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  • Anne

Le Roseau



Étymologie :

  • ROSEAU, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. xiie s. bot. (Gloss. Tours, 328 ds T.-L.) ; 2. déb. du xiiie s. fig., symbole de la faiblesse, de la vulnérabilité de l'homme (Maurice de Sully, Sermons, éd. C. A. Robson, p. 172) ; 3. 1701 archit. (Fur.). Dér. de l'a. fr. ros « roseau » (fin du xe s. raus, Passion, éd. d'Arco Silvio Avalle, 246 ; ca 1140 ros, Geffrei Gaimar, Hist. des Anglais, 5502 ds T.-L.), lui-même issu d'un a. b. frq. *rausa (germ. occ. *rauza, cf. l'a. h. all. rōr, all. Rohr « id. »). Ros, rosa sont att. au ixe s. ds les Gl. de Reichenau (éd. H. W. Klein et A. Labhardt, t. 1, 2007, 40a, 73a, 235a), rauso, rausus dans d'autres gloss. des viiie-xe s. (ibid., t. 2, p. 151), pour gloser les lat. arundo et calamus « roseau ». Voir M. Raupach, Die Reichenauer Glossen, t. 2, pp. 110-113, 151-152, 181-183 ; Guinet, pp. 147-148.


Lire aussi la définition pour amorcer la réflexion symbolique.




Botanique :


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Symbolisme :


Dans le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, on peut lire que :


"Le roseau est pris communément comme symbole de fragilité, mais aussi de flexibilité. C'est celui de La Fontaine, et aussi le roseau pensant de Pascal.

Le symbolisme extrême-oriental de cette plante se manifeste de deux manières distinctes. Dans la mythologie du Shintô, la pousse de roseau issue des eaux primordiales représente la manifestation, l'équivalent du lotus ; le Japon mythique est une plaine de roseaux. Le roseau est d'autre part doté de pouvoirs purificateurs et protecteurs. C'est à l'aide de roseaux qu'Izanagi se purifia au retour du pays des morts ; c'est par la fumée de roseaux que Yi-yin fut purifié avant de devenir ministre. C'est avec des cordes de roseaux que les génies des portes maîtrisent les esprits malfaisants. Dans certaines cérémonies du Shintô, on se purifie en traversant le chî-no-wa qui est un cercle de roseaux. L'accès à certaines loges de sociétés secrètes chinoises se fait en passant sous des arcs de roseaux flanqués de gardiens. Le tapis de roseaux blancs est d'usage rituel.

Le roseau (vetasa) est parfois considéré en Inde comme une image de l'Axe du monde, ce qu'on ne peut manquer de rapprocher du roseau axial issu des eaux primordiales nippones.

Dans la légende du roi Midas, un roseau pousse dans le trou creusé par le coiffeur du roi pour y crier sa confidence : le roi Midas à des oreilles d'âne. Ce roseau serait, selon Paul Diel, un des symboles de la banalisation qui résulte de la sottise de désirs excessifs. Dans ce contexte légendaire, le roseau figure le penchant de l'a^me pervertie qui se plie à tous les vents, se courbe à tous les courants d'opinion.

Le roseau arraché à la terre devient la flûte sacrée des Mevlevi ou Derviches tourneurs - le Ney - principal instrument de leurs concerts spirituels qui selon les paroles de Mevlana Jalad-ed-Din Rûmi, fondateur de l'ordre, chante les douleurs de la séparation. La flûte de roseau symbolise ici le mystique, arraché à Dieu, qui manifeste par ses sanglots, son chant, son aspiration à le retrouver dans la vie éternelle.

Ce symbole de l'âme ardente qui s'exprime, pleure et chante, se retrouve dans le folklore et les superstitions de certains peuples d'Europe orientale et d'Asie. Ainsi les Ukrainiens, les Biélorusses et même les Lituaniens disent que le roseau poussé au-dessus du corps d'un noyé accuse l'assassin, si l'on en fait une flûte. Le roseau est une voix.

Les années du calendrier aztèque sont placées sous quatre signes, dont celui du roseau. Le roseau (vert) est associé à l'Est, pays du Renouveau. Il constituait pour les anciens Mexicains, un symbole de fertilité, d'abondance, de richesse."

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Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


Consacré par les Grecs à Pan, dieu de la Fécondité, le roseau passait à Rome pour une plante magique ; Caton recommandait par ailleurs d'appliquer un roseau sur une blessure.

Le roseau, qui jouait dans la mythologie le rôle de bâton magique, représente parfois en Inde l'Axe du monde. Dans le shintoïsme "la pousse de roseau issue des eaux primordiales représente la manifestation, l'équivalent du lotus ; le Japon mythique est une plaine de roseaux". A son retour du royaume des morts, Izanzagi, génie céleste et créateur des îles japonaises, se purifia à l'aide de roseaux ; le minsitre Yi-yin fi de même avant de prendre ses fonctions.

L'usage irlandais d'allumer douze roseaux autour du lit d'un agonisant se justifiait également par le pouvoir de purification attribué à ce végétal (et également par la nécessité de composer un bouclier de feu pour que le diable n(enelvât pas l'âle).

