de la dynamique évolutive. Il invite à la marche, au cheminement confiant, au devenir ; Il ne propose pas un but mais une direction, il ne désigne pas un objectif mais un mouvement. Il ne montre pas ce qui ne peut être prévu, il confère la joie d'une avancée confiante dans l'imprévisible. Il assume sans hésitation l’ambiguïté de l'innocence. Il va. Il va, sans calcul, sans avidité, sans attente. Il va dans le destin, les yeux ouverts sur une mort acceptée parce qu'il sait que mourir à ce qu'il est c'est aussi naître à ce qui deviendra. Dans toute évocation du mouton, la magie du rêve introduit une part de la grandiose espérance du Christ immolé. Tout rêveur qui produit une image de mouton s'engage dans une dynamique de dissolution de facteurs conflictuels et de résurrection. Le mouton sait que l'innocence n'est péril que pour qui la regarde du point de vue de la volonté du maîtrise du destin. Il propose à la psychologie qui l'accueille la puissance illimitée : celle qui l'attend de l'autre côté d'elle-même, qui requiert le passage du seuil donnant accès à la liberté d'être.

Le dixième rêve d'Anne illustrera a plupart des thèmes reliés au mouton. Anne est une femme de quarante ans qui déploie une énergie vitale considérable dans un engagement social reposant sur un puissant sentiment d'injustice et de révolte. La rêveuse est en quête d'un apaisement qu'elle atteindra par la prise de conscience de la nature projective de ses difficultés relationnelles.

« … Il y a en ce moment en moi un remue-ménage que je sens temporaire mais absolument nécessaire... c'est comme la nécessité d'un passage dans un tunnel étroit... je vois une voiture de course... de compétition, sur une route très sinueuse … mais il n'y a pas d'autre route que celle-là... sur la droite, je vois une espèce de berger qui était caché dans les cailloux... une espèce d'esprit de la terre... il surgit lentement... la voiture et lui, ça représente deux mondes très très différents. Lui c'est un vieux berger avec un regard malicieux, avec un mouton, un seulement... il connaît plein de choses... il rigole de voir cette voiture : ça lui paraît tout à fait vain. En fait, c'est moi qui suis dans la voiture ! Il faut changer de vêtements pour aller à la rencontre du berger, s'habiller avec des vêtements très simples, faits par exemple avec la grosse toile de sacs de pommes de terre... je prends contact avec le mouton qui est avec lui... ça me rappelle les moutons dans un film sur Gandhi... ce mouton est chargé de sacré... ce berger, c'est un vieux sage, c'est une espèce de guérisseur ! Il invite à marcher, comme s'il fallait s'enfoncer dans une certaine solitude pour trouver une sagesse... Il garde son secret au fond de lui. Les gens ne sont pas forcément prêts à l'entendre... ils restent dans leur truc... Là, je vois des enfants, rayonnants de confiance et d'innocence... et je pense qu'ils vont grandir, qu'ils vont entrer dans la tristesse, dans quelque chose qui est de l'ordre de la rage, de la révolte, du refus... je pense à l'engagement politique... et je revois une photo d'enfant de trois ans, beau, rayonnant, que j'ai toujours gardée... »

Le vieux sage, expression du sens juste, révèle à la rêveuse la vanité de la compétition exaltée. Il montre le chemin de la paix, il invite à la marche, comme son mouton. Ce dernier, le moins prédateur de tous les animaux, proclame le rayonnement de l'innocence, de la confiance dans le devenir. Ce n'est évidemment pas sans raison que l'imaginaire d'Anne relie le mouton à Gandhi, l'un des apôtres les plus prestigieux de la non-violence !

