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  • Anne

La Mouche





Étymologie :

  • MOUCHE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1. 1re moitié xiie s. «insecte diptère» musche (Psautier d'Oxford, 104, 29, éd. Fr. Michel, p.156) ; 2. nom donné à de nombreux insectes qui n'appartiennent pas à la famille des muscidés a) 1213 «mouche à miel, abeille» (Li Fet des Romains, éd. L.-F. Flutre et K. Sneyders de Vogel, 401, 18) ; b) 1552 mousches guespes (Rabelais, Quart Livre, 58, éd. R. Marichal, p. 235) ; c) 1636 mousche aus beufs «taon» (Monet) ; d) mousche aus chevaus (ibid.) ; e) 1768 mouche-araignée (Valm.) ; f) 1798 mouche bleue de la viande (ibid.) ; 3. loc. diverses a) ca 1350 prendre mouskes «s'irriter» (Gilles li Muisis, Poésies, éd. Kervyn de Lettenhove, II, 196, 15) ; 1640 prendre la mouche (Oudin Curiositez) ; b) 1485 quel mouche le point? (Le Mistére du Viel Testament, éd. J. de Rothschild, 4443) ; 1611 quelle mousche l'a piqué (Cotgr.) ; c) 1616 pieds de mouche «écriture très fine et peu lisible» (La Comédie des Proverbes ds Anc. Théâtre français, IX, 32) ; d) 1798 pattes de mouches (Ac.) ; e) 1718 on prend plus de mouches avec le sucre qu'avec le vinaigre (ibid.) ; 1740 on prend plus de mouches avec le miel qu'avec le vinaigre (ibid.); f) 1836 on eût entendu voler une mouche (Stendhal, L. Leuwen, t. 3, p.223) ; g) 1844 ne pas faire de mal à une mouche (Balzac, Splend. et mis., p.135) ; 4. a) 1486 fine mouche «personne très fine et très rusée» (Jean Michel, Le Mystère de la Passion, 17344, éd. O. Jodogne) ; b) 1574 «espion» (Amyot, De la Curiosité, 27 ds Littré) ; c) 1814, 30 mai «petit navire de guerre» (Registre ds Jal, s.v. flotte, p. 704b) ; d) 1867 «petit bateau à vapeur» (Revue des deux mondes, 72, 182 ds Kemna, p. 80) ; 5. a) 1618 «petit morceau de taffetas collé sur le visage» (La Descouverte du style impudique des courtisanes ds Livet Molière t. 2, p. 124) ; b) 1690 «éclaboussure de boue sur un vêtement» (Fur.) ; c) 1759 «points de broderie dispersés sur une étoffe» (Mémoire présenté par Berry, brodeur de Mme la Duchesse de Valentinois ds Havard) ; d) 1801 pêche mouche artificielle (Crèvecoeur, Voyage, t.1, p. 186) ; e) 1824 «emplâtre vésicatoire préparé avec les cantharides» (Nysten) ; f) 1834 «point noir placé au centre d'une cible» (Musset, Fantasio, I, 2, p. 183) ; g) 1840 «petite touffe de poils qu'on laisse croître au-dessous de la lèvre inférieure» (Ac.) ; h) 1874 «petite marque qui indique sur un tapis de billard l'endroit où doit se placer la boule» (Lar. 19e). Du lat. musca «mouche (insecte)».

Lire la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.



Symbolisme :

Selon Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, auteurs du Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; éd. revue et corrigée Robert Laffont, 1982),


"Chez les Bamiléké et les Bamoun (Njinji), elle est le symbole de la solidarité... Au royaume des petits insectes ailés, c'est l'union qui fait la force. Une mouche seule est sans défense.

Chez les Grecs, la mouche était un animal sacré, auquel se rapportaient certains noms de Zeus et d'Apollon. Peut-être évoquait-elle le tourbillonnement de la vie olympienne ou l'omniprésence des dieux.

Sans cesse bourdonnantes, tourbillonnantes, mordantes, les mouches sont des êtres insupportables. Elles se multiplient sur la pourriture et la décomposition, colportent les pires germes de maladies et défient toute protection : elles symbolisent une incessante poursuite. C'est en ce sens qu'une ancienne divinité syrienne, Belzébuth, dont le nom signifierait étymologiquement le seigneur des mouches, est devenue le prince des démons.

D'autre part, la mouche représente le pseudo-homme d'action, agile, fébrile, inutile et revendicateur : c'est la mouche du coche, dans la fable, qui réclame son salaire, après n'avoir fait qu'imiter les travailleurs."

