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  • Anne

Le Diamant



Style toujours un peu too much de National Geographic mais l'information reste intéressante.




Étymologie :

  • DIAMANT, subst. masc.

Étymol. et Hist. Fin xiie s. diamant « sorte de pierre précieuse » (Floire et Blanche flor, éd. M. Pelan [ms. 1447], 647 : Diamanz et amacites) ; 1549 pointe de diamant « outil de vitrier » (Est.) ; 1676 diamant « id. » (Félibien Dict.). Du b. lat. diamas, -antis (attesté dans des tablettes d'exécration d'apr. M. Niedermann ds Anzeiger für indogermanische Sprach − und Altertumskunde, t. 23, p. 79), prob. issu par métathèse de *adimas, -antis (aimant*) sous l'infl. des mots gr. commençant par dia-(cf. gr. δ ι α φ α ν η ́ ς, diaphane* ; v. FEW t. 24, 1, pp. 132-133).


Lire aussi la définition pour amorcer la réflexion symbolique.




Géologie :


Selon Odile Alleguede, auteure de La parole perdue des pierres, La face cachée des joyaux les plus mythiques (Editions Quintessence 2008),


"De toute manière, la formation du diamant natif demeure toujours un intense sujet de controverses pour les géologues. Seul trait d'union, tous sont d'accord sur la présence d'une double contrainte de chaleur et de pression gigantesques, afin de permettre au carbone de se cristalliser sous cette forme particulière.

Le diamant est du carbone pur qui se trouve sous trois états moléculaires différents, c'est-à-dire cristallisé, cristallin et amorphe. Seul le premier nous intéresse ici, car c'est celui qui correspond à la gemme qui alimente le rêve des hommes depuis le mystère de ses origines. [...]

Mais un diamant coloré le doit à la présence d'un autre élément. Verts et bleus, ils sont très rares, rouges encore davantage. Le diamant est né il y a environ trois milliards d'années, à plus de 200 kilomètres de profondeur au sein de la matrice terrestre, )à 1 400 °C et 1 200 bars ! Cette gestation se produit très lentement au sein d'amas de roches appelées péridotites et éclogites.

Amalgamé ensuite à une roche tendre, la "kimberlite" (roche primaire de lave solidifiée, riche en olivine, don le nom est tiré de Kimberley, ces mines de diamant emblématiques de l'Afrique du Sud), ou encore à la "lamproïte", dans lesquelles il s'est retrouvé projeté, à des vitesses phénoménales (près de 2 000 km/h), le long des cheminées volcaniques ou des failles de la croûte terrestre, il jaillit soudain des profondeurs utérines de sa gestation. La brutalité de sa mise au monde est, en fait, un élément fondamental de sa formation. Le seul moyen, pour lui, d'éviter sa forme "ordinaire" de graphite. Comment avoir de telles vitesses d'expulsion volcanique ? c'est ce type de questions qui contribue à maintenir le diamant dans une fascinante pénombre d'incertitudes...

La cheminée volcanique, considérée comme lieu primaire, se trouve ensuite détruite par l'érosion. Les diamants sont alors entraînés par les eaux vers les lits de fleuves, ou des embouchures de terrains alluvionnaires nommés gîtes secondaires, où on les trouve généralement. Cependant, trouver de la kimberlite n'est pas une garantie de découvrir automatiquement des diamants. On estime qu'à l'échelle mondiale, seulement une kimberlite sur cent contient des diamants.

La recette diamantifère est donc un savant, délicat et parfaitement improbable mélange de feu, de pression, de vitesse et de composition matricielle de roches.

[...] Le diamant est un extraordinaire conducteur de la chaleur. Sa relation à la chaleur, au feu, est unique. Il surpasse tout ce qui est connu. Le contact avec la pierre laisse immédiatement une sensation froide, bien connue des gemmologues. Littéralement, il boit la chaleur ! Une température intenses le fait à peine se dilater et on peut le chauffer au rouge (800 °C) ou le plonger dans de l'azote liquide (- 195 °C) sans qu'il en souffre le moins du monde ! Ce, jusqu'aux 1500 )C fatidiques où, au sein d'oxygène, il se vaporise en dioxyde de carbone !