Le roseau qui se plie mais ne rompt pas symbolisait dans l'ancien Mexique la fertilité, l'abondance et la richesse, tandis qu'un des quatre signes des années du calendrier aztèque, "le roseau (vert) est associé à l'Est, pays du Renouveau". Les Hindous buvaient des infusions de roseau pour retrouver leur virilité.

Selon une légende hongroise, toutes les feuilles de roseau portent l'empreinte des dents de l'âne chevauché par Jésus en route pour Jérusalem. Pris de fringale, l'animal avait happé une feuille, mais, pressé par son cavalier, il dut y renoncer. En Belgique, c'est la marque de Jésus lui-même que la plante porte : lors de la flagellation, il tenait en main un roseau dans lequel il mordit tant il souffrait.

Réputé tuer les serpents par son contact, le roseau vient également à bout d'une entorse : portez-en deux entrelacés autour du cou (Berry). Les Anglais croient que planter un roseau près d'une maison y amène la mort.

En provence, on dit :

Canne qui fleurit et porte plumes,

Gros froids vous aurez.

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Symbolisme onirique :


Selon Georges Romey, auteur du Dictionnaire de la Symbolique, le vocabulaire fondamental des rêves, Tome 1 : couleurs, minéraux, métaux, végétaux, animaux (Albin Michel, 1995),


"Qui traduira de façon convaincante le bruissement plaintif du vent dans les roseaux ? Qui décidera de ce qui domine, de l'image du roseau dressé, brandissant son manchon dans une sorte de provocation phallique, de la flexibilité des longues feuilles en lanières soumises aux caprices du vent ou de la plainte murmurée que celui-là leur arrache ? Le roseau jette le plus souvent une note triste, une nuance désabusée, sur la scène onirique dans laquelle il s'inscrit.

Le roseau du rêve n'est pas de ces images dont l'ambition est de jouer un rôle qui les mette en vue tout au long d'un scénario. Il apparaît le plus souvent sous la forme d'une évocation brève qui rappelle les indications d'auteur destinées à situer le cadre dans lequel placer l'action : « Un marécage, des roseaux... le bruit du vent... » En dépit de cette discrétion, peut-être même grâce à elle, les corrélations dessinent autour du roseau un ensemble de repères qui permettra de diriger l'interprétation dans des conditions satisfaisantes. Dans l'ordre croissant de validation statistique, quatre symboles ou groupes de symboles sont associés au roseau.

L'arbre, la flexibilité et le vent accompagnent la plante aquatique dans 40% des situations oniriques. Il n'est pas difficile de déduire que cette constellation expose les thèmes antagonistes du permanent et de l'évolutif. La résonance avec la fable de La Fontaine est manifeste. Il serait simple et probablement pertinent de développer tout ce qu'il peut y avoir derrière les images comparées de la résistance rigide et finalement vaincue et de la flexibilité passive, définitivement triomphante. Pour s'être engagé dans cette voie honorable, le traducteur perdrait cependant toute chance de découvrir l'essentiel. Un sens juste peut cacher un sens profond. Le chêne et le roseau ont des révélations à faire, qui seront entendues lorsque auront été identifiées les autres associations.

La deuxième corrélation importante, qui s'affirme dans 50% des rêves étudiés, concerne la figure circulaire, la roue, le cylindre,. La tige du roseau prend là cette valeur axiale que lui reconnaissent les mythes asiatiques. Une approche freudienne préférera voir, dans ce rapprochement de la hampe et du cercle, la complémentarité de représentations phallique et vaginale. Les productions oniriques susceptibles d'accréditer cette interprétation ne manquent pas. L'association du roseau et du cercle trouverait encore une explication - suffisante - dans la propension naturelle de la dynamique de l'imaginaire à s'accomplir dans ce mouvement circulaire, dans la spirale du devenir. Ce qu'il conviendrait de retenir, dans cette perspective, serait simplement le passage du rectiligne à l'incurvé, eux-mêmes expressifs de la référence et de la mouvance.

La troisième association dont s'entoure le roseau concerne les images de l'eau. S'agissant d'un végétal des zones subaquatiques, on ne sera pas étonné d'apprendre que les deux symboles apparaissent ensemble dans 75% des scénarios soumis à l'étude. Mais il n'était pas prévisible que dans la moitié de ceux-là, les visions seraient celles d'eaux boueuses, d'étendues marécageuses, dans lesquelles s'enfoncent les pieds du rêveur ou de la rêveuse, durant de longues marches épuisantes.

Cette observation conduit à désigner sans plus de détours l'associé principal du roseau : le pied ! Le pied et son équivalent végétal, la racine, apparaissent dans 85% des rêves, à proximité du roseau. Les marches dans la boue des marécages, des bords d'un étang, des rizières, sont toujours des marches sans fin, où chaque pas coûte un effort trop grand pour un pied trop lourd, englué. Lorsque le rêve propose une scène qu'il place dans un décor de roseaux, c'est toujours pour exprimer une souffrance, un mal de vivre.

