Blog

  • Anne

L'Huître



Étymologie :

  • HUÎTRE, subst. fém.

Étymol. et Hist. Fin xiiie s. oistre (J. de Meun, Testament, 1168 ds Rose, éd. Méon, t. 4, p. 60), forme en usage jusqu'au début du xviie s. (v. Gdf. Compl.) ; xve s. huistre (Myst. du siège d'Orléans, p. 663 dans Littré) ; 1660 « personne sotte » (Oudin Fr.-Esp.). Du lat. ostrea « id. » (du gr. ο ́ σ τ ρ ε ο ν « id. »).

  • PERLE, subst. fém.

Étymol. et Hist. A. 1. 1re moit. xiie s. « petite concrétion ronde, brillante et dure, qui se forme à l'intérieur de certaines huîtres » (1re trad. du Lapidaire de Marbode, 854 ds Anglo-Norman Lapidaries, éd. P. Studer et J. Evans, p. 64) ; spéc. a) 1260 pelles fausses (É. Boileau, Métiers, éd. G.-B. Depping, p. 193) ; b) id. fines pelles (Id., ibid.) ; c) 1307 perles d'orient (doc. ds Kalendars and inventories, éd. Fr. C. Palgrave, t. 3, p. 139) ; d) 1690 mère perle (Fur.) ; e) 1936 perles de culture (Cat. Madélios, Cadeaux) ; f) 1534 emphiller des perles (Rabelais, Gargantua, éd. R. Calder, M. A. Screech, V. L. Saulnier, chap. 31, p. 200 : passons avec les dames nostre vie à emphiller des perles, ou à filer comme Sardanapalus!) ; g) 1553 jeter des perles aux pourceaux (Bible Gérard, Matthieu 7, 6 d'apr. Rey-Chantr. Expr.) ; 2. 1260 désigne un petit ornement de même forme que les perles mais d'une autre matière, ici, pelles d'argent (É. Boileau, loc. cit.) ; 3. 1552 au fig. ici, désigne les dents de la femme aimée (Ronsard, Amours ds Œuvres, éd. P. Laumonier, t. 4, p. 94) ; 4. p. ext. a) 1751 typogr. désigne le plus petit des caractères d'imprimerie (Encyclop. t. 2, p. 663) ; b) 1835 archit. (Ac.) ; c) 1853 pharm. (Dr Clertan in Journ. de méd. et de chir. pratiques, t. 24, p. 170 ds Quem. DDL t. 8). B. P. métaph. 1. 1532 « personne remarquable dans un domaine particulier » (P. Crignon in J. Parmentier, Œuvres poétiques, p. 4 ds Quem. DDL t. 30) ; 1549 « personne qui dépasse toutes les autres en son genre » (Est.) ; 2. 1923 « mot, expression ou phrase involontairement cocasse » (Léautaud, loc. cit.). C. 1669 gris de perle (Widerhold d'apr. FEW t. 8, p. 254a) ; 1671 gris perle (Pomey, s.v. gris). Issu du lat. perna « cuisse », également « coquillage », prob. par l'intermédiaire d'un dimin. lat. vulg. *pernula. Un empr. à l'ital. perla « perle » (Bl.-W.1-5 ; REW3 n°6418 ; Hope, p. 47) est peu probable car le mot ital. n'est att. que dep. le xiiie s. (Giamboni d'apr. DEI ; lat. médiév. perla à Rome ds Blaise Latin. Med. Aev.). V. FEW t. 8, p. 256a et Cor.-Pasc.


Lire aussi les définitions du nom huître et de la perle pour amorcer la réflexion symbolique.




Symbolisme :


Selon Mircea Eliade, auteur de Images et symboles (Éditions Gallimard 1952, renouvelé en 1980) :


La Lune et les eaux.

"Les huîtres, les coquilles marines, l'escargot, la perle sont solidaires aussi bien des cosmologies aquatiques que du symbolisme sexuel. Tous participent, en effet, aux puissances sacrées concentrées dans les Eaux, dans la Lune, dans la Femme ; ils sont en outre, pour diverses raisons, des emblèmes de ces forces : ressemblance entre la coquille marine et les organes génitaux de la femme, relations unissant les huîtres, les eaux et la lune, enfin symbolisme gynécologique et embryologique de la perle, formée dans l'huître. La croyance aux vertus magiques des huîtres et des coquillages se retrouve dans le monde entier, de la préhistoire aux temps modernes. Le symbolisme qui est à l'origine de telles conceptions appartient probablement à une couche profonde de la pensée "primitive". mais il a connu des "actuations" et des interprétations variées : on rencontre la présence des huîtres et des coquillages dans des rites agraires, nuptiaux ou funéraires, dans l'ornementation vestimentaire ou dans certains motifs décoratifs, même si plus d'une fois, leurs significations magico-religieuses semblent s'être à moitié perdues ou abâtardies. Chez certains peuples, les coquillages continuent de fournir un motif décoratif, alors que leur valence magique n'est même plus un souvenir. La perle, jadis emblème de la force génératrice ou symbole d'une réalité transcendantale, n'a conservé en Occident que la valeur de "pierre précieuse". la dégradation ininterrompue du symbolisme apparaîtra plus nettement à la fin de notre exposé.

L'ensemble iconographique eaux-huîtres est abondamment attesté en Amérique pré-colombienne. Le "Tula relief" de Malinche Hill représente une divinité entourée des Eaux dans lesquelles baignent des huîtres, des spirales, des cercles doubles. dans le Codex Nuttall prédomine le complexe iconographique Eau-poisson-Serpent-crabe-huître. Le Codex Dresdensis figure l'Eau tantôt coulant de coquilles d'huîtres, tantôt replissant des vases formés de serpents enroulés. Le dieu mexicain de l'orage portait une chaîne d'or à laquelle pendaient de petits coquillages marins ; le dieu de la lune avait pour symbole un grand escargot marin.

