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  • Anne

La Papesse / Belisama




Étymologie :

  • PRÊTRESSE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1. Ca 1160 « femme, jeune fille attachée au culte d'une divinité » (Eneas, éd. J. J. Salverda de Grave, 2202); 2. 1671 prêtresse de Vénus « courtisane » (La Fontaine, Contes, III, VI ds Œuvres, éd. H. Régnier, t. 5, p. 192). Dér. de prêtre *; suff. -esse 2*.

  • PRÊTRE, subst. masc.

Étymol. et Hist.1. a) Déb. du xiie s. « celui qui, dans l'Église catholique, a reçu le sacrement de l'ordre » (St Brendan, éd. I. Short et Br. Merrilees, 208) ; 1948 prêtre-ouvrier (Paru, no 42, mai, p.116 ds Quem. DDL t. 22) ; b) 1826 parti prêtre (Delécluze, Journal, p. 359) ; 2. 1213 « tout ministre d'un culte religieux » (Fet des Romains, éd. Flutre et Sneyders de Vogel, p. 452, 1) ; 3. ca 1485 le grand prêtre « chef de la religion hébraïque » (Myst. du V. Testament, éd. J. de Rothschild, 26270) ; 4. 1549 « celui qui a voué à quelqu'un, à quelque chose un culte auquel il consacre l'essentiel de son activité et qu'il veut répandre ou glorifier » (Du Bellay, Œuvres poét., éd. H. Chamard, t. 3, p. 85) ; 5. 1769 « petit poisson appelé aussi faux éperlan » (Duhamel du Monceau, Traité général des pêches, 1a, 31 d'apr. FEW t. 9, p. 358a). Du lat. chrét. presbyter (empr. au gr. π ρ ε σ β υ ́ τ ε ρ ο ς « ancien du peuple » d'où « prêtre », compar. de π ρ ε ́ σ β υ ς « vieux, âgé »), qui a eu les mêmes sens que le gr. : « vieillard », « ancien, dignitaire » et « prêtre » (dep. ca 200, Tertullien, v. Blaise Lat. chrét.). L'a. fr. connaissait également provoire (dep. ca 1100, Roland, éd. J. Bédier, 2956), issu de *prebiterum, acc. de *prebiter, altération de presbyter (FEW t. 9, pp. 359-360).


Lire également la définition des noms prêtresse et prêtre afin d'amorcer la réflexion symbolique.

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Identification : (voir dans la symbolique celte, le lien entre la Papesse et Cerridwen)


Robert-Jacques Thibaud, auteur du Dictionnaire de Mythologie et de Symbolique celte (Éditions Dervy, 1995, assimile Cerridwen à Bélisama :


Cerridwen : divinité-mère galloise de la connaissance et de l'abondance, un autre visage de la Belisama gauloise, de la Brigitt irlandaise, dont elle possède la plupart des attributs et prérogatives (poésie, science, art, forge, médecine et divination). L'aspect vieillissant de la grande déesse, souvent manifestée aux hommes sous l'aspect d'une truie blanche peut suggérer une relation avec la déesse Hécate. Neuf femmes soufflaient sur le foyer où bouillait son chaudron dans lequel elle fit bouillir pour son fils Afang Du (le plus laid des hommes), un breuvage de science, d'inspiration et de connaissance dont le jeune Gwyon profita par erreur.


Bélisama : Déesse gauloise que les Romains ont hâtivement comparé à leur Minerve bien que son nom signifie la "très brillante", c'est-à-dire qu'elle était une personnification de la Lumière de Lug (comme Bélénos). Elle était pour les Celtes, une divinité solaire féminine gardienne du feu sacré à la manière de la déesse grecque Hestia. C'est pourquoi tous les métiers utilisant le feu comme principe de transformation ou de fonctionnement étaient sous sa tutelle, aussi bien les forgerons que les fondeurs de métaux, les gardiennes du temple que ceux qui veillaient sur le foyer familial. Egalement proche de la déesse Athéna, Bélisama manifestait encore l'art du tissage et la fougue des combats, les procédés qui guérissent (sources et plante)s) et les beaux-arts. C'était une grande déesse représentant l'activité humaine dans ses multiples formes.

 

Le nom celtique de Belisama est attesté par une vingtaine de toponymes français tels que Blesmes, Bellême, Balesmes, Blismes, Velesmes. Autrement, en source directe, le théonyme est fourni au datif Belesami par une inscription gauloise découverte en 1840 à Vaison (Vaucluse). Il est composé du thème bel- et d'une désinence superlative féminine -isama. Le sens est donc « la très brillante » et il oblige à considérer la divinité comme une parèdre de Belenos et un aspect de « Minerve ».

— Christian-Joseph GUYONVARC'H pour l'encyclopédie Universalis.

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Selon Benoît de Pierpont, auteur de Les Enfants de la Déesse. (Éditions Publibook, 2007) :


Au Pays de Galles la Déesse / Sorcière se nomme Ceridwen (prononciation : Keridwen), en Bretagne Gwrach (prononciation : Gurëx). En Gaule, dans la forêt des Ardennes, elle est comme Ceridwen associée à la sanglière (la laie) et s'appelle Arduinna (Ar Duinna : la Sombre).

Au Moyen-Âge, elle réapparaît dans le personnage de Morgane, demi-sœur d'Arthur, élève de Merlin, Fée, magicienne, guérisseuse et maléfique à la fois.

 

Jacques Lacroix, auteur d'un article intitulé "Le suffixe -enn- à l'origine de noms de lieux en France." (In : Nouvelle revue d'onomastique, n°43-44, 2004. pp. 137-151) :


Deux noms autochtones de massifs montagneux, cités par César dans son évocation de La Guerre des Gaules, ont établi l'utilisation gauloise de ce suffixe : Arduenna (V, 3 ; VI, 29, 3 1, 33) et Cebenna (VII, 8, 56). Le premier a fait naître notre appellation d'ARDENNE(S) (ARDENNE belge, ARDENNES françaises) ; le second, celle de CÉVENNES, toutes deux ayant gardé fidèlement la forme du suffixe originel.

