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  • Anne

Le Fou / Maponos




Étymologie :

  • FOU (OU FOL), FOLLE, adj. et subst.

Étymol. et Hist. I. 1. Ca 1100 fol subst. et adj. « déraisonnable (d'une personne) » (Roland, éd. J. Bédier, 229, 1207) ; début xiie s. « id. (d'une chose) » (St Brendan, éd. E. G. R. Waters, 925 : fole pöur) ; 2. 1580 (Montaigne, Essais, I, 36, éd. A. Thibaudet, p. 264 : (le) fol du Duc de Florence). II. 1275-80 jeux fol (J. de Meun, Rose, éd. F. Lecoy, 6634 : et ros et fols et paonez ; ibid., 6647 et 6684 : fos) ; 1347 (Jean Ferron, trad. de la Moralisatio super ludum scaccorum de Jacques de Cessoles, ms. Dijon, BM 525, fo191 ds Romania t. 77, p. 56 : Des alphins et de leurs offices que aucuns appellent fols) ; 1611 fol (Cotgr.) ; 1613 fou (M. Régnier, Satire XIV, éd. J. Plattard, p. 128). I du lat. class. follis « soufflet pour le feu ; outre gonflée ; ballon ; bourse de cuir » qui a pris à basse époque en emploi adj. le sens de « idiot, sot » (v. TLL s.v., 1018, 12). II fou a remplacé l'a. fr. et m. fr. alfin, aufin (xie-xve s. d'apr. FEW t. 19, p. 48a, s.v. fil), empr., prob. par l'intermédiaire de l'esp. alfil, à l'ar. al fil « l'éléphant », cette pièce ayant été à l'orig. représentée par un éléphant. Le nom de fou vient peut-être d'une comparaison de la position des pièces du jeu d'échec avec celle du fou de cour auprès du roi. (Cf. a. prov. fol, peu après 1276, Tenson de Peire et de Guilhem, vers 45 ds P. Meyer, Les derniers troubadours de la Provence ds Bibl. Éc. Chartes, 6esérie, t. 5, p. 297). V. Devic, Lok., no605, FEW, loc. cit.

  • MAT, adj. inv. et subst. masc.

Étymol. et hist. A. Subst. 1. Ca 1155 mat « coup par lequel le roi est mat » (Wace, Brut, éd. I. Arnold, 10560 [var. ms. xiiies.] : Au geu del mat) ; 2. ca 1224 dire eschec et mat fig. (Gautier de Coinci, Miracles de Nostre-Dame, éd. V. F. Koenig, t. 1, p. 14, 231 [I Pr. 1]); 1316 faire eschec et mat à (Geffroy de Paris, Chron. métrique, 1762 ds T.-L.) ; 1609 avoir un escheq et mat (Régnier, Satire [X], 294, éd. G. Raibaud, p. 144). B. Adj. ca 1195 (Ambroise, Guerre sainte, 6661 ds T.-L. : Et tote l'ëust el feit mate) ; 1176-81 « se dit du joueur dont le roi est mat » ici au fig. (Chrétien de Troyes, Chevalier Lion, éd. M. Roques, 2578 : maz et haves [cf. Z. rom. Philol. t. 5, p. 97]). Tiré de l'expr. échec et mat, empr. à l'ar. as-sāh māt(a) « le roi est mort » (as-, forme assimilée de l'art. déf. al-; sāh « roi, dans le jeu d'échecs », empr. au persan sāh « roi », v. schah ; māta « il est mort »).


Lire également la définition des noms Fou et Mat afin d'amorcer la réflexion symbolique.

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Symbolisme :


Marie-Claire a la gentillesse de partager avec nous son travail de condensation par extraits choisis des Méditations sur les 22 Arcanes Majeures du Tarot d'un auteur qui a préféré garder l'anonymat (Éditions aubier, 1980, 1984) :

Le Mat ou Le Fou (Le Fol)

« Que nul ne s’abuse lui-même : si quelqu’un parmi vous pense être sage selon ce siècle, qu’il devienne fou, afin de devenir sage. Car la sagesse de ce monde est une folie devant Dieu ». (Saint Paul, I Corinthiens III, 18,19). L’Arcane « Le Mat ou le Fou » qui porte deux noms mais aucun nombre correspond au 0 dans le Tarot de Marseille tandis que l’Arcane « Le Monde » correspond au XXI.


