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  • Anne

L'Impératrice / Matrona




Étymologie :

  • MATRONE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1. Ca 1223 « femme d'âge mur et de caractère grave » (Gautier de Coinci, Miracles de Nostre Dame, II mir. 16, 172, éd. V. F. Koenig, IV, p.90) ; 2. 1340 « sage-femme » (Miracles de Nostre Dame, éd. G. Paris et U. Robert, I, 92) ; 3. 1352-56 antiq. romaine « mère de famille » (Bersuire, Tite-Live,, B.N. 20312 ter, fo66 ds Gdf. Compl.) ; 4. 1718 ``(Le Roux, p. 325 : on se sert de ce mot satyriquement, pour dire maquerelle, Dame d'honneur de bordel, gouvernante qui élève des jeunes filles à la débauche) ; 5. 1835 (Ac. : Il se dit quelquefois, par plaisanterie, d'une femme d'un certain âge, d'une certaine gravité). Empr. au lat. matrona « femme mariée, dame ; mère de famille » (de mater « mère »).


Lire également la définition de matrone afin d'amorcer la réflexion symbolique.




Symbolisme :


Marie-Claire a la gentillesse de partager avec nous son travail de condensation par extraits choisis des Méditations sur les 22 Arcanes Majeures du Tarot d'un auteur qui a préféré garder l'anonymat (Éditions Aubier, 1980, 1984) :


Arcane III : L’Impératrice

L’enseignement du troisième Arcane "l’Impératrice" se rapporte à la Magie sacrée ou divine. Sa couronne à deux étages, son sceptre et son bouclier (l’écu avec l’aigle en envol) sont les trois instruments de son pouvoir :


- La couronne : c’est pouvoir être doublement heureux de servir à la fois ce qui est en haut et ce qui est en bas. C’est le pouvoir du divin sur la conscience. Le "Mage" sert de point de contact et de point de concentration terrestre par l’opération conçue, voulue et mise en action en haut et porte la couronne de la légitimité de la Magie sacrée. La Magie sacrée est la puissance de l’amour née de l’union dans l’amour de la volonté divine et de la volonté humaine puisque l’Amour agit partout où il existe. C’est la mise en pratique de la révélation mystique ! D’abord le contact réel avec le divin (mystique) puis prise de conscience de ce contact (gnose) et enfin, la mise en œuvre de ce que la révélation mystique a fait connaître comme étant la tâche à accomplir et la méthode à suivre. La Magie sacrée est l’enfant de la Mystique et de la Gnose.


- Le sceptre : il est formé de trois parties : une croix, un globe formé de deux coupes et une baguette terminée par une petite boule en forme de gland. La coupe surmontée de sa croix tournée vers le bas est la volonté divine, la coupe supportée par la baguette tournée vers le haut est la volonté humaine. Leur union active est le sceptre ou le pouvoir de la conscience sur la force. Cette puissance résulte de l’influx de la croix qui coule de la coupe supérieure dans la coupe inférieure vide et de là descend par la baguette pour se concentrer à son extrémité comme un gland ou comme une goutte. Le Saint-Sang d’en-haut se concentre et devient une goutte de sang humain par la parole et l’action humaines. C’est le Saint-Graal, l’Eucharistie Mystique !!! Aucune parole, aucune action n’est vraiment sincère quand elle n’est que cérébrale et qu’elle n’est pas une saignée vitale. L’Amour est plus fort que l’Etre nous enseigne la Papesse. Lorsqu’il arrive que le désir humain soit en accord avec le désir divin, le Saint-Sang s’unit alors à l’essence vitale du sang humain et le mystère du Dieu- Homme se répète et, de même, se réitère la puissance miraculeuse du Dieu-Homme. C’est là que réside la puissance de la Magie sacrée !


- L’écu : le but de la Magie sacrée est représenté par l’écu avec l’aigle (bouclier). Le but est l’action libératrice ou la restauration de la liberté pour les êtres qui l’ont perdue. L’Aigle en vol du bouclier symbolise la devise " Rendre la liberté à quiconque est esclave". Elle n’a pas d’autre but que de rendre la liberté de voir, d’entendre, de marcher, de vivre, de poursuivre son idéal et d’être véritablement soi-même càd de rendre la vue aux aveugles… L’objet de la Magie sacrée est plus que la guérison pure et simple, c’est la restauration de la liberté y compris la libération de l’emprise du doute, de la peur, de la haine, de l’apathie et du désespoir. Que l’on ne craigne pas le diable mais que l’on craigne ses propres penchants pervers indépendants de la volonté consciente humaine et tendant à l’asservir (névroses d’obsession… peurs…idées fixes…) C’est le pouvoir de l’énergie sur la masse, du volatil sur le lourd… L’Impératrice est là pour sublimer la matière (l’écu remplace le Livre).


- Le cathèdre : il représente la place et le rôle de la Magie sacrée dans le monde qui trouve sa raison d’être dans la chute car elle est la vie telle qu’elle fut avant la chute. Le dossier de la cathèdre ressemble à deux ailes pétrifiées qui attendent d’être libérées par l’action manifestée de la Magie sacrée. Les formules et les gestes ne sont pas secrets mais il ne faut pas les trahir, ni les profaner. Le Mystère est protégé par la lumière (le Livre) et le secret par l’obscurité (les sciences occultes). L’Arcane est le degré moyen entre le Mystère et le secret. C’est le demi-jour qui le protège car il se cache et se révèle à la fois par le moyen du symbolisme. Ainsi, les Arcanes du Tarot sont des formules rendues visibles et accessibles à tout le monde. Le cathèdre est le phénomène de la Magie sacrée comme il s’est manifesté, se manifeste, se manifestera dans l’Histoire de l’humanité. C’est son corps historique qui révèle son âme et son esprit et montre sa place indiscutable ; formules et gestes magiques, rituels de ses opérations universelles qui transcendent le temps et l’espace (sept sacrements de l’Eglise…), personnes qui ont la mission et le don de perpétuer la Tradition de la Magie Sacrée.


Pierre dit : "Enée ! Jésus-Christ te guérit, lève toi et fais toi-même ton lit !" Rendre au paralysé la mobilité est l’action libératrice représentée par l’Aigle sur l’écu ; réaliser la guérison par la parole seule "la voix pleine de sang… la parole vivante…" est mettre en jeu le sceptre surmonté par la croix ; l’accomplir au nom de Jésus-Christ, c’est avoir la tête couronnée du divin, c’est l’autorisation divine de la Magie ! Le Logos, le fils du Père devait s’incarner, devenir le Dieu-Homme pour accomplir l’œuvre suprême de la magie sacrée, l’œuvre de la Rédemption, l’œuvre d’Amour ! Cet œuvre exigeait l’union parfaite dans l’amour de deux volontés distinctes et libres ; la volonté divine et la volonté humaine, le généré résultant de l’union d’un principe générateur et d’un principe générant. Les miracles exigent deux volontés unies pour qu’une puissance nouvelle naisse chaque fois qu’il y a unité de la volonté divine et de la volonté humaine.

