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  • Anne

Le Tabac



Étymologie :

  • TABAC, subst. masc.

Étymol. et Hist. [1555 cité comme mot indigène, à propos de Haïti Tabaco « instrument à deux tuyaux servant à fumer » (J. Poleur, trad. de Oviedo, Hist. nat. et gen. des Indes, Isles et Terre Ferme de la Grand Mer Oceane [trad. de l'esp.], fol. 71b ds König, p. 190)] 1. 1590 mot esp. cité Tabaco « plante solanée cultivée surtout pour ses feuilles qui sont fumées, prisées ou mâchées après préparation » (J. Th. de Bry, Brieve Hist. de Virginia, p. 16, ibid., p. 191) ; 1598 id. (R. Regnault Cauxois, trad. de J. de Acosta, Hist. nat. et mor. des Indes, tant Or. qu'Occ. [trad. de l'esp.], fol. 183b, ibid.) ; 1601-03 tabac (Champlain, Œuvres, Québec, 1870, t. 1, 1, p. 46, ibid.) ; 1603 id. (Id., Des Sauvages, fol. 9b, ibid. : quantité de Tabac (qui est une herbe dont ils prennent la fumée)) ; 2. 1629 désigne les feuilles de cette plante préparées pour être fumées (Saint-Amant, Sonnet ds Œuvres, éd. J. Bailbé, t. 1, XLIII, p. 280 : Non, je ne trouve point de difference De prendre du tabac, à vivre d'esperance, Car l'un n'est que fumée, et l'autre n'est que vent) ; spéc. pot à tabac, v. pot ; 1697 tabac d'Espagne « tabac de couleur roux clair » (J.-Fr. Regnard, Le Distrait, p. 197), d'où infra 4 et 5 ; 3. a) 1665 « lieu public où l'on se réunissait pour fumer et boire » (Arrêt du Parlement, 10 janv. ds DG) ; b) 1769 bureau à tabac « local où l'on vend du tabac » (J.-J. Rousseau, Les Confessions, VIII, éd. B. Gagnebin et M. Raymond, p. 381) ; 1794 bureau de tabac (Chamfort, Caract. et anecd., p. 161) ; 1887 p. ell. tabac (Zola, Terre, p. 54 : Tabac, chez Lengaigne [enseigne] ; 4. 1733 adj. « brun-roux, de la couleur du tabac » (Inv. après décès du chevalier Roze, éd. Arnaud d'Agnel ds B. du Comité des travaux hist. et sc., 1903, p. 477 : un autre habit estamine complect couleur tabac) ; 1790 tabac d'Espagne désigne une couleur roux clair (doc. ds L. Briollay, Ét. écon. sur le XVIIIe s., Les prix en 1790, p. 338) ; 5. 1791 zool. tabac d'Espagne désigne un papillon aux ailes d'un roux clair (Valm. t. 7, p. 619) ; 6. [1871 c'est le même tabac « c'est la même chose » (La Sociale ds France 1907)] 1888 le même tabac « la même chose » (d'apr. Esn.) ; 1901 id. (Bruant). Empr. à l'esp. tabaco, att. dep. la 1re moit. du xvie s. au sens 1 et au sens de « cigare » (Las Casas ds Fried. ; cf. aussi Oviedo y Valdes, trad. supra 1555, ibid.), lui-même empr. à l'arawak de Cuba et Haïti (König, pp. 190-195 ; FEW t. 20, pp. 79-80 ; v. en partic. les nombreux textes esp. anc. cités ds Fried. où tabaco est présenté comme un mot indigène). A remplacé pétun*.

  • PÉTUN, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1572 (J. Peletier du Mans, Savoye, III, p. 74 ds Gdf. Compl.). Mot de la lang. des indigènes du Brésil, cf. p. ex. la lettre du 23 juillet 1556 (ds Gaffarel, Hist. du Brésil fr., Paris, 1878, p. 379 : J'ay veu une herbe qu'ils [les sauvages] appellent petun), ainsi que les nombreuses attest. fournies par les textes fr., all., angl. et port. de la seconde moitié du xvie s. où le mot est cité comme mot indigène (v. Fried., König et Arv.). Empr. directement au tupi petyma, petyn, guarani pety et non pas, comme le suggèrent DG, EWFS2 et Bl.-W.1-5 (s.v. tabac), empr. par l'intermédiaire du port. petum. Pétun a été évincé dès le déb. du xviie s. par tabac* et ne survit plus que dans certains dial. de l'Ouest (norm., h. bret., manceau et ang.). V. FEW t. 20, pp. 75a-76a.


