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  • Anne

La Rue



Étymologie :

  • RUE, subst. fém.

Étymol. et Hist. Fin du xie s. rude bot. (Raschi, Gl., éd. A. Darmesteter et D. S. Blondheim, t. 1, 917) ; ca 1200 rue (Jean Renart, Escoufle, éd. Fr. Sweetser, 6686). Du lat. ruta « id. ».


Lire également la définition du nom rue pour amorcer la réflexion symbolique.

Autres noms : Ruta graveolens ; Herbe à cauchemar ; Herbe de grâce ; Herbe puante ; Rue des jardins ; Rue fétide ; Rue puante.

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Botanique :

D'après Lionel Hignard et Alain Pontoppidan, auteurs de Les Plantes qui puent, qui pètent, qui piquent (Gulf Stream Éditeur, 2008) :


"Petit buisson bleu-vert émergeant des rocailles sèches, la rue signale sa présence par une odeur âcre et tenace. Ses fleurs, quatre gros pétales jaunes, s'épanouissent du printemps jusqu'à l'entrée de l'hiver. Elles se métamorphoseront en autant de petites capsules vertes posées sur leur collerette. Ce sont les feuilles qui sentent fort. Elles sont parsemées de petits points transparents, visibles à l’œil nu, qui contiennent une réserve de parfum violent prête à exploser aux narines au moindre contact.


Pourquoi fait-elle ça ? Si la rue sent si fort et répand une odeur aussi désagréable, c'est pour se protéger. Être mangée par les limaces, ou dévorée par des moutons, non merci. Alors elle prévient : ne me touchez pas, sinon gare ! En plein soleil, quand ses petites capsules à parfum sont gonflées à bloc, elle peut irriter la peau au moindre frôlement. Méfiance donc !


Une plante utile : Malgré son odeur repoussante, la rue faisait partie des "bonnes" plantes. On la plantait autrefois dans les jardins de plantes médicinales, car elle servait de remède contre certains poisons. Mais on devait l'utiliser avec précaution. Aujourd'hui, on s'en sert uniquement pour fabriquer des médicaments.


Peur de la rue ? En Allemagne, on plantait la rue dans les jardins et près des maisons pour se protéger des mauvais esprits. Non que les esprits aient peur de la rue, mais à sentir une odeur aussi répugnante, ils pensaient que le place était déjà prise."

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Croyances populaires :


D'après Véronique Barrau, auteure de Plantes porte-bonheur (Éditions Plume de carotte, 2012),


"Pour trouver un emploi ou renflouer leur porte-feuille, les Girondins mettaient un petit vase noir empli d'eau bénite devant la cheminée. Une fois l'eau devenue bouillante, ils jetaient par trois fois dans le vase un rameau de rue en prononçant à chaque lancer la formule suivante : "Ô rue ! belle rue ! Toi si belle, fais que tout homme en passant apporte ici or et argent". sitôt qu'une personne de sexe masculin passait devant la maison, l'eau du vase était répandue sur le seuil. Une méthode plus simple permettant d'obtenir le succès de toutes entreprises invite chaque Girondin porter une feuille de rue sur soi.


Plante abortive : Ingérée en grande quantité, la rue peut provoquer un avortement et une intoxication pouvant avoir de graves conséquences sur la santé. La culture de cette plante, à laquelle recouraient de nombreuses femmes d'antan désespérées, fut interdite par une loi de 1921.


Un chasse-sorciers : Est-ce son odeur fétide qui dota la rue du pouvoir de chassez les ensorceleurs et le diable ? Toujours est-il que cette plante fut particulièrement utilisée pour se protéger du mauvais œil et purifier les lieux soupçonnés d'être le tableau de maléfices. Sachez aussi que des feuilles ou des rameaux de rue frottés sur le plancher d'une maison ou disposés en jonchée sur le sol, permettraient de tenir à distance tout être maléfique. Placer une feuille de la plante à sa boutonnière repousserait les sortilèges aussi efficacement que le fait de se badigeonner avec son huile essentielle...


La rue et la justice : Dans les geôles d'antan, les prisonniers contractaient fréquemment le typhus. Cette maladie était si contagieuse que les détenus se rendant à leur procès contaminaient parfois le personnel des palais de justice. En 1577, lors des "assises noires" tenues à Oxford, les juges et tous les assistants, soit environ trois cents personnes périrent ainsi dans les 48 heures en contractant la fièvre des prisonniers. Pour éviter de telles contagions, certains tribunaux jonchaient leur sol de feuilles de rue et les huissiers audienciers portaient de petits bouquets de la plante. La rue est l'un des composants du vinaigre des quatre voleurs qui permit à des Toulousains du XVIIe siècle de s'introduire dans des maisons contaminées par la peste sans contracter le mal. Pour autant, la rue prescrite au XIXe siècle contre cette terrible épidémie se révéla totalement inefficace...


Insecticide : La rue est utilisée dans les potagers et les serres pour chasser les insectes nuisibles comme le doryphore de la pomme de terre, les chenilles et les puces ou les pucerons. Les feuilles ou rameaux peuvent être étalés sur le sol ou trempés dans de l'eau durant une journée afin de réaliser un purin. Attention au contact de la rue, même si elle soigne certaines affections de la peau, elle provoque parfois une dermatite."

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