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  • Anne

0-Le Fou / Maponos




Étymologie :

  • FOU (OU FOL), FOLLE, adj. et subst.

Étymol. et Hist. I. 1. Ca 1100 fol subst. et adj. « déraisonnable (d'une personne) » (Roland, éd. J. Bédier, 229, 1207) ; début xiie s. « id. (d'une chose) » (St Brendan, éd. E. G. R. Waters, 925 : fole pöur) ; 2. 1580 (Montaigne, Essais, I, 36, éd. A. Thibaudet, p. 264 : (le) fol du Duc de Florence). II. 1275-80 jeux fol (J. de Meun, Rose, éd. F. Lecoy, 6634 : et ros et fols et paonez ; ibid., 6647 et 6684 : fos) ; 1347 (Jean Ferron, trad. de la Moralisatio super ludum scaccorum de Jacques de Cessoles, ms. Dijon, BM 525, fo191 ds Romania t. 77, p. 56 : Des alphins et de leurs offices que aucuns appellent fols) ; 1611 fol (Cotgr.) ; 1613 fou (M. Régnier, Satire XIV, éd. J. Plattard, p. 128). I du lat. class. follis « soufflet pour le feu ; outre gonflée ; ballon ; bourse de cuir » qui a pris à basse époque en emploi adj. le sens de « idiot, sot » (v. TLL s.v., 1018, 12). II fou a remplacé l'a. fr. et m. fr. alfin, aufin (xie-xve s. d'apr. FEW t. 19, p. 48a, s.v. fil), empr., prob. par l'intermédiaire de l'esp. alfil, à l'ar. al fil « l'éléphant », cette pièce ayant été à l'orig. représentée par un éléphant. Le nom de fou vient peut-être d'une comparaison de la position des pièces du jeu d'échec avec celle du fou de cour auprès du roi. (Cf. a. prov. fol, peu après 1276, Tenson de Peire et de Guilhem, vers 45 ds P. Meyer, Les derniers troubadours de la Provence ds Bibl. Éc. Chartes, 6esérie, t. 5, p. 297). V. Devic, Lok., no605, FEW, loc. cit.

  • MAT, adj. inv. et subst. masc.

Étymol. et hist. A. Subst. 1. Ca 1155 mat « coup par lequel le roi est mat » (Wace, Brut, éd. I. Arnold, 10560 [var. ms. xiiies.] : Au geu del mat) ; 2. ca 1224 dire eschec et mat fig. (Gautier de Coinci, Miracles de Nostre-Dame, éd. V. F. Koenig, t. 1, p. 14, 231 [I Pr. 1]); 1316 faire eschec et mat à (Geffroy de Paris, Chron. métrique, 1762 ds T.-L.) ; 1609 avoir un escheq et mat (Régnier, Satire [X], 294, éd. G. Raibaud, p. 144). B. Adj. ca 1195 (Ambroise, Guerre sainte, 6661 ds T.-L. : Et tote l'ëust el feit mate) ; 1176-81 « se dit du joueur dont le roi est mat » ici au fig. (Chrétien de Troyes, Chevalier Lion, éd. M. Roques, 2578 : maz et haves [cf. Z. rom. Philol. t. 5, p. 97]). Tiré de l'expr. échec et mat, empr. à l'ar. as-sāh māt(a) « le roi est mort » (as-, forme assimilée de l'art. déf. al-; sāh « roi, dans le jeu d'échecs », empr. au persan sāh « roi », v. schah ; māta « il est mort »).


Lire également la définition des noms Fou et Mat afin d'amorcer la réflexion symbolique.

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Symbolisme :


Voici la présentation du Tarot du Sepher de Moïse qui met en avant les lames du Livre de Thot :


Lame du nombre 0 - lettre hébraïque Thau - le Fou

Le Nombre Zéro, le Fou, qui, contrairement à l’idée véhiculée habituellement par l’ensemble du Tarot profane, n’est pas le Nombre 22, mais le Nombre 0. Ce Zéro, à l’image du Fou vagabond de la lame du livre de Thoth, a sa place partout en général, et nulle part en particulier ; c’est l’infini Chaos du non manifesté de l’Océan de l’énergie originelle des pensées du Divin Créateur ; le Noun de la cosmogonie de l’ancienne Égypte, dont la première lettre de ce nom le “N” était représentée par un hiéroglyphe formant un trait ondulé symbolisant la vibration originelle... C’est sous cette lettre “N” que le livre pour sortir au jour (habituellement connu sous le nom de livre des morts de l’ancienne Égypte), désigne les épreuves de l’âme-de-vie sous le nom d’Osiris N., cette lettre qui si proche de l’Aleph hébraïque, lettre qui sera attribuée au Bateleur le Un, qui n’est pas le créateur mais le principe de création.

Dans l’Ennéade Héliopolitaine le Zéro est Toum ou Atoum. Le Zéro est donc le médiateur plastique protéiforme duquel tout ce qui sera créé tirera son énergie, comme il est indiqué lors du premier chapitre des Tables de la Loi au premier Jour de la Création. C’est la fin qui précède tout début, car ce qui sera fut, et c’est aussi ce qui terminera la fin d’un cycle qui va de l’Alpha à l’Oméga. Le Zéro est l’infini par excellence, celui qui contient Tout en principes indifférenciés et en simultané dans un Éternel Moment Présent.

Le Nombre Zéro c’est l’inconscient de l’incréé, car comme nous avons eu mainte fois l’occasion de le voir, tout ce qui existe a une conscience d’être, au moins celle des limites de sa propre existence et de la conservation de celle-ci, qui la fera interagir avec son environnement qui se différencie d’elle-même. Cet inconscient sera, dans chaque création, inversement proportionnel au niveau de conscience, ce que nous indique le parcours du Zodiaque sacré du chapitre V. Comme la Raison absolue, ne peut pas être autre chose que la Vérité Absolue, cette Raison absolue n’est donc que l’attribut du Divin Créateur : le Tout ; par voie de conséquence tout ce qui se différencie de Lui, étant par nature perfectible et donc imparfait, sera obligatoirement doté d’une partie plus ou moins grande d’inconscient. Ceci permet de comprendre que le Nombre Zéro est partout sans être spécifiquement limité. Le Nombre Zéro est l’infini duquel provient la naissance d’une manifestation ; comme il sera l’infini qui servira de réceptacle à la fin de cette manifestation ; parcours balisé par l’Alpha et l’Oméga, de A à Z, (l’Azoth des alchimistes), le début sans début pour une fin sans fin. Le Nombre Zéro est ce concept d’indétermination ou d’incertitude si cher à Heinsenberg dans le milieu quantique, et qui fera que la raison (certitude) aura toujours la nécessité d’être confrontée à la foi (incertitude) pour que s’active la perfectibilité qui élargit le champ de conscience par l’analogie de ses contraires. Dans Dogme et rituel de haute magie, Eliphas Levi, parlant de cette lame du livre de Thoth, écrivait :


"Résumons maintenant toute la science par des principes. L’analogie est le dernier mot de la science et le premier mot de la foi.

L’harmonie est dans l’équilibre, et l’équilibre subsiste par l’analogie des contraires. L’unité absolue, c’est la raison suprême et dernière des choses. Or cette raison ne peut être ni une personne ni trois personnes: c’est une raison, et c’est la raison par excellence. Pour créer l’équilibre il faut séparer et unir : séparer par les pôles, unir par le centre. Raisonner sur la foi, c’est détruire la foi; faire du mysticisme en philosophie, c’est attenter à la raison.

La raison et la foi s’excluent mutuellement par leur nature et s’unissent par l’analogie. L’analogie est le seul médiateur possible entre le visible et l’invisible, entre le fini et l’infini. Le dogme est l’hypothèse toujours ascendante d’une équation présumable.

Pour l’ignorant c’est l’hypothèse qui est affirmation absolue, et l’affirmation absolue qui est l’hypothèse.

Il y a dans la science des hypothèses nécessaires, et celui qui cherche à les réaliser agrandit la science sans restreindre la foi: car de l’autre côté de la foi il y a l’infini.

On croit ce qu’on ignore, mais ce que la raison veut qu’on admette. Définir l’objet de la foi et le circonscrire, c’est donc formuler l’inconnu. Les professions de foi sont les formules de l’ignorance et des aspirations de l’homme. Les théorèmes de la science sont les monuments de ses conquêtes.

L’homme qui nie Dieu est aussi fanatique que celui qui le définit avec une prétendue infaillibilité. On définit ordinairement Dieu en disant tout ce qu’il n’est pas."


Nous retrouvons en synthèse poétique, la définition du Nombre Zéro dans le Tao-Tô-King, cette autre Thebah acclimatée à une autre tradition, mais qui se nourrit à la même source : la Sapience Hermétique universelle :

Le Tao est le vide, mais le vide est inépuisable. C’est un abîme vertigineux. Insondable. De lui sont sortis tous ceux qui vivent. Eternellement, il émousse ce qui est aigu, dénoue le fil des existences, fait jaillir la lumière. Du rien, crée toute chose. Sa pureté est indicible. Il n’a pas de commencement. Il est. Nul ne l’a engendré. Il était déjà là quand naquit le maître du ciel.

Chaque Nombre est une abstraction spirituelle qui se manifeste sous la forme d’une vibration qui sera son verbe. Ce verbe spécifique est la Lettre qui en symbolise le son (la nature vibratoire spécifique) et dans laquelle nous retrouvons toutes les subtilités qui caractérisent ce Nombre Puissance. Cette Lettre sera celle, - avec les vingt et une autres, qui constitue la structure symbolique des Tables de la Loi, je veux parler de l’alphabet hébraïque, dont nous avons vu qu’il s’agit des Medou-Neter ou l’écriture hiéroglyphique de l’ancienne Égypte représentés, dans l’alphabet hébraïque, sous une forme cursive mais qui n’en reste pas moins l’expression des Puissances (Nombres) -, qui signent chaque manifestation d’un Nom de pouvoir.

La signification hiéroglyphique de chacune des Lettres de l’alphabet hébraïque fait l’objet d’interprétations multiples plus ou moins heureuses; pour ce qui est de la Thébah du livre de Thoth, le Tarot du Sépher de Moïse, je m’en tiendrai au remarquable travail de reconstitution du sens originel qu’a effectué notre génial Fabre d’Olivet, dans son ouvrage La langue hébraïque restituée, et son chapitre sur le vocabulaire radical ou série des racines hébraïques. Nous avons vu que grâce à cette reconstitution si judicieuse et si éclairée, nous avons pu dégager de sa gangue d’ignorance l’extraordinaire Enseignement des Tables de la Loi du Sépher de Moïse qui n’est en rien comparable à la Genèse Biblique ; il convient donc de conserver la signification de chaque Lettre attribuée à un Nombre, suivant ce sens originel, ce qui permettra d’éclairer l’un par l’autre.