Mais il possède encore, à ce propos, une autre faculté étonnante. Lorsqu'il brûle, donc entre 1350 °C et 1500 °C, il se consume tout en restant toujours lui-même, dans sa structure et sa forme, à quelque niveau que l'on soit de la combustion, et ce jusqu'à sa disparition totale, sans laisser la moindre trace... C'est ce qui a fait écrire à Elie-Charles Flamand dans [Les Pierres magiques, 1981] : "... sa volatilisation dans le feu, cet élément purissime, force vitale et spirituelle lumière des choses dont le diamant semble être une corporification cristalline..."

Parmi toutes ses impressionnantes particularités, il y a aussi celle de posséder une transparence optique très large (de l'ultraviolet à l'infrarouge lointain) et sa quasi neutralité chimique, à l'instar des gaz nobles (néon, argon, etc.), en réaction avec la plupart des substances."

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Symbolisme :


D'après le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et augmentée Robert Laffont, 1982), de Jean Chevalier et Alain Gherbrant,


"Ses qualités physiques exceptionnelles, dureté, limpidité, luminosité, font du diamant un symbole majeur de la perfection, encore que son éclat ne soit pas uniformément considéré comme bénéfique.


La minéralogie traditionnelle de l'Inde le fait naître de la terre sous forme d'un embryon dont le cristal constituerait un état de maturation intermédiaire. Le diamant est mûr, le cristal est non mûr. Il est le sommet de la maturité. Il s'agit d'un parfait achèvement que l'alchimie indienne utilise elle-même symboliquement en associant le diamant à l'immortalité, c'est-à-dire en l'identifiant à la Pierre philosophale.

La dureté du diamant, son pouvoir de rayer, de couper, sont spécialement mis en relief dans le Bouddhisme tantrique où le vajira (foudre et diamant) est le symbole de l'inaltérable, de l'invincible puissance spirituelle. C'est, selon l'étymologie de l'équivalent tibétain dordje, la reine des pierres. Il symbolise la clarté, le rayonnement, le tranchant de l'illumination, le vide et l'indéterminé. C'est encore la nature propre, qui est identique à la nature de Bouddha ; cela qui ne croît ni ne décroît, c'est le Diamant, enseigne le patriarche zen Houei-nêng. Un texte tantrique cité par Mircea Eliade pose expressément l'équation shunyâta (vacuité) = vajira.

L'immutabilité est par excellence un caractère axial : c'est pourquoi le trône du Bouddha situé au pied de l'Arbre de la Bodhi, est un trône de diamant. C'est aussi pourquoi l'Axe du monde est décrit par Platon comme étant de diamant. Foyer de rayonnement brillant, il participe aussi de la symbolique du centre. Nous signalons au mot pierre le rapprochement qui a été fait entre la pierre angulaire et le diamant, tous deux désignés en allemand par le mot Eckstein.

Dans l'iconographie tibétaine, le dordje (sceptre de diamant) s'oppose à la cloche (tilpu) comme le monde adamantin (potentiel, non-manifesté) au monde phénoménal (ou du sein maternel), comme le principe actif au principe passif, comme la Sagesse à la méthode.

Dans le langage courant, le diamant sous le marteau est le symbole de la fermeté&, de la solidité du caractère résistant aux persécutions.

Dans les traditions occidentales, le diamant est le symbole de la souveraineté universelle, de l'incorruptibilité, de la réalité absolue.

Selon Pline, il est le talisman universel, qui rend inopérants tous les poisons et toutes les maladies. Il chasse les mauvais esprits, écarte les mauvais rêves. Plongé dans le vin ou l'eau, il préserve les buveurs de l'apoplexie, de la goutte, de la jaunisse.

Selon les traditions d'Europe occidentale, il chasse également les bêtes sauvages, les fantômes, les sorciers et toutes les terreurs de la nuit. La tradition russe dit qu'il empêche la luxure et favorise la chasteté. On disait aussi en France qu'il écartait la colère et entretenait l'union entre les époux ; ce qui lui avait fait donner le nom de pierre de réconciliation ; il contient l'innocence, la sagesse et la foi. Dans la langue iconologique, le diamant est le symbole de la constance, de la force, et des autres vertus héroïques.

