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  • Anne

Le Sabot-de-Vénus




Étymologie :

  • SABOT, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. a) Déb. du xive s. [ms.] caboz torneiz plur. « toupies » (B.N. fr. 19152, fo 43a, éd. Ed. Faral) ; fin xive s. sabos plur. « id. » (Evrart de Conti, Probl. d'Aristote, B.N. fr. 210, fo 212c ds Gdf. Compl.) ; b) 1835 « mauvais violon » (Ac.) ; 2. 1512 « chaussure paysanne faite d'une seule pièce de bois évidée » (doc. ds Gdf. Compl.) ; 3. 1564 sabot d'un cheval (Thierry) ; 4. 1762 (Ac. : on appelle [...] sabots, ces ornemens de cuivre qui sont au bas des pieds d'un bureau, d'une commode, etc.) ; 5. 1798 « demi-baignoire » (Ac.). Prob. issu, par croisement avec savate*, du poit. bot, au sens 2 (1564, Thierry ; v. aussi TLF, s.v. botte 2), même mot que bot 1*. Le sens 2, qui est le sens propre, est prob. plus ancien.


Lire également la définition du nom sabot afin d'amorcer la réflexion symbolique. (lien avec le monde paysan et les animaux, notamment...)


Autres noms : Cypripedium calceolus ; Chaussure d'Aphrodite ; Cypripède ; Orchidée d'Europe ; Pantoufle de Notre-Dame ; Racine nerveuse ; Sabot de la Vierge ; Soulier de Notre-Dame.

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Botanique :

Sabot de vénus
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Fiche réalisée par l'INPN (Inventaire National du Patrimoine Naturel)

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Daniel Vallauri et Pierre Jay auteurs d'un Voyage en Val d'Illiez (Valais, Suisse) : itinéraire d'un randonneur naturaliste. (Vol. 1, Éditions Saint-Augustin, 1998) proposent la description suivante du Sabot de Vénus :


Le sabot de Vénus est sans nul doute l'orchidée la plus belle d'Europe. Sa fleur, terminaison d'une majestueuse hampe florale de 25 à 50 cm, arbore quatre ailes de couleur pourpre brun disposées en croix, comme pour faciliter le vol d'approche des insectes pollinisateurs, et surtout un grand labelle jaune, enflé en forme de sabot que Linné dédia à Vénus, déesse de l'amour.


Plante des sous-bois clairs à sol modérément sec, elle est malheureusement devenue rare partout en Europe, où les dernières stations dans lesquelles elle est présente sont strictement protégées. C'est un privilège de la rencontrer dans le sous-bois. Certaines traditions soutiennent d'ailleurs que celui qui a la chance de trouver un sabot de Vénus en pleine floraison peut être sûr d'épouser dans l'année une jolie fille.

 

Christoph Käsermann, auteur de "VU Cypripedium calceolus L.–Sabot de Vénus–Orchidaceae." (©OFEFP/CPS/CRSF/PRONATURA 1999), nous rappelle la spécificité du Sabot de Vénus :


Particularités de l’espèce :

Ce géophyte présente une fleur-trappe : un insecte attiré par le grand labelle jaune glisse et tombe dans le sabot ; prenant appui sur deux marches de poils succulents (correspondant à deux zones translucides visibles sur la paroi du sabot), il peut ressortir, mais en effleurant les pollinies, qu’il emporte ainsi jusqu’au stigmate collant d’une autre fleur où il sera tombé dans le même piège. Cette pollinisation implique surtout des abeilles solitaires (Andrena sp.) et d’autres petits insectes robustes. La maturation dure quatre mois, les premiers fruits sont mûrs début octobre. Le taux de fructification est faible␣ (20-30%), on admet donc que la pollinisation croisée est obligatoire. Le sabot de Vénus dépend de champignons symbiotes spécifiques (mycorhizes) pour sa germination, mais à l’âge adulte il est totalement indépendant. Il ne commence à fleurir qu’au bout de six à dix ans et peut vivre plus de vingt ans. Le rhizome conserve son pouvoir de débourrement probablement pendant des années voire des décennies. Aucun hybride n’est connu en Europe. La germination de graines ex situ peut être obtenue par un procédé sophistiqué, puis le reste de la culture est relativement facile. La transplantation (illégale) de la nature dans un jardin se solde pratiquement toujours par la mort des plantes. On trouve dans le commerce des cultivars d’aspect identique mais mieux adaptés à la culture.

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Symbolisme :


Dans son Nouveau Langage des fruits et des fleurs (Benardin-Béchet, Libraire-Éditeur, 1872) Mademoiselle Clémentine Vatteau poursuit la tradition du Sélam :


CYPRIOLE OU PIED DE VÉNUS : Obstacles.

 

Emma Faucon, dans Le Langage des fleurs (Théodore Lefèvre Éditeur, 1860) s'inspire de ses prédécesseurs pour proposer le symbolisme des plantes qu'elle étudie :


Sabot ou Chaussure de Vénus - Votre démarche est celle d'une déesse.