Denise, dès le premier scénario de sa cure, Produit des images libératrices concernant un aspect pesant de sa problématique. Lorsqu'elle avait seize ans, Denise a été séduite par un jeune prêtre que ses parents, catholiques fervents, accueillaient régulièrement sous leur toit. Le heurt entre cet acte, accompli dans la complicité passive des parents – et les préceptes religieux inculqués à la jeune fille, allait perturber profondément la relation de cette dernière à la spiritualité. Le rêve porte la marque de cette perturbation et fournira l'occasion à Denise de s'exprimer pour la première fois sur l'événement qui l'a blessée.

« … C'est une maison, en face de celle où habitaient mes grands-parents. C'est un vieux couple qui habitait là... Une petite maison toute simple, avec une seule pièce et la cheminée... Je revois cette vieille femme, toujours habillée de noir... depuis, cette maison a été refaite... c'est dommage... là, je vois un troupeau de moutons.. et il y a un chemin... un chemin que je n'avais pas vu... il y avait un grand buisson qui cachait ce passage... et les moutons se mettent en marche... ils passent dans ce passage... et moi je n'arrive pas à aller de l'autre côté... je fais défiler les moutons... de l'autre côté c'est un paysage vallonné... j'y ai d'abord vu un château, puis c'est devenu un château en ruine... il y a de l'herbe... des épineux...et, là, je vois une église... avec un... clocher, très pointu... avec une croix dessus, dessus la flèche de l'église... et je vois la croix qui se tord, comme si elle tombait... sans force pour se dresser vers le ciel... comme si elle se fanait... maintenant, je vois des montagnards, des gens simples qui marchent... je les regarde... je m'assieds sur le bord de la route, au soleil et puis, tout à coup, je suis face à l'entrée du tunnel dans lequel je suis aspirée... ça va très très vite... il ait clair de l'autre côté... » La croix qui fane est une image saisissante du vertige qui s'est emparé de la jeune fille devant l'attitude du prêtre qui bouleversait sa conception du sacré. De l'autre côté du passage, Denise rencontre des gens simples. Anne pour aller à la rencontre du vieux berger devait s'habiller avec des vêtements simples « faits de grosse toile de sacs de pommes de terre ». Jésus et Gandhi ont en commun de prôner la simplicité, le renoncement aux possessions terrestres et la vertu d'une attitude pacifiste. Près du vieux sage, la présence du mouton invite toujours le rêveur ou la rêveuse à l'abandon des justifications intellectuelles pour entrer dans une dynamique de vérité, d'authenticité d'être. Le mouton est le plus souvent lié à l'aspect le plus lourd de la problématique. Il est, de ce fait, un indice majeur de l'évolution mais peut renvoyer à des sources traumatiques très variées. Le premier scénario de la cure de Marie-Paule est, de ce point de vue, édifiant. Marie-Paule a souffert de sa position de dernier enfant né plus de dix ans après ses frères et sœur. A quarante-deux ans, elle vient pourtant de reproduire involontairement la même situation par une maternité tardive et inattendue. Son mari avait été déclaré par erreur inapte à la procréation à la suite d'une opération chirurgicale. Marie-Paule se donne à voir des images qui illustrent les reproches qu'elle s'adresse pour avoir reproduit une situation qu'elle avait condamnée. Les moutons témoignent de l'animation psychologique qui se met en œuvre à travers ces premiers pas dans l'imaginaire : « … ce sont des sapins que je vois... avec quelque chose qui coule dessus... mais ça a un peu la consistance de la neige, c'est en mouvement quoi !... Là, on dirait un énorme troupeau de moutons qui bouge et qui s'engouffre dans un passage assez étroit... le troupeau se rétrécit pour entrer dans ce passage... il y a une espèce de fontaine avec des cailloux autour, d'où sort de l'eau... il y a une espèce de fontaine avec des cailloux autour, d'où sort de l'eau... il y a un tourbillon... maintenant il y a des petites choses qui dégoulinent des sapins... comme un liquide, mais assez épais... collant.... c'est comme de la lave... en fait c'est du sperme quoi !... Je vois encore des sapins, pointus, avec plein de gouttelettes projetées et puis, là, une croix d'église... une crosse d'évêque... quelque chose qui était comme une sculpture et qui devient vivant... la forêt de sapins, sous la neige, prend à nouveau la forme d'un troupeau de moutons... un troupeau de moutons en mouvement, hein ! Mais là, alors que d'habitude les moutons vont tous dans le même sens, là, ils cherchent un peu chacun sa direction... je vois un croisement... plutôt le point central de quatre routes... pas des routes, mais des directions... c'est pas une croix droite, mais un X... » Une sculpture qui s'anime, qui redevient vivante ! Ce type d'images revient fréquemment dans les rêves pris en référence.