Les contes populaires ajoutaient que les diamants en engendraient d'autres : origine ancestrale de la sagesse qui s'engendre elle-même. La forme du diamant brut est à rapprocher de la croyance qui considère le cube comme un autre symbole de la vérité, de la sagesse et de la perfection morale.

Dans la devise des Médicis, le diamant figure comme un symbole de l'amour divin. Mais l'interprétation se fonde sur un calembour : diamant, dio-amando.

Trois anneaux entrelacés portant chacun un diamant, constituèrent la devise de Côme de Médicis... Le fils de Côme, Pierre, reprenant la devise de son père, en la modifiant selon la règle, mit un anneau avec un diamant dans les serres d'un faucon, avec la devise semper. Ce qui signifiait vouer à Dieu un amour éternel, d'une fidélité à toute épreuve. Laurent le Magnifique ajouta à l'anneau trois plumes, blonde, verte et rouge, voulant que l'on entendist qu'en aymant Dieu, il florissait en ces trois vertus, Fides, Spes, Charitas, appropriées à ces trois couleurs, la Foy blanche, l'Espérance verte, la Charité ardante, c'est-à-dire rouge : avec un Semper au pied.

Le diamant des Médicis a été aussi interprété comme le symbole de la sagesse de la famille, de sa victoire sur elle-même et sur les autres. Botticelli, représentant Minerve qui maîtrise un centaure, pare la robe de la déesse de la bague au diamant.

Le diamant a symbolisé également, dans l'art de la Renaissance, l'égalité d'âme, le courage devant l'adversité, le pouvoir de libérer l'esprit de toute crainte, l'intégrité du caractère, la bonne foi."

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Odile Alleguede, dans son ouvrage La parole perdue des pierres, La face cachée des joyaux les plus mythiques (Editions Quintessence 2008), nous apprend que


"Une des plus anciennes traces de son importance dans la culture indienne se trouve ans un manuscrit hindou du IVe siècle avant J. C. l'Artha Sastra, sorte de texte législatif mi-religieux, mi-fiscal. N'est-ce pas naturel, après tout, car l'Inde est déjà une terre généreuse, ruisselante de gemmes ?

Une très antique légende raconte en effet qu'elles sont nées du corps d'un démon nommé asura, foudroyé par les dieux, et dont la dépouille délivra des "montagnes de pierreries". Des os de ce démon, appelé "Bala" ou "Vajra", naquirent les diamants ; de ses dents les perles ; de son sang les rubis ; de sa bile les émeraudes ; de ses yeux les saphirs ; de son cri l’œil-de-chat ; de sa peau les topazes ; de ses ongles le chrysobéryl ; de sa lymphe le grenat ; de son chyle la cornaline et de sa graisse le cristal et le corail. Dès que le corps de l'asura eut donné sa foison de gemmes, des êtres célestes s'en emparèrent pour les faire connaître dans les trois mondes...

Vajra est donc en sanscrit le nom du diamant. L'alchimie indienne associe le diamant à l'immortalité et l'assimile à la pierre philosophale. Au Tibet, il symbolise la vacuité, l'indéterminé. dans l'ancienne Égypte, il était placé au milieu du ankh, cette représentation emblématique du hiéroglyphe signifiant "vie". En Grèce, il s'appelle "adamas" soit l'indomptable. Pour Platon, l'axe du monde est fait de diamant ! On lui a toujours attribué les plus grandes propriétés magiques et on le pensait incombustible. En fait, il se volatilise à 1 500 degrés, sans laisser aucune trace.

Dans la tradition judéo-chrétienne, le diamant est associé à Israfel, l'ange de la résurrection qui sonnera de la trompette à l'heure du jugement dernier. Dans le folklore arabe, Israfel plonge son regard dans l'Enfer chaque jour. Il en est tellement malheureux que ses larmes inonderaient la terre si Allah ne les arrêtait pas à chaque fois. Des larmes de diamant... évidemment. Qui dit larmes, pense œil. C'est peut-être dans le prolongement de ces récits mytho-religieux que l'on peut, peut-être, trouver une des sources d'inspiration des artistes bouddhistes.

