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  • Anne

Le Bananier



Étymologie :

  • BANANIER, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1604 bot. bannanier (Fr. Martin de Vitré, Descr. du prem. voy. faict aux Ind. Or. par les François en 1603, p. 116 d'apr. König, p. 27) ; 1640 bananier (P.-J. Bouton, Relation de l'establissement des François depuis l'an 1635 en l'isle de la Martinique dans A. Weil, R. Philol. fr., t. 45, p. 6 : Les bananiers sont de la hauteur de quinze ou vingt pieds, ont le tronc toujours verd). Dér. de banane*; suff. -ier*.

  • BANANE, subst. fém.

ÉTYMOL. ET HIST. − 1598 bot. Bannana (W. Lodewijcksz, Premier livre de l'histoire de la navigation aux Indes orientales par les Hollandois [texte fr. écrit par un Hollandais], fo10 vo dans Arv., p. 81 : Nous avons trouvé [dans l'île de Sainte-Marie, près de Madagascar] grand nombre d'habitans sur le rivage, qui nous apportoient beaucoup de Limons et Palmitas [...] aussi des Bannanas, du laict et pressure) ; 1602 banane (A. Colin, Histoire des Drogues, p. 301 [trad. fr. d'un ouvrage lat. lui-même trad. du port., ici trad. d'un commentaire en lat. de L'Escluse], ibid., p. 82 : Elles sont ainsi [Bananas] appellées à Lisbonne, ou i'en ay veu quelques plantes, lesquelles toutesfois ne portoyent point de fruit, car on les appelle encores auiour d'huy Figuera Banana, cest à dire figuier portant Bananes). Empr. au port. banana « id. », attesté dep. 1562 (Cartas avulsas, 338, Espiritu Santo dans Fried.), lui-même prob. empr. au bantou de Guinée. V. Fried ; Dalg. t. 1, s.v. banana ; Cor. t. 1 id. ; Mach., id. ; König, pp. 26-27 ; Arv., pp. 80-85 ; FEW t. 20, p. 86 ; R. Loewe, Z. vergl. Sprachforsch., t. 61 (1933), pp. 112-114 ; cf. Friederici, v. bbg. ; M. Wis, Neophilol. Mitt., v. bbg.


Lire aussi les définitions de banane et bananier pour amorcer la réflexion symbolique.

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Botanique :


On peut lire avec profit le dossier de Futura Sciences pour en apprendre davantage sur la banane.

Jean-Marie Pelt, dans son ouvrage intitulé simplement Des fruits (Librairie Arthème Fayard, 1994), brosse le portrait de la Banane :

Les bananiers sont des plantes extrêmement originales, cumulant singularités et paradoxes L'art de manger des bananes ne date pas d'hier, puisque la culture du bananier a précédé, en Asie du Sud-Est, les cultures du riz et de la canne à sucre. Ce fut donc l'une des toutes premières plantes rationnellement exploitées par l'homme il y a déjà quelque dix mille ans.

A vrai dire, ce n'était pas les bananes que l'on consommait à l'époque, mais les jeunes pousses (comme pour les asperges) et le cœur du jeune tronc (comme pour les cœurs de palmiers). Mais, ici, le mot « tronc », n'est pas de mise, puisque les bananiers sont des herbes. Ce sont même les plus grandes herbes que l'on connaisse, avec les bambous ; mais, comme ces derniers, à leur différence, ont des tiges ligneuses, les bananiers sont donc sans conteste les plus grandes herbes du règne végétal. Pouvant atteindre jusqu'à dix mètres de hauteur, ce sont les plus grands végétaux à ne pas faire de bois.

