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Le Roseau


Étymologie :

  • ROSEAU, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. xiie s. bot. (Gloss. Tours, 328 ds T.-L.) ; 2. déb. du xiiie s. fig., symbole de la faiblesse, de la vulnérabilité de l'homme (Maurice de Sully, Sermons, éd. C. A. Robson, p. 172) ; 3. 1701 archit. (Fur.). Dér. de l'a. fr. ros « roseau » (fin du xe s. raus, Passion, éd. d'Arco Silvio Avalle, 246 ; ca 1140 ros, Geffrei Gaimar, Hist. des Anglais, 5502 ds T.-L.), lui-même issu d'un a. b. frq. *rausa (germ. occ. *rauza, cf. l'a. h. all. rōr, all. Rohr « id. »). Ros, rosa sont att. au ixe s. ds les Gl. de Reichenau (éd. H. W. Klein et A. Labhardt, t. 1, 2007, 40a, 73a, 235a), rauso, rausus dans d'autres gloss. des viiie-xe s. (ibid., t. 2, p. 151), pour gloser les lat. arundo et calamus « roseau ». Voir M. Raupach, Die Reichenauer Glossen, t. 2, pp. 110-113, 151-152, 181-183 ; Guinet, pp. 147-148.


Lire aussi la définition pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Typha latifolia ; Canne-de-jonc ; Chandelle ; Herbe à rubans ; Lambôurdeau ; Masse à bedeau ; Masse d'eau ; Massette à larges feuilles ; Queue de renard ; Quenouille ; Roseau de la Passion ; Roseau des étangs.

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Botanique :


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Utilisations traditionnelles :


Marie-Joseph Dubois, dans un article intitulé "Ethnobotanique de Maré, Iles Loyauté (Nouvelle Calédonie) (Fin) . (In : Journal d'agriculture tropicale et de botanique appliquée, vol. 18, n°9-10, Septembre-octobre 1971. pp. 310-371) rend compte de l'usage des roseaux :


Miscanthus japonicus And., Graminée = show, le roseau qui pousse dans le Hnahnerec. Wa-show(e) = pied de roseau ; guashow(e) = morceau de roseau coupé pour être lancé thawashow(e) ; hna-ci-arebi-washow(e) = endroit, butte, servant de tremplin où on fait rebondir le roseau ; ye-show(e) = roseau sur pied ; gu-show(e) = morceau de roseau coupé. Ce vocabulaire est dû à un jeu d'enfant consistant à lancer un morceau de roseau au moyen d'un propulseur, waced, de façon à lui faire frapper le tremplin pour qu'il rebondisse le plus loin possible. Selon la tradition, c'est le « petit Garçon de Dranin » qui a fait pousser les touffes de roseau dans la plaine ; il a joué à ce jeu de roseau en partant de Theico, près de Hnaenedr (theico = arracher). En rebondissant, son roseau a fait le passage Guowel, au sommet du sentier de Hnaenedr à Pakad(a), puis l'isthme de Rekabeco, et il s'est planté à Toka, où pousse une touffe. C'est avec un gu-show que les Lifous tuèrent le « Petit Garçon de Dranin ». Le rouge de la section de ce roseau est le sang de Waica, cf. eruma = Macaranga Vedeliana. — Dans le mot show(e), il y a le sémantème sho, shoe = « bondir », « s'élancer », sémantème qui fait de nombreux mots composés, en particulier showe-c, gu-show-c, le bâton de 60 cm de long qu'on jette la nuit sur les roussettes. Ce gu-showec n'est pas fait en washow(e), projectile trop léger pour cet usage. — Les forts spécimens servaient à faire des flûtes : 1) thel, thela, de 30 cm de long, creusée dans un gu-show, et bouchée à l'extrémité inférieure par un nœud de la plante ; l'autre bout était ouvert et servait à souffler. Au milieu de la tige deux trous qu'on bouchait et débouchait alternativement indéfiniment. Thel se tenait dans la bouche comme une pipe. « Jouer de la flûte » = uti thel. 2) wekon, en roseau, plus longue que thel, 40 à 50 cm. Une extrémité était bouchée par un nœud et portait un trou latéral par où on soufflait par la bouche. L'autre extrémité était ouverte. On la bouchait et débouchait alternativement du doigt. Wekon ne faisait qu'un son. C'est la flûte de deux femmes yaacr Hnameleon et Hnaxelen à Pakad(a) par laquelle elles attirèrent Wabudina, yaac de l'Ile des Pins. Jouer de la wekon = uti wekon.

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Symbolisme :


Louise Cortambert et Louis-Aimé. Martin, auteurs de Le langage des fleurs. (Société belge de librairie, 1842) évoquent rapidement le symbolisme du roseau plumeux :


ROSEAU PLUMEAU - INDISCRÉTION

.Le roi Midas, ayant préféré le chant du satyre Marsyas à celui d'Apollon, ce dieu lui fit croître des oreilles d'âne ; le barbier du roi vit ces oreilles, et, ne pouvant garder le secret, il enterra au pied d'une touffe de roseaux plumeux. Ces roseaux, agités par le vent, murmuraient sans cesse : Le roi Midas a des oreilles d'âne.


ROSEAUX - MUSIQUE.

Pan, qui aimait la belle Syrinx, la poursuivit un jour sur les bords du fleuve Ladon en Arcadie ; la nymphe implora le secours de ce fleuve, qui la reçut dans ses ondes et la métamorphosa en Roseaux. Pan coupa plusieurs tiges de ces roseaux de différentes grandeurs, et en fit, dit- on, la première flûte des bergers.

 

Dans Les Fleurs naturelles : traité sur l'art de composer les couronnes, les parures, les bouquets, etc., de tous genres pour bals et soirées suivi du langage des fleurs (Auto-édition, Paris, 1847) Jules Lachaume établit les correspondances entre les fleurs et les sentiments humains :


Roseau plumeux - Indiscrétion.

La fable raconte que le roi Midas, ayant préféré le chant du satyre Marsias à celui d’Apollon, ce dieu lui lit croître des oreilles d’âne. Le barbier du roi, ayant aperçu les oreilles et n’en pouvant garder le secret, alla l’enterrer au pied d’une touffe de roseaux plumeux. Ces roseaux, quand ils étaient agités par le vent, murmuraient sans cesse cette indiscrétion : Le roi Midas a des oreilles d'âne.


Roseaux - Musique. Cette plante servit à faire les premiers instruments à vent.

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Dans son Traité du langage symbolique, emblématique et religieux des Fleurs (Paris, 1855), l'abbé Casimir Magnat propose une version catholique des équivalences symboliques entre plantes et sentiments :


ROSEAU - INDISCRÉTION.

Ne méritez pas le nom d'indiscret et ne soyez pas surpris dans vos paroles et confondu : car la confusion et le remords s'attachent au voleur et la honte à l'indiscret.

Ecclésiastes : V, 16, 17.

Le satyre Marsias osa un jour défier Apollon à qui chanterait le mieux. Ils choisirent pour juge Midas, roi de Phrygie, et fils de Gordius, homme de mauvais goût, qui adjugea le prix à Marsias. Le dieu de la poésie, outré de la stupidité de ce jugement, fit pousser à Midas des oreilles d'âne que celui-ci s'efforça de cacher sous un ample bon net. Son barbier s'en aperçut en le rasant, mais il n'osa le dire à personne dans la crainte d'un sévère châtiment. Indiscret comme un barbier, ce secret l'étouffait ; pour s'en débarrasser, il creusa un trou dans la terre, le lui confia, le recouvrit et s'en fut, bien sûr, croyait6il, que la terre ne commettrait point d'indiscrétion. Or il arriva qu'il crût à cette place une touffe de roseaux, et chaque fois que le vent se jouait dans leur feuillage, ils faisaient entendre ces mots : Le roi Midas a des oreilles d'âne.

