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  • Anne

Le Sabot-de-Vénus




Autres noms : Cypripedium calceolus ; Chaussure d'Aphrodite ; Cypripède ; Orchidée d'Europe ; Pantoufle de Notre-Dame ; Racine nerveuse ; Sabot de la Vierge ; Soulier de Notre-Dame.




Botanique :

Sabot de vénus
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Fiche réalisée par l'INPN (Inventaire National du Patrimoine Naturel)

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Daniel Vallauri et Pierre Jay auteurs d'un Voyage en Val d'Illiez (Valais, Suisse) : itinéraire d'un randonneur naturaliste. (Vol. 1, Éditions Saint-Augustin, 1998) proposent la description suivante du Sabot de Vénus :

Le sabot de Vénus est sans nul doute l'orchidée la plus belle d'Europe. Sa fleur, terminaison d'une majestueuse hampe florale de 25 à 50 cm, arbore quatre ailes de couleur pourpre brun disposées en croix, comme pour faciliter le vol d'approche des insectes pollinisateurs, et surtout un grand labelle jaune, enflé en forme de sabot que Linné dédia à Vénus, déesse de l'amour.


Plante des sous-bois clairs à sol modérément sec, elle est malheureusement devenue rare partout en Europe, où les dernières stations dans lesquelles elle est présente sont strictement protégées. C'est un privilège de la rencontrer dans le sous-bois. Certaines traditions soutiennent d'ailleurs que celui qui a la chance de trouver un sabot de Vénus en pleine floraison peut être sûr d'épouser dans l'année une jolie fille.

Christoph Käsermann, auteur de "VU Cypripedium calceolus L.–Sabot de Vénus–Orchidaceae." (©OFEFP/CPS/CRSF/PRONATURA 1999), nous rappelle la spécificité du Sabot de Vénus :


Particularités de l’espèce :

Ce géophyte présente une fleur-trappe : un insecte attiré par le grand labelle jaune glisse et tombe dans le sabot ; prenant appui sur deux marches de poils succulents (correspondant à deux zones translucides visibles sur la paroi du sabot), il peut ressortir, mais en effleurant les pollinies, qu’il emporte ainsi jusqu’au stigmate collant d’une autre fleur où il sera tombé dans le même piège. Cette pollinisation implique surtout des abeilles solitaires (Andrena sp.) et d’autres petits insectes robustes. La maturation dure quatre mois, les premiers fruits sont mûrs début octobre. Le taux de fructification est faible␣ (20-30%), on admet donc que la pollinisation croisée est obligatoire. Le sabot de Vénus dépend de champignons symbiotes spécifiques (mycorhizes) pour sa germination, mais à l’âge adulte il est totalement indépendant. Il ne commence à fleurir qu’au bout de six à dix ans et peut vivre plus de vingt ans. Le rhizome conserve son pouvoir de débourrement probablement pendant des années voire des décennies. Aucun hybride n’est connu en Europe. La germination de graines ex situ peut être obtenue par un procédé sophistiqué, puis le reste de la culture est relativement facile. La transplantation (illégale) de la nature dans un jardin se solde pratiquement toujours par la mort des plantes. On trouve dans le commerce des cultivars d’aspect identique mais mieux adaptés à la culture.

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Symbolisme :


Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), le Cypripède (Cypripedium calceolus) a les caractéristiques suivantes :


Genre : Féminin

Planète : Saturne

Élément : Eau

Pouvoirs : Protection


Utilisation magique :

Le lézard déteste la femme et cherche toujours à la mordre ; pour se préserver de sa morsure, elle n'a qu'à porter sur elle un Sabot de Vénus

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Dans le contexte particulier de la gestion de la forêt mis en parallèle avec le travail d'acteur, selon Benoît Boutefeu, auteur d'une thèse de doctorat intitulée La forêt comme un théâtre ou les conditions d'une mise en scène réussie. (École normale supérieure Lettres et Sciences Humaines-ENS-LSH Lyon, 2007), le sabot de Vénus devient le symbole de différents modes de l'amour humain :

[...]

De manière schématique, l’appropriation de la scène forestière peut relever de trois modalités différentes :

  • La possession consiste à s’emparer physiquement de tout ou partie de la forêt (le bois, le gibier, le foncier). Il en résulte des divisions de l’espace en parcelles. Ces délimitations peuvent être reconnues ou contestées par certains acteurs.

  • La cognition est une appropriation conceptuelle et abstraite de la forêt. Elle peut prendre la forme de connaissances scientifiques et objectives (ex : observations naturalistes) ou subjectives et affectives (ex : souvenirs, émotions).

