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  • Anne

L'Absinthe



Étymologie :

  • ABSINTHE, subst. fém.

Étymol. Corresp. rom. : n. prov. absint, absinte ; ital. absintio ; cat. absinti. 1546 « Artemisia Absinthium L., plante aromatique amère » (Rabelais, Tiers-Livre, éd. A. Lefranc, p. 350 ds Quem. : Les aultres [plantes] ont leur n. par antiphrase et contrariété : comme absynthe, au contraire de pynthe, car il est fascheux a boyre). 1. Forme absince, début xiiie s. « boisson à base d'absinthe » (Sermons de St Bernard, éd. Forster, Rom. Forsch. II, 47, 28 ds T.-L. : Enyvreiz est d'absince) ; 2. forme assenz, xive s. (plante) (Moamin fol. 52 ds Tilander, Glan. Lexic., 25 : Et s'il ne gerist por ce, prenez dimie drame d'assenz et metez la en trois morseaux de char, et donez li à mangier) ; 3. forme assince, fin xve s. (plante) (C. Tardif, L'art de fauconnerie et des chiens de chasse, cité par H. Werth ds Z. rom. Philol. XIII, p. 21 : contre vers ou ventre du chien, le remède est : donne luy semence de assince, pouldre de vers, tout meslé avec beurre ou miel). Empr. au lat. absinthium « plante aromatique amère », attesté dep. Varron, Res rusticae, 1, 57, 2 ds TLL s.v. apsinthium, 321, 40, fréq. ds Pline, Hist. nat., ibid., passim (forme apsinthium dep. Plaute, Trinummus, ibid., 69, calque du gr. α ̓ ψ ι ́ ν θ ι ο ν; graph. lat. ab- anal. de absum, Ern.-Meillet), Roland, Flore pop., VII, 66. 1 forme demi-sav. Lat. vulg. ausentium vies., Dioscorides latinus (TLL ibid., 46-47). « Boisson faite d'absinthe » dep. Pline, Hist. nat., 22, 146, ibid. 322, 20, sens fréq. en lat médiév. (Mittellat. W. s.v., 49, 13 sq.). Cf. a. prov. absens (Rayn.). 2 et 3, formes pop., cf. a. prov. aissens, ausen, ausens (Levy, s.v. aisens) ; formes rom. REW3. Synon. b. lat. aloxinum « plante aromatique amère » (cf. Corp. Gloss. Götz, III, 616, 36 ds TLL s.v. : absentius [absinthius] est aloxinus, dep. vies. Anthimus, ibid., d'où mot pop. a. fr. aluisne évincé par absinthe ; (aire gallo-rom., voir REW3 s.v. alŏxĭnum). HIST. − L'ordre d'importance des 3 sens aux xixe et xxe s. ne correspond pas à leur ordre d'apparition. Pas de disparition de sens ou d'emploi av. 1789 : A.− Sém. I (« plante aromatique amère »). − Ce sens qui a survécu jusqu'à nos jours appartient d'une part au domaine de la bot., d'autre part à celui de la pharmacopée (potion ou autre remède extrait de la plante) (cf. étymol. 1, 2 et 3). − xvie s. : De plant enraciné et de semence s'edifie l'aluine ou absinthe appelé fort. O. de Serres, 565 (Littré). Absinthe romaine ou pontique, marin et vulgaire, est dict aussi aluine pour sa grande amertume, comme celle de l'aloes ; aussi fort, c.-à-d. fort amer ; sa graine tue les vers. Id., 615 (Littré). − Rem. Absinthe pris dans ce sens ne vit guère que dans les lang. spéc. de la bot. et de la pharmacopée, concurremment avec le n. sc. Artemisia absinthium. D'où la rareté des attest. dans la docum. B.− Sém. IB (« amertume »). − Métaph. à partir du sens I (absinthe, plante médicinale). − xvie s. : La longueur d'une absence est bien pleine d'absinthe. Bertaut, Complainte sur une absence (Hug.). − xviie s. : Quand tu la vois si dignement adoucir toutes nos absinthes. Malh., III 3 (Littré). Cet emploi n'est plus vivant à partir du xviiie s. (l'absinthe boisson remplace l'absinthe médicament. Cf. inf. C) à l'exception du style archaïsant, en partic. dans l'expr. stéréotypée : le fiel et l'absinthe. C.− Sém. II (« boisson alcoolique »). − 1re attest. Ac. 1835. C'est pendant la seconde moitié du XIXè. et au début du xxe qu'en raison de la vogue des boissons alcooliques à base d'absinthe ce sens est le plus vivant (cf. nombreuses attest. dans sém. et nombreux dér. fam. ou arg.). La loi du 16 mars 1915 qui interdit la fabrication, la détention et la vente de ces boissons est le principal motif sociol. de la quasi disparition du terme dans ce sens. Cf. styl.


Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Artemisia absinthium ; Absin ; Absinthe des boutiques ; Alluyne forte ; Aloine ; Aluine ; Aluyne ; Alvine ; Amère ; Apussinte ; Armoise amère ; Grande absinthe ; Herbe aux prouesses ; Herbe aux puces ; Herbe aux vers ; Herbe de bar botte ; Herbe de la Saint-Jean ; Herbe des Vierges ; Herbe sainte ; Lionsotte ; Menu alvine ; Môbron.

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Botanique :


Jacques Brosse dans La Magie des plantes (Éditions Hachette, 1979) décrit ainsi l'absinthe :

L'absinthe ressemble à l'armoise, mais elle s'en distingue aisément par sa taille beaucoup moins élevée - 50 à 60 cm en moyenne, toujours moins d'1 m - et par son feuillage argenté très découpé ; ses fleurs, petites, jaunes et globuleuses, forment d'abondantes grappes terminales. De plus, s'il subsiste un doute, il suffit d'en froisser les feuilles qui dégagent une odeur forte et aromatique, facilement reconnaissable. L'absinthe croît, elle aussi, dans les lieux incultes, secs et rocailleux, par exemple au bord des chemins, mais elle est un peu moins répandue que l'armoise.

Quant à l'absinthe maritime (Artemisia maritima), elle ne pousse que dans les terrains salés et les marais littoraux, sur les côtes de la Manche et de l'Océan ; elle est absente des bords de la Méditerranée. Plus petite que l'absinthe vraie - sa tige ne monte que jusqu'à 30 / 40 cm -, elle est entièrement blanche, ou blanchâtre, et tomenteuse, avec des feuilles extrêmement découpées. Ses fleurs, de couleur brunâtre, forment des grappes souvent pendantes et paraissent tard, en septembre-octobre. Beaucoup moins odorante que l'autre absinthe, elle est cependant précieuse en pharmacopée, ses graines fournissant, comme Artemisia cina, sa proche parente, un vermifuge énergique.

 
Absinthe
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Monographie proposée par Meryem El Fennouni dans sa thèse intitulée Les plantes réputées abortives dans les pratiques traditionnelles d’avortement au Maroc. (Université Mohammed V, faculté de médecine et de pharmacie - Rabat, 2012) :

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Propriétés médicinales :


Pline l'Ancien dans son Histoire naturelle (tome second, Livre XXVII ; traduction française : Émile LITTRÉ, disponible sur le site de Philippe Remacle) consacre un long article à l'Absinthe :


XXVlll. [1] II y a plusieurs espèces d'absinthe : la santonique (artemisia santonica, L.), appelée ainsi d'une cité des Gaules ; la pontique, du Pont, où les bestiaux s'en engraissent, ce qui fait qu'on les trouve sans fiel (XI, 75) : c'est la meilleure absinthe ; celle d'Italie est beaucoup plus amère ; l'intérieur de celle du Pont est doux. Il convient de faire connaître l'usage de cette plante, l'une des plus aisées à trouver et des plus utiles, d'ailleurs employée spécialement dans les cérémonies religieuses du peuple romain. En effet, dans les fêtes latines il se fait des courses de quadriges au pied du Capitole, et on donne au vainqueur de l'absinthe à boire, nos ancêtres ayant jugé sans doute que c'était assez l'honorer que de lui donner pour prix la santé. L'absinthe fortifie l'estomac ; aussi fait-on, comme nous l'avons dit (XIV, 19), un vin d'absinthe.