Lire aussi les définitions de tabac et pétun pour amorcer la réflexion symbolique.

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Expressions populaires :


Claude Duneton, dans son best-seller La Puce à l'oreille (Éditions Balland, 2001) nous éclaire sur le sens d'expressions populaires bien connues :


Passer à tabac : La chose étant pour beaucoup de nos concitoyens entrée dans les mœurs, j'espère qu'on ne verra aucun inconvénient à ce que je classe l'expression « passer à tabac » au chapitre des us et coutumes.

C'est en 1560 que Jean Nicot, ambassadeur de France à Lisbonne, envoya à Catherine de Médicis une plane exotique que l'on croyait médicinale et que l'on appela d'abord « herbe à Nicot » ou « herbe à la Reine », puis du nom portugais pétun et dès la fin du XVIe siècle tabac, emprunté de l'espagnol tabacco,  « emprunté lui-même, dit Bloch & Wartburg, de la langue des Arouaks d'Haïti où tabacco ne signifie toutefois pas "tabac", mais désigne ou bien un tuyau recourbé servant à l'inhalation de la fumée de tabac ou bien une sorte de cigare fabriqué par ces sauvages. »

Avec plus de quatre cents ans de recul on peut trouver que le petit présent de Nicot n'était pas vraiment un cadeau, mais il eut du succès !

« Il n'est rien d'égal au tabac ; c'est la passion des honnêtes gens ; et qui vit dans tabac n'est pas digne de vivre. » Fortes paroles ! On les doit, non comme on pourrait le croire à une agence de publicité en délire, mais à Molière, au début de son Dom Juan (1665). Il continue : « Ne voyez-vous pas bien dès qu'on en prend, de quelle manière obligeante on en use avec tout le monde, et comme on est ravi d'en donner à droite et à gauche, partout où l'on se trouve ? On n'attend même pas qu'on en demande, et l'on court au-devant du souhait des gens ; tant il est vrai que le tabac inspire des sentiments d'honneur et de vertu à tous ceux qui en prennent ! »

En réalité cette étrange tirade ne prend quelque drôlerie que si l'on sait qu'elle est à double sens et qu'au XVIIe siècle donner du tabac voulait dire se battre !... « On est ravi d'en donner à droite et à gauche », oui… des coups de poing ! Il faut comprendre en effet que ce tabac que l'on offrait à son voisin ne se présentait pas alors sous forme de cigarette, mais d'une dose de tabac à priser tendue sur le dos de la main, jusque sous le nez de l'heureux bénéficiaire. Le geste fait à la fois l'image et la blague ; dans les deux cas on chatouille le nez du prochain ! Le sens a vécu jusqu'au XIXe siècle : « Si tu m'échauffes la bile je te foutrai du tabac pour la semaine », dit un furieux en 1833 - autrement dit, "tu auras ta ration" !

Cela dit, il n'est pas facile d'évaluer avec exactitude le croisement qui a dû se produire entre le tabac, « coups », et le verbe occitan tabasser, « frapper à coups redoublés », ainsi que son voisin tabustar, « secouer, molester », et le substantif tabust, « tapage, vacarme, querelle », etc. lequel est à l'origine de l'expression maritime un coup de tabac (dès 1864) ; un coup de mauvais temps, une tempête soudaine qui secoue et met à mal le bateau. Rabelais avait déjà emprunté ces occitanismes dans les « fagoteurs de tabus », déjà cité, et la dernière phrase du chapitre V de Gargantua ; « Ne m'en tabustez plus l'entendement. »

Que le coup de tabac des marins ait pu passer du vacarme de l'orage au « tonnerre » d'applaudissements qui salue « avec fracas » une représentation théâtrale particulièrement réussie, une pièce ou un acteur qui fait un tabac, c'est hautement probable, sinon à peu près certain. (Il faut remarquer que par ailleurs un grand nombre de termes techniques de la machinerie d'un théâtre sont directement empruntés au vocabulaire de la marine.)