Cette action perpétuelle libératrice constructive de la Vie était - et est encore - la fonction de la Magie sacrée ou divine. Et c’est cette fonction transformatrice opposée à la fonction destructrice de la mort que la Genèse désigne par "l’Arbre de Vie". L’Impératrice est l’Arcane de la Vie telle qu’elle fut avant la chute et, en même temps, celui de la génération verticale d’avant la chute "du plan supérieur au plan inférieur" au lieu de la génération horizontale qui s’accomplit sur un seul plan. Or la chute avait changé le destin de l’humanité en ce sens que l’union Mystique fut remplacée par la lutte et l’effort, la Gnose par la souffrance et la recherche de sens et la Magie sacrée par la mort qui libère la conscience par la destruction des formes qui l’enferment. Les effets de la chute peuvent être surmontés, le chemin de l’évolution humaine peut redevenir celui de l’union Mystique, de larévélation reflétée immédiatement (la Gnose) et de la Magie sacrée où la vie transformatrice peut reprendre la place de la mort destructrice.

"Je suis la Voie, la Vérité et la Vie !" C’est bien le résumé des trois premiers Arcanes ; l’Arcane de la vraie Voie ou de la spontanéité Mystique (union sans effort), l’Arcane de la Vérité révélée ou de la Gnose (révélation directe sans souffrance) et de l’Arcane de Vie transformatrice ou de la Magie sacrée où il n’y a plus de mort. La Magie sacrée est donc l’Arbre de Vie qui se manifeste dans le miracle universel de l’histoire humaine ! La vie n’est qu’une série de miracles si nous entendons par miracle l’effet visible d’une cause invisible ou l’effet sur le plan inférieur dû à une cause située sur un plan supérieur. L’Arbre de Vie est le Grand-Œuvre de la Magie sacrée ! L’Arbre est la synthèse vivante de la lumière céleste et des éléments de la Terre. C’est la synthèse du ciel et de la terre ! Il synthétise constamment ce qui descend d’en-haut et ce qui monte d’en-bas. Le Grand-Œuvre est donc l’état de l’être humain qui est paix, alliance, harmonie et collaboration avec la Vie. C’est le fruit de l’Arbre de Vie ! Au lieu d’avancer la main pour se servir et prendre, l’homme ouvre son intellect, son cœur et sa volonté pour recevoir l’inspiration, l’illumination et l’intuition qu’il cherche (on ne trouve que ce que l’on cherche). Dons d’en-haut précédés de la volonté humaine en vue de devenir digne de les recevoir. L’Arbre de Vie est l’unité ou synthèse de la conscience, de la force et de la matière. Il reflète l’Unité de la Sainte Trinité "générateur, générant et généré"… il est en même temps l’Unité de la Mystique, de la Gnose et de la Magie. Il arrive que la conscience humaine sépare l’inséparable en oubliant l’Unité. C’est alors que la Magie de l’Impératrice séparée de la Gnose de la Papesse et de la Mystique du Bateleur cesse d’être la Magie sacrée.

C’est parce qu’au commencement était le Verbe et que toutes choses lui doivent leurs existences et parce que le Verbe primordial vibre encore en tout ce qui vit, que le monde vit encore et qu’il y a un élan vital qui n’est autre chose que l’Amour, l’Espérance et la Foi inspirés par le Verbe Créateur. Vouloir vivre !!! Quelle profession de Foi ! Quelle manifestation d’Espérance ! Quelle ardeur d’Amour ! La Foi (expérience du souffle divin) est la source du pouvoir magique (tous les miracles de l’Evangile lui sont attribués). Les révélations de la Gnose n’ont qu’un but : donner, préserver et accroître l’Espérance (expérience de la lumière divine). La mystique est un feu sans réflexion qui est l’union avec le divin dans l’Amour (expérience du feu divin).


L’Arcane de la magie sacrée nous invite à prendre le chemin de la régénération, à nous démécaniser pour devenir Mage. On devient mage en devenant essentiel comme l’est le sang "est sang ciel" dans notre organisme vivant. La magie sacrée est toute entière Vie… la Vie telle qu’elle se révèle dans le Mystère du Sang… l’être entièrement vivant dans lequel il n’y a rien de mécanique. L’Impératrice exprime le mystère de l’union de la volonté divine et de la volonté humaine dans l’élément sang. Le Sang, dans son triple sens Mystique, Gnostique et Magique, est le sceptre ou la puissance de la Magie sacrée. L’Impératrice est l’Arcane du Mystère de l’Incarnation du Verbe toujours renouvelé.


Attention : Il y a trois sortes de magie nous avertit le Bateleur ; la magie où le mage est l’instrument de la puissance divine, c’est la Magie sacrée… la magie où le mage lui-même est source de l’opération magique, c’est la magie personnelle… la magie où le mage est l’instrument de forces élémentaires ou d’autres forces obscures de l’inconscient, c’est la sorcellerie.

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Alexandro Jodorowsky et Marianne Costa, dans La Voie du Tarot (Éditions Albin Michel, 2004) nous proposent leur interprétation personnelle de l'Impératrice :


III. L'Impératrice

Eclatement créatif ; Expression.


L'Impératrice, comme toutes les cartes du degré 3, signifie un éclatement sans expérience.

Tout ce qui était accumulé dans le degré 2 explose de façon foudroyante, sans savoir où aller. C'est le passage de la virginité à la créativité, c'est l'œuf qui s'ouvre à la vie et laisse sortir le poussin. En ce sens, L'Impératrice renvoie à l'énergie de l'adolescence, avec sa force vitale extrême sa séduction, son manque d'expérience. C'est aussi une période de la vie où on est en pleine croissance, où le corps a un potentiel de régénération exceptionnel. C'est aussi l'âge de la puberté, la découverte du désir et de la puissance sexuelle.

L'Impératrice tient son sceptre, élément de pouvoir, appuyé contre la région du sexe. Sous sa main, on voit pousser un petite feuille verte : elle pourrait représenter la nature naturante, un printemps perpétuel. La petite tache jaune qui ferme le bâton du sceptre indique que son pouvoir créatif s'exerce avec une grande intelligence. Les jambes ouvertes, très à l'aise dan sa chair, on pourrait la voir dans une position d'accouchement, comme si après un processus de gestation elle accouchait d'elle-même. A son côté, sur la droite de la carte, on découvre une pile baptismale : elle est prête à baptiser ou à être baptisée, célébrant incessamment dans la vie comme une naissance sans cesse renouvelée. La Lune croissante qui se dessine dans sa robe rouge renvoie à la réceptivité de La Papesse. Elle nous rappelle ainsi que nous ne sommes pas à l'origine de notre force sexuelle et créative, mais qu'il s'agit d'une énergie cosmique ou divine qui nous traverse. Sa réceptivité à cette puissance est symbolisée par le trône bleu clair qui dépasse derrière ses épaules comme une paire d'ailes célestes. C'est dans cette réceptivité que L'Impératrice puise toute sa force, toute sa séduction et sa beauté.