La raison principale pour laquelle nous plaçons la méditation sur l’Arcane « Le Mat ou Le Fou » après l’Arcane XX et avant l’Arcane XXI est que la méditation sur l’Arcane « Le Mat » ne peut pas conclure la série des méditations sur les Arcanes majeurs du Tarot. Paul Marteau dans son livre le Tarot de Marseille écrit ; « Cette lame n’est précisée par aucun nombre car il aurait fallu mettre « 0 » ou « XXII ». Elle ne peut être « 0 » sans quoi le Mat représenterait l’indéfini universel alors qu’il est mobile et symbolise un passage dans l’évolution. Elle ne peut, d’autre part, être caractérisée par le chiffre « XXII » c'est-à-dire par deux passivités impliquant une inaction contraire à l’allure du personnage représenté ». De plus, un groupe d’ésotéristes de Saint-Pétersbourg qui avait médité sur les 22 lettres de l’alphabet hébraïque à la lumière des 22 Arcanes du Tarot, est parvenu à la conclusion que chaque lettre hébraïque correspondait à un Arcane Majeur. La vingt-et-unième lettre de l’alphabet, la lettre « Shin », a été attribuée à l’Arcane « Le Mat » dont le nom ésotérique est l’Amour.

La Lame représente un homme en habit de bouffon qui chemine en s’appuyant sur un bourdon et porte une besace pendue à un bâton qu’il maintient sur son épaule droite. Tout en marchant, il est attaqué par un chien qui déchire ses chausses. Il porte un bonnet jaune surmonté d’un gland rouge, une collerette bleue avec des pointes se terminant en grelots, des chausses bleues et des chaussons rouges. Son veston est rouge avec des bras bleus sortant de manches jaunes. C’est le vêtement du bouffon ou du fou médiéval traditionnel. Le Fou marche vers la droite, il tient le bourdon avec sa main droite et sa tête est tournée de trois quarts à droite. C’est le Fou du Bien, non pas du Mal, ce qui est évident du fait qu’il ne se défend pas du chien qu’il pourrait chasser avec son bâton.

Le Fou du Bien... Il suffit de se dire ces mots pour évoquer la figure pâle et maigre de Don Guichotte de la Mancha, le chevalier errant qui faisait rire tout le monde et qui mérita, durant sa vie, l’épithète « El Loco » et, après sa mort « El Bueno »... Cervantes a dépeint Don Guichotte comme un chevalier errant et les imagiers du Moyen-Age comme « le Mat ou le Fou » du Tarot. Les Arcanes du Tarot sont plus que des symboles et même que des exercices spirituels ; ils sont des entités magiques, des archétypes actifs initiateurs. Outre Don Guichotte, Orphée, le Juif errant, Don Juan, Tijl Ulenspiegel, Hamlet et Faust hantent l’imaginaire du monde occidental.

Orphée est présent partout et toujours là où l’amour d’une âme arrachée par la mort aspire à la retrouver et à la rencontrer au-delà du seuil de la mort... Le Juif errant, ou Ahasvérus, représente le principe et la magie aspirant à la coagulation du corps éthérique au point qu’il devienne « pierre » trop dure pour la faux de la Mort... Don Juan évoque la magie d’Eros et préside aux mystères d’Eros. C’est ainsi qu’il est devenu l’Amoureux, l’archétype de l’amour pour l’amour... Tijl Ulenspiegel est l’archétype de l’anarchisme révolutionnaire qui n’a ni foi ni loi parce qu’il a été désenchanté par les autorités humaines qui imposent leurs lois... Esprit railleur qui renverse les temples et les autels de l’humanité en les faisant s’écrouler au moyen de sa baguette magique : le ridicule.