Dans la Chine ancienne, le symbolisme de l'huître est mieux conservé : les coquillages y participent à la sacralité de la Lune en même temps qu'ils prolongent les puissances aquatiques. Dans le traité de Lû shi ch'un ts'iu (IIIe siècle av. J. C.) on peut lire : "La lune est la racine de tout ce qui est yin ; à la pleine lune les huîtres pang et ko sont pleines et toutes choses yin deviennent abondantes ; lorsque la lune s'assombrit (dernière nuit du cycle lunaire) les huîtres sont vides et toutes choses yin se mettent à manquer". Mo-tsï (Ve siècle av. J. C.), après avoir noté que l'huître perlière pang prend naissance sans œuvre de mâle ajoute : "par conséquent, si pang peut avoir pour fruit une perle, c'est parce qu'elle concentre toute sa force yin". La lune, écrit Liou Ngan (IIe siècle av. J. C.) est la souche du yin. C'est pour cela que les cerveaux des poissons diminuent quand la lune est vide, et que les coquilles des univalves spiroïdes ne sont pas pleines de parties charnues quand la lune est morte." Le même auteur ajoute, dans un autre chapitre : "Les coquillages bivalves, les crabes, les perles et les tortues croissent et décroissent avec la lune."

Le yin représente entre autres, l'énergie cosmique féminine, lunaire, "humide". Aussi l'excès du yin actif en une région déterminée exaspère-t-il l'instinct sexuel féminin et fait-il que "les femmes lascives pervertissent les hommes". Il existe, en effet, une correspondance mystique entre les deux principes, yin et yang, et la société humaine. [...]

Touchant l'influence des phases lunaires sur les huîtres, l'antiquité a connu des idées analogues.

Luna alit ostrea et implet echinos, muribus fibras et jecur addit, disait Lucilius : "La lune nourrit les huîtres, emplit les oursins, donne force et vigueur aux moules." Pline (Histoires Naturelles, II, 41, 3), Aulu-Gelle (Nocles Allicae, XX, 8), avec plusieurs autres écrivains, prétendaient avoir remarqué des phénomènes semblables. Cette tradition para-scientifique, héritée d'un symbolisme ancien dont on ne comprenait plus la fonction, devait se perpétuer en Europe jusqu'au XVIIIe siècle.


Symbolisme de la fécondité.

Plus encore que l'origine aquatique et le symbolisme lunaire des huîtres et des coquilles marines, leur ressemblance avec la vulve a très probablement contribué à répandre à ce point la croyance à leurs vertus magiques. L'analogie est d'ailleurs parfois inscrite dans les termes mêmes qui désignent certains mollusques bivalves : témoin le vieux nom danois de l'huître, kudefisk (kude = vulve). L'homologation de la coquille à l'organe génital féminin est également attestée au Japon. La coquille marine et les huîtres participent de la sorte aux puissances magiques de la matrice. En elles sont présentes et s'exercent les forces créatrices qui jaillissent, comme d'une source intarissable, de tout emblème du principe féminin. Aussi, portées sur la peau comme amulette ou comme ornement, huîtres, coquilles marines et perles imprègnent la femme d'une énergie favorable à la fécondité, tout en la préservant des forces nocives et du mauvais sort. Les femmes Akamba se mettent des ceintures ornées de coquilles d'huîtres, auxquelles elles renoncent après la naissance de leur premier enfant. Ailleurs, les huîtres constituent le plus approprié des cadeaux de mariage. [...] La thérapeutique hindoue moderne utilise la poudre de perle pour ses qualités revigorantes et aphrodisiaques : une application "scientifique" de plus, sur le plan concret, immédiat, d'un symbolisme archaïque qu'on ne saisit plus qu'à moitié.

La fonction cosmologique et la valeur magique de la perle étaient connues dès les temps védiques. Un hymne de l'Alharva Veda (IV, 10) l'exalte ainsi : "Née du vent, de l'air, de la foudre, de la lumière, puisse la coquille née de l'or, la perle, nous défendre de la peur ! Avec la coquille née de l'océan, la première de toutes les choses lumineuses, nous tuons les démons (raksas) et nous triomphons des (démons) dévorants. Avec la coquille (nous triomphons) de la maladie, de la pauvreté... La coquille est notre universel remède ; la perle nous préserve de la peur. Née du ciel, née de la mer, apportée par le Sindhu, cette coquille, née de l'or, est pour nous le joyau (mani) qui prolonge la vie. Joyau né de la mer, soleil né du nuage, qu'elle nous protège de toutes parts des flèches des Dieux et des Asuras. Tu es un des ors (la "perle" est un des noms de l'or), tu es née de la lune (Sôma), tu ornes le char, tu resplendis sur le carquois. Prolonge nos vies ! L'os des dieux s'est fait perle ; il prend vie et se meut au sein des eaux. Je t'attache pour la vie et se meut au sein des eaux. Je t'attache pour la vie, et la vigueur et la force, pour la longue vie, la vie de cent automnes. Que la perle te protège !"

La médecine chinoise, de son côté, tient la perle pour une drogue excellente par ses vertus fertilisantes et gynécologiques. Suivant une croyance japonaise, certaines moules aident à la parturition ; d'où leur nom de "moules accouchement facile". En Chine, on recommande de ne point donner aux femmes enceintes certaine huître qui a la propriété de hâter l'accouchement. Les huîtres, contenant exclusivement le principe yin, sont favorables à la parturition, et parfois la précipitent. La ressemblance entre la perle qui s'est développée dans l'huître et le fœtus est d'ailleurs relevée par les auteurs chinois. Dans Pei ya (XIe siècle) on dit de l'huître pang que, "gravide de la perle, elle est comme (la femme), portant le fœtus dans son ventre, c'est pourquoi pang s'appelle "le ventre de la perle".

