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  • Anne

Symbolisme de la pierre



Étymologie :

  • PIERRE, subst. fém.

Étymol. et Hist. A. Fragment de roche 1. a) servant notamment α) dans la construction fin xe s. (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 64 : en tas maisons pedraˑ ssubr'altre non laiseront) ; ca 1180 piere secche (Jeu Adam, éd. W. Noomen, 850) ; ca 1298 pierre de taille (Livre de Marco Polo d'apr. FEW t. 13, 1, p. 50a) ; 1528 (Comptes des bâtiments du roi, éd. L. de Laborde, t. 1, 26) ; 1306 pierres taillées (Joinville, Vie de St Louis, éd. N. L. Corbett, § 257) ; 1636 (Monet : Pierre d'attante, pierre auançant au front de la muraille, pour lier la suite de la maçonnerie) ; β) comme arme fin xe s. (Passion, 496 : Alquanz a'ppetdres lapider) ; fin xiv e-déb. xve s. fig. geter une pierre en son jardin «faire une remarque désobligeante» (Quinze joies de mariage, éd. J. Rychner, 3e, p. 26, 283) ; 1570 fig. mesnager d'une pierre deux coups (Mont., Lettre du chancelier de l'Hospital, 30 avril ds Littré) ; 1611 d'une pierre faire deux coups (Cotgr.); 1584 fig. la pierre est jetée (François d'Amboise, Neapolitaines, V, 6 ds Anc. théâtre fr., t.7, p.322); γ) de monument avec une signification − religieuse . fermeture d'un tombeau fin xe s. (Passion, 401 : Sus en la peddre l'angel sist) ; . 1605 pierre levee «menhir» (P. Le Loyer, Hist. des Spectres, p. 55) ; 1835 (Ac.) ; − ou symbolique xiiie s. [date ms.] pierre «borne servant de limite» (Eneas, éd. J.-J. Salverda de Grave, var. 9757) ; b) servant d'instrument en raison de leurs qualités particulières α) fin xive s. perre a aguisier coutiaux (ds Roques t. 2, B. N. lat. 13032, 2498) ; β) 1416 pierre à toucher or (Inventaire du duc de Berry, éd. J.-J. Guiffrey, t. 1, p. 38) ; 1579 fig. pierre de touche (Larivey, Vefve, IV, 6, éd. Viollet-le-Duc ds Anc. théâtre fr., t. 5, p. 179) ; γ) 1549 pierre ponce (Est.) ; δ) 1411 piere a laver (Arch. Nord, B 10367, f°29) ; 1694 pierre d'évier (Ac.) ; 2. a) en gén. «matière minérale de nature et d'importance variable répandue à l'intérieur et à la surface de la terre» ca 1100 piere (Roland, éd. J. Bédier, 982) ; 1240-80 fig. estre de piere (Baudouin de Condé, Dits et Contes, éd. A. Scheler, t. 1, p. 375, 3080) ; 1460-66 il gelle a pierre fendant (Martial d'Auvergne, Arrêts d'Amour, 3e, éd. J. Rychner, p. 20, 123) ; 1690 geler à pierre fendre (Fur.) ; 1539 pleuvoir pierres «grêler» (Est.) ; 1535 fig. pierre de choppement (Oliv. Rom. 9, 31 d'apr. FEW t. 8, p. 315b) ; 1662 pierre d'achoppement (Pascal, Pensées, éd. L. Brunschvicg, t. 3, p. 205) ; 1791 être malheureux comme les pierres ([Lemaire], 60 elet. bougrement patriotique du véritable père Duchêne, p. 2 ds Quem. DDL t. 19) ; 1861 âge de la pierre (A. Morlot, Leçon d'ouverture d'un cours sur la Haute Antiquité, p. 5) ; b) spéc. variété de cette matière 1322 peres de eagle (Invent. du comte de Hereford et de sa femme ds Notice des émaux, éd. de Laborde, t. 2, p. 440) ; 1553 pierre d'aigle (Belon, ibid.) ; 1561 (Inventaire des meubles du château de Pau, éd. de la Sté des Bibliophiles fr., 56) ; 1540 pierre de marbre noir (N. Herberay des Essars, Amadis de Gaule, 1er livre, éd. H. Vaganay, p. 163, 24) ; 3. ca 1100 perre «minéral de valeur utilisé en bijouterie» (Roland, 1452) ; déb. xiie s. pere preciuse (St Brendan, éd. E. G. R. Waters, 679-680) ; 1380 pierre faulce (Inventaire de Charles V ds Notice des émaux, t. 2, p. 442). B. P. anal. 1. a) 1re moit. xiie s. piere «concrétion qui se forme parfois dans certains organes de l'homme ou des animaux» (Lapidaire Marbode, 1ère version ds Studer-Evans, p. 55, 669) ; b) 1690 (Fur.: Pierre, se dit aussi d'une dureté ou espèce de gravier qui se trouve dans quelques fruits) ; 2. substance naturelle ou artificielle ressemblant à la pierre a) 1225-30 pierre de l'aymant (Guillaume de Lorris, Rose, éd. F. Lecoy, 1157 ; v. aussi 1269-78 Jean de Meun, ibid., 15366 : pierre d'aïmant) ; b) 1575 pierre philosophale (Paré, Œuvres, éd. J.-F. Malgaigne, III, 582b) ; c) 1765 pierre infernale «nitrate d'argent» (Encyclop. t. 9, p. 740b, s.v. lune). Du lat. peĭtra «roche, roc», également att. en lat. médiév. au sens de «pierre de construction» 1086 ds Latham, «pierre tombale» xiiie s., ibid., «pierre précieuse» 1300 et comme terme de méd. av. 1150, ibid., empr. au gr. π ε ́ τ ρ α «roche, roc». Petra, mot de la lang. pop., a concurrencé l'a. et class. saxum «id.» et surtout à basse époque l'anc. lapis, auquel il a empr. les sens de «tout objet en pierre, ou qui rappelle la pierre» comme «borne», «monument funèbre» et «pierre précieuse», et qu'il a supplanté dans presque toutes les lang. rom. (cf. ital. pietra, esp. piedra), peut-être à cause de son empl. dans la Vulgate, en jeu de mots avec Petrus, du gr. π ε ́ τ ρ ο ς (v. Ern.-Meillet), surnom donné par Jésus à l'apôtre Σ ι ́ μ ω ν répondant prob. à l'araméen κ η φ α ̃ ς «pierre» (v. Chantraine). Pierre à aiguiser a éliminé l'anc. terme queux, v. queux 2. D'apr. G. et A. De Mortillet, Le Préhist., 3e éd., Paris, 1900 [1882], p.5, le danois Christian Jürgensen Thomsen (1788-1865) publia en 1836 ds Ledetrand til Nordisk Oldkyndighed, «la classification et division des temps préhistoriques en âges [...] de la pierre, du bronze et du fer».


