Blog

  • Anne

L'Arc-en-ciel





Étymologie :

  • ARC-EN-CIEL, subst. masc. et adj. inv.

ÉTYMOL. ET HIST. − 1150-70 arc del ciel (Mystere d'Adam, p. 160 ds Gdf. Compl. : Lors descendra del ciel la cengle Que nos apelum arc del ciel) ; ca 1275 arc en ciel (Roman de la Rose, éd. Langlois, 18036). Composé de arc*, de en* et de ciel*.


Lire également la définition du nom arc-en-ciel pour amorcer la réflexion symbolique.




Histoire :


Selon Michel Pastoureau auteur de Vert, Histoire d'une couleur (Éditions du Seuil, 2013),


"Pour l'exégèse biblique, l'arc-en-ciel est un arc d'alliance entre Dieu et les hommes. Celui que l'on voit ici [sur une miniature de la Genèse de Vienne (Syrie, première moitié du VIe siècle, Vienne Österreichische Nationalbibliothek Theol. Gr. 31, fol. 3] fait suite au déluge : il est protecteur et pacificateur. dans les images médiévales, l'arc ne ressemble jamais à celui que nous connaissons : non seulement il ne possède pas sept couleurs, seulement deux, trois ou quatre, mais ces couleurs ne forment pas une séquence ordonnée comme dans le spectre. Dans les arcs-en-ciel du haut Moyen Âge, le vert est souvent présent, le bleu, jamais."

*




Symbolisme :


Selon le Dictionnaire des symboles (1ère édition Robert Laffont, 1969 ; Edition revue et corrigée 1982), rédigé par Jean Chevalier et Alain Gheerbrant,


"L'arc-en-ciel est chemin et médiation entre l'ici-bas et l'au-dessus. Il est le pont qu'empruntent dieux et héros entre l'autre monde et le nôtre. Cette fonction quasi universelle est attestée aussi bien chez les Pygmées qu'en Polynésie, en Indonésie, en Mélanésie, au Japon, pour ne parler que des cultures extra-européennes.

C'est en Scandinavie le pont de Byfrost ; au Japon le pont flottant du Ciel ; l'escalier aux sept couleurs, par lequel le Bouddha redescend du ciel, est un arc-en-ciel. La même idée se retrouve de l'Iran à l'Afrique et de l'Amérique du Nord à la Chine. Au Tibet, l'arc-en-ciel n'est pas le pont lui-même, mais l'âme des souverains qui s'élève vers le ciel : ce qui ramène indirectement à la notion de Pontifex, le lieu de passage. IL existe un lien étymologique et symbolique entre l'arc-en-ciel et le ciel dont le nom breton kanevedenn suppose un prototype vieux-celtique kambonemos, courbe céleste. Le symbolisme rejoindrait alors à la fois celui du ciel et celui du pont.


Les rubans utilisés par les chamans bouriates portent le nom d'arc-en-ciel, ils symbolisent en général l'ascension du Chaman au ciel. Les Pygmées d'Afrique centrale croient que Dieu leur montre son désir d'entrer en rapport avec eux par l'arc-en-ciel.

L'arc-en-ciel est un exemple de transfert des attributs du dieu ouranien à la divinité solaire : L'arc-en-ciel, tenu en tant d'endroits pour une épiphanie ouranienne, est associé au soleil et devient chez les Fuégiens le frère du soleil.

Chez les Dogons, l'arc-en-ciel est considéré comme le chemin permettant au Bélier céleste, qui féconde le soleil et urine les pluies, de descendre sur la terre. Le caméléon, qui porte ses couleurs, lui est apparenté. L'arc-en-ciel, toujours selon les croyances Dogon, a quatre couleurs, le noir, le rouge, le jaune et le vert ; elles sont la trace laissée par les sabots du Bélier céleste, quand il court.