  • La gestion est sans doute le mode d’appropriation le plus complexe. Elle vise à administrer de manière harmonieuse les différentes activités en forêt, via des documents de planification, des concertations ou des interdictions éventuelles. Elle constitue la mise en scène à proprement parler, c’est-à-dire l’organisation effective des différentes scènes et pièces à jouer.

Aucun de ces modes n’est spécifiquement attaché à une catégorie d’acteur, ni même à un individu. En prenant l’exemple d’une plante protégée, un agent patrimonial a parfaitement résumé ces trois relations d’appropriation.

« C’est le côté amour de la nature qui peut s’exprimer de différentes manières. Je prends toujours l’exemple du Sabot de Vénus. Il y en a certains qui vont cueillir un bouquet parce qu’ils aiment cette plante, c’est ce que j’appelle l’amour-appropriation. Après, il va y avoir ceux qui vont la nommer, Cypripedium calceolus, c’est une appropriation par la connaissance et puis en dernier il y a ceux qui vont gérer cette plante. » (agent patrimonial ONF, Val Suzon)

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Contes et légendes :


Henri Mathieu, auteur d'un article intitulé "Section des amateurs de jardins alpins : Mise au point sur la culture et la biologie des Orchidées." (In : Bulletin mensuel de la Société linnéenne de Lyon, 39ᵉ année, n°7, septembre 1970. pp. 39-44) nous rappelle la légende qui explique le nom vernaculaire de cette orchidée :


[...] Pour terminer, voici la légende du Sabot de Vénus, nom commun de Cypripedium calceolus :


Un jour d'été, Vénus se promenant, fut surprise par l'orage. En errant dans les bois, elle perdit l'une de ses chaussures brodée d'or et de pourpre. Le lendemain une bergère se rendant à la montagne avec son troupeau, traversa le bois et vit le petit soulier. Très émue devant cette merveille, elle l'admira et voulut le prendre. Mais au contact de sa main, il disparut et à sa place poussa une fleur gracieuse ayant la forme d'un sabot.



Littérature :


Dans La Curée (1871), Émile Zola décrit le sabot de Vénus ainsi :


Et, sous les arceaux, entre les massifs, çà et là, des chaînettes de fer soutenaient des corbeilles dans lesquelles s’étalaient des orchidées, les plantes bizarres du plein ciel, qui poussent de toutes parts leurs rejets trapus, noueux et déjetés comme des membres infirmes. Il y avait les sabots de Vénus, dont la fleur ressemble à une pantoufle merveilleuse, garnie au talon d’ailes de libellules ; [...]

Le Sabot de Vénus

O Cypripède, fleur bizarre,

La plus cachée et la plus rare

Qui croisse en nos bois, les savans

T'ont donné Vénus pour marraine,

Une humble Vénus, souveraine

Dont les hêtres sont les servans.


Ton nom latin et symbolique

Demi-païen, demi-rustique,

Évoque la fraîcheur d'un val

Où les bergères et les fées,

D'un rayon de lune coiffées

Viendraient la nuit mener leur bal.


Comme autrefois la Fleur qui chante,

Fantasque et merveilleuse plante,

Que de gens t'ont cherchée en vain !

Tes amoureux, que rien n'arrête,

Ont pour découvrir ta retraite

En vain fouillé combe et ravin.

Un jour cependant, à l'orée

D'une forêt inexplorée,

Pleine d'antiques tumulus,

Sur un tertre de terre noire

Je t'ai vu surgir dans ta gloire,

Étrange Sabot de Vénus !


Là, depuis des siècles sans nombre,

Tu t'épanouissais à l'ombre

Des murgers moussus et croulans ;

Au temps des légions romaines,

Là, tu grandissais sous les chênes

Hantés de souvenirs troublans.


Car c'est au fond de ces futaies,

Que nos aïeux porteurs de braies

Attaquèrent César vainqueur,

Et que, dans le choc des mêlées,

Leur sang rouge en larges coulées

Éclaboussa l'arbre et la fleur.

Toi, bravement, pour ta défense,

Pointant ta feuille en fer de lance,

Tu haussais le frêle étendard

De ton éclatant cimier jaune,

Et tu semblais une amazone

Farouche, qui brandit son dard...


Et te voici, comme au vieil âge,

Toujours belle, toujours sauvage ;

Mais la forêt dort à l'entour,

Et tu répands, magicienne,

Avec plus de grâce sereine

Ta capiteuse odeur d'amour !


Maintenant que je t'ai conquise,

A l'aspect de ta forme exquise,

Ma passion s'avive encor.

Pourtant, plus craintif et plus tendre,