Hamlet est l’archétype même de l’existentialisme, du désespoir de la personnalité. Tout doute, tout désespoir se résume par la fameuse question : « Être ou ne pas être ». Hamlet symbolise cette épreuve dont l’enjeu est l’acte de foi ou le désespoir et la folie... Faust est la synthèse des folies et des sagesses des six archétypes dont nous venons de parler mais il représente un archétype éternel : « Le Job éternel ». Job a démontré que la douleur que le monde peut infliger est incapable d’arracher l’âme humaine à Dieu. Faust a démontré que la joie que le monde peut offrir en est tout aussi incapable. L’épreuve de notre époque est l’épreuve de Faust, l’épreuve des désirs satisfaits...

Le prototype humain de Faust est préfiguré dans l’antiquité par Cyprien le Mage qui renonça à la sagesse de ce monde pour s’adonner à la sagesse de l’Amour divin qui est folie aux yeux de ce monde. En d’autres termes, Cyprien, l’évêque et le martyr, mit dans une besace la baguette, la coupe, l’épée et le pentacle magiques de Cyprien le mage, la posa sur l’épaule et se mit en route en bouffon ridicule aux yeux du monde. Voici « le Mat » devaient dire ses co-initiés grecs, égyptiens et chaldéens, voici «l e Fou » disaient les gens instruits de la société de son temps. A leurs yeux, il avait tourné le dos au principe même de la culture et de la civilisation humaines c'est-à-dire à l’intellect. Cyprien surpassa la volonté arbitraire et se voua à la science supérieure, à la science divine c'est-à-dire à la science de l’Amour divin. Le pas qu’il a franchi, c’est « le Mat ou le Fou » du Tarot.

L’Arcane « le Mat » ou « le Fou » enseigne le savoir-faire qui permet le passage de l’intellectualité, mue par le désir de savoir, à la connaissance supérieure due à l’amour. Il se rapporte à la transformation de la conscience du soi en conscience du soi spirituel où le moi n’est plus l’auteur de l’acte de connaissance mais accueille désormais la connaissance en se soumettant à la loi de la pauvreté, de l’obéissance et de la chasteté. Or l’Arcane enseigne d’un côté la liberté de la conscience transcendante élevée au-dessus des choses de ce monde et, d’autre part, il présente clairement un avertissement très impressionnant du péril que cette élévation comporte ; le ridicule et la folie ! L’intellect peut être sacrifié de deux manières différents : il peut être mis au service de la conscience transcendante comme il peut simplement être abandonné.

Chez Saint Jean de la Croix, l’intellect fut absorbé par la présence divine avant de redevenir encore plus actif après qu’il ressortit de la plongée dans la lumière absolue dont la clarté parait le plonger dans les ténèbres. Cette plongée dans les ténèbres de la lumière absolue avait un effet profond sur l’intellect : celui-ci en sortait doué de tendances nouvelles au contact d’en-haut. Chaque extase de Saint Jean de la Croix fut donc une initiation càd l’empreinte absolue de la vérité absolue divine dans la volonté du penser qui produit les pensées conscientes. Dans le dépassement de l’intellect se présente le choix entre la décision de remplacer l’intellect par le souffle d’en-haut et la décision de placer l’intellect au service actif de ce souffle, qu’il produise ou non des extases. Dépasser l’intellect, c’est donc le rendre suractif tandis que se passer de l’intellect, c’est le réduire à la passivité complète.

L’Arcane XXI est celui de la méthode que l’Hermétisme utilise pour sacrifier l’intellect à la spiritualité, de manière à ce qu’il croisse et se développe, au lieu de s’affaiblir et de s’atrophier. C’est l’arcane du mariage des opposés, à savoir de l’intellectualité discursive et de la spiritualité illuminatrice ou, en d’autres termes, de l’œuvre alchimique de l’union de la sagesse humaine, qui est folie aux yeux de Dieu, avec la sagesse divine, qui est folie aux yeux des hommes, de telle manière qu’il n’en résulte pas une double folie mais une seule sagesse qui comprend aussi bien ce qui est en haut que ce qui est en bas.

