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La Chauve-souris


Étymologie

  • CHAUVE-SOURIS, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1. xie s. (Gloses de Raschi, éd. A. Darmesteter, Paris, 1909, p. 28 : Kalve soriç) ; 1180 (M. de France, Fables, 23, 9 ds T.-L. : La chalve suriz) ; fin xiie s. (Audigier, 23, 9, ibid. : Chauves soriz) ; 2. 1831 p. anal. de forme, mar. (Will.). Orig. discutée. Prob. composé de chauve* et de souris* (REW3, n°8101 ; FEW t. 12, p. 114 ; cf. calves sorices viiie s., Klein-Labhardt, I, p. 196, 1640), bien que cette hyp. fasse difficulté du point de vue sém. ; le wallon chawe-sori (Grandg.) et cauwesoris (fin xiiie s. Sone ds Gdf. Compl.) est prob. formé à partir de cawa (chouette*) sōrice peut-être sur le modèle de chauve souris, les 2 types s'étant ultérieurement rencontrés, cf. chauve « choucas », Gloss. Abavus, éd. Roques, 5401 ; il est d'autre part peu probable que calves sorices soit dès le viiie s. une altération du type *cawa sorice (Dauzat ds Fr. mod., t. 19, 1951, pp. 23-24 ; v. aussi Séguy, ibid., t. 18, 1950, pp. 273-276).

Lire également la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.



Zoologie :


Découvrez le dossier du site Futura-sciences pour en savoir davantage sur la chauve-souris.

Selon Matt Pagett, auteur de Le petit livre de merde (titre original What shat that ?, Quick Publishing, 2007 ; édition française Chiflet & Cie, 2008) :

"La réputation sulfureuse de la chauve-souris n'est plus à faire : elle vit la nuit, elle est aveugle, elle suce le sang, etc. Elle a même inspiré le fameux Bruce Wayne qui fait rêver les petits enfants : lequel d'entre eux n'a jamais demandé la panoplie de Batman au Père Noël ? La merde de chauve-souris, ou guano, est très nocive bien qu'elle entretienne l'écosystème.

Description : La merde de chauve-souris dépend de ce qu'elle a ingéré. Si ce sont des insectes, son guano sera formé de petites crottes dures et cylindriques, semblables aux crottes de souris. Mais si elle s'est nourrie de fruits, ses excréments ressembleront plutôt à des éclaboussures. Le guano de chauve-souris peut être utilisé comme engrais car il est riche en nutriments : azote, potassium et phosphore.


La grotte aux chauve-souris : Petite visite guidée : De véritables colonies de chauve-souris, un million parfois, logent dans des grottes sombres et mal aérées. On y trouve des quantités impressionnantes de guano, agrémentées régulièrement par des giclures de merde fraîche. Très toxique, le guano contient beaucoup d'ammoniac et peut être responsable de maladies graves comme la rage, le SRAS, et autres mycoses et infections virales. On dit aussi qu'il est à l'origine de l'histoplasmose. Comme cette maladie qui vient d’Égypte est transmise par les chauve-souris qui logent dans les pyramides, on l'appelle "La Malédiction du Tombeau de la Momie". C'est peut-être romantique mais ça l'est moins lorsqu'on se retrouve affligé d'une pathologie grave à cause d'une merde de chauve-souris. Le guano peut avoir aussi des effets bénéfiques en alimentant une faune animale variée, serpents, crapauds, geckos et scarabées, qui s'en délectent. Avant que leurs prédateurs s'en nourrissent à leur tour, et les prédateurs de leurs prédateurs et ainsi de suite. Ainsi va la chaîne alimentaire.

Péter le feu : Pendant la Guerre de Sécession (1861-1865) on faisait de la poudre à canon avec la merde de guano, riche en phosphore et en azote."

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Croyances populaires :


Selon Ignace Mariétan, auteur d'un article intitulé "Légendes et erreurs se rapportant aux animaux" paru dans le Bulletin de la Murithienne, 1940, n°58, pp. 27-62 :


La vie nocturne et l'étrange organisation des Chauves-Souris ne pouvaient manquer de donner lieu à des idées fantaisistes : on n'aime pas ces bêtes, dit-on parfois. On n'ose pas, on n'a pas l'occasion de regarder ces animaux de près, et de grossières erreurs sont formulées et perpétuées à leur sujet. Cette ignorance et cette prévention viennent en grande partie de ce qu'il s'agit d'un animal nocturne, et que l'homme porte en lui la terreur atavique, ancestrale, des ténèbres et de tous les êtres qui vivent et circulent la nuit.