RÉFLEXION.

Qui retrancherait les péchés de la langue, ôterait du monde la troisième partie des péchés.

(ESPRIT DE SAINT FRANÇOIS DE SALES.)

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Selon Pierre Zaccone, auteur de Nouveau langage des fleurs avec la nomenclature des sentiments dont chaque fleur est le symbole et leur emploi pour l'expression des pensées (Éditeur L. Hachette, 1856) :


ROSEAU AQUATIQUE - INDISCRÉTION MUSIQUE.

C'est avec le roseau que le dieu Pan forma sa première flûte (Flûte de Pan). « Le satyre Marsias osa un jour défier Apollon à qui chanterait le mieux . Ils choisirent pour juge Midas, roi de Phrygie et fils de Gordius, homme de mauvais goût qui accorda le prix à Marsias. Le dieu de la poésie, outré de la stupidité de ce jugement, fit pousser à Midas des oreilles d'âne, que celui-ci s'efforça de cacher sous un ample bonnet. Son barbier s'en aperçut en le rasant, mais il n'osa le dire à personne dans la crainte d'un sévère châliment. Indiscret comme un barbier, ce secret l'étouffait : pour s'en débarrasser, il creusa un trou dans la terre, le lui confia, le recouvrit et s'en fut, bien sûr, croyait-il, que la terre ne commettrait point d'indiscrétion. Or il arriva qu'il crût à cette place une touffe de roseaux, et chaque fois que le vent se jouait dans leur feuillage ils faisaient entendre ces mots : « Le roi Midas a des oreilles d'âne. »

(MAD. LENEVEUX.)

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Emma Faucon, dans Le Langage des fleurs (Théodore Lefèvre Éditeur, 1860) s'inspire de ses prédécesseurs pour proposer le symbolisme des plantes qu'elle étudie :


Roseau à massue - Musique.

La nymphe Syrinx s'amusait à cueillir des fleurs sur les bords du fleuve Ladon. Tout entière à cette agréable occupation, elle n'avait pas pris garde à la venue du dieu Pan. En l'apercevant elle se mit à fuir, mais le dieu courait mieux qu'elle, et Syrinx allait tomber au pouvoir du satire quand elle implora les nayades ses sœurs, qui la changèrent en roseau. Le dieu, déçu de son espérance, coupa plusieurs de ces roseaux d'inégales grandeurs et en fit l'instrument de musique connu sous le nom de flûte de Pan.


Pour fuir le dieu des bois, plongée au fond des eaux

Syrinx fut transformée en d’utiles roseaux. GRESSET.


D'où nait cette rigueur extrême ?

Pourquoi refusez-vous d'écouter mes serments ?

Je suis laid ; mais, hélas! est-on laid quand on aime ?

La beauté véritable est dans les sentiments. DEMOUSTIER.


Roseaux plumeux — Indiscrétion.

Les dieux des anciens n'étaient pas toujours bons et sur tout ils avaient un excessif amour- propre . Midas, roi de Phrygie, éprouva la colère d'Apollon pour avoir eu la franchise de trouver le chant de Marsyas plus beau que celui du dieu de la poésie . Irrité de ce jugement, Apollon fit venir des oreilles d'âne au pauvre Midas. Le secret de cette infirmité fut longtemps gardé , car le barbier du roi craignait le juste ressentiment de son maître ; mais enfin cet homme ne pouvant plus résister à l'envie de parler, fit un trou dans la terre , se mit à genoux et dit bien bas , bien bas : Le roi Midas a des oreilles d'âne. Ensuite il recouvrit avec soin le trou, et s'en alla très satisfait, persuadé que son secret était en foui dans les entrailles de la terre ; mais Apollon fit pousser des roseaux en cet endroit et quand le vent les agitait . ils répétaient : Le roi Midas a des oreilles d'âne. Le barbier fut mis à mort pour son indiscrétion

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Jacques Brosse dans La Magie des plantes (Éditions Hachette, 1979) consacre dans sa "Flore magique" un article au Roseau :


Nous ne savons que trop bien, depuis l'école, qu'il est le symbole de la fragilité, mais aussi que, s'il plie, il ne rompt pas. Ce cliché, qui nous vient de La Fontaine et de Pascal, dissimule le rôle bien plus important que le roseau a joué pour 'l'homme et dont les Grecs, eux, se souvenaient fort bien : il est à l'origine même de la musique.

Syrinx, le roseau, était d'abord une nymphe mais, poursuivie par le luxurieux et insatiable Pan, le dieu sylvestre aux pieds de bouc, elle ne vit d'autre issue que d'implorer son père, le dieu-fleuve arcadien Ladon, de la métamorphoser en roseau. Sa prière fut aussi tôt exaucée. Et il ne resta plus à Pan, mortifié et déçu, qu'à confectionner avec sa tige la première flûte du monde, grâce à laquelle il put exhaler ses plaintes. Depuis lors, on appelle flûte de Pan l'instrument composé de l'assemblage de plusieurs roseaux d'inégale longueur. Les satyres qui formaient le cortège de Pan l'accompagnèrent au son de la flûte. Un jour, du roseau devenu chalumeau - du latin, calamus « roseau », qui rappelle que le roseau sert aussi à écrire -, ils communiquèrent aux hommes la connaissance. Et c'est ainsi que ces derniers apprirent des satyres la musique, d'abord imitation du chant des oiseaux, du souffle du vent, du bruissement des sources.

Le chalumeau ou pipeau - le mot vient de piper qui, au sens premier, veut dire pépier, glousser - demeura longtemps le seul instrument de musique jusqu'au jour où l'astucieux Hermès - qui n'était encore que le dieu des bergers -, ayant trouvé sous ses pas une tortue, imagina d'en évider la carapace, de tendre sur elle une peau de bœuf, enfin de disposer sur un chevalet sept cordes faites de boyaux de brebis, desquels il tira des sons harmonieux. Ainsi fut créée la lyre, c'est-à-dire le premier instrument à cordes et à caisse de résonance. Notons ici qu'alors que la flûte est simple, d'origine végétale, et utilise directement le souffle sorti de l'homme, la lyre est complexe, faire de matériaux empruntés au règne animal et produit elle-même le son, puisqu'il suffit de faire vibrer ses cordes. Ayant fait cette trouvaille, Hermès l'offrit à Apollon, afin de mettre fin à leur brouille. Orgueilleux comme tous les dieux, le céleste Apollon, devenu virtuose, s'offensa de la concurrence que lui faisait la flûte de Pan, modeste divinité terrienne, lequel, sous la forme humaine de Marsyas, commit l'imprudence de le défier. On nomma pour trancher le débat un jury où figuraient neuf chanteuses divines, les muses, mais aussi un mortel, Midas, roi de Phrygie. Seul le représentant des hommes se prononça pour Marsyas et Apollon fut proclamé vainqueur. Sa vengeance fut terrible : il écorcha Marsyas tout vif et dota Midas d'une paire d'oreilles d'âne.

Ce qu'on nous laisse ainsi entendre, c'est que les hommes, malgré les dieux, demeuraient fidèles à la flûte rustique. On sait d'ailleurs ce qu'ils en firent puisque de la flûte devait naitre toute la série des instruments « à vent » - c'est-à-dire à souffle - jusqu'à l'orgue y compris, qui n'est jamais au départ qu'un assemblage de flûtes.