Chez les Grecs, la perle était l'emblème de l'amour et du mariage. [...]


Le rôle des coquillages dans les croyances funéraires :

En dehors de l'huître pei, le culte funéraire chinois utilisait encore la plus grande et la plus fine des moules, shen. Moules et coquilles bivalves étaient posées au fond de la tombe. [...] On mettait des perles dans la bouche du mort et le rituel funéraire en usage pour les Souverains de la dynastie han précise que "leurs bouches sont remplies de riz, de perles et de jade, comme l'indique la coutume depuis longtemps établie pour ces cérémonies". [...]

Steiner écrit que "comme en Égypte au temps de Cléopâtre, en Floride les tombeaux des rois étaient ornés de perles. Les soldates de Soto, dans un des grands temples, trouvèrent des cercueils de bois où gisaient, embaumés, les morts ; près d'eux étaient de petites paniers remplis de perles. Le temps de Tolomecco était le plus riche en perles ; les hautes murailles et le toit étaient en nacre, des colliers de perles et de plumes pendaient aux murs ; sur les cercueils des rois étaient posés leurs boucliers ornés de perles, et au milieu du temple se trouvaient des vases pleins de perles précieuses". Willoughby a déjà montré le rôle essentiel des perles dans les cérémonies funéraires, en décrivant les solennités de momification des rois indiens de Virginie. Zelia Nuttall a découvert, au sommet d'une pyramide du Mexique, une couche épaisse de coquillages au milieu de laquelle étaient des tombeaux. [...]


La perle dans la magie et dans la médecine :

L'histoire de la perle est un témoignage de plus du phénomène de dégradation d'un sens initial, métaphysique. Ce qui à un moment donné fut symbole cosmologique, objet riche en forces sacrées bienfaisantes, devient, par l'œuvre du temps, un élément d'ornementation, dont on apprécie les qualités esthétiques et la valeur économique. Mais de la perle-emblème de la réalité absolue, à la perle-"objet de valeur" de nos jours, le changement s'est opéré à travers plusieurs étapes. Dans la médecine par exemple, tant orientale qu'occidentale, la perle a joué un rôle important. Taktur analyse en détail les qualités médicinales de la perle, qu'on emploie contre les hémorragies et la jaunisse, qui guérit les démoniaques et la folie. L'auteur hindou d'ailleurs en fait que continuer une longue tradition médicale : des médecins illustres, comme Caraka et Suçruta, recommandent déjà l'emploi de la perle. Narahari, médecin de Kashmir (en 1240 environ) dans son traité Râjanigantu (varga XIII), écrit que la perle guérit les maux d'yeux, qu'elle est un antidote efficace dans les cas d'empoisonnement, qu'elle guérit la phtisie, qu'enfin elle assure force et santé. Il est écrit dans la Kalhâsaritsâgara que la perle - comme les élixirs de l'alchimie - "chasse le poison, les démons, la vieillesse et la maladie". La Harshacarila rappelle que la perle naquit des larmes du dieu de la Lune et que son origine lunaire - la lune étant "source d'ambroisie éternellement guérisseuse" - en fait l'antidote de tout empoisonnement. En Chine, la médecine utilisait uniquement la "perle vierge", non perforée, qui passait pour guérir toutes les maladies d'yeux. La médecine arabe reconnaît à la perle des vertus identiques.

A partir du VIIIe siècle l'utilisation médicinale de la perle se répand aussi dans la médecine européenne, et l'on constate bientôt une forte demande de cette pierre précieuse. Albertus Magnus en recommande l'emploi. Malachias Geiger dans sa Margaritologia (1637) se préoccupe exclusivement de l'usage médicinal de la perle, affirmant qu'il y a eu recours avec succès, dans le traitement de l'épilepsie, de la folie et de la mélancolie. Un autre auteur souligne l'efficacité de la perle pour fortifier le cœur et traiter la mélancolie. François Bacon range la perle parmi les drogues de longévité.

Il va sans dire que le rôle de la perle dans la médecine de tant de civilisations diverses ne fait que succéder à l'importance qu'elle a eue d'abord dans la religion et dans la magie. Pour avoir été l'emblème de la force aquatique et génératrice, la perle devient - à une époque ultérieure - tonique général, aphrodisiaque en même temps que remède à la folie et à la mélancolie, deux maladies d'influence lunaire, donc sensibles à l'action de toute emblème de la Femme, de l'Eau, de l’Érotisme. Son rôle dans la guérison des maladies d'yeux et comme antidote des poisons est un héritage des rapports mythiques entre perle et serpents. En mainte région, on croyait les pierres précieuses tombées de la tête des serpents ou contenues dans le gosier des dragons. En chine, la tête du dragon passe pour renfermer toujours une perle ou quelque autre pierre précieuse, et plus d'une œuvre d'art figure un dragon avec une perle dans la gueule. Ce motif iconographique dérive d'un symbolisme très ancien et assez complexe qui nous entraînerait trop loin.

Significative enfin, la valeur de longévité que François Bacon prête à la perle. C'est justement une des vertus primordiales de cette pierre précieuse. Sa présence sur le corps de l'homme, comme d'ailleurs celle de la coquille, projette celui-ci aux sources mêmes de l'énergie, de la fécondité et de la fertilité universelles. Quand cette image intérieure n'a plus correspondu au nouveau Cosmos découvert par l'homme, ou quand son souvenir, pour d'autres raisons, s'est abâtardi, l'objet naguère sacré a gardé sa valeur, mais cette valeur elle-même s'est définie sur un autre niveau.