L’histoire spirituelle de l’humanité est constituée par les différentes étapes franchies dans l’accomplissement de l’union de la révélation et de la connaissance, de la sagesse divine et de la sagesse humaine : L’opposition pure et simple telle que la constate St Paul : « Si quelqu’un parmi vous pense être sage selon ce siècle, qu’il devienne fou , afin de devenir sage. Car la sagesse de ce monde est une folie devant Dieu » ; le parallélisme, admis et toléré, qui est une sorte de coexistence pacifique des domaines spirituel et intellectuel ; la coopération entre la spiritualité et l’intellectualité à l’image de la sagesse des Grecs qui deviendra une alliée de la révélation mais qui ne voyait du temps de Saint Paul « qu’une folie dans la prédication du Christ crucifié ».

La pierre philosophale de l’alchimie spirituelle est décrite dans la Table d’Emeraude : « Le soleil en est le père, la lune en est la mère, le vent l’a portée dans son ventre, la terre est sa nourrice ; le père de tout, le Thélème de tout le monde est ici, sa force est entière si elle est convertie en terre... Il monte de la terre et il reçoit la force des choses supérieures et inférieures ». Cela veut dire que les procédés de l’induction (qui monte de la terre au ciel) et de la déduction (qui descend en terre), de la prière (qui monte de la terre au ciel) et de la révélation (qui descend en terre) de l’effort humain et de l’action de la grâce d’en haut, s’unissent pour devenir un cercle entier qui se resserre et se concentre jusqu’à devenir un point où la montée et la descente sont simultanées et coïncident. Ce point là, c’est la pierre philosophale ou le principe du mystère de l’union de l’humain et du divin, de l’humanisme et du prophétisme, de l’intelligence et de la révélation, de l’intellectualité et de la spiritualité.

L’Esprit souffle où il veut, mais la tâche de la Tradition est de maintenir l’ancien idéal du «Thélème de tout le monde qui monte de la terre au ciel et derechef descend en terre et reçoit la force des choses supérieures et inférieures » et d’être le gardien du grand œuvre spirituel. Être gardien signifie d’abord l’étude et l’application pratique de l’héritage du passé puis l’effort créateur continu tendant à l’avancement de l’œuvre. Le grand œuvre spirituel s’opère sous l’action simultanée de deux sources opposées ; l’action de la révélation continue d’en haut et l’effort de la conscience humaine d’en bas. Il y a donc un climat d’attente dans le monde, d’une attente soutenue, méditée et intensifiée au cours des siècles. Cette réalisation là est l’accomplissement historique du grand œuvre de l’union de la spiritualité et de l’intellectualité, de la révélation et de l’humanisme à l’échelle de l’humanité entière.

Les Avatars et les Imans représentent des personnalités qui sont des points culminants de la révélation d’en haut tandis que les Bouddhas représentent l’éveil de la conscience humaine, le mot « bouddha » signifiant l’éveillé tandis que celui de « avatara » signifie descente c'est-à-dire « la descente du divin au-dessous de la ligne qui sépare le Divin du monde humain ou de la condition humaine ». (La Bhagavad-Gita). Si les Avatars sont des descentes du Divin, les Bouddhas sont des points culminants des étapes de l’humanisme en voie d’évolution. Les Saints correspondent aux Avatars en ce qu’ils représentent la révélation de la Grâce divine en eux et par eux et les Justes correspondent aux Bouddhas en ce qu’ils mettent en évidence les fruits de l’effort humain. Les Justes démontrent ce que vaut la nature humaine lorsque son essence même s’éveille et se réveille. Ils rendent témoignages du fait que l’essence de la nature humaine est à l’image et à la ressemblance de Dieu.