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Le mouton du rêve non seulement invite au passage, mais il entraîne au franchissement, il participe au mouvement libérateur. Il est la réalisation vivante du franchissement du seuil dont le vieux sage est l'initiateur bienveillant mais statique. Ainsi la mouvance du troupeau s'accomplit sous le regard encourageant du berger. Le mouton imaginé est un signe de résurrection. Quelles que soient les racines de la problématique, lors de son apparition ce qui était figé retrouve la flexibilité, ce qui était comme mort redevient vivant. La psyché inhibée par l'emprise du mental retrouve sa capacité naturelle de métamorphose. La gangue tissée par les apparences, par des ambitions contraires au sens de la vie, éclate et rend au rêveur la liberté qui l'attendait dans les territoires infinis de la simplicité, de l'authenticité, de l'innocence et de l'amour. L'abandon de l'attitude justificatrice qu'imposait le système de défense est un sacrifice. Le sacrifice renvoie au sacré. L'agneau divin s'offre pourra acheter tous les péchés du monde. Le mouton du rêve, plus modestement, est grand en ce qu'il ouvre un chemin.

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Symbolisme alimentaire :

Pour Christiane Beerlandt, auteure de La Symbolique des aliments, la corne d'abondance (Éditions Beerlandt Publications, 2005, 2014), nos choix alimentaires reflètent notre état psychique :




Mythologie :


Selon Aurore Petrilli auteur d'un article intitulé "Le trésor du dragon : pomme ou mouton ?" (paru In : Gaia : revue interdisciplinaire sur la Grèce Archaïque, numéro 16, 2013. pp. 133-154) :

[...]

Une pomme ou un mouton : l’ambiguïté du grec

Le grec, très étrangement, emploie le même mot pour désigner deux concepts différents : les pommes et les troupeaux de brebis. Le terme τὸ μῆλον (τὰ μῆλα), sert donc deux réalités d’où une ambiguïté qui date d’ailleurs de l’Antiquité et ne découle pas seulement d’un problème de traduction contemporaine. Chantraine sépare les deux acceptions du mot (Chantraine, 1977, p. 694-695). Celui qui désigne le fruit, sert à nommer non seulement la pomme, mais également très souvent le coing ou encore tout fruit d’un arbre qui ressemble à une pomme. La distinction entre pommes, coings, oranges, abricots se fait grâce à un adjectif suivant le mot pomme (1). Ce terme aurait ensuite été emprunté par le latin sous la forme mālum, mēlum. L’autre acception du terme est plus courante au pluriel et signifie « petit bétail », moutons et chèvres. Il est utilisé à plusieurs reprises dans l’Odyssée ( XII, 301 ; XIV, 105). Étymologiquement parlant, il est à rattacher à l’irlandais et au gallois mil qui désigne également un petit animal. Cette racine se retrouve aussi dans le germanique māla (vache) et le néerlandais maal (jeune vache). L’arménien, quant à lui, adopte la forme mal (mouton). La confusion entre ces μῆλα de types variés est sensible chez plusieurs auteurs qui parlent, à la fois de pommes et de troupeaux de brebis, dans l’épisode qui mène Héraklès jusque chez les Hespérides. C’est Diodore qui s’embrouille le plus dans ses explications en abordant le sujet deux fois de suite. Premièrement, il propose les deux versions : soit il s’agit de pommes, soit de moutons ; deuxièmement, il ne parle plus que de moutons en expliquant que les poètes surnommaient les moutons du nom de pomme parce que ceux-ci avaient une couleur dorée. Par conséquent, ils les auraient appelés pommes d’or. L’histoire rapportée par Diodore était déjà connue par Palaiphatos (Histoires incroyables, XVIII ), au IVe ou au IIIe siècle av. J.-C, et elle est notamment répertoriée par Belfiore ( Belfiore, 2010, p. 192). Bien plus tard, aux alentours du IXe siècle apr. J.-C., le Premier Mythographe du Vatican, dans sa tentative de compilation des mythes grecs, a lui aussi repris cette explication avec autant de maladresse. Même si l’on sent comme un flottement dans ce que semblent penser certains auteurs antiques, cela renforce l’impression que l’on a de similitude des mythes et d’assimilation : même situation, même gardien, même trésor.