Aux confins de la magie et de la médecine, la perle remplit le rôle ambigu de talisman ; ce qui auparavant donnait fertilité et assurait un sort idéal post mortem devient peu à peu source constante de prospérité dans l'Inde, cette conception s'est conservée jusqu'assez tard. "La perle se doit toujours porter comme amulette de ceux qui désirent la prospérité" dit Buddhabatta. La preuve que la perle a pénétré dans la médecine pour avoir eu d'abord son rôle dans la magie et dans le symbolisme érotico-funéraire, est que les coquilles, en certaines régions, ont une vertu médicinale. En Chine, elles ont aussi familières au médecin que précieuses au magicien. De même chez certaines tribus d'Amérique.

[...] La valeur sacrée symbolique de la coquille marine et de la perle devient peu à peu profane. Mais la nature précieuse de l'objet n'est en rien atteinte par ce déplacement de valeur. En lui s'est à tout moment concentrée la puissance, il est force et substance ; enfin, il demeure constamment solidaire de la "réalité", de la vie et de la fertilité."

*

*

D'après Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, auteurs du Dictionnaire des symboles (1ère édition Robert Laffont, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) :


"La cendre d'huîtres ou de moules était souvent utilisée en Chine comme matière desséchante notamment dans les tombeaux. Autant que l'efficacité physique de la cendre, en cherchait les bienfaits magiques de la coquille bivalve, qui par sa forme symbolisait la féminité et donc la vie.

L'huître est également l'animal qui sécrète la perle. Et celle-ci est cachée dans la coquille. Elle symbolise à cet égard l'humilité vraie, qui est source de toute perfection spirituelle, et, en conséquence, le sage et le saint. Ils ne font que s'ouvrir au soleil et accumuler les richesses intérieures, sur lesquelles ils se ferment soigneusement, pour qu'elles ne soient point profanées. L'huître ne peut pas être séparée du symbolisme de la perle."

*

*

Selon les mêmes auteurs, la perle est un "symbole lunaire, lié à l'eau et à la femme. La constance de ses significations est aussi remarquable que leur universalité, ainsi que l'ont montré en divers livres Mircea Eliade et nombre d'ethnologues.

Née des eaux ou née de la lune, trouvée dans une coquille, la perle représente le principe Yin : elle est symbole essentiel de la féminité créatrice. Le symbolisme sexuel du coquillage lui communique toutes les forces qu'il implique ; enfin la ressemblance entre la perle et et le fœtus lui confère des propriétés génésiques et obstétricales ; de ce triple symbolisme : Lune-eaux-femme, dérivent toutes les propriétés magiques de la perle : médicinales, gynécologiques, funéraires. A titre d'exemple, elle sert, en Inde, de panacée ; elle est bonne contre les hémorragies, la jaunisse, la folie, l'empoisonnement, les maladies d'yeux, la phtisie, etc.

En Europe, elle était utilisée en médecine pour traiter la mélancolie, l'épilepsie, la démence...

En Orient, ses propriétés aphrodisiaques, fécondantes et talismaniques priment sur les autres. Déposée dans un tombeau, elle régénère le mort en l'insérant dans un rythme cosmique, par excellence cyclique, présupposant, à l'image des phases de la lune, naissance, vie, mort, renaissance.

La thérapeutique hindoue moderne utilise la poudre de perles pour ses propriétés revigorantes et aphrodisiaques.

Chez les grecs, elle était l'emblème de l'amour et du mariage.

En certaines provinces de l'Inde, on emplit de perles la bouche du mort ; la coutume se retrouve à Bornéo. Quant aux Indiens d'Amérique, Streeter écrit que comme en Égypte au temps de Cléopâtre, en Floride, les tombeaux des Rois étaient ornés de perles. Les soldats de Solo découvrirent, dans un des grands temples, des cercueils de bois où gisaient, embaumés, des morts ; près d'eux étaient de petits paniers remplis de perles. Des coutumes analogues ont été signalées, notamment en Virginie et au Mexique.

Le même symbolisme recouvre l'usage de perles artificielles. Dans les sacrifices et les cérémonies funéraires du Laos, Madeleine Colani précise que : Les morts sont pourvus de perles pour la vie céleste. On en enfonce dans les orifices naturels du cadavre. De nos jours, les morts sont enterrés avec des ceintures, des bonnets et des habits ornés de perles.

En Chine, la médecine utilisait uniquement la perle vierge, non perforée, qui passait pour guérir toutes les maladies d'yeux. La médecine arabe reconnaît à la perle des vertus identiques.

Avec les Chrétiens et les Gnostiques, le symbolisme de la perle s'enrichit et se complique, sans toutefois jamais dévier de sa première orientation.

Saint Ephrem utilise ce mythe ancien pour illustrer aussi bien l'immaculée Conception que la naissance spirituelle du Christ dans le baptême du feu. Origène reprend l'identification du Christ à la perle. Il est suivi par de nombreux auteurs.

Dans les Actes de Thomas, célèbre écrit gnostique, la quête de la perle symbolise le drame spirituel de la chute de l'homme et de son salut. Elle finit par signifier le mystère du transcendant rendu sensible, la manifestation du Dieu dans le Cosmos.

La perle joue un rôle de centre mystique. Elle symbolise la sublimation des instincts, la spiritualisation de la matière, la transfiguration des éléments, le terme brillant de l'évolution. Elle ressemble à l'homme sphérique de Platon, image de la perfection idéale des origines et des fins de l'homme. Le musulman se représente l'élu au Paradis comme enfermé dans une perle en compagnie de sa houri. La perle est l'attribut de l'angélique perfection, d'une perfection toutefois, non pas donnée, mais acquise par une transmutation.


