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  • Anne

Saturne


Étymologie :

  • SATURNE, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. 1564 « plomb » (Thierry) ; 2. 1690 sel de Saturne (Fur., s.v. plomb). Empr. au lat. Saturnus, n. d'un dieu (fils d'Uranus et père de Jupiter) et d'une planète. Les alchimistes ont donné le n. de saturne au plomb parce que l'on considérait ce métal comme un métal froid (comme la planète), v. FEW t. 11, p. 254b.


Lire également la définition du nom Saturne afin d'amorcer la réflexion symbolique.


Symbolisme :

D'après Didier Colin, auteur du Dictionnaire se symboles, des mythes et des légendes (Larousse Livre, 2000) :


Les mythes de Saturne en Mésopotamie. A Sumer, Saturne, c'est kayamânu, ce qui signifie : le lent. En akkadien, on le nomme Ninurta. Toutefois, il semble bien que Ninurta fût plus souvent assimilé aux principes et qualités de Nabou que l'on nommait également Ninurta, mais il s'agissait alors de Mercure, que les Mésopotamiens surnommaient shibtu, c'est-à-dire "celui qui s'élève". De fait, si l'on compare les mythes et légendes de Mésopotamie et ceux de la mythologie grecque, on observe que les premiers sont moins hiérarchisés et plus diffus, qu'ils prennent souvent des aspects différents, et que leurs qualités, leurs fonctions et leurs vertus, elles aussi, se confondent ou sont interchangeables, selon les récits mythiques. Ainsi, il y a une distinction très nette entre kayamânu, Saturne, qui est donc une représentation de l'astre tel qu'il figure dans le zodiaque, et le ou les dieux dont les aventures, les péripéties et les caractéristiques peuvent s'assimiler l'idée que nous nous faisons du maître du signe de Capricorne aujourd'hui. Tandis qu'en Grèce, comme nous allons le voir, Cronos et Saturne ne font qu'un.

Quoi qu'il en soit, à Kalach, qui était la deuxième capitale de l'antique Assyrie, que l'on nomme aujourd'hui Nimrud, se trouvait le temple de Ninurta, du Ninurta assimilé à Saturne, et non à Mercure. Une grande légende mythique qui s'y rattache conte comment Éa (Enki en sumérien), la grande divinité de l'abîme, des eaux souterraines ou matricielles, qui règne sur l'En-bas, l'un des trois principaux dieux en Mésopotamie avec An, le dieu du Ciel, et Enlil, le dieu de la Terre, fit appel à Ninurta, fils du dieu Enlil, pour combattre Enzu. Il s'agissait d'un oiseau mythique, rapide et puissant, qui jouait un rôle de messager entre Enlil, le dieu suprême, et les dieux, et qui était chargé d'assigner à chaque dieu le rôle et la fonction qu'Enlil lui avait attribués. Toutefois, Anzu profitant de sa position privilégiée auprès d'Enlil en vint à usurper son pouvoir, qui consistait à déterminer le destin des dieux et des hommes. On peut voir dans ce récit les prémisses du récit biblique concernant Satan, l'ange déchu, dont il fut la source d'inspiration. Toutefois, les armes de Ninurta étaient impuissantes à combattre Anzu, qui brandissait la tablette des destins, ce qui lui permettait, par exemple, d'ordonner au bois dans lequel avait été taillé l'arc de Ninurta de retourner dans son arbre, et à la corde de l'arc de retrouver sa place initiale dans la peau du mouton. Seule une tempête vint finalement à bout du démon, dont NInurta coupa alors les ailes, rendant à Enlil son pouvoir suprême.

Il ressort de ce récit mythique qu'Anzu et ses attributs ont beaucoup plus de points communs avec Cronos, puis Saturne. Pourtant, c'est à ce dernier qu'on assimilait Ninurta, sans doute à cause de sa patience, de sa persévérance, de sa ténacité, de sa pugnacité même, qui sont des vertus typiquement saturniennes, comme on le sait, et qui lui permirent de vaincre Anzu.


Les mythes de Saturne en Égypte. Dans le panthéon des dieux égyptiens, il n'existe pas à proprement parler un dieu tout à fait représentatif de Saturne tel qu'il figure dans le zodiaque. C'est assez normal, puisque l'astrologie n'est pas une création de l’Égypte antique, mais qu'elle vit le jour en Mésopotamie, et qu'elle exerça plus tard une grande influence sur la mentalité et la culture grecques par l'entremise des Chaldéens. toutefois, les dieux Seth et Thot présentent certaines analogies avec Saturne. Seth d'abord, parce qu'il combat Apopis, le grand serpent de la nuit, et qu'il se porte ainsi au secours du dieu des dieux de l’Égypte, Rê, qui peut renaître chaque matin grâce à lui. On retrouve dans cette légende mythique de nombreux points communs avec celle de Ninurta et d'Anzu, que nous venons de découvrir. Thot, ensuite, qui est un dieu lunaire, certes, mais aussi le maître du temps, du calendrier et du savoir, toutes qualités qu'on accorde volontiers à Saturne. Ce qui ne remet pas en question le fait que Thot présente aussi beaucoup de correspondances avec Hermès-mercure, comme nous l'avons déjà précisé par ailleurs.


Les mythes de Saturne en Grèce. Notons d'emblée que Cronos, qui deviendra Saturne à Rome, est un Titan, fils d'Ouranos, qui est la personnification du Ciel. Ainsi, Cronos est le fils du Ciel-Ouranos, comme Ninurta était le fils du Ciel-Enlil en Mésopotamie. Selon une légende mythique devenue célèbre à l'instigation de sa mère, Gaïa, la Terre, lasse d'être mère (Ouranos et Gaïa eurent d'innombrables enfants), Cronos tue son père en l'émasculant. Parricide, il devient alors le maître du Ciel, et il épouse sa sœur, Rhés, en héritant de son défunt père le pouvoir de connaître le destin et don cd'anticiper les événements. C'est ainsi que, sachant que l'un de ses enfants doit le détrôner un jour, car cela est écrit, il les dévore les uns après les autres au fur et à mesure qu'ils naissent. Lorsqu'elle met au monde Zeus, son sixième enfant, Rhéa accouche en secret, confie le nouveau-(né aux Curètes, les fils de la Terre, aux Nymphes, et à Amalthée, la chèvre, qui le nourrit de son lait et donne à Cronos une pierre enveloppée dans des langes, qu'il dévore, sans se rendre compte du subterfuge. Zeus devenu adulte,s'ensuit une nouvelle guerre parricide, dont le fis de Cronos et de Rhéa sort vainqueur. Toutefois, selon la tradition religieuse orphique que l'on connaît moins, Cronos et Zeus ont fini par se réconcilier, et Cronos nous est présenté sous l'aspect d'un grand roi, bon et sage. Durant son règne, la Terre a connu son Âge d'Or. "D'or fut la race des hommes périssables que les Immortels, habitants de l'Olympe, créèrent la première. En ce temps-là, Cronos régnait au ciel : les hommes vivaient comme des dieux, le cœur libre de soucis, à l'abri des peines et de la misère. Ils ignoraient même la vieillesse et, bras et jambes toujours vigoureux, ils trouvaient leurs plaisirs dans les banquets, bien loin de tous les maux." (Hésiode, Les Travaux et les Jours, traduit du grec par Claude Terreaux, Arléa, 1998)."

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