De même qu’il y a deux amours - l’amour de Dieu et l’amour du prochain - qui sont inséparables, de même il y a deux sortes de foi - la foi en Dieu et la foi en l’homme - qui sont inséparables. Les saints et les martyrs rétablissent et renforcent la foi en Dieu et les justes rétablissent et renforcent la foi en l’homme. Et c’est la foi en Jésus-Christ, en l’Homme-Dieu, qui unit la foi en Dieu et la foi en l’homme, de même que l’amour de Jésus-Christ unit l’amour de Dieu et l’amour du prochain. En Jésus-Christ, nous avons l’union parfaite de la Révélation divine et de l’humanisme le plus pur. Il est la révélation que Dieu est amour et il est le témoignage du fait que l’essence de la nature humaine est amour. Peut-on concevoir, peut-on imaginer quelque chose qui soit à la fois plus divin et plus humain que l’Amour ?

Les Avatars sont des incarnations du Divin ; ils sont chaque fois des portes et des voies, des Fils de Dieu et des fils de l’Homme qui sont un avec leur Père. « Chacun des Avatars présente aux hommes son propre exemple et se déclare la voie et la porte ; il déclare également l’identité de son être humain avec l’être divin... que le Fils de l’Homme et le Père qui est aux cieux et de qui il est issu, sont un ».(Sri Aurobindo). Jésus-Christ n’est pas seulement de naissance divine, il est aussi - et surtout - la mort divine c'est-à-dire la résurrection : ce qui n’est le cas d’aucun Avatar. L’œuvre de Jésus-Christ diffère de celle des Avatars en ce qu’elle signifie le sacrifice expiatoire pour la transformation de l’humanité déchue, l’idéal chrétien étant « la nouvelle terre et le nouveau ciel » (Apocalypse XXI, 1) tandis que la mission des Avatars est la « libération des bons » de ce monde déchu sans aucune tentative pour le transformer.

Après Jésus-Christ, l’œuvre de la fusion de la spiritualité et de l’intellectualité ne peut être rien d’autre que la germination de la graine christique dans la conscience et la nature humaines. Le nouvel Avatar fera faire un pas en avant à l’évolution spirituelle de l’humanité et ce ne sera rien d’autre que l’union complète de l’humanisme le plus élevé - le principe des bouddhas - et de la révélation la plus haute - le principe des avatars - de sorte qu’aussi bien le monde spirituel et le monde humain parleront et agiront en lui. En d’autres termes, cet Avatar à venir ne parlera pas seulement du bien, il parlera le Bien ; il n’expliquera pas seulement le sens de la Révélation mais il fera parvenir les hommes à l’expérience illuminatrice de la Révélation, de sorte que ce ne sera pas lui qui gagnera en autorité mais Celui « qui est la Lumière qui éclaire tout homme venant au monde ».

Ignace de Loyola préfigure en grande partie la fusion de la spiritualité et de l’intellectualité, de la prière et de la méditation. Il a commencé comme un fou d’esprit et a abouti à la sagesse de l’équilibre parfait entre le monde des révélations et le monde des actions humaines. Il a appris et vécu au grand jour la leçon de l’Arcane « le Mat ou le Fou» qui est l’Arcane de l’expérience de l’homme placé en intermédiaire entre le monde divin et le monde humain, l’Arcane du franchissement du seuil entre ces deux mondes dans deux directions - d’en bas en haut ( tel fut le cas de Cyprien) et du retour (tel fut le cas de St Ignace de Loyola)-. Cet Arcane est l’Arcane où l’on voit la folie, la schizophrénie, la double conscience désaccordée, se transformer en Sagesse.

L’âme individuelle, à l’image de l’histoire spirituelle de l’humanité, commence par vivre l’expérience de la séparation et de l’opposition des éléments spirituels et intellectuels, puis elle s’avance vers le parallélisme, ou se résigne à une sorte de co-existence pacifique de ces deux éléments. Ensuite, elle parvient à la coopération de la spiritualité et de l’intellectualité, pour aboutir enfin à la fusion complète de ces deux éléments en un troisième élément ; la pierre philosophale de l’alchimie spirituelle. La Logique morale parvient au postulat selon lequel Dieu est «la valeur des valeurs», qu’il est Amour puisque c’est l’Amour qui est la source, la cause et la motivation de la création du monde visible et invisible. L’Etre est un don, pas un prêt temporaire, et le Père ne reprend pas ce qu’il a donné ; les êtres créés par le Père sont donc immortels. En Logique morale, l’immortalité est une conclusion nécessaire à l’idée que Dieu est Amour.