[2] On en donne à boire la décoction dans l'eau, décoction ainsi préparée : on fait bouillir six drachmes de feuilles, avec les branches, dans trois setiers d'eau de pluie, et on laisse refroidir cette décoction à l'air pendant un jour et une nuit. Il faut aussi y ajouter du sel. L'usage de cette préparation est très ancien. On se sert aussi de l'infusion d'absinthe, car c'est le nom qu'il faut donner à cette façon de l'employer. Lorsqu'on la fait infuser dans quelque quantité d'eau que ce soit, il faut que le vase reste couvert pendant trois jours. On use rarement de l'absinthe pilée, ainsi que du suc tiré par expression. Ce suc s'exprime de la graine lorsqu'elle commence à grossir : on la fait tremper dans l'eau pendant trois jours si elle est fraîche, ou pendant sept jours si elle est sèche ; ensuite on en met dix hémines (2 litr., 7) dans quarante-cinq setiers d'eau ; on fait cuire dans un vase de cuivre jusqu'à réduction au tiers ; on filtre, puis on fait cuire lentement jusqu'à consistance de miel, comme le suc qu'on tire de la petite centaurée. Mais le suc d'absinthe préparé de cette manière fait mal à l'estomac et à la tête, au lieu que la décoction dont nous avons parlé est très salutaire.

[3] En effet, celle-ci resserre l'estomac, fait sortir la bile, est diurétique, amollit le ventre, le guérit s'il est douloureux, chasse les vers, et dissipe les faiblesses d'estomac et les flatuosités, avec le sili (XX, 18), le nard celtique et un peu de vinaigre. Elle fait cesser le dégoût, elle aide la digestion ; elle enlève les crudités, avec la rue, le poivre et le sel. Les anciens donnaient l'absinthe en purgatif : six drachmes de la graine dans un setier d'eau de mer gardée, avec trois drachmes de sel et un cystite de miel. On rend cette préparation plus efficace en doublant la dose de sel ; mais comme la graine ne se broie pas aisément, il faut y mettre du soin. Quelques-uns l'ont même donnée dans de la polenta à la dose sus-dite, en y ajoutant du pouliot.

[4] D'autres on fait prendre aux enfants les feuilles dans une figue sèche, pour en masquer l'amertume. Prise avec de l'iris, I'absinthe nettoie la poitrine. Dans l'ictère on la prescrit crue, en boisson, avec de l'ache ou de l'adiante (XXII, 30). Contre les flatuosités, on la prend par petits coups, chaude dans de. l'eau ; pour les affections du foie, avec le nard celtique ; pour les affections de la rate, avec du vinaigre, ou de la bouillie, ou une figue. Dans du vinaigre, elle combat les mauvais effets des champignons et ceux de la glu (ixias, XXII, 21) ; dans du vin, ceux de la ciguë, et le venin de la musaraigne, du dragon marin et du scorpion. L'absinthe est très bonne pour éclaircir la vue : on en fait un topique avec le vin cuit, pour les fluxions des yeux ; avez le miel, pour les contusions. La vapeur de la décoction guérit les oreilles, ou si elles suppurent on pile l'absinthe avec du miel.