Dans un recueil de 1808, provenant du pays de Vaud, on trouve, cité par le Dr Charbonnier Edmond, de Bussigny-sous-Lausanne, sous le titre : Superstitions populaires suisses par le Dr Georges Hervé, Revue Anthropologique 1916 : pour le tir à la cible il faut faire les balles soi-même, saigner une Chauve-Souris au cœur avec un canif neuf, dans une assiette neuve, et mettre les balles en contact avec le sang. Ou encore : griller une Chauve-Souris, la réduire en cendres, et mêler avec la poudre. Et encore : toucher la cible avec du sang de Chauve-Souris à l'endroit qu'on veut atteindre.

On accuse la Chauve-Souris d'avoir des griffes et de s'en servir pour s'accrocher aux cheveux. Si elle est munie de griffes c'est pour se suspendre aux parois rocheuses, jamais cette bestiole timide et craintive n'ose s'approcher de l'homme. D'autre part l'adresse de son vol la met à l'abri de pareilles maladresses et imprudences.

A Grimentz on les tient pour venimeuses. A Sierre on dit qu'il ne faut pas regarder en l'air quand elles volent de peur de recevoir du liquide dans les yeux et de perdre la vue.

Il y a des millénaires les Chinois firent de la Chauve-Souris l'emblème du bonheur, peut-être, a dit Henri de Régnier, parce qu'elle apparaît au crépuscule, à l'heure des souvenirs, presque à l'heure des rêves.

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Selon Jean Baucomont, auteur d'un article intitulé "Les formulettes d'incantation enfantine", paru dans la revue Arts et traditions populaires, 13e Année, No. 3/4 (Juillet-Décembre 1965), pp. 243-255 :


La tradition orale se perpétue dans le folklore de la vie enfantine. […] Une des catégories les plus curieuses de ces formulettes est celle des formulettes d'incantation.

L'incantation, nous disent les dictionnaires, signifie étymologiquement : un enchantement produit par l'emploi de paroles magiques pour opérer un charme, un sortilège. Le recours à l'incantation postule une attitude mentale inspirée par l'antique croyance au pouvoir du verbe, proféré dans certaines circonstances.

[…]

« L'incantation, dit Bergson, participe à la fois du commandement et de la prière. » On constate effectivement, que la plupart des formulettes d'incantation comportent à la fois une invocation propitiatoire : promesse d'offrande en cas de succès et une menace de sacrifice expiatoire, d'immolation en cas d'échec. Ce qui est proprement le caractère de l'opération magique traditionnelle.

[…]

Chauve-souris viens par ici

Tu auras du pain chansi

(Loiret)

Ratapanedo vène lèou

Te dounaraï des pan nouveau

Des gingourlo, des canèlo

Gramécis Madamisella

(Gard)

Traduction : Chauve-souris, viens bientôt - je te donnerai du pain nouveau - des jujubes, de la cannelle - Grand merci, Mademoiselle.

Scandé par les enfants quand une chauve-souris voltige au-dessus de leur tête à la tombée de la nuit.

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Jean-Jacques Barloy, dans un article intitulé "Rumeurs sur des animaux mystérieux." In : Communications, 52, 1990. Rumeurs et légendes contemporaines. pp. 197-218 rapporte une anecdote au sujet d'une chauve-souris géante :


[...] En janvier 1856, des ouvriers travaillent au percement d'un tunnel pour le chemin de fer à Culmont, dans la Haute-Marne. Ils débitent un énorme bloc de rocher lorsque, soudain, un animal cauchemardesque s'échappe de celui-ci. Ses ailes membraneuses de plus de 3 mètres d'envergure lui donnent l'aspect d'une immense chauve-souris. Sa peau nue est noire. Il possède un long cou et un museau aux dents aiguës.

Le monstre agite faiblement ses ailes, pousse un cri rauque et expire. Sa dépouille est transportée à Gray, où un paléontologiste l'identifie comme celle d'un ptérosaurien de l'ère secondaire...

C'est la publication de ce récit dans L'lllustrated London News du 9 février 1856 qui lui a donné une résonance internationale. J'ai retrouvé l'article original : il avait paru dans un journal régional, La Presse grayloise, le 12 janvier précédent. Et, le 19 janvier, la même publication répondait à un lecteur qui lui demandait l'adresse du paléontologiste en question : « Nous regrettons de ne pouvoir donner l'adresse de l'illustre paléontologue de Gray, dont la modestie égale le profond savoir, et qui veut se dérober aux nombreuses félicitations que lui attirerait son intéressante découverte. »

II s'agissait donc d'un canular (d'ailleurs le paléontologiste l'avait identifié comme un Pterodactylus anas-canard !). Personne ne peut croire à la résurrection d'un reptile volant fossilisé dans une pierre. Peut-être un fossile avait-il effectivement été découvert, à moins qu'une chauve-souris ne se soit envolée devant les ouvriers...