Ainsi, une série de Nombres pourra être traduite en lettre, ce qui nous révélera les Noms de pouvoir qu’elle contient, son Verbe Vivant si utile dans les invocations; et un mot, un Nom pourront inversement se résumer en une suite de Nombres qui révéleront les puissances tutélaires dont ils sont le verbe (vibration) manifesté. Bien qu’il serait trop long de développer les multiples applications de ce qui précède, je signale à toute fin utile, que la meilleure utilisation des lames du livre de Thoth, ne se fait pas, comme le font les tireurs de cartes, ou les diseuses de bonne aventure, en étalant celles-ci sur une table, mais dans la translation du verbe en Nombres et du rapport de ces Nombres entre eux et par paire (analogie des contraires). Pour en comprendre les interactions il suffit de savoir que le verbe qui se manifeste dans le monde successif, a sa correspondance en Nombres dans le monde du simultané de Éternel Moment Présent. L’interprétation des correspondances (similitudes) qu’il y a entre ce verbe et ces Nombres puissance, se fait par analogie des contraires dans le microcosme des manifestations hétérogènes afin de remonter à la source du Macrocosme de Éternel Moment Présent homogène. Chaque Nombre devant être relié à sa ou ses lames correspondantes; lame qui réunit symboliquement les déclinaisons d’un Nombre puissance sur les plans Mental, Zodiacale, Planétaire. En partant d’un verbe, d’un nom, d’un mot, cela permet de pouvoir utiliser plusieurs fois une même lame dans un Nom, un mot une phrase afin d’obtenir un oracle d’une plus grande précision que celui que l’on obtient par le simple étalage des lames lors d’un tirage, avec la limite de ne pouvoir utiliser chaque lame qu’une seule fois dans ce tirage.

Le Nombre Zéro a pour lettre hébraïque le Thau, nom divin Thechinah (gratiosus).


Vocabulaire radical de La langue hébraïque restituée :

Ce caractère appartient, en qualité de consonne, à la touche chuintante. Les anciens Égyptiens, en le consacrant à Thoth dont ils lui donnaient le nom, le regardaient comme le symbole de l’âme universelle. Employé comme signe grammatical dans la langue hébraïque, il est celui de la sympathie et de la réciprocité. Quoiqu’il ne tienne point un rang particulier parmi les articles, il paraît néanmoins trop souvent à la tête des mots, pour qu’on ne doive pas soupçonner qu’il était employé en cette qualité dans l’un des dialectes égyptiens, où sans doute il représentait la relation Aleph-Thau. Son nombre arithmétique est 400.

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Oswald Wirth, auteur du Tarot des imagiers du Moyen-Âge (Éditions Tchou, 1978) propose également son interprétation de l'Arcane qu'il numérote XXII :


L'ordre des arcanes des anciens Tarots est marqué en chiffres romains de I à XXI ; puis vient une dernière composition qui se distingue des autres par l'omission de toute indication numérale. Son rang est le vingt-deuxième, mais sa valeur symbolique équivaut à zéro, car le Fou est le personnage qui ne compte pas, vu son inexistence intellectuelle et morale. Inconscient et irresponsable, il se traîne à travers la vie en être passif, qui ne sait où il va et se laisse mener par les impulsions irraisonnées. Ne s'appartenant pas à lui-même, il est possédé : c'est un aliéné dans toute la force du terme. Son costume est bariolé, pour indiquer les influences multiples et incohérentes constamment subies. Le turban gonflé de lubies, est rouge, vert, blanc et jaune, mais le rouge est orangé, couleur du feu destructeur qui suggère des idées dangereuses. Cette teinte est aussi celle du bâton que le Fou tient de la main droite et dont il s'encombre inutilement, car il ne s'en fait ni une canne en marchant, ni un appui et s'en sert encore moins à la façon de l'Ermite (IX), pour sonder le terrain sur lequel il s'avance. Les yeux perdus dans le vague des nuages, l'insensé poursuit sa route au hasard de ses impulsions, sans se demander où il va.

Illustration Jindra Čapek

De sa main gauche, le Fou maintient sur son épaule droite une courte trique grossièrement équarrie à laquelle pend une besace renfermant son trésor de sottises et d'insanités, que soutient une extravagante idéalité, d'où la couleur bleue du second bâton.

Les chausses jaunes du Fou pendent et découvrent ce qu'elles devraient cacher. Cette inconvenante exhibition fait songer à ce qui advint à Moïse désireux de contempler Javeh face à face. Comme l'ineffable nous échappe, l'indiscret dut se contenter du spectacle de la création, qui correspond à l'envers de la divinité. Nous devons être assez raisonnables pour ne pas sortir du domaine limité de la raison. L'Infini n'est pas de notre compétence, et quand nous essayons de l'aborder, fatalement nous déraisonnons. Gardons-nous donc de suivre le Fou, qui, mordu au mollet gauche par un lynx blanc, est contraint de marcher sans s'arrêter, car la course de ce Juif errant est sans but ni objectif. Elle se poursuit indéfiniment en pure perte.

Le lynx, dont la vue est perçante, chasse l'inconscient vers un obélisque renversé, derrière lequel guette un crocodile, prêt à dévorer ce qui doit retourner au chaos, c'est-à-dire à la substance primordiale dont est issu le monde coordonné. Symbole de lucidité consciente et du remords qui s'attache aux fautes commises, le lynx retiendrait un être capable de discernement ; mais, loin d'arrêter le Fou, la morsure hâte son acheminement vers son inéluctable destinée.

Il n'est cependant pas dit que l'insensé ne puisse recouvrer son bon sens, car une tulipe d'un rouge pourpre, suggestif de spiritualité agissante, penche à ses pieds une corolle qui n'est pas fanée. Si cette fleur n'est pas morte, c'est que l'esprit n'abandonne pas entièrement les irresponsables, qui sont des innocents. Le Fou porte en outre une précieuse ceinture d'or, qui jure avec la misère de son accoutrement.

Cette ceinture se compose de plaques, sans doute au nombre de douze, par analogie avec le zodiaque, car elle encercle le corps d'un personnage cosmogonique d'extrême importance. Le Fou représente, en effet, tout ce qui est au-delà du domaine intelligible, donc l'Infini extérieur au fini, l'absolu enveloppant le relatif. Il est Apsou, l'abîme sans fond, l'ancêtre des dieux, que ceux-ci reléguèrent hors du Monde, lorsqu'ils résolurent de se créer un empire. Car Apsou se complaisait dans son infinité, s'y étalait avec délices et refusait d'en sortir. Il n'eût jamais créé quoi que ce fût, si son union avec la substance primordiale non différenciée ne l'avait rendu père inconsciemment du premier couple divin. Ces premiers nés, se tenant l'un l'autre, se mirent à danser en rond, autrement dit à évoluer circulairement dans l'éther en y déterminant le mouvement générateur de toutes choses. Mais abstenons-nous de tout anthropomorphisme pour nous figurer le fils et la fille d'Apsou, car leur forme nuageuse se rattache à celle des ophidiens1 , et sans doute plus spécialement à celle de l'Ouroboros, le serpent qui se mord la queue, auquel la ceinture du Fou fait fort vraisemblablement allusion. Le cercle formé par la ceinture peut d'ailleurs se rapporter plus simplement à l'Alun des Alchimistes, dont le signe est un zéro exactement circulaire. Or, l'Alun est le sel principe des autres sels, en d'autres termes le substratum immatériel de toute matérialité. C'est le prétendu néant qui remplit le vide primordial dont tout provient, substance passive que personnifie le Fou.

Cet insensé met en garde contre la divagation qui guette l'esprit dès qu'il prétend dépasser les limites du Réel, dont I et XXI, Aleph et Tau, marquent le commencement et la fin. L'arcane privé de nombre se rapporte à ce qui ne compte pas, au fantôme irréel que nous évoquons sous le nom de Néant, par opposition au Tout-Un, en dehors duquel aucune existence n'est concevable. Le sage ne saurait être dupe des mots ; loin d'objectiver extérieurement la négation verbale de l'Être, il cherche le Fou en lui-même, en prenant conscience du vide de l'étroite personnalité humaine, qui tient tant de place dans nos pauvres préoccupations. Apprenons que nous ne sommes rien et le Tarot nous aura confié son dernier secret !

La constellation qui répond le mieux au symbolisme du dernier arcane du Tarot est celle de Céphée, roi d'Ethiopie, mari de Cassiopée (arcane II, la Papesse) et père d'Andromède, la jeune fille nue de l'arcane XVII. Ce monarque africain est noir, couleur que nous donnons au Fou bien que les imagiers n'aient pas songé à en faire un nègre, pas plus qu'ils n'ont noirci la Papesse, gardienne des ténèbres qui planent sur l'abîme où se perd l'intelligence. Fille d'un père noir et d'une mère qui, à la rigueur, pourrait être blanche, l'Andromède de l'arcane XVII devrait être pour le moins brune et non blonde. Mais les rapprochements astronomiques, qui nous sont faciles, n'étaient guère à la portée des auteurs du Tarot, dont l'œuvre est restée perfectible sur certains points. Dans la sphère céleste, Céphée pose les pieds sur l'extrémité de la queue et l'arrière-train de la Petite Ourse, qui ne saurait ainsi le mordre, à l'encontre du lynx acharné sur le mollet du Fou.


Interprétations divinatoires

Parabrahm, Apsou, l'abîme sans fond, l'Absolu, l'Infini, Ensoph. Ce qui dépasse notre compréhension. L'Irrationnel, l'absurde. Le vide, le Néant, la Nuit cosmogonique. La substance primordiale. Désintégration, anéantissement spirituel. Nirvana.

Passivité, impulsivité, abandon aux instincts aveugles, aux appétits et aux passions. Irresponsabilité, aliénation, folie. Inaptitude à se diriger, incapacité de résister aux influences subies. Médiumnité, sujétion, perte du libre-arbitre. Esclavage.

Nullité. Jouet des forces occultes. Déséquilibré influençable. Sujet hypnotique. Instrument d'autrui. Inconscience. Profane non initiable. Aveugle entraîné à sa perte. Insensé s'abandonnant à ses lubies. Insensibilité, indifférence, nonchalance. Incapacité de reconnaître ses torts et d'en éprouver du remords

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Marie-Claire a la gentillesse de partager avec nous son travail de condensation par extraits choisis des Méditations sur les 22 Arcanes Majeures du Tarot d'un auteur qui a préféré garder l'anonymat (Éditions aubier, 1980, 1984) :

Le Mat ou Le Fou (Le Fol)

« Que nul ne s’abuse lui-même : si quelqu’un parmi vous pense être sage selon ce siècle, qu’il devienne fou, afin de devenir sage. Car la sagesse de ce monde est une folie devant Dieu ». (Saint Paul, I Corinthiens III, 18,19). L’Arcane « Le Mat ou le Fou » qui porte deux noms mais aucun nombre correspond au 0 dans le Tarot de Marseille tandis que l’Arcane « Le Monde » correspond au XXI.

La raison principale pour laquelle nous plaçons la méditation sur l’Arcane « Le Mat ou Le Fou » après l’Arcane XX et avant l’Arcane XXI est que la méditation sur l’Arcane « Le Mat » ne peut pas conclure la série des méditations sur les Arcanes majeurs du Tarot. Paul Marteau dans son livre le Tarot de Marseille écrit ; « Cette lame n’est précisée par aucun nombre car il aurait fallu mettre « 0 » ou « XXII ». Elle ne peut être « 0 » sans quoi le Mat représenterait l’indéfini universel alors qu’il est mobile et symbolise un passage dans l’évolution. Elle ne peut, d’autre part, être caractérisée par le chiffre « XXII » c'est-à-dire par deux passivités impliquant une inaction contraire à l’allure du personnage représenté ». De plus, un groupe d’ésotéristes de Saint-Pétersbourg qui avait médité sur les 22 lettres de l’alphabet hébraïque à la lumière des 22 Arcanes du Tarot, est parvenu à la conclusion que chaque lettre hébraïque correspondait à un Arcane Majeur. La vingt-et-unième lettre de l’alphabet, la lettre « Shin », a été attribuée à l’Arcane « Le Mat » dont le nom ésotérique est l’Amour.