Cette fleur est une jolie orchidée recherchée des amateurs de jardins. Vénus courant au travers des forêts à la recherche du corps d'Adonis, tué par un sanglier , avait les pieds ensanglantés par les ronces et les cailloux du chemin. Elle se chaussa avec cette fleur qui ressemble en effet à une pantoufle élégante.

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Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), le Cypripède (Cypripedium calceolus) a les caractéristiques suivantes :


Genre : Féminin

Planète : Saturne

Élément : Eau

Pouvoirs : Protection


Utilisation magique : Le lézard déteste la femme et cherche toujours à la mordre ; pour se préserver de sa morsure, elle n'a qu'à porter sur elle un Sabot de Vénus.

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Dans le contexte particulier de la gestion de la forêt mis en parallèle avec le travail d'acteur, selon Benoît Boutefeu, auteur d'une thèse de doctorat intitulée La forêt comme un théâtre ou les conditions d'une mise en scène réussie. (École normale supérieure Lettres et Sciences Humaines-ENS-LSH Lyon, 2007), le sabot de Vénus devient le symbole de différents modes de l'amour humain :

[...]

De manière schématique, l’appropriation de la scène forestière peut relever de trois modalités différentes :

  • La possession consiste à s’emparer physiquement de tout ou partie de la forêt (le bois, le gibier, le foncier). Il en résulte des divisions de l’espace en parcelles. Ces délimitations peuvent être reconnues ou contestées par certains acteurs.

  • La cognition est une appropriation conceptuelle et abstraite de la forêt. Elle peut prendre la forme de connaissances scientifiques et objectives (ex : observations naturalistes) ou subjectives et affectives (ex : souvenirs, émotions).

  • La gestion est sans doute le mode d’appropriation le plus complexe. Elle vise à administrer de manière harmonieuse les différentes activités en forêt, via des documents de planification, des concertations ou des interdictions éventuelles. Elle constitue la mise en scène à proprement parler, c’est-à-dire l’organisation effective des différentes scènes et pièces à jouer.

Aucun de ces modes n’est spécifiquement attaché à une catégorie d’acteur, ni même à un individu. En prenant l’exemple d’une plante protégée, un agent patrimonial a parfaitement résumé ces trois relations d’appropriation.

« C’est le côté amour de la nature qui peut s’exprimer de différentes manières. Je prends toujours l’exemple du Sabot de Vénus. Il y en a certains qui vont cueillir un bouquet parce qu’ils aiment cette plante, c’est ce que j’appelle l’amour-appropriation. Après, il va y avoir ceux qui vont la nommer, Cypripedium calceolus, c’est une appropriation par la connaissance et puis en dernier il y a ceux qui vont gérer cette plante. » (agent patrimonial ONF, Val Suzon)

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Contes et légendes :


Henri Mathieu, auteur d'un article intitulé "Section des amateurs de jardins alpins : Mise au point sur la culture et la biologie des Orchidées." (In : Bulletin mensuel de la Société linnéenne de Lyon, 39ᵉ année, n°7, septembre 1970. pp. 39-44) nous rappelle la légende qui explique le nom vernaculaire de cette orchidée :


[...] Pour terminer, voici la légende du Sabot de Vénus, nom commun de Cypripedium calceolus :


Un jour d'été, Vénus se promenant, fut surprise par l'orage. En errant dans les bois, elle perdit l'une de ses chaussures brodée d'or et de pourpre. Le lendemain une bergère se rendant à la montagne avec son troupeau, traversa le bois et vit le petit soulier. Très émue devant cette merveille, elle l'admira et voulut le prendre. Mais au contact de sa main, il disparut et à sa place poussa une fleur gracieuse ayant la forme d'un sabot.

 


Mythologie :


Tony Goupil, dans un article intitulé "Croyances phytoreligieuses et phytomythologiques : plantes des dieux et herbes mythologiques" (Revue électronique annuelle de la Société botanique du Centre-Ouest - Evaxiana n°3 - 2016), détermine une liste des plantes dédiées à Vénus :


Vénus, à la suite de Jupiter, est la déesse féminine qui s’est vue attribuer le plus grand nombre de plantes. Je ne ferais que les citer. Le « char de Vénus » (Aconitum napellus), le « peigne de Vénus » (Scandix pecten-veneris), le « nombril de Vénus » (Umbilicus rupestris), le « miroir de Vénus » (Legousia speculum-veneris), les « cheveux de Vénus » (Adiantum capillus-veneris), l’« attrape-mouches de Vénus » (Dionaea muscipula), le « téton de Vénus » (tomate et Prunus persica). On peut encore citer les « sourcils de Vénus » (Supercilium veneris) pour l’Achillée millefeuille et le Myriophylle en épi, la menthe sauvage par Aphrodites stephanos (couronne d’Aphrodite), la « naissance de Vénus » pour Rosa alba, le « bouquet de Vénus » pour Rosa ou simplement « Vénus » pour Cornus kousa.