En Grèce, l'arc-en-ciel est Iris, la messagère rapide des dieux. Il symbolise aussi de façon générale des relations entre le ciel et la terre, entre les dieux et les hommes : il est un langage divin.

En Chine, l'union des cinq couleurs prêtées à l'arc-en-ciel est celle du yin et du yang, le signe de l'harmonie de l'univers et celui de sa fécondité. Si l'arc de Shiva est semblable à l'arc-en-ciel, celui d'Indra lui est expressément attribué (arc d'Indra, cinthna, est encore le nom qu'on lui donne aujourd'hui au Cambodge). Or Indra dispense à la terre la pluie et la foudre, qui sont les symboles de l'Activité céleste.

Les sept et non cinq couleurs de l'arc-en-ciel figurent, dans l'ésotérisme islamique, l'image des qualités divines reflétées dans l'univers, car l'arc-en-ciel est l'image inverse du soleil sur le voile inconsistant de la pluie (Jili). Les sept couleurs de l'Arc sont assimilées aux sept cieux en Inde et en Mésopotamie. Selon le bouddhisme tibétain, nuages et arc-en-ciel symbolisent le Samboha-kâya (corps de ravissement spirituel), et leur résolution en pluie le Nirmâna-kâya (corps de transformation).

L'union des contraires, c'est aussi la réunion des moitiés séparées, la résolution. Ainsi, suggère Guénon, l'arc-en-ciel apparaissant au-dessus de l'Arche réunit-il les eaux inférieures et les eaux supérieures, moitiés de l’œuf du monde comme signe de la restauration de l'ordre cosmique et de la gestation d'un cycle neuf. De façon plus explicite la Bible fait de l'arc-en-ciel la matérialisation de l'alliance. Et Dieu dit : Voici le signe de l'alliance que je mets entre moi et vous et tous les êtres vivants qui sont avec vous, pour les générations à venir : je mets mon arc dans la nuée et il deviendra un signe d'alliance entre moi et la terre (Genèse, 9, 12-17).

De Champeaux reconduit la même image dans le Nouveau Testament, la barque de Pierre relayant l'Arche de Noé : A l'intérieur de cette coquille est circonscrit le mystère de l'Eglise qui est par vocation coextensif de l'univers symbolisé par le carré. Avec Noé, Dieu a inscrit préfigurativement le carré du Nouveau Cosmos dans le Cercle irisé de la bienveillance divine. Il a esquissé le schéma de la Jérusalem des derniers temps. Cette alliance est déjà un accomplissement, une assomption, car Dieu est fidèle. Les Christ en gloire, byzantins ou romans, trônent souvent au milieu d'un arc-en-ciel.


L'association Pluie-Arc-en-ciel fait qu'en de nombreuses traditions celui-ci évoque l'image d'un serpent mythique. C'est en Asie orientale, le Naga, issu du monde souterrain. Ce symbolisme qu'on retrouve en Afrique et peut-être note Guénon, en Grèce, car l'arc était figuré sur la cuirasse d'Agamemnon par trois serpents, est en rapport avec les courants cosmiques, qui se développent entre le ciel et la terre. L'escalier arc-en-ciel du Bouddha a deux nâga pour montants. On retrouve le même symbolisme à Angko (Angkor-Thom, Prah Khan, Banteai Chamr) où les chaussées à nâga-balustrades sont des images de l'arc-en-ciel : ce que confirme, à Angkor-Thom, la présence d'Indra à leur extrémité. Il faut ajouter qu'à Angkor la même idée paraît bien s'exprimer au linteau des portes - portes du ciel, bien sûr - où l'on retrouve Indra et le makara crachant deux nâga. L'arc à makara symbolise très généralement l'arc-en-ciel et la pluie céleste. Les légendes chinoises content la métamorphose d'un Immortel en arc-en-ciel enroulé comme un serpent. Signalons encore à ce propos qu'il existe au moins cinq caractères désignant l'arc-en-ciel et qui, tous, contiennent le radical boel, celui du serpent.

