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  • Anne

Le Peigne-de-Vénus




Étymologie :

  • PEIGNE, subst. masc.

Étymol. et Hist. A. 1. Instrument servant à coiffer les cheveux a) [1176-81] déb. xiiies. piegne (Chrétien de Troyes, Chevalier à la charrette, éd. W. Foerster, 1363, var. ms. E) ; fin xiiie s. pigne (Id., ibid., var. ms. A); [ca 1179] fin xiiie s. pingne (Renart, éd. M. Roques, 693, ms. de base B Cangé) ; xiiie s. pinne (ibid., éd. E. Martin, I, 277, ms. de base A) ; fin xiiies. pigne (Gloss. Douai 62, 1893 ds Roques t.1, p.49) ; 1580 donner quelque tour de pigne fig. « fignoler » (une œuvre littéraire) (Montaigne, Essais, éd. P. Villey et V.-L. Saulnier, II, X, p. 410) ; b) 2e quart xiiie s. peigne (Chrétien de Troyes, op. cit., éd. M. Roques, 1354, ms. de base, copie Guiot : Es danz del peigne ot des chevos) ; xiiie s. peyne (Gloss. agn., éd. J. Priesbsch ds Mél. Mussafia (A.), 1905, p. 538, 99) ; 1713 se donner un coup de peigne (Hamilton, Gramm., 10 ds Littré) ; 2. 1402-07 paigne... et estrille a chevaux (doc. ds Gdf. Compl.) ; 3. industr. text. 1282-84 pine St-Omer « pièce du métier à tisser servant à peigner la laine » (doc. ds G. Espinas et H. Pirenne, Doc. relatifs à industr. du drap en Flandre, III, 2614 d'apr. De Poerck t. 2, p. 152) ; 2e moitié xiiie s. pingne (Dit des Fevres ds A. Jubinal, Jongleurs et trouvères, 1835, p. 135) ; 1322-33 pine Lille (doc. ds G. Espinas et H. Pirenne, op. cit., III, 2913, ibid.) ; 4. 1765 « instrument servant à marbrer le papier » (Encyclop. t. 12, p. 242a). B. 1. 1314 anat. piegne de la main « métacarpe » ; piegne « métatarse » (Chirurgie de H. de Mondeville, 273 ; 519 ds T.-L.), v. aussi empeigne ; 2. 1507 conchyliol. pignes de mer (Nef de santé, fol. 37 rods Gdf. Compl.) ; 3. 1544 bot. peigne de Venus (Duchesne, In Ruellium de stirpibus epitome ds Roll. Flore t. 6, p. 211) ; 1660 pigne de Venus (Du Pinet, Comment. de P. Mathiolle sur Dioscoride, ibid.). Du lat. pecten -inis « peigne à coiffer ; carde ; râteau ; peigne de mer ; veines du bois ; peigne de Vénus [pecten Veneris (Pline) désignant une plante non identifiée, d'apr. André Bot., p.326] ». La forme phonét. de l'a. fr. pigne, devenue région., a peu à peu été évincée par le type peigne sous l'infl. de peigner*.


Lire également la définition du nom peigne afin d'amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Scandix pecten-veneris ; Aiguilles-de-berger ; Aiguillette ; Perche-pouque ; Scandix ; Scandix peigne-de-Vénus ;


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Botanique :


Selon Jean François Bonaventure Fleury, auteur d'un Essai sur le patois normand de la Hague. (Maisonneuve frères et C. Leclerc, 1886) :


La plante est nommée "Perche-pouque [parce que cette] plante qui croît dans les moissons, et donc la fructification forme comme un paquet d'aiguilles qui percent les sacs, les « pouques ». C'est le scandix pecten Veneris des Botanistes.

 

Monographie sommaire proposée par le Conservatoire Botanique National de Brest :

Scandix_pecten_veneris
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Usages traditionnels :


Selon Suzanne Amiguès, autrice d'un article intitulé "Quelques légumes de disette chez Aristophane et Plutarque." (In : Journal des savants, 1988, n° pp. 157-17) le scandix des Grecs anciens avait des vertus intéressantes :

Revenons à Aristophane pour nous interroger sur l'identité de la plante dénommée iphyon au vers 910 des Thesmophories. Parodiant les retrouvailles d'Hélène et de Ménélas dans l'Hélène d'Euripide, le poète fait prononcer à Euripide, qui contrefait Ménélas, et à son parent, dans le rôle d'Hélène, les deux vers suivants, dont nous empruntons le texte et la traduction à l'édition Coulon-Van Daële (C.U.F. 1928) :


Euripide. — « O femme, je te vois tout le portrait d'Hélène. »

Le Parent. — « Je te vois Ménélas, au moins d'après tes... herbes. »