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Sur Wikipédia, on peut lire que :


"Le symbole de la mouche dans l'art militaire est très ancien. Les plus anciennes attestations se rencontrent dans la civilisation mésopotamienne, vers la fin du IIe millénaire avant notre ère, où l’association de l'insecte à la mort revêt une importance toute particulière dans la littérature (1) et l’iconographie (2). Son image sur les sceaux babyloniens a été parfois interprétée comme le symbole de Nergal, le dieu des maladies et de la mort (3). On rencontre l'image de la mouche sur certaines scènes où, parfois associées à des vautours, elles survolent le champ de bataille, ainsi que sur des dagues et des pendentifs donnés aux soldats en hommage à leur bravoure (4).Des pendentifs en forme de mouche furent également découverts en Nubie, dans des tombes de militaires à Kerma et Bouhen, deux cités nubiennes d’importance (5). Les sépultures furent datées d’entre 1700 et 1500 avant notre ère. Ces pendentifs sont de grande taille et en matériaux précieux (or, ivoire, bronze et électrum). Ils furent retrouvés au cou de tous les défunts, par ailleurs inhumés avec une épée ou une dague dans la plupart des tombes mises au jour. Ces découvertes ne sont pas sans rappeler qu’à cette période – qui correspond à l’apogée de la civilisation nubienne – la population était foncièrement guerrière, un fait qui se traduit par la présence de nombreuses armes en contexte funéraire. Enfin, des pendentifs en forme de mouche, très souvent associées à des lions, furent découverts en Egypte antique. Les premières attestations remontent à la XVIIe dynastie mais c'est principalement durant la XVIIIe dynastie que les hauts gradés de l'armée reçurent cette récompense émanant du pharaon en personne. L'image de la mouche est à comprendre en tant que symbole négatif de l’ennemi mort, vaincu, misérable, tandis que l'image du lion est le symbole positif du soldat courageux, voire du pharaon, puissant et en action (6). Ces deux emblèmes diamétralement opposés se rejoignent, dans une vision dualiste, si caractéristique de la pensée égyptienne, pour célébrer la bravoure du guerrier égyptien."


1 : Anne Draffkorn-Kilmer, « The symbolism of the flies in the Mesopotamian flood myth », Language, Literature and History,‎ 1987, p. 175-180

2 : André Godard, Bronzes du Luristan, Van Oest, 1931, pl. 18, cat. 44.

3 : Jean Bottéro et Samuel Kramer, Lorsque les dieux faisaient l’homme, Gallimard, 1989, 768 p. 526 et 551-553.

4 : André Godard, Bronzes du Luristan, Van Oest, 1931, pl. 18, cat. 44.Edith Porada, « Problem of Iranian iconography », The Memorial Volume of the Vth International Congress of Iranian Art and Archaeology,‎ 1972, fig. 2

5 : Georges Reisner, Excavations at Kerma V, vol. I-III, Harvard African Studies, 1923, p. 163, 196, 348-349 et 508Georges Reisner, Excavations at Kerma VI, vol. IV-V, Harvard African Studies, 1923, p. 131, pl. 43David Randall-MacIver et Charles Leonard Wooley, Buhen VII, University Museum, 1911, p. 174-175David Randall-MacIver et Charles Leonard Wooley, Buhen VIII, University Museum, 1911, pl. 51

6 : Amandine Marshall, « Fly & Lion : Military Awards in ancient Egypt », Kmt A Modern Journal of Ancient Egypt,‎ 2015, p. 139-47

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Dans l'Encyclopédie des symboles (1989, éd française 1996) établie sous la direction de Michel Cazenave, on apprend que :


"Les différentes sortes de mouches sont perçues, du point de vue symbolique, comme des êtres négatifs que l'on devait cependant apaiser par des rites bien précis. Le Baal-zebul ou Beel-zebub évoqué dans le Deuxième Livre des Rois (I, 2), "le dieu d'Ekron", est une divinité syrienne dont le nom signifiait "le prince" (zebul), déformé en "la mouche" (zebub). Une légende ultérieure déclare qu'il commandait des escadrons de mouches, l'apparentant de la sorte à Zeus Apomyios ou encore Myiodes et Myiagyros en Grèce. On rencontre aussi l'idée d'une force démoniaque que l'on ne peut exterminer et qui s'incarne dans les mouches. Les camées antiques représentant des mouches étaient censés protéger des "mauvais regards". Son nom grec désignait de façon symbolique un parasite ; on trouve chez Lucien de Samosate (120-180) l'expression "faire d'une mouche un éléphant". Dans la mythologie de la Perse ancienne, Ahriman, le principe de l'obscurité, prend la forme d'une mouche pour s'infiltrer parmi les hommes. Les nuages de mouches annoncent chez Isaïe l'arrivée d'un malheur : "Il adviendra en ce jour-là que le Seigneur sifflera les mouches qui sont à l'extrémité des canaux d’Égypte" (Isaïe VII, 18). Les mouches sont surtout les symboles de figures diaboliques et de groupes de démons tels que ceux qui torturèrent l'ermite saint Matarios réfugié dans le désert."