Mots-clefs : Fécondité ; Créativité ; Séduction ; Désir ; Pouvoir ; Sentiments ; Enthousiasme ; Nature ; Elégance ; Abondance ; Moisson ; Beauté ; Eclosion ; Adolescence...


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Sur le site de Philippe Camoin, on peut trouver un petit fascicule intitulé Le Tarot de Marseille restauré ou "L'Art du Tarot" par Alexandro Jodorowsky qui propose une liste de mots clefs impressionnante, glanés selon les œuvres de différents auteurs :


III. L'IMPÉRATRICE

Intelligence créatrice - Harmonie - Fécondité - Expansion de la nature - Gestation - Vie éternellement mobile - Union entre la mort et la naissance - Mère possessive - Amour humain - Famille - Prostituée - Belle femme - Femme dominatrice qui utilise ses attraits sexuels - Enceinte - On veut lui enlever son enfant - Cache sa masculinité - Gorge - Matière dominant l'esprit - Incarnation - Puissance évolutive de la matière fécondée - Vierge Marie enceinte - Force libre de la nature - Désir au-delà du bien et du mal - Illusion du monde - Justifie sa vie par la maternité - Ne laisse pas croître - Problèmes dans le ventre - Initiative - Inaction -Séduction - Envie du pouvoir - Difficulté de concentration - Stérilité - Recettes - Pertes - Transmission - Dissémination - Division - Folies sensuelles - Mère-Nature - Intelligence lumineuse - Glande pinéale - Fécondité universelle de l'Être Suprême - Esprit droit dans l'activité productive - Succès - Aphrodisiaque - Principe inactif qui doit devenir actif - Bonheur - Plaisir - Réalisation - Charme - Élégance - Luxure - Orgie - Sentiments - Émotions - Dévorée par ses enfants - Malveillance - Compréhension - Foi - Obéissance à l'instinct et à l'intellect - Union - Désir irrésistible - Force contre laquelle on ne peut lutter - Tristesse maternelle - Solitude - Nymphomanie - Indulgence envers soi-même - Extravagance - Illumination - Semence dans l'obscurité. - Pensée amoureuse - Nouveautés - Cadeaux - Lettres - Instructions - Matrice des civilisations - Festivités publiques - Violence - Haine de l'homme - Fermentation - Vanité - Orgueil - Amante - Hypersensitivité - Domine sexuellement n'importe quel homme - Orgasme intense - Porte des plaisirs sexuels - Action potentielle qui s'actualise - Retour à Dieu - Désirer ce qui est juste - Destruction - Avortement - Stérilité - Domine le macrocosme - Activités productives et génératrices de l'Inconscient - Multiplie les images - Déesse de l'amour - Richesse - Mariage - Fertilité pour les laboureurs - Bonne récolte - Perte des possessions matérielles - Fin de la guerre et de la faim - Instabilité psychologique - Homosexuel - Imagination créatrice - Pénétration de la matière par la connaissance des choses pratiques - Compréhension de l'âme des êtres - Refuge - Espérance - Situation meilleure - Discussions - Confusion - Sensible aux flatteries - Matérialisation du verbe - Sel de la terre - Principe transformateur - Vie extérieure - Matrice - Moule - Matriarcat - Mer - Créer des fils charnels et spirituels - Digestion - Inspiration supérieure - Paralysie - Autodestruction - Obscurité - Nuit - Société - Bienfaitrice - Voleuse - Stabilité domestique - Retard dans le progrès - Apothéose mystique réalisée dans la fermentation - Courtoisie - Source vitale - Main qui prend - Circulation - Relations occultes - Union de l'astral et du physique - Déterminisme - Dévotion - Sans âme - Servile - Femme célèbre ou de haut rang - Pensée perçue non encore exprimée - Étude - Savoir - Douceur - Coquetterie - Sœur - Femme d'affaires - Infidélité -

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Symbolisme celte :


La Cailleach Bheara
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L'état de la question sur la Cailleach en 1936 : lire l'article d'Alexander Haggerty Krappe : "La Cailleach Bheara. Notes de mythologie gaélique." (In : Etudes Celtiques, vol. 1, fascicule 2, 1936. pp. 292-302) =>

 

Dans le livret accompagnant le jeu de cartes du Tarot des Druides de Philip et Stephanie Carr-Gomm (Édition originale 2004 ; traduction française : Édition Véga, 2014), on trouve le petit texte explicatif suivant :


Le Message : Ouvrez-vous au pouvoir nourricier de la Déesse. Ce pouvoir vous remplira de passion et de créativité et vous permettra de jouir d'une vie d'abondance et de plaisir sensuel.


Mots-clefs : Fertilité ; Passion ; Créativité ; Sensualité ; Attention ; Maternité ; Beauté ; Bonheur ; Guérison.


Signification : S'ouvrir à l'amour, à la confiance et à l'abondance -

- Passion sexuelle ou maternelle -

- Suivez les sentiments ou la sensualité plutôt que l'intellect -

- Mariage ou grossesse -

- Cela se manifeste comme une nouvelle relation ou un nouveau cycle de stabilité et d'abondance, ou la conception d'une idée ou d'un désir -

- Les qualités chaleureuses et attentives de la maternité - qu'il s'agisse d'enfants réels ou d'idées, de relations ou de projets. -


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Mots-clefs : Sentiments refoulés ; Rationalité ; Manque ; Obstacle à la créativité ; Pauvreté ; Stérilité.


Sens inversé : Vous devez aborder tous les défis de votre vie avec une approche calme, rationnelle - Sentiments refoulés, particulièrement la sexualité - Problèmes d'impuissance ou de stérilité - Ce peut ne pas être un problème physique, mais plutôt des blocages qui perturbent votre capacité à être créatif et efficace dans le monde.

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Selon John Matthews, auteur de L'Oracle celtique, exploration des mondes intérieurs (Ixos Press, 2005 ; Guy Trédaniel Éditeur, 2006) C'est Modron qui est une image de l'archétype de la Mère :


Description : Une femme forte, calme et puissante est assise sur un trône. Elle tient sur ses genoux un panier de pommes. Derrière elle, et de chaque côté, se tiennent des personnages encapuchonnés.


Clé : Conception.

Comme pour la carte précédente [le Père], l'énergie de la Mère est équilibrée par celle du Père. Sa force est généreuse, puissante, maternelle, tempérée par la douceur. Son amour embrasse tout - mais, comme celui du Père, il peut devenir étouffant s'il n'est pas équilibré par sa polarité contraire. Quand on a affaire à des idées ou des projets nouveaux, elle peut donner un conseil avisé et aimant.