Dans le bouddhisme, notamment, le troisième œil est un canal divin de communication. A Karmagön se trouve le monastère du Kham où l'on peut admirer la monumentale statue de Cakyamuni. De par son gigantisme, il fallut mouler et assembler séparément les membres et les diverses parties du corps. La tête, faite d'une seule pièce, porte au milieu du front un gros diamant qui, selon la croyance locale, provient du bec du célèbre épervier "Garuda". Ce diamant symbolise cet œil intérieur permettant l'accès aux mondes invisibles. La statue, dessinée par le huitième Gyalwa Karmapa (1507-1554), est, à l'instar de celles des bouddhas passés et futurs, en argile mêlée à des herbes consacrées. [...]


Origines, symbolismes et pouvoirs

Le diamant cristallise dans le système cubique. On trouve les cristaux de diamant le plus souvent sous forme d'octaèdres aplatis, de dodécaèdres ou d'hexocaèdres solides (48 facettes). L'octaèdre est cette double pyramide à base carrée, dont les sommets la firent appeler "pointe naïve" en vieux français.

Le symbolisme antique le sait d'ailleurs parfaitement puisque... en Inde, en tant qu'arme d'Indra, un des plus anciens dieux du panthéon védique - le maître de la Foudre - le diamant est justement un octaèdre dont les six pointes annihilent toutes les menaces venant des quatre points cardinaux, plus celles des démons et... des dieux ! Ce qui laisse supposer que, tous dieux qu'ils sont, ils ne sont peut-être pas aussi inoffensifs que cela. Une légende qui, de toute façon, laisse rêveur lorsqu'on sait que le diamant est un isolant électrique remarquable !

En Inde, seuls les souverains masculines pouvaient en porter en guise de talisman pour devenir invincibles. En Occident, les puissants portèrent longtemps, de temps à autre, un diamant comme amulette, mais jamais comme bijou !

Si on se réfère au langage mathématique de la création abordé dans l'introduction, on constate que le diamant obéit sommairement à une double loi. D'une part, il reçoit les vibrations de Saturne (le maître du Temps), via son système cristallin cubique qui le relie à la Terre. D'autre part, il capte les influx de Mercure (le communiquant, entre autre) à travers l'octaèdre qui correspond à l'élément air. Peut-être est-ce cette correspondance archétypale qu'il faut voir dans le geste d'hermès (Mercure) qui offre à Persée une épée de diamant pour combattre la Méduse ? Comment s'étonner alors de son exceptionnelle dureté et de son fantastique pouvoir de "traduction" (souvenez-vous par exemple, des fameux diamants des anciennes platines de lecture des disques vinyles) ?"


Diamants célèbres :


"Koh i noor" en persan signifie "montagne de lumière. On le mentionne pour la première fois dans le Mahabharata, la grande épopée indienne qui célèbre des événements ayant eu lieu vers l'an 2000 av. J. C. Le Koh I Noor y est alors porté par l'un des héros. Mais la légende, qui inévitablement se marie à l'histoire lorsque la route du Temps est trop longue, mentionne qu'il appartenait à Karna, roi d'Agra, encore bien avant cela, en 3000 av. J. C. Cette même légende affirmait que celui qui le possédait aurait le pouvoir de dominer le monde et d'imposer sa volonté aux foules ! De toute façon, le premier résultat présuppose le seconde... Probablement extraite des gisements de Kollur, en Inde, la pierre brute pesait alors au minimum 600 carats.


Le Hope ou "Terreur bleue" : Surnommé aussi le "diamant leu" cette pierre splendide de 45, 52 carats, unique par sa couleur bleu vif, est probablement celle qui baigne le plus, parmi les diamants célèbres, dans une pénombre angoissante de drames et de maléfices.

Le Hope fut découvert en Inde. Non taillé, il pesait 112 carats. Une légende tenace le lie à la déesse Shiva dont il aurait orné le troisième œil d'une des statues ans un ancien temple, quelque part sur cette pétrie de mythes. Cette même légende rapporte la malédiction jetée sur la pierre par la divinité, au cas où un mortel oserait commettre le sacrilège d'arracher son œil pour le porter."