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Pour Melissa Alvarez, auteure de A la Rencontre de votre Animal énergétique (LLewellyn Publications, 2017 ; traduction française Éditions Véga, 2017), le Mille-pattes est défini par les caractéristiques suivantes :


Traits : La Mouche symbolise le changement, le développement et la persévérance pour atteindre ses buts. Leur population s'accroît rapidement car la femelle pond jusqu'à cinq cent œufs à chaque fois. c'est là l'indication que vous êtes productif et que vous pouvez réaliser de grandes choses dans un laps de temps très court. La préférence de la mouche va vers des nourritures dégoûtantes : elle aime les ordures et le fumier. C'est le signe que vous devez veiller à garder votre environnement propre. La mouche utilise ses antennes pour sentir. Elle peut voler jusqu'à plus de 70 km/h. cela symbolise l'acuité de vos sens ainsi que votre capacité à aller très vite lorsque c'est nécessaire.


Talents : Abondance ; Adaptabilité ; Changement ; Détermination ; Excellente vue ; Épanouissement dans des circonstances difficiles ; Intuition ; Prospérité ; Ingénieux ; Forte volonté ; Transformation.


Défis : Ennuyeux ; Bigoterie ; Intolérance ; Harcèlement ; Déloyal ; Pas propre.


Élément : Air.


Couleurs primaires : Noir.


Apparitions : Lorsque la mouche apparaît, cela veut dire que vous laissez de petits riens vous irriter. Au lieu de vous laisser obnubiler par eux, ayez une vision plus vaste des choses en adoptant un autre point de vue pour les voir clairement. La mouche veut dire que des changements se préparent et qu'ils vont arriver de façon abrupte. Cela peut vous prendre au dépourvu, mais vos capacités de survie et votre aptitude à prendre des décisions et à agir vont vous permettre de surmonter la négativité et de vous épanouir. La mouche n'abandonne jamais. Elle continue à poursuivre ses buts, sans prendre du tout en compte le fait que sa façon de faire a tout du harcèlement. Vous avez la même caractéristique : alors, si vous vous rendez compte que vous êtes en train d'ennuyer les autres, changez rapidement votre façon d'agir pour vous assurer de réussir sans vous faire d'ennemis au passage.


Aide : Vous avez besoin de voir une situation dans une perspective nouvelle. La mouche a deux yeux, mais dans chacun d'eux il y a plus de quatre mille petits yeux ! Pouvez-vous vous imaginer avoir plus de huit mille façons de voir une même situation ? Cette incroyable vision qu'a la mouche peut vous aider à considérer les situations sous une multiplicité de points de vue en même temps. Cela peut vous donner une grande clairvoyance envers les personnes, les projets et les situations pour lesquels il vous faut prendre en compte un large éventail de possibilités. La mouche vous aide aussi à voir la valeur de choses qui pour d'autres sont bonnes à jeter. Vous pourriez même découvrir des trésors, aussi prenez le temps de vraiment regarder avant d'émettre un jugement. Si vous vous diminuez, ou si votre estime de vous-même a récemment pris un coup, la mouche vous encourage à avoir un point de vue positif au lieu d'être négatif envers vous. Vous avez vraiment de la valeur, et vous devez la voir en vous, même si les autres ne savent pas l'apprécier.


Fréquence : L'énergie de la mouche bouge très vite, elle vrombit çà et là dans un tourbillonnement d'activité. Cela donne la sensation d'entrer en contact avec un courant électrique qu vient agacer votre corps, qui vous touche et disparaît en une fraction de seconde. Elle vous fait vous sentir vivant, vous énergise et vous transforme avec des émissions de positivité. Sa sonorité ressemble au bruit d'une pluie serrée de neige drue qui rebondit sur un toit en zinc.

Imaginez...

Vous êtes en train de travailler sur votre ordinateur, lorsque vous entendez un bourdonnement tout près de votre oreille. Vous reculez brusquement la tête en ayant un mouvement pour taper sur le coupable que vous cherchez des yeux. Et vous voyez une mouche qui zigzague dans votre espace de travail. Vous n'aimez vraiment pas découvrir qu'il y a des mouches chez vous, aussi vous roulez une feuille de papier pour en faire une tapette. Vous la cherchez partout du regard, mais ne la trouvez pas. Vous abandonnez, retournez à votre bureau, vous asseyez et posez à nouveau vos doigts sur le clavier. Posée sur la lettre I [Je en anglais], il y a la mouche ! Vous pensez que c'est vraiment drôle qu'elle se soit posée sur cette lettre. Est-ce que ce serait un message qu'elle aurait à vous donner ? Vous vous tournez intérieurement vers votre centre et ouvrez votre intuition au contact avec la mouche. La première chose que vous entendez, c'est "Je veux sortir". Vous lui envoyez ce message en retour : "Va vers la porte, et je te fais sortir." La mouche ne bouge pas, mais vous allez vers la porte et attendez. Un instant après, la mouche bourdonne autour de vous à nouveau. Alors vous ouvrez la porte et elle s'envole. Vous vous asseyez pour vous remettre au travail, heureux d'avoir considéré la situation d'un point de vue différent.