Arrière-plan : Dans la tradition galloise, l'histoire de Modron (le nom signifie simplement « mère » ou peut-être « mère divine ») est racontée dans l'histoire de "Cullwch et Olwen", du Mabinogion. L'une des nombreuses tâches du héros est de découvrir où se trouve "Mabon, fils de Modron", l'enfant-dieu qui a été volé à sa mère alors qu'il n'avait que trois mois d'âge.

Caitlin Matthews fait remonter l'histoire à l'époque médiévale, mais, essentiellement, Modron est plutôt un titre qu'un nom : elle est la Mère et comme telle, elle inclut toutes les autres déesses qui possèdent aussi la qualité maternelle. Les déesses mères au triple aspect de la tradition celtique sont appelées les Matrones, et l'on trouve des consécrations à elles dans tout le monde celtique. L'iconographie de la déesse-mère est cependant universelle : enfants, fruits, blé, pain - tous les symboles de la fertilité et d'abondance. Cela se reflète dans le dessin de la carte, qui est fondé en partie sur des statues des Matrones découvertes en Grande-Bretagne.


Voyage : Rendez-vous en un lieu de jardins et de cours d'eau, de prés à l'herbe verte et grasse, et de pommiers aux branches ployant sous le poids de leurs fruits. Ici, sur un petit tertre au milieu d'un cercle d'arbres, est assise Modron. Sur ses genoux sont posés un peigne et des ciseaux, et quand elle vous le demande, vous vous asseyez devant elle, et vous la laissez vous couper les cheveux - une ancienne passation de pouvoirs symbolique, et un signe d'appartenance à sa famille.

Tandis qu'elle coupe, Modron entame un chant calme, dont les paroles et la mélodie s'unissent inextricablement à son travail. Quand elle afin et devient silencieuse, vous pouvez l'interroger sur vos rêves et ses espoirs d'avenir, et toutes les idées nouvelles que vous avez en tête.

Quand vous revenez à la conscience ordinaire, notez tout ce que vous avez appris dans votre journal.

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François-Joseph Onda, auteur d'une thèse intitulée Le féminin dans les paysages pré-chrétiens irlandais. (Archéologie et Préhistoire. Université Rennes 2, 2012. Français.) nous renseigne sur la triplicité de la Déesse Mère :


[...] Les rituels peuvent aussi être considérés comme une régression vers le chaos initial, à partir duquel la création est répétée. Dans le cadre de la souveraineté, le chaos correspond à une nation sans chef, c'est-à-dire sans contrôle, sans organisation sociale et sans règles, et qui, par conséquent, ne permet pas la prospérité, et encore moins la survie du peuple. La création primordiale répétée correspond à l’inverse à l’instauration d’un nouvel ordre social et spirituel. Les trois aspects physiques que peut revêtir l’une des figures féminines mytho-folkloriques de la souveraineté appelée Cailleach, et plus précisément son passage de l’état de « Vieille femme » à celui de « Jeune fille » au moment de l’union entre elle et son consort, symbolise dans le mythe ce passage du chaos à l’ordre caractéristique de la période de flottement, de vide apparent propre à l’entre-deux règnes, mais symbolise également la difficulté à instaurer un nouveau règne. Le changement d’apparence de cette figure féminine mytho-folklorique reflétait tantôt la prospérité du royaume, tantôt la destitution du roi, qui entraînait la dégradation de son royaume, c’est-à-dire deux situations liées à la légitimité et à la bonne marche de la royauté ou à leurs contraires.

[...]

La première apparence sous laquelle la déesse peut se manifester, correspond au sens irlandais du terme « Cailleach » qui signifie « vieille sorcière ». L’aspect repoussant sous lequel elle se montrait aux rois potentiels est assimilable à une épreuve de sélection au même titre que celles mentionnées dans la partie précédente. Sa laideur était un moyen de mettre à l’épreuve l’homme auquel elle se présentait sous ce visage, afin de trouver celui qui allait lui permettre d’apporter ses bienfaits à la terre et aux hommes. Le but de cette rencontre apparemment ordinaire était bien de tester les qualités morales du prétendant au trône et de choisir le meilleur roi possible, c’est-à-dire celui qui saurait voir au-delà des apparences, qui saurait faire preuve de générosité et de compassion et qui saurait privilégier l’intérêt de la terre et des « enfants » de la déesse.

[...]

La plupart des figures divines féminines qui se manifestent sous l’aspect de « La jeune fille » sont assimilables à Cailleach et sont toutes des femmes qui viennent de l’Autre Monde dans le but d’épouser un mortel. Une fois mariées, elles agissent de la même manière que des épouses mortelles, du moins jusqu’à ce que leur consort agisse contrairement à leurs attentes. Lorsque c’est le cas, elles apportent la destruction, soit en semant la mort, soit en causant la misère et le chagrin, soit en contribuant à leur défaite.

[...]

Les Celtes voyaient dans les courbes des collines, dans le cours des rivières et dans les sources qui parsèment le pays, les lignes du corps de la déesse-mère, ainsi que certains de ses organes vitaux.

[...]

Il est apparu que le terme « Cailleach » en lui-même ne faisait clairement référence qu’à l’une des trois apparences physiques que cette figure féminine peut revêtir, celle de « La vieille femme » (les autres aspects étant ceux de « La mère » et de « La jeune fille/La vierge »). Cette triplicité physique se retrouve dans la figure de Cailleach Bheara et fait écho au fonctionnement en triade des autres divinités féminines de la mythologie celte.

[...]

On voit bien que ces trois aspects de Cailleach illustrent les trois âges de la femme : vieillesse/sagesse, maturité/maternité et jeunesse/virginité. La terre d’Irlande étant très fortement associée au corps de la déesse, nous pouvons dès lors déduire que ces trois phases correspondent également aux changements visibles qui s’opèrent dans la nature au fil des saisons. De ce fait, on peut établir un lien entre les phases de Cailleach/la femme/la terre d’Irlande et l’alternance cyclique des phases biologiques du monde végétal et animal. Ceci montre clairement les similitudes qui existent entre la déesse et la nature, au sens le plus large du terme, et nous permet de les rapprocher l’une de l’autre. En effet, ces trois phases, qui transforment de la même façon l’aspect du paysage et celui de la femme, correspondent aux trois étapes du cycle de la vie : une période de latence et de gestation en automne/hiver, une période de jaillissement de la vie au printemps et enfin, une période de maturation en été. L’ordre dans lequel apparaissent les différents aspects de Cailleach, tel qu’il nous est donné à lire par exemple dans le mythe mettant en scène Niall aux neuf otages, et qui est relaté par Patricia Monaghan, (d’abord « La vieille femme », suivie de « La jeune fille » et de « La mère »), reflète la façon dont les Celtes envisageaient le monde qui les entourait. Cette conception particulière se retrouve dans leur façon d’appréhender la vie, et plus précisément le lien étroit qu’ils lui reconnaissaient avec la mort. Elle se retrouve également dans leur façon de mesurer le temps, puisque la nuit était pour eux le commencement, l’origine et la source de toute forme de vie, et c’est pourquoi ils la considéraient comme une phase clef, et le point de repère absolu.