Jusqu'à nos jours, le roseau originel est, sous diverses formes, resté le médium au moyen duquel s'exprime directement l'âme humaine, avec ses espérances et ses nostalgies. Son utilisation est universelle : l'aulos des Grecs et la quéna des montagnards du Pérou n'offre, somme toute, guère de différence. Écho de la musique céleste, de la voix des anges, la flûte fut de tout temps l'instrument par excellence des mystiques et particulièrement des Soufis musulmans, chez qui la flûte de roseau, le ney, symbolise aujourd'hui encore l'âme séparée de sa source divine et qui aspire à y retourner. Quant à son pouvoir magique, il est attesté par de nombreuses légendes dont la plus belle est peut-être celle de Hans, le joueur de flûte, conduisant vers la montagne les enfants fascinés de ses solliciteurs ingrats et les entraînant dans la caverne d'où ils ne reviendront plus, c'est-à-dire leur faisant retrouver l'état édénique primordial.

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Dans le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, on peut lire que :


"Le roseau est pris communément comme symbole de fragilité, mais aussi de flexibilité. C'est celui de La Fontaine, et aussi le roseau pensant de Pascal.

Le symbolisme extrême-oriental de cette plante se manifeste de deux manières distinctes. Dans la mythologie du Shintô, la pousse de roseau issue des eaux primordiales représente la manifestation, l'équivalent du lotus ; le Japon mythique est une plaine de roseaux. Le roseau est d'autre part doté de pouvoirs purificateurs et protecteurs. C'est à l'aide de roseaux qu'Izanagi se purifia au retour du pays des morts ; c'est par la fumée de roseaux que Yi-yin fut purifié avant de devenir ministre. C'est avec des cordes de roseaux que les génies des portes maîtrisent les esprits malfaisants. Dans certaines cérémonies du Shintô, on se purifie en traversant le chî-no-wa qui est un cercle de roseaux. L'accès à certaines loges de sociétés secrètes chinoises se fait en passant sous des arcs de roseaux flanqués de gardiens. Le tapis de roseaux blancs est d'usage rituel.

Le roseau (vetasa) est parfois considéré en Inde comme une image de l'Axe du monde, ce qu'on ne peut manquer de rapprocher du roseau axial issu des eaux primordiales nippones.

Dans la légende du roi Midas, un roseau pousse dans le trou creusé par le coiffeur du roi pour y crier sa confidence : le roi Midas à des oreilles d'âne. Ce roseau serait, selon Paul Diel, un des symboles de la banalisation qui résulte de la sottise de désirs excessifs. Dans ce contexte légendaire, le roseau figure le penchant de l'âme pervertie qui se plie à tous les vents, se courbe à tous les courants d'opinion.

Le roseau arraché à la terre devient la flûte sacrée des Mevlevi ou Derviches tourneurs - le Ney - principal instrument de leurs concerts spirituels qui selon les paroles de Mevlana Jalad-ed-Din Rûmi, fondateur de l'ordre, chante les douleurs de la séparation. La flûte de roseau symbolise ici le mystique, arraché à Dieu, qui manifeste par ses sanglots, son chant, son aspiration à le retrouver dans la vie éternelle.

Ce symbole de l'âme ardente qui s'exprime, pleure et chante, se retrouve dans le folklore et les superstitions de certains peuples d'Europe orientale et d'Asie. Ainsi les Ukrainiens, les Biélorusses et même les Lituaniens disent que le roseau poussé au-dessus du corps d'un noyé accuse l'assassin, si l'on en fait une flûte. Le roseau est une voix.

Les années du calendrier aztèque sont placées sous quatre signes, dont celui du roseau. Le roseau (vert) est associé à l'Est, pays du Renouveau. Il constituait pour les anciens Mexicains, un symbole de fertilité, d'abondance, de richesse."

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Roselière du Bout du Lac (Doussard)

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Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), la Massette à larges feuilles (Typha latifolia) a les caractéristiques suivantes :


Genre : Masculin

Planète : Mars

Élément : Feu

Pouvoirs : Désir sexuel


Une femme songe à avoir la plus belle toilette. Elle dit à son mari : « Vends ton cheval et ta vache, et achète-moi un vêtement comme en portent les dames de Saint-Pétersbourg. »

Le malheureux, bien malgré lui, vend ses bêtes pour faire plaisir à sa femme qu'il n'a pas envie de voir bouder, car elle sait très bien le punir en étant maussade, acariâtre. Elle met le beau sarafane (sorte de tunique), prend un grand roseau et en fabrique un pipeau. Pendant tout l'été, elle amuse sa chèvre et la fait danser au son du pipeau. L'hiver arrive ; le mari manque de bois. « Que devons-nous faire, mon amie ? » demande-t-il. « Tu as joué du pipeau tout l'été, je n'ai pas de bois pour l'hiver. Ote ton kaftan de tous les jours, ma mie, mets ton beau sarafane dont tu es si fière et, pour rattraper le temps perdu par ta faute, je t'attellerai au traîneau. Tu vas me servir de cheval pour rentrer ma provision de bois. »

Il va couper un roseau encore plus grand et plus fort que celui qu'elle avait pris pour s'en faire un pipeau, et il en fabrique un fouet. Il attelle sa femme, il la fait marcher avec le fouet : « Allons ! Pressons ! Il fait froid dehors. Je n'ai pas envie de me geler jusqu'à la nuit... Dépêchons ! Traîne-moi bien vite. Ah ! je suis moins bête, maintenant. »

La femme pousse des cris désespérés. « Reprends ton sarafane et délivre-moi, par pitié ! Revends ce costume. Rachète un cheval et une vache mais, pour l'amour du Christ, ne m'attelle plus ! »


Utilisation rituelle : Le dieu mexicain qui fait pousser les joncs et les roseaux s'appelait Napatecutli ; on lui sacrifiait des victimes humaines. Les futurs sacrifiés, vêtus à l'instar du dieu, allaient parmi la foule, un roseau-quenouille à la main. La Massette se comportait comme la baguette des sourciers, révélant immanquablement les femmes adultères.


Utilisation magique : La « quenoulle » - ou « manchon » - du grand roseau Massette est constitué de deux épis superposés, cylindriques, d'une belle teinte marron velouté. Le manchon inférieur, plus renflé, plus lisse, est femelle. Le manchon supérieur, effilé, velu, le prolonge et semble se dresser agressivement : il est mâle.

Les femmes frigides, et malheureuses de l'être, doivent boire beaucoup d'infusions faites uniquement avec la quenouille femelle du roseau.

Les femmes hypersexuées, et à qui leur tempérament pose certains problèmes dans la vie de tous les jours, doivent boire beaucoup d'infusions faites uniquement avec le « pénis mâle » qui se dresse au-dessus du manchon.

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Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


Consacré par les Grecs à Pan, dieu de la Fécondité, le roseau passait à Rome pour une plante magique ; Caton recommandait par ailleurs d'appliquer un roseau sur une blessure.

Le roseau, qui jouait dans la mythologie le rôle de bâton magique, représente parfois en Inde l'Axe du monde. Dans le shintoïsme "la pousse de roseau issue des eaux primordiales représente la manifestation, l'équivalent du lotus ; le Japon mythique est une plaine de roseaux". A son retour du royaume des morts, Izanzagi, génie céleste et créateur des îles japonaises, se purifia à l'aide de roseaux ; le ministre Yi-yin fi de même avant de prendre ses fonctions.

L'usage irlandais d'allumer douze roseaux autour du lit d'un agonisant se justifiait également par le pouvoir de purification attribué à ce végétal (et également par la nécessité de composer un bouclier de feu pour que le diable n'enlevât pas l'âme).