La perle est rare, pure, précieuse. Pure, parce qu'elle est réputée sans défaut, qu'elle est blanche, que le fait d'être tirée d'une eau fangeuse ou d'une coquille grossière ne l'altère pas. Précieuse, elle figure le Royaume des Cieux (Matthieu, 13, 45-46). Il faut entendre par cette perle qu'on peut acquérir en vendant tout son bien, enseigne Diadoque de Photicé, la lumière intellectuelle dans le cœur, la vision béatifique. Nous rejoignons ici la notion de perle cachée dans sa coquille : comme celle de la vérité, de la connaissance, son acquisition demande un effort. Pour Shabestari, la perle est la science du cœur : lorsque le gnostique a trouvé la perle, la tâche de sa vie est accomplie. Le Prince d'Orient des Actes de Thomas cherche la perle comme Perceval le Graal. Cette perle précieuse, une fois obtenue, ne doit pas être jetée devant les pourceaux (Matthieu, 7, 6) : la connaissance ne doit pas être livrée inconsidérément à ceux qui en sont indignes. Le symbole est la perle du langage, cachée sous la coquille des mots.

La perle naît, selon la légende, par l'effet de l'éclair, ou par la chute d'une goutte de rosée dans la coquille ; c'est en tout état de cause la trace de l'activité céleste et l'embryon d'une naissance, corporelle ou spirituelle, comme le bindu dans la conque, la perle-Aphrodite en sa coquille. Les mythes persans associent la perle à la manifestation primordiale. La perle en sa coquille est comme le génie dans la nuit. L'huître contenant la perle est plus immédiatement, en diverses régions, comparée à l'organe génital féminin.

Associée par nature à l'élément Eau - les dragons la détiennent au fond des abîmes - la perle est aussi liée à la lune. L'Atharva-Veda la dit fille de Sôma, qui est la lune, ainsi que le breuvage d'immortalité. Dans la Chine ancienne, on observe une mutation des perles - et des animaux aquatiques - parallèle aux phases de la lune. Les perles lumineuses, les escarboucles, empruntaient leur éclat à la lune ; elles protégeaient du feu. Mais elles sont à la fois eau et feu, image de l'esprit naissant dans la matière.

La perle védique, fille de Sôma, protège la vie. Elle est, en Chine aussi, symbole d'immortalité. Le vêtement orné de perles, ou les perles introduites dans les ouvertures du cadavre empêchent sa décomposition. Il en va de même avec le jade ou l'or. Il faut remarquer que la perle naît de la même façon que le jade, possède les mêmes pouvoirs et sert aux mêmes usages.

Symbole d'un ordre analogue : celui des perles enfilées sur un fil. C'est le rosaire, le sûtrâtmâ, la chaîne des mondes, pénétrés et reliés par Atmâ, l'Esprit universel. Ainsi, le collier de perles symbolise l'unité cosmique du multiple, l'intégration des éléments dissociés d'un être dans l'unité de la personne, la mise en relation spirituelle de deux ou de plusieurs êtres ; mais le collier brisé, c'est l'image de la personne désintégrée, de l'univers bouleversé, de l'unité rompue.

La perle a une valeur symbolique particulièrement riche en Iran, tant au point de vue de la sociologie que de l'histoire des religions.

D'après une légende reprise par Saadi (poète persan du XIIIe siècle) dans le Bustân, la perle est considérée comme une goutte de pluie tombée du ciel danss une coquille qui tient à la surface de la mer, et s'entrouvre pour la recevoir. C'est cette goutte d'eau, semence céleste, qui devient perle. Voir également Jalâl-od-Din Rûmi : Mathnawî, et Nizâmî : Sekandar nâma, ainsi que Haft-Paykar.

Cette légende tire son origine du folklore persan et constitue un thème fréquent dans la littérature. On cite d'ailleurs un hadîth du Prophète : Dieu a des serviteurs comparables à la pluie : lorsqu'elle tombe sur la terre ferme, elle donne naissance au blé, lorsqu'elle tombe sur la mer, elle fait naître les perles.

La perle intacte est prise comme symbole de virginité dans les œuvres folkloriques et les littératures persanes, ainsi que dans les écrits des Ahl-i Haqq, et d'une manière générale chez les Kurdes ; on emploie l'expression percer la perle de la virginité pour indiquer la consommation du mariage.

Sur un autre plan, cette même secte des Ahl-i Haqq se réfère à ce symbole : les mères des avatars de Dieu sont toutes vierges et leur nom principal est Ramz-bâr, c'est-à-dire Secret de l'océan.

Selon la cosmogonie des Ahl-i Haqq (Fidèles de Vérité en Iran) ... au commencement il n'y avait dans l'Existence aucune créature que la Vérité suprême, unique, vivante et adorable. Sa demeure était dans la perle et son essence était cachée. La perle était dans la coquille et la coquille était dans la mer et les ondes de la mer recouvraient tout.

Ainsi dans une poésie de Sekandar-nâma, Nizâmi parle de la conception d'Alexandre comme de la formation d'une perle royale dans une coquille fécondée par la pluie printanière.

Une lignée familiale est parfois comparée à un fil de perles régulièrement disposées, durr-i manzûm. La même image s'emploie également à propos des paroles mises en vers. Dans la littérature persane, on désigne par perle une pensée raffinée, tant à cause de sa beauté que du fait qu'elle est le produit du génie créateur de l'auteur. On dit par exemple, une pensée subtile plus fine qu'une perle rare. Répandre les perles éclatantes hors des lèvres de cornaline, c'est prononcer des paroles brillantes. Enfiler des perles, c'est composer des vers.