A propos de cette affaire, signalons que, dans une lettre parue dans YISC Newsletter (7, 4, hiver 1988, p. 11), Lorna Llyod signale un curieux passage du livre de Marc Alexander, Enchanted Britain (Arthur Barker, Londres, 1981).

Selon cet ouvrage, dans le village de Renwick (Cumberland), en 1733, un immense animal ailé s'échappa d'une église en cours de démolition. Il sema la terreur dans le village, pour, finalement, être mis à mort dans le cimetière par un ouvrier. Les points communs avec l'épisode de Culmont sont troublants.

A la suite de cette affaire, les habitants de Renwick furent surnommés les Chauves-Souris, en raison de l'aspect du monstre. Et, de nos jours encore, des témoins assurent avoir vu un « oiseau » géant voler le soir autour du village...

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Selon Grażyna Mosio et Beata Skoczeń-Marchewka, auteurs de l'article "La symbolique des animaux dans la culture populaire polonaise, De l’étable à la forêt" (17. Mars 2009) :


"Dans la culture populaire polonaise, qui se caractérise par la conviction du rôle prépondérant de l’utilité – tant pour la prospérité et l’activité de l’homme que pour ses biens, les animaux tels que les souris et les chauve-souris étaient perçus d’une manière décidément négative. Vivant à proximité des locations humaines, elles étaient considérées en tant qu’êtres inutiles, et même dangereux. [...]

La chauve-souris était appelée “souris volante”. Selon le peuple polonais elle prenait naissance d’une souris après sept années d’existence (Biegeleisen 1929b : 413), ou bien d’une souris qui avait mangé une chandelle de l’église (Czernik 1985 : 122), ou de la pâtisserie bénite à Pâques (Bystroń 1976 : 268). Selon les Cracoviens c’était une souris qui avait réussi pendant sept ans à ne pas être mangée par un chat, et qui en récompense obtenait des ailes. Ces ailes membraneuses, son poil noir, son vol silencieux, son cri caractéristique, sa façon de se reposer la tête en bas, et son mode de vie nocturne en faisaient un phénomène, la liaient à la mort. On considérait qu’elle enfreignait l’ordre terrestre. Bien que n’étant pas un oiseau – elle volait, ne naissait pas d’un œuf, mais comme les autres mammifères ; bien qu’ayant des ailes – elle n’avait pas de plumes. C’était donc un être mixte, inscrit dans l’ordre limitrophe. Le fait qu’elle habitait dans des endroits déserts, menant dans les profondeurs du pays des morts, en faisait un messager de la mort. Dans l’art chrétien, tout comme dans l’art populaire, on représentait souvent le diable avec des ailes de chauve-souris. En tant qu’être diabolique, elle éveillait la frayeur. Les démons aériens étaient entre autres imaginés sous forme de chauve-souris (Baranowski 1981 : 120). On croyait qu’elle pouvait être une menace directe pour les hommes – sucer leur sang et leur cerveau. Oskar Kolberg nota au XIXe siècle dans la région de Lublin: “Les chauve-souris, (...) sont appelées mauvais esprits. On dit qu’elles (...) se croisent en volant dans divers sens afin de trouver un homme qui a marié son âme à l’enfer ; si la chauve-souris le trouve, alors elle s’emmêle dans ses cheveux et arrache la tête du damné pour emporter son âme aux enfers” (Krzyżanowski 1975 : 207). On croyait aussi qu’il était possible de faire venir le diable par l’intermédiaire d’une chauve-souris. Elle prédisait les épidémies et la mort (Gaj Piotrowski 1993 : 350), mais en même temps en restant en proche contact avec l’au-delà elle pouvait aider à connaître l’avenir. Elle était volontiers employée dans la magie de l’amour. La conviction que les os et les griffes de chauve-souris étaient efficaces pour aider à obtenir la bienveillance et l’amour, tout comme les cendres de l’animal brûlé, parsemées furtivement sur la personne choisie, était très répandue (Kantor 1988 : 66-67). La chauve-souris servait aussi dans les opérations de magie protectrice à l’égard des personnes et de leurs biens. On la clouait vivante à la porte de la grange, en croyant qu’elle assurerait une récolte abondante. Attachée à l’entrée de l’étable elle garantissait la bonne croissance du bétail (Biegeleisen 1928: 318)."