Le conquérant romain nous dit que « la forêt des ARDENNES [était] la plus grande de toute la Gaule » (Arduennam silvam, quae est totius Galliae maxima) (VI, 29). Ces propos ont accrédité l'idée que le nom signifiait étymologiquement "forêt", "hauteur boisée" (sens retenu par exemple dans Nègre, 1977, p. 35 ; 1990, p. 128). Certes, l'ARDENNE belge et les ARDENNES françaises correspondent à des zones richement boisées. De nombreux hameaux et lieux-dits en France (en particulier dans le Massif central, les Alpes, le Languedoc-Roussillon et la Provence) portent la même appellation d'ARDENNE(S), et correspondent fréquemment à des sites forestiers (Vincent, 1937, p.98 ; Nègre, 1977, p. 35 ; FEW, XXV/ 1, p. 158 ; Nègre, 1990, p. 128 ; Arsac, 1991, p. 103-104).

Cependant le nom d'ARDENNE(S) est sans conteste à relier étymologiquement à l'idée exclusive d'éminence : il est formé à partir d'un gaulois ardu-, "pentu", à comparer à l'ancien irlandais ard, "haut", au gallois ardd, "colline", au vieux-breton ardi art, "élevé" (Vendryes, 1959, A-87 ; Fleuriot, 1964, p. 72 ; Delamarre, 2003, p.51-52). On a affaire à un massif montagneux, dont les élévations - certes limitées - existent bel et bien (crêtes de 400 à 500 m). Avant de s'appliquer à des zones boisées, le nom d' ARDENNES servait certainement en Gaule à désigner des hauteurs, sens encore perceptible dans certains toponymes disséminés en France (Lacroix, 2003, p. 107); l'évolution sémantique a pu venir de ce que les pentes se couvrent fréquemment d'arbres. La déesse gauloise ARDUINNA, qui protégeait toute la contrée et au-delà (son culte étant attesté par l'épigraphie en pays rémois et en Rhénanie-Palatinat), était donc dénommée l'"Escarpée", l'"Éminente" (Lacroix, à paraître) ; et les ARDENNES représentaient les "Hautes-Côtes".

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Symbolisme :


Voici la présentation du Tarot du Sepher de Moïse qui met en avant les lames du Livre de Thot :


Lame du nombre 2 - lettre hébraïque Beth - la Papesse

Le Nombre Deux, la Papesse, la Conscience du Ternaire Divin ; dans l’Ennéade Héliopolitaine le Deux est Shou. C’est surtout la polarisation des puissances du Un en magnétisme sexué de l’eau génératrice ; la matrice universelle qui féconde le germe universel de la semence des principes du Un ; le pouvoir végétatif de toutes choses, tant organique, matérielle ou spirituelle. Les reflets de la Lumière que ce Nombre Deux par sa polarisation, va séparer en une infinie et chatoyante diversité. Le Nombre Deux est la puissante énergie sexuelle (la Kundalinî) qui par son mouvement sera l’animateur des formes. Cette énergie sexuelle est figurée par les deux serpents qui s’enroulent autour du bâton d’Hermès dans le symbole du Caducée. Ce Nombre Deux est féminin dans le sens où l’entendent les Tables de la Loi c’est-à-dire comme étant une faculté volitive. Et comme le disait Eliphas Lévi c’est :

"La femme qui doit écraser la tête du serpent, c’est l’intelligence qui surmonte toujours le courant des forces aveugles."

Mais nous avons aussi vu dans le premier tome, que ce Nombre deux s’il est féminin par rapport au Nombre Un, est masculin par rapport au Nombre trois qu’il féconde ; chaque Nombre possédant cet androgynat qui s’exprime en polarité différente suivant le Nombre qui le précède ou qui lui succède.

Le Nombre Deux c’est aussi le Yin et le Yang, dont la représentation dans les trigrammes de Fohi fait l’unité par le trait plein le Yang, et le Yin, le binaire par deux demi-traits. C’est aussi les deux colonnes symboliques du temple cabbalistique de Salomon Jakin et Bohas que nous retrouvons dans la représentation hiéroglyphique de la lame du livre de Thoth et qui figure derrière le trône de la Papesse. Ces deux colonnes sont le principe de dualisation de l’essence homogène divine en deux bases fondamentales dont l’une est la nécessité (Destin) et l’autre la liberté (Providence). Le binaire sera donc la condition incontournable de toute manifestation ; tout est double dans la création et ce qui en est le principe unificateur c’est le troisième terme qu’engendre cette dualité et qui est l’analogie des contraires.

La Lune, le double de la lumière solaire sur le plan planétaire, sera la manifestation symbolique du pouvoir fécondant de cette Matrice universelle qui est la souveraine de cette puissante énergie sexuelle qui serpente en toute chose. Le Nombre Deux est le binaire qui est la source du choix et de la liberté, mais aussi de la révélation. La vérité pour se manifester à la conscience doit avoir un doute possible ; la lumière n’est identifiable que par l’ombre qui la contraste ; on ne prend conscience d’une chose que par l’existence de son contraire ; le verbe est double exotérique et ésotérique, en cela la Papesse dans sa figure hiéroglyphique de la lame du livre de Thoth est justement à demi voilée, et tient dans une main un livre à moitié ouvert et dans l’autre deux clés, le sens signifiant et le sens cachant. Le Nombre Deux était dans l’ancienne Égypte la puissance Mer dont le hiéroglyphe représente un compas avec ses deux pointes figurant deux polarités de nature différente d’une même réalité qui les relie. Mer était la puissance sexuelle qui pousse vers leur réunion deux complémentaires séparés par des forces répulsives. Le Nombre Deux est le fameux esprit de l’obscurité du Tao-Tô-King qui en résume admirablement l’essence :

L’esprit de l’Obscurité est immémorial, éternel. C’est le principe féminin des origines. Les racines du ciel et de la terre s’élancent de sa porte mystérieuse. Toujours renouvelé, il se répand dans l’univers. Indéfiniment. Il ne s’épuise jamais.


Le Nombre Deux a pour lettre hébraïque Beth, nom divin Bachour (Jeunesse, clarté).


Vocabulaire radical de La langue hébraïque restituée :

Ce caractère appartient, en qualité de consonne, à la touche labiale. Comme image symbolique, il représente la bouche de l’homme, son habitation, son intérieur. Employé comme signe grammatical, il est le signe paternel et viril, celui de l’action intérieure et active. C’est, en hébreu, l’article intégral et indicatif, exprimant, ainsi que je l’ai expliqué dans ma grammaire, entre les noms ou les actions à peu près le même mouvement que l’article extractif Mem, mais avec plus de force, et sans aucune extraction, ni division des parties. Son nombre arithmétique est 2.