Dans quelle mesure ces formes ont-elles influencé le glissement de « donner du tabac » à « passer à tabac » ? Si l'on a beaucoup prisé par le passé on a aussi beaucoup chiqué. La chique forme une boule qui gonfle la joue, comme un abcès, ou comme un gnon ! Victor Hugo notait lui-même : « Au XVIIe siècle, se battre, c'était "se donner du tabac" ; au XIXe, c'est "se chiquer la gueule". » Ces expressions sont certainement de la même farine (et si l'on songe qu'il s'agit de poudre à priser : du même tabac !).

Se chiquer est devenu plus tard « se chicorer ». Faut-il penser qu'outre le jeu de mots la couleur y est pour quelque chose ? Dans ce genre de violence les boursouflures font à la victime une tête « comme un chou-fleur » - à la couleur près évidemment, car un visage couvert d'ecchymoses prend en quelques heures une teinte brun roussâtre caractéristique… une couleur tabac ! Les Anglais ont chez eux la formule beaten black and blue, « battu en noir et bleu », pour évoquer ces ravages. Est-ce que passer quelqu'un à tabac, c'est aussi lui « en donner » à un tel point que sa peau en gardera le hâle ?...

Gaston Esnault signale effectivement en 1879, chez les voyous et les policiers (les uns ne vont pas sans les autres), l'alternative occasionnelle « passer au tabac ». En tout cas Le Père Peinard, déjà cité, signale en 1898 qu'au cours des manifestations les partisans de Déroulède « indiquaient à la flicaille alliée les bons bougres à sucrer et à passer à tabac ». Comme disent les linguistes, l'usage a prévalu !

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Botanique :

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Symbolisme :

Selon le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant,


"Les Indiens Tupinamba du Brésil accordaient au tabac diverses propriétés, en particulier celles d'éclaircir l'intelligence et de maintenir ceux qui en font usage gaillards et joyeux. Le magicien soufflant sur les guerriers de la fumée de tabac prononçait ces mots : Afin que vous surmontiez vos ennemis, recevez l'esprit de force. On disait aussi que la fumée soufflée sur un patient renforçait la puissance magique de son haleine. De semblables fumigations accompagnent toujours les rites d'initiation des Indiens d'Amazonie. Dans la même aire culturelle, du jus de tabac est projeté dans les yeux du candidat-chaman, pour donner à celui-ci le don de clairvoyance."

Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


Appelé « herbe sainte » lorsqu'il fut ramené d'Amérique au XVIe siècle, le tabac a toutefois, dans diverses légendes, une origine maudite : outre-Atlantique, on prétend que le diable, lors de la découverte du continent américain, a créé le tabac pour placer les chrétiens sous sa dépendance. En Europe de l'Est (Galicie, Lituanie et Bosnie), la plante poussa sur le corps de Judas. En Russie, où son usage entraîna les protestations de l'Église ,elle serait sortie « d'une impudique » ; on raconte que, sous le roi Anepsius, une religieuse, appelée Jézavel, tentée par le démon, avait cédé à l'attrait de la chair et donné naissance à une fille ; Dieu envoya alors sur Terre un ange chargé de fendre la terre pour y engloutir la pécheresse ; mais « le Satan avait puisé d'elle le liquide de l'infamie dont il a arrosé la terre sur son cadavre. Il a poussé une herbe que les païens, suivant l'ordre de Satan, déplantèrent et nommèrent le tabac ». Dans un autre récit russe, très populaire également, une jeune fille s'était livrée à un acte contre nature avec son chien et avait accouché d'un chiot. Son père la tua et l'enterra : sur le lieu de son tombeau, du tabac poussa. Les Russes, qui en offraient aux génies, démons et autres esprits de la forêt, surnommèrent la plante « herbe du diable », considérant la fumée qui s'en dégage « comme une figure du diable lui-même, lequel après avoir pas" dans un endroit y laisse des traces, c'est-à-dire de la fumée et une mauvaise odeur ».

Aux Antilles (île Saint-Vincent), le tabac passait pour le fruit défendu du paradis terrestre. Selon un récit algérien, Mahomet, s'étant fait mordre par une vipère, suça la plaie et cracha le venin : à l'endroit où tomba sa salive naquit la plante.