Lire également la définition du nom pierre pour amorcer la réflexion symbolique.

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Symbolisme :


Hank Wesselman, dans son ouvrage Celui qui marchait avec les esprits, Messages du futur (Édition originale 1995 ; traduction française Éditions Robert Laffont 1997) nous fait toucher du doigt, grâce à son personnage de Naïona, ce qu'est l'Esprit d'une pierre en chamanisme :


"Au bout d'un moment le chef réapparut, tenant un gros paquet enveloppé dans du tissu d'écorce noir. Il descendit les marches et se dirigea vers le chariot royal à quatre roues qui l'attendait. L'objet allait donc voyager sous sa protection personnelle. Il jeta un coup d'œil pour vérifier qu'ils étaient seuls et, ne voyant que les six bœufs blancs de son attelage, il fit un signe à Naïnoa et déballa l'objet.

C'était le fameux pohaku kupua, la pierre-esprit dont le chef Kanehe avait l'honneur d'être le gardien ? Naïnoa, qui ne lavait encore jamais vue, apprécia la faveur qui lui était faite. La pierre, un gros galet de lave, avait la forme d'une tête dont le visage avait été légèrement sculpter pour en accentuer les traits. Sa forme naturelle suggérait une bouche bizarrement tordue vers le bas. A la place des yeux, un sillon oblique traversait la surface plane du galet, et le nez était inexistant L'ensemble donnait une impression de force et de pouvoir.