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Marie-Claire a la gentillesse de partager avec nous son travail de condensation par extraits choisis des Méditations sur les 22 Arcanes Majeures du Tarot d'un auteur qui a préféré garder l'anonymat (Éditions Aubier, 1980, 1984) :


Arcane II : La Papesse

Le deuxième Arcane est celui de la réflexion de l’acte pur d’intelligence ; "souffle de l’Esprit" jusqu’à ce qu’il devienne "Livre". « Le vent souffle où il veut, et tu entends le bruit, mais tu ne sais d’où il vient, ni où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né de l’Esprit » (Jean, III, 8). L’acte pur en lui-même est insaisissable, seule sa réflexion le rend perceptible. C’est grâce à la réflexion que nous en prenons connaissance. La Papesse nous enseigne comment « la Sagesse bâtit sa maison ».

Deux, c’est le nombre de la réintégration de la conscience par l’Eau Virginale et par le souffle de l’Esprit Saint. L’Esprit doit devenir souffle divin au lieu d’être dans une agitation mentale permanente et l’Eau le miroir parfait du Souffle divin au lieu d’être agitée par l’imagination, les passions et les désirs personnels. Pour savoir d’où le souffle vient et où il va, il faut l’Eau qui le reflète. « En vérité, en vérité, je le dis. Si un homme ne naît de l’Eau et de l’esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu ». (Jean, III, 5).

C’est aussi le nombre de l’Amour car l’amour est inconcevable sans l’Aimant et sans l’Aimé, sans Moi et sans Toi, sans l’Un et sans l’Autre. Si Dieu n’était qu’un et s’il n’avait pas créé le monde, il ne serait pas le Dieu révélé par le Maître. Dieu est révélé à la conscience humaine comme la Trinité éternelle de l’Aimant qui aime, de l’Aimé qui aime et de leur amour qui les aime ; père, fils et Saint Esprit. Dieu est Amour et c’est l’Amour, ce n’est que l’Amour qui attribue par sa présence la valeur au pouvoir, à la sagesse et à l’être même. L’Amour surpasse donc l’Être et le sacrifice accompli par Amour du Dieu Incarné, de sa vie, de son être terrestre n’est-elle pas la démonstration de la supériorité de l’Amour sur l’Être ?

La Papesse porte une tiare à trois étages et tient un livre ouvert. La tiare est chargée de pierres précieuses, ce qui suggère que c’est en trois étapes que la cristallisation de l’acte pur descend à travers les trois plans supérieurs (Mystique, Gnostique et Magique) et invisibles avant d’aboutir au Livre. Or les problèmes que le symbole implique sont ; réflexion, mémoire, parole et écriture ou "révélation et tradition orale et écrite" ou pour le dire en un seul mot "la Gnose" c'est-à-dire la descente de la révélation (acte pur ou essence reflétée par la substance) jusqu’à l’étape finale "le Livre".

La Gnose est la réflexion de ce qui est en haut "spiritualisation de la matière et non l’inverse", la science est l’interprétation de ce qui est en bas. La dernière étape de la Gnose est le monde des faits où elle devient fait elle-même càd qu’elle devient Livre. C’est pourquoi l’Arcane se présente comme une grande prêtresse ou "Papesse" ; la gardienne Sacrée du livre de la révélation ! Elle est assise, or, être assis signifie un rapport entre la verticale et l’horizontale qui correspond à la tâche de la projection au dehors (horizontale/Livre) de la révélation descendante (verticale/tiare).

Le Bateleur ose, c’est pourquoi il est debout ; la Papesse sait, c’est pourquoi elle est assise. La transformation d’oser en savoir comporte le changement de la position du Bateleur en celui de la Papesse. L’Essence de la Mystique pure est l’activité créatrice. On devient mystique lorsqu’on ose pour s’élever c'est-à-dire se tenir droit puis plus droit encore et toujours plus droit par delà toute créature jusqu’à l’Essence de l’Etre "le feu créateur Divin". L’Essence de la Gnose pure est la mystique reflétée, la Gnose est la mystique devenue consciente d’elle-même. Elle est l’expérience mystique transformée en Savoir. Cette transformation de l’expérience mystique en Savoir a lieu par paliers :

  • Réflexion pure sans image et sans parole. La conscience y est mue par le contact immédiat de ce qui la transcende… elle n’est que mouvement pur. On peut la comparer au sens du toucher "spirituel" ou "Intuition". Le toucher spirituel est ce qui permet le contact entre notre conscience et le monde de l’expérience mystique pure. C’est grâce à lui qu’il existe dans le monde et dans l’histoire de l’humanité une relation réelle entre l’âme vivante et le Dieu vivant… la Grâce !

  • Entrée dans la mémoire typologique en écoutant le silence ou l’art de se relier à la source mystique qui rend ce qui est haut présent en bas. La conscience devient le miroir qui reflète en bas ce qui est en haut. C’est se rappeler dans la mémoire verticale !

  • Assimilation par la pensée et le sentiment de sorte qu’elle devienne un "message" ou parole intérieure.

  • Symbole communicable ou écriture ou Livre càd lorsqu’elle est formulée. La Papesse, c’est L’Arcane de l’activité spontanée et de sa réflexion, de la transformation de l’acte pur en présentation, de la présentation en image de la mémoire, de l’image de la mémoire en parole, de la parole en caractères écrits ou Livre.

La Mystique est la source et la racine de toute religion, elle est aussi le germe de la Gnose qui est la théologie ésotérique tout comme la Magie est l’art ésotérique et l’Occultisme ou Hermétisme est la philosophie ésotérique. La Philosophie Hermétique est le Livre que la Papesse tient sur ses genoux tandis que les trois étapes de sa tiare représentent les degrés de la descente de la révélation du plan mystique ou plan gnostique puis du plan gnostique au plan magique et enfin du plan magique au plan philosophique "plan du Livre de la doctrine".