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Symbolisme onirique :


Selon Georges Romey, auteur du Dictionnaire de la Symbolique, le vocabulaire fondamental des rêves, Tome 1 : couleurs, minéraux, métaux, végétaux, animaux (Albin Michel, 1995),


Une psychologue qui s'attarderait dans la contemplation d'un diamant serait un grand risque de se perdre. Un diamant est absolu, donc inaccessible. Il est image d'éternité. Quel rêveur prétendrait s'installer dans une image d'éternité sans renoncer à la vie quotidienne ? Le Christ lui-même, associé au diamant dans beaucoup de rêves, n'a réalisé sa vocation de communion sublime qu'en accomplissant le sacrifice du sang.

Plus rare, dans l'imaginaire, que le cristal auquel il s'apparente, le diamant entraîne trois fois plus de corrélations. Celles-ci se répartissent surtout entre cinq familles de symboles : en premier lieu les parties du corps et les formes géométriques, planes et volumétriques, ensuite les matières et les personnages, enfin les lieux. Les personnages sont tous des figures mythiques ou génériques, tells que la fée, le Christ, le Veux Sage, le pharaon, le roi. Les personnages familiers, tels que la mère, le père, l'enfant, sont, à l'inverse, moins fréquents que dans l'ensemble des rêves constituant la base de données. La même remarque est faite dans l'article consacré au cristal. Les lieux sont surtout le trône, la grotte et le centre.

Le diamant participant, comme le cristal, à la rêverie lapidaire limpide, des répétitions dans l'interprétation de chacun des deux symboles sont inévitables. le fait qu'ils n'apparaissent que très rarement ensemble commande cependant de les traiter séparément. Le plus souvent, le diamant du rêve apparaît seul. Lorsqu'il est cité parmi les pierres précieuses, il en est toujours distingué, ne serait-ce que pour la tournure de la phrase, comme dans l'exemple suivant : « ... Je vois des pierres de toutes les couleurs Il y a des rubis, des turquoises, des émeraudes et... même des diamants ! » C'est peut-être dans la profondeur inconsciente qu'il faut rechercher l'origine de l'appellation de solitaire ! Comment d'ailleurs en serait-il autrement d'un symbole absolu ? Dans le jeu des représentations symboliques, tout se passe comme si le diamant était la lumière pure, la lumière première, et que les pierres colorées en fussent un peu les enfants. Une telle image se laisserait poursuivre fructueusement. C. G. Jung ne remarque-t-il pas, avec pertinence, que les nains qui entourent Blanche-neige ont aussi un comportement d'enfants ? Or les nains font profession d'aller extraire du cœur de la montagne les pierres précieuses et chacun d'eux présente une psychologie en correspondance avec l'une des couleurs.

Philippe, dans un rêve très riche d'images originales, aperçoit une énorme abeille de diamant. Quelques instants plus tôt, il voyait : « ... des poissons rouges... et des jaunes, des verts, des violets... toutes les couleurs de base... ils font des démonstrations, comme la patrouille de France... ils sont dans l'ordre des couleurs de l'arc-en-ciel... » La suite du scénario ne laisse subsister aucun doute. Ces poissons-avions vont se transformer en abeilles qui vont se poser sur un porte-avions... « ou plutôt sur un porte-abeilles », avant de fusionner pour produire une grande abeille au corps de diamant. Ces poissons de couleurs rangées dans l'ordre de l'arc-en-ciel résultaient bien de la décomposition de la lumière blanche, reformée dans l'abeille de diamant.

Le diamant est la plus dure des pierres. Un diamant est apte à tout contenir de ce qui est perceptible par les sens. Une pierre qui peut tout contenir peut, dans l'imaginaire, tout engendrer. Il est dès lors naturel que des mythes et des écrits religieux accordent à l'Être Suprême un trône de diamant ou de cristal.

Trois observations marquantes ressortent à la lecture des rêves dans lesquels le diamant est évoqué. La première concerne la très grande fréquence des scènes qui se déroulent dans l'eau, le rêveur ou les personnages qu'il met en action insistant sur leur pénétration de l'eau. La seconde est relative à la présence forte de l'ours. La troisième, c'est l'abondance et la variété des animaux qui peuplent ces séances.

