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  • Anne

Le Bourdon




Étymologie :

Étymol. ET HIST. − 1. a) 1210-25 zool. bordon (Yder, éd. H. Gelzer, 3689 dans T.-L.) ; 1350 bourdon (Gloss. Bibl. Nat. Lat., 7692, éd. K. Hofmann, ibid.) ; b) 1915 « spleen, cafard » (Carnet de Marcel Miguet, caporal Artois d'apr. Sain. Sources, t. 3, pp. 80-81) ; 2. ca 1280 mus. « sorte d'instrument de musique » (Gill. de Berneville, ap. Scheler, Trouv. belg., p. 107 dans Gdf.). Prob. formation onomatopéique ; cette formation est peut-être déjà attestée au sens 1 dans le b. lat. burdo glosé atticus [lire attacus] « espèce de sauterelle » dans Gloss. Aelfrici et au xie s. par Papias (Du Cange, s.v. burdo1; v. DEI, s.v. bordone2) ; EWFS2 rapproche ce b. lat. burdo du b. lat. burda « chalumeau » (v. bourde1« mensonge ») prob. onomat. ; v. aussi E. Richter dans Sitzungsberichte der philosophisch-historischen Klasse der kaiserlichen Akademie der Wissenschaften in Wien, 156, 5, 85 sqq.; sens 1 b par un développement parallèle à celui de cafard*.


Lire également la définition du nom bourdon afin d'amorcer la réflexion symbolique.




Zoologie :


Selon la feuille d'information du site : www.protection-animaux.com


Les bourdons forment des colonies annuelles qui, le temps d’un été, s’établissent dans des trous de souris abandonnés, des nichoirs, des touffes d’herbe, etc. Les bourdons font peu de réserves de nourriture ; [celles-ci] servent seulement en cas de périodes prolongées de mauvais temps. Les bourdons sont très paisibles sauf si on essaie de les attraper ou de détruire le nid. Ils peuvent même être observés de très près.

Utilisation : les bourdons peuvent voler à des températures bien plus basses que les abeilles mellifères car ils n’utilisent leurs ailes qu’au ralenti, celles-ci étant séparées de la musculature. Ils peuvent ainsi chauffer leur corps à la « température de marche » même en cas de froid important. Ils sont donc autant, voire plus utiles que les abeilles mellifères pour assurer la pollinisation des plantes utiles. Ils ne peuvent pas être employés à la production de miel car ils ne forment pas de rayons réguliers propices à la récolte et ne stockent que peu de nectar, en un miel qui d’ailleurs ne se conserve pas.

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Symbolisme :


Selon Jacques Berlioz, dans un article intitulé "Le bourdon vole au sabbat" paru dans Le Monde alpin et rhodanien. Revue régionale d'ethnologie, n°1-4/ 1992. Êtres fantastiques dans les Alpes. Recueil d'études et de documents en mémoire de Charles Joisten (1936-1981) pp. 193-198 ; le bourdon peut symboliser l'âme d'un sorcier se rendant au sabbat :

Les éléments du thème de l' alter ego zoomorphe qui apparaissent dans ce récit sont les suivants : — présence d'observateurs (les deux journaliers) qui rendront compte du lien entre l'alter ego et le héros ;

— sommeil de l'homme (ou tout au moins position de sommeil) ;

— interdiction faite aux observateurs de toucher le corps, ce qui sous entend un retour de l'animal qui réveillera l'homme ou lui redonnera vie ;

— sortie (immédiate, ici) de la bouche de l'homme d'un insecte, identifié [comme un bourdon] grâce à son bruit ; aucune indication n'est fournie quant à la couleur de l'insecte ;

— départ de l'insecte vers l'extérieur (le ciel), dans un mouvement de bas vers le haut, par la seule issue permettant de faire communiquer sans obstacle, porte et fenêtres closes, intérieur et extérieur : la cheminée ;

— immobilité du corps, une fois sa force vitale envolée. Il est à noter que font défaut, à se référer aux formes « canoniques » de la légende :

— le retour de l'insecte dans la bouche de l'homme ;

— la narration de l'homme (à travers le rapport d'un rêve, par exemple) de l'action de l'insecte lors de son périple en dehors de lui ;

— l'identification formelle de l'animal et du héros (par les observateurs, par le héros).