Le mouton est, pour les Anciens, l’animal de sacrifice par excellence. Il est très usuel, que ce soit chez les Grecs ou chez les Romains, et ce, pour plusieurs raisons. Il n’est pas défendu ou réservé, comme cela peut parfois arriver à d’autres espèces, à telle ou telle divinité (comme le chien), ni non plus réservé à certaines occasions (comme les bœufs pour les hécatombes). C’est un animal des plus paisibles et facile à mener à l’autel. De plus, et c’est un facteur non négligeable, il est moins coûteux que d’autres animaux même si ce n’est pas le plus abordable. Selon sa couleur, blanc ou noir, il est offert aux divinités ouraniennes ou chthoniennes. On lui voue parfois même un culte ( Belfi ore, 2010, p. 189). L’un des très rares cultes rendus au mouton, voire le seul en Grèce, avait lieu dans l’île de Samos. On dit qu’une grosse quantité d’or consacrée avait été dérobée, et que c’est un de ces placides animaux qui avait permis qu’on la retrouve. En remerciement, un Samien du nom de Mandroboulos offrit une statue de mouton à la déesse Héra. Cet exemple, pour rarissime qu’il soit, permet une fois de plus d’associer l’or au mouton. Lallier propose une version légèrement différente de cette histoire 30. Il explique que l’or en question est en réalité un filon d’or découvert par ce même personnage. Pour remercier Zeus de cette découverte, il aurait fait l’offrande la première année d’un bélier d’or, la deuxième, d’un bélier d’argent, la troisième, d’un bélier d’airain. Les années suivantes, il n’aurait plus rien offert. Cette version est notamment rapportée par Éphore dans Περί εὑρημάτων et par Cléophon, sans doute sous la forme d’une fable. Dans le cas de notre mythe, il est évident que l’on ne parle pas de n’importe quel mouton. Il s’agit d’un mouton tout à fait particulier, dont la toison dorée en fait un animal exceptionnel et automatiquement dévolu, par la suite, à être offert en sacrifice à une divinité. Il ne s’agit d’ailleurs pas d’un cas unique dans la mythologie. En effet, une autre grande famille mythique a eu son agneau d’or : les Atrides. Cet animal fabuleux à la toison et aux cornes dorées, qui faisait partie du troupeau laissé en héritage par Pélops à ses fils, fut, en quelque sorte, la pomme de discorde entre Atrée et Thyeste (Graves, 1967, p. 322-323 ; Salles, 2003, p. 347-349). En tant qu’aîné, c’est tout à fait logiquement qu’Atrée réclama à la fois l’agneau et le trône de Mycènes. Un tel animal ne pouvait être qu’un signe des dieux en sa faveur. Il sacrifia donc l’animal à Artémis et garda sa toison. Cependant, le jour où les Mycéniens durent se prononcer pour le choix de leur nouveau souverain, Thyeste exhiba la précieuse toison qu’il avait dérobée à son frère et c’est à lui que le trône fut accordé. Cet argument vient s’ajouter à ceux qui font d’une peau de mouton dorée le transmetteur privilégié de la royauté et plus généralement du pouvoir (Guittard, 2009, p. 103 ; Lana, 1959, p. 293-385 ; Mastrocinque, 1983, p. 457-480). Car si l’on en croit Mireaux, la possession d’un bétail nombreux en disait long sur la fortune et, partant, le rang des rois de l’époque homérique (Mireaux, 1967, p. 60-61). Le bétail doré est toujours considéré comme un signe divin, ou d’appartenance à la divinité : les troupeaux du Soleil, le fait de dorer les cornes d’une victime dédiée à une divinité avant le sacrifice, l’apparition d’un animal doré dans un troupeau…