Certains attribuent au tabac le pouvoir d'éloigner les esprits maléfiques et les serpents. Ses feuilles bouillies font disparaître, par application, boutons et éruptions dermatologiques. Lorsqu'elles sont trempées dans de l'huile, on leur prête même des pouvoirs pour les cancers. Tenues dans la main et dans le noir, les feuilles facilitent la concentration, mais, mises dans un verre, elles enivrent. Se rincer la bouche avec du jus de tabac volé vient à bout des maux de dents (Gascogne) ; du jus de tabac qui à été cuit at auquel on ajoute du genêt peut servir d'onguent contre la gale (Languedoc). En Sicile, on plaçait du tabac sur le nombril des enfants ayant des vers ; au Luxembourg, certains maîtres d'école mettaient du tabac à priser sur les blessures des enfants. Priser du tabac, dit-on encore, soulage une migraine.

Une pipe contenant du tabac de Virginie mélangé à de la poudre de crapaud et de la mélasse est un vrai somnifère. Les Américains conseillent à ceux qui souffrent de terreurs nocturnes de jeter un paquet de tabac dans un trou d'eau près d'une cascade et de se baigner dans cette eau, à la tombée de la nuit. Selon une croyance des pêcheurs américains, jeter dans la rivière du tabac à pipe ou à chiquer attire le poisson. Dans le Dauphiné, du tabac à priser jeté dans la baratte empêche la crème de devenir du beurre.

Selon une coutume des Côtes-d'Armor, le fermier qui construisait un nouveau bâtiment déposait du tabac lorsqu'il posait la première pierre en guise d'offrande. En Saintonge, le marié ne devrait pas fumer le jour de son mariage car la fumée d'une cigarette ou d'une pipe place la vie conjugale sous de mauvais auspices.

Pendant une veillée funèbre, les Ecossais mettent traditionnellement des pipes neuves et du tabac à disposition de tous, d'où le nom de « nuit au tabac ». On retrouve cet usage chez les Indiens d'Amérique du Nord qui jettent, en guise d'hommage au mort, du tabac sur sa tombe. Sur tout le continent américain, les Indiens se servaient de la plante, surnommée « herbe sacrée », pour communiquer avec le monde invisible et consulter les divinités. C'est en ce sens qu'il faut comprendre l'usage « du calumet de la paix » des Peaux-Rouges : « Il scelle alliance ou traité par la présence divine qu'il invite à présider la célébration par l'envoi de fumée vers le zénith ». Les Indiens du Canada prétendent même que les dieux prennent plaisir à fumer tandis que ceux de Patagonie soufflent la fumée dans les branches de leur arbre sacré, dans la croyance que cela leur porte bonheur ainsi qu'aux chevaux. Chez les Tumimamba (Brésil), pour qui le tabac procure gaieté, vivacité et intelligence, les magiciens dirigent la fumée du tabac vers les guerriers en disant : « Afin que vous surmontiez vos ennemis, recevez l'esprit de force. » En Amazonie, le jus de tabac, jeté dans les yeux, donne le don de divination.

Pour les Amérindiens de Chiapa (sud-est du Mexique), fumer guérit les rhumes, les difficultés respiratoires et la toux ; en Haïti, la fumée de tabac administrée à un malade était un remède souverain : « Quand elle l'avait complètement intoxiquée, la guérison était effectuée en grande partie. En revenant à lui, il racontait mille histoires, qu'il avait assisté à l'assemblée des dieux et d'autres visions. »

Un homme porte chance à un autre en lui demandant du tabac mais refuser de donner du tabac à chiquer est maléfique. On s'attire les libéralités de la bonne fortune en conservant de la cendre dans un dé en argent.

Lorsque le tabac d'une pipe allumée se redresse, c'est le signe qu'il va pleuvoir.

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Eric Pier Sperandio, auteur du Grimoire des herbes et potions magiques, Rituels, incantations et invocations (Editions Québec-Livres, 2013), présente ainsi le Tabac (Nicotiana) :


"POISON ; C'est une plante attrayante dont les fleurs possèdent un parfum agréable. Il en existe plusieurs espèces, dont certaines sont cultivées strictement pour leur valeur ornementale.