Le chef considéra le sévère visage de pierre avec une affectueuse révérence. "Ce pokahu est dans ma famille depuis des milliers d'années. Pour le moment, c'est moi qui suis son favori, dit-il en lançant un coup d’œil vers Naïnoa pour voir sa réaction. C'est difficile à expliquer. Un akua, un esprit réside dans cette pierre. C'est une forme de conscience profondément différente de la nôtre, et, pourtant... - le chef hésita, cherchant ses mots - ... j'ai une relation avec cet esprit,. Souvent il me visite en rêve, mais je peux aussi le contacter à l'état de veille. J'établis le contact par l'intention et une profonde concentration. Ce n'est pas moi qui ai voulu devenir son gardien, c'est lui qui m'a choisi. Et c'est à sa demande que je te le montre. L'akua de cette pierre possède une volonté propre et confère un grand pouvoir à celui qui sait l'utiliser.

"Ce pohaku est venu de Hawaï dans le canoë de mon estimé prédécesseur. Le matin de son départ, l'akua l'a visité en rêve et l'a informé qu'il lui permettait de l'emmener en Amérique, loin de son volcan natal. Il lui a dit aussi qu'il avait déjà fait le voyage en compagnie de son gardien précédent et qu'ainsi il pourrait l'aider à trouver son chemin.

"Mon ancêtre a raconté son rêve aux chefs et aux prêtres, qui ont estimé que c'était un heureux présage pour toute l'expédition. Personne n'était au courant du premier voyage, mais il était clair que le pokahu voulait le refaire. Et cela correspondant bien au nom qu'il portait depuis toujours, Kapohaku'ki'ihele, la pierre qui voyage."

Le chef se tut pendant un long moment avant de reprendre : "Peut-être a-t-elle senti que tu allais partir. Comme je te l'ai dit, elle a ses motivations et sa volonté propres. Elle m'a visité en rêve. Elle voulait te rencontrer." Il sourit. "Tu peux poser les mains sur elle et lui demander sa bénédiction."

Une fois de plus, Naïona s'étonna de l'honneur qui lui était fait, même s'il n'était pas sûr de croire à l'esprit de la pierre. Seul le chef était autorisé à toucher le pokahu. Mille questions se présentaient à son esprit, mais il n'était pas temps de les poser. Il hésita, puis mit ses mains sur le visage noir et rugueux et fit le vide dans son esprit avant de demander respectueusement à l'esprit de le bénir et de bénir son voyage.

Avait-il senti une onde de chaleur monter dans ses bras ? Il ne pouvait en être certain. Il attendit, mais, comme rien d'autre ne se produisait, il fit un pas en arrière. Le chef Kaneohe remit la pierre dans son emballage et la déposa soigneusement dans le chariot royal. Puis il se tourna vers Naïnoa.

"J'ai donné des ordres en cuisine pour qu'on te prépare des provisions. Va, maintenant, et prépare les affaires que tu veux emporter."

[...]

En arrivant sur la plage, je demandais toujours à "l'esprit du lieu" la permission de chercher et de ramasser des pierres - rituel d'inspiration résolument animiste. Bien que le scientifique en moi ricane et ne prenne pas cette cérémonie au sérieux, je l'accomplissais systématiquement. Ensuite, je parcourais la plage en jetant de temps en temps des regards sur les galets jusqu'à ce que l'un d'eux se distingue des autres. Des ébauches de formes me suggéraient souvent le traitement artistique que je pouvais donner à la pierre, mais je n'arrêtais mon choix que sur des formes qui m'attiraient de manière irrésistible. La plupart des blocs étaient trop gros et trop lourds, alors je les laissais. Mais j'en trouvais toujours de plus aisés à transporter.

Pour avoir étudié le bouddhisme zen, je considère que les pierres sont engagées dans une forme de méditation particulière - idée excentrique, peut-être, mais que je trouve satisfaisante. En conséquence, je leur demande toujours personnellement la permission de les emporter. Je promets aussi à la pierre choisie de ne modifier que très peu ses contours, de façon à révéler sa forme interne. Les pierres sont presque toujours d'accord. Je me suis parfois demandé si c'est vraiment moi qui les choisis, tant l'attirance que j'éprouve pour certaines est forte.

[...]

Soudain, le visage puissant de Kapohaku'ki'ihele, la pierre du chef Kaneohe, surgit dans son esprit. Le mot pokahu contenait des racines qui pouvaient l'aider à comprendre son expérience. Po faisait référence aux dimensions spirituelles, au monde des dieux, héros, maîtres spirituels et esprits animaux. Haku signifiait seigneur ou maître. Le terme pohaku impliquait donc que les pierres étaient en quelque sorte les seigneurs des mondes des esprits, les maîtres du Po. C'était peut-être sa rencontre avec Kapohaku'ki'ihele qui lui permettait ces visions. Le chef Kanehoe lui avait dit que la pierre lui apparaissait parfois en rêve...