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Littérature :


Éloge de la mouche

La mouche n’est pas le plus petit des êtres ailés, si on la compare aux moucherons, aux cousins, et à de plus légers insectes ; mais elle les surpasse en grosseur autant qu’elle le cède elle-même à l’abeille. Elle n’a pas, comme les autres habitants de l’air, le corps couvert de plumes, dont les plus longues servent à voler ; mais ses ailes, semblables à celles des sauterelles, des cigales et des abeilles, sont formées d’une membrane dont la délicatesse surpasse autant celles des autres insectes qu’une étoffe des Indes est plus légère et plus moelleuse qu’une étoffe de la Grèce. Elle est fleurie de nuances comme les paons, quand on la regarde avec attention, au moment où, se déployant au soleil, elle va prendre l’essor.

Son vol n’est pas, comme celui de la chauve-souris, un battement d’ailes continu, ni un bond comme celui de la sauterelle ; elle ne fait point entendre un son strident comme la guêpe, mais elle plane avec grâce dans la région de l’air à laquelle elle peut s’élever. Elle a encore cet avantage, qu’elle ne reste pas dans le silence, mais qu’elle chante en volant, sans produire toutefois le bruit insupportable des moucherons et des moustiques, ni le bourdonnement de l’abeille, ni le frémissement terrible et menaçant de la guêpe : elle l’emporte sur eux en douceur autant que la flûte a des accents plus mélodieux que la trompette et les cymbales.

En ce qui regarde son corps, sa tête est jointe au cou par une attache extrêmement ténue ; elle se meut en tous sens avec facilité et ne demeure pas fixe comme dans la sauterelle : ses yeux sont saillants, solides, et ressemblent beaucoup à de la corne ; sa poitrine est bien emboîtée, et les pieds y adhèrent, sans y rester collés comme dans les guêpes. Son ventre est fortement plastronné, et ressemble à une cuirasse avec ses larges bandes et ses écailles. Elle se défend contre son ennemi, non avec son derrière, comme la guêpe et l’abeille, mais avec la bouche et la trompe, dont elle est armée comme les éléphants, et avec laquelle elle prend sa nourriture, saisit les objets et s’y attache, au moyen d’un cotylédon placé à l’extrémité. Il en sort une dent avec laquelle elle pique et boit le sang. Elle boit aussi du lait, mais elle préfère le sang, et sa piqûre n’est pas très-douloureuse. Elle a six pattes, mais elle ne marche que sur quatre ; les deux de devant lui servent de mains. On la voit donc marcher sur quatre pieds, tenant dans ses mains quelque nourriture qu’elle élève en l’air d’une façon tout humaine, absolument comme nous.

Elle ne naît pas telle que nous la voyons : c’est d’abord un ver éclos du cadavre d’un homme ou d’un animal ; bientôt il lui vient des pieds, il lui pousse des ailes, de reptile elle devient oiseau ; puis, féconde à son tour, elle produit un ver destiné à être plus tard une mouche. Nourrie avec les hommes, leur commensale et leur convive, elle goûte à tous les aliments excepté l’huile : en boire, pour elle c’est la mort. Quelque rapide que soit sa destinée, car sa vie est limitée à un court intervalle, elle se plaît à la lumière et vaque à ses affaires eu plein jour. La nuit, elle demeure en paix, elle ne vole ni ne chante, mais elle reste blottie et sans mouvement.

Pour prouver que son intelligence est loin d’être bornée, il me suffit de dire qu’elle sait éviter les pièges que lui tend l’araignée, sa plus cruelle ennemie. Celle-ci se place en embuscade, mais la mouche la voit, l’observe, et détourne son essor pour ne pas être prise dans les filets et ne pas tomber entre les pattes de cette bête cruelle. À l’égard de sa force et de son courage, ce n’est point à moi qu’il appartient d’en parler, c’est au plus sublime des poëtes, à Homère. Ce poëte, voulant faire l’éloge d’un de ses plus grands héros, au lieu de le comparer à un lion, à une panthère, ou à un sanglier, met son intrépidité et la constance de ses efforts, en parallèle avec l’audace de la mouche, et il ne dit pas qu’elle a de la jactance, mais de la vaillance. C’est en vain, ajoute-t-il, qu’on la repousse, elle n’abandonne pas sa proie, mais elle revient à sa morsure. Il aime tant la mouche, il se plaît si fort à la louer, qu’il n’en parle pas seulement une fois ni en quelques mots, mais qu’il en rehausse souvent la beauté de ses vers. Tantôt il en représente un essaim qui vole autour d’un vase plein de lait ; ailleurs, lorsqu’il nous peint Minerve détournant la flèche qui allait frapper Ménélas à un endroit mortel, comme une mère qui veille sur son enfant endormi, il a soin de faire entrer la mouche dans cette comparaison. Enfin, il décore les mouches de l’épithète la plus honorable, il les appelle serrées en bataillons, et donne le nom de nations à leurs essaims.