C. G. Jung dans L'Alchimie et l'inconscient se défendait de céder à la tentation d'un jeu de mots de goût contestable en rappelant l'expression consacrée au diamant : « Cette pierre est d'une très belle eau. » Le grand analyste soulignait le fait que le diamant, matière la plus dure, était, dans l'imaginaire, porteur de son opposé : l'eau, matière la plus flexible. L'adjectif limpide semble par ailleurs avoir été créé tout spécialement pour l'une et pour l'autre. Le rêveur qui joue avec le diamant se trouve irrésistiblement attiré vers les images aquatiques. Plus encore peut-être que celle de la dureté et de la flexibilité, c'est la dialectique du sec et de l'humide qui domine dans ces rêves. Quelques phrases extraites du sixième rêve de Jérôme vont dessiner cette trame dont les points visibles sont disséminés dans un très long scénario.

Les premiers mots situent d'emblée notre propos : « Je vois un crabe.. assez gros... il marche de travers, sur le sable humide d'une plage... chaque vague l'inonde entièrement et il ressort... il se dirige vers le sec... il y a du vent... des détritus... le crabe s'éloigne de plus en plus de l'eau. Il est loin, maintenant, parmi les dunes... il se demande ce qu'il va faire... il risque de se dessécher... je le vois disparaître a loin... [...] Il y a des mouettes qui crient, des poissons volants... des dauphins qui me disent bonjour... là je vois un gros ours brun sur un iceberg... » ... « Là, j'ai une boîte en bois... je l'ai ouverte... je suis complètement ébloui parce qu'il y a dedans un truc qui brille énormément... j'essaie de voir ce qui m'éblouit. Je vois des billets de banque, des diamants et... un cœur, taillé dans de la pierre rose... du marbre rose... »

Lorsque, délaissant la traduction de telles images dans leur relation à la problématique, on s'en tient au rapport du sec et de l'humide, de la dureté et de la flexibilité, du minéral et du vivant, ce crabe qui s'éloigne de plus en plus de l'eau, au risque de se dessécher, cet ours brun égaré sur la glace d'un iceberg, ce diamant accompagné d'un cœur de marbre et de billets de banque, crient avec les mouettes le besoin du retour à l'implication sentimentale. Serait-il « de la plus belle eau » un cœur de diamant sera toujours un cœur sec un cœur froid, un cœur minéral. L'éternité qu'il laisse espérer est une éternité de silence, une éternité glacée, une éternité intouchable !

Valeur suprême d'un monde minéral figé, un diamant imaginé valorise. Le regard qui le contemple, en quête d'idéal, croit y trouver le reflet de sa propre valeur. Mais le prix à payer pour cette complicité d'une pierre froide sera lourd ! L'éclat d'un diamant peut refroidir jusqu'au gel l'âme éprise d'une pureté inégalée. Il n'y a aucune distance entre une eau prisonnière du cristal et l'eau figée de la banquise. Un très beau rêve de Thérèse offre des images qui illustrent clairement l'itinéraire qui conduit du gel d'une âme trop soucieuse d'élévation à la résurrection dans la vie instinctuelle : « Je vois un ours blanc... qui court, sur la banquise... il court vers un oint lumineux... il arrive dans une grotte de glace... là, il y a toute une famille d'ours blancs. Lui, il ressort de la grotte. Il est poursuivi, maintenant, par un très grand oiseau de proie... un aigle probablement... alors il court... il court et... de plus en plus vite... alors il se met en boule et il dévale une pente et... il tombe dans l'eau !... Du coup, l'aigle abandonne la poursuite... l'ours est dans l'eau, il s'y sent en sécurité ! C'est une eau chaude, alors ça c'est nouveau pour lui !... »

L'ours parvient dans une forêt vierge. Il établit un contact de sympathie avec des hommes qui campent autour d'un feu : « ... et l'ours, petit à petit, en étant dans cette forêt qui est très chaude, modifie un peu son pelage... il devient un peu différent... en fait, il devient beaucoup plus un ours normal !... » L'un des chasseurs découvre une fosse, un piège pour attraper les gros animaux. Au fond de la fosse brille un très gros diamant. L'ours descend dans le piège et avale le diamant. Les chasseurs furieux, veulent le tuer pour récupérer la pierre mais l'ours est le plus fort et c'est lui qui les mange : « ... et, un jour, il trouve un geyser d'eau chaude et il se met dessus... et c'est très fort comme flux... il flotte, au-dessus, et il s'amuse beaucoup avec cette eau, et il s'aperçoit qu'il diminue de taille, qu'il a le nez qui s'allonge et qu'il devient différente... et, un jour il rencontre un renard, avec sa famille... le renard l'invite dans son terrier et l'ours reste avec eux... en fait, il devient renard lui-même et il est définitivement adopté... »