[...]

Cailleach elle-même reflète symboliquement ce fonctionnement cyclique car, elle a la capacité de se régénérer et de se perpétuer sous la forme de « La jeune fille », qui elle-même devient « La mère » puis « La vieille femme » et ainsi de suite. Nous voyons ainsi que les trois phases de Cailleach se superposent au découpage de l’année en fonction des quatre fêtes rituelles célébrées par les Celtes insulaires. Le découpage que nous proposons ici montre que la phase de « La vieille femme » correspond à la période qui commence à Lughnasagh et qui se termine à Imbolc ; la phase de « La jeune fille » commence alors, pour se terminer à Bealtaine. A ce moment-là commence la période qui correspond à celle de « La mère », qui prend fin à Lughnasagh, fête rituelle qui correspond au point culminant de la maturation (« et donc l’ouverture de la période d’abondance »), mais également au début du déclin. [...] Cette vieille femme préside aux moissons et laisse mourir ce qui n’est plus productif, rappelant ainsi son lien avec la mort et la rapprochant de son essence hivernale. [...] Cailleach nous apparaît sous cette forme comme la gardienne des forces vitales de la nature et de ce fait, comme protectrice de la fertilité et de l’abondance, ce qui nous permet de la rapprocher des déesses de la triade d’Ériu. Elle préside au changement, au renouveau de la vie issue de l’obscurité gestatrice.

[...]

Cailleach est ainsi la maîtresse des mois d’hiver et nimbe la terre de son voile comme le suggère l’étymologie de son nom, « celle qui est voilée ». Le long sommeil de l’hiver prend fin lorsque revient la phase suivante qui débute à Imbolc et dure jusqu’à Bealtaine, le début de l’été. La vieille femme se mue alors en jeune fille, et lorsque le règne de la première s’achève, la deuxième vient prolonger son œuvre. La fête rituelle d’Imbolc correspond à l’arrivée du printemps, période où la vie rejaillit. [...]

Elle est présentée comme étant à l’origine du paysage, créant montagnes, îles et autres reliefs, ainsi que certains monuments mégalithique, ce qui renforce son rôle structurant. [...] Martin Byrne précise que le nom de ce mégalithe, « Le siège de la sorcière », est lié au récit selon lequel Garavogue (nom local de Cailleach), aurait choisi de le placer en un lieu qui domine toute la région environnante, ce qui lui permettait de la contempler ainsi que de contempler les étoiles3 . La place qu’occupe le siège permet donc à Cailleach d’établir un lien entre la terre et le ciel. Situé à 276 mètres au dessus du niveau de la mer, cette position élevée atteste aussi de la nature sacrée du site. Cailleach apparaît ainsi comme un Axis Mundi, qui met en relation le profane/mortel et le divin/immortel.


N. B. nom local de la Cailleach = Garavogue p. 188 [remarque personnelle : bien que repéré dans un récit irlandais, nom qui autant par sa graphie -gue que sa racine Gar / Car rappelle le continent et mettrait sur la piste d'une filiation avec un autre géant : Gargantua... D'ailleurs le nom de la rivière irlandaise homonyme est récent puisqu'il date approximativement du XIIIe siècle et a supplanté le nom plus clairement irlandais Sligeach].

[...]

L’analyse qui nous avons proposée de Cailleach dans cette partie montre que cette figure féminine mytho-folklorique est la créatrice divine de la terre et de ses reliefs. Elle est aussi l’énergie et la force chtonienne qui sculptent et modèlent la terre. Elle est également les quatre éléments : le vent des tempêtes ; l’eau des lacs, des rivières, de la mer/l’océan et de la pluie ; le feu du « petit » et du « grand » soleil ; la terre de l’Irlande ancienne, la roche elle-même, le sommet des montagnes, tantôt terre nue couverte d’un manteau de neige, tantôt terre fertile revêtue de son manteau vert, dissimulée sous le voile du temps. L’étude de l’incidence de Cailleach sur la topographie nous permet de mieux cerner les enjeux de la représentation qu’avaient les Celtes de la déesse-mère. La figure de Cailleach correspond à la terre vierge par opposition aux figures d’Ériu et des autres composantes de sa triade qui représentent la terre cultivée. Nous avons envisagé la terre d’Irlande non seulement comme l’œuvre de Cailleach, mais encore comme son corps et sa chair, puisque plusieurs rochers ou promontoires sont censés être Cailleach. C’est le cas de la roche nommée Cailleach Bheara, située dans la péninsule éponyme, ou encore celle de « La tête de la sorcière » aux falaises de Moher dans le comté de Clare. La figure de Cailleach correspond à la terre vierge par opposition aux figures d’Ériu et des autres composantes de sa triade qui représentent la terre cultivée.

[...]

Le fait que dans le récit [de création des lacs], les seuls survivants soient dans les trois cas les jeunes amants est significatif, car ils sont non seulement porteurs de vie future, mais encore source de vie. De ce fait, il est possible d’établir un parallèle entre le corps des jeunes filles et la terre non cultivée, qui sont toutes deux « vierges », la première n’ayant jamais porté la vie, la seconde n’ayant qu’un puits comme source d’eau, ce qui ne permet pas les cultures. Cette assimilation entre jeune fille et terre non cultivée se retrouve dans l’une des trois phases de Cailleach (celle de « La jeune fille/La vierge »), avant que ne s’amorce le glissement vers l’une des autres phases de Cailleach, celle de « La mère ». En effet, toutes deux reçoivent l’élément fertilisant et fécondateur symbolisé par l’eau de source, qui est décrite dans l’un des récits de façon très suggestive, sortant de la terre dans un jaillissement quasi-sexuel donnant ainsi naissance à un lac. Le jaillissement de l’eau chtonienne apparaît à première vue destructeur mais possède au demeurant un rôle fertilisant, ce qui favorise la naissance de nouvelles formes de vie. Ainsi la mort de toutes les jeunes filles associée à la naissance d’un lac, symbolise-t-elle (comme dans le cas des fleuves) l’union de l’esprit de la déesse de la terre avec l’un de ses éléments vitaux : l’eau.

[...]

Cailleach, ancienne déesse de la terre, comporte également un élément de fécondité, illustrée par les récits de Maeve et de Derbforgaill, où elle est présentée aussi comme déesse-mère, du fait du fonctionnement en prisme des différents mythes constitutifs de la mythologie pré-chrétienne irlandaise. En effet, les lacs que Cailleach a créés sont source de vie, cette fécondité tient au fait que les lacs sont créés de son urine, fluide féminin à connotation sexuelle. C’est pourquoi, pour les Celtes, fleuves, rivières et lacs étaient traditionnellement associés à des figures divines féminines, qui symbolisaient le rapprochement entre les fluides féminins et l’eau vitale.