[5] Trois ou quatre petites branches d'absinthe, avec une racine de nard celtique et six cyathes d'eau, sont diurétiques et emménagogues. L'absinthe est en particulier emménagogue, prise avec du miel ou en pessaire dans de la laine. Avec du miel et du nitre, c'est un remède pour l'angine. Dans de l'eau , elle guérit les épinyctides. On en fait un topique pour les plaies récentes avant qu'elles aient été touchées par l'eau ; on s'en sert en outre pour les ulcérations de la tête. On l'emploie particulièrement en cataplasme pour les douleurs viscérales, avec de la cire de Chypre ou avec des figues. Elle guérit les démangeaisons. Il ne faut pas la donner dans la fièvre. Bue pendant la navigation, elle empêche le mal de mer ; portée sur le ventre, elle empêche le gonflement des aines. Flairée, elle provoque le sommeil. Elle produit le même effet mise sons le chevet à l'insu de la personne. Placée dans les hardes elle les préserve des vers. En onction, dans l'huile, ou brûlée en fumigation, elle chasse les cousins. L'encre à écrire dans laquelle on a mêlé du suc de cette plante garantit l'écriture contre les rats. La cendre d'absinthe mêlée avec de l'huile rosat et de l'onguent rosat noircit les cheveux.


XXIX. [1] Il est aussi une absinthe marine (XXXII, 31, 5) (artemisia maritima, L.), nommée par quelques-uns seriphium ; la plus estimée croît à Taposiris d'Égypte. Les initiés aux mystères d'Isis en portent un rameau à la main. Elle a la feuille plus étroite que la précédente, et est moins amère. Elle fait mal à l'estomac, relâche le ventre, et chasse les vers intestinaux. On la prend en breuvage avec de l'huile et du sel , ou délayée dans un potage fait avec la farine de blé de trois mois. On en fait cuire une poignée dans un setier d'eau jusqu'à réduction de moitié.

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Dans son Traité du langage symbolique, emblématique et religieux des Fleurs (Paris, 1855), l'abbé Casimir Magnat évoque les vertus thérapeutiques de l'absinthe :


DE L'ABSINTHE

L'absinthe est une plante vivace qui croît naturellement dans les lieux incultes et arides de nos contrées méridionales. Elle s'élève fort peu, ses tiges ne dépassent guère la hauteur de trente centimètres ; elles sont minces et branchues, mais la tige principale surmonte presque seule toutes les autres. Son feuillage est très agréable, d'un vert argenté ; ses fleurs petites, jaunâtres, disposées en grappes menues et feuillées ; elles paraissent dans l'été. On lui donne les noms de grande absinthe, absinthe des boutiques, armoise, amère, aluine, etc.

Les vertus de l'absinthe ont été célébrées par les plus savants médecins de la Grèce et de Rome, et le temps, loin de détruire son antique renommée, n'a fait au contraire que l'accroitre de plus en plus, aussi cette plante est-elle employée tous les jours avec succès comme un excellent tonique fébrifuge, très eflicace pour détruire les vers. On en fait diverses préparations, soit infusée dans du vin qu'on nomme vin d'absinthe, soit dans l'eau ou l'alcool. On en prépare une liqueur de table employée par les personnes qui ont l'estomac paresseux ; elle facilite la digestion, mais elle est très échauffante, nuisible aux estomacs délicats. Cette plante arrête la fermentation de la bière et l'empêche de s'aigrir ; elle conserve et bonifie les vins prêts à pousser. Elle rend amer le lait des vaches et la chair des moutons. Les feuilles portent fortement à la tête lorsqu'elles sont fraîches.

Voici comment s'exprime M. Cazin dans son excellent traité des plantes médicinales : L'absinthe est une des plantes indigènes les plus précieuses. Je l'ai souvent employée contre les fièvres intermittentes de tous les types, lorsque l'état des voies digestives m'en permettait l'usage. J'emploie souvent le vin d'absinthe comme vermifuge ; dans ce cas j'y joins souvent les fleurs de tanaisie. Chez les enfants, j'applique l'absinthe en cataplasme sur l'abdomen, bouillie dans le lait avec quelques gousses d'ail ... Les brasseurs substituent ou joignent l'absinthe au houblon dans la fabrication de la bière, soit pour en modérer la fermentation ou empêcher son acidité, soit par économie lorsque le prix du houblon est trop élevé ; la présence d'une certaine quantité d'absinthe dans cette boisson la rend plus enivrante. Déjà les anciens avaient remarqué que l'usage trop fréquent de l'absinthe nuit à la tête et aux yeux. Cette opinion existe aussi dans nos campagnes et parait justifiée par l'observation. L'indertolse a éprouvé de violents maux de tête et de l'inflammation aux yeux toutes les fois qu'il a fait usage de l'extrait ou de l'essence d'absinthe. J'ai moi-même observé cet effet chez un jeune cultivateur d'un tempérament sanguin, et qui, atteint d'une irritation gastrique, avait pris du vin d'absinthe pendant quinze jours pour se fortifier l'estomac. Il est donc de toute évidence que l'absinthe est nuisible lorsqu'il existe une grande excitation nerveuse ou un état phlegmasique.