La Lame représente un homme en habit de bouffon qui chemine en s’appuyant sur un bourdon et porte une besace pendue à un bâton qu’il maintient sur son épaule droite. Tout en marchant, il est attaqué par un chien qui déchire ses chausses. Il porte un bonnet jaune surmonté d’un gland rouge, une collerette bleue avec des pointes se terminant en grelots, des chausses bleues et des chaussons rouges. Son veston est rouge avec des bras bleus sortant de manches jaunes. C’est le vêtement du bouffon ou du fou médiéval traditionnel. Le Fou marche vers la droite, il tient le bourdon avec sa main droite et sa tête est tournée de trois quarts à droite. C’est le Fou du Bien, non pas du Mal, ce qui est évident du fait qu’il ne se défend pas du chien qu’il pourrait chasser avec son bâton.

Le Fou du Bien... Il suffit de se dire ces mots pour évoquer la figure pâle et maigre de Don Guichotte de la Mancha, le chevalier errant qui faisait rire tout le monde et qui mérita, durant sa vie, l’épithète « El Loco » et, après sa mort « El Bueno »... Cervantes a dépeint Don Guichotte comme un chevalier errant et les imagiers du Moyen-Age comme « le Mat ou le Fou » du Tarot. Les Arcanes du Tarot sont plus que des symboles et même que des exercices spirituels ; ils sont des entités magiques, des archétypes actifs initiateurs. Outre Don Guichotte, Orphée, le Juif errant, Don Juan, Tijl Ulenspiegel, Hamlet et Faust hantent l’imaginaire du monde occidental.

Orphée est présent partout et toujours là où l’amour d’une âme arrachée par la mort aspire à la retrouver et à la rencontrer au-delà du seuil de la mort... Le Juif errant, ou Ahasvérus, représente le principe et la magie aspirant à la coagulation du corps éthérique au point qu’il devienne « pierre » trop dure pour la faux de la Mort... Don Juan évoque la magie d’Eros et préside aux mystères d’Eros. C’est ainsi qu’il est devenu l’Amoureux, l’archétype de l’amour pour l’amour... Tijl Ulenspiegel est l’archétype de l’anarchisme révolutionnaire qui n’a ni foi ni loi parce qu’il a été désenchanté par les autorités humaines qui imposent leurs lois... Esprit railleur qui renverse les temples et les autels de l’humanité en les faisant s’écrouler au moyen de sa baguette magique : le ridicule.

Hamlet est l’archétype même de l’existentialisme, du désespoir de la personnalité. Tout doute, tout désespoir se résume par la fameuse question : « Être ou ne pas être ». Hamlet symbolise cette épreuve dont l’enjeu est l’acte de foi ou le désespoir et la folie... Faust est la synthèse des folies et des sagesses des six archétypes dont nous venons de parler mais il représente un archétype éternel : « Le Job éternel ». Job a démontré que la douleur que le monde peut infliger est incapable d’arracher l’âme humaine à Dieu. Faust a démontré que la joie que le monde peut offrir en est tout aussi incapable. L’épreuve de notre époque est l’épreuve de Faust, l’épreuve des désirs satisfaits...

Le prototype humain de Faust est préfiguré dans l’antiquité par Cyprien le Mage qui renonça à la sagesse de ce monde pour s’adonner à la sagesse de l’Amour divin qui est folie aux yeux de ce monde. En d’autres termes, Cyprien, l’évêque et le martyr, mit dans une besace la baguette, la coupe, l’épée et le pentacle magiques de Cyprien le mage, la posa sur l’épaule et se mit en route en bouffon ridicule aux yeux du monde. Voici « le Mat » devaient dire ses co-initiés grecs, égyptiens et chaldéens, voici «l e Fou » disaient les gens instruits de la société de son temps. A leurs yeux, il avait tourné le dos au principe même de la culture et de la civilisation humaines c'est-à-dire à l’intellect. Cyprien surpassa la volonté arbitraire et se voua à la science supérieure, à la science divine c'est-à-dire à la science de l’Amour divin. Le pas qu’il a franchi, c’est « le Mat ou le Fou » du Tarot.

L’Arcane « le Mat » ou « le Fou » enseigne le savoir-faire qui permet le passage de l’intellectualité, mue par le désir de savoir, à la connaissance supérieure due à l’amour. Il se rapporte à la transformation de la conscience du soi en conscience du soi spirituel où le moi n’est plus l’auteur de l’acte de connaissance mais accueille désormais la connaissance en se soumettant à la loi de la pauvreté, de l’obéissance et de la chasteté. Or l’Arcane enseigne d’un côté la liberté de la conscience transcendante élevée au-dessus des choses de ce monde et, d’autre part, il présente clairement un avertissement très impressionnant du péril que cette élévation comporte ; le ridicule et la folie ! L’intellect peut être sacrifié de deux manières différents : il peut être mis au service de la conscience transcendante comme il peut simplement être abandonné.

Chez Saint Jean de la Croix, l’intellect fut absorbé par la présence divine avant de redevenir encore plus actif après qu’il ressortit de la plongée dans la lumière absolue dont la clarté parait le plonger dans les ténèbres. Cette plongée dans les ténèbres de la lumière absolue avait un effet profond sur l’intellect : celui-ci en sortait doué de tendances nouvelles au contact d’en-haut. Chaque extase de Saint Jean de la Croix fut donc une initiation càd l’empreinte absolue de la vérité absolue divine dans la volonté du penser qui produit les pensées conscientes. Dans le dépassement de l’intellect se présente le choix entre la décision de remplacer l’intellect par le souffle d’en-haut et la décision de placer l’intellect au service actif de ce souffle, qu’il produise ou non des extases. Dépasser l’intellect, c’est donc le rendre suractif tandis que se passer de l’intellect, c’est le réduire à la passivité complète.

L’Arcane XXI est celui de la méthode que l’Hermétisme utilise pour sacrifier l’intellect à la spiritualité, de manière à ce qu’il croisse et se développe, au lieu de s’affaiblir et de s’atrophier. C’est l’arcane du mariage des opposés, à savoir de l’intellectualité discursive et de la spiritualité illuminatrice ou, en d’autres termes, de l’œuvre alchimique de l’union de la sagesse humaine, qui est folie aux yeux de Dieu, avec la sagesse divine, qui est folie aux yeux des hommes, de telle manière qu’il n’en résulte pas une double folie mais une seule sagesse qui comprend aussi bien ce qui est en haut que ce qui est en bas.

L’histoire spirituelle de l’humanité est constituée par les différentes étapes franchies dans l’accomplissement de l’union de la révélation et de la connaissance, de la sagesse divine et de la sagesse humaine : L’opposition pure et simple telle que la constate St Paul : « Si quelqu’un parmi vous pense être sage selon ce siècle, qu’il devienne fou , afin de devenir sage. Car la sagesse de ce monde est une folie devant Dieu » ; le parallélisme, admis et toléré, qui est une sorte de coexistence pacifique des domaines spirituel et intellectuel ; la coopération entre la spiritualité et l’intellectualité à l’image de la sagesse des Grecs qui deviendra une alliée de la révélation mais qui ne voyait du temps de Saint Paul « qu’une folie dans la prédication du Christ crucifié ».

La pierre philosophale de l’alchimie spirituelle est décrite dans la Table d’Emeraude : « Le soleil en est le père, la lune en est la mère, le vent l’a portée dans son ventre, la terre est sa nourrice ; le père de tout, le Thélème de tout le monde est ici, sa force est entière si elle est convertie en terre... Il monte de la terre et il reçoit la force des choses supérieures et inférieures ». Cela veut dire que les procédés de l’induction (qui monte de la terre au ciel) et de la déduction (qui descend en terre), de la prière (qui monte de la terre au ciel) et de la révélation (qui descend en terre) de l’effort humain et de l’action de la grâce d’en haut, s’unissent pour devenir un cercle entier qui se resserre et se concentre jusqu’à devenir un point où la montée et la descente sont simultanées et coïncident. Ce point là, c’est la pierre philosophale ou le principe du mystère de l’union de l’humain et du divin, de l’humanisme et du prophétisme, de l’intelligence et de la révélation, de l’intellectualité et de la spiritualité.

L’Esprit souffle où il veut, mais la tâche de la Tradition est de maintenir l’ancien idéal du «Thélème de tout le monde qui monte de la terre au ciel et derechef descend en terre et reçoit la force des choses supérieures et inférieures » et d’être le gardien du grand œuvre spirituel. Être gardien signifie d’abord l’étude et l’application pratique de l’héritage du passé puis l’effort créateur continu tendant à l’avancement de l’œuvre. Le grand œuvre spirituel s’opère sous l’action simultanée de deux sources opposées ; l’action de la révélation continue d’en haut et l’effort de la conscience humaine d’en bas. Il y a donc un climat d’attente dans le monde, d’une attente soutenue, méditée et intensifiée au cours des siècles. Cette réalisation là est l’accomplissement historique du grand œuvre de l’union de la spiritualité et de l’intellectualité, de la révélation et de l’humanisme à l’échelle de l’humanité entière.

Les Avatars et les Imans représentent des personnalités qui sont des points culminants de la révélation d’en haut tandis que les Bouddhas représentent l’éveil de la conscience humaine, le mot « bouddha » signifiant l’éveillé tandis que celui de « avatara » signifie descente c'est-à-dire « la descente du divin au-dessous de la ligne qui sépare le Divin du monde humain ou de la condition humaine ». (La Bhagavad-Gita). Si les Avatars sont des descentes du Divin, les Bouddhas sont des points culminants des étapes de l’humanisme en voie d’évolution. Les Saints correspondent aux Avatars en ce qu’ils représentent la révélation de la Grâce divine en eux et par eux et les Justes correspondent aux Bouddhas en ce qu’ils mettent en évidence les fruits de l’effort humain. Les Justes démontrent ce que vaut la nature humaine lorsque son essence même s’éveille et se réveille. Ils rendent témoignages du fait que l’essence de la nature humaine est à l’image et à la ressemblance de Dieu.

De même qu’il y a deux amours - l’amour de Dieu et l’amour du prochain - qui sont inséparables, de même il y a deux sortes de foi - la foi en Dieu et la foi en l’homme - qui sont inséparables. Les saints et les martyrs rétablissent et renforcent la foi en Dieu et les justes rétablissent et renforcent la foi en l’homme. Et c’est la foi en Jésus-Christ, en l’Homme-Dieu, qui unit la foi en Dieu et la foi en l’homme, de même que l’amour de Jésus-Christ unit l’amour de Dieu et l’amour du prochain. En Jésus-Christ, nous avons l’union parfaite de la Révélation divine et de l’humanisme le plus pur. Il est la révélation que Dieu est amour et il est le témoignage du fait que l’essence de la nature humaine est amour. Peut-on concevoir, peut-on imaginer quelque chose qui soit à la fois plus divin et plus humain que l’Amour ?

