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  • Anne

L'Oranger


Étymologie :

  • ORANGER, subst.

Étymol. et Hist. A. 1388 bot. orengier (doc. ds B. et H. Prost, Inventaires mobiliers et extraits des comptes des ducs de Bourgogne, t. 2, n°2721) ; spéc. a) 1552 fleurs d'orangiers au propre (Rabelais, Quart Livre, éd. R. Marichal, chap. 7, p. 57) ; 1826 couronne de fleurs d'oranger, symb. de la virginité (Hugo, Bug-Jargal, p. 212) ; b) 1796 eau de fleurs d'oranger (Napoléon Ier, Lettres Joséph., p. 27). B. 1694 marchand oranger (Arrêt du Conseil d'État in Lespinasse, Métiers de Paris, t. 1, p. 492 ds Fonds Barbier ; 1713 orangère (Hamilton, Grammont, p. 295 ds DG) ; 1803 oranger (Boiste). Dér. de orange*; suff. -(i)er*

  • ORANGE, subst. et adj.

Étymol. et Hist. 1. a) Ca 1200 [ms. du xiiie s.] agn. pume orenge désigne l'orange amère ou bigarade (A. Neckam, Comment. sur le Cantique des cantiques, ms. Brit. Mus. ms. Royal 4 D XI, f°83 rocol. a d'apr. R. Loewe ds Arch. ling. t. 6, 1954, p. 124) ; 1314 pomme d'orenge (Henri de Mondeville, Chirurgie, éd. A. Bos, 1824) ; ca 1393 p. ell. orenge (Ménagier de Paris, éd. G. E. Brereton et J. M. Ferrier, p. 279, 12) ; b) 1515 orange «fruit de l'oranger» (M. Du Redouer, S'ensuyt le Nouveau monde et navigations [trad. de l'ital., lui-même trad. du port.], f°36 rods Arv., p. 370) ; 2. 1553 adj. «de couleur d'orange» (doc. ds A. Joubert, Hist. de la baronnie de Craon, p. 486). L'a. fr. pome (d') orenge serait un calque de l'a. ital. melarancio, -a (dep. le xive s., Boccace d'apr. DEI) comp. de mela «pomme» et de arancio «oranger» et «orange», ce dernier étant empr., avec déglutination, à l'ar. nārang(a), lui-même empr. au persan narang ; le o- du fr. mod. s'explique prob. par l'infl. du nom de la ville d'Orange, a. fr. Orenge (Bl.-W.2-5; v. aussi FEW t. 19, p. 139b), tandis que le -a- s'explique par celle de l'ital. arancia, orange étant d'abord att. dans une trad. de l'ital. (supra 1515; Arv., p. 370). Au Moy. Âge, le mot désignait l'orange amère, transmise par les Perses aux Arabes, qui l'importèrent en Sicile d'où elle passa au reste de l'Europe méditerranéenne. L'orange douce, apportée de Chine par les Portugais au xvie s., a évincé, en héritant de son nom, la variété amère. V. FEW, loc. cit.


Lire aussi les définition de oranger et orange pour amorcer la réflexion symbolique.




Botanique :


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Symbolisme :


Selon Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, auteurs du Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982),


"L'orange est, comme tous les fruits à nombreux pépins, un symbole de fécondité. Au Viêt-Nam, on faisait autrefois présent d'oranges aux jeunes couples.

Dans la Chine ancienne, probablement pour la même raison, l'offrande d'oranges aux jeunes filles signifiaient une demande en mariage."

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D'après Nicole Parrot, auteure de Le Langage des fleurs (Éditions Flammarion, 2000) :


"La fleur d'oranger félicite celle qui le reçoit de sa virginité. Ce qui ne l'empêche pas, en même temps, de prôner la générosité. Elle est également symbole d'éternité. Consacrée à Vénus, déesse de l'amour friande de fleurs, la fleur de l'oranger favorise les débuts d'une intrigue. Tout comme son fruit : un couple qui s'offre mutuellement une moitié de la même orange connaîtra le bonheur. S'il en croque les pépins, il s'assure, en plus, la fécondité.

Sous le premier Empire, les mariées fortunées arboraient de vraies fleurs d'oranger cueillies le matin même sur les arbres en pot des orangeries. Les autres devaient l'importer à grands frais. Ou se contenter de fleurs artificielles - appréciables le lendemain de la fête lorsque la mariée enfermait sa couronne sous son globe de verre.

Paradoxalement, comme souvent les fleurs symboles de pureté, la fleurette blanche dégage un parfum enivrant, voire franchement capiteux. Avis, en passant, aux invités à un mariage, si la couronne de noce en fleurs d'oranger honore la vertu de la mariée et porte chance au couple, elle ne doit surtout pas se poser sur la tête d'une célibataire. Celle-ci courrait le risque de ne jamais trouver d'époux à son goût.

Stéphane Mallarmé, un temps chroniqueur de mode sous le pseudonyme de Marguerite de Ponty, recommande avec insistance la fleur d'oranger à toute épousée qui se respecte : elle doit la poser, selon lui, dans sa chevelure, à l'épaule et sur le haut de sa jupe. Pourquoi pas, le futur époux pensera que trois assurances valent mieux qu'une.

Quant au gentil Bourvil, il chante pour l'éternité les beaux vers d'Eddy Marnay :

"Un oranger sous le ciel irlandais

On ne le verra jamais

Qu'est-ce que ça peut faire (bis)

Tu dors auprès de moi".


Mot-clef : "Vertu et générosité".