La Logique morale est la logique de la tête et du cœur réunis c'est-à-dire de la prière et de la méditation réunis. La prière - qui demande, remercie, adore et bénit - est le rayonnement, le souffle et la chaleur du cœur éveillé. Elle a différents aspects ; l’aspect magique lorsqu’elle s’exprime en formules articulées, l’aspect gnostique lorsqu’elle devient soupir intérieur indicible de l’âme et l’aspect mystique lorsqu’elle entre dans le silence de l’union avec Dieu. Même une prière rapidement prononcée a un effet magique parce que la somme de l’ardeur mise dans cette formule par les croyants, les saints et les anges au fil des siècles est évoquée par le seul fait de la prononciation de la formule de la prière. Toute formule de prière a une vertu magique puisqu’elle est collective ; les voix de tous ceux qui l’ont prononcée sont évoquées et se joignent à la voix de celui qui la prononce avec une intention sérieuse. Loin d’user une formule de prière, l’usage en augmente la vertu.

C’est pourquoi la prière s’adresse non pas à « mon Père qui êtes aux cieux... » mais bien à « notre Père qui êtes aux cieux... »... Quelle que soit l’intention particulière de celui qui récite l’oraison dominicale, c’est au nom de l’humanité entière qu’il prie. Quant à la prière en soupirs intérieurs indicibles, elle est la transformation de la respiration psycho-physique en prière. Ce genre de prière a une vertu plus que magique : elle transforme l’homme en un miroir du monde spirituel et divin. Quant à la prière mystique c'est-à-dire l’état de l’âme humaine unie au divin où elle respire dans et par le souffle de la seule respiration divine, elle est le silence profond de toutes les facultés de l’âme, la consommation de l’amour entre l’âme et Dieu. De même que la prière aboutit à l’union mystique de l’âme avec le divin, de même la méditation aboutit à une connaissance directe des principes éternels et immuables.

La méditation est le moyen de réveiller davantage la conscience vis-à-vis de la réalité de la condition humaine terrestre et spirituelle et des révélations d’en haut. La Logique morale se développe en contemplation des choses qui dépassent l’entendement c'est-à-dire des mystères inconnaissables se prêtent à une connaissance infinie que l’on peut comprendre et connaître toujours plus profondément. La méditation devient alors prière de même que la prière qui atteint l’état de la contemplation devient méditation. Et c’est le mariage alchimique de la prière et de la méditation, du soleil et de la lune du ciel intérieur de l’âme, qui s’opère dans l’âme de l’homme qui est entrain de réaliser l’Arcane « Le Mat » - l’Arcane de l’union de la révélation d’en haut et de la sagesse humaine en évitant la folie - l’Arcane de la formation de la pierre philosophique où se trouve concentrée la double certitude de la révélation d’en haut et de la connaissance humaine. L’Arcane dont le nom ésotérique est « l’Amour » !

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Alexandro Jodorowsky, dans La Voie du Tarot (Éditions Albin Michel, 2004) nous propose son interprétation personnelle du Mat :


« Sais-tu qu’à chaque instant une mutation de conscience est possible, que tu peux soudainement changer la perception que tu as de toi ? On s’imagine parfois qu’agir, c’est triompher sur l’autre. Quelle erreur ! Si tu veux agir dans le monde, il faut que tu fasses éclater cette perception du moi imposée, incrustée depuis l’enfance, qui refuse de changer. Elargis tes limites, sans fin, sans relâche. Entre en transe. »

« Laisse-toi posséder par un esprit plus puissant que le tien, une énergie impersonnelle. Il ne s’agit pas de perdre conscience, mais de laisser parler la folie originelle, sacrée, qui est déjà en toi. »