Le marécage, la racine et le pied, près du roseau, se font complices d'une opposition au verbe arracher. Le langage offre une évolution récente qui tend à substituer au verbe "s'en aller" la forme "s'arracher". Toute la pesanteur de psychologies par avance lassées des efforts proposés par la vie s'entend dans ce seul mot ! Cette dérive verbale semble inspirée par un souffle onirique venu des roseaux. Une âme allègre arpente la vie d'un pas léger. Un pas pesant est lourd d'une vie qu'on traîne.

Sous cet éclairage, on devine que la symbolique trop apparente du chêne orgueilleux que la tempête abat et du roseau que sa flexibilité sauve de la bourrasque, dissimule des valeurs oniriques plus profondes, plus intimes.


"Et fait si bien qu'il déracine

Celui dont la tête au ciel était voisine

Et dont les pieds touchaient à l'empire des morts..."


L'intuition du poète dépasse l'intention du moraliste. Un vent qui déracine met à nu ce qui fait du chêne le prototype de tous les arbres... généalogiques ! Nous reviendrons sur cet axe majeur de la traduction du roseau rêvé. Nous souhaitons, au préalable établir à travers un exemple très particulier la fatalité du rapprochement du roseau et du pied, de la plante aquatique et de l marche impossible. Il s'agit d'une séquence extraite du cinquième scénario de la cure de Lydia. Il faudrait déployer de gros efforts d'analyse pour relier ce passage d'un rêve par ailleurs assez clair à quelque aspect de la problématique de la rêveuse. Ces visions nous paraissent provoquées par une circonstance ponctuelle, exceptionnelle, que nous porterons plus loin à la connaissance du lecteur :

« ... Là... j'ai vu une gerbe d'épis d'or... maintenant c'est une grande étendue de désert... de terre sèche... y a des touaregs, des chameaux... on se croise... c'est de la boue sèche par terre... tout le monde est pieds nus... il y aura pour des jours et des jours de marche... et il y aura des marécages aussi... oui... de l'eau.... des roseaux... et puis, toujours ces petites montagnes là-bas, dorées, avec un grand soleil au-dessus, un soleil très rond, avec des rayons bien dessinés... là-haut, il fera très chaud !... Je suis toujours dans les marécages... il y a des buffles, des mouches, des roseaux... je vois très bien les épis des roseaux... j'enfonce dans la boue... il faut traverser ça... c'est ardu !... Il y a des chiffres sur la tête des gens... c'est peut-être une rizière ? Un monde de travail, un peu gluant... je n'en finis pas... un panier à la main... il faut que je dure longtemps avec ce peu de nourriture... ça n'a pas d'importance ! Je vais bientôt me désengluer... [...] Là, je vois des feuilles de maïs, sculptées dans la pierre... et puis, un épis réel, qui vient se plaquer contre la pierre... je pose le pied dessus... »

Tous les maillons de la chaîne dans laquelle s'insère le roseau se retrouvent dans cet extrait : le pied, l'épis, la boue, le marécage, la rizière, la marche engluée, le cercle. Cette séance a été faire au domicile de la rêveuse, alitée après un accident dans lequel ses deux pieds avaient subis de graves brûlures. Ostensiblement influencé par ces pieds suspendus à une potence, entourés de bandages, l'imaginaire produit spontanément l'image des roseaux et de la marche engluée ans le marécage ! Ce déclenchement d'une chaîne symbolique par des données circonstancielles objectives confirme les associations habituellement inspirées par la nature de la problématique.

Le dixième scénario d'Anne propose des images similaires, provoquées, cette fois, par le jeu de la dynamique d'évolution. A l'époque où elle fit ce rêve, la jeune fille épuisait ses énergies dans un engagement syndical vis-à-vis duquel sa conviction s'était largement émoussée. A u début de la séance apparaissent des scènes de compétition exacerbée, puis la rêveuse rencontre un vieux sage au regard malicieux, sorte de berger accompagné d'un seul mouton :

« ... Il regarde la voiture de course : cela lui paraît tout à fait vain. Pour s'approcher de lui, il faut s'habiller avec des vêtements très simples, faits de toile grossière... ce que je fais... il m'apprend la patience... il me fait comprendre que la sagesse se trouve dans un certain isolement... on va à la rivière... là, il y a des roseaux... j'aime pas trop ! .. On a des bottes de caoutchouc aux pieds, mais c'est désagréable de marcher dans cette espèce de marécage... c'est un endroit chargé d'une espèce de brume, de magie... on pourrait prendre une barque mais... pas question de lui demander ça ! Pour aller au cœur des choses, il faut marcher, marcher... faut se coltiner ça... alors, on arrive (j'en ai marre d'être dans la flotte !) en haut d'une colline... le soleil se lève... finalement, la nuit c'était mieux... on était protégé... ce grand jour de soleil, c'est brutal, c'est une réalité accablante... la face extérieure des choses... on voit, plus bas, une vile très pauvre, des masures délabrées, pleines de misère... des gens qui s'agitent avec beaucoup de tristesse, de mal de vivre... le vieux leur apporte ce qu'il peut, son message, mais les gens ne sont pas prêts à l'entendre ! Ils restent dans leur truc...»