Notes :

1) : Macrobe, Saturnales, II, 15. Voir Bailly (1950, p. 1276-1277).




Littérature :


Dans le Quart livre (1552) de François Rabelais, Pantagruel et ses compagnons sont partis à la recherche de la dive bouteille. Au cinquième jour de leur périple, ils croisent un navire marchand. La rencontre se passe bien, mais Panurge se dispute avec un marchand nommé Dindonnault. Ils se réconcilient, et Panurge - malgré les moqueries du marchand - lui achète un mouton, qu’il paye excessivement cher.


Comment Panurge fit noyer en mer le marchand et les moutons

Chapitre VIII


Soudain, je ne sais comment la chose arriva si vite, je n’eus le loisir de le considérer, Panurge, sans dire autre chose, jette en pleine mer son mouton criant et bêlant. Tous les autres moutons, criant et bêlant avec la même intonation, commencèrent à se jeter et sauter en mer à sa suite, à la file. C’était à qui sauterait le premier après leur compagnon. Il n’était pas possible de les en empêcher, comme vous connaissez le naturel du mouton, qui est de toujours suivre le premier, en quelque endroit qu'il aille. Aristote le dit aussi au livre 9 de L’Histoire des animaux, c’est l’animal le plus sot et inepte du monde. Le marchand, tout effrayé de ce que devant ses yeux il voyait périr et noyer ses moutons, s'efforçait de les en empêcher et de les retenir autant qu’il le pouvait. Mais c'était en vain. Tous à la file sautaient dans la mer, et périssaient. Finalement, il en prit un grand et fort par la toison sur le tillac du navire, pensant ainsi le retenir, et conséquemment sauver le reste aussi. Le mouton fut si puissant qu'il emporta dans la mer avec lui le marchand qui se noya, de la même façon que les moutons de Polyphème le Cyclope borgne emportèrent Ulysse et ses compagnons hors de la caverne. Les autres bergers et gardiens en firent autant, les prenant les uns par les cornes, les autres par les pattes, les derniers par la toison. Tous furent pareillement emportés et noyés misérablement en mer. Panurge, à côté de la cuisine, tenant un aviron en main, non pour aider les bergers, mais pour les empêcher de grimper sur le navire et échapper au naufrage. Il les exhortait avec éloquence, comme s’il était un petit frère d’Olivier Maillard ou un second frère Jean Bourgeois, leur démontrant par lieux de rhétorique les misères de ce monde, le bien et le bonheur de l'autre vie, affirmant que les trépassés sont plus heureux que les vivants dans cette vallée de misère, et promettant à chacun d'eux d’ériger un beau cénotaphe et sépulcre en leur honneur au plus haut du Mont-Cenis, à son retour du Lanternois. Il leur souhaitait néanmoins, au cas où vivre encore parmi les humains ne leur déplût pas et où il ne leur vînt pas à l’idée de se noyer, bonne aventure et rencontre de quelque baleine, laquelle au troisième jour les rendrait sains et saufs en quelque doux pays, à l'exemple de Jonas. [...]