Notre récit relève sans nul doute du conte type 1645A {Dream ofTreasure Bough), plus connu sous l'appellation de « Légende de Gontran ». Le récit le plus anciennement attesté en Occident apparaît à la fin du VII? siècle dans L'Historia Longobardorum (III, 34) de Paul Diacre Celui-ci associe la légende au roi de Bourgogne Gontran (561-592), qui fonda l'évêché de Maurienne en 579.

[…] Pour résumer, on notera que le thème de l'âme séparable, s' éloignant du corps sous la forme d'un animal (pour nous en tenir strictement à notre récit), thème que l'on retrouve chez les Celtes et les Germains, appartient à une tradition relayée au Moyen Age par les clercs, et présente à l'époque moderne dans la tradition orale. [...]

Si « l'esprit » de l'homme se transforme en insecte (le bourdon), il n'est pas dit que ce soit sous cette corporalité qu'il gagne la synagogue. Mais dans d'autres récits, l'on trouve le thème des animaux (hommes métamorphosés ?) au sabbat : chats (n° 10, 16, 40), oiseaux (n° 11 ; corbeaux, n° 17, 26), moutons (n° 23).

[…]

Comme le souligne Carlo Ginzburg, les témoignages recueillis par les folkloristes du siècle dernier et du nôtre indiquent que dans les Vallées vaudoises du Piémont circulaient — outre les histoires sur les loups-garous, les fées et les processions des morts — des variantes de la légende de Gontran. L'insecte qui entre dans la bouche d'une personne inanimée en lui redonnant vie peut être un papillon, un taon ou un bourdon (comme dans notre récit).

Le récit de Pétrus Novel s'intègre donc dans un vaste ensemble de récits montagnards et en particulier alpins mettant en scène les thèmes de la séparation de l'âme et du corps, de Y alter ego zoomorphe. Il reste que de nombreuses questions se posent encore. En voici deux :

1. Il conviendrait à la lecture d'autres récits du même type et susceptibles d'être comparés (zone géographique, chronologie) de comprendre le relatif inachèvement du témoignage de Pétrus Novel.

2. De manière plus générale, se pose la question du chamanisme récemment encore soulevée par C. Ginzburg, dans Storia notturna. Ainsi, pour C. Ginzburg, le trait de l'insecte qui entre dans la bouche d'une personne inanimée pour lui redonner vie est un élément chamanique vraisemblablement très ancien Comme l'est le voyage de l'âme en extase sous la forme d'un animal.

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Selon Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani :


Le bourdon, qui est longtemps passé pour le mâle de l'abeille (lequel est d'ailleurs appelé "faux-bourdon"), est, comme celle-ci, un insecte bénéfique qu'il ne faut pas tuer, sous peine d'en être puni un jour ou l'autre.

Si un pêcheur aperçoit un bourdon volant dans la même direction que lui, il peut être sûr de faire de bonnes prises ; mais il rentrera bredouille si l'insecte se dirige dans l'autre sens (Guernesey).

Selon des croyances américaines, un bourdon qui entre dans une maison annonce une visite ; s'il se pose sur une chaise, le visiteur restera un moment, et il passera la nuit si le bourdon se pose sur le lit. Un bourdon de couleur claire qui tourne en rond puis entre dans la maison y amène la chance mais s'il est de couleur plus foncée, il n'annonce rien de bon. Aux îles Canaries, le bourdon à extrémité claire apporte de bonnes nouvelles, de mauvaises si sa queue est noire.

D'après le dicton : "Quand les bourdons restent auprès de leurs trous, c'est signe de pluie".