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Croyances populaires :


D'après Véronique Barrau, auteure de Plantes porte-bonheur (Éditions Plume de carotte, 2012) :


L'amour sous le signe de l'oranger : Doté de fleurs blanches symbolisant la virginité et de nombreux pépins associés à la fécondité, l'oranger fut longtemps dédié au mariage. Les épousées de Provence prélevaient des fleurs de cet agrume composant leur couronne de mariée pour les distribuer à leurs demoiselles d'honneur. Ces échantillons de la coiffe nuptiale devaient assurer à chacune un mariage prochain, placé sous le signe de la félicité.

En Asie, ce n'étaient pas les fleurs mais les fruits de l'agrume qui étaient associés au mariage. En guise de porte-bonheur, les Vietnamiens s'unissant pour la vie se voyaient ainsi offrir des oranges. En Chine, toute mariée entrant pour la première fois dans la maison de son époux recevait deux oranges. Elle les partageait le soir venu avec son mari dans l'espoir que leur union soit aussi longue qu'heureuse.


Étrennes : Lors du Nouvel An, les Chinois remettaient une à deux oranges aux visiteurs venus leur adresser leurs meilleurs vœux. Par cette offrande de fruits sucrés symbolisant les douceurs de la vie, ils témoignaient de leurs souhaits de bonheur réciproques. Une pratique identique perdure encore aux Antilles, à la différence près que les personnes recevant leur orange ouvrent le fruit pour compter le nombre de pépins. Plus il y a de graines, plus les rentrées d'argent promettent d'être importantes dans l'année. Conserver ces pépins dans son porte-monnaie favoriserait par ailleurs son sort pécuniaire.


Désodorisant : Johnny Chan, célèbre joueur américain de poker, est connu pour l'orange porte-bonheur qui l'accompagne à chacune de ses parties. A l'origine, l'agrume posé sur la table de jeun n'était investi d'aucune superstition mais permettait au compétiteur, qui le humait régulièrement, de masquer les odeurs de tabac jadis autorisé dans les casinos.


Des vœux branchés : De nombreux Chinois placent tous leurs espoirs en deux banians s'élevant près du sanctuaire de Lam Tsuen. Les vœux relatifs à la famille sont adressés au plus jeune des arbres tandis que les souhaits de santé, de réussite scolaire ou professionnelle sont destinés au banian plus âgé. Lors du Nouvel An, ce dernier souffrait de l'engouement quasi exclusif qu'on lui manifestait. Ses branches ployaient en effet sous le poids des oranges reliées par un fil à des enveloppes rouge et jaune, dans lesquelles avaient été glissés des vœux. Selon la tradition, si l'assemblage restait coincé dans l'arbre après trois essais maximum, les souhaits exprimés avaient toutes les chances de se réaliser, surtout s'ils étaient suspendus de hautes branches. Face à la mise en danger du vieux banian, on conseille désormais de lancer ses oranges sur le plus jeune arbre vire d'accrocher ses vœux sur des panneaux placés à proximité."

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Littérature :


L'Orange


Comme dans l'éponge il y a dans l'orange une aspiration à reprendre contenance après avoir subi l'épreuve de l'expression. Mais où l'éponge réussit toujours, l'orange jamais : car ses cellules ont éclaté, ses tissus se sont déchirés. Tandis que l'écorce seule se rétablit mollement dans sa forme grâce à son élasticité, un liquide d'ambre s'est répandu, accompagné de rafraîchissement, de parfums suaves, certes - mais souvent aussi de la conscience amère d'une expulsion prématurée de pépins.

Faut-il prendre parti entre ces deux manières de mal supporter l'oppression ? - L'éponge n'est que muscle et se remplit de vent, d'eau propre ou d'eau sale selon : cette gymnastique est ignoble. L'orange a meilleur goût, mais elle est trop passive, - et ce sacrifice odorant... c'est faire à l'oppresseur trop bon compte vraiment.

Mais ce n'est pas assez avoir dit de l'orange que d'avoir rappelé sa façon particulière de parfumer l'air et de réjouir son bourreau. Il faut mettre l'accent sur la coloration glorieuse du liquide qui en résulte, et qui, mieux que le jus de citron, oblige le larynx à s'ouvrir largement pour la prononciation du mot comme pour l'ingestion du liquide, sans aucune moue appréhensive de l'avant-bouche dont il ne fait pas se hérisser les papilles.

Et l'on demeure au reste sans paroles pour avouer l'admiration que mérite l'enveloppe du tendre, fragile et rose ballon ovale dans cet épais tampon-buvard humide dont l'épiderme extrêmement mince mais très pigmenté, acerbement sapide, est juste assez rugueux pour accrocher dignement la lumière sur la parfaite forme du fruit.

Mais à la fin d'une trop courte étude, menée aussi rondement que possible, - il faut en venir au pépin. Ce grain, de la forme d'un minuscule citron, offre à l'extérieur la couleur du bois blanc de citronnier, à l'intérieur un vert de pois ou de germe tendre. C'est en lui que se retrouvent, après l'explosion sensationnelle de la lanterne vénitienne de saveurs, couleurs et parfums que constitue le ballon fruité lui-même, - la dureté relative et la verdeur (non d'ailleurs entièrement insipide) du bois, de la branche, de la feuille : somme toute petite quoique avec certitude la raison d'être du fruit.


Francis Ponge, "L'Orange" in Le Parti pris des choses, 1942.

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La Fleur d'oranger


Fleur d’orage et fleur d’oranger,

J’ai peur de la nuit, j’ai peur du danger.

Fleur d’oranger et fleur d’orage,

J’ai peur de la nuit et du mariage.

Fleur d’orage et fleur d’oranger,

Fleur d’orage


Robert Desnos, "La Fleur d'oranger" in Chantefables et Chantefleurs, 1952.

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