Le roseau qui se plie mais ne rompt pas symbolisait dans l'ancien Mexique la fertilité, l'abondance et la richesse, tandis qu'un des quatre signes des années du calendrier aztèque, "le roseau (vert) est associé à l'Est, pays du Renouveau". Les Hindous buvaient des infusions de roseau pour retrouver leur virilité.

Selon une légende hongroise, toutes les feuilles de roseau portent l'empreinte des dents de l'âne chevauché par Jésus en route pour Jérusalem. Pris de fringale, l'animal avait happé une feuille, mais, pressé par son cavalier, il dut y renoncer. En Belgique, c'est la marque de Jésus lui-même que la plante porte : lors de la flagellation, il tenait en main un roseau dans lequel il mordit tant il souffrait.

Réputé tuer les serpents par son contact, le roseau vient également à bout d'une entorse : portez-en deux entrelacés autour du cou (Berry). Les Anglais croient que planter un roseau près d'une maison y amène la mort.

En Provence, on dit :

Canne qui fleurit et porte plumes,

Gros froids vous aurez.

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Selon Michel Aufray, auteur d'un article intitulé « Note sur les messages de végétaux : quelques exemples océaniens », (Journal de la Société des Océanistes [En ligne], pp. 114-115 | Année 2002) :


La réalité langagière d’une culture ne concerne pas seulement la communication linguistique ; elle recouvre aussi les modes de communication non verbaux, ceux-ci pouvant utiliser divers supports : langage du corps, objets, marques, icônes et signes. Leur existence dans les sociétés océaniennes a souvent été signalée mais, généralement, ces systèmes d’information n’ont suscité qu’un simple intérêt documentaire. Ils mériteraient à notre avis d’être inventoriés et étudiés car ils participent aux échanges sociaux au sein d’une communauté.

Les messages de végétaux, en particulier, tiennent un rôle non négligeable. À la différence de la communication verbale, ils permettent de transmettre une information sans limitation de temps et d’espace. [...]


Les marques de souvenir, de serment, de propriété ou d’interdit [...]


Les plantes nouées mais non déracinées, souvent attachées à une perche, signalent généralement des interdits : lieu de pêche réservé, jardin à ne pas traverser, nourriture à ne pas consommer, etc. Au Vanuatu, sur l’île Anecom, l’extrémité d’un roseau est nouée pour signifier aux femmes et aux enfants qu’ils doivent s’éloigner de la place où les hommes boivent le kava.

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Symbolisme onirique :


Selon Georges Romey, auteur du Dictionnaire de la Symbolique, le vocabulaire fondamental des rêves, Tome 1 : couleurs, minéraux, métaux, végétaux, animaux (Albin Michel, 1995),


"Qui traduira de façon convaincante le bruissement plaintif du vent dans les roseaux ? Qui décidera de ce qui domine, de l'image du roseau dressé, brandissant son manchon dans une sorte de provocation phallique, de la flexibilité des longues feuilles en lanières soumises aux caprices du vent ou de la plainte murmurée que celui-là leur arrache ? Le roseau jette le plus souvent une note triste, une nuance désabusée, sur la scène onirique dans laquelle il s'inscrit.

Le roseau du rêve n'est pas de ces images dont l'ambition est de jouer un rôle qui les mette en vue tout au long d'un scénario. Il apparaît le plus souvent sous la forme d'une évocation brève qui rappelle les indications d'auteur destinées à situer le cadre dans lequel placer l'action : « Un marécage, des roseaux... le bruit du vent... » En dépit de cette discrétion, peut-être même grâce à elle, les corrélations dessinent autour du roseau un ensemble de repères qui permettra de diriger l'interprétation dans des conditions satisfaisantes. Dans l'ordre croissant de validation statistique, quatre symboles ou groupes de symboles sont associés au roseau.

L'arbre, la flexibilité et le vent accompagnent la plante aquatique dans 40% des situations oniriques. Il n'est pas difficile de déduire que cette constellation expose les thèmes antagonistes du permanent et de l'évolutif. La résonance avec la fable de La Fontaine est manifeste. Il serait simple et probablement pertinent de développer tout ce qu'il peut y avoir derrière les images comparées de la résistance rigide et finalement vaincue et de la flexibilité passive, définitivement triomphante. Pour s'être engagé dans cette voie honorable, le traducteur perdrait cependant toute chance de découvrir l'essentiel. Un sens juste peut cacher un sens profond. Le chêne et le roseau ont des révélations à faire, qui seront entendues lorsque auront été identifiées les autres associations.

La deuxième corrélation importante, qui s'affirme dans 50% des rêves étudiés, concerne la figure circulaire, la roue, le cylindre,. La tige du roseau prend là cette valeur axiale que lui reconnaissent les mythes asiatiques. Une approche freudienne préférera voir, dans ce rapprochement de la hampe et du cercle, la complémentarité de représentations phallique et vaginale. Les productions oniriques susceptibles d'accréditer cette interprétation ne manquent pas. L'association du roseau et du cercle trouverait encore une explication - suffisante - dans la propension naturelle de la dynamique de l'imaginaire à s'accomplir dans ce mouvement circulaire, dans la spirale du devenir. Ce qu'il conviendrait de retenir, dans cette perspective, serait simplement le passage du rectiligne à l'incurvé, eux-mêmes expressifs de la référence et de la mouvance.

La troisième association dont s'entoure le roseau concerne les images de l'eau. S'agissant d'un végétal des zones subaquatiques, on ne sera pas étonné d'apprendre que les deux symboles apparaissent ensemble dans 75% des scénarios soumis à l'étude. Mais il n'était pas prévisible que dans la moitié de ceux-là, les visions seraient celles d'eaux boueuses, d'étendues marécageuses, dans lesquelles s'enfoncent les pieds du rêveur ou de la rêveuse, durant de longues marches épuisantes.

Cette observation conduit à désigner sans plus de détours l'associé principal du roseau : le pied ! Le pied et son équivalent végétal, la racine, apparaissent dans 85% des rêves, à proximité du roseau. Les marches dans la boue des marécages, des bords d'un étang, des rizières, sont toujours des marches sans fin, où chaque pas coûte un effort trop grand pour un pied trop lourd, englué. Lorsque le rêve propose une scène qu'il place dans un décor de roseaux, c'est toujours pour exprimer une souffrance, un mal de vivre.

Le marécage, la racine et le pied, près du roseau, se font complices d'une opposition au verbe arracher. Le langage offre une évolution récente qui tend à substituer au verbe "s'en aller" la forme "s'arracher". Toute la pesanteur de psychologies par avance lassées des efforts proposés par la vie s'entend dans ce seul mot ! Cette dérive verbale semble inspirée par un souffle onirique venu des roseaux. Une âme allègre arpente la vie d'un pas léger. Un pas pesant est lourd d'une vie qu'on traîne.

Sous cet éclairage, on devine que la symbolique trop apparente du chêne orgueilleux que la tempête abat et du roseau que sa flexibilité sauve de la bourrasque, dissimule des valeurs oniriques plus profondes, plus intimes.


"Et fait si bien qu'il déracine

Celui dont la tête au ciel était voisine

Et dont les pieds touchaient à l'empire des morts..."