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Selon Frederic Laugrand and Jarich G. Oosten, auteurs de l'article intitulé « Maîtres de la vie et de la mort » (paru dans la revue L’Homme, 202 | 2012, 53-75) :


La capacité des insectes à résister aux rigueurs des climats arctiques et à reprendre vie au printemps, tout comme leur facilité à se mouvoir leur confèrent une vitalité et une place à part dans les traditions chamaniques. À cet égard, certains insectes comme le bourdon semblent plus représentatifs que d’autres. Knud Rasmussen rapporte de nombreux cas d’attaques perpétrées par des bourdons. Outre le récit du chamane Sâmik (Rasmussen 1931 : 196), celui de Tarraijuk restitue la violence de ces agressions :


« Tarraijuk était un beau jeune homme, un chasseur habile, et il avait profité longtemps des faveurs de Tinoreq lorsque le mari de cette dernière, Tinaoq le chamane, était parti à la chasse. La chose avait profondément offensé son esprit auxiliaire Ivigtarssuaq, un bourdon à la forme humaine, qui avait du coup puni Tarraijuk en prenant possession de lui et en le rendant ensauvagé et insensible […]. On dit qu’Ivigtarssuaq était entré en contact avec Tarraijuk au cours d’un été alors qu’il était parti seul à la chasse au caribou et qu’il avait été si violemment attaqué et possédé qu’il a fallu plusieurs hommes pour le retenir et arrêter sa rage furieuse. Une attaque hystérique de ce type est considérée comme un signe évident de l’intérêt des esprits pour la victime, qu’elle soit un homme ou une femme ». (Ibid. : 297-298)

Le bourdon jouait donc un rôle essentiel dans l’initiation chamanique. George Agiaq Kappiannaq (Iglulik, IE 458) relate le cas de sa mère :


« Ma mère m’a raconté comment un bourdon l’a un jour approchée pour devenir son esprit auxiliaire, elle avait eu très peur. Elle pouvait entendre le bourdon, mais elle ne pouvait pas le voir. Cela s’était produit sur la banquise, pendant qu’elle chassait le phoque. Alors qu’elle marchait vers un autre village en compagnie d’une vieille femme, elle continuait à entendre le bruit du bourdon. C’était tard dans la nuit et le bruit paraissait incessant. Parfois il l’entourait, comme s’il cherchait un endroit pour entrer dans son corps. Si le bourdon y était parvenu, il serait devenu son esprit auxiliaire. Cela faisait le même bruit qu’un bzzz ordinaire de bourdon. Lorsque ma mère a raconté cette histoire, son compagnon lui a dit que c’était un bourdon de l’océan »

Dans son ouvrage sur les traditions des Inuit de Baker Lake, Hattie Mannik (1998 : 217) rapporte d’autres attaques perpétrées par des bourdons. Felix Kopak, originaire de Naujaat, présente sa propre expérience :


« Nous étions deux et c’était l’automne. Sous la surface, l’eau de la mer commençait à geler. On devinait qu’un bourdon nous tournait autour. Le bruit restait sourd mais nous pouvions bien l’entendre. Nous étions sur le rivage. Je suis alors rentré dans ma tente. Nous étions deux à l’intérieur, et le bourdon est entré lui aussi. Le bruit se fit entendre de plus en plus proche. On pouvait bien se rendre compte qu’il s’agissait du bourdon de la mer. J’étais rentré dans la tente pour m’en débarrasser et je savais que mon compagnon serait effrayé à l’idée de le voir. Mais je ne savais pas quoi faire une fois sous la tente. Autour de moi, la terre s’est mise à prendre vie. Je sais que ce que je vous raconte ne vous semble pas croyable, mais le bruit du bourdon devint si fort que la terre s’est mise à trembler. Je ne faisais plus rien, j’étais à l’intérieur de la tente mais je sentais que la terre autour de moi bougeait à chaque fois que j’entendais le bruit du bourdon. Je ne savais vraiment pas quoi faire. Je n’avais aucune arme avec moi pour me protéger. Il y avait un kisiaq, un vieil os provenant d’un dos de caribou, et j’ai vu le harnais à chien de quelqu’un. Je l’ai placé alors autour de l’os de caribou. La terre a commencé à trembler et à faire du bruit, jusqu’à la mer. Nous étions deux et mon compagnon n’a rien dit, je savais qu’il avait peur et je commençais à prendre peur moi-même. J’ai saisi le kisiaq et l’ai jeté avec le harnais à chien. J’ai réalisé que le bourdon a pris alors la direction de la mer. La terre tremblait de plus belle. Vous savez, les bourdons ne sont pas grands, ils sont tout petits, comme les mouches, mais le bruit qu’ils font peut être très fort, comme le tonnerre. Si je n’avais pas fait attention à tout cela, je ne sais pas ce qui se serait produit […]. Lorsque j’ai jeté le harnais en direction de l’intérieur des terres, j’ai trouvé quelque chose sur le sol. On aurait dit un unaaq, un harpon pour chasser le phoque. Je ne sais pas ce que c’était exactement. J’ai frappé l’air autour de nous et le bruit a commencé à diminuer avant de disparaître. Si je n’avais rien fait, le bourdon serait venu sur terre, là où nous étions. C’était le bourdon de la mer, j’ai fait tout mon possible pour combattre ce bruit, j’étais terrifié ». (Atelier de Kugaaruk, 2004)