La mouche est tellement forte, que tout ce qu’elle mord, elle le blesse. Sa morsure ne pénètre pas seulement la peau de l’homme, mais celle du cheval et du bœuf. Elle tourmente l’éléphant, en s’insinuant dans ses rides, et le blesse avec sa trompe autant que sa grosseur le lui permet. Dans ses amours et son hymen, elle jouit de la plus entière liberté : le mâle, comme le coq, ne descend pas aussitôt qu’il est monté ; mais il demeure longtemps à cheval sur sa femelle qui porte son époux sur son dos et vole avec lui, sans que rien trouble leur union aérienne. Quand on lui coupe la tête, le reste de son corps vit et respire longtemps encore.

Mais le don le plus précieux que lui ait fait la nature, c’est celui dont je vais parler : et il me semble que Platon a observé ce fait dans son livre sur l’immortalité de l’âme. Lorsque la mouche est morte, si on jette sur elle un peu de cendre, elle ressuscite à l’instant, reçoit une nouvelle naissance et recommence une seconde vie. Aussi tout le monde doit-il être convaincu que l’âme des mouches est immortelle, et que, si elle s’éloigne de son corps pour quelques instants, elle y revient bientôt après, le reconnaît, Je ranime et lui fait prendre sa volée. Enfin elle rend vraisemblable la fable d’Hermotimus de Clazomène, qui disait que souvent son âme le quittait, et voyageait seule, qu’ensuite elle revenait, rentrait dans son corps, et ressuscitait Hermotimus.

La mouche, cependant, est paresseuse ; elle recueille le fruit du travail des autres, et trouve partout une table abondante. C’est pour elle qu’on trait les chèvres ; que l’abeille, aussi bien que pour les hommes, déploie son industrie ; que les cuisiniers assaisonnent leurs mets, dont elle goûte avant les rois, sur la table desquels elle se promène, vivant comme eux et partageant tous leurs plaisirs.

Elle ne place point son nid et sa ponte dans un lieu particulier, mais, errante en son vol, à l’exemple des Scythes, partout où la nuit la surprend, elle établit sa demeure et son gîte. Elle n’agit point, comme je l’ai déjà dit, pendant les ténèbres : elle ne veut pas dérober la vue de ses actions et ne croit pas devoir faire alors ce qu’elle rougirait de faire en plein jour.

La Fable nous apprend que la mouche était autrefois une femme d’une beauté ravissante, mais un peu bavarde, d’ailleurs musicienne et amateur de chant. Elle devint rivale de la Lune dans ses amours avec Endymion. Comme elle se plaisait à réveiller ce beau dormeur, en chantant sans cesse à ses oreilles et lui contant mille sornettes, Endymion se fâcha, et la Lune irritée la métamorphosa en mouche. De là vient qu’elle ne veut laisser dormir personne, et le souvenir de son Endymion lui fait rechercher de préférence les jolis garçons, qui ont la peau tendre. Sa morsure, le goût qu’elle a pour le sang, ne sont donc pas une marque de cruauté, c’est un signe d’amour et de philanthropie : elle jouit comme elle peut et cueille une fleur de beauté.

Il y eut chez les anciens une femme qui portait le nom de Mouche : elle excellait dans la poésie, aussi belle que sage. Une autre Mouche fut une des plus illustrés courtisanes d’Athènes. C’est d’elle que le poète comique a dit :

        La Mouche l’a piqué jusques un fond du cœur.

Ainsi, la muse de la comédie n’a pas dédaigné d’employer ce nom et de le produire sur la scène ; nos pères ne se sont point fait un scrupule d’appeler ainsi leurs filles. Mais la tragédie elle-même parle de la mouche avec le plus grand éloge, quand elle dit :

        Quoi ! la mouche peut bien, d’un courage invincible         Fondre sur les mortels, pour s’enivrer de sang,         Et des soldats ont peur du fer étincelant !

J’aurais encore beaucoup de choses à dire de la Mouche, fille de Pythagore, si son histoire n’était connue de tout le monde.

Il y a une espèce particulière de grandes mouches, qu’on appelle communément mouches militaires ou chiens : elles font entendre un bourdonnement très-prononcé ; leur vol est rapide ; elles jouissent d’une très-longue vie et passent l’hiver sans prendre de nourriture, cachées surtout dans les lambris. Ce qu’il y a de plus extraordinaire chez elles, c’est qu’elles remplissent la tour de rôle les fonctions de mâles et de femelles, couvrant après avoir été couvertes, et réunissant, comme le fils de Mercure et d’Aphrodite, un double sexe et une double beauté. Je pourrais ajouter encore bien des traits à cet éloge ; mais je m’arrête, de peur de paraître vouloir, comme dit le proverbe, faire d’une mouche un éléphant.

Lucien de Samosate (120 - 192).