Bernardin de Saint-Pierre écrit dans Les Harmonies de la nature que « la banane donne à l'homme de quoi le nourrir, le loger, le meubler, l'habiller et même l'ensevelir... » Il ajoute : « Les Indiens en font toutes sortes de vases pour mettre de l'eau et des aliments. Ils en couvrent leurs cases et ils tirent un paquet de fils de la tige en la faisant sécher. Une seule de ces feuilles donne à l'homme une ample ceinture, mais deux peuvent le couvrir de la tête aux pieds par devant et par derrière ! »

Les bananiers semblent originaires d'Indo-Malaisie. Les Indonésiens les introduisirent en Afrique au Ve siècle après Jésus-Christ. En 650, ils atteignaient la côte méditerranéenne. En l'an mil, ils se répandaient en Polynésie. Quant au Nouveau Monde, il fut conquis par des bananiers venus des Canaries. Le commerce de la banane a donc une longue histoire. Les marchands arabes proposèrent les premières en Espagne et en Italie, mais leur commerce moderne ne démarra vraiment qu'en 1870, avec les premiers arrivages de bananes aux États-Unis. En Europe, les choses tardèrent davantage. Il faut, en effet, attendre 1925 pour que l'Europe en fasse autant. A cette époque, Joséphine Baker animait la revue « Folie d'un jour » aux Folies-Bergères et se produisait vêtue en tout et pour tout d'un pagne confectionné de bananes... Après une pause des importations due à la Seconde Guerre mondiale, le retour à la paix permit la mise en œuvre de nouvelle productions et l'on développa d'immenses bananeraies dans toute la ceinture intertropicale du globe.

Au milieu du XIXe siècle, le bananier apparaissent déjà dans les jardins les mieux exposés du Midi méditerranéen, en Sicile, en Italie et même sur la Côte d'Azur. Exactement comme les orangers, il fut aussi introduit à la même époque par les Espagnols et les Portugais sur la côte d'Afrique occidentale ainsi qu'aux Canaries et à Madère, où sa culture prit une énorme extension. Au temps de la marine à voile, les bananes ne pouvaient être consommées que sur leur lieu de récolte, les transports maritimes étant trop longs pour permettre leur conservation. Plus récemment, on a inventé des bateaux spéciaux, les bananiers ; ces bâtiments comportent dans leur coque plusieurs ponts superposés afin d'éviter l'écrasement des cargaisons fruitières. Ces ponts sont aérés par une circulation continue d'air réfrigéré et la température y est généralement maintenue à 12°C, ce qui permet aux fruits d'arriver en bon état. Ces difficultés de transport sont à l'origine d'une situation paradoxale : l'une des plants les plus anciennement utilisés par l'homme fut en même temps celle qui pénétra le plus tardivement en Europe.

Mais si la banane est éphémère, le bananier l'est aussi ! Un bananier est une sorte d'énorme poireau qui, au lieu d'être fiché dans le sol par une touffe de racines, y enfouit un gros bulbe vivace. Ce gros oignon reste perpétuellement enterré et donne spontanément de jeunes boutures qui se développent sous l'aspect de cette grande herbe qu'on appelle bananier. Au bout de deux ans, lorsqu'elle a donné son régime de bananes, cette herbe est arrachée. D'autres boutures jaillissent alors de la souche vivace souterraine ; elles donnent à leur tour d'autres bananiers qui subiront le même sort après le même délai. Ainsi une bananeraie fonctionne-t-elle comme un système en rotation continue où de nouveaux pieds remplacent les vieux pieds, éliminé au fur et à mesure que chacun a fourni son régime. Ce mécanisme se déroule en dehors de tout cycle saisonnier et de toute sexualité ; le remplacement par de jeunes boutures des bananiers qui ont déjà porté s'opère à n'importe quelle époque, chaque bananier obéissant à son rythme propre. Il est vrai qu'il pousse sous des climats chauds et peu contrastés.

[voir symbolisme ci-dessous]

Le premier bananier d'une plantation, avec son énorme oignon souterrain, est baptisé le « père ». Il se passe de seize à dix-neuf mois entre le moment où se forme sa première bouture et celui où l(on coupera le régime. La croissance du bananier est donc extrêmement rapide, ce que l'on comprend plus aisément en examinant la structure du tronc. Celui-ci n'est formé que de l'ajustement de la base des feuilles, qui s'enroulent les unes sur les autres en se recouvrant mutuellement. Les longs pétioles qui s'engainent les uns dans les autres sont très riches en eau. en appuyant sur un moignon de tronc - il faudrait dire de stirpe - récemment sectionné, on fait suinter des quantités d'eau tout à fait impressionnantes.