La Tradition n’est vivante que lorsqu’elle constitue un "organisme complet", elle n’est vivante que lorsqu’elle résulte de l’union de la mystique, de la Gnose, de la Magie et de la philosophie hermétique. Celui qui ose aspirer à l’expérience de l’essence même de l’Être développera le sens mystique ou toucher spirituel, s’il veut non seulement vivre mais encore apprendre à comprendre ce qu’il vit, il développera le sens gnostique, s’il veut mettre en pratique ce qu’il a compris de l’expérience mystique, il développera le sens magique, s’il veut que tout ce qu’il a vécu, compris, pratiqué ne soit pas limité à lui-même et à son temps mais devienne communicable et transmis aux générations futures, il développera le sens philosophico-hermétique. Ces quatre sens existent soit en puissance soit en actualité dans chaque être humain car chacun croit quelque chose, comprend quelque chose, peut quelque chose et pense à quelque chose. C’est en pratiquant que chaque être humain pourra écrire son propre Livre.

Le sens gnostique est le sens contemplatif (une contemplation qui commence au moment même où la pensée discursive et logique est suspendue). La pensée discursive est satisfaite lorsqu’elle parvient à une conclusion bien fondée. Or cette conclusion est le point de départ de la contemplation qui découvre un monde en dedans de ce que la pensée discursive constate simplement comme "vrai" c'est-à-dire que le sens gnostique parvient à la source mystique ou essentielle de cette vérité découverte par la pensée discursive. Il y parvient en écoutant en silence grâce à la pratique d’une méditation concentrée.

La conscience écoute en silence comme on écoute intérieurement afin d’évoquer dans la nuit de l’oubli une chose qu’on a connue antérieurement. Le silence écoutant de la contemplation se rapporte à la verticale, à ce qui est en haut et à ce qui est en bas "… chercher à apprendre n’est rien d’autre que se ressouvenir…" Il faut s’asseoir c'est-à-dire établir un état de conscience actif-passif où l’âme écoute attentivement en silence. Il faut être femme c'est-à-dire dans l’état d’attente silencieuse et non dans celui de l’activité prolixe. Il faut couvrir d’un voile les plans intermédiaires dont le reflet est attendu et le plan de l’état de veille où ce reflet s’actualisera. Il faut couvrir le chef d’une tiare à trois étages càd s’attacher à un problème ou une question tellement grave qu’ils portent sur les trois mondes et sur ce qui est au-dessus. Il faut avoir les yeux tournés vers le Livre ouvert sur les genoux càd objectiver son résultat dans le but de continuer le Livre de la tradition, d’y ajouter quelque chose.

Le sens gnostique est donc l’ouïe spirituelle tout comme le sens mystique est le sens du toucher spirituel c'est-à-dire ses perceptions sont dues à une attitude analogue à celle de la conscience dans l’attente et l’attention quand on écoute… Le contact entre le percevant et le perçu dans l’ouïe spirituelle ou l’expérience gnostique n’est pas aussi immédiat que dans le toucher spirituel ou l’expérience mystique.

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Dans LE TAROT ET LES TECHNIQUES INITIATIQUES ou Comment se construire un programme de préparation aux techniques initiatiques par le Tarot (Éditions Phosphénisme, 1997), Jean Tan Ham nous éclaire sur sa vision de la Papesse :


L'EXERCICE DU PHOSPHÈNE : L'INVERSION SENSORIELLE


Si l'on met à part le bateleur qui, nous le verrons plus tard, est le véritable initié, celui qui n'a plus besoin de s'adonner aux exercices, celui qui sort du jeu en quelque sorte car il pratique en même temps et en virtuose (jongleur de foire ! ) toutes les techniques initiatiques, le jeu du tarot s'ouvre sur la PAPESSE. Sa signification est donc primordiale.

La Papesse nous donne le premier exercice, dont la démonstration est également fournie avec quelques variantes, car le Ta rot est toujours redondant, répétant plusieurs fois les mêmes choses, par la carte de l'ERMITE (la papesse utilise la technique ici décrite pour des jeux de nature intellectuelle, alors que l'Ermite l'utilise pour s'adonner au délire de l'extase mystique).

L'exercice est évident ; c'est sans doute là la description la plus précise et la plus complète que l'on puisse trouver du plus simple et du plus puissant des exercices de yoga ; l'exercice au sens propre de l'illumination intérieure. Nous parlons, bien entendu, du “phosphène” découvert ou, plutôt, analysé par le Docteur LEFEBURE, véritable fondateur de l'ésotérisme expérimental [...]. Cette lame vaut à elle seule tous les traités de Yoga du monde.

Avant de décrire cette technique, tâchons de mieux déterminer quel peut être le but d'un exercice initiatique.

D'abord, une constatation d'évidence : la réalité du monde nous est connue grâce à l'entremise de nos sens, tout au moins, la réalité du monde naturel, du monde visible. Les sens, supposent les initiés, peuvent être affinés jusqu'à percevoir des réalités subtiles, invisibles au commun des mortels : l'âme que le poète prête aux objets inanimés (affinés et inversés, car, par définition, le monde caché n'est pas celui qui s'offre à nous lors du fonctionnement normal de nos sens, c'est-à-dire lorsqu'ils sont tournés vers l'extérieur).

L'initiation consisterait donc à affiner les sens et à les retourner vers l'intérieur (la vie intérieure).

C'est un présupposé méthodologique étrange, jamais vraiment formulé, mais qui soutent la démarche initiatique (ésotérique viendrait d'un mot grec signifiant intérieur.) Cela ne veut pas dire que c'est en regardant au-dedans de lui-même que l'initié peut découvrir ce monde caché, mais plutôt en ne regardant pas le monde extérieur ; c'est-à-dire en ne se laissant pas abuser par l'omniprésence des formes (MAYA chez les Hindous, l'ILLUSION, le monde des APPARENCES).

Il est possible de rêver les yeux ouverts, de faire de la divination les yeux ouverts, mais c'est en général plus facile quand on a les yeux fermés, c'est-à-dire quand on regarde au-dedans de soi. Le monde naturel agit, en quelque sorte, comme une distraction. Si l'initié veut voir l'invisible, il doit donc écarter le visible qui ne pourrait que le lui masquer. Voilà pourquoi l'initié doit opérer ce retournement (conversion ?).

Ceci étant dit, écoutons l'enseignement technique de la PAPESSE. [...]


II LA PAPESSE


Une prêtresse sur son trône, les yeux voilés, tenant dans sa main gauche des clés, dans sa main droite un livre ouvert portant le symbole du Tao.

Cette carte décrit à l'évidence l'exercice du Mixage Phosphénique : association d'une pensée avec un phosphène.