Au sens mystique, la perle est aussi prise comme symbole de l'illumination et de la naissance spirituelles. On peut lire notamment le célèbre Hymne de la Perle, des Actes de Thomas. Le mystique cherche toujours à atteindre son idéal ou son but, c'est la perle de l'idéal. La recherche de la perle représente la quête de l'Essence sublime cachée dan le Soi. L'image archétypale de la perle évoque ce qui est pur, caché, enfoui dans les profondeurs, difficile à atteindre. La perle désigne le Coran, la science, l'enfant. Si quelqu'un rêve qu'il perce une perle, il commente bien le Coran. S'il rêve qu'il vend une perle, grâce à lui les bienfaits de la science seront répandus dans le monde. Hafez parle de la perle que la coquille du temps et de l'espace ne peut contenir, Hariri exalte la perle de la Voie mystique gardée dans la coquille de la Loi canonique.


En Orient, et surtout en Perse, la perle a en général un caractère noble dérivé de sa sacralité. C'est pourquoi elle orne la couronne des rois. On retrouve des traces de ce même caractère dans les parures de perles, spécialement les boucles d'oreilles, ornées de perles rares et précieuses : quelque chose de cette noblesse sacrée rejaillit sur celui qui les porte.

Dans la symbolique orientale des rêves, la perle conserve ses caractéristiques particulières et s'interprète généralement comme l'enfant ou encore la femme et la concubine. En outre, il peut s'agir de la science et de la richesse."

*

*

Selon Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes ( (Hachette Livre, 2000) :


"L'une des caractéristiques de la perle, peut-être même celle à laquelle on pense immédiatement à son propos, qui revient toujours, c'est sa rareté. On dit communément d'une chose exceptionnelle, ou d'un être qui nous est cher, dont on sait estimer la valeur, que c'est une perle rare ; ce qui, désormais, constitue un pléonasme. Mais c'est une réalité. Car la perle est rare. Elle est le produit d'une réaction de rejet d'une huître, dite alors huître perlière, à la présence d'un grain de sable, d'un parasite ou d'un morceau de nacre, introduit malencontreusement dans la double coquille de ce mollusque, c'est-à-dire de cet animal invertébré, dont on a retrouvé des fissiles datant du cambrien. Au bout de plusieurs années, l'intrus est recouvert de plusieurs couches concentriques d'une sécrétion produite par l'huître. C'est ainsi qu'apparaît la perle. Notons au passage qu'à l'huître, la tradition attache des qualités de sottise et de mollesse, tandis qu'à la perle elle attribue des qualités de rareté, comme nous l'avons vu, mais aussi de pureté, ce qui peut sembler paradoxal. Car si l'on en croit sa formation, on ne peut pas dire que la perle soit un produit pur. Mais bien sûr, c'est à son aspect qu'on se fie alors.

A l'aube du paléolithique supérieur, d'après ce que nous en savons aujourd'hui, les hommes et les femmes ont manifesté un besoin o un goût prononcé pour les parures constituées de coquillages, de dents animales, d'os, d'ivoire, de graines, de plumes, etc. A cette période de notre histoire, les "perles sont de petits objets, plus ou moins sphériques, découpés en série à partir de baguettes d'os, de bois de renne, de pierre ou d'ivoire. Elles sont perforées avec soin à partir de deux faces opposées." (André Leroi-Gourhan, Dictionnaire de la préhistoire, Presses universitaires de France, 1988).

Son aspect, sa forme et sa blancheur nacrée induisirent nos ancêtres à l'associer à la Lune. Et du fait qu'on la pêchait dans les profondeurs des eaux de mer, se rattachent aussi à elle des principes liés aux mystères et aux origines de la vie, à des qualités purement féminines. En Inde, mais aussi en Europe au Moyen Âge, la poudre de perle fut même considérée et employée comme un aphrodisiaque puissant.

Dès lors, dans un rêve, il arrive fréquemment que la vision d'une perle nous révèle que nous avons rejeté un principe essentiel en soi, capable de nous régénérer et de nous revigorer, et qu'il nous faut aller le repêcher das es profondeurs de notre psyché. Mais un rêve de perle peut être aussi l'annonce d'une trouvaille que nous allons faire ou d'une prise de conscience importante. Enfin, un tel rêve peut aussi avoir une connotation hautement spirituelle. La perle est alors une représentation onirique de notre âme, le bien le plus précieux que chacun d'entre nous recèle."

*

*

Pour Melissa Alvarez, auteure de A la Rencontre de votre Animal énergétique (LLewellyn Publications, 2017 ; traduction française Éditions Véga, 2017), l'Huître est définie par les caractéristiques suivantes :


Traits : L'Huître symbolise la connexion intérieure à son essence, l'équilibre et la paix. Les huîtres peuvent faire des perles (c'est là une spécialité de l'huître perlière, pas ce celles que l'on consomme), lorsque des déchets se collent dans son manteau - le fin voile de chair qui assure la croissance et le développement de sa coquille. Elle sécrète de multiples couches d'une substance appelée nacre (la même substance qui lui sert à créer sa coquille) pour couvrir ce corps étranger, et la perle se forme ainsi. Cela veut dire que les choses qui vous incommodent, tout comme un grain de sable gêne l'huître, peuvent être transformées en quelque chose de magnifique.


Talents : Créativité ; Discernement ; Intuition ; Débrouillardise ; Sagesse.


Défis : Sur la défensive ; Déséquilibre émotionnel ; Exagérément sensible.


Élément : Eau.


Couleurs primaires : Gris ; Blanc.