L'intuition du poète dépasse l'intention du moraliste. Un vent qui déracine met à nu ce qui fait du chêne le prototype de tous les arbres... généalogiques ! Nous reviendrons sur cet axe majeur de la traduction du roseau rêvé. Nous souhaitons, au préalable établir à travers un exemple très particulier la fatalité du rapprochement du roseau et du pied, de la plante aquatique et de l marche impossible. Il s'agit d'une séquence extraite du cinquième scénario de la cure de Lydia. Il faudrait déployer de gros efforts d'analyse pour relier ce passage d'un rêve par ailleurs assez clair à quelque aspect de la problématique de la rêveuse. Ces visions nous paraissent provoquées par une circonstance ponctuelle, exceptionnelle, que nous porterons plus loin à la connaissance du lecteur :

« ... Là... j'ai vu une gerbe d'épis d'or... maintenant c'est une grande étendue de désert... de terre sèche... y a des Touaregs, des chameaux... on se croise... c'est de la boue sèche par terre... tout le monde est pieds nus... il y aura pour des jours et des jours de marche... et il y aura des marécages aussi... oui... de l'eau.... des roseaux... et puis, toujours ces petites montagnes là-bas, dorées, avec un grand soleil au-dessus, un soleil très rond, avec des rayons bien dessinés... là-haut, il fera très chaud !... Je suis toujours dans les marécages... il y a des buffles, des mouches, des roseaux... je vois très bien les épis des roseaux... j'enfonce dans la boue... il faut traverser ça... c'est ardu !... Il y a des chiffres sur la tête des gens... c'est peut-être une rizière ? Un monde de travail, un peu gluant... je n'en finis pas... un panier à la main... il faut que je dure longtemps avec ce peu de nourriture... ça n'a pas d'importance ! Je vais bientôt me désengluer... [...] Là, je vois des feuilles de maïs, sculptées dans la pierre... et puis, un épis réel, qui vient se plaquer contre la pierre... je pose le pied dessus... »

Tous les maillons de la chaîne dans laquelle s'insère le roseau se retrouvent dans cet extrait : le pied, l'épi, la boue, le marécage, la rizière, la marche engluée, le cercle. Cette séance a été faire au domicile de la rêveuse, alitée après un accident dans lequel ses deux pieds avaient subis de graves brûlures. Ostensiblement influencé par ces pieds suspendus à une potence, entourés de bandages, l'imaginaire produit spontanément l'image des roseaux et de la marche engluée ans le marécage ! Ce déclenchement d'une chaîne symbolique par des données circonstancielles objectives confirme les associations habituellement inspirées par la nature de la problématique.

Le dixième scénario d'Anne propose des images similaires, provoquées, cette fois, par le jeu de la dynamique d'évolution. A l'époque où elle fit ce rêve, la jeune fille épuisait ses énergies dans un engagement syndical vis-à-vis duquel sa conviction s'était largement émoussée. A u début de la séance apparaissent des scènes de compétition exacerbée, puis la rêveuse rencontre un vieux sage au regard malicieux, sorte de berger accompagné d'un seul mouton :

« ... Il regarde la voiture de course : cela lui paraît tout à fait vain. Pour s'approcher de lui, il faut s'habiller avec des vêtements très simples, faits de toile grossière... ce que je fais... il m'apprend la patience... il me fait comprendre que la sagesse se trouve dans un certain isolement... on va à la rivière... là, il y a des roseaux... j'aime pas trop ! .. On a des bottes de caoutchouc aux pieds, mais c'est désagréable de marcher dans cette espèce de marécage... c'est un endroit chargé d'une espèce de brume, de magie... on pourrait prendre une barque mais... pas question de lui demander ça ! Pour aller au cœur des choses, il faut marcher, marcher... faut se coltiner ça... alors, on arrive (j'en ai marre d'être dans la flotte !) en haut d'une colline... le soleil se lève... finalement, la nuit c'était mieux... on était protégé... ce grand jour de soleil, c'est brutal, c'est une réalité accablante... la face extérieure des choses... on voit, plus bas, une vile très pauvre, des masures délabrées, pleines de misère... des gens qui s'agitent avec beaucoup de tristesse, de mal de vivre... le vieux leur apporte ce qu'il peut, son message, mais les gens ne sont pas prêts à l'entendre ! Ils restent dans leur truc...»

Le vieux sage révèle à Anne ce qu'elle a refusé de voir, jusqu'à perdre ses forces : ceux pour lesquels elle s'est donné pour mission d'agir ne sont pas prêts à partager son effort ! Par-delà cette prise de conscience et la nature de la motivation réelle de la rêveuse, il reste qu'on voit se reformer la chaîne qui associe le roseau, le pied, le marécage, la marche accablante et le mal de vivre.

Une autre patiente, dont le rêve venait de s'achever sur la vision de roseaux, nous fit ce premier commentaire : « Cela rejoint bien ce que j'ai ressenti toute la semaine : j'ai dû lutter sans arrêt contre le désir de ne plus exister ! »

Il est temps de retrouver les compères de la fable et de les examiner du point de vue de la symbolique. Le chêne et le roseau ! Les racines puissantes et les arborescences vigoureuses sont en rapport avec les souches ancestrales et l'instinct de génération. Devant le chêne du rêve, il y a toujours lieu de s'interroger sur ce qui entrave les désirs du patient de participer à la succession des vies. Les images oniriques dont du chêne l'expression de la chaîne des vies. L'arbre attire l'attention sur une frustration qui touche à la place du rêveur par rapport aux ascendants ou à sa descendance.

*

Le vent qui court sur les marécages arrache aux roseaux une plainte infiniment triste. Une plainte comme seule peut en émettre une âme lassée, une énergie inapte à répondre aux exigences courantes de la vie. A l'inverse du chêne, qui dit la puissance d'une vitalité contrariée, le roseau clame son souhait d'interrompre la chaîne de la vie, de cette longue marche trop difficile. On pourrait prolonger la comparaison entre les images qui environnent chacun des deux végétaux. Le chêne attire des visions de chariot, de charrettes, de diligences, de tous ces véhicules qui accomplissent les étapes successives de la route. On l'a vu, le roseau entraîne aux lieux de la marche engluée...

Le roseau, qui ne se ramifie pas, dont l'épi, du point de vue nourricier, n'a pas la fécondité de celui d'un blé, le roseau qui cache ses frêles racines dans la boue des étangs, est un symbole dont l'apparition dans le rêve doit retenir l'attention. D'une part, il signale, au moins, un découragement passager et peut-être un épuisement des énergies. De ce fait, même, il est souvent l'indice de l'usure d'une résistance particulière.

Devant l'image du roseau, le praticien invitera le patient à définir sa position par rapport à l'ensemble de la constellation familiale : ascendants, conjoint, descendants.

Dans l'un de ces directions, il détectera un élément majeur de la problématique qui accapare et consomme une part excessive de l'énergie vitale. La rumeur que le vent murmure dans les roseaux du rêve parlera parfois de l'insondable tristesse qui persiste longtemps après une grossesse interrompue, volontairement ou accidentellement.