Les feuilles peuvent atteindre de deux à trois mètres de longueur et cinquante centimètres de largeur. Jeunes, elles sont enroulées en cornets. Âgées, victimes du vent qui les déchire en longues lanières, elles confèrent aux vieux bananiers - qui n'ont d'ailleurs jamais plus de quelques années - un air dépenaillé et loqueteux. Au centre du stirpe passe le pédoncule de l'inflorescence ; une fois arrivé à la lumière, il s'incurve aussitôt vers le bas. Notons que c'est là une attitude inverse de celle de toutes les tiges, qui ont plutôt tendance à se dresser vers la lumière. A l'extrémité de ce pédoncule renversé se développe une grosse inflorescence pendante. Bref, on a le sentiment que le bananier, conscient de devoir porter de lourdes bananes, baisse d'emblée les bras...

Cette inflorescence est un épi. Elle se forme au bout d'un an environ et peut atteindre un mère cinquante de longueur. Cet épi est entièrement enveloppé dans de grandes pièves violacées qui se redressent peu à peu comme des stores qu'on enroulerait vers le dehors. Sous ces pièces apparaissent alors les fleurs femelles, disposées en rang d'oignon. Comme toute fleur femelle qui se respecte, celle-ci possède un ovaire, surmonté d'un stigmate collecteur de pollen. Au sommet de l'épi - donc tête en bas puisqu'il est tourné vers le sol - se forment ensuite les fleurs mâles ; elles sécrètent un abondant nectar qui s'accumule dans les pièces colorées Plus le sol est riche, plus le bananier produit de fleurs femelles : sur un sol très pauvre, il forme surtout des fleurs mâles. On reconnaît là la sollicitude de la nature pour les fleurs femelles, celles qui porteront les "enfants " !

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Symbolisme :


D'après le Dictionnaire des symboles (1ère édition 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant,


"Le bananier n'est pas un arbre, mais une plante herbacée, dépourvue de tronc ligneux. Ses tiges, très tendres, disparaissent après la fructification. C'est pourquoi le Bouddha en fait le symbole de la fragilité, de l'instabilité des choses, dont l'intérêt doit être négligé : Les constructions mentales sont pareilles à un bananier, lit-on dans le Samyutta Nikâya (3, 142). C'est un thème classique de la peinture chinoise que le Sage méditant sur l'impermanence des choses au pied d'un bananier."

Jean-Marie Pelt, dans son ouvrage intitulé Des fruits (Librairie Arthème Fayard, 1994) évoque aussi le symbolisme des fruits dont il explique les particularités botaniques :


Une bananeraie est donc une sorte d'efflorescence continue née de la terre, éphémère et perpétuellement renouvelée - aussi fugace et prolifique, somme toute, qu'une champignonnière ! Pour cette raison sans doute, Bouddha en fit le symbole des biens de ce monde. Un thème classique de la peinture chinoise représente le Sage méditant sur l'impermanence des choses et des biens de ce monde sous un bananier.

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Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


Le bananier qui produit le plantain est appelé "bananier du paradis" ou "figuier d'Adam" car, selon certains textes sacrés d'Inde et d'après le Coran, c'est lui qui portait le fruit défendu. le "bananier des sages" qui produit la banane que nous trouvons dans nos commerces "étant coupé aussitôt après la récolte (c'est-à-dire d'une certaine manière détruit par ses propres fruits)" symbolise en dépit de son surnom, 'l'homme vivant dans l'erreur, détruit par le fruit de ses mauvaises actions".

Dans les croyances occidentales, une banane coupée transversalement aurait la frome d'une croix ou d'une petite figure ressemblant au Christ. En coupant le fruit avec un couteau, on risque de blesser la figure sainte : il vaut mieux se servir de ses doigts.

Les Dayaks de Bornéo, eux, voient dans l'accumulation des gaines des feuilles constituant la tige du bananier "le symbole des différents "corps" occultes que revêt tour à tour l'âme dans sa migration du grossier vers le subtil". Craignant d'importuner le voyage des morts, ils se refusent à couper cette tige mais la cassent pour la planter sur les tombes.

A cause de sa forme phallique, la banane est associée à la fécondité et à la virilité. Au Brésil, où elle joue toujours un grand rôle dans les charmes érotiques, on raconte qu' "au temps des Portugais, la peau de banane, préparée de diverses façons et mélangée à des noix, entrait dans des préparations magiques dont se servaient les esclaves noirs, à des fins, on s'en doute, peu appréciée par les autorités de Lisbonne".