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Selon Alfred Chabert, auteur de Plantes médicinales et plantes comestibles de Savoie (1897, Réédition Curandera, 1986) :


Les vers intestinaux sont fréquents dans nos campagnes, surtout chez les enfants : la tisane d'absinthe était fort employée autrefois. [...] On détruit les ascarides vermiculaires par les lavements d'infusion d'absinthe.

[...]

Les plaies anciennes ne tendant pas à cicatrisation sont lavées avec de la tisane d'absinthe et pansées avec la poudre de feuilles sèches de Sisymbrium sophia, Hugueninia tanacetifolia, Juniperus sabina.

[...]

Du mendiant à la vermine, il n'est besoin de transition. Elle est combattue avec succès par la poudre de feuilles d'absinthe, [...] ou par les lotions faites avec l'infusion de l'absinthe.

Dans son manuscrit, Bugand donne plusieurs recettes pour la détruire ; elles sont trop réalistes pour que je ne les reproduise pas telles quelles : [...]

« Erba det let pudzet, absinta, Artemisia absinthium. Nommée vulgairement herbe aux puces, parce qu'on en fait avec le crottin de cheval ou ce mulet un composé pour attirer et détruire els puces. Le soir, avant de se coucher, on prend une poignée d'absinthe et quelques crottins qu'on pile bien ensemble : on place le tout recouvert de quelques balayures au milieu de la chambre à coucher ; les puces ne tardent pas à s'y rendre, et le matin la cuisinière les brûle avec de l'eau bouillante. »

Gardez-vous bien, ô botanistes mes confrères, d'en tenter l'expérience. J'ai passé une nuit dans un chalet où l'on avait fait cette préparation en mon honneur, sans m'en dire la composition. Elle est affreusement nauséabonde, et l'intervention de la cuisinière au marin avec son eau bouillante faillit me faire rendre l'âme.

[...]

Les ménagères aisées et soigneuses mettent dans leur linge de l'absinthe.

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D'après Marc Questin, auteur de La Médecine druidique (1990, nouvelle édition inchangée 1997),


"Les druides avaient déjà pressenti les propriétés anthelminthiques de l'absinthe, qui était l'objet d'offrande aux dieux ; Gaulois et Gauloises s'en ceinturaient les reins, les premiers pour combattre les rhumatismes, les secondes pour faire venir leurs règles. On utilise les feuilles et les sommités fleuries, qui jouissent de beaucoup de propriétés médicinales. Très bon tonique et stimulante, possédant des vertus appétitives certaines, l'absinthe excite l'appétit tout en favorisant la digestion.

C'est aussi un excellent fébrifuge qu'on utilisait autrefois dans les accès de fièvre paludéenne, soit seule, soit associée à la centaurée, la gentiane et l'écorce de saule.

L'absinthe s'emploie en infusion, ainsi qu'en vin, bière et poudre afin d'en atténuer l'amertume. On peut s'en servir également comme eau ophtalmique dans les maladies oculaire (lavage matin et soir) et aussi pour nettoyer les plaies atones.

Contre l'hydropisie, l'infusion se prépare avec du vin blanc bouillant (30 g de plante pour un demi-litre) ; une cuillerée à bouche matin et soir."

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Spagyrie :


Voici la fiche proposée par Viviane Le Moullec dans Élixirs floraux de Viviane à faire soi-même (Éditions du Dauphin, 1997, 2020) :


Mot clef : Pour retrouver l'estime de soi... et celle des autres.