Cette méthode utilisée en pédagogie par le Docteur LEFEBURE permet, en quelque sorte, de proposer à l'inconscient un thème de travail ou de réflexion, de lui poser une question, etc…

Le phosphène est, en effet, une fenêtre (oculus) ouverte sur l'inconscient. La réponse aux questions posées se fera verbalement lors de la consultation des cartes par la méthode du langage automatique lié au tirage divinatoire des cartes du tarot.

Autrement dit : faire un phosphène, formuler la question sous forme de scènes, d'images, de mots, que l'on imagine superposés au phosphène, attendre la réponse par le tirage des cartes (les clés sont dans la main gauche, côté intuitif, le livre dans la main droite, du côté de la raison et de l'action).


MYTHOLOGIE : L'éternel féminin ; la vierge mère ; ISIS ; MELUSINE.


DIVINATION : Le savoir intuitif ; la révélation des mystères ; la sagesse ; la mère.

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Alexandro Jodorowsky et Marianne Costa, dans La Voie du Tarot (Éditions Albin Michel, 2004) nous proposent leur interprétation personnelle de la Papesse :


II. La Papesse

Eclatement créatif ; Expression.



Mots-clefs :


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Sur le site de Philippe Camoin, on peut trouver un petit fascicule intitulé Le Tarot de Marseille restauré ou "L'Art du Tarot" par Alexandro Jodorowsky qui propose une liste de mots clefs impressionnante, glanés selon les œuvres de différents auteurs :


II. La Papesse

Dualité - Mère divine - Manifestation de la gloire divine non-incarnée - Matière animée - Chair pure - Église occulte - Cosmos - Sanctuaire - Maison de Dieu - Intuition - Science dogmatique - Mère dominatrice - Castratrice - Femme frigide - Connaissance des phénomènes - Vie - Entrée du temple - Livre de chair - Sagesse des viscères humains - Science des êtres et des choses - Foyer - Corps - Action intérieure et active - Culte de la nature - Magie - Veuvage - Initiation - Secret détendu - Livre lu - Secret connu pour qui sait le déchiffrer - Froideur - Forces instinctives maîtrisées - Mère Suprême - Mère phallique - Méchanceté qui s’unit à la connaissance - Prison - Incarnation - Préjugés religieux - Frustration sexuelle - Hystérie - Excitation sexuelle contenu - Mémoire - Inconscient potentiel - Discrétion - Vierge - Forme - Idée dans la forme - Fluctuation - Croître et décroître - Lunatique - Inspiration - Révélation - Divination - Sorcière - Femme prophétique - Beauté discrète - Pouvoir sur les événements - Hypocrisie - Décadence - Cruauté - Éducation sévère - Ignorance - Connaissance superficielle - Chaleur sous les traits de la froideur - Autorité féminine - Constance - Fidélité - Opposition passive - Société mystique - Religion - Destin - Fiancée spirituelle - Compréhension surnaturelle - Femme douée d’une conscience universelle - Initiatrice - Guide - Faculté critique - Pénétration des mystères - Ce qui est caché au vulgaire - Livres sacrés - Attraction - Purificatrice - Foie - Force conservatrice - Intégrité - Solitude - Difficulté pour communiquer ses sentiments - Arrogance intellectuelle - Appelé par l’expérience - Mépris des théories - Sens commun - Intuition - Compréhension - Purification - Silence - Ouvre et ferme les portes - Méditation - Comprend ce qui se cache derrière les apparences - Mot juste - Geste exact - Gros ennuis - Méchanceté - Âme de la terre - Pudeur physique - Patience - Résignation - Bonne santé - Révélation inespérée - Lenteur dans les réalisations - Choses qui s’interposent - Révèle sa connaissance lentement - Cache ce qu’elle sait - Nouvelles solutions - Influence d’une femme savante ou inspirée - Source du talent créateur - Prévient les difficultés d’instabilité émotionnelle - Mauvaise influence d’une femme - Réduit en esclavage - Têtue - Science - Virginité forcée - Sorcellerie - Passivité réceptive - Vierge Marie avant la conception - Transformation de l’amour lors de son passage de l’humain au divin - Eaux pures - Matriarcat - Angoisse - Action intérieure - Équilibre parfait - Intelligence de l’âme - Rigueur - Châtiment - Terreur - Loi morale - Inhibition - Métaphysique - Absence de doute - Bonté - Femme jouant un rôle important dans les événements - Reflet de Dieu - Bouche de l’homme - Matrice - Sexe féminin - Astral unissant le spirituel au matériel - Loi informulée - Immanence de la vie divine - Médiatrice - Lesbienne - Initiatrice sexuelle - Mère idéale - Nature telle que la conçoit l’intelligence créatrice - Savoir ce que l’on veut - Source d’idées - Bonne santé - Lourdeur - Fausses intuitions - Situation assurée - Amour de la famille - Mal-être organique - Célibat - Finir ce qui est commencé - Manque d’imagination.

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Symbolisme celte


Laura Tuan, autrice d'un livret d'accompagnement intitulé Les Tarots celtiques (Éditions De Vecchi S.A., 1998) propose un article sur Brigantia :


Fille du Dagda et de la déesse-mère Morrigan, Brigantia (Belisama chez les Gaulois, et Brigit dans le panthéon irlandais) est une jeune femme à l'allure gracieuse et très grande aussi bien physiquement que spirituellement (brig signifie justement haute, élevée).

Elle apparaît assez souvent en compagnie de deux doubles, ses sœurs, avec lesquelles elle préside aux arts, à la musique, à la poésie, à la médecine et à l'artisanat des métaux.

Multiplier par trois une divinité dans le but de lui conférer davantage de force et d'ampleur est un phénomène courant dans la culture celtique (en Irlande, c'est le cas des trois Macha, des trois Morrigan ou de Banbla, Fotla et Eriu, la fondatrice du pays). Nombreux sont par exemple les édicules votifs avec trois figures féminines (les trois matres mentionnées par les classiques latins) dont une, celle du milieu, coiffée d'une espèce de bonnet et tenant un enfant dans son giron, revêt le plus d'importance. On retrouve de la même manière l'idée de la Terre mère chez Dana ou Ana, ancêtre de la lignée divine des Tuatha De Danaan, chez Tailtiu, la nourrice de Lug, ou chez la lascive Medb, sorte de Vénus celtique mariée au moins quatre fois et pourvue d'une foule d'amants auxquels elle accorde ses faveurs.