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Symbolisme :


Dans le Dictionnaire des symboles (1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, on peut lire que :


"Selon la loi mosaïque, [cet] animal impur [est] devenu le symbole de l'idolâtrie et de la frayeur.

La chauve-souris est, en Extrême-Orient, le symbole du bonheur parce que le caractère foù qui la désigne est l'homophone du caractère qui signifie bonheur. Il ne viendrait pas à l'idée d'un Chinois de la clouer sur la porte de sa grange. Son image accompagne parfois le caractère longévité dans l'expression des souhaits. Sur les gravures chinoises, un cerf se trouve souvent à son voisinage. Elle figure sur le vêtement du génie du Bonheur. Cinq chauves-souris disposées en quinconce figurent les Cinq Bonheurs (wou foù) : richesse, longévité, tranquillité, culte de la vertu (ou santé), bonne mort.

Elle est en particulier un symbole de longévité car on suppose qu'elle la possède elle-même, du fait qu'elle vit dans les cavernes - qui sont un passage vers le domaine des Immortels - et s'y nourrit de concrétions vivifiantes. La fortification du cerveau, pratiquée par les Taoïstes et figurée par l'hypertrophie crânienne, est une imitation de la chauve-souris : elle est censée la pratiquer et c'est pourquoi le poids de son cerveau l'oblige à percher... la tête en bas. Rien d'étonnant qu'elle constitue elle-même une nourriture d’immortalité. En outre les fortifications dont il s'agit et l'obtention consécutive de la longévité sont souvent liées à des pratiques érotiques : la chauve-souris sert à la préparation des drogues aphrodisiaques, vertu que Pline reconnaissait, quant à lui, au sang de l'animal.

Chez les Maya, la chauve-souris est l'une des divinités incarnant les forces souterraines. Dans le Popol Vuh, la maison de la chauve-souris est l'une des régions souterraines qu'il faut traverser pour atteindre le pays de la mort. La chauve-souris est le maître du feu. Elle est destructrice de vie, dévoreuse de lumière, et apparaît donc comme un substitut des grandes divinités chtoniennes, le Jaguar et le Crocodile. Elle est également divinité de la mort chez les Mexicains, qui l'associent au point cardinal Nord et la représentent souvent combinée avec une mâchoire ouverte, parfois remplacée par un couteau sacrificiel. Même fonction, semble-t-il, chez les Indiens Tupi-Guarani du Brésil : pour les Tupinambas, la fin du monde sera précédée de la disparition du soleil dévoré par une chauve-souris. Les Maya en font un emblème de la mort et la nomment celui qui arrache les têtes ; ils la représentent avec des yeux de mort.

Pour les Indiens Zuni (Pueblo), les chauves-souris sont les annonciatrices de la pluie. Dans un mythe des Indiens Chami, apparentés au groupe Choko (versant Pacifique de la cordillère des Andes colombiennes), le héros mythique Aribada tue la chauve-souris Inka (le vampire), pour s'emparer de son pouvoir d'endormir ses victimes. On dit en effet que le vampire, lorsqu'il veut mordre un homme endormi, généralement entre les orteils, pour lui sucer le sang sans l'éveiller bat constamment des ailes. Aribada, s'étant emparé de ce pouvoir, s'introduit la nuit auprès des femmes endormies et agite deux mouchoirs l'un blanc, l'autre rouge, pour abuser d'elles à leur insu. Ceci est à rapprocher des pouvoirs érotico-libidineux déjà reconnus à la chauve-souris par Pline.

En Afrique, d'après une tradition peule d’initiation, la chauve-souri revêt une double signification. Au sens positif, elle est l'image de la perspicacité : être qui voit même dans l'obscurité, quand tout le monde est plongé dans la nuit. Au sens négatif, elle est la figure de l'ennemi de la lumière, de l'extravagant qui fait tout à rebours et qui voit tout à l'envers comme un homme pendu par les pieds. Ses grandes oreilles, en diurne : emblème d'une ouïe développée pour tout capter ; en nocturne : excroissances hideuses. Souris volante, en nocturne : aveuglement aux vérités le plus lumineuses et entassement par grappes des puanteurs et laideurs morales ; en diurne : image d'une certaine unité des êtres, leurs limites s'effaçant dans l'hybride grâce à des alliances.

Dans l'iconographie de la Renaissance, illustrant de vieilles légendes, la chauve-souris, seul être volant qui possède des mamelles, symbolisait la femme féconde. On la voyait auprès d'Artémis, la déesse aux nombreuses mamelles qui, bien qu'elle fût vierge ou plutôt en raison de cette qualité, protégeait la naissance et la croissance.