Ajoutons que, si l'arc-en-ciel est généralement annonciateur d'heureux événements, liés à la rénovation cyclique (c'est ainsi, encore, qu'un arc-en-ciel apparut à la naissance de Fou-hi), il peut aussi préluder à des troubles dans l'harmonie de l'univers et même prendre une signification redoutable : c'est l'autre face, gauche ou nocturne, du même complexe symbolique : Quand un Etat est en danger de périr, écrit Houai Nan-tseu, l'aspect du ciel change... un arc-en-ciel se montre... Chez les montagnards du Sud Viêt-Nam, les rapports ciel-terre par l'intermédiaire de l'arc-en-ciel comportent un aspect néfaste, en relation avec la maladie et la mort. L'arc-en-ciel Börlang-Kang est d'origine sinistre ; le montrer du doigt peut provoquer la lèpre. Chez les Pygmées, il est le dangereux serpent du ciel, comme un arc solaire formé de deux serpents soudés ensemble. Chez les Negrito Seman, l'arc-en-ciel est un serpent python. De temps à autre, il se glisse au firmament pour y prendre un bain. Il brille alors de toutes les couleurs. Quand il verse l'eau de son bain, c'est sur la terre la pluie du soleil une eau extrêmement dangereuse pour les humains.

Il est maléfique chez les Negrito Andaman : il est le tam-tam de l'Esprit de la Forêt ; son apparition annonce la maladie et la mort. Chez les Chibcha de Colombie, l'arc-en-ciel était au contraire une divinité protectrice des femmes enceintes.

Pour les Incas, c'est la couronne de plumes d'Illapa, Dieu du Tonnerre et des Pluies. Illapa est considéré comme un homme cruel et intraitable, et, de ce fait, les anciens Péruviens n'osaient regarder l'arc-en-ciel, ils se fermaient la bouche de la main s'ils l'apercevaient. Son nom est donnée à l'échelle permettant l'accès à l'intérieur des temples souterrains des Indiens Pueblo et donc symboliquement l'accès au domaine des forces chtoniennes.

Néfaste également chez les Incas. L'arc-en-ciel est un serpent céleste. Recueilli par les hommes quand il n'était qu'un vermisseau, à force de manger il prit des proportions gigantesques. Les hommes furent contraints de le tuer parce qu'il exigeait des cœurs humains pour sa nourriture. Les oiseaux se trempèrent dans son sang et leur plumage se teinta des couleurs vives de l(arc-en-ciel.

En Asie centrale, une conception assez courante veut que l'arc-en-ciel aspire ou boive l'eau des fleuves et des lacs. Les Yakoutes croient qu'il peut même enlever des hommes sur la terre. Dans le Caucase, on exhorte les enfants à faire attention à ce que l'arc-en-ciel ne les emporte pas dans les nuages."

*

*


Symbolisme onirique :


Pour Georges Romey, auteur du Dictionnaire de la Symbolique, le vocabulaire fondamental des rêves, Tome 1 : couleurs, minéraux, métaux, végétaux, animaux (Albin Michel, 1995),


"D'un geste grandiose, Dieu reproduit l'antique signe de Son Alliance avec la multitude des hommes. L'arc-en-ciel jette un pont immense et solennel reliant une origine inaccessible à l'imprévisible destination.

Les couleurs irisées, ordonnées dans un arc parfait, à la fois distinctes et fondues, témoignent du pouvoir infini de la Source. Des ténèbres, le Créateur a séparé la lumière blanche, de celle-là,. Il a fait jaillir les couleurs.