Les Avatars sont des incarnations du Divin ; ils sont chaque fois des portes et des voies, des Fils de Dieu et des fils de l’Homme qui sont un avec leur Père. « Chacun des Avatars présente aux hommes son propre exemple et se déclare la voie et la porte ; il déclare également l’identité de son être humain avec l’être divin... que le Fils de l’Homme et le Père qui est aux cieux et de qui il est issu, sont un ».(Sri Aurobindo). Jésus-Christ n’est pas seulement de naissance divine, il est aussi - et surtout - la mort divine c'est-à-dire la résurrection : ce qui n’est le cas d’aucun Avatar. L’œuvre de Jésus-Christ diffère de celle des Avatars en ce qu’elle signifie le sacrifice expiatoire pour la transformation de l’humanité déchue, l’idéal chrétien étant « la nouvelle terre et le nouveau ciel » (Apocalypse XXI, 1) tandis que la mission des Avatars est la « libération des bons » de ce monde déchu sans aucune tentative pour le transformer.

Après Jésus-Christ, l’œuvre de la fusion de la spiritualité et de l’intellectualité ne peut être rien d’autre que la germination de la graine christique dans la conscience et la nature humaines. Le nouvel Avatar fera faire un pas en avant à l’évolution spirituelle de l’humanité et ce ne sera rien d’autre que l’union complète de l’humanisme le plus élevé - le principe des bouddhas - et de la révélation la plus haute - le principe des avatars - de sorte qu’aussi bien le monde spirituel et le monde humain parleront et agiront en lui. En d’autres termes, cet Avatar à venir ne parlera pas seulement du bien, il parlera le Bien ; il n’expliquera pas seulement le sens de la Révélation mais il fera parvenir les hommes à l’expérience illuminatrice de la Révélation, de sorte que ce ne sera pas lui qui gagnera en autorité mais Celui « qui est la Lumière qui éclaire tout homme venant au monde ».

Ignace de Loyola préfigure en grande partie la fusion de la spiritualité et de l’intellectualité, de la prière et de la méditation. Il a commencé comme un fou d’esprit et a abouti à la sagesse de l’équilibre parfait entre le monde des révélations et le monde des actions humaines. Il a appris et vécu au grand jour la leçon de l’Arcane « le Mat ou le Fou» qui est l’Arcane de l’expérience de l’homme placé en intermédiaire entre le monde divin et le monde humain, l’Arcane du franchissement du seuil entre ces deux mondes dans deux directions - d’en bas en haut ( tel fut le cas de Cyprien) et du retour (tel fut le cas de St Ignace de Loyola)-. Cet Arcane est l’Arcane où l’on voit la folie, la schizophrénie, la double conscience désaccordée, se transformer en Sagesse.

L’âme individuelle, à l’image de l’histoire spirituelle de l’humanité, commence par vivre l’expérience de la séparation et de l’opposition des éléments spirituels et intellectuels, puis elle s’avance vers le parallélisme, ou se résigne à une sorte de co-existence pacifique de ces deux éléments. Ensuite, elle parvient à la coopération de la spiritualité et de l’intellectualité, pour aboutir enfin à la fusion complète de ces deux éléments en un troisième élément ; la pierre philosophale de l’alchimie spirituelle. La Logique morale parvient au postulat selon lequel Dieu est «la valeur des valeurs», qu’il est Amour puisque c’est l’Amour qui est la source, la cause et la motivation de la création du monde visible et invisible. L’Etre est un don, pas un prêt temporaire, et le Père ne reprend pas ce qu’il a donné ; les êtres créés par le Père sont donc immortels. En Logique morale, l’immortalité est une conclusion nécessaire à l’idée que Dieu est Amour.

La Logique morale est la logique de la tête et du cœur réunis c'est-à-dire de la prière et de la méditation réunis. La prière - qui demande, remercie, adore et bénit - est le rayonnement, le souffle et la chaleur du cœur éveillé. Elle a différents aspects ; l’aspect magique lorsqu’elle s’exprime en formules articulées, l’aspect gnostique lorsqu’elle devient soupir intérieur indicible de l’âme et l’aspect mystique lorsqu’elle entre dans le silence de l’union avec Dieu. Même une prière rapidement prononcée a un effet magique parce que la somme de l’ardeur mise dans cette formule par les croyants, les saints et les anges au fil des siècles est évoquée par le seul fait de la prononciation de la formule de la prière. Toute formule de prière a une vertu magique puisqu’elle est collective ; les voix de tous ceux qui l’ont prononcée sont évoquées et se joignent à la voix de celui qui la prononce avec une intention sérieuse. Loin d’user une formule de prière, l’usage en augmente la vertu.

C’est pourquoi la prière s’adresse non pas à « mon Père qui êtes aux cieux... » mais bien à « notre Père qui êtes aux cieux... »... Quelle que soit l’intention particulière de celui qui récite l’oraison dominicale, c’est au nom de l’humanité entière qu’il prie. Quant à la prière en soupirs intérieurs indicibles, elle est la transformation de la respiration psycho-physique en prière. Ce genre de prière a une vertu plus que magique : elle transforme l’homme en un miroir du monde spirituel et divin. Quant à la prière mystique c'est-à-dire l’état de l’âme humaine unie au divin où elle respire dans et par le souffle de la seule respiration divine, elle est le silence profond de toutes les facultés de l’âme, la consommation de l’amour entre l’âme et Dieu. De même que la prière aboutit à l’union mystique de l’âme avec le divin, de même la méditation aboutit à une connaissance directe des principes éternels et immuables.

La méditation est le moyen de réveiller davantage la conscience vis-à-vis de la réalité de la condition humaine terrestre et spirituelle et des révélations d’en haut. La Logique morale se développe en contemplation des choses qui dépassent l’entendement c'est-à-dire des mystères inconnaissables se prêtent à une connaissance infinie que l’on peut comprendre et connaître toujours plus profondément. La méditation devient alors prière de même que la prière qui atteint l’état de la contemplation devient méditation. Et c’est le mariage alchimique de la prière et de la méditation, du soleil et de la lune du ciel intérieur de l’âme, qui s’opère dans l’âme de l’homme qui est entrain de réaliser l’Arcane « Le Mat » - l’Arcane de l’union de la révélation d’en haut et de la sagesse humaine en évitant la folie - l’Arcane de la formation de la pierre philosophique où se trouve concentrée la double certitude de la révélation d’en haut et de la connaissance humaine. L’Arcane dont le nom ésotérique est « l’Amour » !

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Alexandro Jodorowsky, dans La Voie du Tarot (Éditions Albin Michel, 2004) nous propose son interprétation personnelle du Mat :


« Sais-tu qu’à chaque instant une mutation de conscience est possible, que tu peux soudainement changer la perception que tu as de toi ? On s’imagine parfois qu’agir, c’est triompher sur l’autre. Quelle erreur ! Si tu veux agir dans le monde, il faut que tu fasses éclater cette perception du moi imposée, incrustée depuis l’enfance, qui refuse de changer. Elargis tes limites, sans fin, sans relâche. Entre en transe. »

« Laisse-toi posséder par un esprit plus puissant que le tien, une énergie impersonnelle. Il ne s’agit pas de perdre conscience, mais de laisser parler la folie originelle, sacrée, qui est déjà en toi. »

« Cesse d’être ton propre témoin, cesse de t’observer, sois acteur à l’état pur, une entité en action. Ta mémoire cessera d’enregistrer les faits, les actes, les paroles accomplis. Tu perdras la notion du temps. Jusqu’ici tu vivais sur l’île de la raison, négligeant les autres forces vivantes, les autres énergies. Le paysage s’élargit. Unis-toi à l’océan de l’Inconscient. »

« Tu connais alors un état de supraconscience où il n’y a ni acte manqué, ni accident. Tu n’as pas la conception de l’espace, tu deviens l’espace. Tu n’as pas la conception du temps : tu es le phénomène qui arrive. Dans cet état de présence extrême, chaque geste, chaque action sont parfaits. Tu ne peux pas te tromper, il n’y a ni plan ni intention. Il n’y a que l’action pure dans l’éternel présent. »

« N’aie plus peur de libérer l’instinct, si primitif soit-il. Dépasser le rationnel ne signifie pas nier la force mentale ; sois ouvert à la poésie de l’intuition, aux fulgurances de la télépathie, à des voix qui ne t’appartiennent pas, à une parole venue d’autres dimensions. Vois-les s’unir à l’étendue infinie de tes sentiments, à l’inépuisable force créatrice que te confère l’énergie sexuelle. Vis ton corps non plus comme un concept du passé, mais comme la réalité subjective vibrante du présent. Tu verras que ton corps cesse d’être commandé par les conceptions rationnelles et se laisse mouvoir par des forces qui appartiennent à d’autres dimensions, par la totalité de la réalité. Un animal en cage a des mouvements comparables à la perception rationnelle. Le mouvement en liberté d’un animal dans la forêt est comparable à la transe. L’animal en cage doit être nourri à des heures fixes. Le rationnel doit recevoir, pour agir, des mots. L’animal sauvage se nourrit lui-même et ne se trompe jamais de nourriture. L’être en transe n’agit pas mû par ce qu’il a appris, mais par ce qu’il est. »

 

Sur le site de Philippe Camoin, on peut trouver un petit fascicule intitulé Le Tarot de Marseille restauré ou "L'Art du Tarot" par Alexandro Jodorowsky qui propose une liste de mots clefs impressionnante, fondée sur les propositions de multiples chercheurs :


LE MAT

Dieu ; Énergie originelle ; Illumination ; Sainteté ; Liberté ; Folie ; Illusion ; Sottise ; Urgence sexuelle ; Dissociation ; Créativité ; Musicalité ; Ingénuité ; Foi ; Fanatisme ; Bestialité ; Sagesse ; Pauvreté ; Chaos ; Richesse spirituelle ; Expiation ; Obstination ; Matérialité ; Extravagance ; Irresponsabilité ; Pureté ; Fuite ; Seuil d'une nouvelle voie ; Non-Fixité ; Croire avancer mais faire du sur place ; Irrationnel ; Esprit en quête d'expérience ; Esprit ne cherchant plus ; Union avec le divin ; Retour à la source ; Absence de finalité ; Incréé ; Qui a perdu son libre-arbitre ; Porteur de traditions ; Athée ; Originalité ; Audace ; Esprit saint ; Pouvoir de la divination ; Inespéré ; Homme en marche vers son évolution ; Insécurité ; Anarchie ; Désir ; Dimension infinie ; Centre ; Intoxication ; Délire ; Négligence ; Apathie ; Relation ; Esprit juvénile en quête d'expériences sexuelles ; Orphelin ; Émigrant ; Érection ; Érotomanie ; Messie ; Renoncement au monde ; Orgueil ; Antagonisme des choses spirituelles ; Ivresse ; Inattention ; Doute ; Abîme sans fond ; Absurde ; Néant ; Substance primordiale ; Désintégration ; Béatitude ; Incapacité de reconnaître ses erreurs ; Bonheur ; Bénédiction ; Assortir avec facilité ; Vigueur ; Fécondité animique ; Pouvoir sur les infirmités mentales et nerveuses ; Neurasthénie ; Dispersion dans ses actes ; Disputes violentes ; Amour de la nature ; Fin d'un voyage ; Dominé ; Nomade ; Excès ; Avancer à l'aveuglette ; Abondance ; Choix ; Opportunité ; Dons non encore utilisés ; Amoralité ; Peur de l'avenir ; Idéaliste ; Aspiration à la lumière et à la vie éternelle ; Réceptacle des pensées ; Mots et actes ; Mouvement sensible ; Pas purs ; Hypnotisme ; Commencement d'un nouveau cycle ; Tempête ; Idée géniale ; Début et fin ; Naissance ; Recherche de la mère ; Élève ; Recherche de la vérité. ; Catastrophes et cataclysmes ; Erreurs et dangers ; Accidents ; Perversions et Vices ; Oublis ; Mauvaise foi ; Trahisons ; Méfiance ; Multiplication ; Intelligence suprême ; Indifférence ; Penser être meilleur que l'on est ; Projet bâti sur du sable ; Retard ; Avancer vers le développement de toutes les possibilités humaines ; Lourde hérédité ; Prophète.