Apparitions : Lorsque l'huître apparaît, cela signifie que vous devriez vous refermer et vous retirer dans votre coquille pour vous protéger. Vous avez besoin de rester au calme, de filtrer ce qui est bon pour vous de ce qui ne l'est pas, ou de mettre en veilleuse vos émotions jusqu'à ce qu'il n'y ait plus péril en la demeure. L'huître peut garder les toxines dans son corps, aussi il est important pour vous de faire attention à manger sainement et à boire beaucoup en ce moment. Il est aussi important de lâcher toute négativité qui se présente à vous et de ne pas la laisser vous atteindre. Tout comme l'huître, vous êtes sensible à votre environnement. Regardez autour de vous. Y a-t-il quelque chose que vous puissiez changer pour rendre votre travail ou votre lieu de vie plus positif, énergique ou apaisant ? Réaménagez votre intérieur peut changer la circulation d'énergie, si elle vous semble stagner.


Aide : Vous êtes confronté à des difficultés dans votre vie, et vous avez besoin de trouver un lieu d'équilibre en vous ? Si vous êtes dans un environnement agité, l'huître peut vous aider à trouver de la paix dans le chaos pour vous connecter à votre propre spiritualité et votre être intérieur. Il y a des trésors enfouis en vous. Une fois que vous les découvrez et les reconnaissez, la vie circule avec facilité, en ayant un sens, et vous vous sentez davantage en équilibre. Les huîtres sont difficiles à ouvrir, et cela vous enseigne qu'aucune force extérieure ne peut changer qui vous êtes véritablement à l'intérieur. Il est inutile de céder à la pression de vos pairs, soyez seulement vous-même. L'huître vous permet de voir ce qui a pu être caché. Avec elle comme guide, vous verrez toujours le meilleur dans les mauvaises situations et vous apprendrez de ces expériences. Vous êtes dans l’œil du cyclone, calme, plein de lumière, même si les nuages noirs se déchaînent autour de vous. Avec l'aide de l'huître, les combats deviennent des victoires. Vous avez en vous la force de faire avec tout ce qui se présente sur votre chemin. L'huître peut vous aider à trouver l'harmonie dans votre mental, votre corps et votre esprit.


Fréquence : L'énergie de l'huître est calme et tranquille, lisse, mais dentelée. Elle donne une sensation de fraîcheur et de vivacité. Elle fait un bruit semblable à un long gargouillement dans l'eau.


Imaginez...

Vous avez découvert un banc d'huîtres et vous examinez leurs coquilles fermées, dure et de formes irrégulières. En avançant le long de ce banc, vous regardez dans l'eau peu profonde et observez les huîtres qui sont là. La plupart ont entrouvert légèrement leur coquille. Vous vous baissez pour en toucher une du doigt et elle se referme aussitôt. La coquille est rugueuse, hérissée par endroits, et elle semble un peu glissante au toucher. Vous n'avez aucune difficulté à ramasser l'huître pur l'examiner et la remettre dans l'eau. Vous continuez à marcher, en vous sentant en unité avec la tranquillité qui environne le banc d'huîtres. L'énergie semble pure, originelle. Vous vous asseyez sur le bord de la rive et vus communiez avec l'énergie de l'huître, en pensant à la façon dont cette petite créature peut fwww.tarbouriech.fr/qui-sommes-nous/img_5916-2/aire d'aussi magnifiques perles et comment son aspect extérieur est loin de refléter la beauté qu'on trouve à l'intérieur.

*

*




Symbolisme onirique :


Selon Georges Romey, auteur du Dictionnaire de la Symbolique, le vocabulaire fondamental des rêves, Tome 1 : couleurs, minéraux, métaux, végétaux, animaux (Albin Michel, 1995),


[... voir coquillage...] La jeune inspiration de Véronique confère au symbole, dans une longue séquence de son huitième scénario, une ampleur qui se développe que dans les productions les plus spontanées de l'imaginaire. Véronique, descendue au fond de la mer, se trouve face à une huître : « … J'ai une impression intense de vie... et... j'entre dans l'huître... il y a un superbe coussin, blanc... de soie, très beau, avec une perle... l'huître ne se referme pas... moi, je suis assise, comme dans une caverne... je peux voir l'extérieur... je m'allonge contre la perle, un peu recroquevillée, en position de fœtus... un peu comme si je cherchais une protection... et... je m'endors... et, brusquement, il y a un choc très fort... l'huître s'est refermée, comme une mâchoire... et alors, à l'intérieur, c'est secoué !... Ça fait un tourbillon à l'intérieur... avec la perle qui cogne dans tous les sens... le coussin s'est crevé... il y a un tourbillon de plumes blanches... je tourbillonne aussi... et, brusquement, l'huître s'ouvre... et tout le contenu se déverse dans la mer... et moi aussi... je suis assommée... j'ai le vertige... je fais quelques pas en titubant... et, maintenant, les plumes tombent au fond, sur le sable... elles forment un petit tas tout propre, alors que, quand elles sont sorties, c'était vraiment.. c'était... le désordre le plus complet... et là, il y a un petit tas de plumes blanches en forme de pyramide... et la perle est à côté... je m'assieds sur une pierre, en face de ce petit tas blanc et de la perle... c'est beau... ça me fait plaisir... je suis clame maintenant... c'est devenu une vraie pyramide égyptienne... et je décide d'entrer dedans pour chercher le tombeau... » L'huître de Véronique expose en toute clarté la symbolique de renaissance. Le coquillage est ostensiblement le lieu de l'accomplissement du Soi, habité par la sphère parfaite, la perle. De ce point de vue, l'aventure sous-marine de la jeune fille n'est que l'une des belles illustrations de cette expérience psychique. Ce qui donne à l'inspiration de Véronique sa dimension impressionnante, c'est l'image des plumes qui volent « dans un désordre complet » et qui viennent s'organiser dans la forme géométrique la plus stable : la pyramide. La plume, symbole de l'âme, de l'aérien, de l'impalpable, et la pyramide, représentation de l'univers manifesté, de la matière organisé. La pyramide égyptienne, rêve de pérennité, tombeau d'éternité, coquille colossale ! Pour l'imaginaire, l'humble coquille que promènent la vague et la montagne de pierre édifiée pour l'éternité d'un seul homme ont la même dimension : celle de ce rien qui sépare le visible de l'invisible !

