Blog

  • Anne

La Saxifrage




Étymologie :

Étymol. et Hist. xiiie s. saxefrage (Le Livre des simples medicines, éd. P. Dorveaux, p. 179) ; ca 1265 saxifrage (Voc. Plantes, ms. Harley 978, éd. T. Wright, 140a). Empr. au lat. saxifraga « plante employée pour dissoudre les calculs », « plante de rocaille non déterminée » (v. André Bot.).


Lire également la définition du nom saxifrage afin d'amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Casse-pierre ; Désespoir du peintre ; Herbe à la gravelle ; Perce-pierre ; Sanicle des montagnes.




Botanique :


Ce sont des plantes rupicoles : elles s'installent dans les interstices des rochers, d'où leur nom venant du latin saxum, le rocher et frangere, briser. Elles ont souvent développé des capacités étonnantes pour vivre au contact de la pierre (écarts de température importants, vents puissants) et aller puiser l'eau et les éléments fertiles dans les moindres anfractuosités.

Au jardin, les saxifrages sont souvent considérés et utilisés comme des plantes de rocaille. Ils sont appréciés à la fois pour leur feuillage et leur floraison. 















*




Symbolisme :


Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


Selon un récit de haute Bretagne, une jeune fille pleurait sur le rocher d'une falaise. Elle avait été conduite là par sa belle-mère qui, avant de la laisser seule, lui remit une graine noire avec ordre de la semer et d'en obtenir un végétal comestible. Survint alors sa marraine qui lui recommanda de jeter la graine sur le rocher : « aussitôt, de toutes ses fissures, on vit sortir le saxifrage (plante herbacée des pierres) que les gens de la côte mangent avec du vinaigre, et qui a la propriété de guérir les fièvres ».

*




Littérature :


Selon l'article de Patrick Guay, intitulé « Aux racines », publié dans le Bulletin de la Société des amis de la bibliothèque et de l’histoire de l’École polytechnique (Sabix) [En ligne], 61 | 2017 :


Comme ces plantes qui poussent dans un sol maigre et rocailleux, je me serai formé au milieu d’une absence complète d’encouragements.

Jacques Spitz, Journal.


Cette plante à laquelle Spitz fait allusion, la saxifrage, ce sera le titre choisi par lui pour un essai demeuré inédit : « La saxifrage, plante. Étymologiquement : qui brise les rochers. Un beau titre… » [Journal, mai 1935]. Indice que ce travail a progressé, Spitz écrit quelques mois plus tard : « Il me semble que dans La Saxifrage, je n’ai pas pu faire ressortir théoriquement, à cause du tour littéraire de l’ouvrage, cette importance de la déduction quantique qui oblige à considérer qu’il y a liberté, seule réalité, et non pas liberté d’indifférence. » [Journal, hiver 1936.] Il faut déjà noter le double renvoi scientifique et métaphysique qui deviendra une quasi-constante chez lui. Il revient encore à ce projet autobiographique à quelques reprises : « Dans un livre comme La Saxifrage, faire des facultés dialectiques un usage littéraire est absolument nécessaire, mais me peine. Quelle serait donc cette nécessité littéraire plus importante, plus essentielle que la rigueur ? J’y crois, sans y croire. Au-delà de la raison, il y a quelque chose que la littérature peut faire sentir : à cela je m’emploie. » [Journal, printemps 1936]. Je note ici son « un livre », signe que le projet lui tient à cœur et qu’il le considérait même comme une publication potentielle. Cette tentation périodique apparaît indissociable de la volonté de faire le tour de soi. Il écrit vers mars 1937 vouloir reprendre La Saxifrage. Quant à la référence à cette plante appelée aussi casse-pierre, elle parle. Mais le jeune Jacques Spitz s’est-il réellement développé seul, dans un milieu aride, sans aucun support ? J’ai peine à le croire et je pense qu’en imageant ainsi ses origines et sa formation il a plutôt voulu insister sur le sentiment d’adversité, de solitude et d’isolement qui le suivra sa vie durant. Qu’il ait pu être un enfant vaguement malheureux, je veux bien.

*

*

0 vue