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Alain Bocher, dans son livre intitulé Le Tarot, mode d'emploi (Éditions Trajectoire, 2009) nous livre son expérience et sa compréhension du Tarot de Nicolas Convert, fruits de multiples années de recherches :


0 — LE MAT

On commence fort ! Mais que signifie donc ce nom ? D’aucuns disent qu’il nous vient de l’Italie, d’autres d’Andalousie, dans un Tarot que l’on dit bien français ! Bizarre, bizarre… Et bien peu probable.


Une lame sans son ombre

Un homme, qui nous paraît être un pauvre hère, marche dans un paysage fait de mouvances d’eau ou de nuages, ce qui revient au même. L’eau semble légère, et peut-être même sont-ce des vapeurs que nous voyons ici, comme celles qui s’élèvent parfois au-dessus des étangs. Nous voyons d’ailleurs des feuilles percer ces vapeurs. Vingt et une au total, comme les vingt et une autres Lames composant les Arcanes Majeurs. Bonhomme étrange dans un étrange marécage. Il marche sur les eaux, tel un Grand Initié que nous avons eu l’occasion de rencontrer au cours de nos lectures. Il est suivi d’un animal qui lui lacère les braies ! Est-ce un chien, ou bien un chat, sauvage peut-être, à moins que ce ne soit un lynx ? Pour nous, il peut s’agir peut-être d’un serval, nous verrons plus loin pourquoi. Mais l’on peut se demander pourquoi un serval passerait son temps à déchirer les braies d’un pauvre hère ! Cela n’a rien de logique, apparemment. Suivons-le, nous aurons peut-être une explication. Nous verrons à l’observation qu’il ne déchire aucunement ces braies, mais qu’il pousse joyeusement son compagnon afin de le faire avancer.

Et il a un bien drôle de chapeau notre chemineau ! On dirait le bonnet d’un FOU, mais nous voyons tout de suite qu’il n’a que deux flammes. Et encore ! Nous n’en voyons qu’une seule. L’autre est invisible tant cet homme est grand, pour ne pas dire gigantesque ! Sa taille ne lui permet pas d’être contenu tout entier dans les limites de la Lame. Nous voyons bien ses pieds qui frôlent le bord inférieur, alors que le bord supérieur coupe son bonnet. C’est un géant, il ne faut pas en douter. Il n’est pas le seul dans le Tarot de Marseille. Nous en aurons d’ailleurs souvent la preuve. Le MAT est donc un fils de la Terre, fils de Gaïa, et l’on peut se demander ce qu’il fait à marcher ainsi sur les eaux, à moins, bien sûr, qu’il ne soit un grand Initié, comme le Christ, ce que l’on pouvait supposer dès notre premier contact. Nous ne connaissons plus les géants, nous ne les avons jamais rencontrés, mais nous en connaissons cependant l’existence passée par les légendes, les contes et les mythologies, et surtout par la Bible qui en fait mention dans la Genèse :

En ces jours, les Géants étaient sur la terre et ils y étaient encore lorsque les fils de Dieu vinrent trouver les filles des hommes et eurent d’elles des enfants. Ce sont les héros d’autrefois, ces hommes de renom.

Ces Géants ont bel et bien existé et nous en rencontrerons beaucoup dans le Tarot de Marseille. Mais n’anticipons pas et faisons connaissance de celui que l’on nomme Le MAT. Son visage est doux et son regard semble perdu dans les étoiles. Serait-il à la recherche de ses ancêtres, les dieux qui vinrent de si loin pour peupler la Terre ? Est-il, en tant que Géant, un fils d’Atlas ? Est-il un Atlante, alors ? Et le Tarot de Marseille nous vient-il des Atlantes ? Tout est possible ! Nous ne le saurons peut-être jamais, mais il est facile de l’imaginer, et cette idée nous aidera à comprendre cette Lame. Le MAT a dans sa besace, entre autres, l’héritage des Anciens. C’est un Initié. C’est-à-dire qu’il est sur le Chemin, sur la Voie Sacrée où il rencontrera tous les personnages du Tarot afin de se rencontrer, de se comprendre lui-même, de se connaître.


Porteur, s’il vous plaît !

Nous savons tous qu’Atlas portait le monde sur ses épaules. Nous connaissons saint Christophe qui porte l’Enfant-Dieu sur ses épaules pour lui faire passer le fleuve et qui, malgré son immense taille, arrive avec peine sur l’autre rive où il dépose enfin l’enfant « chargé de tout le poids des péchés du monde ». Nous connaissons aussi le dieu Maat ou Anubis, le Dieu-chien qui pèse les âmes des défunts pour connaître le poids de leurs péchés. Nous retrouvons toujours ce thème du passage initiatique du fleuve oubli, qu’il se nomme Styx ou Léthé, ou qu’il soit seulement les eaux baptismales des chrétiens. Le MAT est certainement l’un des avatars du Grand Passeur. Il est courant, dans la religion catholique orthodoxe, de rencontrer saint Christophe affublé d’une tête de chien (musée de Moscou); dans certaines religions le chien est psychopompe, (comme chez les Aztèques ou les Toltèques), nous montrant ainsi la pérennité et l’universalité des symboles et nous faisant comprendre que le « Bon Géant » est bien le Passeur du fleuve de la Vie et de la Mort.

Ici aussi, dans cette Lame sans Nombre, le Passeur —ne marche-t-il pas sur les eaux— est affublé d’un chien (il peut être tout aussi bien chien que chat). Nous pouvons donc mettre notre MAT au Panthéon des « Christotophores ». Son bâton posé sur l’épaule n’est peut-être bien que le fléau d’une balance romaine et nous pouvons alors penser que lui aussi va peser les âmes. Ce qui le met au rang des Initiés, ceux qui se connaissent bien et connaissent par là même, et l’Homme, et l’Univers. Le MAT, que l’on nomme parfois le FOU, dans certains Tarots, n’est pas fou. Il n’est point fol! Il est le fou pour reprendre sagement les Sages qui agissent follement, comme le dit William Shakespeare dans « la Nuit des Rois ». Il est le fou de quelque roi qui, peut-être, serait nous-même. Avez-vous remarqué la façon dont il tient la perche / cuiller qu’il porte à l’épaule ? C’est assez curieux, car totalement anti-ergonomique. Ce bâton est posé sur ses deux épaules, mais il le tient de ma main gauche déportée vers la droite. De quoi fatiguer! Il semble que l’on doit prendre cette contorsion en compte. À votre réflexion…

Depuis le début de ce chapitre, nous nommons notre homme indifféremment MAT ou FOU et nous allons voir que ces deux mots ont des points communs. Le radical ma indique l’existence de l’âme. C’est la racine de la pensée animique, alors que mi est celle de la pensée intellectuelle. La lettre T, issue du tau, signifie le signe. Le vocable mat signifiera alors le signe de l’âme. Or on sait que ce qui exprime l’existence de l’âme est le feu intérieur. FEU et FOU sont deux manifestations de l’amour.

En breton, langue héritière de la langue celtique, le mot mad ou mat suivant les régions nord ou sud, signifie bon, c’est-à-dire « ce qui est fait avec amour ». Nous pouvons comprendre alors que notre MAT n’est autre que notre âme qui s’en va sur le chemin de l’initiation pour se dépouiller de tout l’inutile et s’améliorer au cours de son voyage initiatique. Nous ferons ce voyage tout au long des Lames du Tarot de Marseille, le Grand Livre Sacré. Nous serons appelés à constater que le Tarot, bien que n’étant pas d’origine celtique — encore que… L’écrivain et historien Gwenc’hlan Le Scouëzec est formel là-dessus —, est fortement imprégné de celtisme, d’informations celtes cachées dans ces images d’aspect anodin.

Nous allons faire ce chemin en compagnie de notre animal, notre chien, comme Saint-Claude ou Saint Roch, ou encore Saint Mériadec en Bretagne. Comme eux, nous nous dépouillerons et, petit à petit, apparaîtra notre genou, symbole de l’Initié, c’est-à-dire celui qui peut enfin engendrer. N’est-il pas en effet possesseur des gènes qui permettent ce processus de création? Il faut bien comprendre que l’Initié est un amateur (celui qui aime) puisqu’il est, plus que tout autre, à l’image de Dieu Créateur Suprême ayant reçu les secrets les plus cachés.

Prenons bien garde, il n’est pas pour autant un soi-disant élu qui se croirait privilégié, mais, bien au contraire, un être dont on peut exiger plus, car il est censé avoir reçu le meilleur de l’enseignement divin. Il ne peut rien cacher de lui-même, semble dire ce genou découvert, première articulation sur laquelle repose vraiment tout l’édifice humain. Le MAT va donc nous représenter et, comme l’on fait le tour de France des Bâtisseurs, il nous fera faire le tour du Tarot. Non, pas l’errance, (le MAT n’erre pas !) mais bien le Tour, et même les tours, car il y a plusieurs plans d’exploration. Le chemin initiatique n’a pas de fin en notre monde, et c’est animé du feu sacré que le MAT atteindra alors le feu divin. Il le fera ni nu, ni vêtu et, dépouillé de tout, il s’avancera, délaissant ses lambeaux de vêtements, ou bien coupant son manteau en deux pour le donner à plus dépouillé que lui, tel le chevalier Saint-Martin, ou comme Mériadec, le Saint qui rend la vue aux aveugles, et il découvrira la Lumière.


Une lame sans son nombre

La première Lumière sera celle des étoiles qu’il regarde intensément, car il sait que la vie des hommes est réglée par les Luminaires du Ciel, comme il est dit dans l’Ecclésiastique. C’est en observant les étoiles qu’il trouvera sa route, son Chemin de Compostelle. Nous avons dit que l’animal qui lacérait ses braies (les lacère-t-il véritablement ?) était peut-être bien un serval, et cela demande une explication.

Il faut bien penser que le Tarot de Marseille fut conçu en plein moyen âge dans sa forme quasiment définitive, époque où la France était encore une vaste forêt et où les animaux étaient divers et variés. Nous pensons que les auteurs de ce Tarot ont, une fois de plus, voulu faire un jeu de mots, ce qui est leur habitude. Dans le mot serval nous retrouvons le phonème cerv qui nous fait penser au cerf, l’animal totem du dieu Gaulois Cernunos, que nous retrouverons plus loin dans une autre Lame. Peut-être y a-t-il également dans ce symbole l’idée qui montrerait alors que tout homme, même libre, garde encore des servitudes. Ce Dieu est symbole de lumière, de cette Lumière vers laquelle va le mat. On peut alors comprendre que cette Lumière, il la porte en lui et qu’il lui suffit de se libérer de ce qui l’encombre pour enfin la découvrir. Un signe nous dit que le MAT est un Initié, un enfant des Dieux. Il en porte la rune as, signifiant dieu, sur son bonnet comme sur le premier grelot de sa houppelande.


