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  • Anne

La Renoncule


Étymologie :

  • RENONCULE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1549 ranuncule (J. Meignan, Hist. des plantes, LXXXVII ds Gdf. Compl.). Empr. au lat. ranuncula, prop. « petite grenouille » (bot. chez Pline, v. André Bot. ; en gr. β α τ ρ α ́ χ ι ο ν chez Dioscoride). Ce nom vient de ce que la plupart des espèces de ce genre habitent les lieux marécageux (v. Roll. Flore t. 1, p. 39).


Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Ranunculus arvensis ; Bassinet des champs ; Chausse-trappe des blés ; Pied de poule ;

Ranunculus alpestris ; Renoncule alpestre ; Renoncule alpine ; Renoncule des Alpes ;

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Botanique :


Selon François Couplan et Eva Styner dans Guide des plantes sauvages comestibles et toxiques (Editions Delachaux et Niestlé, 2013), les renoncules peuvent se classer en trois catégories :

  • plantes aquatiques à fleurs blanches

  • plantes terrestres à fleurs blanches ou rosées

  • plantes terrestres à fleurs jaunes "les boutons d'or"

De très nombreuses espèces possèdent des feuilles caractéristiquement découpées en 3-5 lobes réunis à la base , mais certaines ont des feuilles entières, allongées ou élargies. La plupart ont des pétales munis d'une écaille à la base.

Toutes les renoncules sont à considérer comme toxiques, en particulier la renoncule sardonique, la renoncule vénéneuse des hautes montagnes et la renoncule scélérate. Les renoncules les plus répandues sont la renoncule âcre, la renoncule rampante et la renoncule bulleuse, toutes à fleurs jaunes.


Confusions possibles : entre les différentes espèces de la nombreuse famille des Renonculacées.


Toxicité : toutes les renoncules sont irritantes et toxiques à des degrés divers. La plus dangereuse est la renoncule sardonique, utilisée comme poison dans l'Antiquité (elle provoquait dans la mort une crispation particulière du visage, le sourire "sardonique") et la renoncule vénéneuse, qui servait autrefois à empoisonner les pointes des flèches. On raconte que les mendiants utilisaient au Moyen-Age la renoncule scélérate pour frotter leurs membres avec la plante fraîche afin de provoquer des ulcérations et d'attirer ainsi la pitié des passants.

Dans la plupart des cas, les troubles consécutifs à l'ingestion se limitent à l'irritation violente des muqueuses buccales et du tractus intestinal.


Composition : toutes les espèces renferment en quantité variable un hétéroside de lactose, le ranunculoside, libérant par hydrolyse une substance vénéneuse, la protoanémonine, qui disparaît au séchage. Elles contiennent aussi des saponosides.


Utilisations alimentaires : les feuilles de ficaire, peu âcres, sont potentiellement comestibles. La base renflée de la tige de la renoncule bulbeuse peut être consommée après trempage et cuisson à l'eau. Sa saveur n'est pas désagréable et elle est nutritive.

site http://www.aujardin.info/plantes/ranunculus-repens.php

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Usages traditionnels :


Selon Alfred Chabert, auteur de Plantes médicinales et plantes comestibles de Savoie (1897, Réédition Curandera, 1986) :


Certaines plantes à suc âcre et irritant sont employées comme rubéfiants ou comme escharrotiques ; telle est le Ranunculus bulbosus, dont le bulbe, appliqué sur la peau, agit comme un cautère ; mais leur emploi dans ce but devient de plus en plus rare. Les mendiants sont presque les seuls à s'en servir aujourd'hui pour se provoquer des plaies artificielles. Les feuilles de diverses renoncules, boutons d'or ou bebet [...] sont les agents les plus actifs des plaies artificielles et les plus estimés parmi les membres de cette honorable corporation.




Croyances populaires :


Dans Le Folk-Lore de la France, tome troisième, la Faune et la Flore (E. Guilmoto Éditeur, 1906) Paul Sébillot recense nombre de légendes populaires :


Pour détourner les enfants de toucher à certaines espèces, on leur dit qu'elles peuvent être nuisibles aux volatiles parfois même comme dans le Cher, il suffit pour faire crever les oisons et les poulets de cueillir les renoncules des champs.