« Cesse d’être ton propre témoin, cesse de t’observer, sois acteur à l’état pur, une entité en action. Ta mémoire cessera d’enregistrer les faits, les actes, les paroles accomplis. Tu perdras la notion du temps. Jusqu’ici tu vivais sur l’île de la raison, négligeant les autres forces vivantes, les autres énergies. Le paysage s’élargit. Unis-toi à l’océan de l’Inconscient. »

« Tu connais alors un état de supraconscience où il n’y a ni acte manqué, ni accident. Tu n’as pas la conception de l’espace, tu deviens l’espace. Tu n’as pas la conception du temps : tu es le phénomène qui arrive. Dans cet état de présence extrême, chaque geste, chaque action sont parfaits. Tu ne peux pas te tromper, il n’y a ni plan ni intention. Il n’y a que l’action pure dans l’éternel présent. »

« N’aie plus peur de libérer l’instinct, si primitif soit-il. Dépasser le rationnel ne signifie pas nier la force mentale ; sois ouvert à la poésie de l’intuition, aux fulgurances de la télépathie, à des voix qui ne t’appartiennent pas, à une parole venue d’autres dimensions. Vois-les s’unir à l’étendue infinie de tes sentiments, à l’inépuisable force créatrice que te confère l’énergie sexuelle. Vis ton corps non plus comme un concept du passé, mais comme la réalité subjective vibrante du présent. Tu verras que ton corps cesse d’être commandé par les conceptions rationnelles et se laisse mouvoir par des forces qui appartiennent à d’autres dimensions, par la totalité de la réalité. Un animal en cage a des mouvements comparables à la perception rationnelle. Le mouvement en liberté d’un animal dans la forêt est comparable à la transe. L’animal en cage doit être nourri à des heures fixes. Le rationnel doit recevoir, pour agir, des mots. L’animal sauvage se nourrit lui-même et ne se trompe jamais de nourriture. L’être en transe n’agit pas mû par ce qu’il a appris, mais par ce qu’il est. »

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Symbolisme celtique :


Dans ce moment historique de grand changement, j'ai proposé le 22 novembre (22 / 11) au cercle de Tambour de Grenoble de commencer un voyage chamanique à travers les arcanes du Tarot en nous inspirant des illustrations de Will Worthington pour le Tarot des Druides de Philip et Stephanie Carr-Gomm (Édition originale 2004 ; traduction française : Éditions Véga, 2014), laissant à plus tard, la méditation sur les significations de cette lame... et l'assimilation personnelle de l'archétype.


Ainsi donc, dans le livret accompagnant le jeu de cartes du Tarot des Druides de Philip et Stephanie Carr-Gomm (Édition originale 2004 ; traduction française : Édition Véga, 2014), on trouve le petit texte explicatif suivant :

Le Message : Confiance en votre savoir intérieur.

La vie est une aventure - un voyage

de découverte à apprécier.


Mots-clefs : Innocence ; Liberté ; Potentiel ; Jeu ; Confiance ; Ouverture ; Courage ; Optimisme.


Signification : Un Voyage de découverte

Optimisme juvénile -

Un nouveau commencement -

Confiance, foi et courage face à un nouveau projet ou phase -

Prendre un risque et tenter quelque chose de nouveau ou de peu conventionnel -

Vous pouvez être sérieux quant à la vie, mais aussi en profiter -

Pour acquérir la sagesse, combinez l'ouverture et l'optimisme avec la conscience de votre divinité innée - vous fiant à la bonté suprême de la vie.


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Mots-clefs : Candeur ; Naïveté ; Irrationnalité ; Crédulité.


Sens inversé : Tenez le Fou à l'envers et vous voyez le Pendu - la liberté peut devenir une limitation si elle n'est pas utilisée avec sagesse -

Manque de direction -

Crainte de la liberté et sentiment d'être piégé par la routine -

Ne soyez pas trop naïf ou crédule -

Le temps d'assumer des responsabilités matures -

Occasion d'explorer votre potentiel.

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