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Dans ses Histoires naturelles (1874), Jules Renard brosse des portraits étonnants des animaux que nous connaissons bien :

Les moutons

I

Ils reviennent des chaumes, où, depuis ce matin, ils paissaient, le nez à l’ombre de leur corps.

Selon les signes d’un berger indolent, le chien nécessaire attaque la bande du côté qu’il faut.

Elle tient toute la route, ondule d’un fossé à l’autre et déborde, ou tassée, unie, moelleuse, piétine le sol, à petits pas de vieilles femmes. Quand elle se met à courir, les pattes font le bruit des roseaux et criblent la poussière du chemin de nids d’abeilles.

Ce mouton frisé, bien garni, saute comme un ballot jeté en l’air, et du cornet de son oreille s’échappent des pastilles.

Cet autre a le vertige et heurte du genou sa tête mal vissée.

Ils envahissent le village. On dirait que c’est aujourd’hui leur fête et qu’avec pétulance, ils bêlent de joie par les rues.

Mais ils ne s’arrêtent pas au village, et je les vois reparaître, là-bas. Ils gagnent l’horizon. Par le coteau, ils montent, légers, vers le soleil. Ils s’en approchent et se couchent à distance.

Des traînards prennent, sur le ciel, une dernière forme imprévue, et rejoignent la troupe pelotonnée. Un flocon se détache encore et plane, mousse blanche, puis fumée, vapeur, puis rien.

Il ne reste plus qu’une patte dehors.

Elle s’allonge, elle s’effile comme une quenouille, à l’infini.

Les moutons frileux s’endorment autour du soleil las qui défait sa couronne et pique, jusqu’à demain, ses rayons dans leur laine.

II

LES MOUTONS : Mée... Mée... Mée...

LE CHIEN DE BERGER : Il n’y a pas de mais !

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Dans Un peu plus loin sur la droite (Éditions Viviane Hamy, 1996), roman policier de Fred Vargas, le narrateur donne, dès le chapitre deux, la parole à un personnage qui semble être l'assassin, avant même que le crime ne soit dévoilé. Celui-ci nous explique ici comment cacher son contentement pour éviter de se démasquer :


"Penser à la mer, par exemple. Une première vague, une deuxième vague, ça monte, ça recule, et ainsi de suite. Très délassant, la mer, très régulier. Bien meilleur que de compter les moutons pour se détendre, qui est surtout bon pour les minables qui ne réfléchissent pas. Le premier mouton, passe. Il saute sa barrière et part en courant vers la gauche de la tête. Et où s'en va-t-il, ce minable ? Il se dissimule à gauche du cerveau, au-dessus de l'oreille. Cela se gâte dès le deuxième mouton, qui a évidemment moins de place que le précédent pour disparaître. On obtient très vite une pile de moutons à gauche de la barrière, les nouveaux venus ne parviennent plus à sauter, au bout du compte la pile de moutons s'écroule dans les bêlements, c'est une abomination, autant les égorger sur-le-champ. La mer, c'est beaucoup mieux. Ça monte, ça recule, sans cesse, et pour rien. Quelle conne, cette mer. Au fond, c'est irritant aussi la mer, en raison de cette inutilité immense. Tirée et retirée par la lune, incapable de faire valoir sa volonté. Le mieux aurait été de penser au meurtre, bien sûr. En le recomposant en pensée, un rire lui venait, et le rire est excellent pour tout. Pas si bête, suprême oubli, ne pas penser au meurtre."

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Dans Un Grison d'Arcadie (Éditions Denoël, 1999), Pierre Magnan raconte l'histoire de Pierrot, un jeune adolescent de condition misérable qui s'évade grâce à son amour des livres mais qui va tout perdre à cause des inondations causées par des pluies diluviennes :


Mais alors, un soir, vers le quatorze septembre, un scabot se mit à tintinnabuler de toutes les campanes de ses béliers qui sonnaillaient tristement. Il se répandit sous la promenade de la Plane devant les bourgeois médusés qui comptaient en avoir encore pour un mois avant de voir leurs seuils souillés par les déchets. Ils interrogèrent les bayles.