Brigit est encore honorée de nos jours en tant que reine de la fécondité lors de la fête d'Oimelc ou d'Imbolc, au début du mois de février quand, selon la légende, entre les flammes des cierges et les bêlements des agnelets, la sorcière Cailleach ('hiver) cède la place à la belle et printanière Brigit.

Associée au lait, au feu perpétuel et aux agneaux, Brigit est devenue sous l'influence du christianisme irlandais Sainte Brigide, patronne des crémiers, souvent représentée au milieu d'un troupeau.


La carte : Grande, jeune et gracieuse, Brigit est la quintessence de la beauté et de l'harmonie. on la voit ici dans toute sa splendeur de divinité printanière, vêtue de blanc (allusion à la luminosité de la saison), entourée d'herbes et de fleurs dont cette déesse guérisseuse tire des mixtures magiques. Les immanquables agneaux l'accompagnent, symboles de jeunesse et d'innocence que l'on retrouve également dans le pendentif qu'elle prote autour du cou. Maîtresse des arts, de la musique et de la poésie (Ecne, sa petite-fille, est justement la déesse de la sagesse), elle souffle dans un cor dont le son réveille et renouvelle la nature.


Signification ésotérique : Celui qui ne campe pas sur ses positions mais qui se montre toujours prêt à se remettre en question fait preuve d'intelligence. Tout change, tout se renouvelle, et c'est dans ce changement perpétuel que réside la poésie de la vie. L'harmonie est la loi qui préside aux destinées du monde : n'importe quel événement ou situation, personne ou chose, indépendamment de sa bonne ou mauvaise apparence, est positif et juste s'il suit le rythme harmonieux de l'univers.

Brigit représente l'habileté créatrice au féminin, l'approche correcte de la réalité qui condense, dans les meilleures proportions, esprit et cœur, faculté de raisonner et intuition.


Mots-clés : Habileté ; Intelligence ; Guérison ; Poésie ; Féminité.


A l'endroit : art, musique, poésie ; clairvoyance, lucidité, clarté d'intentions, étude, dynamisme, fermeté ; capacités intellectuelles et artistiques, volonté d'atteindre des positions élevées ; beauté, sympathie, charme, harmonie intérieure, triomphe de la féminité ; développement, progrès, protection de la part d'une femme, conseils judicieux, certitude, allégresse, nouvelles ; une rencontre déterminante pour l'existence, un mariage heureux, des enfants en bonne santé et intelligents ; promotion, bien-être matériel, santé, force physique, fécondité, grossesse désirée ; l'épouse, la sœur, la fille, une étudiante, une bonne conseillère, l'amie de cœur.


A l'envers : vanité, mensonge, présomption, légèreté, stupidité, ignorance ; erreurs, manque d'inspiration, fausses intuitions ; flatterie, égoïsme, actions déconseillées, désirs inassouvis ; fatigue, apathie, indécision ; commérages, infidélité, crise affective, problèmes de communication au sein du couple ; grossesse non désirée ; échecs d'examen et de projets, perte de biens matériels ; épuisement, avortement, maladies de la peau, du sein, des intestins et des poumons.


Le temps : mercredi et vendredi ; printemps, été.


Signes du zodiaque : Vierge ; Gémeaux.


Le conseil : réveillez l'énergie féminine qui sommeille en vous et essayez de penser avec votre cœur au lieu de votre esprit. Écoutez la voix de l'intuition et vous éviterez bien des erreurs.

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Dans le livret accompagnant le jeu de cartes du Tarot des Druides de Philip et Stephanie Carr-Gomm (Édition originale 2004 ; traduction française : Édition Véga, 2014), on trouve le petit texte explicatif suivant :


Le Message : Présentez-vous devant les mystères de la vie et la Déesse ou sa Prêtresse avec humilité et respect. Ouvrez-vous au calme et aux profondeurs en vous pour obtenir force et sagesse.


Mots-clefs : Profondeur ; Intuition ; Rêves ; Sagesse intérieure ; Portail pour l'initiation ; L'inconscient ; Le féminin divin.


Signification : Entrer dans le calme -

La Grande Prêtresse semble nous barrer la route - ne vous précipitez pas pour continuer la route.

Équilibrez le pouvoir de prise de décision et d'action, tel que représenté par la carte du Magicien, avec le pouvoir de réflexion et de profondeur.

La véritable passivité est forte et fertile et ne doit pas être confondue avec la faiblesse et l'inertie.

Soyez ouvert à vos rêves et intuitions.


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Mots-clefs : Illusion ; Erreur ; Tromperie ; Ignorance des inspirations intérieures.


Sens inversé : Vous vous êtes retiré du monde et devez vous reconnecter avec ceux qui vous entourent et avec la vie quotidienne - Fausses relations ou faux espoirs car vous ne prenez pas le temps d'être calme - Gardez à l'esprit le calme de la Grande Prêtresse et la capacité du Magicien d'agir dans le monde et voyez si vous pouvez accéder aux deux fonctions en vous-même.

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Kristoffer Hugues, dans Les secrets du tarot celtique (Llewellyn Publications, 2017 ; Éditions De Vinci, 2021) présente ainsi la Grande Prêtresse, deuxième arcane des sept qui constituent les racines de l'Arbre selon cet auteur. Pour commencer, lisons ce qu'il dit des Racines (ou le Voyage vers l'expression) :


La première partie représente les racines de l'Arbre du monde. Ces sept premières lames touchent principalement aux préoccupations de ce monde - à nos désirs et notre capacité à gérer l'autorité et à être autoritaire -, et c'est par leur biais que s'obtiennent le calme et les bases saines. Ces lames nous permettent de voir la manière dont nous gérons la parentalité, nos différentes relations, ainsi que nos premiers pas timides sur le chemin de la foi, de la spiritualité et de la religion. Cette ligne représente les efforts accomplis pour comprendre le monde et y trouver notre place.


La Grande Prêtresse

Derrière le voile du temple résident

les secrets du ciel, de la terre et de la mer.


Affirmation : Je suis ce qui est acquis à la fin du désir.


Mots-clefs : Savoir secret ; Sagesse féminine ; Compréhension intuitive.


Vous pouvez m'aimer, mais vous pouvez également me craindre. Devant les piliers de chêne du temple, j'impose le mystère au-delà de toute expression. Je suis ce que vous désirez le plus, et ce que vous brûlez d'atteindre. Mais mes mystères sont-ils pour vous ?