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Selon Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes ( (Hachette Livre, 2000) :


A la pierre se rattache la croyance en la durée et la pérennité des choses, par contraste avec l'aspect éphémère de la vie humaine. Ainsi , l'homme a vite compris que ce qui changeait peu dans son environnement naturel, demeurant relativement immuable du moins en apparence, c'était la pierre. C'est sans doute à cause de sa résistance au temps, plus que pour sa solidité, qu'il l'a choisie pour graver des signes, des symboles, des dessins. N'oublions pas que c'est à partir de ce procédé - que les archéologues nomment glyptologie ou étude des pierres gravées - que nos ancêtres ont créé le sceau, objet gravé en intaille, utilisé pour réaliser une impression en relief dans un support mou comme de l'argile par exemple, dont on a retrouvé des exemplaires datant du Vie millénaire avant notre ère, qui ont donc été gravés voici 8 000 ans, en Asie mineure et en Mésopotamie. Il s'agissait d'empreintes, de signatures, de traces, de preuves, des premières formes d'expression inscrites et transmise, des premières lettres postales en quelque sorte, mais aussi des premières écritures. Il n'est donc pas faux de dire que l'élément de la nature le plus ancien et le plus durable dans le temps - quand bien même, nous le savons aujourd'hui, il est loin d'être éternel, la Terre et les étoiles elles-mêmes ne l’étant pas - fut celui qui inspira aux hommes ou, plus exactement, qui fit écho en eux à leur volonté de vivre encore au-delà de la mort, de marquer leur présence, pour qu'il restât d'eux quelque chose, une trace, un souvenir, qui les rendrait éternellement vivants dans la mémoire de leurs enfants. Ainsi, l'homme s'est identifié non pas à la pierre mais dans la pierre, en y gravant des signes qui étaient ses signes de reconnaissance. Nous n'avons rien trouvé de mieux que la signature aujourd'hui, pour nous distinguer les uns des autres, marquer notre empreinte.

Mais la pierre, dès lors que l'homme est en mesure de lui donner un aspect qui n'existe pas dans la nature, c'est aussi la demeure du dieu, d'un dieu ou de Dieu. Les pierres cubiques, rectangulaires, ovoïdes prennent un caractère magique, sacré, divin aux yeux des hommes. Elles figurent les premiers temples, où résident les dieux, puis le dieu suprême. Les bétyles, ou pierres sacrées en honneur chez les Sémites dont le nom signifiait "La Demeure des Dieux" - terme que l'on pourrait traduire de nos jours par "La Maison du Seigneur" -, furent partout présents dans l'Antiquité. Étymologiquement, le terme "bétyle", issu de "bethel", est formé d'abord par "bet", dont dérive sans doute beith, deuxième lettre de l'alphabet hébraïque, que l'on peut traduire ici tout simplement par "La Demeure", et ensuite par el ou El, divinité" babylonienne et sémitique qui apparaît dans la Bible sous le nom de Bâal - que l'on a aussi surnommé Bêl, mis qui était couramment appelé El -, dont les premiers rédacteurs de la Bible se sont d'ailleurs inspirés en faisant allusion aux Elhoim. plus tard, la pierre, demeure du dieu, devint une divinité ou une puissance divine à part entière, pus une clé de voûte. Ainsi, la fameuse Pierre Angulaire des Évangiles symbolise le Christ. La pierre a donc gardé sa magie et son pouvoir sacré aux yeux des Chrétiens.

De ce fait, une pierre ayant une forme bien particulière, qui apparaît dans un rêve, a toujours ce caractère magique et mystique, et peut figurer ce qu'il y a de plus pur, de plus précieux, et plus durable aussi en l'homme : son âme ! Il s'agit là d'un rêve dont la signification est alors d'une grande richesse symbolique."

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Luis Ansa, dans un roman intitulé La Nuit des chamans (Les Éditions du Relié, 2005) donne à travers l'un des personnages de chaman une vision animiste des pierres :


[...] Un matin, Wasca accepte que nous l'accompagnions ans les collines voisines.