Ce que le MAT veut nous dire

Toute cette symbolique va nous permettre de comprendre ce que signifie cette Lame. Elle sera tout d’abord la Lame du départ, et c’est ainsi que nous la verrons exprimer toutes sortes de départs, celui du foyer comme celui vers un nouvel espoir, celui du s’en-va-t-en-guerre et celui du démarrage dans la vie active, celui de l’élan vers les autres et celui qui nous met au chômage.

Il sera aussi, par conséquent, le symbole de la fuite — quelle que soit cette fuite —, réelle comme un robinet qui laisse échapper son eau (avec LE TOULE) ou plus mentale, plus virtuelle : la fuite devant les responsabilités de la vie. Ce pourra être la fuite courageuse comme la lâcheté. C’est au Lecteur de chercher à comprendre ce qu’elle signifie au moment même où il la rencontre. Il ne faut jamais oublier qu’une Lame n’a de signification qu’avec les Lames qui la jouxtent. Seule, elle n’a valeur que de symbole et ne peut dire que des choses vagues et quelque peu abstraites.

Le MAT, nous le voyons, signifie souvent le départ et donc apparaîtra pour indiquer le chômage (départ du travail), l’absence (départ de quelqu’un), le manque (départ de quelque chose). C’est cette Lame qui nous servira à symboliser la perte des possibilités.

Indiquant le départ, elle pourra retenir également l’idée de commencement. Commencement d’une aventure comme d’un grand amour, commencement d’une relation marchande ou peut-être même commencement des difficultés que l’on va rencontrer. Commencement d’un nouveau travail ou d’une nouvelle vie, c’est toujours le début d’un nouveau cycle. C’est, par excellence, la Lame de la mise en route. Elle va également marquer la fin d’un cycle, puisqu’elle marque le commencement d’un autre. Et il est facile de comprendre que, comme toute chose n’ayant ni commencement ni fin, elle va marquer parfois l’incohérence, voire la folie (n’oublions pas que le MAT se nomme aussi le FOU). Cette Lame sans Nombre va très souvent nous servir de ponctuation dans le langage Tarot. Elle servira parfois à nous dire: « à suivre » ou « et cœtera ». Elle a, comme on peut le voir une signification de très grande mobilité, ce qui nous sera toujours très utile dans les tirages.


Les détails sont essentiels

Pour bien comprendre le Tarot de Marseille, il est indispensable d’examiner chaque Lame dans ses moindres détails. Elles ont toutes leur importance. Tout le travail du Lecteur est de percevoir les détails qui correspondent à ceux de la Lame ou des Lames la jouxtant. Les différences n’ont strictement aucune importance. Nous pouvons en trouver d’énormes quantités, tandis que les ressemblances sont rares et donc significatives. Il est, par conséquent, de toute première importance de savoir observer et de bien connaître les Lames. Il faut entrer dans le Tarot de Marseille par le concret.

Ce n’est pas un objet de rêverie ni d’intuition dans un premier temps. C’est un objet concret qu’il faut aborder concrètement. C’est alors que nous pourrons ensuite laisser aller notre intuition, car nous aurons gardé les pieds sur terre ! Certains, à l’instar de quelques auteurs, veulent voir dans les replis des draperies ou encore dans les ornements des personnages, des dessins cachés, secrets supposés bien enfouis par le dessinateur. Pourquoi pas? Nous n’y voyons aucun inconvénient, bien au contraire, s’ils peuvent aider à associer les Lames entre elles. Prenons garde cependant à ne pas laisser aller une imagination par trop débridée. Encore que… toute idée est bonne si l’on sait l’utiliser !


Les directions

Il nous faut également parler des directions et principalement des directions des regards. Il est communément admis que le Personnage regarde à gauche vers son passé, ou à droite vers son avenir. Il nous semble que cette façon de voir est plus qu’erratique. En effet, le regard n’a d’importance que pour celui qui le lance et celui qui le reçoit. Il nous paraît donc plus judicieux d’admettre qu’il dirige son regard vers quelque chose d’autre et en particulier vers une autre Lame, un autre personnage. D’autant plus que les personnages, pour la plupart d’entre eux, regardent en face d’eux. Ainsi L’EMPEREUR. L’important est toujours ce que le personnage considère. Nous prendrons par conséquent nous aussi en considération la façon dont une Lame se comporte vis-à-vis de ses voisines C’est la première des choses à faire. Ensuite, nous regarderons vers où va le personnage, ou d’où vient-il ? Il est évident que si le MAT se dirige vers la MAISON-DIEV, cela n’aura pas le même sens que s’il semble en sortir. Tout mouvement a une importance capitale.

Enfin, nous nous attacherons à comprendre si la direction de tel bâton ou de tel sceptre revêt au moment présent une importance particulière.

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Symbolisme celtique :


Robert-Jacques Thibaud, auteur du Dictionnaire de Mythologie et de Symbolique celte (Éditions Dervy, 1995), propose les notices suivantes :


Fou : Le fou est souvent un symbole voilé de la sagesse car il déguise sa véritable Connaissance, son authentique pouvoir. Un fou dans un récit incite à mieux observer la Connaissance qui s'y trouve masquée. Le fou du Bois est un personnage valeureux qui erre dans la forêt, se lamente bruyamment et crie des prophéties.


Mabon : Cycle primitif d'Arthur. Personnage solaire proche d'Apollon que Gwrhyr le druide magicien part chercher à Kaer Loyw. Au cours de cette expédition, Gwrhyr parle à différents animaux qui, d'étape en étape emmènent l'équipe jusqu'à Modron retenu prisonnier depuis son enfance. C'est ainsi que le Merle Cilgwri conduit jusqu'au Cerf de Redynvren qui mène au Hibou

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Dans ce moment historique de grand changement, j'ai proposé le 22 novembre (22 / 11) au cercle de Tambour de Grenoble de commencer un voyage chamanique à travers les arcanes du Tarot en nous inspirant des illustrations de Will Worthington pour le Tarot des Druides de Philip et Stephanie Carr-Gomm (Édition originale 2004 ; traduction française : Éditions Véga, 2014), laissant à plus tard, la méditation sur les significations de cette lame... et l'assimilation personnelle de l'archétype.


Ainsi donc, dans le livret accompagnant le jeu de cartes du Tarot des Druides de Philip et Stephanie Carr-Gomm (Édition originale 2004 ; traduction française : Édition Véga, 2014), on trouve le petit texte explicatif suivant :

Le Message : Confiance en votre savoir intérieur.

La vie est une aventure - un voyage

de découverte à apprécier.


Mots-clefs : Innocence ; Liberté ; Potentiel ; Jeu ; Confiance ; Ouverture ; Courage ; Optimisme.


Signification : Un Voyage de découverte

Optimisme juvénile -

Un nouveau commencement -

Confiance, foi et courage face à un nouveau projet ou phase -

Prendre un risque et tenter quelque chose de nouveau ou de peu conventionnel -

Vous pouvez être sérieux quant à la vie, mais aussi en profiter -

Pour acquérir la sagesse, combinez l'ouverture et l'optimisme avec la conscience de votre divinité innée - vous fiant à la bonté suprême de la vie.


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Mots-clefs : Candeur ; Naïveté ; Irrationnalité ; Crédulité.


Sens inversé : Tenez le Fou à l'envers et vous voyez le Pendu - la liberté peut devenir une limitation si elle n'est pas utilisée avec sagesse - Manque de direction - Crainte de la liberté et sentiment d'être piégé par la routine - Ne soyez pas trop naïf ou crédule - Le temps d'assumer des responsabilités matures - Occasion d'explorer votre potentiel.

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Selon John Matthews, auteur de L'Oracle celtique, exploration des mondes intérieurs (Ixos Press, 2005 ; Guy Trédaniel Éditeur, 2006) Mabon est une image de l'archétype du Fils :

Description : Une jeune et belle tête masculine au centre de la carte, vous regarde. D'un côté, un guerrier ; de l'autre, un cerf et un taureau. A l'avant-plan, est lové un dragon, au pouvoir et à l'énergie juvéniles.


Clé : Débuts ; Jeunesse

L'enfant divin apporte de la lumière et de la joie dans tous les cœurs. Il est tous les enfants qui ont jamais vécus, et qui vivront jamais, et il exprime leur liberté et leur innocence joyeuses qui, si on leur lâche la bride, transforment tous ceux dont elles touchent le cœur.


Arrière-plan : L'histoire de Mabon (« Fils ») est contée fragmentairement dans l'histoire de « Cullwch et Olwen » et dans la Triade 52. Dans la première, l'une des tâches assignées au héros, est de découvrir où se trouve le Mabon perdu, enlevé à sa Mère alors qu'il n'avait que trois nuits. La recherche mène à une série d'animaux alliés : le Merle de Gilgwri, le Cerf de Rhedynfr, la Chouette de Cawlwyd, l'Aigle de Gwernabwy et le Saumon de Llyn Llyw. Avec leur aide, les héros sont conduits à l'endroit où Mabon est emprisonné, et il est relâché par la suite, mais il ne nous est pas dit pourquoi il a été emprisonné. Dans la Triade 55, la référence est encore plus laconique :


Trois prisonniers de l'Île de Bretagne

Llyr au demi-discours, qui est emprisonné par Euroswydd,

Et le second, Mabon fils de Modron,

Le troisième, Gwair, fils de Gerinoedd...


Essentiellement, tout cela semble se référer à un thème très ancien, qui a trait à l'emprisonnement de l'enfant divin, qui est ensuite libéré par un héros prédestiné.

Il y a un aspect de cette histoire qui a trait aux expériences de tout être humain - nous enfermons l'enfant intérieur dès que nous atteignons l'âge de la puberté, et ce n'est que trop rarement que nous le libérons. La simplicité et la joie enfantine sont au cœur de l'expérience chamanique ; en libérant le Mabon, nous libérons quelque chose de la plus grande valeur en nous-mêmes.

Voyage : Voyez-vous vous-même voyageant sur le dos du Saumon jusqu'aux murailles de Caer Llyw. Si vous écoutez avec beaucoup de soin, vous entendrez de l'intérieur les lamentations de Mabon.

Le Saumon que vous chevauchez nage près des murs, et, soudain, vous voyez une petite grille sertie profond dans les pierres.

Invoquant la force de vos alliés intérieurs et de vos animaux pouvoirs, ou de vos animaux totems, vous arrachez cette grille, et, pénétrant à l'intérieur, vous tendez votre main au Mabon, qui la prend dans la sienne et vous rejoint sur le dos du Saumon.

Nageant rapidement pour vous mettre en sûreté, vous montez sur la rive loin en aval.

Le Mabon vous regarde de ses yeux dorés, puis se met à chanter. Son chant rayonne de joie et d'émerveillement, et de la joie d'être libre. Vous écoutez dans un état de ravissement

Quand il a cessé de chanter, le Mabon vous offre un cadeau, que vous prenez en remerciant. Bien qu'il n'ait peut-être pas de forme dans le monde ordinaire, son influence sera puissamment ressentie dans votre vie future.