Le vieux sage révèle à Anne ce qu'elle a refusé de voir, jusqu'à perdre ses forces : ceux pour lesquels elle s'est donné pour mission d'agir ne sont pas prêts à partager son effort ! Par-delà cette prise de conscience et la nature de la motivation réelle de la rêveuse, il reste qu'on voit se reformer la chaîne qui associe le roseau, le pied, le marécage, la marche accablante et le mal de vivre.

Une autre patiente, dont le rêve venait de s'achever sur la vision de roseaux, nous fit ce premier commentaire : « Cela rejoint bien ce que j'ai ressenti toute la semaine : j'ai dû lutter sans arrêt contre le désir de ne plus exister ! »

Il est temps de retrouver les compères de la fable et de les examiner du point de vue de la symbolique. Le chêne et le roseau ! Les racines puissantes et les arborescences vigoureuses sont en rapport avec les souches ancestrales et l'instinct de génération. Devant le chêne du rêve, il y a toujours lieu de s'interroger sur ce qui entrave les désirs du patient de participer à la succession des vies. Les images oniriques dont du chêne l'expression de la chaîne des vies. L'arbre attire l'attention sur une frustration qui touche à la place du rêveur par rapport aux ascendants ou à sa descendance.

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Le vent qui court sur les marécages arrache aux roseaux une plainte infiniment triste. Une plainte comme seule peut en émettre une âme lassée, une énergie inapte à répondre aux exigences courantes de la vie. A l'inverse du chêne, qui dit la puissance d'une vitalité contrariée, le roseau clame son souhait d'interrompre la chaîne de la vie, de cette longue marche trop difficile. On pourrait prolonger la comparaison entre les images qui environnent chacun des deux végétaux. Le chêne attire des visions de chariot, de charrettes, de diligences, de tous ces véhicules qui accomplissent les étapes successives de la route. On l'a vu, le roseau entraîne aux lieux de la marche engluée...

Le roseau, qui ne se ramifie pas, dont l'épis, du point de vue nourricier, n'a pas la fécondité de celui d'un blé, le roseau qui cache ses frêles racines dans la boue des étangs, est un symbole dont l'apparition dans le rêve doit retenir l'attention. D'une part, il signale, au moins, un découragement passager et peut-être un épuisement des énergies. De ce fait, même, il est souvent l'indice de l'usure d'une résistance particulière.

Devant l'image du roseau, le praticien invitera le patient à définir sa position par rapport à l'ensemble de la constellation familiale : ascendants, conjoint, descendants.

Dans l'un de ces directions, il détectera un élément majeur de la problématique qui accapare et consomme une part excessive de l'énergie vitale. La rumeur que le vent murmure dans les roseaux du rêve parlera parfois de l'insondable tristesse qui persiste longtemps après une grossesse interrompue, volontairement ou accidentellement.

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Mythologie :


ROSEAU. — Il joue un grandd rôle dans les contes populaires, rôle à la fois funéraire et anthropogonique. Un conte populaire de la Petite-Russie en fait une plante diabolique. Dans les comptes rendus de Tchubinski sur les travaux de l 'expédition ethnographico-statistique russe dans la Petite-Russie (année 1872), nous trouvons ce récit curieux : « Le roseau appartient au diable, lequel y a fixé sa demeure, et cela du temps même et par la libéralité de Jésus-Christ. Un jour, ayant rencontré le Sauveur, il le pria de lui donner en partage le blé sarrazin et l'avoine, puisque, après avoir aidé le bon Dieu à créer le monde, il n'avait reçu pour lui-même aucune propriété. Le Sauveur le contenta, et le diable en fut si ravi qu'il s'échappa en sautillant, sans même remercier son bienfaiteur. Le loup le rencontra, et lui demanda, le voyant si joyeux : Pourquoi sautilles-tu ? Cette interpellation du loup effraya le diable qui, dans sa confusion, au lieu de répondre : Dieu m'a donné le blé sarrazin et l'avoine, dit : Je saute ainsi parce que Dieu m'a donné le roseau et le laceron (cf.). On dit que, même maintenant, le diable ne se rappelle pas encore le présent que Dieu lui a fait, et croit n'avoir reçu que le roseau et le laceron. A propos du laceron, semé, à ce que l'on prétend, par le diable, au lieu de l'avoine, on raconte qu'une fois le diable pria le bon Dieu de lui faire un présent. Dieu répondit : Qu'est-ce que je puis te donner ? Ne pouvant te donner ni le seigle, ni l'orge, ni le millet, je te donnerai l'avoine. Le diable s'éloigna tout joyeux, en criant : Avoine, avoine! Alors saint Pierre et saint Paul demandèrent à Dieu : Seigneur, pourquoi as-tu livré l'avoine au diable ? — Comment pourrais-je faire, maintenant, puisque je la lui ai livrée ? — Eh bien ! répondit Paul, je vais la lui reprendre. — Comment feras-tu ? — Ceci me regarde, ajouta Paul. — Eh bien ! va. Saint Paul dépassa le diable, se cacha sous le pont par où le diable devait passer en criant : Avoine ! avoine! Saint Paul poussa un hurlement. Le diable s'arrêta. Pourquoi m'as-tu effrayé? fit le diable. Dieu m'a donné une plante, et maintenant je ne puis m'en rappeler le nom. — Du seigle, peut-être ? — Non pas. — Du froment ? — Non plus. — Serait-ce du laceron ? — C'est ça, c'est ça, répartit le diable, et il s'enfuit en criant : Laceron, laceron ! »

