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  • Anne

La Dionée





Étymologie :

  • DIONÉE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1786 (Encyclop. méth. Bot.). Adaptation du lat. sc. dionœa (dep. 1770 d'apr. Index Kewensis, p. 762 ; cf. 1798 Linné Syst. vég. 15e éd., p. 330), proprement [herbe] de Dioné (gr. Δ ι ω ́ ν η), mère de Vénus.


Lire également la définition du nom dionée pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Attrape-mouche ; Gobe-mouche de Vénus.




Botanique :


Selon Stefano Mancuso et Alessandra Viola, auteurs de L'Intelligence des plantes (édition originale 2013 ; traduction française Albin Michel, 2018),


"L'histoire de la Dionaea muscipula, la première d'entre elles [à savoir, les plantes carnivores] découverte par les savants, mérite d'être racontée.

Le 24 janvier 1760, Arthur Dobbs, un riche propriétaire terrien gouverneur de Caroline du Nord entre 1754 et 1765, adresse une lettre au botaniste anglais Peter Collinson (1694-1768), membre de la Royal Society. Il y décrit une nouvelle plante étonnante, capable d'attrape les mouches :


La grande merveille du règne végétal est une espèce sensitive inconnue et très curieuse. Il s'agit d'une plante naine dont les feuilles ressemblent au segment précis d'une sphère et sont formées de deux moitiés semblables à un gousset ; leurs parties concaves sont tournées vers l'extérieur et chacune d'elles a un bord replié à marges dentelées, comme un piège à renard. et elles se referment justement comme un piège dès que quelque chose les touche ou tombe entre elles ; c'est ainsi qu'elles emprisonnent tout insecte ou objet à leur portée. Cette plante surprenante produit une fleur blanche et je l'ai baptisée du nom de Fly Trap Sensitive (dionée attrape-mouches).


Collinson a ensuite remis les premiers échantillons de cette merveilleuse plante arrivés en Europe à John Ellis, qui lui a donné son nom savant de Dionaea muscipula et en a parlé en ces termes dans une lettre envoyée à Linné :


La plante dont je vous envoie une reproduction exacte, ainsi que quelques feuilles et quelques fleurs, manifeste une nature carnivore : la fermeture de sa feuille forme en effet un mécanisme destiné à capturer de la nourriture ; en son centre, un appât sert à attirer le malheureux insecte destiné à devenir sa proie. Une multitude de petites glandes rouges revêtent sa paroi interne et sécrètent, selon toute probabilité, une douce liqueur qui incite le pauvre animal à la goûter ; dès que les pattes de ce dernier entrent en contact avec ces parties sensibles, les deux lobes de la feuille se redressent, le saisissent rapidement et le serrent entre leurs rangées d'épines jusqu'à ce que mort s'ensuive. En outre, afin d'éviter que la créature ainsi emprisonnée puisse réussir dans sa tentative de fuite, trois petites épines très raides, fixées au centre de chaque lobe parmi les glandes, rendent vains tous ses efforts.


Pour Ellis, il n'y avait donc aucun doute : cette plante chassait. Linné ne partageait cependant pas son opinion : il rejeta son hypothèse et classa la dionée parmi les "plantes sensitives", celles qui répondent à des stimuli tactiles par des mouvements involontaires.

A l'en croire, malgré la capacité manifeste de la dionée à capturer des insectes, il s'agissait d'une plante du même type que le Mimosa pudica, qui rétracte ses feuilles quand on le touche. Les deux botanistes avaient donc tiré de leurs observations des conclusions diamétralement opposées : selon Ellis, la dionée était une chasseuse, une prédatrice d'animaux ; selon Linné, c'était une plante ordinaire opposant une réponse automatique à tout stimulus tactile.

Comment expliquer une telle divergence ? Moins célèbre que son confrère, Ellis est resté insensible à la pensée dominante de son temps : il s'est contenté de rendre compte de ses observations et de procéder à des déductions d'une parfaite logique. Déjà à l'apogée de sa renommée, Linné n'a pas réussi, de son côté, à faire abstraction de cette idée d'un "ordre naturel" censé régir les rapports entre tous les êtres vivants, que l'ensemble de la communauté scientifique avait alors acceptée. Elle l'a influencé au point de le pousser à nier l'évidence et à donner raison à la théorie contre les faits, quitte à déformer la réalité. Même après de longues recherches, et face à la preuve irréfutable de la capacité de la plante observée à capturer et tuer des insectes, il a refusé de reconnaître, et donc de légitimer aux yeux de la science, sa nature carnivore : l'application de cet adjectif à un végétal était, de son point de vue, tout bonnement inconcevable.