- Savez-vous mes amis, dit-il en s'accroupissant d'un mouvement souple pour ramasser quelques cailloux épars sur le sol, savez-vous que les pierres comme toute chose dans la nature, contiennent une mémoire. Dans les cailloux, précise-t-il en mettant en bouche une poignée de feuilles sèches de coca, se trouve une partie de notre mémoire minérale.

- Pardon don Wasca, demande Juan Carlos, je comprends mal ! Qu'est-ce que vous appelez « mémoire minérale » ? Où se trouve cette mémoire ? Et à quoi sert-elle ?

- Elle est présente dans la moelle de tous nos os, répond le chaman péruvien en crachant le premier jus amer de la coca. Et à quoi sert-elle ? Quelle question, mon ami !...

Wasca, dans un grand rire carnassier, fait un bond qui nous oblige à reculer d'un pas :

- Elle sert à ne pas oublier que nous venons de la terre, que nous sommes ses fils, qu'elle est notre mère, caballero ! Rien que cela !

Éric, se souvenant peut-être de sa conversation avec Dona Marina sur la mémoire et sur l'amour, demande à Wasca, avec humilité, de lui apprendre à entrer en contact avec cette mémoire minérale.

- C'est très simple lui répond le Péruvien, chaque caillou contient une force qui sommeille. Réveillez-la avec votre intention, votre amour et votre respect.

- Pour vous, c'est simple, lui rétorque Éric, mais moi je ne connais rien aux pierres ! Et vous, Luis ?

- Je préfère ne pas intervenir !

Wasca, touché par la sincérité d'Éric, l'entoure de ses bras puissants, colle son visage de bronze au sien et lui dit en lui glissant un caillou dans la main :

- Prenez n'importe quelle pierre, mon ami, et rentrez résolument dans votre corps et dans votre cœur. Tenez-la, écoutez son silence archaïque ! Que la pierre se réveille ne dépend que de vous, de votre impeccabilité, de votre intention ardente. Les pierres aussi aiment être aimées !

Tout en parlant, il regarde fixement Éric de ses yeux noirs, comme pour l'immobiliser dans l'espace.

- Essayez, vous verrez, c'est très simple. Il suffit d'être sincère et sans prétention, dans un état d'attention tranquille et amoureuse, et cette forme de vie minérale se réveillera en votre corps.

- Don Wasca, interrompt Juan Carlos soudain rêveur, dans mon enfance, je jouais toujours avec les pierres, et même, je me rappelle, je les gardais dans mes poches, au grand désespoir de ma mère ! C'est de cela que vous parlez ?

- Oui, mon ami ! Les enfants savent écouter les pierres qui, se sentant aimées, leur confient certains de leurs secrets. Pour les adultes, cela demande toute une approche, mais l'expérience intérieure est assez forte et très séduisante.

Pour Wasca, le taciturne, la conversation n'a déjà que trop duré. Aussi de tourne-t-il vers moi d'une façon abrupte et dit :

- Négrito, traduis à ton ami : Qu'il essaie le sentir émotionnel et sensitif, qu'il n'aie pas peur de sacrifier sa tête, qu'il goûte au moins une fois dans sa vie l'attention sans désir, l'attention pure, c'est tout !

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Odile Alleguede, dans son ouvrage intitulé La parole perdue des pierres, La face cachée des joyaux les plus mythiques (Éditions Quintessence 2008), nous rappelle que :


"Pierres gravées, talismans, amulettes, [les pierres] pulsent, au rythme de leur vibration, la double puissance du langage divin et des encodages rituels précis pratiqués par tous les initiés, prêtres, mages et sorciers. Les "harodim", notamment, qui étaient des initiés kabbalistes, chargés d'étudier les textes sacrés, portaient toujours sur eux des pierres précieuses, telles qu'améthyste, émeraude, agate ou opale. Ces pierres, ayant une correspondance avec certains signes et lettres hébraïques, leur donnaient un pouvoir magique précis.