*

*




Mythologie :


Mircea Eliade, auteur de Images et symboles (Éditions Gallimard 1952, renouvelé en 1980) :

*




Littérature :

Coquilles, nacre, perle


Je comprends très bien ce que sent, en présence de la perle, le cœur ignorant et charmant de la femme qui rêve, est émue, sans savoir pourquoi. Cette perle n’est pas une personne, mais ce n’est pas une chose. Il y a là une destinée.

Quelle adorable blancheur ! non, c’est candeur que je veux dire : — virginale ? non ; c’est bien mieux ; les vierges et les petites filles ont toujours, tant douces soient-elles, un peu de jeune verdeur. La candeur de celle-ci serait plutôt celle de l’innocente épouse, si pure, mais soumise à l’amour.

Nulle ambition de briller. Elle adoucit, presque éteint ses lueurs. On n’y voit d’abord qu’un blanc mat. Ce n’est qu’au second regard qu’on commence à découvrir son iris mystérieuse, et, comme on dit, son orient.

Où vécut-elle ? Demandez au profond Océan. De quoi ? demandez au soleil. Elle a vécu de lumière et d’amour de la lumière, comme eût fait un pur esprit.

Grand mystère !… Mais elle-même, elle le fait assez comprendre. On sent que cet être si doux a vécu longtemps immobile, résigné, dans la quiétude qui fait « attendre en attendant, » ne veut rien faire et ne rien vouloir que ce que voudra l’être aimé.

L’enfant de la mer avait mis son beau rêve dans sa coquille, et celle-ci dans sa nacre, et cette nacre dans sa perle, qui n’est qu’elle-même concentrée.

Mais cette dernière n’arrive, dit-on, que par une blessure, une permanente souffrance, une douleur quasi-éternelle, qui attire, absorbe tout l’être, anéantit sa vie vulgaire en cette divine poésie.


J’ai ouï dire que les grandes dames de l’Orient et du Nord, tout autrement délicates que les lourdes enrichies, évitaient les feux du diamant, et n’accordaient de toucher leur fine peau qu’à la douce perle.

En réalité, l’éclair du diamant fait tort à l’éclair de l’amour. Un collier, deux bracelets de perles, c’est l’harmonie d’une femme, l’ornement vraiment féminin, qui, au lieu d’amuser, émeut, attendrit l’attendrissement. Cela dit : « Aimons ! Point de bruit ! »

La perle paraît amoureuse de la femme, elle de la perle. Ces dames du Nord, dès qu’elles les ont une fois mises, ne les quittent plus. Elles les portent jour et nuit, les cachent sous les vêtements. Dans de rares occasions, à travers les riches fourrures, toujours doublées de satin blanc, on aperçoit l’heureux bijou, l’inséparable collier.

C’est comme la tunique de soie que l’odalisque porte en dessous, qu’elle aime tant. Elle ne quitte cette favorite qu’elle ne soit usée, déchirée et sans remède hors de combat, sachant que c’est un talisman, l’infatigable aiguillon d’amour.

Il en est ainsi de la perle. Comme la soie, elle s’imprègne du plus intime et boit la vie. Une force inconnue y passe, une vertu de celle qu’on aime. Quand elle a dormi tant de nuits sur son sein, dans sa chaleur, quand elle s’est ambrée de sa peau et a pris ces teintes blondes qui font délirer le cœur, le bijou n’est plus un bijou, c’est une partie de la personne que ne doit plus voir l’œil indifférent. Un seul a droit de le connaître, et, sur ce collier, de surprendre le mystère de la femme aimée.


Jules Michelet, La Mer, Livre VIII "Coquilles, nacre, perle", 1875.

*

*

L’Huître


L'huître, de la grosseur d'un galet moyen, est d'une apparence plus rugueuse, d'une couleur moins unie, brillamment blanchâtre. C'est un monde opiniâtrement clos. Pourtant on peut l'ouvrir : il faut alors la tenir au creux d'un torchon, se servir d'un couteau ébréché et peu franc, s'y reprendre à plusieurs fois. Les doigts curieux s'y coupent, s'y cassent les ongles : c'est un travail grossier. Les coups qu'on lui porte marquent son enveloppe de ronds blancs, d'une sorte de halo.

A l'intérieur l'on trouve tout un monde, à boire et à manger : sous un firmament (à proprement parler) de nacre, les cieux d'en-dessus s'affaissent sur les cieux d'en-dessous, pour ne plus former qu'une mare, un sachet visqueux et verdâtre, qui flue et reflue à l'odeur et à la vue, frangé d'une dentelle noirâtre sur les bords.

Parfois très rare une formule perle à leur gosier de nacre, d'où l'on trouve aussitôt à s'orner.


Francis Ponge, "L'huître" in Le Parti-pris des choses, 1942.

*

*

Dans Temps glaciaires (Éditions Flammarion, 2014) Fred Vargas développe l'expression bien connue à propos de l'huître :


- Je l'ai vue dans la file, dit-il en s'installant. Retancourt. Elle n'a même pas essayé de nous rejoindre, son visage est fermé comme une huître. De ces huîtres, tu sais, qui résistent à tous nos efforts et qu'on finit par jeter, ou bien écraser à coups de marteau pour en venir à bout.

- Je vois.

- Ce qui signifie de sa part : "Ne me demandez jamais, à aucun prix, pourquoi je suis là".




Arts visuels :

Edouard Manet, Nature morte, 18 ?












*