- Mais alors ? On vous attendait pas avant octobre ! Mais qu'est-ce qu'il vous arrive ? Y a plus d'herbe là-haut ?

- Elle est sous la neige, dirent les bayles.

- Mais alors ? c'est pas la première fois ! Elle fondra puis !

Les bayles hochaient la tête.

- Non, celle-là elle fondra pas. Quand on est parti il y en avait déjà quinze bons centimètres et elle tombait toujours. Vous pensez si on a attendu tant qu'on a pu !

Ils s'excusaient presque. Le scabot derrière ses menons était resté en bon ordre au bord de l'Esplanade comme s'il attendait la permission. Les bourgeois se remisèrent en levant les bras au ciel. Le scabot s'épandit en silence. Mme Dépieds vint aux nouvelles, le pince-nez inquisiteur. Elle faisait sa moue des mauvais jours.

- Ils n'ont jamais été aussi sales ! dit-elle dégoûtée.

Elle rentra dans sa maison parce qu'il recommençait à pleuvoir. Ce scabot était comme moisi d'humidité. Même les tardons, dans les havresacs, à peine âgés de quatre jours, étaient mâchurés de pluie comme leurs parents. L'Henri Gardon offrit le café aux pâtres qui ne souriaient pas. Ils dirent qu'ils descendaient du col de l'Agnel au-dessus de Saint-Véran et que, là-haut, les marmottes s'enterraient déjà. Il neigeait depuis le vingt-cinq août. Il neigeait, ça fondait, il pleuvait, il reneigeait, mais à partir du trente, ça n'avait plus fondu. Il neigeait depuis, avec le vent du nord. Dans ces conditions... Ils haussaient les épaules.

- Ce sont des choses qui arrivent. En vingt-trois...

Doucement, au rythme de deux par semaine, les scabots débarquèrent sous la Plaine un mois avant l'heure : ceux de l'Ubayette, ceux du pas de la Cavale, ceux du Parpaillon, ceux de Thorame. La montagne fut déserte dès le premier octobre. "

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Dans le roman policier intitulé Le Parme convient à Laviolette (Éditions Denoël, 2000), Pierre Magnan décrit la rentrée d'un troupeau de mouton dans ce qu'on appelait encore les Basses-Alpes :


"Le troupeau passant au loin de la maison depuis un moment sonnaillait moins sûrement. La voix gutturale du berger lançant les chiens atteignait sourdement les échos de la cour, puis il se mit à couler par les drailles la prière vespérale qui ramène au bercail la théorie des bêtes. Elle était au loin, elle se rapprochait, parfois au hasard des vallons, elle s'éteignait coupée par les pentes abruptes et puis elle surgissait de nouveau, plus forte, aiguillonnée par le vacarme des chiens qui aboyaient aux talons des traînards. Une dernière escalade amena le troupeau à l'entrée de la cour. Tout de suite on entendit ce piétinement qui imite la pluie compacte et qui ne laisse pourtant de son passage que l'alentissement d'une poussière stérile.

Laviolette regarda vers la fenêtre. Les bêtes déferlaient par l'entrée cochère de la cour aux trois côtés. C'était un troupeau étique. Autrefois, il se déversait pendant un quart d'heure, il emplissait l'espace avant d'être canalisé vers la vaste étable en sous-sol. Aujourd'hui, il défilait bête par bête, piteusement, et il avait vite fait de s'engouffrer au fond de la bergerie presque vide.

Il resta dans le vaste espace trois chiens qui se croisaient encore par habitude comme s'ils gouvernaient un grand troupeau et derrière eux, désœuvré aussi, un berger casquette en tête, gilet en bataille et qui roulait avec des gestes tristes une maigre cigarette."

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Arts visuels :


Camille Pissaro,

Troupeau de moutons dans un champ après la récolte,

1889.





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