Ce rêve rassemble l'essentiel des thèmes liés au diamant. Il montre le rôle de l'eau - ici une eau chaude - dans la métamorphose qui conduit de l'ours polaire au renard c'est-à-dire du gel du sentir à la réhabilitation totale de l'instinctualité. Il met en scène l'ours, symbole associé au diamant. En dehors de l'ours, cinq autres animaux évoluent au fil du récit. Et l'ours, lorsqu'il a ingéré le diamant, va connaître une réduction de taille. L'ours est, dans le processus alchimique, l'une des représentations de la materia prima, c'est-à-dire de la matière brute sur laquelle l'Œuvre doit s'appliquer. L'ours est -entre autres significations - un symbole de début de cycle d'évolution. Le diamant est le lapis, soit le résultat final, le but du Grand-Œuvre. C'est, en langage alchimique, la pierre philosophale ; en termes jungiens, c'est le Soi réalisé. Un ours blanc, un ours polaire, qui fait corps avec la banquise, ne peut indiquer qu'un non-sens psychologique, chez une patiente qui confond le début et l'aboutissement d'une démarche d'approfondissement ! Le rêve restitue heureusement l'image de l'ours brun "normal" qui se métamorphose ensuite en renard, symbole de la force instinctuelle. Ce renard-là est probablement le meilleur guide que pouvait suivre Thérèse sur le chemin de son accomplissement. Il lui montrera d'autres sentiers que ceux, trop directs, qui la conduisaient à la prison de cristal.

L'abondance et la variété des animaux dans les rêves où brille la reine des pierres n'ont pas d'autre sens que celui que prend ici le renard. Ils sont expressifs de l'animation nouvelle d'une psychologie qui prend conscience de s'être enfermée dans des aspirations idéalistes et qui s'ouvre à la reconnaissance des pulsions refoulées. Plus de la moitié des rêves où figure le diamant ont été faits par les patients entre la huitième et la douzième séance. On constate souvent, dans le déroulement d'une cure, une absence presque totale des animaux dans les premières séances alors que, justement dans cette zone située entre le huitième et le douzième rêve, l'un des scénarios produit une véritable explosion de représentations animales. Le fait est à regarder comme un dégel du système intellectuel de défense qui se prête enfin à la libération des pulsions instinctuelles. La coïncidence entre l'évocation du diamant et cette observation fait de la précieuse pierre un indice de renoncement à la poursuite d'une illusoire pureté.

Puisque nous avons évoqué, au début de cet article, l'association fréquente du diamant et du Christ, il n'est pas sans intérêt de signaler que plusieurs personnes voient un Christ essayant de se détacher de la croix ou des images similaires, qui sont une projection de la disposition nouvelle du rêveur à renoncer au sacrifice prématuré des valeurs du monde.

Nous ne saurions achever cette exploration de la rêverie inspirée par le diamant sans évoquer ce que Gaston Bachelard avait déjà remarqué en parcourant les textes poétiques : pour l'imaginaire, une pierre cristallisée est une matière vivante, capable de croissance. Dans le sein de la terre, une pierre précieuse imaginée grandit ! Dans le rêve éveillé, le diamant se prête parfois au jeu de l'agrandissement et de la réduction de taille. Ce double phénomène qui est un des mécanismes fondamentaux du rêve éveillé et qui fait l'objet d'un article spécifique est vécu le plus souvent par le patient lui-même, qui connaît le sort d'Alice grandissante et rapetissant dans la galerie souterraine.

Le fait que le diamant du rêve subisse ces mêmes avatars montre qu'une identification puissante le le rêveur, qui s'y retrouve, à la pierre qui l'emprisonne.

Trop de matière restera inexploitée au sujet de la rêverie lapidaire ! Mais, en ce qui concerne le cristal, comment épuiserait-on la traduction d'une image qui contient tout ?

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Avant de conclure, il nous faut cependant encore ajouter que plusieurs indices et la connaissance des problématiques des patients qui ont produit les rêves soumis à l'étude invitent à soupçonner qu'une relation existe entre le diamant rêvé et le rapport du rêveur à l'image maternelle. L'association avec l'ours confirme cette hypothèse.