Nombreux sont ceux qui sont venus à mon chaudron, mais trop peu ceux qui ont le courage d'être digne des ses dons infinis. L'Awen qu'il contient est un cadeau d'origine divine, et vous devez à tout prix le garder en sécurité. Ceux qui trahissent leur pouvoir trahissent aussi un peu de mes mystères. Je séduis l'imagination et attire les élèves inappliqués dans une prison d'inconscience. Approchez-moi sans courage, et vous devrez vous contenter de regarder avec envie la sagesse qui attend derrière mes portes de chêne, sans jamais pouvoir les franchir. Voyez comme mon lac est sombre ; il dissimule un autre monde. Mes collines sont la douce poitrine de la Mère et le ciel, le regard perçant des dieux. Ne cherchez pas le mystère, le paradoxe et les complexités au-delà des capacités de votre esprit humain, mais regardez ma posture et voyez ce que mon message souhaite véritablement faire passer. Le mystère n'est pas aussi mystérieux qu'il y paraît, mais il exige du courage, et du dévouement. Vous avez en vous le Potentiel du Magicien, mais avez-vous le potentiel de déchaîner son pouvoir ?

Venez voir ce que recèle mon chaudron ; je le tiens entre les monde. Disposez-vous du courage nécessaire pour gagner la sagesse de mon chaudron ? Car l'Awen est son don, mais on peut trop facilement se laisser aveugler par sa splendeur, par ses rayons éclatants de lumière. Faites attention, car je suis une servante des dieux cruelle mais juste, et quand les sièges seront jugés, le mien sera le meilleur qui soit. Ceci est mon chaudron, et ce sont mes règles. Dans la Maison de Dôn, moi, Cerridwen, je suis de loin la plus instruite.


Interprétation : Cette lame suggère que votre question recèle plus de sentiment et de mystère qu'il y paraît. Tous les éléments de la situation donnée ne sont peut-être pas clairs, ou peut-être se passe-t-il en coulisse autre chose qui affecte cette situation, sans que vous en soyez nécessairement conscient. Que vous dit votre intuition ? La signification de la Grande Prêtresse peut difficilement s'exprimer ; il s'agit davantage d'un ressenti. Essayez d'écouter mais également de vous fier à cette voix intérieure et à cette perception subtile qui vous signalent que quelque chose va ou ne va pas. Au fond, vous connaissez déjà la réponse, mais vous en doutez sûrement. D'un point de vue spirituel, cette lame suggère que les pouvoirs de l'occulte, ou du monde invisible, vous appellent, et que vous ressentez intensément cet appel. Il est donc temps d'écouter ces murmures subtils et les voix des dieux.

Inversée, cette lame pointe du doigt votre tendance à ignorer cette voix intérieure et cette intuition intime. Votre question a toutes les chances d'être criblée de problèmes liées à la confiance. Manquez-vous de confiance en vous ? Votre réticence à grandir peut révéler d'autres problèmes mis en valeur par les autres lames tirées. Faites preuve de clémence vis-à-vis de vous-même, le temps que vous appreniez à une plus douter de votre perspicacité.

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Dans L'Oracle de la sagesse gauloise (Éditions Le Courrier du Livre, 2021) Caroline Duban et Lawrence Rasson propose une carte dédiée à Brigantia, « la Très Haute », « l'Éminente » :


Le nom de la déesse est perceptible dans de nombreuses toponymies en France, dont Brigantium-Briançon.

En 1913, une magnifique découverte - effectuée à divers intervalles - a révélé des fragments d'une statue de bronze qui mesurait environ 70 cm à l'origine et remontait au 1er siècle après J.-C. Elle se trouvait enfouie sur la lande du Menez-Hom, en Finistère, et fut exhumée fortuitement par un agriculteur. L'objet était en morceaux, constitué d'un corps vêtu d'une robe longue et plissée, deux bras nus, des pieds chaussés de sandales, mais surtout d'une tête ornée d'un casque de style celtique à influence grecque. Le cimier est aujourd'hui encore surmonté d'un oiseau (oie sauvage ?) prenant son envol. Le contexte de la Première Guerre mondiale leur infligea un traitement inadéquat, exposant les pièces à un trop fort taux d'humidité. L'ensemble se retrouva entre les mains d'un particulier en 1935, mais il fallut cacher le précieux témoignage archéologique lorsque la Seconde Guerre mondiale éclata. En effet, à cette époque il était devenu courant de récupérer les pièces de métal pour les refondre, peu importait leur nature et leur origine. On décida donc de l'enterrer de nouveau, mais ces dernières manipulations eurent pour conséquences de ronger le corps. La tête et les membres purent être exhumés de nouveau en 1945, et c'est au début des années 70 que le musée de Bretagne de Rennes en fit l'acquisition pour l'exposer dans ses collections.

Brigantia devint sainte Brigitte avec la christianisation des terres bretonnes. Des similitudes entre la déesse vénérée en Gaule et la sainte chrétienne demeurant, notamment la date à laquelle on les célèbre : le 1er février, qui correspond à Imbolc dans le calendrier celtique. Cette fête est associée à la fin de l'hiver, marquant le début du renouveau entre les mondes végétal et animal, notamment le début des naissances des agneaux. L'un des surnoms de Brigantia est Belisama, la « Très Brillante » et rappelle le feu vital ravivant les forces de la nature après le sommeil imposé par les frimas de la saison froide. A cette époque, tout se réveille et s'épanouit. Les ténèbres laissent place à la lumière, éclairées par la brillance de la déesse fertile.

Dans la mythologie irlandaise, Brigid est la maîtresse des arts, de la médecine et de la guerre, patronne de poètes, des guérisseurs et des forgerons. Elle symbolise la puissance du réveil, du feu naissant et régénérateur, tel le serpent qui va se débarrasser de son ancienne peau. Avec elle, le cycle de la vie reprend son cours.


Interprétation : La grande déesse est un excellent augure dans un titrage. elle participe à un processus de régénération, physique, mental ou symbolique. Si vous venez de traverser une période difficile, stagnante avec un moral en berne, Brigantia vous ouvre les yeux sur de nouvelles perspectives. Tel un dragon endormi qui ouvre soudainement les yeux et se lève de sa torpeur, Brigantia met en éveil les sens, stimule la créativité en tant que muse des poètes, accompagne les convalescents comme maîtresse de la guérison, et fait face aux nouveaux objectifs qui se profilent à l'horizon, puisqu'elle est protectrice des forgerons et déesse guerrière.