Iphyon est le terme inattendu destiné à faire rire le public aux dépens d'Euripide. Le scholiaste précise : [...] « alors qu'il aurait dû dire "d'après tes traits", le poète a dit "d'après tes iphya". L'iphyon est une espèce de légume sauvage ; c'est évidemment parce qu'Euripide était fils de Cleito, une marchande de légumes ». La plaisanterie n'est pas neuve, mais c'était précédemment le scandix, une sorte de cerfeuil sauvage, qui évoquait les origines modestes d'Euripide. Ainsi au v. 478 des Acharniens, Dicéopolis demande à Euripide « donne-moi du scandix hérité de ta mère » ; au v. 19 des Cavaliers, un serviteur supplie son camarade « euripidesquement » en lui disant « ne me transforme pas en scandix ! ». Le scandix n'est pas à proprement parler un légume de disette. Il s'agit de plusieurs espèces d'Ombellifères, Scandix pecten-veneris L. (appelé « peigne de Vénus » ou « aiguille de berger » à cause de la forme des fruits) et S. australis L. avec, en Grèce, la sous-espèce grandiflora (= S. grandiflora L.). On lit dans A. Paillieux et D. Bois, « Les plantes alimentaires spontanées en Grèce », Revue des sciences naturelles appliquées, 37, 1890, p. 1093 : « Le Scandix grandiflora croît dans les champs de l'Attique et de la Morée. La jeune plante fournit une salade aromatique très goûtée, surtout en Arcadie. On mange aussi les deux autres espèces ». Quand Aristophane revient à la charge, treize ou quatorze ans après les Acharniens et les Cavaliers, le scandix a fait son temps. Il faut renouveler la plaisanterie, en choisissant cette fois un « légume » à peine mangeable pour produire à coup sûr un effet comique.

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Symbolisme :


Mon expérience personnelle de la psychologie transpersonnelle (dans la voie ouverte par Ron Jue et Angeles Arrien, transmise par Nicole Roux et François Cusano) m'a appris que le peigne est un objet de pouvoir fréquent, notamment par la proximité symbolique qu'il entretient avec le mythe des fileuses.

 

Anne-Marie Prieur, autrice de "La Toilette de Vénus" (in Bulletin de la Société Botanique et Mycologique de la région chambérienne, n°13, 2008, pp. 6-7) s'amuse à recenser les plantes en lien avec la toilette de la déesse :


Des balades dans la nature tout en herborisant et de curieuses découvertes : les cheveux de Vénus, son peigne, son miroir, son nombril, son sabot : il y a vraiment de quoi se poser des questions. Vénus a-t-elle fait sa toilette dans la nature en nous laissant quelques beaux souvenirs ?


Voir un monde dans un grain de sable

Et un paradis dans une fleur sauvage

Tenir l’Infini dans la paume de sa main

Et l’Éternité dans une heure. William Blake


Les fleurs sont dotées d’une forte symbolique et ont joué un rôle important dans les mythes et les légendes. Même les scientifiques, soucieux de descriptions minutieuses de la structure anatomique du monde végétal et d’un classement très rigoureux, ont laissé parler leur imagination dans l’appellation de certaines plantes. Si bien qu’encore aujourd’hui, ces mêmes appellations continuent de faire rêver.

Déesse de l’amour et de la beauté, Aphrodite chez les Grecs, Vénus chez les Romains, n’a laissé personne indifférent. Poètes, peintres et sculpteurs ont laissé parler leur imagination pour nous léguer de magnifiques œuvres (Botticelli et Milo pour ne citer que les plus célèbres). Mais aussi astrologues, médecins et botanistes lui ont rendu hommage en perpétuant son nom. Et c’est en déterminant les plantes que l’on peut découvrir que mythologie et botanique ne sont pas deux mondes totalement différents. Sensibles aux charmes de Vénus, Dioscoride, médecin grec du 1er siècle et Pline, naturaliste romain de la même époque, attribuèrent à certaines plantes des propriétés en relation avec la beauté de la déesse.

[...] Pour coiffer sa belle chevelure, il fallait un peigne et ce fut fait avec une apiacée (ex ombellifère) au nom de Scandix pecten-veneris, peigne de Vénus. Ses fruits très longs remplaçaient avantageusement les dents d’un peigne. C’est une petite plante annuelle, affectionnant les champs cultivés et les friches, une messicole qui croît en terrain calcaire. Elle se rencontre dans toute la France mais elle reste rare en Savoie et en danger de nos jours, comme la plupart des messicoles.

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Mythologie :


Tony Goupil, dans un article intitulé "Croyances phytoreligieuses et phytomythologiques : plantes des dieux et herbes mythologiques" (Revue électronique annuelle de la Société botanique du Centre-Ouest - Evaxiana n°3 - 2016), détermine une liste des plantes dédiées à Vénus :


Vénus, à la suite de Jupiter, est la déesse féminine qui s’est vue attribuer le plus grand nombre de plantes. Je ne ferais que les citer. Le « char de Vénus » (Aconitum napellus), le « peigne de Vénus » (Scandix pecten-veneris), le « nombril de Vénus » (Umbilicus rupestris), le « miroir de Vénus » (Legousia speculum-veneris), les « cheveux de Vénus » (Adiantum capillus-veneris), l’« attrape-mouches de Vénus » (Dionaea muscipula), le « téton de Vénus » (tomate et Prunus persica). On peut encore citer les « sourcils de Vénus » (Supercilium veneris) pour l’Achillée millefeuille et le Myriophylle en épi, la menthe sauvage par Aphrodites stephanos (couronne d’Aphrodite), la « naissance de Vénus » pour Rosa alba, le « bouquet de Vénus » pour Rosa ou simplement « Vénus » pour Cornus kousa.

J’ajouterais à cette liste la Cardère sauvage (Dipsacus fullonum) qui porte les noms de « lavoir de Venus », « cuvette de Vénus », « baignoire de Vénus ». Rabelais dans son Tiers Livre évoque quant à lui le nom de « cuve de Vénus ». La baignoire de Vénus, Lavacrum veneris en latin ou Aphrodites lutron en grec, est liée à cette déesse, car le suc de cette plante était utilisé comme remède de beauté.

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La Toilette de Vénus : Cheveux de Vénus ; Peigne-de-Vénus ; Miroir de Vénus ; Nombril-de-Vénus ; Sabot-de-Vénus ;

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