*

*




Mythologie :


ROSEAU. — Il joue un grand rôle dans les contes populaires, rôle à la fois funéraire et anthropogonique. Un conte populaire de la Petite-Russie en fait une plante diabolique. Dans les comptes rendus de Tchubinski sur les travaux de l 'expédition ethnographico-statistique russe dans la Petite-Russie (année 1872), nous trouvons ce récit curieux : « Le roseau appartient au diable, lequel y a fixé sa demeure, et cela du temps même et par la libéralité de Jésus-Christ. Un jour, ayant rencontré le Sauveur, il le pria de lui donner en partage le blé sarrazin et l'avoine, puisque, après avoir aidé le bon Dieu à créer le monde, il n'avait reçu pour lui-même aucune propriété. Le Sauveur le contenta, et le diable en fut si ravi qu'il s'échappa en sautillant, sans même remercier son bienfaiteur. Le loup le rencontra, et lui demanda, le voyant si joyeux : Pourquoi sautilles-tu ? Cette interpellation du loup effraya le diable qui, dans sa confusion, au lieu de répondre : Dieu m'a donné le blé sarrazin et l'avoine, dit : Je saute ainsi parce que Dieu m'a donné le roseau et le laceron (cf.). On dit que, même maintenant, le diable ne se rappelle pas encore le présent que Dieu lui a fait, et croit n'avoir reçu que le roseau et le laceron. A propos du laceron, semé, à ce que l'on prétend, par le diable, au lieu de l'avoine, on raconte qu'une fois le diable pria le bon Dieu de lui faire un présent. Dieu répondit : Qu'est-ce que je puis te donner ? Ne pouvant te donner ni le seigle, ni l'orge, ni le millet, je te donnerai l'avoine. Le diable s'éloigna tout joyeux, en criant :

— Avoine, avoine !

Alors saint Pierre et saint Paul demandèrent à Dieu :

— Seigneur, pourquoi as-tu livré l'avoine au diable ?

— Comment pourrais-je faire, maintenant, puisque je la lui ai livrée ?

— Eh bien ! répondit Paul, je vais la lui reprendre.

— Comment feras-tu ?

— Ceci me regarde, ajouta Paul.

— Eh bien ! va.

Saint Paul dépassa le diable, se cacha sous le pont par où le diable devait passer en criant : Avoine ! avoine!

Saint Paul poussa un hurlement. Le diable s'arrêta.

— Pourquoi m'as-tu effrayé ? fit le diable. Dieu m'a donné une plante, et maintenant je ne puis m'en rappeler le nom.

— Du seigle, peut-être ?

— Non pas.

— Du froment ?

— Non plus.

— Serait-ce du laceron ?

— C'est ça, c'est ça, répartit le diable, et il s'enfuit en criant : Laceron, laceron ! »

Caton, dans son De Re Rustica, nous rapporte un usage des paysans romains : ceux-ci, lorsqu'ils avaient une jambe ou un bras cassé, fendaient un roseau et l'appliquaient, avec certaines précautions, sur la partie blessée ; l'opération était accompagnée d'anciennes formules en dialecte rustique, telles que la suivante :


Huat, hanat huat,

Ista pisla sisla,

Damiabo damnaustra !


que M. Rubieri (Storia della Poesia popolare italiana) croit pouvoir interpréter ainsi :


Coeat, canna coeat,

Istam peslem siste,

Da mea bona, damna subtrahe.


Le roseau étant une plante qui se plaît dans les marais et dans les endroits humides, lorsque, à l'approche de la nuit, le jeune héros ou la jeune héroïne solaire tombe dans l'eau, il devient souvent un cornouiller sauvage ou un roseau ; du roseau comme du cornouiller on fait une flûte qui chante l'aventure et la mort du héros. Quelquefois on ouvre le roseau, et il en sort une colombe qui parle, jusqu'à ce qu'elle reprenne sa forme de beau prince ou de belle princesse.

*

*

Françoise Frontisi-Ducroux, auteure de Arbres filles et Garçons fleurs, Métamorphoses érotiques dans les mythes grecs (Éditions du Seuil, février 2017) nous raconte que :


"Le schéma de l'histoire de Daphné se retrouve dans celle de Syrinx (Ovide, Métamorphoses, I, 689 s.). Elle non plus n'est pas une fille ordinaire. C'est une naïade, une nymphe aquatique, l'une de ces créatures intermédiaires qui ne sont pas immortelles comme les dieux, mais vivent plus longtemps que les humains. Elle est très belle, aussi belle que Diane, à qui elle s'est vouée, voulant rester vierge comme sa déesse et chassant comme elle. Maligne, elle réussit à échapper aux avances des êtres salaces qui hantent les forêts d'Arcadie, divinités et satyres ... jusqu'au jour où elle a affaire au dieu Pan. Ce n'est pas un Apollon, loin de là. Mi-homme, mi-bouc, face bestiale, petites cornes, il est si laid qu'à sa naissance sa mère épouvantée s'est enfuie en l'abandonnant. Mais son père, Hermès, est venu fièrement le présenter aux Olympiens, qui ont éclaté de rire. Doté d'une activité sexuelle intense, Pan passe son temps à poursuivre tout ce qui bouge, animaux, nymphes, chasseurs, bergers et bergères. Dès qu'il aperçoit la belle et chaste Syrinx, il s'élance et la prend en chasse, jusqu'au bord d'un fleuve où elle se réfugie, suppliant ses sœurs aquatiques de la métamorphoser. Et Pan croit saisir le corps de la nymphe alors qu'il n'étreint que des roseaux. Précisons dès maintenant que pour l'Antiquité le roseau appartient à la catégorie des arbres.

ean-Francois de Troy Pan et Syrinx, 1733

"Tandis qu'il soupirait, raconte Ovide, le mouvement de l'air dans les roseaux avait produit un son ténu, semblable à une plainte ; surpris par cet art singulier et cette voix si douce, il déclare : "Voilà comment je m'entretiendrai avec toi."

Et coupant des cannes de taille inégale, il les assemble avec de la cire et invente la syrinx, ou flûte de Pan, qui devient l'instrument des bergers. Ce mythe étiologique est un mythe d'invention : les roseaux préexistent puisque Syrinx s'y réfugie et s'y fond, faisant corps avec la roselière (Note : D'autres traditions attribuent l'invention de la syrinx à Hermès, Silène ou Marsyas, le joueur d'aulos).

En jouant de sa flûte, Pan transperce Syrinx de son souffle. Son jeu musical est bien plus qu'un innocent substitut au rapport sexuel qu'il recherche et qu'il trouve habituellement. Ce n'est pas non plus une sublimation du désir dans la musique. C'est une forme d'union amoureuse par le souffle et dans le baiser. Le souffle, pneuma, support et manifestation de l'énergie vitale, pour les Grecs, est en relation directe avec la matière cérébrale, dont découle le sperme. c'est le véhicule même de l'âme. Le souffle amoureux de Pan traverses le corps recomposé de la nymphe et la fait chanter (Note : De même la Pythie de Delphes est inspirée par le souffle prophétique d'Apollon tandis qu'elle est assise sur un trépied ; cf Edoarda Barra, En soufflant la grâce, Grenoble, Jérôme Millon, 2007. Le roseau sert surtout à faire l'autre sorte de flûte, l'aulos, à deux chalumeaux, instrument qui suscite des représentations homoérotiques chez Philostrate, La Galerie de tableaux, I, 20 et 21 : un satyre mordille l'aulos d'un jeune flûtiste endormi pour en arracher l'anche nommée glotta, "langue". Le dieu Zéphyr est aussi de la fête. Mais chez Longus c'est Daphnis qui baise amoureusement les tuyaux embrassés par Chloé : Daphnis et Chloé, II, 3. Les roseaux sont spontanément bavards : le roi Midas l'a appris à ses dépens : Ovide, Métamorphoses, XI, 185 s.).

Selon le romancier grec Achille Tatius, la syrinx fut consacrée par Pan dans un temple d'Artémis. Elle y servait à juger de la virginité d'une fille. On enfermait la jeune fille avec l'instrument et, si elle était vierge, un air mélodieux se faisait entendre, venant soit du dieu Pan, soit directement du souffle musical de la syrinx.