Caton, dans son De Re Rustica, nous rapporte un usage des paysans romains : ceux-ci, lorsqu'ils avaient une jambe ou un bras cassé, fendaient un roseau et l'appliquaient, avec certaines précautions, sur la partie blessée ; l'opération était accompagnée d'anciennes formules en dialecte rustique, telles que la suivante :


Huat, hanat huat,

Ista pisla sisla,

Damiabo damnaustra !


que M. Rubieri (Storia della Poesia popolare italiana) croit pouvoir interpréter ainsi :


Coeat, canna coeat,

Istam peslem siste,

Da mea bona, damna subtrahe.


Le roseau étant une plante qui se plaît dans les marais et dans les endroits humides, lorsque, à l'approche de la nuit, le jeune héros ou la jeune héroïne solaire tombe dans l'eau, il devient souvent un cornouiller sauvage ou un roseau; du roseau comme du cornouiller on fait une flûte qui chante l'aventure et la mort du héros. Quelquefois on ouvre le roseau, et il en sort une colombe qui parle, jusqu'à ce qu'elle reprenne sa forme de beau prince ou de belle princesse.

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Françoise Frontisi-Ducroux, auteure de Arbres filles et Garçons fleurs, Métamorphoses érotiques dans les mythes grecs (Éditions du Seuil, février 2017) nous raconte que :


"Le schéma de l'histoire de Daphné se retrouve dans celle de Syrinx (Ovide, Métamorphoses, I, 689 s.). Elle non plus n'est pas une fille ordinaire. C'est une naïade, une nymphe aquatique, l'une de ces créatures intermédiaires qui ne sont pas immortelles comme les dieux, mais vivent plus longtemps que les humains. Elle est très belle, aussi belle que Diane, à qui elle s'est vouée, voulant rester vierge comme sa déesse et chassant comme elle. Maligne, elle réussit à échapper aux avances des êtres salaces qui hantent les forêts d'Arcadie, divinités et satyres ... jusqu'au jour où elle a affaire au dieu Pan. Ce n'est pas un Apollon, loin de là. Mi-homme, mi-bouc, face bestiale, petites cornes, il est si laid qu'à sa naissance sa mère épouvantée s'est enfuie en l'abandonnant. Mais son père, Hermès, est venu fièrement le présenter aux Olympiens, qui ont éclaté de rire. Doté d'une activité sexuelle intense, Pan passe son temps à poursuivre tout ce qui bouge, animaux, nymphes, chasseurs, bergers et bergères. Dès qu'il aperçoit la belle et chaste Syrinx, il s'élance et la prend en chasse, jusqu'au bord d'un fleuve où elle se réfugie, suppliant ses sœurs aquatiques de la métamorphoser. Et Pan croit saisir le corps de la nymphe alors qu'il n'étreint que des roseaux. Précisons dès maintenant que pour l'Antiquité le roseau appartient à la catégorie des arbres.

"Tandis qu'il soupirait, raconte Ovide, le mouvement de l'air dans les roseaux avait produit un son ténu, semblable à une plainte ; surpris par cet art singulier et cette voix si douce, il déclare : "Voilà comment je m'entretiendrai avec toi."

Et coupant des cannes de taille inégale, il les assemble avec de la cire et invente la syrinx, ou flûte de Pan, qui devient l'instrument des bergers. Ce mythe étiologique est un mythe d'invention : les roseaux préexistent puisque Syrinx s'y réfugie et s'y fond, faisant corps avec la roselière (Note : D'autres traditions attribuent l'invention de la syrinx à Hermès, Silène ou Marsyas, le joueur d'aulos).

En jouant de sa flûte, Pan transperce Syrinx de son souffle. Son jeu musical est bien plus qu'un innocent substitut au rapport sexuel qu'il recherche et qu'il trouve habituellement. Ce n'est pas non plus une sublimation du désir dans la musique. C'est une forme d'union amoureuse par le souffle et dans le baiser. Le souffle, pneuma, support et manifestation de l'énergie vitale, pour les Grecs, est en relation directe avec la matière cérébrale, dont découle le sperme. c'est le véhicule même de l'âme. Le souffle amoureux de Pan traverses le corps recomposé de la nymphe et la fait chanter (Note : De même la Pythie de Delphes est inspirée par le souffle prophétique d'Apollon tandis qu'elle est assise sur un trépied ; cf Edoarda Barra, En soufflant la grâce, Grenoble, Jérôme Millon, 2007. Le roseau sert surtout à faire l'autre sorte de flûte, l'aulos, à deux chalumeaux, instrument qui suscite des représentations homoérotiques chez Philostrate, La Galerie de tableaux, I, 20 et 21 : un satyre mordille l'aulos d'un jeune flûtiste endormi pour en arracher l'anche nommée glotta, "langue". Le dieu Zéphyr est aussi de la fête. Mais chez Longus c'est Daphnis qui baise amoureusement les tuyaux embrassés par Chloé : Daphnis et Chloé, II, 3. Les roseaux sont spontanément bavards : le roi Midas l'a appris à ses dépens : Ovide, Métamorphoses, XI, 185 s.).