[...] Aux environs de Liège les enfants qui portent à leur bouche la renoncule éprouvent le même inconvénient [pisser au lit].

[...] Dans l'Aube on répand les fleurs des renoncules des champs devant la porte des maris trompés, dans la nuit de la saint Gengoult.

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Symbolisme :


Louise Cortambert et Louis-Aimé. Martin, auteurs de Le langage des fleurs. (Société belge de librairie, 1842) évoquent rapidement le symbolisme d'une espèce de renoncule :


RENONCULE SCÉLÉRATE - INGRATITUDE.

Cette plante est la plus malfaisante de toutes celles de nos prairies ; la culture augmente encore ses mauvaises qualités. Elle fleurit en mai et juin.


RENONCULE ASIATIQUE - BRILLANTE D'ATTRAITS.

C'est au commencement du printemps qu'on voit l'éblouissante Renoncule développer dans nos jardins ses fleurs variées, lustrées, éclatantes de mille couleurs, brillantes de mille attraits . Aucune autre plante n'offre aux amateurs des variétés aussi piquantes et un aussi riche coup d'ail .


SARDONIE - IRONIE.

Cette plante a quelque ressemblance avec le Persil ; elle renferme un poison dont l'effet est de contracter la bouche d'une manière si singulière que le malade semble rire en expirant. On a appelé ce rire affreux, rire sardonique ; c'est celui que l'on voit errer souvent sur les lèvres de la Satire, et sur celles de la froide Ironie .


N.B. D'après le Littré : "sardonie : (sar-do-nie) s. f. = Nom donné par les anciens à la renoncule scélérate, ranunculus sceleratus, L. parce qu'elle est très commune en Sardaigne." Néanmoins, il me semble étrange que les auteurs traitent deux fois de la même plante sous un nom différent, qui plus est avec un autre symbolisme...

 

Dans Les Fleurs naturelles : traité sur l'art de composer les couronnes, les parures, les bouquets, etc., de tous genres pour bals et soirées suivi du langage des fleurs (Auto-édition, Paris, 1847) Jules Lachaume établit les correspondances entre les fleurs et les sentiments humains :


Renoncule asiatique - Vous êtes riche d’attraits.

À cause de la richesse, de l’éclat et de la charmante variété de nuances de cette plante, l'une des plus belles du printemps.

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Dans son Traité du langage symbolique, emblématique et religieux des Fleurs (Paris, 1855), l'abbé Casimir Magnat propose une version catholique des équivalences symboliques entre plantes et sentiments :


RENONCULE ASIATIQUE - PARURE.

Il faut que les femmes s'habillent d'une manière simple et décente, que leurs plus beaux ornements soient la pudeur et la modestie et non la finesse, l'or les perles et les habits somptueux ; une conduite irréprochable voilà la parure qui sied aux femmes vraiment pieuses.

- Timothée, 11, 9. -

La renoncule asiatique, rivale de l'anémone, l'emporte sur elle par la riche variété de ses couleurs, la bleue exceptée ; on dirait que la nature a cherché à les réunir toutes dans une seule espèce pour les exposer aux regards de l'homme. C'est un tableau magique, auquel le fleuriste cherche à donner plus d'éclat par l'ordre qu'il établit entre les individus, selon l'harmonie ou le contraste de leurs couleurs. Il n'est pas étonnant que la vue d'un spectacle aussi ravissant ait inspiré aux amateurs une passion très innocente, quoique souvent portée chez quelques -uns à un excès ruineux . Cette espèce, originaire de l'Asie, n'existe dans les jardins d'Europe, que depuis environ le mi lieu du XVI° siècle, elle était cultivée avec soin à Constantinople, sous le règne de Mahomet IV. En passant par les mains des Hollandais, les variétés en furent multipliées à l'infini et formèrent longtemps pour eux une branche de commerce lucratif.

RÉFLEXION.

Il n'y a rien de si déplorable que l'amour des vains ajustements. Comment une femme chrétienne pourra-t -elle s'appliquer comme elle le doit aux exercices d'une piété solide et mépriser les folies du siècle, lorsqu'elle trouve du plaisir à se parer d'or et de pierreries ?