A l'heure de l'interprétation, on se souviendra que le diamant s'inscrit dans une dynamique de réajustement des pôles de la fixité et de la flexibilité, du sec et de l'humide, du froid et du chaud, du mental et du sentir, de la perfection et de la simplicité. Un tel axe sera le fil conducteur le plus sûr pour déterminer le sens de ce qui se joue dans le rêve examiné.

Le diamant du rêve est la révélation d'une aspiration pétrifiante du rêveur, tendu dans un élan vers la perfection, mais il est à la fois promesse d'explosion créatrice. Voir un diamant c'est déjà y renoncer, voir la banquise c'est déjà aspirer à une eau libre, voir le blanc limpide c'est déjà vivre les couleurs, voir la cristallisation c'est ouvrir la porte d'une arche de Noé.

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Littérature :


Rémy Belleau, Le Diamant (1576).

Le Manant et le Diamant


Compliment de deux petits enfants à leur curé, le jour de sa fête.


Chez un orfèvre, un jour, certain Manant Admirait un Diamant. Jamais rien d’aussi beau n’avait frappé sa vue.


Il le prend, le regarde, en tous sens le remue, Et ne peut plus en détourner les yeux. Le Diamant lui dit : — Cet éclat merveilleux, Je le dois au lapidaire ; Tu me mépriserais comme une vile pierre, Si son habile main n’avait su me polir Et m’embellir. — C’était bien dit. Si la nature L’avait fait, son éclat et sa riche parure Étaient le fruit des soins et du talent De cet ouvrier excellent.

Pour nous, à nos parents nous devons la naissance, Et certes c’est un beau présent ; Mais le pasteur qui forme notre enfance A la pratique des vertus, Rend plus belle notre existence, Et nos hommages lui sont dus. Non, non ! rien ne vaut un bon maître, Et ses bienfaits, Jamais Nous ne saurons assez les reconnaître.


Abbé Louis-Maximilien Duru, « Le Manant et le Diamant », Fables nouvelles, ou Leçons d’un maître à ses élèves, 1855.

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Dans son roman policier intitulé Smoke (Édition originale, 1995 ; traduction française Éditions Payot & Rivages, 2000), Donald Westlake met en scène un petit escroc qui en devenant invisible va prendre une envergure inattendue. Pour l'instant il en est à son premier coup sous sa nouvelle apparence :


Des joyaux. Saphirs bleus, émeraudes vertes, rubis rouges. Turquoises bleues, jade vert, grenats rouges. Améthystes pourpres, onyx noirs, alexandrites violettes. Girasols opalescents, chalcédoines crémeuses, perles aux innombrables nuances de blanc.

Mais ce qui intéressait Freddie, et il ne s'intéressait qu'à ça, c'était les diamants. Clignotant sous les comptoirs vitrés, nichés en grappe ou dans leur splendeur solitaire sur des plateaux de feutre, transmis de paume en paume telles les éclaboussures d'une poussière lunaire magique ; de petites concentrations de lumière dure, incolores et pourtant remplies de couleur, prismatiques, à facettes, minuscules, fabuleuses.

Freddie fit un premier tour des lieux pour s'y accoutumer, pour s'ajuster à ce cadre, et le temps de regagner la façade, il se sentait si confortable, tellement à l'aise et sûr de lui qu'il se permit de tapoter au passage le bras de la sentinelle meurtrière. Le gardien tourna brusquement la tête à droite, à gauche, il regarda, ne vit rien, et chassa d'un geste la mouche inexistante.

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Pendant ce temps, Freddie s'était niché juste derrière la Coqueluche de Broadway, tenant la poignée de de diamants le plus près possible du dos étincelant de sa robe à paillettes. En examinant les pierres d'en haut, puis de près, Freddie sut qu'il avait fait le bon choix. Il sourit en baissant les yeux vers les pierres qui flottaient là, au creux de ses mains invisibles. Pour toute personne se trouvant dans cette pièce, captivés comme ils l’étaient tous par leurs propres affaires, les diamants devaient être à peine visibles, voire pas du tout, sur ce fond de robe brillante. Alors du moment qu'ils continuaient à avancer...

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