Selon le romancier grec Achille Tatius, la syrinx fut consacrée par Pan dans un temple d'Artémis. Elle y servait à juger de la virginité d'une fille. On enfermait la jeune fille avec l'instrument et, si elle était vierge, un air mélodieux se faisait entendre, venant soit du dieu Pan, soit directement du souffle musical de la syrinx.

Le même Achille Tatius s'attarde complaisamment sur les charmes du baiser : qu'y a-t-il de plus suave que le baiser ? L'acte d'amour a son terme, on s'en rassasie, et il n'est rien sans les baisers ; car le baiser ne connaît ni fin ni satiété ; il est toujours nouveau. Trois choses exquise viennent de la bouche : le souffle, la voix et le baiser. Ce sont les lèvres qui donnent le baiser, mais l'âme est la source du plaisir (cf Achille Tatius, Le Roman de Leucippé et Clitophon, VII, 11-12 ; 6-10 ; IV, 8, 2-3 ; II, 37). Dans son poème figuratif intitulé "Syrinx", dont les vers décroissants dessinent la forme de l'instrument, Théocrite ne fait nulle allusion à la nymphe et à sa métamorphose, parmi les multiples allusion mythologiques, précieuses et énigmatiques, qui composent ce calligramme (Théocrite, Épigrammes)."

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Contes et légendes :


Dans la collection de contes et légendes du monde entier collectés par les éditions Gründ, il y a un volume consacré exclusivement aux fleurs qui s'intitule en français Les plus belles légendes de fleurs (1992 tant pour l'édition originale que pour l'édition française). Le texte original est de Vratislav St'ovicek et l'adaptation française de Dagmar Doppia. Il est conçu comme une réunion de fleurs qui se racontent les unes après les autres leur histoire ; le Roseau raconte la sienne dans un conte venu de Bohême et intitulé "La Petite Gardienne d'oies" :


"Il était une fois une petite fée qui s'appelait Syrinx. Elle se transforma en roseau", commença à raconter une petite fille en jupe tissée de petites fleurs bleues de lilas. "Et puis ? " interrogea la reine Rose. "J'ai oublié la suite", avoua la fillette sur le point d'éclater en sanglots." C'est sans importance," dit la reine pour la consoler, "tu te souviendras certainement d'un autre conte." Et, en effet... Écoutez plutôt.


Il était une fois un frère, buisson de sureau, et une sœur, arbrisseau de lilas. Ils poussaient côte à côte, au bord d'un sentier qui serpentait au pied d'un coteau. Ce petit chemin qui ne menait nulle part, était la promenade des fées. Quand la douce nuit du mois de mai enveloppait toute la contrée, le buisson de sureau se transformait en un charmant pâtre. Au son de sa flûte de sureau, une petite fée sortait du lilas. Le pâtre jouait, la fée dansait, et tout le pays embaumait si fort qu'il donnait le vertige aux amoureux qui se promenaient dans les prés. Au petit matin, le pâtre et la fée retrouvaient leur apparence végétale.

Un soir, une pauvre gardienne d'oies vint se recroqueviller sous le buisson de sureau. Elle prit une oie avec ses oisons sur ses genoux et se mit à pleurer.

"Pourquoi pleures-tu ?" fit une gentille petite voix au-dessus d'elle. Et un jeune pâtre en chemise blanche, une flûte à la main, surgit devant la gardienne d'oies effrayée.


"Comment ne pas pleurer ? Je suis toute seule au monde", répondit la jeune fille. "Ma méchante marâtre et ma demi-sœur m'ont chassée de la maison. Mon pauvre père, terrorisé, n'a pas dit un mot pour prendre ma défense. Je n'ai pas un toit où dormir."

Le pâtre lui sourit et joua de la flûte. Aussitôt, une jolie fée, vêtue d'une jupe de petites fleurs bleues, surgit devant la jeune fille.

"Viens plutôt danser avec moi, tu verras que ton chagrin passera", dit-elle en invitant la gardienne d'oies. Sans plus attendre, le pâtre joua un air entraînant, et la fée enlaça la jeune fille. Elles dansèrent et virevoltèrent à perdre le souffle. Ensuite, l'oie et ses oisons entrèrent dans la danse, à la plus grande joie de tout le monde. Au petit matin la petite fille roula dans l'herbe, hors d'haleine.

