Blog

  • Anne

La Tanaisie





Étymologie :

Étymol. et Hist. xiies. tanezie (Gloss. de Tours, 331 ds T.-L.). Du lat. vulg. tanaceta (Pseudo-Dioscoride lat.; v. aussi FEW t. 13, 1, p. 80 a), une forme tanacita étant déjà relevée au ves. (Pseudo-Apulée); d'orig. inc. (Ern.-Meillet; André Bot.).


Lire également la définition de la tanaisie afin d'amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Tanacetum vulgaire ; Herbe aux puces ; Mère des herbes.



Botanique :


*




Symbolisme :


Dans son article "Pour une étude de l'histoire de la pharmacie en Belgique", paru dans le Journal de pharmacie de Belgique, le 18 août 1959, A. Guislain nous apprend que la tanaisie fait partie très tôt des simples reconnues comme plantes médicinales :


En 550, Cassiodore, homme d'état et érudit romain, chancelier de Théodoric, roi des Ostrogoths, retiré de la vie politique, fonde en Calabre, le monastère de Vivarium. Il rédige vers 560, les « Institutiones divinarum et saecularium litterarum» pour l'enseignement des moines de son couvent et comprenant les sept arts libéraux. La médecine y a sa place dans une partie consacrée au « xenodochium ». Les xénodochies étaient dans l'église primitive des lieux réservés à la réception des étrangers, devenant par la suite des infirmeries annexées aux monastères, au service des voyageurs et des pèlerins se rendant en terre sainte.

Comme la charité chrétienne recommande d'aider son prochain, la règle de Saint-Benoît traite de l'assistance aux malades. « Il faut s'occuper des malades avant toute chose et au-dessus de toute chose. Il faut les servir comme si l'on servait le Christ; n'a-t-il pas dit lui-même : — J'étais malade et vous m'avez visité (Math. XXV, 36). — Toutes les fois que vous avez fait ces choses à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait (Math. XXV, 40). — De leur côté, les malades doivent se dire qu'on les sert pour l'amour de Dieu. Aussi, ne doivent-ils pas indisposer les moines par des exigences excessives. Toutefois, il faut supporter avec patience ceux qui sont pénibles, car la récompense en sera d'autant plus grande. L'abbé veillera donc scrupuleusement à ce que les malades ne manquent de rien et qu'aucune négligence n'ait lieu de la part des cellériers ni des infirmiers; car toute faute de ses subordonnés retomberait sur lui. »

C'est donc dans ce monastère de Vivarium, sorte d'académie, que la médecine est pour la première fois enseignée aux moines. Et cet enseignement est basé sur les œuvres de Galien, d'Hippocrate et surtout de Dioscoride. Car la culture des plantes médicinales, l'étude de leurs vertus et de leurs mélanges constituent l'essentiel de la matière médicale de cette époque. Les jardins médicinaux prennent modèle sur ceux de Saint-Benoît d'Aniane, réformateur de la discipline monastique suivant la règle de Saint-Benoît de Nursie, dans l'empire carolingien (vers 750-821). Mais les plantes indigènes remplacent de plus en plus les plantes méditerranéennes, par suite des invasions arabes et de la rupture des relations avec l'Orient. On y cultive au début seize simples : lis, sauge, lunaire, rose, cresson, cumin, fenouil, menthe, fenugrec, sarriette, rue, pouliot, tanaisie, livêche, haricot, pois, auxquels viennent s'ajouter aurone, citrouille, melon, absinthe, marrube, glaïeul, cerfeuil, pavot, sclarée, ache, bétoine, aigremoine, cataire, ambroisie, radis.

D'après Hélène COURTIN auteure d'un article intitulé "Les personnages masculin et féminin dans la chanson folklorique bulgare" et paru dans la Revue des études slaves, 1988, vol. 60, n°2, p. 439-444 :


[Toute mère] connaît les plantes qui éloignent les mauvais esprits :

Viens donc, que ta mère cueille

Les fleurs des neuf montagnes

Des neuf jardins de jeunes filles

L'absinthe et la tanaisie

Et le mélilot blanc.

*

*

Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


Pour ne pas avoir de fièvre de l'année, il faut boire, le lundi et le mardi de Pâques, une tasse de tisane de cette plante des talus à fleurs jaunes (basse Bretagne). En Belgique, où l'on conserve soigneusement des bouquets de tanaisie bénis le jour de l'Assomption à l'église, les faire brûler sur des charbons ardents par temps d'orage préserve de la foudre.

Si un moribond a dans les oreilles de la « barbotine » ou tanaisie, son agonie se prolonge.

Selon Giulia UGAS, auteure de Nature et effets du philtre magique d'amour. Analyse littéraire du philtre tristanien. 2018. Thèse de baccalauréat. Università Ca'Foscari Venezia, la tanaisie pourrait être un ingrédient majeur des philtres d'amour :


[en effet, dans Floire et Blancheflor], « Le poète évoque l'image d'une cave très obscure où l'on distingue même un vin pur d'un vin hérbé, grâce à l'éclat de l'escarboucle. L'effet lumineux de cette pierre phosphorescente est extraordinaire : N'a souz ciel tant orbe celier / Qui soit gardé de bouteillier, / Ne poïst de cele clarté / Vin connoistre de fort erbé 81 (vv.478-481). » La clarté ou claré peut être obtenue à travers deux mélanges différents qu'une femme de religion de l'ordre de Saint Benoît, au prénom Hildegarde, nous a laissés. Il est curieux ici que le sacré s'unisse au profane : une abbesse qui nous instruit sur la préparation du vin herbé dont la nature recèle du magique. Le premier mélange prévoit en abondance d'une plante à fleur qui s'appelle saxifrage, le deuxième préfère une plante aromatique connue sous le nom de tanaisie. Ces plantes ne constituent que l'ingrédient dominant auquel d'autres composantes s'ajoutent ensuite « du vin, du miel et des épices comme le cinnamon (l'écorce de casse), le poivre, le clou de girofle. » La chercheuse F. Lyon nous fait savoir que probablement la religieuse a été « influencée par le médecin salernitan Constantin l'Africain, ce qui expliquerait chez elle la connaissance des plantes exotiques, comme la galinge, racine en provenance d'extrême Asie. »

*

*


15 vues