Dans toute l'Amérique du Sud, un homme mangeant deux bananes provenant d'une même tige donnera nuisance à des jumeaux.

Cependant, selon une croyance des Antilles, se marier sous un bananier est très néfaste, car la femme rendra son époux malheureux et sera une mauvaise mère ; de même, dans l'île Maurice, il porte malheur à celui qui en a un dans son jardin.

En Grèce, on croit que lorsqu'on cueille une banane avant sa maturité, la tige abaisse sa tête pour frapper son ravisseur".

En Inde, où le bananier est dédié aux Patrikas, c'est-à-dire aux neuf formes de la déesse Kali, les feuilles et les fruits de l'arbre ornent les rues et les bâtiments officiels durant les fêtes rituelles de Shrâvana et Hindi Sâvân. Le culte qui lui est rendu est probablement très ancien et "un texte, présumé du IIe siècle av. J.C. (Mahavagga), mentionne un breuvage à base de pulpe de banane, et le présente comme l'une des huit boissons à base de fruits et de miel que les moines bouddhistes sont autorisés à consommer".

Que lui soient attribuées des propriétés magiques ne peut guère étonner : ainsi, les guirlandes de fleurs de bananiers portées autour du cou ou parant les maisons et les statues des divinités sont-elles censées attirer la prospérité et l'argent.

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Le jour de sa profession perpétuelle, le 6 février 2000, à Atakpamé (Togo), Sœur Marie-Pascaline a confié à son entourage comment elle voyait dans le bananier un symbole de la vie religieuse où elle s'engageait, ce qu'on peut lire dans ce document.



Symbolisme alimentaire :


Pour Christiane Beerlandt, auteure de La Symbolique des aliments, la corne d'abondance (Éditions Beerlandt Publications, 2005, 2014), nos choix alimentaires reflètent notre état psychique :




Mythologie :


D'après Charles Illouz, auteur d'un "Hommage à Marie-Joseph Dubois. Petite énigme d'ethnobotanique, Maré (îles Loyauté)." (In : Journal de la Société des océanistes, 110, 2000-1. pp. 97-11) :


[...] Poissons contre ignames dans la version Waro, voilà qui semble bien évoquer la procédure requise pour la conclusion d'un échange matrimonial. Or, la version Warok fait état de prestations de bananes et de cannes à sucre qui sont des évocations univoques des interdits sexuels et renvoient donc par extension aux restrictions matrimoniales.

  • « On ne devait pas en manger avant la pêche sous peine d'échec ou même d'accident. Les gens de Rawa ne donnaient pas la banane wa-kiam(u) à des étrangers. En recevoir était le signe d'une grande intimité » (Dubois, 1975a : 111).

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Contes et légendes :


Dans la collection de contes et légendes du monde entier collectés par les éditions Gründ, il y a un volume consacré exclusivement aux fleurs qui s'intitule en français Les plus belles légendes de fleurs (1992 tant pour l'édition originale que pour l'édition française). Le texte original est de Vratislav St'ovicek et l'adaptation française de Dagmar Doppia. Il est conçu comme une réunion de fleurs qui se racontent les unes après les autres leur histoire ; la fleur de Bananier raconte la sienne dans un conte venu de Malaisie et intitulé tout naturellement "Conte de la fleur de bananier" :


"Il était une fois un vieux singe qui était peut-être encore plus vieux que cela, et peut-être même le plus vieux des singes. On l'appelait de mille façons différentes et, parfois, on l'appelait simplement "Hé, ho !" Alors, puisque vous y tenez, nous l'appellerons Hého. Après tout, c'est un nom qui en vaut bien un autre", avait déclaré malicieusement un jeune homme sorti de la fleur de bananier. "L'essentiel, c'est qu'il m'ait raconté des histoires de toutes sortes. Le singe Hého en connaissait un nombre incalculable. Il se grattait derrière l'oreille, à l'endroit où les contes poussent chez les singes, et hop ! il en tenait un. Alors écoutez bien."