De grands pouvoirs organoleptiques étaient attribués aux pierres gemmes. Pline parle des mages, ces pontifes de l'Orient, particulièrement initiés à la connaissance secrète de l'agate, de l'émeraude, de l'onyx, etc. Orphée, poète du cycle pythagoricien, dans ses Lithica, reconnaît aux pierres une action mystérieuse. Même écho lointain avec Rémy Belleau, poète de la Pléiade, qui les met en vers dans de magnifiques poèmes... Georges Le Syncelle, polygraphe grec du VIIIe siècle, reprend à ce sujet des passages ambigus du Livre d'Enoch : "[...] ce sont également les anges pécheurs qui révèlent aux mortelles les arts et les sciences occultes. Ils habitèrent avec elles et ils leur enseignèrent la sorcellerie, les enchantements, les propriétés des racines et des arbres... les signes magiques... l'art d'observer les étoiles... il leur apprit aussi, dit encore le livre d'Enoch, en parlant de l'un de ces anges, l'usage des bracelets et ornements, l'usage de la peinture, l'art de se peindre les sourcils, l'art d'employer les pierres précieuses et toutes sortes de teintures, de sorte que le monde fut corrompu...". Tertullien, lui aussi, en parle longuement : "Ils trahirent le secret des plaisirs mondains ; ils livrèrent l'or, l'argent et leurs œuvres ; ils enseignèrent l'art de teindre les toisons [...] ils découvrirent les charmes mondains, ceux de l'or, des pierres brillantes et de leurs œuvres..."

[...]

Chaque culture privilégiait certaines pierres, du fait de leur présence géologique sur leur territoire, et d'une affinité mystérieuse. Les anciens Égyptiens employaient le lapis-lazuli, la cornaline et la malachite ; les Incas, l'émeraude ; Les Vietnamiens et les Chinois, le jade ; les Amérindiens, la turquoise. Les pierres ont toujours rempli ce rôle de "passeurs d'âmes" et de protection vers un au-delà incertain, effrayant et tellement mystérieux.

Inversement, folklores et légendes, qui sont autant de chemins de tradition plongeant dans les limbes de l'humanité, en retraçant l'histoire des cristaux, se font la mémoire millénaire de cette puissance transcendante qu'ils contiennent. Les pierres, accumulateurs naturels du champ électromagnétique de la Terre, y apparaissent comme les gardiens et les facilitateurs de l'incarnation humaine.

De leur côté, les praticiens du tantrisme voyaient les pierres comme des accumulateurs d'énergie divine. Ils s'en servaient pour la préparation d'oxydes et de poudres, destinés soigner diverses maladies.

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En Grèce, Théophraste écrit De lapidibus, vers 315 av. J. C. A partir des travaux d'Hippocrate et de Platon, il y présente une thèse originale, sorte de réflexion sur la création minérale, avec pierres mâles et pierres femelles. Inattendu, pensez-vous ? Pas tant que ça, en fait. Cette notion de "genre" s'appuie sur une connaissance poussée des mathématiques et de la géométrie sacrée. Encore !

En effet, des travaux récents démontrent l'existence de deux types de spirales (au sens de progression mathématique), l'une avec des lignes droites, considérées comme masculines, l'autre avec des lignes courbes, jugées féminines. Mais ce n'est pas tout ! Il s'avère que le point d'origine de la spirale est fondamental pour en déterminer l'aspect féminin ou masculin. De plus, il existe deux sortes de progression, celle dénommée de "Fibonacci", de nature féminine, et la binaire, qui est masculine ; toutes deux émanant de celle du nombre d'or. ce qui nous conduit, si on mélange l'ensemble de ces informations, à rencontrer dans la nature cristalline des spirales aux polarités mixtes. Théophraste avait raison, mais alors, quel abîme de réflexion supplémentaire sur ce monde minéral !

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La notion de magie est indissociable de l'existence même des pierres précieuses. Grecs et Romains allaient jusqu'à penser que les pierres avaient la faculté de se reproduire. Le mot gemme vient d'ailleurs du latin "gemma" qui désigne le bourgeon végétal. Auto-génération, sous la poussée toujours mystérieuse de cette "force" intangible mais bien présente de la nature !

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Tout à la fois dépositaires des secrets de l'univers et de l'homme, elles libèrent leurs ondes bénéfiques ou néfastes, suivant les énergies emprisonnées dans leur beauté minérale.

Le physicien américain Kenneth Emerson le formule ainsi : "Il est des pierres précieuses de texture moléculaire spéciale qui conserveraient une véritable mémoire des situations violentes captées au hasard de leur longue carrière... Cette mémoire atomique, déjà soupçonnée dans le diamant, existerait aussi dans certaines améthystes, les émeraudes, les perles, le rubis... Elle serait susceptible de libération à date fixe selon un processus ne dépendant nullement de la personne qui porte le bijou, mais d'une sorte de cycle de perturbations moléculaires aux caractéristiques et causes inconnues... Et la malédiction consisterait alors en une sorte d'onde de forme recréant précisément les circonstances psychologiques d'une situation violemment désordonnée qui investirait celui ou celle qui a le malheur de se trouver en contact étroit avec le minerai.."