(SAINT-CHRYSOSTOME, Sermons.)

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Selon Pierre Zaccone, auteur de Nouveau langage des fleurs avec la nomenclature des sentiments dont chaque fleur est le symbole et leur emploi pour l'expression des pensées (Éditeur L. Hachette, 1856) :


RENONCULE - VOUS BRILLEZ DE MILLE ATTRAITS.

Plante vivace, haute de huit à dix pouces, terminée par une fleur simple ou double ; beaucoup de renoncules viennent sans culture dans les prés, les bois, les marais.

C'est Louis XI qui, dit-on, apporta le premier la renoncule en France .

 

Emma Faucon, dans Le Langage des fleurs (Théodore Lefèvre Éditeur, 1860) s'inspire de ses prédécesseurs pour proposer le symbolisme des plantes qu'elle étudie :


Renoncule des jardins — Péril caché.

Belle fleur cultivée pour la variété de ses couleurs, mais très- dangereuse. Il faut éviter d'en porter à la bouche - aucune de ses parties, car le suc qu'elle renferme peut causer de graves accidents.


Renoncule scélérate – Méchanceté.

On trouve cette variété au bord des étangs et des marais ; elle contient un poison si violent que ses feuilles appliquées sur la peau causent en peu d'heures des plaies profondes qui généralement sont suivies de la gangrène. - Les renoncules scélérates, âcres, aquatiques, ainsi que plusieurs autres espèces à fleurs jaunes comme elles et comme elles aussi très vénéneuses, sont connues sous le nom de bouton d'or.

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Dans son Nouveau Langage des fruits et des fleurs (Benardin-Béchet, Libraire-Éditeur, 1872) Mademoiselle Clémentine Vatteau poursuit la tradition du Sélam :


RENONCULE ASIATIQUE : Vous êtes brillante d'attraits.

— DES PRÉS : Malice ; Besoin de nuire.

— BOUTON D'ARGENT : Avarice ; Méchanceté.

— SCÉLÉRATE : Ingratitude.

SARDONIE : Ironie.

Cette plante contient un poison qui fait contracter la bouche comme dans le rire sardonique.

 

Selon Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani :


A l'entrée renoncule : Cette plante est surtout associée à des interdits ; on racontait aux enfants que s'ils touchaient les renoncules des champs, les poulets de la ferme en mourraient aussitôt 'Cher). Ceux qui en portaient à la bouche risquaient de redevenir sales la nuit (Liège).

Pour preuve de sa mauvaise réputation, dans l'Aube, à certaines dates, on répandait les fleurs de renoncule des champs devant la porte des maris trompés.

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D'après Nicole Parrot, auteure de Le Langage des fleurs (Éditions Flammarion 2000) :


"La renoncule, souvent mécontente, mérite bien son nom qui vient du latin ranunculus, grenouille en colère. Elle estime qu'elle a des reproches à faire et ne craint pas de les formuler. Blanche, elle s'étonne : "pourquoi vous détourner de moi ?" et avertit : "un ennemi vous guette, prenez garde". Jaune d'or, elle n'y va pas par quatre chemins. "Vous êtes ingrat(e)". Rouge, elle se montre lucide : "vous méconnaissez mon amour". Prudente, elle signale cependant : "n'essayez pas de me joindre, on nous surveille !"

Nette et sans détour, la renoncule porte bien son surnom, fleur de l'impatience. D'où lui vient-il donc ? Au XIXe siècle, l'auteur anonyme du manuel La Flore galante, qui faisait alors autorité, fournit cette curieuse explication : "Son fond jaune, parfois violacé, ressemble assez bien au teint bilieux et couperosé des personnes qui se livrent facilement à l'impatience. C'est de là, probablement que lui est venue son acception emblématique". On peut évidemment préférer d'autres interprétations plus scientifiques. Ou, à défaut, plus plaisantes.

Impatiente ou pas, la renoncule nous a donné le gentil bouton d'or qui étoile nos prairies. Elle nous est arrivée de Palestine dans les bagages du roi Louis IX, revenant de croisade. Toujours parce qu'on lui reproche son impatience, on la nomme aussi "renoncule scélérate"'. Pas de doute, cette fleur a du caractère.