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LE COCHE ET LA MOUCHE


Dans un chemin montant, sablonneux, malaisé, Et de tous les côtés au soleil exposé, Six forts chevaux tiraient un Coche. Femmes, Moine, Vieillards, tout était descendu. L'attelage suait, soufflait, était rendu. Une Mouche survient, et des Chevaux s'approche ; Prétend les animer par son bourdonnement ; Pique l'un, pique l'autre, et pense à tout moment Qu'elle fait aller la machine, S'assied sur le timon, sur le nez du Cocher ; Aussitôt que le char chemine, Et qu'elle voit les gens marcher, Elle s'en attribue uniquement la gloire ; Va, vient, fait l'empressée ; il semble que ce soit Un Sergent de bataille allant en chaque endroit Faire avancer ses gens, et hâter la victoire. La Mouche en ce commun besoin Se plaint qu'elle agit seule, et qu'elle a tout le soin ; Qu'aucun n'aide aux Chevaux à se tirer d'affaire. Le Moine disait son Bréviaire ; Il prenait bien son temps ! une femme chantait ; C'était bien de chansons qu'alors il s'agissait ! Dame Mouche s'en va chanter à leurs oreilles, Et fait cent sottises pareilles. Après bien du travail le Coche arrive au haut. Respirons maintenant, dit la Mouche aussitôt : J'ai tant fait que nos gens sont enfin dans la plaine. Ça, Messieurs les Chevaux, payez-moi de ma peine. Ainsi certaines gens, faisant les empressés, S'introduisent dans les affaires : Ils font partout les nécessaires, Et, partout importuns, devraient être chassés.

Jean de LA FONTAINE

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Dans Un peu plus loin sur la droite (Éditions Viviane Hamy, 1996), roman policier de Fred Vargas, la discussion d'ouverture du roman entre Marthe, la "vieille pute" du quartier et Louis, l'électron libre du ministère de l'Intérieur, récemment congédié, met la mouche à l'honneur :


Prenons une mouche, par exemple.

- Prends une mouche, par exemple, dit Louis. [...]

Et ta mouche, alors ? demanda Marthe en sortant du bar et en plaquant d'une main un sac en plastique sur sa tête. Tu me parlais d'une mouche. [...]

Donc prenons une mouche. La mouche est entrée dans la maison et elle énerve tout le monde. Des tonnes de battements d'ailes à la seconde. C'est fortiche, une mouche, mais ça énerve. Ça vole dans tous les sens, ça marche au plafond sans trucage, ça se fout partout là où il ne faut pas, et surtout, ça trouve la moindre goutte de miel égarée. L'emmerdeuse publique. Exactement comme lui. Il trouvait du miel là où tout le monde pensait avoir bien nettoyé, n'avoir pas laissé de trace. Du miel ou de la merde, bien sûr, pour une mouche tout se vaut. Le réflexe imbécile est de foutre la mouche dehors. C'est la bourde. Car une fois dehors, que fait la mouche ?

Louis Kehlweiler paya sa bière, salua tout le monde et sortit du bar. Il n'avait aucune envie de rentrer chez lui. Il irait se poser sur le banc 102. Quand il avait démarré, il avait quatre bancs et maintenant cent trente-sept, plus soixante-quatre arbres. Depuis ces bancs et ces marronniers, il avait capté des tas de choses. Il aurait pu raconter ça aussi, mais il avait tenu bon. I pleuvait à verse à présent.

Car une fois dehors, que fait la mouche ? Elle fait l'imbécile deux ou trois minutes, c'est entendu, et puis elle s'accouple. Et puis elle pond. Ensuite, on a des milliers de petites mouches qui grandissent, qui font les imbéciles, et puis qui s'accouplent. Donc, rien de plus inconséquent que de se débarrasser d'une mouche en la mettant dehors. Ça démultiplie la puissance de la mouche. Faut la laisser dedans, la laisser faire ses trucs de mouche, et prendre patience jusqu'à ce que l'âge la rattrape et qu'elle fatigue. Tandis qu'une mouche dehors, c'est la menace, le grand danger. Et ces crétins qui l'avaient mis dehors. Comme si, une fois dehors, il allait s'arrêter. Mais non, ce serait pire. Et évidemment, ils ne pouvaient pas se permettre de lui taper dessus avec un torchon comme il arrive qu'on procède avec une mouche.

[...]

Marthe tourna la tête vers Kehlweiler. Ce type, c'était un ruban à mouches. Toutes les informations venaient lui coller dessus sans qu'il ait à lever le petit doigt. C'était un gars comme ça, tout le monde venait lui raconter ses salades. C'était infernal, à la longue.

- Prends une mouche, par exemple, dit Marthe.

- Oui ?

- Non, laisse tomber.