J’ajouterais à cette liste la Cardère sauvage (Dipsacus fullonum) qui porte les noms de « lavoir de Venus », « cuvette de Vénus », « baignoire de Vénus ». Rabelais dans son Tiers Livre évoque quant à lui le nom de « cuve de Vénus ». La baignoire de Vénus, Lavacrum veneris en latin ou Aphrodites lutron en grec, est liée à cette déesse, car le suc de cette plante était utilisé comme remède de beauté.

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Littérature :


Dans La Curée (1871), Émile Zola décrit le sabot de Vénus ainsi :


Et, sous les arceaux, entre les massifs, çà et là, des chaînettes de fer soutenaient des corbeilles dans lesquelles s’étalaient des orchidées, les plantes bizarres du plein ciel, qui poussent de toutes parts leurs rejets trapus, noueux et déjetés comme des membres infirmes. Il y avait les sabots de Vénus, dont la fleur ressemble à une pantoufle merveilleuse, garnie au talon d’ailes de libellules ; [...]

 

Le Sabot de Vénus

O Cypripède, fleur bizarre,

La plus cachée et la plus rare

Qui croisse en nos bois, les savans

T'ont donné Vénus pour marraine,

Une humble Vénus, souveraine

Dont les hêtres sont les servans.


Ton nom latin et symbolique

Demi-païen, demi-rustique,

Évoque la fraîcheur d'un val

Où les bergères et les fées,

D'un rayon de lune coiffées

Viendraient la nuit mener leur bal.


Comme autrefois la Fleur qui chante,

Fantasque et merveilleuse plante,

Que de gens t'ont cherchée en vain !

Tes amoureux, que rien n'arrête,

Ont pour découvrir ta retraite

En vain fouillé combe et ravin.

Un jour cependant, à l'orée

D'une forêt inexplorée,

Pleine d'antiques tumulus,

Sur un tertre de terre noire

Je t'ai vu surgir dans ta gloire,

Étrange Sabot de Vénus !


Là, depuis des siècles sans nombre,

Tu t'épanouissais à l'ombre

Des murgers moussus et croulans ;

Au temps des légions romaines,

Là, tu grandissais sous les chênes

Hantés de souvenirs troublans.


Car c'est au fond de ces futaies,

Que nos aïeux porteurs de braies

Attaquèrent César vainqueur,

Et que, dans le choc des mêlées,

Leur sang rouge en larges coulées

Éclaboussa l'arbre et la fleur.

Toi, bravement, pour ta défense,

Pointant ta feuille en fer de lance,

Tu haussais le frêle étendard

De ton éclatant cimier jaune,

Et tu semblais une amazone

Farouche, qui brandit son dard...


Et te voici, comme au vieil âge,

Toujours belle, toujours sauvage ;

Mais la forêt dort à l'entour,

Et tu répands, magicienne,

Avec plus de grâce sereine

Ta capiteuse odeur d'amour !


Maintenant que je t'ai conquise,

A l'aspect de ta forme exquise,

Ma passion s'avive encor.

Pourtant, plus craintif et plus tendre,

C'est à peine si j'ose étendre

Ma main vers tes corolles d'or.

Devant toi, je reste en extase...

Le ruisseau chante, l'oiseau jase,

Un soupir monte... Je crois voir

La plante changer de figure

Et, nu sous la feuillée obscure,

Un corps féminin se mouvoir.


La blanche vision s'élève,

Floue, imprécise comme un rêve,

- Mais quel rêve et combien heureux ! -

Boucles flottantes, clair sourire,

Blonde vapeur où l'on respire

Le parfum épars des cheveux...


Sur les crosses de la fougère

La forme dansante et légère

M'enivre d'un regard câlin ;

Ainsi, jadis, dit la légende,

Dans les bois de Brocéliande

Viviane enchanta Merlin...


André Theuriet "LE SABOT DE VÉNUS.", Revue Des Deux Mondes (1829-1971), CINQUIÈME PÉRIODE, 37, n°2, 1907.

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Yves Paccalet, dans son magnifique "Journal de nature" intitulé L'Odeur du soleil dans l'herbe (Éditions Robert Laffont S. A., 1992) évoque ainsi le mystère du sabot-de-Vénus :

2 juillet

(Tincave)

Bulle d'or

Crucifiée de brun

Sabot-de-Vénus


Sabot-de-Vénus - cypripède : nœud de rêves alchimiques ; fleur-athanor de la Quête, où s'élabore le réel et l'irréel, la science et le mythe. Les feuilles conservent, dans les vasques de leurs pétioles, des perles de rosée philosophale.

Je deviens moucheron. Je plonge dans l'ouverture du labelle. J'expérimente, de l'intérieur, la bulle végétale. Les rayons solaires diffusent à travers le parenchyme. Or sur or. Le Grand Œuvre s'accomplit.

Quand je sors, les pollinies se plantent dans mon dos comme des banderilles.


Je suis redevenu simple mouche dans la prison jaune du sabot de Vénus. Extases, extases des diptères !

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La Toilette de Vénus : Cheveux de Vénus ; Peigne-de-Vénus ; Miroir de Vénus ; Nombril-de-Vénus ; Sabot-de-Vénus ;

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