Ce récit évoque la force de cet insecte capable de faire trembler la terre et de reproduire le bruit du tonnerre. Si Kopak s’est défendu en utilisant un kisiaq et un harnais (anu), c’est que, fervent chrétien, il a refusé cet appel des esprits. Dans un autre contexte, cette rencontre aurait débouché sur une initiation chamanique. Originaire de Kugaaruk, Angutinngurniq a, pour sa part, livré un récit très détaillé :


« Il y a un bourdon et un lemming dans l’océan. Je n’ai jamais vu ces êtres vivants dans la mer, mais j’en ai entendu parler, notamment par les aînés. Lorsqu’une personne est initiée au chamanisme, il faut que cela vienne du bourdon de la mer. C’est ce que j’ai entendu. Il y avait un homme qui voulut un jour devenir chamane. Le bourdon est rentré dans sa manche et il a aspiré tout l’intérieur de son corps afin de le transformer. Une fois qu’il a tout aspiré du corps, le bourdon est retourné vers la terre ». (Atelier de Kugaaruk, 2004)

Dans ce témoignage, le bourdon agit comme une sorte de saprophage, un accélérateur de la consommation des chairs, laquelle est susceptible de faciliter l’initiation. Un tel procédé s’observait au moment des funérailles, les Inuit de certaines régions laissant jadis les corps des morts se faire dévorer par des chiens ou d’autres prédateurs afin que l’âme puisse rejoindre plus rapidement son lieu post mortem.

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Mythologie :


Dimitri KARADIMAS explore un aspect particulier de la mythologie miraña dans l'article suivant : "La métamorphose de Yurupari : flûtes, trompes et reproduction rituelle dans le Nord-Ouest amazonien" paru dans le Journal de la Société des Américanistes, 2008, vol. 94, n°94-1, pp. 127-169 :


Enfin, un dernier moyen de lever l’ambiguïté est de se référer à l’ethnographie makuna publiée récemment (Åhrem etal. 2004) dans laquelle on trouve un important recueil de mythes, de traditions et de narrations makuna. Dans le mythe de la Création, la figure du Lombric occupe, selon les dires même des Makuna, une place prépondérante au côté de la Femme-Chamane-créatrice-du-monde (Rõmikũmu) : « […] les lombrics sont très importants dans la création du monde puisqu’ils sont un des composants les plus sacrés qu’il y ait dans l’histoire » (ibid., p. 443 ; traduction de l’auteur D. K.). Ce personnage féminin, présent aussi chez les Barasana, crée Waiyaberoa « Bourdon-du-Pirá » – en fait Yurupari –, « […] qui, en même temps, était ~Gütãrotoro “celui qui fait les pierres” » (ibid.). En tukano toujours, beroa – ou berua en barasana (Hugh-Jones 1979, p. 164) – est un des trois termes pour désigner les abeilles, que Hugh-Jones distingue des guêpes (utia). Mais le terme abejón désigne le bourdon en espagnol, c’est-à-dire que nous avons plus probablement à faire à un hyménoptère solitaire qu’à un insecte vivant en société. Chez les Miraña, lorsque l’espagnol est utilisé, le terme abejón sert surtout à désigner les espèces solitaires qui produisent un fort bourdonnement lors de leur déplacement ; soit un bourdon, soit, comme dans le texte IV proposé par Reichel-Dolmatoff, une guêpe solitaire.