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Dans La Splendeur escamotée de frère Cheval ou Le Secret des grottes ornées (Éditions Grasset et Fasquelle, 2018), Jean Rouaud nous livre des réflexions qui conduisent à faire lien entre pierre et soleil :


"On s'étonne moins que les mains d'or aient choisi la grotte d'Ardèche pour y figurer leur conception du monde, quand on sait que le portail d'entrée aujourd'hui effondré donnait sur le porche de pierre qui enjambe la rivière en contrebas et assure la notoriété du lieu. Ce demi-cercle découpé dans la roche de Vallon-Pont-d'Arc sous lequel coule la rivière, regardez-le, c'est un pochoir solaire, une porte-gabarit par laquelle un soleil sombrant s'engouffre en demi-cercle dans les ténèbres de la terre, d'où il pourra ressortir. Pour l'accueillir, ce soleil éteint par la nuit, ce soleil noir de la mort périodique, pour le recharger en feu dans les profondeurs souterraines, il faut un porche majestueux - il l'était avant de s'effondrer il y a vingt mille ans, ce qui a permis la préservation des peintures - et un dôme monumental à ses dimensions correspondant à la porte-gabarit de l'arche.

Ce garage, cet atelier en réparation solaire, en rechargement d'énergie qu'est la grotte, on comprend qu'on ait eu le souci de l'aménager comme un palais. A tout seigneur tout honneur, le soleil même moribond (de là le côté éclopé, titubant, de certaines des figures représentées) ne dort pas n'importe où. rien n'est trop beau pour décorer la chambre de la lumière. Ce qui sera bien plus tard le leitmotiv de l'abbé Suger érigeant sur ce seul critère la première cathédrale gothique à Saint-Denis. Si Dieu est lumière, comme le prétend Denys L'Aréopagite ou son Pseudo, alors faites entrer la lumière, exigera-t-il de ses maçons et de ses verriers. Qu'elle traverse les murs de pierre comme Jésus rendant visite à ses amis après sa mort, surgissant parmi leur assemblée quand toutes les portes étaient fermées. Que la lumière franchissant le vitrail redevienne pierre sur le sol de la cathédrale et scintille comme le rubis, l'émeraude ou le saphir. Que ce trésor étincelant dalle le sol de la maison divine.

Lumière et pierre ne sont pas antagonistes du tout. Ce sont deux aspects d'un même principe, ce qu'avaient bien saisi les mains d'or et ce dont Suger est convaincu. tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai quoi, hein ? demande-t-il à ses maîtres maçons et ses maîtres verriers. une égalise, répondent-ils. Oui mais encore ? La maison de Dieu. Bien sûr, mais Dieu, c'est quoi ? L'abbé leur a soufflé la réponse : Dieu est lumière. Parfait, alors faites en sorte que. Et n'osant opposer à l'abbé que traverser la pierre relève de la magie pure, pour lui complaire et plaire à Dieu ils inventèrent une forme inédite de la beauté. Derrière le surgissement de la beauté il y a une pensée folle.

[...]

Quel pouvoir extraordinaire de donner à voir la vie dans une pierre, de provoquer d'un geste le surgissement de la vie à travers la pierre, comme si la vie en se penchant découvrait son reflet dans l'eau de la rivière. Se voir dans une pierre revient à faire de cette pierre un plan d'eau. La pierre comme miroir ? C'est le pari fou des mains d'or. A celles-là, le groupe médusé accorda toute sa confiance, au point de les envoyer dans les tréfonds mette en images l'idée qu'il se faisait du grand cirque de l'univers. Le spécialiste des phénomènes étranges dut en concevoir une certaine amertume. Fusain ou sceptre, il aura compris que le pouvoir se tient dans la main. Ce qui est déjà une manière de s'affranchir des puissances occultes. Le match est lancé.

[...]

Donc les pierres parlent. Et si on leur confie les secrets les plus essentiels à notre connaissance du monde, c'est qu'elles ne vont pas non plus se répandre et cancaner. Elles ne se livrent pas au premie