L'arc-en-ciel onirique semble reproduire, à l'échelle de chaque rêveur, cette aptitude créatrice qui permet le passage de l'unique au multiple, de la solitude à la relation, de la prison du paraître à la liberté de l'être. Signe de passage, signe d'alliance, l'arc-en-ciel du rêve s'inscrit parmi les agents médiateurs qui conduisent la réalisation du processus d'union des contraires. La lecture des scénarios démontre que cette dynamique médiatrice s'applique à des besoins très divers de réhabilitation des opposés. Dans le rêve, un arc-en-ciel se proposera pour relier animus et anima, permanence et évolution, violence et douceur, solitude et communication, ombre et lumière, gloire et humilité, esprit et matière, etc.


Lors de la constitution de la base de données, nous avons spontanément classé l'arc-en-ciel dans la famille des couleurs. Quand le mental évoque un arc-en-ciel, c'est d'abord le spectre des couleurs qu'il se représente. L'arc, cette portion gigantesque d'un cercle capable d'embrasser la terre, n'est présent que secondairement dans la pensée consciente. Les dispositions inconscientes se nourrissent en des zones plus profondes de la symbolique. Elles ne retiennent pas seulement les effets visibles, c'est-à-dire la prodigieuse manifestation des couleurs dans un arc aux dimensions du ciel, elle s'intéressent aux conditions indispensables. L'inconscient sait que l'arc-en-ciel naît dans l'humide, que sans la présence de l'eau, la lumière solaire resterait entière. SI le soleil apparaît dans 75% des scénarios où se déploie l'arc-en-ciel, c'est, dans la moitié de ceux-là, un demi-soleil qui est mentionné, comme si le rêveur se donnait à comprendre que l'astre ne joue qu'un rôle partiel. Par contre, l'eau est présente dans la totalité des rêves soumis à l'étude. Dans la moitié des rêves, l'imaginaire suit un itinéraire qui conduit de l'arc-en-ciel à la nuit étoilée. Le dix-septième arcane majeur du tarot, intitulé "les étoiles" présente une jeune femme nue versant de l'eau vivifiante de deux urnes dans une mare d'une part et sur la terre de l'autre. Huit étoiles, placées au-dessus de cette figure féminine, composent avec elle et l'eau des deux urnes, l'harmonie suprême dans l'humide : l'acceptation de la destinée dans l'abandon des crispations de la volonté individuelle.

L'eau, l'étoile, l'anima... l'arc-en-ciel déployé dans le rêve conduit du soleil à l'étoile, du feu à l'eau, de l'esprit à l'âme, de la volonté à l'espérance. Il signe l'avènement du règne de l'anima, l'intégration des valeurs d'accomplissement dans la voie humide. L'arc-en-ciel est une manifestation éphémère dont l'origine et l'aboutissement se confondent dans le mystère d'inaccessibles horizons. Il est, en cela, une splendide représentation de la vie, mystérieuse par sa cause, éblouissante par ses potentialités, limitée dans sa durée, énigmatique par sa destination.

Ainsi, l'arc-en-ciel onirique est-il un pont jeté entre le monde de la terre et l'autre monde. Les couleurs déployées dans l'arc sont fréquemment associées aux cercles concentriques de la pupille d'un œil. Deux séquences de rêves vont illustrer à la fois cette corrélation et l'aptitude de l'arc-en-ciel à établir une relation entre les deux mondes.

Le troisième scénario de Suzanne commence sur des images très évocatrices, ici condensées en quelques phrases : "Je vois une sorte d'arc-en-ciel... ou un arc-en-ciel, mettons des couleurs.... une sorte de prisme de couleurs.... une colonne de couleurs, parce qu'un arc-en-ciel, c'est un arc ! Mais là, maintenant, je vois plutôt une colonne qui s'élève de la mer, une trombe, mais de couleurs... ça s'élève dans le ciel, droit, pas comme un arc-en-ciel, mais ça décompose les couleurs comme un arc-en-ciel ! Je suis sur une plage, ça me rappelle une plage du Portugal, avec des bateaux, très beaux, très colorés... et ils avaient tous un œil peint sur la coque, à l'avant... et, de l'autre côté, quand on était sur la mer, il y avait des vagues d'une violence extraordinaire. Je me vois très bien au milieu de cette colonne de couleurs et peut-être que, comme cela, je pourrais partir au ciel ou ailleurs, je ne sais pas où... sur une autre planète... là, il y aurait des couleurs très atténuées, passées, très passées, très douces d'ailleurs, des couleurs très très douces... ce n'st pas les tons de la terre. Là, il y a des êtres transparents, ils ne m'entendent pas, ne me voeint pas... il n'y a pas d'animaux sur cette planète, seulement des papillons, aux couleurs très atténuées aux aussi..."