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Littérature :


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L'incipit du roman Dieu et nous seuls pouvons, Les Très- Édifiants et Très-Inopinés Mémoires des Pibrac de Bellerocaille (Éditions du Seuil, 1991) permet à Michel Folco de mettre à l'honneur le bourdon tout en lançant l'intrigue de son incroyable roman :


Baronnie de Bellerocaille, province royale du Rouergue,

août 1683.


Douillettement installée dans le coin le plus confortable de la riche, le plus tiède, la colonie de bourdons sommeillait. L'un d'eux s'éveilla et eut faim. Il progressait lourdement vers les alvéoles à miel lorsqu'il nota le nombre inaccoutumé d'ouvrières dans la ruche. A une heure aussi avancée de la matinée, elles auraient dû être parties butiner depuis longtemps. Poursuivant son chemin, le gros mâle ventru et poilu se heurta à un groupe d'abeilles qui bloquaient le passage. Il s'apprêtait à les bousculer sans ménagements lorsque, chose impensable, elles firent face et lui sautèrent dessus. Il ne s'était pas bien redu compte de ce qui lui arrivait que l'une d'elles sciait le pédicule rattachant son abdomen à son thorax tandis qu'une deuxième déchiquetait les nervures de ses ailes et qu'une troisième cherchait et trouvait la fissure entre les anneaux e la cuirasse, enfonçant son dard empoisonné à l'intérieur. L'âcre odeur du venin se répandit dans l'abeiller, donnant le signal du massacre.

Les reines étant fécondées et 'hibernage approchant, la ruche n'avait que faire de ces lourdauds oisifs, gourmands et inutiles.

Dépourvus d'aiguillon, n'ayant jamais eu auparavant à se défendre, les bourdons incrédules ne songèrent qu'à fuir par les trous d'envol. Certains y parvinrent.

L'un d'eux survola un instant les remparts du bourg avant de s'engouffrer par mégarde dans la cuisine du maître orfèvre Abel Crespiaget, heurtant de plein fouet l'œil droit de Pierre Galine, son maître queux, occupé à préparer une bisque d'écrevisse. L'homme poussa un cri de douleur et laissa échapper une pleine poignée d'épices dans la soupière.

Après avoir heurté le carrelage, l'insecte à peine étourdi reprit son vol et disparut par la lucarne s'ouvrant sur la rue Magne.

Pierre Galine était dans la souillarde et aspergeait d'eau son œil meurtri quand la soubrette entra dans la cuisine. Ne voyant pas le coq, elle prit la soupière de bisque et s'en fut la servir aux maître qui s'impatientaient dans la salle à manger.

Quelques instants plus tard, Abel Crespiaget faisait irruption, les yeux exorbités, le palais, la gorge et l'œsophage incendiés, brandissant une grande trique. Galine s'enfuit sans comprendre à toute vitesse dans le couloir, puis dans les escaliers, dans la cour, autour du puits et enfin dans la rue Magne où l'orfèvre le rattrapa et le rossa d'importance.

- Ayaouille ! Ayaouiiiiille ! Qu'ai-je fait, bon maître, pour être ainsi asticoté ?

- Tu oses le demander, empoisonneur ! rugit Crespiaget en redoublant la cadence de ses coups de trique, ne s'arrêtant qu'une fois Galine inerte.

Plus tard, des âmes charitables le transportèrent jusqu'à sa couche où il demeura plusieurs jours avant de pouvoir reprendre son service. Quand aux bourdons survivants, ils consacrèrent leur journée à paresser sur les fleurs des berges du Dourdou. La fraîcheur du soir et la faim les rendant oublieux des tragiques événements de la matinée, ils rentrèrent à la ruche où on les attendait pour les exterminer. Ce qui fut fait, jusqu'au dernier.

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