Marthe reposa son menton dans ses mains. La mouche, elle croit qu'elle va traverser la pièce sans se faire repérer, sereine. Elle va donner droit dans Ludwig, elle se colle dessus. Ludwig il extirpe doucement ses informations, merci, et il la libère. Il était tellement ruban à mouches qu'il en avait fait sa profession, qu'il ne savait même plus faire autre chose.

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Fred Vargas, (encore elle) auteure de Sans feu ni lieu (Éditions Viviane Hamy, 1997) s'intéresse souvent aux expressions françaises qui comportent des noms d'animaux, en particulier dans ce roman, une métaphore utilisant la mouche :


"Clairmont jeta sa cigarette dans la sciure.

- Vous croyez peut-être que 'ai une mouche dans le casque, murmura-t-il en tapotant la tête de Nicole Verdot, pliée d'humilité à ses pieds. Mais je vous conseille de vérifier votre matériel personnel d'abord.

Marc acquiesça, passif et consentant. Il n'avait jamais entendu l'expression "avoir une mouche dans le casque". Il supposa qu'elle était l'équivalent d'avoir une araignée au plafond., d'avoir un grain, en plus corsé, à cause du bruit paniquant de la mouche et de son vol d'ahurie, et cette formule lui plut beaucoup. Au moins, il n'était pas venu pour rien. Cette nouvelle acquisition le consolait d'avoir manqué l'omelette de Mathias. Bien sûr qu'il avait une mouche dan le casque, c'était indéniable, mais pas pour les raisons que croyait le vieux Clairmont. Clément avait une grosse mouche dans le casque aussi. Et puis Lucien, avec ses tranchées de guerre. et puis l'Allemand, avec ses foutus crimes. Mais pas Marthe. Marc regardait la main du vieux qui palpait inlassablement la statuette inachevée. Clairmont avait une mouche dans le casque aussi, une variété de mouche très commune.

[...]

- Je veux dire : tu t'en fous autant que tu veux le faire croire ? Aucun doute ne grésille dans un recoin de ta tête ?

- Ça grésille dans un recoin en permanence, tu le sais parfaitement.

- Oui. C'est la mouche qui fait ce petit bruit.

- La mouche ?

- La mouche dans le casque. C'est le beau-père du crapaud qui dit cela. Que penses-tu de ce type ?

[...]

- ... C'est l'empreinte du tueur, c'est sa marque de fabrique, sa trace inévitable. Sa signature, en quelque sorte, l'empreinte de sa mouche.

- Sa mouche ?

- Oui, la mouche dont tu parlais tout à l'heure, la mouche que le tueur a dans le casque.

Marc hocha la tête.

- Une énorme mouche à merde, compléta-t-il.

- C'est tout à fait cela, dit Louis."

[...]

- Je sais, poursuivit Louis. J'ai questionné Merlin sur la vie de son beau-père, et le vieux ne l'a jamais lâché d'une semelle, à son grand dam. Mais il a pu, comme le Sécateur, se tenir à carreau pendant toutes ces années refréner sa ...

- Sa mouche, proposa Marc. Le vol cinglé de la mouche à merde dans son casque épais.

- Si tu veux, dit Louis en balayant l'air de sa main comme pour chasser l'insecte. A moins que le troisième violeur soit encore un autre type, un complice inconnu du Sécateur. [...]

- Oui, dit Marc. Je comprends q e tu aies passé la nuit debout. Mais dans le fond, ça ne nous avance en rien. Ça nous ajoute un crime, c'est vrai, mais on savait déjà que la mouche du type était de l'affaire ancienne.

- Laisse un peu tomber cette mouche, je t'en prie.

[...]

Marc lui tendit le bloc ouvert et Louis grimaça.

- Qu'est-ce que c'est que cette saleté ? Un de tes diables putrides ou quoi ?

- C'est un agrandissement par quarante de la mouche de Clairmont, expliqua Marc en souriant. La mouche qu'il a dans le casque.

Louis secoua la tête, un peu navré. Marc tourna la page.

- Et ça, dit-il, c'est une autre mouche agrandie.

Louis tourna le bloc dans un sens, dans un autre, cherchant un repère dans un fatras de traits enchevêtrés, troués de grands vides.

- On n'y comprend rien, dit-il, en rendant le bloc à Marc.

- C'est parce qu'elle est insondable. C'est la mouche du tueur.

[...]

- Tu n'as jamais tourné cinq fois ton sucre dans le café et évité de marcher sur les lignes, par terre ?

- Jamais.

- Tant pis pour toi, mon vieux. Mais sache que c'est comme cela que ça marche, en cent fois pire,quand tu as une grosse mouche dans le casque.

- Pardon ?