Propriétés médicinales : Comme c'est un poison, aucune propriété médicale ne lui est reconnue. Son usage est nocif pour la santé et fumer du tabac crée une dépendance physique.


Genre : Masculin.


Déités : Les déités amérindiennes.


Propriétés magiques : Purification - Guérison.


Applications :

SORTILÈGES ET SUPERSTITIONS

  • Avant d'effectuer des rites chamaniques pour obtenir des visions, les participants buvaient souvent des infusions de tabac afin de susciter des rêves et des visions prophétiques.

  • Les Amérindiens de l'Amérique du Sud fument le tabac afin de converser avec les esprits.

  • On l'offre aussi avant de voyager sur une rivière afin d'apaiser les dieux et d'assurer que le voyage se passera sans histoire.

  • Le tabac brûlé en encens purifie tout environnement des vibrations négatives.

RITUEL POUR ARRÊTER LES MÉDISANCES

  • Vous pouvez pratiquer cette invocation au cours du cycle décroissant de la lune.

Ce dont vous avez besoin :

  • une chandelle noire

  • de l'encens de myrrhe

  • un morceau de papier

  • une pincée de tabac

Rituel :

Commencez par inscrire le nom de la personne ou des personnes qui médisent de vous sur un papier blanc que vous saupoudrez de tabac. Placez le tout dans une enveloppe. Allumez ensuite votre chandelle et votre encens, puis passez l'enveloppe au-dessus de la fumée en disant :


[Nom de la personne], il est temps de te taire

Plus que temps de reposer ta langue de vipère

Cesse de médire et de répandre des mensonges

Que tes paroles malicieuses demeurent dans tes songes.


Répétez sept fois. Traditionnellement, cette enveloppe était enterrée dans un cimetière, ce qui symbolisait le silence éternel. Mais vous pouvez vous contenter de l'enterrer dans vote jardin ou, mieux encore, de la faire brûler."

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Eliot Cowan, auteur de Soigner avec l'Esprit des Plantes, Une voie de guérison spirituelle (Édition originale 2014 ; traduction française Éditions Guy Trédaniel, 2019) raconte plusieurs histoires de guérison dont il a fait l'expérience à partir du moment où il est entré sur la voie de la Guérison avec l'Esprit des plantes et fait part du respect que l'on doit avoir pour les plantes sacrées :


"Du fait de leur grande popularité, il y a deux plantes sacrées méritant ici une mention particulière : la marijuana et le tabac. [...] Beaucoup de gens ont une relation avec le tabac, mais très peu reconnaissent et respectent son caractère sacré. Ces temps-ci, il est craint et condamné comme poisons, et le nombre de décès et de maladies de fumeurs semble conforter cette vision. Mais le tabac, comme toutes les plantes sacrées, ne devient destructeur que lorsqu'il n'est pas respecté. Les statistiques ne démontrent pas la malveillance de cette plante, elles démontrent seulement qu'elle est massivement maltraitée. Pourtant, cette plante qui est source de dangers et de maladies dans le monde moderne est source de protection et de guérison dans le monde autochtone. Le tabac a été introduit dans les Amériques, et je n'ai jamais vu sur ces continents un seul lieu où il n'ait pas une place essentielle dans les pratiques spirituelles autochtones. Il aide les gens à entendre avec l'oreille du cœur, et c'est pourquoi il est une aide spéciale pur la prière, et la source de nombreux bien faits. Dans la plupart des cultures, le tabac ne nécessite pas de conditions compliquées pour être correctement utilisé, mais il nécessite une gratitude et un respect sans faille. Un cadre rituel minimal est bon pour faire en sorte que don utilisateur reste focalisé et clair avec ses intentions."

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Mythes et légendes :


Selon Véronique Barrau et Richard Ely, auteurs de Les Plantes des fées et des autres esprits de la nature (Éditions Plume de carotte, 2014), le tabac est une véritable "poudre à offrir".