[...]

L’océan, organe vital de la déesse : Nous avons remarqué que les eaux des fleuves et rivières étaient considérées respectivement comme le sang et les veines de la déesse. Mais nous pouvons aller encore plus loin dans l’élaboration de ce tableau métaphorique, jusqu’à « reconstituer » le corps de la déesse, et plus précisément ce que l’on peut considérer comme étant son « système circulatoire » symbolique, au travers de l’association d’un élément topographique (l’océan) et de l’influence de l’astre lunaire. L’interaction de ces deux éléments donne naissance au phénomène naturel des marées, dont nous allons analyser la symbolique corporelle pour les populations pré-chrétiennes de l’île dans son ensemble. En effet, les fleuves (les veines) se dirigent vers l’océan où les eaux (le sang) se régénèrent. Selon cette configuration, l’océan, symbole des eaux abyssales, de l’origine de la vie ainsi que de la régénérescence, est assimilable au cœur, organe vital par excellence. De ce fait, tout ce réseau aquatique constitue symboliquement le système cardio-vasculaire de la déesse-mère.

[...]

Conclusion : [...] Pour ce qui est des Celtes, nous avons montré que la matrifocalité s’exprimait aussi au travers des figures de plusieurs déesses transfonctionnelles (majoritairement organisées en triades) qui sont la mère du monde mortel (incluant les hommes, les animaux et les végétaux), mais également la mère du monde divin. Rappelons à cet égard l’exemple d’Anu, qui est la mère du peuple divin des Tuatha Dé Danann, comme l’indique le nom de la tribu. Citons également l’exemple de Brigid donné par Françoise Le Roux et Christian-Joseph Guyonvarc’h qui précisent qu’elle « est présentée dans le Glossaire de Cormac sous l’appellation mater deorum Hibernensium ou “la mère des dieux de l’Irlande” ». Ajoutons enfin que la déesse était conçue comme celle qui engendre également la terre même (naturelle ou mégalithique), complétant ainsi son portrait de « mère cosmique ». Les déesses celtes éponymes (ou celles représentant une même fonction) déclinent donc les diverses facettes d’une seule et même déesse trivalente qui serait la déesse-mère. Celle-ci ne se manifeste jamais de façon concrète ni dans sa plénitude mais toujours sous son aspect fragmenté qui correspond à la situation ou au thème abordé. La multiplicité des figures divines celtes reflète la complexité du monde, chacune d’entre elles symbolisant des concepts abstraits tels que la fécondité, l’abondance, la vie, la mort, mais aussi les activités humaines ou avancements technologiques (l’agriculture, la guerre, la ferronnerie par exemple), les éléments naturels constitutifs du paysages, qui peuvent se révéler effrayants car parfois destructeurs (à savoir la mer, les rivières et les lacs). Toutes ces figures divines sont unifiées et regroupées en une seule entité qui fonctionne comme un prisme, ce qui la rend intelligible et plus accessible à l’homme. La déesse-mère, quel que soit l’aspect sous lequel elle apparaît ou le domaine dans lequel elle intervient, est une force vitale, une dynamique, une source de changement et de prospérité.

La conception d’une déesse-mère unique tripliquée, dont chaque composante symbolise les trois fonctions primordiales inhérentes à la mère, explique le caractère féminin de la projection mythique effectuée par les Celtes sur le paysage insulaire. La « triple triplicité » de la construction mythologique propre à un grand nombre de sociétés archaïques indo-européennes (dont celle des Celtes), représente « la perfection de la perfection, l’ordre dans l’ordre, l’unité dans l’unité, […] la plénitude, […] le symbole de la multiplicité faisant retour à l’unité et, par extension, celui de la solidarité cosmique » [Chevalier et Gheerbrant]. La symbolique du chiffre neuf met ainsi l’accent sur la fonction structurante de l’ensemble des déesses qui, toutes, influent sur chacun des domaines de la vie. Cette fonction, on l’a vu, se répercutait sur la formation géophysique du territoire, l’organisation sociale, politique, militaire et magico-religieuse du peuple. Elle permettait la répétition infinie et par conséquent la permanence infinie de toute chose. C’était ce rapprochement de l’éternité qui donnait accès au divin. Ceci est résumé par une autre symbolique du neuf que rappellent Jean Chevalier et Alain Gheerbrant. Ils précisent que ce chiffre,

étant le dernier de la série des chiffres, annonce à la fois une fin et un recommencement, c’est-à-dire une transposition sur un nouveau plan. On retrouverait ici l’idée de nouvelle naissance et de germination, en même temps que celle de mort. […] Dernier des nombres de l’univers manifesté, il ouvre la phase des transmutations. Il exprime la fin d’un cycle, l’achèvement d’une course, la fermeture de la boucle.


[...] Chez Cailleach, c’est l’aspect cyclique qui prédomine de par sa représentativité symbolique des différents cycles naturels. Quant à l’idée de régénérescence, elle est récurrente dans les mythes et inhérente au concept structurant de la souveraineté. La déesse-mère est polyvalente, car elle réunit les attributs nécessaires pour présider à chacun des trois domaines qui correspondent aux trois fonctions duméziliennes, à savoir au sacré, à la guerre et à la production. Tous étaient liés à la terre que la déesse représentait, gouvernait, défendait et dont elle assurait la prospérité. C’est de cette polyvalence que découlait son omnipotence.

[...]

Annexes :

Brigit/Brigid : Sainte Brigit est l’évhémérisation de la déesse Brigid. Le terme lui-même semble plutôt faire référence à un titre honorifique qu’à une déesse en particulier. Fille de Daghdha, elle est célébrée dans le calendrier chrétien le 1er février, ce qui correspond au festival d’Imbolc du calendrier celte. Elle initie la saison estivale et représente l’une des phases de Cailleach, à savoir celle de « La Jeune Fille ».


Bronach : Nom local de Cailleach aux Falaises de Moher.


Buí : Terme irlandais qui signifie « jaune » et fait référence à l’une des deux épouses de Lug, Cailleach sous la forme de « La vieille sorcière ». Les Celtes l’ont associée à la tombe mégalithique de Knowth. En effet, le nom gaélique du tumulus, cnogba, est composé à partir des deux termes Cnoc Buí qui signifient « The Hill of Buí » (« La colline de Buí ») où elle est censée être enterrée.