Le même Achille Tatius s'attarde complaisamment sur les charmes du baiser : qu'y a-t-il de plus suave que le baiser ? L'acte d'amour a son terme, on s'en rassasie, et il n'est rien sans les baisers ; car le baiser ne connaît ni fin ni satiété ; il est toujours nouveau. Trois choses exquise viennent de la bouche : le souffle, la voix et le baiser. Ce sont les lèvres qui donnent le baiser, mais l'âme est la source du plaisir (cf Achille Tatius, Le Roman de Leucippé et Clitophon, VII, 11-12 ; 6-10 ; IV, 8, 2-3 ; II, 37). Dans son poème figuratif intitulé "Syrinx", dont les vers décroissants dessinent la forme de l'instrument, Théocrite ne fait nulle allusion à la nymphe et à sa métamorphose, parmi les multiples allusion mythologiques, précieuses et énigmatiques, qui composent ce calligramme (Théocrite, Épigrammes)."

*

*




Contes et légendes :


Dans Le Folk-Lore de la France, tome troisième, la Faune et la Flore (E. Guilmoto Éditeur, 1906) Paul Sébillot recense nombre de légendes populaires :


Dans un parallèle de la légende de Midas, recueilli à la fin du XVIIIe siècle, le roseau ne devient révélateur que lorsqu'il a été transformé en instrument Le roi de Portzmarc'h faisait mourir tous ses barbiers, de peur qu'il ne racontassen tqu'il avait des oreilles de cheval. L'intime ami du roi qui venait le raser avait juré de ne pas dire ce qu'il savait, mais ne pouvant résister à la tentation d'en parler, il fut, par le conseil d'un sage, le dire aux sables du rivage. Trois roseaux poussèrent en ce lieu les bardes en firent des anches de hautbois qui répétaient « Portzmarc'h , le roi Portzmarc'h a des oreilles de cheval ! »

Des plantes chantent pour dénoncer un coupable ou pour révéler un secret [...] Dans un conte de la Haute-Bresse, la fosse d'un petit garçon tué par sa sœur se couvre de plantes, parmi lesquelles sont des roseaux qui chantent sans intervention humaine ; une bergère en coupe un ; dès qu'elle l'a porté à ses lèvres il parle du crime, et quand la sœur coupable est forcée de l'approcher à son tour de sa bouche, il l'accuse du meurtre.

*


Dans la collection de contes et légendes du monde entier collectés par les éditions Gründ, il y a un volume consacré exclusivement aux fleurs qui s'intitule en français Les plus belles légendes de fleurs (1992 tant pour l'édition originale que pour l'édition française). Le texte original est de Vratislav St'ovicek et l'adaptation française de Dagmar Doppia. Il est conçu comme une réunion de fleurs qui se racontent les unes après les autres leur histoire ; le Roseau raconte la sienne dans un conte venu de Bohême et intitulé "La Petite Gardienne d'oies" :


"Il était une fois une petite fée qui s'appelait Syrinx. Elle se transforma en roseau", commença à raconter une petite fille en jupe tissée de petites fleurs bleues de lilas. "Et puis ? " interrogea la reine Rose. "J'ai oublié la suite", avoua la fillette sur le point d'éclater en sanglots." C'est sans importance," dit la reine pour la consoler, "tu te souviendras certainement d'un autre conte." Et, en effet... Écoutez plutôt.


Il était une fois un frère, buisson de sureau, et une sœur, arbrisseau de lilas. Ils poussaient côte à côte, au bord d'un sentier qui serpentait au pied d'un coteau. Ce petit chemin qui ne menait nulle part, était la promenade des fées. Quand la douce nuit du mois de mai enveloppait toute la contrée, le buisson de sureau se transformait en un charmant pâtre. Au son de sa flûte de sureau, une petite fée sortait du lilas. Le pâtre jouait, la fée dansait, et tout le pays embaumait si fort qu'il donnait le vertige aux amoureux qui se promenaient dans les prés. Au petit matin, le pâtre et la fée retrouvaient leur apparence végétale.

Un soir, une pauvre gardienne d'oies vint se recroqueviller sous le buisson de sureau. Elle prit une oie avec ses oisons sur ses genoux et se mit à pleurer.

"Pourquoi pleures-tu ?" fit une gentille petite voix au-dessus d'elle. Et un jeune pâtre en chemise blanche, une flûte à la main, surgit devant la gardienne d'oies effrayée.


"Comment ne pas pleurer ? Je suis toute seule au monde", répondit la jeune fille. "Ma méchante marâtre et ma demi-sœur m'ont chassée de la maison. Mon pauvre père, terrorisé, n'a pas dit un mot pour prendre ma défense. Je n'ai pas un toit où dormir."

Le pâtre lui sourit et joua de la flûte. Aussitôt, une jolie fée, vêtue d'une jupe de petites fleurs bleues, surgit devant la jeune fille.

"Viens plutôt danser avec moi, tu verras que ton chagrin passera", dit-elle en invitant la gardienne d'oies. Sans plus attendre, le pâtre joua un air entraînant, et la fée enlaça la jeune fille. Elles dansèrent et virevoltèrent à perdre le souffle. Ensuite, l'oie et ses oisons entrèrent dans la danse, à la plus grande joie de tout le monde. Au petit matin la petite fille roula dans l'herbe, hors d'haleine.

"Je n'en peux plus", déclara-t-elle en riant. "Mes pieds me font mal, mes yeux se ferment de fatigue."


"Il est temps d'aller se coucher", approuva le jeune berger. "Mais avant de nous séparer, accepte en souvenir ma flûte de sureau. Elle est magique, tu verras. Chaque fois que tu joueras un air, les fleurs se mettront à danser et tous tes vœux seront exaucés."

"Moi, je vais t'offrir ma jupe", renchérit la fée. "Si tu tournes sur toi-même, le vent t'emportera là où tu voudras."

La gardienne d'oies entendit à peine ces derniers mots, car elle s'endormit aussitôt à poings fermés. Elle se réveilla alors que le soleil était déjà très haut dans le ciel.

"Ah ! C'était un beau rêve ! " soupira-t-elle. Mais, miracle ! Une flûte de sureau et une jupe en fleurs bleues étaient bien posées à côté d'elle, dans l'herbe. La jeune fille prit la flûte, revêtit la jupe et tourna sur elle-même pour s'envoler au-delà des vallées, au gré de sa fantaisie. Partout où elle passait, elle jouait de joyeux airs. Au son de sa flûte, les fleurs s'ouvraient, livrant à la jeune fille d'étonnants secrets. Si elle jouait pour la rose blanche, une petite fée sortait de la fleur, faisait trois révérences et dansait trois fois. Si elle jouait pour le myosotis aux yeux bleus, celui-ci s'ouvrait pour laisser le passage à minuscule chevalier vêtu d'une armure bleue. Le chevalier brandissait trois fois son épée et saluait trois fois de sa lance. SI, enfin, elle jouait pour le pissenlit doré, de petites princesses mutines s'en échappaient et, ouvrant leurs ombrelles blanches, elles s'envolaient au gré du vent. Les promeneurs restaient bouche bée devant ces merveilles.

Ainsi, la petite gardienne d'oies allait de par le vaste monde, semant la joie et le rire sur son passage. Sa tristesse se dissipa, car tout le monde l'aimait bien. Un jour cependant, elle commença à se languir de sa maison et, surtout de son père. Sans plus attendre, elle fit virevolter s jupe autour d'elle et se retrouva assise avec son oie dans les bras, au bord de l'étang, à côté de sa maison natale dont elle scrutait les fenêtres. Pendant ce temps, l'oie conduisait prudemment ses petits vers l'eau.

Soudain, la marâtre, flanquée de sa fille, sortit précipitamment de la maison.