Cette séquence réunit presque toutes les caractéristiques de l'arc-en-ciel imaginé : le rôle de passeur entre les mondes, l'association avec l’œil mais aussi la fonction de réhabilitation des opposés. De la violence des vagues exprimant les pulsions dominatrices qui rendent tumultueuse l'existence quotidienne de Suzanne, l'arc-en-ciel donne accès à la grande douceur d'un monde aux couleurs très atténuées. Du monde des passions à la paix de l'âme, un pont immatériel se propose pour rétablir un équilibre depuis longtemps détruit.

La structure du quinzième rêve de Véronique, rêve particulièrement long, mène la jeune patiente de la solitude dans laquelle elle s'est peu à peu repliée à la relation vivante avec les principaux acteurs de son entourage. La séquence qui suit constitue une charnière entre les images exprimant l'enfermement et celles qui conduiront la rêveuse au sein d'une foule accueillante :

"... J'ai des ailes d'hirondelle... je fais un super-vol dans le ciel et je vais me poser sur un arbre. Cet arbre est violemment agité... mais je sens que si je me calme moi-même, tout se calmera... en effet tout se calme. Il y a des champs, verts, une rivière, des cascades, un torrent... une grande tempête se lève... le fleuve est agité... il pleut d'énormes gouttes, c'est comme si j'étais dans un pays de géants un peu... y a un orage et une grande tempête... c'est marrant, parce que c'est un peu une tempête... ensoleillée ! Parce qu'il y a des éclairs, de la pluie et, en même temps, il y a un arc-en-ciel... alors, c'est qu'il y a un peu de soleil... et ça n'arrête pas de changer... et le soleil transperce toujours plus ou moins la pluie et ça fait super-joli et, tout à coup, je vois un arc-en-ciel enfin, plutôt deux, dont un à l'envers, qui se croisent, bien symétriquement, et en fait... ça fait un œil, enfin un œil vivant, qui s'ouvre et... tout à coup je me sens comme aspirée jusqu'à la pupille de l’œil, que je pénètre et je me retrouve dans une espèce d'autre monde, de l'autre côté de l’œil en fait ! Derrière la pupille... j'ai l'impression d'être dans les couleurs de l'arc-en-ciel, très irisées, mais pas dans un cercle ou dans quelque chose de fermé, mais de me trouver devant un monde... et c'est un monde d'eau, de ciel, enfin, de matière un peu mélangée... je nage dans l'eau d'arc-en-ciel accompagnée d'une libellule... je débouche dans une nuit noire mais très claire avec plein d'astres, de lumières, de bougies, d'étoiles..."

Fils du soleil et de la pluie, l'arc-en-ciel naît dans l'orage. Il n'est pas un indice de transformation paisible. Il mène à la paix de l'âme, mais c'est dans la tempête qu'il puise sa force médiatrice. Comme l'étoile, il est l'agent d'une croissance continue, du rétablissement de la fonction d'évolution permanente. Mais pour réaliser son oeuvre, il lui faut briser les digues établies par le système de défense du mental. Il est le produit de psychologies tumultueuses, riches en pulsions contradictoires. On ne peut éviter d'observer que les femmes qui ont accueilli le symbole dans le ciel de leur rêve ont toutes une nature impétueuse, portée à l'exaltation imaginative et animée par de puissantes oppositions.