Cailleach : Déesse ancienne de la littérature irlandaise, elle porte différents noms selon les régions auxquelles elle est attachée : Cailleach Bheara (dans la péninsule éponyme, dans le comté de Cork), Cailleach Bolus (à Bolus, dans le comté de Kerry), Cailleach Corca Duibhna ou Mish (dans la péninsule de Dingle, également dans le comté de Kerry), Bronach (aux falaises de Moher), Mal (à l’extrémité sud des falaises de Moher exclusivement) et Garavogue sur le site de Loughcrew. Elle apparaît dans la mythologie sous trois aspects différents qui correspondent au cycle des saisons : « La vieille femme » pour l’hiver, « La jeune fille » pour le printemps et « La mère » pour l’été. Elle est également fortement associée à la souveraineté et cette dernière l’a confère généralement sous l’aspect repoussant de « La vieille femme ». Cette divinité est la gardienne des forces vitales de la nature et de ce fait, peut être considérée comme protectrice de la fertilité et de l’abondance. Elle a donc un rôle structurant au niveau temporel cyclique, mais également au niveau spatial puisqu’elle apparaît dans plusieurs récits comme une figure gigantesque créatrice du paysage naturel d’une part, et comme un architecte mythique du paysage mégalithique d’autre part. La mythologie l’associe fortement à la tombe mégalithique de Knowth où elle apparaît sous le nom de Buí. En effet, le nom gaélique du tumulus, cnogba, est composé à partir des deux termes Cnoc Buí qui signifient « The Hill of Buí » (« La colline de Buí ») où elle est censée être enterrée.


Garavogue : Nom local de Cailleach aux alentours de Loughcrew.


Mish : Nom local de Cailleach dans la péninsule de Dingle.

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Kristoffer Hugues, dans Les secrets du tarot celtique (Llewellyn Publications, 2017 ; Éditions De Vinci, 2021) présente ainsi l'Impératrice :


Niché dans les bras aimants de la Mère,

Et gracieux de la Nature, vous ne craignez rien.


Affirmation : Je suis le début et la fin.


Mots-clefs : Maternité ; Nature ; Abondance.


Je trône dans les champs arrivés à maturité, mon flanc est plein de la vie de la terre. Des graines tombent de ma main, dons de la première moisson, mais la vie elle-même est un cadeau des dieux. Remarquez le sang carmin qui contraste avec le maïs asséché, exprimant le mystère de la maternité - car je suis ventre et tombeau, berceau et caveau. Vous aurez toujours besoin de moi, et je serai toujours là pour vous. Je vous apporte l'abondance. Comme les glands de l'Arbre du Monde, allez, poussez, grandissez, soyez tout ce que vous pouvez être.

Je suis votre mère ; je suis la terre. Louez-moi, mais ne me traitez pas durement, car vous aurez toujours plus besoin de moi que je n'aurai besoin de vous. Je contemple le passage du temps et vois dans les courants de la vie plus de mystère et de sens qu'un enfant ne devrait savoir, mais ne vous éloignez pas. Vous pouvez m'aimer, et je peux vous aimer en retour, mais sachez que je sais me montrer sauvage. je vous fais percevoir la divinité et la joie maximales, car je suis la nature indomptée. Ne cherchez pas à m'apprivoiser, car je suis votre mère, douce mais impitoyable. Les grands magiciens du Royaume Blanc surgissent de mes entrailles, leurs bâtons dressés entre la mer, la terre et le ciel. Les saisons défilent sur moi ; regardez-moi et vous connaîtrez le vrai cœur du mystère, car tout ce qui est visible et invisible peut être perçu à travers ma beauté.


Interprétation : Pendant les neuf mois que dure une grossesse, on ne peut rien faire d'autre qu'attendre. Lorsque la Mère (l'Impératrice) apparaît dans un tirage, elle suggère que certaines choses sont hors de notre contrôle - dans les mains de la nature, si vous préférez. L'inaction a peut-être autant d'intérêt que l'action, car il faut laisser la nature suivre son cours. Laissez votre intuition vous guider ; écoutez attentivement ce que vous disent votre instinct et vos sens. Cette lame représente l'accouchement et la préservation - le fait de donner vie à quelque chose, au sens strict du terme ou par le biais de la création.

Toutefois, si la lame est inversée, la Mère signale que quelque chose est coincé, que le flux naturel des choses est gêné. A l'image du passage des saisons, tout a sa place dans le temps, alors qu'est-ce qui, dans cette situation, peut bien stagner ?

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Lee Fossard, auteur d'un article intitulé « Le motif « vieille » dans la toponymie de l’aire celtique », (In : La Bretagne Linguistique [En ligne], 21 | 2017) complète le portrait de la Déesse sous son aspect de Vieille :


[...] le principe est de savoir si des légendes existent autour d’un lieu comportant le motif « vieille » et si elles peuvent fournir des informations intéressantes quant à la description de ce personnage. dans les mythes et légendes, la vieille est parfois connue sous le nom de Cailleach Beinn-a-Bhric (Alexander robert Forbes, 1905 : 129) ou Beira (Mackenzie, 1917) en écosse et Cailleach Bheara en Irlande (hull, 1927). la première vit dans la montagne nommée Beinn a’ Bhric et la dernière est originaire de la péninsule de Beara (sud-ouest de l’Irlande). En écosse, elle est décrite sous la forme d’une géante façonnant le paysage avec son marteau (Mackenzie, 1917). Elle incarne également le cycle des saisons puisqu’elle devient vieille et laide en hiver et jeune et belle en été, son apparence se dégradant au fil des saisons (Mackenzie, 1917 : 24). Son châle est tellement grand qu’elle doit le laver dans la mer – plus précisément dans le corryvreckan, un gigantesque tourbillon situé entre les îles de Scarba et de Jura – et le faire sécher sur les montagnes : il symbolise ainsi la neige (Mackenzie, 1917 : 30-31).

la vieille est également une géante bâtisseuse. Elle construit des montagnes (Little Wyvis, 764 mètres d’altitude) ou encore des îles (les Hébrides) en transportant des rochers et de la terre dans son panier de pêche ou son tablier (Hull, 1927). En Irlande, dans la zone mégalithique de Tara, à Loughcrew (comté de Meath), elle aurait involontairement créé un grand tumulus en laissant tomber des pierres de son tablier alors qu’elle sautait d’une colline à une autre (Hull, 1927 : 246). Ce tumulus – appelé Hag’s Carn, le « cairn de la vieille » – est situé sur la plus haute colline du comté de Meath, elle-même appelée Slieve na Calliagh, la « colline de la vieille ».

On retrouve en Bretagne, à Plouarzel (Finistère), la même caractéristique au sujet du grand menhir de Kerloas : une femme l’aurait apporté dans son tablier (Georges Guénin, 1910). ce même mégalithe, pourvu de deux bosses à sa base, faisait l’objet d’une coutume : les nouveaux mariés venaient se frotter le ventre nu contre l’une de ses bosses (Chevalier de Fréminville, 1832). On peut peut-être y voir les traces d’anciens rites de fécondité.