Hého n'était qu'un bébé, à l'époque où vivaient encore des singes tout verts. Remerciez tous les bons esprits de la forêt que cette racaille ait disparu à jamais. C'étaient les êtres les plus malveillants et les plus rusés que la terre ait jamais portés. On ne pouvait rien espérer de bon de leur part. Ils s'immisçaient partout avec indiscrétion, se réjouissant particulièrement si l'occasion se présentait de jouer un mauvais tour à quelqu'un. Ces singes n'avaient même pas un nom convenable. Tous s'appelaient NdokengNdoke.

Un jour, un singe vert NdokengNdoke rencontra la vieille tortue Kolokolopoua. Les tortues sont, bien entendu, d'une sagesse proverbiale, mais peut-être un peu trop confiantes, parce qu'en vérité, elles n'ont rien à craindre. A la place de la fourrure, leur dos est protégé par une sorte de carapace lisse très dure sur laquelle maint animal glouton de la forêt vient se casser les dents. La tortue Kolokolopoua salua sans méfiance aucune le singe vert et lui demanda, par pure courtoisie, où il allait.

"En quoi cela peut-il t"intéresser ?" répliqua NdokengNdoke, en regardant curieusement la tortue. Et, brusquement, une idée germa dans son esprit malveillant.

" Je veux bien te le dire, petite sœur Kolokolopoua, parce que c'est toi. Je vais au bord du fleuve. Après la pluie qui s'est abattue hier, les torrents sont sortis de leur lit et le courant est en train d'emporter des arbres déracinés. Je vais repêcher des branches pour me construire un radeau ou un grand nid, comme celui des oiseaux. Enfin, je trouverai bien à les utiliser. Si tu veux bien, je vais t'emmener avec moi."

Kolokolopoua, qui était heureuse d'avoir trouvé une occupation et une distraction pour la journée, accepta avec enthousiasme. Lorsqu'ils arrivèrent au bord du fleuve, le courant apportait justement un énorme pied de bananier.

"Dépêche-toi, Kolokolopoua, espèce de paresseuse ! cria le singe vert furieusement. Plonge dans l'eau pour que le courant n'emporte pas le bananier. Ne vois-tu pas qu'une belle banane bien sucrée brille parmi les feuilles ? "

Bon gré mal gré, Kolokolopoua se jeta dans le courant. Tandis qu'elle s'escrimait à repêcher le bananier, NodokengNdoke se roulait sur a rive et lui cirait de se hâter. Lorsque Kolokolpoua atteignit enfin péniblement la berge, le singe la houspilla : " Passe-moi le bananier, je vais t'aider à le hisser sur la rive. Je n'ai jamais vu quelqu'un d'aussi stupide. Il faut que je fasse tout moi-même ! "

La tortue épuisée obéit, mais NdokengNdoke bondit sans plus attendre sur la banane et la mit dans sa bouche, laissant la tortue se débrouiller toute seule.

" Que fais-tu ? S'indigna Kolokolopoua. Je pensais qu'on allait tout partager équitablement !

- Il fallait bien que je vérifie si la banane était bien mûre, ricana NdokengNdoke. Maintenant, je suis fixé, mais malheureusement pour toi, il n'en reste plus rien. Je suis sincèrement désolé. Attends que d'autres bananes poussent. Pour te prouver ma bonne volonté, je vais partager équitablement le bananier avec toi. Prends les racines, et moi je garderai les feuilles. "

La tortue accepta. Elle prit les racines pour les planter. Le singe vert l'imita aussitôt, en plantant les feuilles de bananier dans la terre.

"Stupide tortue, se disait-il, ne sais-tu pas que les bananes poussent dans le feuillage et non sur les racines ? Je suis bien curieux de voir ce que tu vas récolter."

Les jours passaient, et le singe NdokengNdoke examinait les feuilles de bananier, l'air gourmand. Celles-ci ne tardèrent pas à faner et à jaunir. "Ça y est, elles mûrissent", se réjouissait le singe, lorsque les feuilles prirent la couleur des bananes mûres. Hélas ! Un jour elles tombèrent, ne laissant sur place que des tiges sèches. NdokengNdoke alla chez la tortue en traînant la patte.