Selon la question posée, Brigantia peut renvoyer au fait que vous prenez conscience d'une situation, d'un événement perturbateur dans le but de l'éloigner de votre vie. Si c'est un passé qui vous colle à la peau, ou un présent qui ne vous convient pas ou plus, vous vous rendez compte des troubles ressentis, des blocages pernicieux que cela a pu faire naître en vous : manque de confiance en soi, un déni quelconque, un mal-être ou une colère, par exemple. La déesse du feu renaissant est un message similaire au phénix qui pointe le bout de son bec après sa combustion spontanée. Un nouveau cycle va se mettre en place progressivement, sans heurts ni regrets, car vous savez déjà qu'en évoluant dans cette direction, vous ouvrez davantage vos ailes et respirez un vent de liberté que vous méritez.


Mots-clefs : Prise de conscience ; Réveil ; Renaissance.

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Symbolisme alchimique :


Hervé Delboy dans Le Tarot alchimique dévoile la signification de l'Arcane II :


Deuxième carte, la Papesse apparaît assise comme une déesse. Voici comment elle est décrite :


« Elle cache sous un manteau bleu, à col et fermoir jaunes, sa longue robe rouge sur laquelle se croisent deux cordons jaunes ; symbole de la force de l'Esprit qui ne veut pas encore se manifester au-dehors [...] »


Comme telle, elle symbolise absolument le signe zodiacal de la Vierge, dans lequel l'hermétiste reconnaît le signe de la gestation ; l'Esprit est le Mercure et sa Force en est le Soufre rouge qui y est sublimé, en attente de sa prochaine réincrudation. Sur la Force, cf. Gardes du corps et Esprit Gobineau [Vices et Vertus de Notre-Dame de Paris]. Le livre qu'elle tient ouvert est à l'image de celui que tient la Philosophie, à côté d'un autre, fermé : c'est l'indice sur l'ouverture du métal, réalisée ici, en puissance dans le bas-relief de Notre-Dame. On écrit encore que :


« un voile blanc tombe sur ses épaules et sa tête se détache sur une draperie de couleur chair [...] Ce voile blanc fait penser à Isis [...] »

Nul doute que la Papesse soit d'essence chtonienne à l'instar de Cérès et Perséphone, dont Fulcanelli disait qu'il s'agissait de trois têtes sous le même voile. On la compare encore à Junon ; nous opterions plutôt pour la grande déesse d'Asie Mineure, Cybèle et ceci pour plusieurs raisons : elle symbolise avant tout une prêtresse qui détient tous les secrets du Monde [par le livre ouvert qu'elle a, posé devant elle, qu'en conjecture on croit être le Livre des Livres]. En un sens, ce livre a le même sens que la pierre noire de Pessinonte, aérolithe qu'elle tient serrée dans sa main gauche. Quant au char de Cybèle, où deux lions sont attelés, on les devine ici dans les couleurs : la Papesse couvre en effet la Force [couleur rouge] et la Justice [couleur bleu] ; c'est nommer, indirectement, le Lion rouge et le Lion vert, c'est-à-dire Atalante et Hippoménès [cf. Atalanta fugiens ci-contre]. Ou si l'on préfère, Existence [Lion rouge] et Essence [Lion vert]. M. Carneiro voit dans la Papesse une sorte de sphinx. Nous ne saurions lui donner tort : elle représente la Philosophie du Tarot. Il la compare encore à une Vierge noire ; c'est nommer indirectement Isis. Comme le dit Fulcanelli [Mystère des Cathédrales, p. 75], les statues d'Isis devinrent des Vierges noires lors de l'introduction du christianisme en Gaule :

« Isis, avant la conception, représente pour Bigarne [Considérations sur le culte d'Isis chez les Eduens, Beaune, 1862] l'attribut de la Vierge que plusieurs monuments désignent comme la Virgo paritura, c'est-à-dire la terre avant sa fécondation, et que les rayons du soleil vont bientôt animer. »


Toujours selon Fulcanelli, ces Vierges Noires désigneraient :


« [...] la terre primitive, celle que l'artiste doit choisir pour sujet de son grand ouvrage. C'est la matière première à l'état de minerai, telle qu'elle sort des gîtes métallifères, profondément enfouie sous la masse rocheuse. » [Mystère des Cathédrales, p. 76].


Il suffit de lire l'un des recueils de Jacques-Joseph Ebelmen sur la décomposition des espèces minérales de la famille des silicates [cf. Mercure de nature] pour trouver immédiatement qu'elle est cette terre primitive. Et surtout pourquoi elle a droit à ce qualificatif de « primitive » qui ne pourrait se comprendre autrement. Aussi est-ce avec à propos que l'Adepte poursuit :


« La cathédrale de Chartres est la mieux partagée sous ce rapport ; elle en possède deux [les Vierges noires], l'une désignée sous le vocable expressif de Notre-Dame-sous-Terre, dans la crypte, est assise sur un trône dont le socle porte l'inscription déjà relevée : Virgini paritura ; l'autre, extérieure, appelée Notre-Dame-du-Pilier, occupe le centre d'une niche remplie d'ex-voto sous forme de cœurs embrasés. » [Mystère des Cathédrales, p. 76].


N'est-ce pas là nous donner en quelque sorte le sujet et son objet ? Ne comprend-on pas que Notre-Dame-sous-Terre n'est autre que le principe même de cette terre primitive, celle dont Jollivet-Castelot, de façon très surprenante, donne le nom vulgaire dans son opuscule Comment on devient alchimiste, traité d'Hermétisme et d'Art spagyrique basé sur les règles du Tarot. Et que Notre-Dame-du-Pilier n'est autre que ce temple monolithe que Zosime de Panopolis exhorte l'étudiant à construire en albâtre et en céruse [cf. Prima materia], avant l'embrasement final qui, au vrai, est la réincrudation, comme l'Adepte le décrit en nous signalant ces cœurs embrasés. Signalons enfin que les feuillets du livre sont une indication quant à la nature du minéral dans lequel il faut rechercher notre terre primitive ; Nicolas Flamel y fait allusion quand il décrit l'aspect - tout-à-fait extraordinaire - du Livre d'Abraham Juif.

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Voir aussi : Le Bateleur / Gwion ; L'Impératrice / Matrona ; Le Fou / Maponos ; Le Pendu / Lougous ;




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