Une séquence du vingt-septième rêve d'Oliver, dont toute la cure s'est structurée autour de la réhabilitation de l'anima, montrera que les thèmes liés à l'arc-en-ciel sont les mêmes pour les hommes et pour les femmes. Olivier a connu pendant de nombreuses années de grandes difficultés dans sa relation aux autres, génératrices d'un isolement presque total. A ce stade de la cure, les dernières barrières tombent et le rêveur a retrouvé, dans sa vie quotidienne, la joie d'une communication partagée.

"Je vois du bleu... et puis, là, un robinet en cuivre, ancien, usagé... des gouttes d'eau tombent régulièrement. Elles tombent sur une eau calme, paisible, mais qui a les couleurs de l'arc-en-ciel !... Hum... malgré les couleurs de l'arc-en-ciel, c'est aussi une eau très transparente... il n'y a aucun mouvement à part celui des gouttes d'eau... on sent quand même un léger vent qui pousse les nuages de la droite vers la gauche... Des oiseaux passent, chacun à son rythme... ils ont l'air content... ce qui domine dans le paysage, après la tempête du dernier rêve, c'est la paisibilité ! C'est une solitude encore mais qui est agréable... en fait, j'ai dit "solitude" mais je suis au milieu de gens sympathiques... ils paraissent contents... je ne les avais pas remarqués... je décide d'aller en face, de changer de rive, d'aller de l'autre côté de cette pièce d'eau... il y a des coquelicots, des libellules... la nuit tombe, une nuit très noire, avec beaucoup d'étoiles... et la lune... maintenant le jour se lève... je n'y accorde plus d'importance... je ne me sens pas différent le jour de la nuit... j'ai fait le plein d'énergie aux étoiles..."

Une patiente ira jusqu'à placer l'arc-en-ciel de son rêve dans un ciel de nuit et s'exclamera : "C'est beau, un arc-en-ciel, dans un ciel plein d'étoiles !"

*

Hommes et femmes déploient l'arc-en-ciel imaginé à l'heure où la réhabilitation de l'anima s'accomplit dans une dynamique irréversible. Symbole de croissance continue, l'arc-en-ciel dissout les alibis de la raison et délivre les énergies qui s'épuisaient en luttes stérilisantes.

La reconnaissance de l'humide correspond au rétablissement d'un flux vital. retour à la Source, elle renvoie à l'eau ainsi qu'à l'image maternelle. Rêveurs et rêveuses, à travers une vision d'arc-en-ciel, aspirent à la dissolution des conflits altérant la relation à la mère.

De la solitude à la relation, de l'agitation à la paix, de la volonté de maîtrise du destin à l'acceptation de l'imprévisible devenir, la distance psychologique est à la fois nulle et grande à l'infini. C'est un chemin éternel comme le flux d'une eau qui coule, impalpable comme la lumière d'une étoile. L'imaginaire propose un pont capable de mener le rêveur d'une rive à l'autre de son être, un pont de lumière te d'au, un pont aux couleurs de la création : l'arc-en-ciel !"

*

*




Contes et légendes :


Maurice Meuleau, dans son ouvrage intitulé Sur les traces des Celtes en Europe (Éditions Ouest-France, 2010) nous rapporte cette croyance populaire :


"Depuis des siècles, les paysans d'Europe centrale ont ramassé des pièces d'or qui brillaient dans leurs champs après la pluie. Pour les archéologues, elles sont les témoins des monnayages celtes qui utilisaient les gisements aurifères de la région. Frappées de façon dissymétrique, avec une face convexe et l'autre concave (c'est-à-dire creuse), elles se présentent comme des coupelles. Persuadés de leur origine surnaturelle et de leurs vertus magiques, les paysans d'autrefois les ont nommées "petites coupes de l'arc-en-ciel" (Regenbogenschüsselchen), parce qu'elles ne pouvaient naître que de l'arc-en-ciel qui succède à la pluie."

*

*