Dans les traditions alchimistes l'ambiguïté de cette nature hybride, la souris-oiseau, explique l'ambivalence de ses symboles : la chauve-souris représente l'androgyne, le dragon ailé, les démons. Ses ailes seraient celles des habitants de l'enfer. Une riche iconographie illustre ces interprétations.

Elle est également, dans certaines œuvres d'art d'inspiration germanique, l'attribut de l'envie, car comme la chauve-souris ne vole qu'à la nuit tombante, l'envie travaille dans l'ombre et ne se montre pas en plein jour ; ou encore la propriété de la chauve-souris, c'est que la lumière l'aveugle, comme les gens envieux et haineux ne peuvent supporter le regard des autres personnages.

La chauve-souris symbolise encore l'être définitivement arrêté à une phase de son évolution ascendante : il n'est plus le degré inférieur, pas encore le degré supérieur ; oiseau manqué, il est bien, comme disait Buffon, un être monstre. A l'inverse de l'oiseau bleu qui, même la nuit, reste un animal céleste, quelque chose de sombre et de lourd, note G. Bachelard, s'accumulera autour des oiseaux de la nuit. Ainsi, pour beaucoup d'imaginations, la chauve-souris est la réalisation d'un mauvais vol (une espèce de voltigement incertain, dit Buffon), d'un vol muet, d'un vol noir, d'un vol bas, anti-trilogie de la trilogie shelleyenne du sonore, du diaphane, et du léger. Condamnée à battre des ailes, elle en connaît pas le repos dynamique du vol plané. En effet, dit Jules Michelet (L'Oiseau) on voit que la nature cherche l'aile et ne trouve encore qu'une membrane velue, hideuse, qui toutefois en fait déjà la fonction.... Mais l'aile ne fait pas l'oiseau. La chauve-souris est, dans la cosmologie ailée de Victor Hugo, l'être maudit qui personnifie l'athéisme. La chauve-souris symboliserait à cet égard un être dont l'évolution spirituelle aurait été entravée, un raté de l'esprit."

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Selon Ted Andrews, auteur de Le Langage secret des animaux, Pouvoirs magiques et spirituels des créatures des plus petites aux plus grandes (Édition originale, 1993 ; traduction française, Éditions Dervy, 2017), la Chauve-souris répond aux caractéristiques suivantes :


Points clés : Transition et initiation.

Cycle de puissance : Nuit.


La chauve-souris (ou chiroptère) est un des mammifères les plus incompris. Ses représentations modernes au cinéma et à la télévision lui ont conféré une réputation sinistre, mais elle joue un rôle important dans la nature et comme symbole dans les traditions totémiques. Si les croyances modernes la rangent dans les cohortes du diable avec ses ailes rappelant celles d'un dragon, dans des temps plus anciens, elle était un puissant symbole.

A Babylone, les chauves-souris représentaient les âmes des morts. En Chine, elles étaient des symboles de bonheur et de longue vie. Pour les anciens Mayas, elles symbolisaient l'initiation et la renaissance. Et pour les hommes du Moyen Âge, elles étaient des dragons miniatures.

Des traditions méso-américaines primitives est issu d'un ouvrage sacré sur le processus initiatique dans lequel els chauves-souris occupent un rôle significatif. Ce livre s'appelle le Popol Vuh Il fut découvert par le père dominicain Francesco Ximenez au tout début du XVIIIe siècle. Le second livre du Popol Vuh décrit les sept épreuves que des frères jumeaux doivent subir. La septième les emmène dans la maison des chauves-souris. D'énormes chiroptères volent dans le labyrinthe dont le seigneur est Camazotz, le dieu des chauves-souris. Cet être avait le corps d'un humain et la tête et les ailes d'une chauve-souris. Avec sa grande épée, il décapitait les guerriers imprudents (Note : Manly P. Hall, The Secret Teachings of All Ages).

Cette histoire et cette imagerie puissamment symboliques déclinent le processus de transition - en partie humain et en partie chauve-souris (animal). Cela implique une perte des facultés de l'individu si l'on ne prend garde aux changements. Mais il y a aussi, sous-jacente, la promesse d'une renaissance et d'une sortie des ténèbres.

Les auteurs Jamie Sams et David Carson disent de la chauve-souris qu'elle reflète la mort du chamane traditionnel - la décomposition de l'ancien soi au gré d'épreuves intenses. C'est une confrontation à ses plus grandes peurs - il est temps de mourir à certains aspects de sa vie qui ne sont plus souhaitables pour soi.