"Alors, tes racines ont-elles déjà porté leurs fruits ? " se moqua-t-il, mais la jalousie s'empara de lui. Entre-temps, les racines avaient donné naissance à une frêle tige sur laquelle poussait une première feuille, suivie d'une seconde et d'une troisième. Bientôt, un panache vert se déploya sous le ciel bleu. Des boutons de fleurs apparurent parmi les feuilles. Les fleurs s'ouvrirent, puis tombèrent, cédant la place à de grands fruits succulents. Le bananier ployait sous leur poids. NdokengNdoke faillit en perdre la raison. Lorsque ses bananes mûrirent, la confiante tortue demanda au singe :

"Frère NdokengNdoke, rends-moi un grand service. Je ne sais pas grimper aux arbres. Sois gentil, monte là-haut pour cueillir mes bananes. Je partagerai ma récolte avec toi. Tu pourras garder chaque banane que tu cueilleras en second."

NdokengNdoke ne se fit pas prier. En un clin d’œil, il se hissa au sommet du bananier. Il cueillit la plus petite banane et la jeta à Kolokolopoua :

"Voici la première ! " cria-t-il, en avalant précipitamment la seconde. Ensuite, il croqua avidement la troisième banane.

"Qu'es-tu en train de faire, se fâcha la tortue. Cette banane m'appartient. Je t'avais pourtant bien précisé que tu n'avais droit qu'à chaque seconde banane.

- C'est bien la seconde banane qui vient après la précédente, répliqua le singe, avant de mordre dans la quatrième banane.

- Arrête-toi là, supplia Kolokolopoua. Celle-ci ne t'appartient pas. tu dois me remettre la première banane qui se présente après ta seconde banane.

- Tu n'y es pas du tout, riposta le singe la bouche pleine. Ce n'est pas la première banane, mais bien la quatrième et, si je ne m'abuse, elle vient en second lieu après la banane qui l'a précédée. La toute première, tu l'as déjà reçue. J'ai beau regarder, je n'en vois pas d'autre. Ce qui reste m'appartient d'après ce dont nous sommes convenus. Tu veux peut-être insinuer que je suis un menteur ou que je t'ai escroquée ? Tu as vu quelle drôle d'associée tu fais ! " riait le singe rusé.

La tortue Kolokolopoua eut le vertige à force de chercher à comprendre les calculs du singe vert. Le temps d'y réfléchir et de mettre de l'ordre dans son esprit, NdokengNdoke avait déjà englouti toutes les bananes et filé discrètement.

"Et voilà, songea Kolokolpoua avec tristesse, j'ai beau être vieille, je n'ai toujours pas appris l'arithmétique des singes."


Quelques temps après, la tortue alla se promener dans la forêt vierge. Dans les fourrés de rotangs, un nœud coulant, tressé sur une belle liane verte, pendait d'un arbre. Les chasseurs l'avaient installé à cet endroit pour y prendre le gibier au collet. Kolokolopoua elle-même ne l'évita que par miracle. Pendant qu'(elle méditait debout, devant le piège, sur la chance qu'elle avait eue, elle entendit une voix mielleuse qui sortait des frondaisons : "Que regardes-tu avec tant d'intérêt, petite sœur Kolokolopoua ? " s'enquit le singe vert. C'était bien celui qui avait volé à la tortue sa belle récolte de bananes. Kolokolopoua le regarda et lui répondit d'un air débonnaire :

"Que veux-tu que je regarde ? J'ai trouvé dans les fourrés un beau collier d'émeraudes. Je m'apprêtais à l'enfiler pour voir comment il m'allait. - Fais voir, fais voir ! cria le singe envieux. Je vais l'essayer avant toi. Tu serais capable de le casser avec ta tête rêche. On n'a jamais vu tortue porter un si beau collier ! " Avant que Kolokolopoua ait eu le temps de dire un mot, le singe passa la tête dans le nœud coulant. Le souple arbrisseau qui retenait celui-ci se redressa brutalement, étranglant le singe NdokengNdoke.

"En vérité, il te va si bien ton collier d'émeraudes, mon pauvre NdokengNdoke ! " estima Kolokolopoua tout en versant une larme. En effet, il arrive que les tortues pleurent, même si elles n'ont pas vraiment envie de pleurer. C'est dans leur nature.


Voici donc l'histoire que le vieux singe qu'on appelait Hého m'a contée. Elle pourrait également s'intituler : Un prêté pour un rendu, conclut le jeune homme de la fleur de bananier, en saluant son auditoire d'une profonde révérence."

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