La peste soit du tabac : Au fin fond d'une forêt canadienne, habitaient voilà fort longtemps un couple et ses deux enfants. La petite famille vivait heureuse jusqu'au jour où une épidémie de peste frappa leur village. Impuissant, l'homme assista au décès successif des siens. Après une période de profond abattement, il se ressaisit et voulut mettre du sens à sa vie en se montrant utile aux autres. Plusieurs années passèrent ainsi et le grand-père, comme on l'appelait désormais, était devenu un sage aimé et reconnu de tous. Un beau jour, alors qu'il était assis près du lac, il avisa dans le ciel de nombreux oiseaux étranges venant des collines bleues. L'un d'eux tomba soudain à terre, une flèche en plein cœur alors que nul habitant n'avait tiré. Y voyant quelque maléfice, les hommes se tinrent à distance mais le grand-père, qui ne craignait pas la mort, s'approcha pour apporter son aide à l'animal. C'est alors qu'un éclair jaillit du ciel et foudroya la bête, ne laissant plus que des cendres... Le vieil homme écarta les résidus noirs avec un bâton pour essayer de comprendre ce mystère quand il découvrit un minuscule bonhomme. Celui-ci se présenta comme appartenant au Petit Peuple vivant dans les collines bleues. Il lui offrit des graines à planter en lui promettant que s'il fumait ces feuilles séchées, il trouverait le temps moins long et verrait apparaître les visages de ces chers disparus dans les volutes de fumée. Voilà comment les Indiens ont découvert le tabac.


Il a tout pour plaire : Fumer est pour les chamans un moyen de communiquer avec les esprits des plantes et d'apprendre leurs secrets par l'intermédiaire de visions. Cet acte permet également de chasser les mauvais esprits.


Un mur de fumée : Dans la commune alsacienne d'Oberlag, un lutin domestique avait pris l"habitude de se joindre à la veillée qu'organisaient chaque soir ses maîtres. Mais la fumée qui s'échappait de la pipe de ce kobold plongeait systématiquement la pièce dans un épais brouillard... En Alsace [toujours], le Schatsmannala se sert exclusivement d'une pipe taillée dans du bois de sapin.

Offrandes bienvenues : Rencontrer le Leprechaun irlandais peut être à double tranchant. Si vous avez la chance de l'apercevoir en premier, il se montrera tout à fait charmant et, entre autres largesses, vous fera goûter sa bière exquise. Mais si cet être vous voit de prime abord, les choses se compliquent... Il peut vous métamorphoser à sa guise ou vous téléporter dans n'importe quel lieu de sa convenance. Pour l'amadouer, nous vous conseillons vivement de lui offrir une pincée de tabac à priser dont il est grand amateur. D'ailleurs, il ne se sépare jamais de sa dudeen, une pipe nauséabonde, coincée derrière le ruban de son chapeau.

De nombreux lutins sont aussi sous l'addiction au tabac. Citons par exemple les Goguelins qui profitent de l'endormissement des marins pour leur dérober leurs herbes à chiquer ou les Cluricaunes qui apprécient autant la bière que le tabac. Terminons enfin avec le Domovoï et les Nisses, des serviteurs féeriques qui restent fidèles aux habitants leur offrant du tabac.


Du côté des Amériques : Les Amérindiens offraient du tabac au génie de la rivière pour s'attirer ses bonnes grâces. Robert Louis Stevenson, l'auteur L'ïle au trésor, laissait à ses Brownies, esprits familiers, quelques pincées de tabac à priser."

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Littérature :


Sganarelle, tenant une tabatière.


Quoi que puisse dire Aristote et toute la philosophie, il n’est rien d’égal au tabac : c’est la passion des honnêtes gens, et qui vit sans tabac n’est pas digne de vivre. Non seulement il réjouit et purge les cerveaux humains, mais encore il instruit les âmes à la vertu, et l’on apprend avec lui à devenir honnête homme. Ne voyez-vous pas bien, dès qu’on en prend, de quelle manière obligeante on en use avec tout le monde, et comme on est ravi d’en donner à droite et à gauche, partout où l’on se trouve ? On n’attend pas même qu’on en demande, et l’on court au-devant du souhait des gens ; tant il est vrai que le tabac inspire des sentiments d’honneur et de vertu à tous ceux qui en prennent. Mais c’est assez de cette matière.


Molière, Don Juan ou Le festin de pierre, Acte I, scène 1, 1665.

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