En outre, D. A. Mackenzie ajoute au gigantisme de la vieille Beira qu’elle était « the mother of all the gods and goddesses in Scotland » (1917 : 22) mais aussi déesse de la nature, et tout particulièrement du climat, des rivières, des lacs et des montagnes (1917 : 16). On rencontre également ce lien entre la vieille et le climat dans l’aire linguistique romane. En effet, dans les Asturies (nord de l’Espagne), près des montagnes appelées Picos de Europa, quand il commençait à neiger, les bergers avaient pour habitude d’interpeller la vieille pour lui demander : « ¿ Qué traes, Vieya ? », c’est-à-dire « Qu’apportes-tu, la vieille ? » (Cristobo de Milio carrín, 2008 : 18). En Sardaigne, par temps de sécheresse, lors de processions, les enfants imploraient la vieille (tsia bezza en sarde) pour qu’elle apporte la pluie (Michel Contini, 2012 : 377). [...]

D’une manière générale, on peut expliquer cette profusion de référents extra-linguistiques par deux arguments pouvant se combiner. le premier argument tend à montrer qu’il existe des caractéristiques morphologiques et/ou comportementales communes à tous ces référents. on remarque cependant qu’il est parfois compliqué, voire périlleux, de trouver une telle ressemblance entre un oiseau, une plante et une avalanche. de plus, cela n’explique pas pourquoi on a affaire au terme « vieille » et non au terme « vieux » par exemple. le deuxième argument permet de combler les lacunes du premier puisqu’il vise à démontrer, à la lumière des données recueillies en ethnologie, littérature orale ou mythologie, que ces référents sont les traces linguistiques de croyances en une divinité. on peut donc faire le lien avec deux caractéristiques divines de la vieille présentées précédemment : déesse du climat et déesse de la nature. de plus, Mario Alinei et Francesco Benozzo nous informent que « ces dénominations identifient une ancêtre totémique matrilinéaire […] à l’origine dominatrice des animaux et de la nature [...] » (2012 : 69).

Les deux auteurs précités (2012) rappellent que ces différents signifiés participent d’une vénération et/ou d’une sacralisation des animaux, plantes et phénomènes atmosphériques datant, pour les premiers, du paléolithique (au moins 9000 avant J.-c.) et, pour les derniers, du Mésolithique final (environ 6000 avant J.-C.). On peut supposer que cette part de religieux du lexique est due à la fascination suscitée par les caractéristiques, les propriétés et l’apparence (1) de ces référents extra-linguistiques. Les premiers peuples qui les ont nommés « vieille » l’ont certainement fait en référence à la divinité éponyme. Ces animaux, plantes et autres phénomènes naturels appelés ainsi sont autant de traces ethnolinguistiques des liens étroits entre l’homme et la Nature.

[...]

Concernant le motif « vieille », il correspond, selon mon hypothèse, à des vestiges culturels et linguistiques témoignant de la vénération d’une divinité appelée la vieille. Contrairement à ce que peut laisser penser son nom, cette divinité est l’incarnation de la toute-puissance de la Nature considérée comme une grande déesse-mère nourricière, symbole de fécondité et de fertilité et maîtresse du climat. Le terme « vieille », comme l’a rappelé Marie-Barbara Le Gonidec, fait référence à la femme d’expérience, celle qui est source de savoirs notamment en matière de fécondité et de sexualité.


Note : 1) L’arc-en-ciel est attribué à la vieille (cf. tableau précédent) et certains poissons labres, appelés « vieille », ont des écailles couleur arc-en-ciel.

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Littérature :


Dans son roman intitulé L'Île des âmes (Rizzoli de Mondalori Libri S.p.A., 2019 ; Éditions Gallmeister, 2021), Piergiorgio Pulixi explique les particularités du culte de la Déesse-Mère en Sardaigne :


- Selon un anthropologue que j'ai contacté, l'homicide représentait un sacrifice semblable à ceux pratiqués dans l'Antiquité en l'honneur de Dionysos, dieu de la végétation en plus d'être celui de l'ivresse et de l'extase, qui chaque année renaissait au printemps et réveillait la terre et dont les bons auspices étaient indispensables pour obtenir de la pluie et des récoltes abondantes.

- Mais Dionysos n'était pas une divinité grecque ? Quel rapport avec la Sardaigne ? demanda Mara.

- Son culte s'est propagé dans l'île avec les migrations mycéniennes et grecques. Mais il vaut peut-être mieux revenir un peu en arrière. Eva, que sais-tu de la civilisation nuragique ?

- Pas grand-chose, si ce n'est que c'est une des plus anciennes du bassin méditerranéen.

- Pour te la faire courte, elle s'est développée en Sardaigne entre le deuxième et le premier millénaire avant Jésus-Christ, principalement durant l'âge du Bronze. En réalité, la période prénuragique - celle qui nous intéresse en premier lieu - recouvre une séquence temporelle incroyable. Durant cette période, les Sardes prénuragiques, auxquels les archéologues associent la culture dite d'Ozieri, pratiquaient une religion animiste particulière qui provenait vraisemblablement de l'archipel des Cyclades. Ils adoraient le soleil et le taureau, symboles de force masculine, et la lune et la Méditerranée, signes de fertilité féminine.

- C'est-à-dire la Déesse-mère ? demanda Rais ?

- Exactement. A l'instar de l'Europe à la même époque ou du Proche-Orient, il est aujourd'hui attesté qu'il existait alors en Sardaigne un culte de la Déesse-mère prenant racine dans le Paléolithique, qui fut observé pendant tout le Néolithique. Initialement, cette Déesse-mère évoquait une divinité primitive, la seule à détenir le secret de la vie. Un être spirituel capable d'une part de soulager l'événement traumatique de la mort, de l'autre de garantir la vie après le trépas. On la disait née par parthénogenèse, sans la médiation d'un élément masculin qui...

- Hé là, arrête-toi une seconde, je suis déjà perdue, admit Rais, déconcertée. On est là pour rouvrir une affaire d'homicide ou pour passer un examen d'anthropologie ? Calme un peu tes ardeurs, Moreno, et parle-nous en italien normal.

- Excuse-moi... Disons-le comme ça : cette figure représentait une divinité féminine protectrice des défunts, donc du monde de l'au-delà, et incarnait un idéal religieux naturaliste qui renvoyait aux déesses-mères des Cyclades et de Crète, auxquelles étaient liées trois dimensions très fortes : la vie, la mort et la renaissance. C'est mieux comme ça ?

- Jusqu'ici, ça va... Mais ma question reste la même : qu'est-ce que Dionysos vient foutre là-dedans ? explosa Mara, agacée.

- Avec le temps, la Déesse-mère a été remplacée par des figures viriles qui incarnaient mieux la fonction masculine dans les nouvelles structures sociales de ces peuples... Vous savez ce que sont les protomés taurins ?

- Des cornes de bœuf ou de taureau, répondit Eva.

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Voir aussi : Sorcière ;


Le Fou / Maponos ; Le Pendu / Lougous ;





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