"Je n'en peux plus", déclara-t-elle en riant. "Mes pieds me font mal, mes yeux se ferment de fatigue."


"Il est temps d'aller se coucher", approuva le jeune berger. "Mais avant de nous séparer, accepte en souvenir ma flûte de sureau. Elle est magique, tu verras. Chaque fois que tu joueras un air, les fleurs se mettront à danser et tous tes vœux seront exaucés."

"Moi, je vais t'offrir ma jupe", renchérit la fée. "Si tu tournes sur toi-même, le vent t'emportera là où tu voudras."

La gardienne d'oies entendit à peine ces derniers mots, car elle s'endormit aussitôt à poings fermés. Elle se réveilla alors que le soleil était déjà très haut dans le ciel.

"Ah ! C'était un beau rêve ! " soupira-t-elle. Mais, miracle ! Une flûte de sureau et une jupe en fleurs bleues étaient bien posées à côté d'elle, dans l'herbe. La jeune fille prit la flûte, revêtit la jupe et tourna sur elle-même pour s'envoler au-delà des vallées, au gré de sa fantaisie. Partout où elle passait, elle jouait de joyeux airs. Au son de sa flûte, les fleurs s'ouvraient, livrant à la jeune fille d'étonnants secrets. Si elle jouait pour la rose blanche, une petite fée sortait de la fleur, faisait trois révérences et dansait trois fois. Si elle jouait pour le myosotis aux yeux bleus, celui-ci s'ouvrait pour laisser le passage à minuscule chevalier vêtu d'une armure bleue. Le chevalier brandissait trois fois son épée et saluait trois fois de sa lance. SI, enfin, elle jouait pour le pissenlit doré, de petites princesses mutines s'en échappaient et, ouvrant leurs ombrelles blanches, elles s'envolaient au gré du vent. Les promeneurs restaient bouche bée devant ces merveilles.

Ainsi, la petite gardienne d'oies allait de par le vaste monde, semant la joie et le rire sur son passage. Sa tristesse se dissipa, car tout le monde l'aimait bien. Un jour cependant, elle commença à se languir de sa maison et, surtout de son père. Sans plus attendre, elle fit virevolter s jupe autour d'elle et se retrouva assise avec son oie dans les bras, au bord de l'étang, à côté de sa maison natale dont elle scrutait les fenêtres. Pendant ce temps, l'oie conduisait prudemment ses petits vers l'eau.

Soudain, la marâtre, flanquée de sa fille, sortit précipitamment de la maison.

" Retourne d'où tu viens, bonne à rien ! Tu vas voir ce qu'il en coûte de lâcher des oies sur notre étang ! " crièrent-elles à qui mieux mieux, tout en lapidant les pauvres oiseaux. Elles auraient tué les oisons jusqu'au dernier si leur mère ne les avait pas protégés de ses propres ailes. Même ainsi, les deux furies blessèrent leurs ailes jusqu'au sang.

Attristée par tant de méchanceté, la jeune fille fondit en larmes.

" Si vous pouviez, mauvaises femmes, vous transformer en oies pour qu'on vous rende la pareille ! " songea-t-elle et, pour se redonner du courage, elle joua de la flûte de sureau. Or, aux premiers sons, la marâtre et sa fille se transformèrent en deux vilaines oies, tout ébouriffées. Cacardant de frayeur, elles se dirigèrent d'un pas incertain vers l'étang. Tous les garnements du village accoururent comme s'ils s'étaient donné le mot pour lapider les oies et faire voler leurs plumes. Sur ces entrefaites, le père de la jeune fille sortit sur le pas de la porte.

" C'est bien fait pour vous, mégères, cria-t-il aux oies. Pourquoi n'ai-je pas pris la défense de ma gentille petite fille ? Pourquoi vous ai-je laissées la chasser de la maison ? Pourra-t-elle jamais me pardonner ? " se lamenta-t-il.

A pas furtifs, la petite gardienne d'oies s'approcha de son père et caressa ses cheveux blancs.

" Tu ne me reconnais pas, papa ? Il y a longtemps que je t'ai pardonné ", dit-elle. Pleurant de bonheur, son père la prit par la main et la fit entrer, ainsi que les oies, dans la maison où ils vécurent heureux. Les méchantes oies, en revanche, connurent des jours difficiles. Les gamins, polissons, ne leur accordaient pas de répit et les molosses du village les faisaient courir à travers champs jusqu'à ce que les malheureuses réussissent à se sauver sur l'étang. Mais elles n'étaient pas au bout de leurs peines.

Dans le village, une fille de ferme stupide travaillait chez un riche paysan. un jour, elle eut envie de se confectionner un oreiller en plumes d'oie. Elle guetta nos deux oies infortunées près de l'étang et, lorsqu'elles s'approchèrent du bord, elle les saisit par le cou pur les plumer. Il fallait entendre les oies cacarder à fendre l'âme, mais la stupide fille les pluma entièrement en un tournemain. En arrachant la dernière plume, elle resta comme frappée par la foudre. La marâtre et sa fille se Tenaient devant elle, sans un cheveu sur la tête. La nouvelle se répandit comme une traînée de poudre dans le village, et les deux mégères chauves, honteuses, préférèrent se sauver à toutes jambes pour ne plus jamais revenir. Ainsi, la gentille gardienne d'oies put-elle regagner sa maison natale pour y vivre heureuse, entourée de l'affection de son père et de ses oies."