- Un grain. Et celle du tueur, c'est une effroyable mouche qui fait son miel des foutus signes du Destin qui jonchent la vie quotidienne. Il a vu le poème, depuis son strapontin, "Je suis le Ténébreux, le Veuf, l'Inconsolé...", un début qui saisit, non ? II l'a revu le soir en rentrant, serré dans le wagon bondé, le nez écrasé sur les vers... "Le Prince d'Aquitaine à la Tour abolie"... Et peut-être le lendemain encore, et le surlendemain... "Les soupirs de la sainte et les cris de la fée"... Suggestif, pour un violeur, ne crois-tu pas ? Un texte abscons, cryptique, où chacun peut loger sa folie... Il le cherche, il le guette, il le trouve... Et pour finir, il l'adopte, il l'absorbe et il en fait le pivot de sa rage meurtrière. C'est comme ça que ça marche, avec certaines mouches.

[...]

Quand sa migraine leva un peu sa tenaille, Marc regarda Merlin qui, encadré de deux flics, remuait ses lèvres de batracien de manière incohérente et mécanique. Une mouche dans le casque, à n'en pas douter, une monstrueuse mouche aussi effarante que celle qu'il avait dessinée à Nevers. Ce spectacle conforta Marc dans sa terreur des crapauds, encore qu'il sût confusément que cela n'avait rien à voir.

[...]

Merlin avait projeté deux autres meurtres après celui de Julie Lacaize : l'un, rue de la reine-Blanche, et l'autre, le dernier, rue de la Victoire. Marc fronça les sourcils, alla récupérer le plan de Paris abandonné sur le buffet de la cuisine et revint s'asseoir sur sa vieille planche. Rue de la Reine-Blanche... Mon front est rouge encore du baiser de la Reine... Choix parfait, la reine blanche, la pureté immaculée, l'évidence même. Pour la mouche bien sûr, la mouche monstrueuse aux yeux aux mille facettes. Et la rue de la Victoire en clôture. Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron... Un impeccable raisonnement de mouche. Marc examina le plan du 9e, Rue de la Victoire, à deux pas de la Tour-des-Dames, elle-même croisant la rue Blanche, le tout à deux cents mètres de la Tour-d'Auvergne, elle-même croisant la rue des Martyrs. Et ainsi de suite, marc posa le plan dans l'herbe. Un jeu de piste terrifiant, où tout finit par faire sens et s'emboîter sans faille jusqu'au vertige. L'infaillible logique de la mouche, et Paris qui finit en bouillie."

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Dans le roman policier de Fred Vargas intitulé Dans les Bois éternels (Éditions Viviane Hamy, 2006), Adamsberg se retrouve confronté à tout un village de Normands, dont le curé n'est pas des moindres !


"Le curé alluma une pipe, suivant des yeux la jeune mouche qui passait en vol rasant au-dessus de son clavier. Il prépara sa main, en forme de couvercle rond, frappa sur la table et la manqua.

- Je n'essaie pas de la tuer, expliqua-t-il, mais de l'attraper. Je m'intéresse en amateur aux fréquences des vibrations émises par les ailes des mouches. Elles sont beaucoup plus rapides et stridentes quand elles sont piégées. Vous verrez cela.

Il rejeta un gros rond de fumée et les regarda, la main toujours pliée en forme de capsule. [...]

La main du curé s'abattit sur la mouche, qui s'échappa entre le pouce et l'index.

[...]

Le curé abattit sa main et, ce coup-ci, la mouche se trouva prise au piège, émettant aussitôt un bourdonnement accentué.

- Vous l'entendez ? dit-il. Sa réponse au stress ?

- En effet, dit poliment Veyrenc.

- Adresse-t-elle un signal à ses semblables ? Ou met-elle en route l'énergie nécessaire à la fuite ? Ou existe-t-il un émoi chez l'insecte ? C'est la question. Vous avez déjà écouté le son d'une mouche qui agonise ?

Le curé avait approché son oreille de sa main, semblant compter les milliers de battements-seconde des ailes de la jeune mouche.

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"15 juin

Les mouches de roche. Elle dégoulinent des troncs et des falaises en coulées soyeuses. Elles sont manne sacrée. Le mois de juin où les bêtes ont besoin de toute leur vigueur pour s'aimer constituait un problème dans le cycle de la vie. Comment faire la soudure entre le réveil de mai et l'abondance de juillet ? La nature a prévu les mouches. Ces pauvres insectes sont offerts en pâture. Ils sont destinés à fournir l'énergie pendant les semaines de pénurie. Dans quinze jours, une fois l'office rempli, ils disparaîtront. Ils auront connu une brève existence, sacrifiée à l'intérêt biologique commun. Pourtant, ils n'oublient pas de vivre. Au moindre rayon, ils vibrionnent, tremblent d'une vibration légère et s'accouplent. Un affairement qui ressemble au tressaillement d'une joie tue. Ils me plaisent tellement que je me tords les chevilles à tenter de les éviter sur les galets de plages."

Sylvain Tesson, Dans les Forêts de Sibérie, Gallimard, 2011.

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Arts visuels :


Marcel Duchamp, Torture-morte, 1959, Centre Pompidou, Paris.

Mouches collées sur plâtre peint, papier monté sur bois, dans une boîte en verre.