"Retourne d'où tu viens, bonne à rien ! Tu vas voir ce qu'il en coûte de lâcher des oies sur notre étang ! " crièrent-elles à qui mieux mieux, tout en lapidant les pauvres oiseaux. Elles auraient tué les oisons jusqu'au dernier si leur mère ne les avait pas protégés de ses propres ailes. Même ainsi, les deux furies blessèrent leurs ailes jusqu'au sang.

Attristée par tant de méchanceté, la jeune fille fondit en larmes.

"Si vous pouviez, mauvaises femmes, vous transformer en oies pour qu'on vous rende la pareille ! " songea-t-elle et, pour se redonner du courage, elle joua de la flûte de sureau. Or, aux premiers sons, la marâtre et sa fille se transformèrent en deux vilaines oies, tout ébouriffées. Cacardant de frayeur, elles se dirigèrent d'un pas incertain vers l'étang. Tous les garnements du village accoururent comme s'ils s'étaient donné le mot pour lapider les oies et faire voler leurs plumes. Sur ces entrefaites, le père de la jeune fille sortit sur le pas de la porte.

"C'est bien fait pour vous, mégères, cria-t-il aux oies. Pourquoi n'ai-je pas pris la défense de ma gentille petite fille ? Pourquoi vous ai-je laissées la chasser de la maison ? Pourra-t-elle jamais me pardonner ? " se lamenta-t-il.

A pas furtifs, la petite gardienne d'oies s'approcha de son père et caressa ses cheveux blancs.

"Tu ne me reconnais pas, papa ? Il y a longtemps que je t'ai pardonné ", dit-elle. Pleurant de bonheur, son père la prit par la main et la fit entrer, ainsi que les oies, dans la maison où ils vécurent heureux. Les méchantes oies, en revanche, connurent des jours difficiles. Les gamins, polissons, ne leur accordaient pas de répit et les molosses du village les faisaient courir à travers champs jusqu'à ce que les malheureuses réussissent à se sauver sur l'étang. Mais elles n'étaient pas au bout de leurs peines.

Dans le village, une fille de ferme stupide travaillait chez un riche paysan. un jour, elle eut envie de se confectionner un oreiller en plumes d'oie. Elle guetta nos deux oies infortunées près de l'étang et, lorsqu'elles s'approchèrent du bord, elle les saisit par le cou pur les plumer. Il fallait entendre les oies cacarder à fendre l'âme, mais la stupide fille les pluma entièrement en un tournemain. En arrachant la dernière plume, elle resta comme frappée par la foudre. La marâtre et sa fille se Tenaient devant elle, sans un cheveu sur la tête. La nouvelle se répandit comme une traînée de poudre dans le village, et les deux mégères chauves, honteuses, préférèrent se sauver à toutes jambes pour ne plus jamais revenir. Ainsi, la gentille gardienne d'oies put-elle regagner sa maison natale pour y vivre heureuse, entourée de l'affection de son père et de ses oies."

*

*

Selon Véronique Barrau et Richard Ely, auteurs de Les Plantes des fées (Éditions Plume de carotte, 2014), le roseau est une "plante acoustique".


Flûtes enchantées : Au pied des montagnes enneigées d'Arcadie vivait jadis une nymphe appelée Syrinx. Sa grâce et sa beauté lui valaient d'attirer la convoitise des satyres comme des dieux mais elle était toujours parvenue à échapper à leurs fougueuses envies de l'étreindre. Mais un triste jour, le destin voulut qu'elle rencontre le dieu Pan sur son chemin. Mi-homme, mi-bouc, ce protecteur des bergers et de leurs bêtes était aussi lubrique qu'entêté. vexé de voir la nymphe dédaigner sa demande, il se fit si pressant que la belle n'eut d'autre choix que de prendre la fuite. Or, quand elle parvint au bord du fleuve Ladon, son cœur battit à tout rompre, l'eau était une barrière qu'elle ne pouvait franchir. elle supplia alors les naïades de la transformer en végétal.

En lieu et place du svelte corps de Syrinx, Pan ne saisit que des roseaux qu'il pressa contre lui pour essayer tout du moins de retrouver le parfum de la nymphe... De ses soupirs chagrinés dans les tubes creux découla un son léger et mélancolique. Charmé par cette musique, le dieu cornu fabriqua un instrument avec les roseaux pour immortaliser le souvenir de Syrinx. La flûte de Pan était née...

Ces végétaux se prêtent également à la création de pipeaux, certes plus simples mais dont la sonorité peut se montrer redoutable. Selon le peuple celtique des Gaels, entendre de telles notes sur les chemins et précipices durant la nuit indique l'inquiétante présence de l'Amadan Dubh,. d'un simple frôlement, cet être apporte oubli, défiguration ou paralysie...


Une irrépressible somnolence : Tandis que la nuit recouvre les toits de sa sombre houppelande, la vigilance des parents s'assoupit irrémédiablement... Fort heureusement, des êtres fantastiques veillent au sommeil des plus petits. Les enfants somnambules de Finlande disposent ainsi d'un ange gardien nommé Nukku Matti. Ce vieil homme âgé de plus de mille ans vit dissimulé entre les roseaux des îles Fjäderhömlm, au milieu du golfe de Botnie. Enveloppé en permanence par la brume ambiante, il utilise sa longue canne à pêche pour attraper tous les petits rêveurs qui ne parviennent pas à s'extraire de leurs songes...


Ignoble pitance : Si le génie de la lampe d'Aladin est connu de tous, l'Animalito espagnol l'est en revanche bien moins. Une fois capturée, cette petite et fine créature à corps de serpent et à t^te de lézard est glissée dans un tube de roseau que l'on clôt à l'aide d'un bouchon. Elle exauce tous les vœux exprimés par son propriétaire mais si ce dernier ne peut la repaître de chair enfantine non baptisée toues les vingt-quatre heures, il se voit contraint de la nourrir avec son propre corps, sans quoi les démons l'emporteront.


Un mets perpétuel : L'eau douce est le domaine des ondins et ondines, des êtres féeriques humanoïdes dont le corps peut se terminer selon les endroits par une queue de poisson. Les créatures féminines sont connues pour leur chant harmonieux entraînant les jeunes hommes sous la surface mais en Roumanie, on préfère se focaliser sur leur cuisine. Dans ce pays, les ondines se dissimulant entre les roseaux offrent parfois aux humains un pain extraordinaire qui jamais ne diminue."

*

*



Littérature :


"Syrinx"


L’épouse de Personne, la mère de Guerre-au-loin,

Enfanta le guide agile de la nourrice de À-la-place-de-la pierre,

Non pas la Corne, que nourrit une fois l’enfant du taureau,

Mais celui dont autrefois un orbe de bouclier sans pieu brûla le cœur,

Dont le nom est Tout, être double, qui désira la nymphe bavarde

Qui fait naître des sons, venteuse,

Lui qui, à la Muse couronnée de violettes,

Planta une fistule pointue, monument de son désir crépitant de feu,

Qui éteignit l’arrogance homonyme du

Tueur-de-grand-père et qui sauva la Tyrienne ;

À lui, Pâris Simichidas a consacré

Ce charmant fléau des porteurs d’aveugles ;

En plus de cela, toi qui marches sur les mortels,

Aiguillon de la femme de Saette,

Enfant d’un père furtif, sans père,

Aux jambes torses, réjoui,

Puisses-tu chanter un chant doux

Pour la vierge muette,

Belle-voix,

Invisible.


Théocrite, "Syrinx" in Épigrammes, traduction A. Kolde.

*

*


Lire également les fiches dédiées à l'Ogham Ngetal et au Jonc.



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