En libérant le Mabon, vous avez libéré quelque chose qui est en vous.

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Kristoffer Hugues, dans Les secrets du tarot celtique (Llewellyn Publications, 2017 ; Éditions De Vinci, 2021) présente ainsi le Fou :

En sautant dans l'inconnu,

je vous transmets ma sagesse.


Affirmation : Je suis le début, le milieu et la fin.


Mots-clefs : Commencement ; Initiation ; Foi.


Je suis le FOU. Je suis les premiers soubresauts du néant qui se manifeste doucement. Je suis la voix de l'univers qui prend naissance - sans limites, innocent, pur et extatique.. On me connaît sous plusieurs noms : je suis Mabon, l'enfant divin de la Grande Mère qui incarne les mystères de toute vie. Je suis Lleu, celui qui a la main sûre, et je suis Gweir er Pryderi, Maponos et Taliesin.

On m'a pris à ma mère quand je n'avais que trois jours et retenu captif dans un monde d'illusion, mais aujourd'hui, je choisis d'être libre, d'embarquer pour ce voyage à travers l'Arbre du Monde. Mais je suis paradoxe et contradiction, car je suis également le prisonnier exalté, heureux de poursuivre son existence dans l'insouciance. Je peux me sentir rassuré par mes insécurités et me satisfaire de l'immobilité des choses. Je n'ai pas envie de faire d'histoires... ou peut-être bien que si ! Le devrais-je ?

Notez que je suis isolé des trois parties de l'arbre et de ceux qui sont à ma suite, car j'incarne chacun de leurs aspects. Ceci est mon voyage et le vôtre, car vous êtes le Fou. Vous voyez le chemin qui se dresse devant vous ? Êtes-vous certain de vouloir rester là, les bras ballants, à vous contenter d'admirer la vue le restant de votre vie ? Est-ce vraiment ce que vous voulez ? Ou êtes-vous prêt à sauter à pieds joints dans l'inconnu ? Après tout, quel est le pire qui puisse arriver ? Ou peut-être, peut-être, dis-je bien, devriez-vous rester où vous êtes, en sécurité.

La sécurité... quel ennui ! J'incarne au contraire l'excitation provoquée par la nouveauté. Cette suggestion vous terrorisera peut-être, mais je vous en prie, faites preuve d'un peu de spontanéité et sautez ! Ayez confiance en votre capacité à voir cette existence telle la merveille qu'elle est. Toutes les lames à venir représentent potentiellement un aspect de votre voyage. Ne les dissociez pas les unes des autres, n'en privilégiez pas certaines, car elles offrent toutes au Fou une qualité qui apporte à cette vie, sens, valeur, joie, douleur et tout ce qui réside entre deux.

Je suis le Fou, tout comme vous. Joignez-vous à moi... et sautons ensemble !


Interprétation : Prenez bien en compte les lames d'arcanes mineurs qui apparaîtront de chaque côté du Fou, car celles-ci vous donneront de précieux indices quant à la nature de son lien avec la question. Cette lame signifie que vous vous apprêtez à entamer quelque chose de nouveau. La nervosité peut prendre le pas sur la joie, mais dites-vous que le changement est très souvent bénéfique. Non seulement le Fou suggère qu'il faut du courage pour oser sauter dans l'inconnu, ais cette lame peut également vous mettre en garde contre un manque de prise de risque et de spontanéité. Faire le grand saut peut s'avérer nécessaire pour que la question se mue en réponse, en particulier si vous êtes dans une impasse, ou dans une situation trop endiguée qui aurait simplement besoin d'être désobstruée. Il y a des chances pour que vous suranalysiez votre problème, ce qui vous empêche de tenter une quelconque issue potentielle. Si c'est le cas, arrêtez immédiatement, ayez foi en vous et prenez conscience qu'un nouveau départ est nécessaire.

Inversé, le Fou s'interroge sur la raison pour laquelle vous n'avez pas, peut-être, suffisamment suivi votre intuition pour provoquer un changement ou débloquer la situation. Vous avez suranalysé le problème, et peut-être la peur a-t-elle pris le dessus en vous poussant à éviter tout risque et à favoriser la passivité. Mais est-ce vraiment la solution.

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Dans L'Oracle de la sagesse gauloise (Éditions Le Courrier du Livre, 2021) Caroline Duban et Lawrence Rasson propose une carte dédiée à Maponos, le « jeune garçon » :


Son nom mapo- ( « fils », « garçon ») est attesté sur une plaque de defixio retrouvée à Chamalières (près de Clermont-Ferrand), au sanctuaire dit « la Source des Roches », en territoire arverne. La plaque de plomb, sur laquelle le dieu est invoqué, mesure à peine 6 cm sur 4 et comprend pourtant une soixantaine de mots usant de l'alphabet latin. Celle-ci a été découverte au milieu d'un amas imposant d'ex-voto en bois composé d'environ 3500 pièces. Parmi eux, on a retrouvé des sculptures représentant des membres, des organes, des personnages en pied, des bustes et des têtes. De nombreuses offrandes accompagnaient les requêtes et prières ainsi symbolisées au fond du bassin ; des monnaies, bien sûr, mai pas seulement : des fruits (noix et noisettes), des fibules et des gobelets formaient un amoncellement de remerciements à la divinité. Il est supposé que l'eau de la source a été bue avant ou après le recueillement, si l'on considère que les gobelets ont servi au consultant avant qu'ils ne soient déposés au fond du bassin. La datation du site remonte au 1er siècle apr. J.-C., lorsque les pèlerins y affluaient, jusqu'à une nette baisse de la fréquentation à la fin de cette période.

Le Maponos des Gaulois semble associé à Mabon ap Modron, dieu gallois dont le nom est littéralement : « le fils de la mère divine ». Dans cette mythologie primitive, réappropriée et réadaptée pendant le Moyen Âge, Mabon est arraché à sa mère, Modron, trois jours avant sa naissance, pour être conduit dans l'Autre Monde, que les Gallois appellent l'Annwvyn. L'endroit est décrit comme un lieu rempli de joie et d'allégresse, où rien ne manque, où la jeunesse est éternelle et la maladie absente. Lorsque Mabon est délivré de l'Annwvyn, il emporte avec lui un peu de la magie du lieu et demeure éternellement jeune. Ce détail corrobore le nom gaulois Maponos qui désigne un fils, et/ou un jeune homme. Son culte à la Source des Roches pourrait en faire un dieu de la jouvence, d'autant que les prières des guérison renvoient à un processus de régénération des corps malades. Sur la plaque de defixio, il est invoqué comme « Mapon arueriatis », « Mapon qui donne satisfaction » - qui exauce les vœux - recommandé « par la force des dieux d'en bas ». Un parallèle de plus entre Maponos et Mabon, tous deux rattachés à l'au-delà.

Quant au lien avec la source, la mythologie irlandaise offrirait peut-être un indice avec son homologue Œngus. En effet, il est le fils du dieu Dagda et de Boann, personnification de la rivière Boyne. Le vieil irlandais boann à *bovinda, la « vache blanche », gage de prospérité.


Interprétation

Maponos surgit dans votre tirage pour symboliser l'éternité sous ses différents aspects. Vos efforts et vos travaux constants amènent une stabilité qui pérennise votre situation, vous offrant la sérénité d'un niveau de vie convenable. Attention, il ne s'agit pas ici d'abondance, mais bien de constance, ce qui sous-entend un flux régulier qui suffit à maintenir équilibrés vos gains et vos dépenses. Cela pourvoit à vos besoins avec, néanmoins, quelques extras. Maponos, si l'on en croit son équivalent gallois, est passé par une étape où son enfermement ressemblait à une prison dorée : jeunesse éternelle, abondance, santé, félicité, tout était réuni pour satisfaire les moindres besoins de l'hôte... à la différence que ce dernier était privé de sa liberté. Quelquefois, il est préférable d'avoir moins pour jouir de plus. La gloire, des revenus plus importants, si vous n'en avez pas réellement besoin, pourraient bien vous détourner du chemin qui mène à la quiétude ; car ces changements ne sont opérables que si le consultant est prêt à les recevoir et à en faire bon usage. Interrogez-vous sur ce que vous désirez sincèrement. Vos besoins concrets sont à comparer avec vos ambitions. Ne vous laissez pas dévorer par ces dernières, l'équilibre se trouve entre les deux.

Dans une question liée à l'émotionnel et aux ressentis, le dieu de la jeunesse vous indique que vous avez tout à apprendre et à découvrir. c'est une nouvelle voie qui s'ouvre à vous, avec son lot de surprises et d'excitation ! Vous aurez soif de tout connaître, tout apprendre et d'aller plus loin dans cette émulation Ce sont des richesses infinies dans lesquelles vous pouvez puiser, à condition de prendre, de temps en temps, des moments de repos pour éviter l'épuisement nerveux. Vous vous ouvrez à de nouvelles perspectives sensorielles, à un développement personnel qui vous stimule et motive à poursuivre dans cette direction. Pensez seulement à bien garder les pieds sur terre. Raisonnez autant avec votre tête qu'avec votre cœur et vos instincts ; encore une fois, l'équilibre est la voie du milieu.

Cette carte peut aussi signifier que vous déployez des sensibilités et acuités extralucides, mais elles peuvent prendre d'autres formes que la clairvoyance ou la clairaudience. Renseignez-vous sur le sujet auprès de personnes compétentes et de confiance, vous connaissez sans doute autour de vous des hommes ou des femmes qui seront prêts à vous conseiller. Lisez et apprenez sur les thèmes se rapprochant de vos ressentis, car Maponos a un lien fort avec l'Autre-Monde et les puissances qui y règnent.

Plus généralement, Maponos rétablit et maintient la bonne santé. Il jaillit de la source avec plus de puissance et de force pour cheminer à vos côtés et vous conduire vers la guérison. Il se peut, selon votre état mental et/ou physique que le changement soit soudain, comme si vous franchissiez un palier, car Maponos est demeuré dans le monde d'en bas avant de revenir subitement à la lumière. Le type de soins apportés ici se rattache à votre état particulier : burn-out, fatigue physique, chagrin sentimental, etc. en tant que symbole de jour naissant, il se rapporte à un état de récupération croissant. Il est l'Apollon à l'heure de l'aurore. c'est donc un renouveau qui vient éclairer votre chemin après une nuit qui vous a paru longue. Il vous semble ouvrir les yeux sur un nouveau monde et reprendre goût à la vie.

Cette carte apparaît également pour marquer votre affirmation. Ce que vous êtes et comment vous le vivez, comment vous le montrez au monde extérieur, surgit soudainement. Soit vous en avez assez de devoir vivre dans l'ombre, à l'écart des autres, soit vous avez découvert et compris qui vous étiez et l'incarnez pleinement sans craintes, avec fierté. Enfin libre !

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Marine Lafon et Sandrine de Borman proposent une équivalence entre les 22 arcanes majeures du Tarot et 22 plantes majeures chez les Celtes dans un Tarot des plantes sauvages, Initiations végétales pour s'éveiller à soi (Tana Éditions, 2022) ; ainsi le Mat est associé à l'Ortie.