Pourtant, les facultés de la dionée apparaissaient aux yeux de tout le monde. Comment, dès lors, ne pas en tenir compte ? Pour justifier leur position, plusieurs botanistes n'ont pas hésité à formuler des hypothèses on ne peut plus farfelues. Certains ont prétendu que la feuille se refermait par un mouvement réflexe, qu'elle n'était animée par aucune volonté de tuer et que, s'ils l'avaient voulu, les insectes auraient pu s'en libérer. S'ils ne le faisaient pas, c'était parce qu'ils étaient trop vieux ou qu'ils avaient choisi de mourir. Ces arguments prêtent aujourd'hui à sourire, mais à l'époque, la communauté scientifique y a souscrit sans hésiter. On était prêt à accepter n'importe quelle interprétation, plutôt que de devoir admettre qu'une plante était en mesure de chasser un animal. Un tel scénario devait tout au plus rester confiné dans les romans d'aventures, où les arbres mangeurs d'hommes abondaient alors. Toutefois, comment expliquer que la dionée ne libère jamais ses proies avant de les avoir tuées et digérées ? que sa feuille se rouvre très vite, si elle s'est refermée sur quelque chose de peu savoureux ou d'indigeste ? Il faut attendre la publication, en 1875, de l'ouvrage de Darwin justement intitulé Insectivorous Plants (Les Plantes insectivores), pour apporter des réponses sensées à ces questions et pour convaincre la communauté scientifique de parler de "végétaux qui mangent des insectes", une expression plus proche de la réalité mais encore quelque peu inexacte.

[...]

Ainsi la dionée étale sur son piège - ou plutôt sur sa feuille métamorphosée en piège - une sécrétion sucrée très douce et très parfumée (un authentique appât) qui plaît beaucoup aux insectes. Et contrairement à ce que pensait Linné, elle n'a pas d'énergie à gaspiller et ne referme pas aussitôt qu'une proie éventuelle la touche, car elle risquerait alors d'attraper des objets non comestibles ou de laisser s'enfuir l'insecte qui, encore au bord de la feuille, aurait une chance d'échapper à son étreinte mortelle. La décision de déclencher le piège en peut se prendre qu'en parfaite connaissance de cause, et voilà pourquoi la dionée attend que l'animal se soit enfoncé jusqu'au milieu de sa feuille,avant de la rabattre sur lui.

A la surface des deux parties de ce traquenard assassin, trois petits poils servent de détente au mécanisme de fermeture. Il ne suffit d'ailleurs pas qu'un insecte touche un poil une fois pour que le piège se déclenche : il doit en toucher au moins deux dans un intervalle égal ou inférieur à vint secondes ; c'est seulement alors que la plante saura qu'il s'agit d'une proie intéressante, et qu'elle refermera sa feuille. Une fois prisonnier, l'animal touchera ces poils à maintes reprises en se débattant, et n'obtiendra rien d'autre qu'une étreinte de plus en plus vigoureuse de la part de la plante. Lorsque l'animal sera mort, et qu'il aura donc cessé de bouger, la feuille se mettra à sécréter des enzymes qui lui assureront une digestion presque complète de l'insecte. En se rouvrant, elle montrera les traces de ce combat épique entre un végétal et n animal : il n'est pas rare, en effet, de retrouver sur les feuilles d'une dionée le squelette externe, appelée "exosquelette", des insectes qu'elle a capturés et dévorés."

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Mythologie :


Dioné est, selon Edith Hamilton, auteure de La Mythologie (édition originale 1940, 1942 ; traduction française Les Nouvelles Éditions Marabout, 1978), la mère d'Aphrodite :


"Dans l'Iliade, [Aphrodite] est fille de Zeus et de Dioné, mais plus tard on la fit naître de l'écume de la mer (écume se dit aphros en grec).", sans plus de précisions.

Pour Robert Graves, dans son ouvrage de référence, Les Mythes grecs (édition originale 1958 ; traduction française Librairie Fayard, 1967),


Dans le mythe pélasge de la création, la déesse de Toutes choses, Erynommé "créa les sept puissances planétaires et les fit gouverner chacune par un Titan et une Titanide ; Théia et Hypérion régnaient sur le Soleil ; Phœbé et Atlas sur la Lune ; Dioné et Crios sur la planète Mars ; Métis et Cœos sur la planète Mercure ; Thémis et Eurymédon sur la planète Jupiter ; Téthys et Océanos sur Vénus ; Rhéa et Cronos sur Saturne."

Plus loin, il précise que Dioné est "fille, soit d'Océanos et de Téthys, la nymphe de la mer, soit de l'Air et de la Terre." En note, on peut lire également : "On l'appelle fille de Dioné, parce que Dioné était la déesse du chêne où la colombe amoureuse faisait son nid. [...] Les colombes et les moineaux étaient connus pour leur lubricité et toute nourriture venant de la mer est encore considérée comme aphrodisiaque dans les pays méditerranéens."

De plus, il ajoute que "Dionysos débuta probablement en personnifiant un roi sacré que la déesse tuait rituellement d'un trait de foudre le septième mois du solstice d'hiver, et que ses prêtresses dévoraient. Ceci explique ses différentes mères : Dioné, la déesse du Chêne, Io et Déméter, déesses du Blé, et Perséphone, déesse de la Mort. Plutarque, lorsqu'il appelle Dionysos "fils de Léthé ("l'oubli"), se réfère à son dernier aspect de dieu de la Vigne."

Enfin, "par sa femme Eurynassa, fille du dieu-Fleuve Pactol, ou par Eurythémisté, fille du dieu-Fleuve Xanthos, ou par Clytia, fille d'Amphidamas, ou par la Pléiade Dioné, Tantale devint le père de Pélops, de Niobé et de Brotéas."

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