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Selon Véronique Barrau et Richard Ely, auteurs de Les Plantes des fées (Éditions Plume de carotte, 2014), le roseau est une "plante acoustique".


Flûtes enchantées : Au pied des montagnes enneigées d'Arcadie vivait jadis une nymphe appelée Syrinx. Sa grâce et sa beauté lui valaient d'attirer la convoitise des satyres comme des dieux mais elle était toujours parvenue à échapper à leurs fougueuses envies de l'étreindre. Mais un triste jour, le destin voulut qu'elle rencontre le dieu Pan sur son chemin. Mi-homme, mi-bouc, ce protecteur des bergers et de leurs bêtes était aussi lubrique qu'entêté. vexé de voir la nymphe dédaigner sa demande, il se fit si pressant que la belle n'eut d'autre choix que de prendre la fuite. Or, quand elle parvint au bord du fleuve Ladon, son cœur battit à tout rompre, l'eau était une barrière qu'elle ne pouvait franchir. elle supplia alors les naïades de la transformer en végétal.

En lieu et place du svelte corps de Syrinx, Pan ne saisit que des roseaux qu'il pressa contre lui pour essayer tout du moins de retrouver le parfum de la nymphe... De ses soupirs chagrinés dans les tubes creux découla un son léger et mélancolique. Charmé par cette musique, le dieu cornu fabriqua un instrument avec les roseaux pour immortaliser le souvenir de Syrinx. La flûte de Pan était née...

Ces végétaux se prêtent également à la création de pipeaux, certes plus simples mais dont la sonorité peut se montrer redoutable. Selon le peuple celtique des Gaels, entendre de telles notes sur les chemins et précipices durant la nuit indique l'inquiétante présence de l'Amadan Dubh,. d'un simple frôlement ,cet être apporte oubli, défiguration ou paralysie...


Une irrépressible somnolence : Tandis que la nuit recouvre les toits de sa sombre houppelande, la vigilance des parents s'assoupit irrémédiablement... Fort heureusement, des êtres fantastiques veillent au sommeil des plus petits. Les enfants somnambules de Finlande disposent ainsi d'un ange gardien nommé Nukku Matti. Ce vieil homme âgé de plus de mille ans vit dissimulé entre les roseaux des îles Fjäderhömlm, au milieu du golfe de Botnie. Enveloppé en permanence par la brume ambiante, il utilise sa longue canne à pêche pour attraper tous les petits rêveurs qui ne parviennent pas à s'extraire de leurs songes...


Ignoble pitance : Si le génie de la lampe d'Aladin est connu de tous, l'Animalito espagnol l'est en revanche bien moins. Une fois capturée, cette petite et fine créature à corps de serpent et à t^te de lézard est glissée dans un tube de roseau que l'on clôt à l'aide d'un bouchon. Elle exauce tous les vœux exprimés par son propriétaire mais si ce dernier ne peut la repaître de chair enfantine non baptisée toues les vingt-quatre heures, il se voit contraint de la nourrir avec son propre corps, sans quoi les démons l'emporteront.


Un mets perpétuel : L'eau douce est le domaine des ondins et ondines, des êtres féeriques humanoïdes dont le corps peut se terminer selon les endroits par une queue de poisson. Les créatures féminines sont connues pour leur chant harmonieux entraînant les jeunes hommes sous la surface mais en Roumanie, on préfère se focaliser sur leur cuisine. Dans ce pays, les ondines se dissimulant entre les roseaux offrent parfois aux humains un pain extraordinaire qui jamais ne diminue."

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Ogham :

Lire la fiche dédiée à l'Ogham Ngetal.

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Littérature :


"Syrinx"


L’épouse de Personne, la mère de Guerre-au-loin,

Enfanta le guide agile de la nourrice de À-la-place-de-la pierre,

Non pas la Corne, que nourrit une fois l’enfant du taureau,

Mais celui dont autrefois un orbe de bouclier sans pieu brûla le cœur,

Dont le nom est Tout, être double, qui désira la nymphe bavarde

Qui fait naître des sons, venteuse,

Lui qui, à la Muse couronnée de violettes,

Planta une fistule pointue, monument de son désir crépitant de feu,

Qui éteignit l’arrogance homonyme du

Tueur-de-grand-père et qui sauva la Tyrienne ;

À lui, Pâris Simichidas a consacré

Ce charmant fléau des porteurs d’aveugles ;

En plus de cela, toi qui marches sur les mortels,

Aiguillon de la femme de Saette,

Enfant d’un père furtif, sans père,

Aux jambes torses, réjoui,

Puisses-tu chanter un chant doux

Pour la vierge muette,

Belle-voix,

Invisible.


Théocrite, "Syrinx" in Épigrammes, traduction A. Kolde.

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