 



Mythologie celte :


Selon Michaël Martin, auteur d'un article intitulé "Monde aquatique et tablette de défixion." (Études Magiques, 2007, vol. 1) :


L’objet qui nous intéresse semble un peu antérieure à celles citées précédemment puisque datée du Ier siècle. C’est peut-être une des raison qui fait que cette tablette est l’un des rares et des plus longs textes en langue celtes qui nous soit parvenu et qu’il nous présente des éléments typiquement celtiques. En voici le contenu rendu par la traduction réalisée par P. Y. Lambert (Lambert 2003) :


J'invoque Maponos arueriiatis par la force des dieux d'en-bas ; que tu les . . . et que tu les tortures toi), par la magie des (dieux) infernaux : (eux) Caius Lucius Florus Nigrinus accusateur, Aemilius Paterinus, Claudius Legitimus, Caelius Pelignus, Claudius Pelignus, Marcius, Victorinus, Asiaticus fils d'Aththedillos, et tous ceux qui jureraient ce faux serment. Quant à celui qui l'a juré, que ce soit pour lui la totale déformation des os droits. Aveugle je vois (?). Avec cela, il sera à nous devant vous (? ?). Que tu . . . à ma droite (x 3) (??).


La divinité invoquée ici n’est autre que Maponos. Bernard Sergent dans un article tout à fait éclairant sur le sujet a très bien montré les liens qu’il existé entre l’univers aquatique et la personnalité de ce dieux (Sergent 2000). Ce dernier met notamment en parallèle Maponos avec une ancienne divinité irlandaise, Nechtan (aussi avec Mabon). Un récit (Dinnshenchas métrique ; cité par Christian-Joseph Guyonvarch dans Textes mythologiques irlandais, Celticum, 1980) mettant en scène une source nommée le puits de Nechtan établit en effet un parallèle troublant avec notre document magique. En voici le résumé : une déesse nommée Boand (« la Vache Blanche) ayant commis un adultère, se dirige, après son accouchement vers une source qui se trouve sur la propriété de son époux pour obtenir d’elle qu’elle puisse dissimuler sa faute ou encore mieux que celle-ci soit effacée (« lavée »). Je passe ici sur le rituel évoqué (trois fois le tour de la source de vie dans le sens contraire au soleil). Mais selon la tradition quiconque y vient avec un mensonge n’en revient pas intact ; trois vagues surgissent lui arrachant une cuisse, une main et un œil. Dans les deux cas, nous avons une personne qui s’adresse à une source, dédiée à une dieu (Maponos//Nechtan). La punition est elle similaire : la tablette de Chamalières demande la distorsion de la moitié droite du corps et on assiste à l’arrachement de trois parties du corps situé du même côté.

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Marie-Noëlle Anderson et Célia Melesville, respectivement autrice et illustratrice de L'Oracle des Bardes, 36 mythes et légendes de nos ancêtres (Éditions Contre-Dires, 2019) relient Mabon, à la fois au Grand Chien et au Figuier :


Le dieu Mabon était un grand chasseur. Dans ses expéditions, il se faisait toujours accompagner par le grand Chien, dont la qualité principale était de ne laisser aucune chance au gibier poursuivi.

En ce temps-là, la village du héros, nommé Kulhwch, subissait les assauts d'un sanglier féroce. Tous les jours et toutes les nuits, il faisait des dégâts dans les champs, il attaquait petits et grands. les paysans, avaient, bien sûr, essayé de l'attraper. Ils avaient même organisé des battues pour le traquer, mais jamais ils n'avaient vu de sanglier aussi rapide. Personne n'avait réussi à le maîtriser : chaque fois, il leur échappait. Et cela depuis des mois. En désespoir de cause, les habitants du village firent appel au héros Kulhwch et lui confièrent la mission de mettre le sanglier hors d'état de nuire.

Kulhwch savait que la tâche allait être ardue. Dans sa tête, il réfléchit à toutes sortes de stratégies, mais aucune ne lui paraissait adéquate. Il avait beau être un héros, cela lui semblait impossible de réussir tout seul. Comment s'y prendre ? Kulhwch eut une inspiration subite : il allait faire appel au dieu Mabon et lui demander de lui prêter le Grand Chien. Sans tarder, il passa à l'action.

Le dieu Mabon, très compréhensif, fut d'accord. Pour le bon équilibre des choses, il exigea une offrande en contrepartie. Kulhwch et les villageois organisèrent un banquet en l'honneur du dieu. Ils lui offrirent les meilleurs morceaux de viande grillée, ainsi que toute une bouteille de vin suave.

Le dieu Mabon était contente. Le lendemain, il envoya le Grand Chien chez Kulhwch, et tous deux partirent à la chasse.

Ils eurent vite fait de repérer le sanglier. Pendant trois jours et trois nuits, le Grand Chien poursuivit sa proie. Infatigable et déterminé. Alors qu'il commençait à se fatiguer, le héros Kulhwch réussit finalement à tuer le sanglier.

Par cet exploit, il gagna l'admiration et l'estime de tous. Il remercia le Grand Chien qui s'en retourna auprès de son maître. Libérés de leur prédateur, les villageois se sentirent tellement soulagés et joyeux qu'ils préparèrent un nouveau banquet. Il est aisé de deviner ce qu'ils mangèrent...

[...]

Structure : Le dieu-chasseur Mabon (Soi et le Grand Chien, son véhicule (Soi mobile), sont en harmonie. Le héros Kulhwch (conscient) a pour mission de combattre le sanglier dévastateur (contenu négatif de l'inconscient). en offrant un sacrifice, le héros a accès au moyen, le véhicule divin, avec lequel il conclut une alliance. ensemble, ils mèneront à bien la tâche confiée au héros.


N. B. : ce mythe (trop édulcoré à mon goût) nous éloigne fortement des archétypes du Fils ou du Jeune homme mais établit le lien avec le chien qui apparaît sur la carte du Tarot. (Anne)

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Littérature :


Dans Éclats de sel (Éditions Gallimard, 1996) Sylvie Germain met en scène un personnage principal qui rencontre des personnages du quotidien plus philosophes les uns que les autres :


Un matin il entra à la Caisse d'Eprgne de son quartier. Il se dirigea vers le guichet où s'effectuait le retrait de l'argent. Un employé, qu'il n'avait encore jamais vu, se tenait derrière la vitre. Il avait une tête ronde et lisse et des lunettes aux verres épais cerclés d'argent. Ludvik lui remit le formulaire sur lequel il venait de noter le nom de code de son livret d'épargne, et l'autre, ramassant prestement le papier en y jetant à peine un coup d'œil, coassa à mi-voix ce mot de code. « Le Mat ! ah ah... » Ludvik trouva au bonhomme une fâcheuse ressemblance avec une grenouille. Ladite grenouille pianota sur son ordinateur pour s'assurer de l'état du compte et se lança dans une tirade alambiquée. « Le Mat ! Pff ! Joli nom pour un livret ! SI vous croyez faire fructifier vos économies avec un nom pareil ! Vous avez peut-être pensé que ce personnage du tarot, parce qu'il porte un m et pas de numéro, est ouvert à l'infini ? Eh bien non, cet arcane sans chiffre équivaut à zéro et on ne le compte même pas dans le total d'un tirage. Le Mat n'est qu'un va-nu-pieds, un gueux errant déguisé en bouffon, portant grelots autour du cou comme les fous et les lépreux, et des chausses déchirées. Et le balluchon qu'il trimballe sur l'épaule, vous 'avez vu ? Il est plat, aussi vide que la tête de cet extravagant. C'est quelqu'un qui ne sait rien acquérir, le Mat, et en plus il perd tout... - Le tarot ne m'intéresse pas », lança Ludvik pour interrompre cet hurluberlu, mais celui-ci poursuivit sa harangue comme si de rien n'était... « Reste à savoir si ce que perd le Mat est bien ou mal. Perd-il son temps, son énergie, en vaines déambulations ? Car, avez-vous réfléchi, monsieur, à la valeur du temps ? Oh, je ne vous pose pas cette question en banquier, loin de là ! Le temps, c'est la menue monnaie qui nous est octroyée afin de payer plus tard notre droit d'entrée dans l'éternité. Malheur à nous i ? Nous la dilapidions à tort et à travers. Nous soufflons sur nos jours comme sur des fleurs de pissenlit, et bientôt le cœur est à nu. Dans l'Apocalypse il est écrit ces morts terribles, "Voici que Je viens comme un voleur, HEUREUX qui veille et garde ses vêtements pour ne pas s'en aller nu et qu'on ne voie ta honte !" - Je me fous de l'Apocalypse autant que du tarot, s'écria Ludvik, je ne suis ici que pour retirer de l'argent, pas pour subir un sermon ! - Un peu de patience, fit la grenouille sans détourner les yeux de son clavier, et sa glossolalie reprit de plus belle. Le Mat feu follet de mauvais augure, soit, mais sa folie est à double tranchant. C'est comme le sel, soit corrosif, soit purificateur. Avez-vous remarqué, monsieur, ce qui orne la pointe de la coiffe jaune de ce vagabond ? Ce n'est pas un pompon, ni un grelot, mais un petit disque rouge. Soleil couchant, soleil d'automne, lune rousse ou planète ignée ? Ce petit astre qui rougeoie derrière le crâne du Mat, c'est la dernière étincelle de raison qui lui reste, son ultime braise de conscience. Il n'en faut pas plus pour ranimer un grand feu. Il n'a donc pas tout perdu. Pour avoir réduit son passé et son avoir à zéro il s'est du coup rendu disponible pour l'imprévu, pour l'inespéré. Pour l'éternité. Oui, peut-être est-il bon de s'en aller ainsi, la tête au vent, les poches vides et le cœur troué de pauvreté et de désir d'immensité. S'en aller, s'en aller, par tous les sentiers obliques, se frayer des chemins buissonniers à travers roches et broussailles... - Moi aussi je dois m'en aller, je suis pressé ! dit Ludvik en frappant du poing contre la vitre. - J'ai presque terminé », fit l'autre en tapant sur son ordinateur avec une fébrilité croissante ; il donnait l'impression de frapper les touches au hasard. Et il enchaîna avec obstination : « Le Mat, le voilà qui surgit, impromptu, et son regard épris d'espace détrône les reines et fait échec aux rois. Il est le bouffon insolent qui ourle le vent le manteau d'hermine des puissants, qui blanchit la pourpre royale et montre ses fesses à la couronne. Il est le coefficient de dilatation qui dénonce la vanité des biens et des gloires de ce monde, le leurre de tout pouvoir, en les faisant enfler ainsi que des outres vides. Dans ce cas le Mat est un sage, un inspiré. L'entendiez-vous en ce sens, monsieur, le nom du Mat, en le choisissant pour mot de code de votre livret ? » Et, sans se soucier une fois de plus d'attendre une réponse de Ludvik, il abattit ses dix doigts su le clavier comme s'il plaquait un accord, puis fit pivoter sa chaise, se tourna vers un casier d'où il extirpa quelques billets et s'approcha enfin du guichet. Il colla contre la vitre sa face batracienne.. Ses cheveux étaient couleur de beurre rance, lissés en arrière. « Voici votre argent », dit-il en posant brutalement les billets dans l'ouverture du guichet. Ludvik remarqua qu'il avait des ongles longs et effilés, beaucoup trop longs pour ses petits doigts boudinés. Il avait envie de l'engueuler mais il se retint de crainte de déclencher une nouvelle avalanche d'inepties.

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