Mots-clefs : "Franche et impatiente".

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Contes et légendes :


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Mademoiselle de Lubert, Tecserion [Sec et Noir] ou La princesse des Fleurs et le prince des Autruches, 1743 :


Dans ce conte de fées du XVIIIe siècle, la fée se nomme Renoncule...


Après avoir fait un résumé de ce conte, Blandine Gonsollin évoque dans « De la tyrannie à l'idée d'un contrat social : régénérescence royale dans le conte de Tecserion de Mlle de Lubert », (Dix-huitième siècle, vol. no 39, no. 1, 2007, pp. 491-504.) la dimension alchimique du conte qui lui permet d'envisager le prénom de la fée Renoncule comme signifiant :


Tecserion, par sa mélancolie, est placé sous le signe de Saturne dont le plomb est le métal correspondant. La mélancolie symbolise l’œuvre au noir alchimique 10, état ingrat de la calcination et de la putréfaction de la matière mais néanmoins nécessaire à l’obtention progressive de l’or. Aussi pour guérir le tyran de sa mélancolie, le conte lui prescrit trois remèdes : tout d’abord, Belzamine, en éconduisant la bête, ose lui refuser la satisfaction de ses désirs, ce qui rapproche l’intrigue de Tecserion de celle de Peau d’Aˆ ne à bien des points de vue. Ensuite, puisque les plantes sont d’une aide précieuse, il est métamorphosé en tilleul dont les vertus calmantes et antispasmodiques sont toutes indiquées pour calmer l’état nerveux du roi. Enfin, selon le principe médical « des contraires opposés aux contraires », le climat chaud et humide de Vénus vient parfaire la guérison de sa mélancolie (humeur dont les qualités sont le froid et le sec). Même la fée Renoncule, qui n’agit pourtant que pour son propre plaisir, semble participer à l’apaisement du mal royal, puisque la renoncule, en tant que plante aquatique, aurait la vertu de soulager la sécheresse du mélancolique, comme l’illustre la couronne de la Melencolia de Dürer. Ce n’est qu’après ces étapes successives que la noire mélancolie du roi peut être purifiée et même sublimée.

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Blandine Gonssollin, « Les contes de Mlle de Lubert : des petites machines à lire et à écrire », (Féeries, 8 | 2011, pp. 177-194) poursuit son exégèse de ce conte, sans revenir néanmoins sur l'onomastique :


Jouer avec l’art du récit : navette et collier de perles

Au cœur du labyrinthe lubertien, la fée évince le minotaure. La figure du labyrinthe apparaît d’ailleurs explicitement dans Tecserion. C’est dans le labyrinthe des Myrtes que Mélidor se découvre trompé par Renoncule. Or, si dans le mythe antique un fil providentiel permettait au héros de trouver sa voie, Mlle de Lubert n’a semble-t-il pas oublié que les fées descendent des fata grecques : comme ces dernières, Renoncule ne fait pas don du fil, elle le coupe. Mais pour tromper leur monde, les fées savent aussi filer et les fils des destinées se conjuguent alors avec ceux du récit. Renoncule de Tecserion et Tigreline de Lionnette offrent alors deux facettes de cette fée maîtresse du récit qui joue et jouit de son art.

Renoncule est ce qu’on pourrait appeler une fée-araignée, une femme fatale qui tisse les destins humains pour mieux les y prendre au piège. Comme Circé, elle est la maîtresse d’un univers d’illusions en constante mutation, où les hommes sont ballottés d’un espace à un autre, d’une apparence à une autre. Mais elle est aussi, femme-Protée, la magicienne d’elle-même, comme l’illustre l’enveloppe momentanée de Myrrha qu’elle enfile pour séduire Mélidor. Son identité n’est donc pas plus stable que l’univers qu’elle manie. Comme toute fée qui se respecte, elle fait don aux personnages de présents merveilleux mais, avec elle, les dés sont pipés. Belzamine reçoit ainsi trois cadeaux empoisonnés. En fine lectrice, Mlle de Lubert transforme les traditionnels trois dons féeriques du conte type 425 (sous-type B) en trois leurres jetés dans la trame narrative pour tromper personnages et lecteur. Mais ils n’épargnent pas même leur instigatrice (1) : Renoncule est frappée d’étonnement quand la navette d’or, contre toute attente, libère la princesse de sa puissance. Le principe de désorientation narrative n’épargne pas même la fée qui en est l’emblème. La navette, aussi anodine qu’elle puisse paraître, ne symbolise pas moins les pouvoirs d’une littérature qui désoriente son lecteur en imprimant un mouvement de va-et-vient, qui promet une chose et réalise le contraire.

Mais plus que par ses dons trompeurs, Renoncule désoriente son monde par son libertinage et sème la confusion au plus profond des cœurs. Le masque de coquette qu’elle revêt lui permet d’exercer à couvert une manipulation sur autrui. Les hommes du conte font ainsi figure de marionnettes qu’elle mène à la baguette, ce qui prend tout son sens si l’on songe à la manière dont les libertins se sont emparés de la théorie mécaniste du corps humain, impulsée par Descartes au siècle précédent et dont la pensée va se radicaliser au milieu du XVIIIe siècle avec La Mettrie et Helvétius. Lorsqu’elle écrit, Mlle de Lubert se situe au cœur de cette période de réflexion démystifiée sur la nature de l’homme, et Tecserion s’en fait l’écho à travers le personnage de Renoncule. La clé de la manipulation d’autrui réside alors dans la découverte d’un ressort sur lequel jouer. Ainsi, la fée réussit à s’attacher de nouveau Mélidor en déployant toute sa sensualité lors d’une entrevue feutrée. Son triomphe n’est en rien diminué par le fait qu’il persiste à exprimer devant elle son amour pour Belzamine. Au contraire, cela prouve l’étendue de son pouvoir sur lui : le discours moral et vertueux qu’il professe entre en totale contradiction avec les manifestations physiques qu’il ne peut réfréner devant les charmes de la fée. Avant le Clitandre de Crébillon, la fée se montre ainsi curieuse de savoir « s’il est vrai que la machine l’emporte sur le sentiment (2) » et force est d’admettre que l’expérience n’est que trop concluante, puisque c’est dans un profond état d’égarement qu’elle abandonne le prince qui « lorsqu’il croyait par délicatesse, devoir oublier Belzamine, son cœur par faiblesse se rendait à Renoncule, ou plutôt il les aimait toutes deux sans s’en apercevoir » (Tecserion, p. 93). De proche en proche, la fée imprime ainsi un mouvement de va-et-vient à un prince déboussolé, réduit à l’état de navette oscillant entre deux femmes.


Notes : 1) Dans l’article déjà cité, A. Defrance montre que l’objet magique chez Mlle de Lubert est investi d’une fonction tout à fait originale de l’ordre « du pur fantasme » de « pouvoir et de maîtrise », qui participe à la création d’un monde où l’homme s’illusionne à se croire maître de son environnement, des autres et de lui-même.

2) Cl. P. de Crébillon, La Nuit et le Moment (1755), dans Œuvres complètes, Paris, Bordas, 1999, t. II, p. 610

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Mythologie :


D'après Angelo de Gubernatis, auteur de La Mythologie des plantes ou les légendes du règne végétal, tome 2 (C. Reinwald Libraire-Éditeur, Paris, 1882),


BATRACHION. — Cette herbe, d'après les anciens, avait la propriété de guérir les fous, avec le concours, bien entendu, des circonstances astrologiques favorables. Voici ce qu'on lit à ce propos dans le traité d'Apulée « De Virtutibus Herbarurn » : « Herba batrachion, si lunatico in cervice ligetur, lino rubro, luna decrescente, cum erit signum tauri vel scorpionis parte prima, mox sanabitur. »




Littérature :


Le Renoncule


Coco Bel-Œil,

Marchand de couleurs

Et de cerfeuil,

Ho ! Coco Bel-Œil

Dis-moi le nom de cette fleur ?

C’est la renoncule

Pour ma sœur Ursule,

Pour mon frère Hercule

C’est la renoncule.


Robert Desnos, "Le Renoncule" in Chantefables et Chantefleurs, 1952.

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Voir aussi : Bouton d'or ;


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