Qui est l'absinthe ? L’Absinthe est un buisson aux feuilles allongées, d'un vert argenté, à l'odeur tonique et très amère. C'est une « Artemisia », tout comme l'Armoise et l'Estragon. Ces trois plantes sont dédiées à la déesse Artémis (la Lune). Si l'Armoise la représente en tant que jeune fille, l'Estragon la représente en tant que femme et l'Absinthe en tant qu'aïeule.


Avec quoi réaliser votre élixir ? Utilisez les feuilles, les branchettes souples et, quand vous le pouvez, ses odorantes petites fleurs jaunes. Pour vous approvisionner, demandez à des épiciers arabes? Ils la font vernir du Maroc et elle est excellente. Si vous avez l'occasion d'en récolter, attendez qu'elle soit couverte de ses toutes petites fleurs jaunes.


Médecine traditionnelle :

  • Une tisane pour les jours froids : L'Absinthe est la compagne des jours froids des habitants des montagnes au Maroc. Elle aide ceux qui se sentent « glacés jusqu'à la moelle des os ». Dans nos contrées, cette herbe joue un rôle important dans l'herboristerie classique et dans la réalisation des liqueurs. C'est une plante très amère, très tonique et très efficace contre l'épuisement dû à trop de travail ou aux conditions physiques trop dures. Il faut l'employer avec certaines précautions sinon elle risque d'engendrer des désordres neurologiques, alors qu'à toutes petites doses elle chasse les idées noires.

  • Gourmandise : le vin d'absinthe en version alchimique : Faites macérer un petit bouquet d'Absinthe dans du vin blanc (du vin blanc honnête, de provenance biologique) pendant une lune. Filtrez. Ajoutez les cristaux de potasse résultant de la Lavation et du miel selon votre goût. Laissez reposer pendant une autre lune. Filtrez à nouveau et mettez à bonifier dans de jolis flacons pendant au moins une autre lune. Dégustez avec modération ! Rassurez-vous, cette délicieuse recette n'a rien à voir avec la liqueur dont certains poètes du début du XXe siècle avaient fait leur maléfique muse verte. Ils avaient abusé de ses bienfaits et la Dame Plante s'était retournée contre eux...

  • Tradition : à Rome : Autrefois, à Rome, le vainqueur de certaines courses de chevaux recevait une coupe de liqueur d'Absinthe. Cette liqueur était réputée éloigner les dangers liés à l'honneur fait au vainqueur. Une personne parvenue à la puissance doit se souvenir de ses amis qui l'ont aidée à sortir de l'ombre tout en y restant eux-mêmes. Si, au début de ce siècle, on a pu constater que l'Absinthe faisait des ravages, ce n'est pas parce que la plante est un poison, c'est parce que ce lui qui en abusait avait à cacher un sentiment de honte profond : celui qui naît du fait d'avoir abandonné ses amis ou de ne pas avoir su les récompenser pour l'aide fidèle qu'ils lui avaient apportée.


Aide alchimique : Nettoyage des émotions lourdement négatives

L'Absinthe est une plante un peu étrange et qui demande à être apprivoisée. Elle porte le nom de l'étoile Absinthe, laquelle, selon la tradition biblique, doit apparaître à la Fin des Temps et provoquer bien des bouleversements. Elle sépare l'utile de l'inutile ; elle défait les nœuds de la pensée par amalgame, du genre '" Tout le monde est pareil" ou "Il m'arrive toujours la même chose". Elle aide à retrouver l'estime de soi, et donc l'estime des autres.

L'Absinthe vous aide à vous libérer des émotions lourdement négatives. Elle vous fait distinguer vos idées noires de celles des autres. Ce travail de discrimination vous permet de vous occuper d'abord de vos problèmes.

L'Absinthe apprend à se méfier des solutions toutes faites. Elle aide à voir clair dans certains jeux spirituels qui dénigrent les efforts personnels au prétexte que des êtres venus d'ailleurs... aideront les pauvres humains au jour du "Jugement Dernier", à la seule condition qu'ils ne réfléchissent plus et se donnent entièrement, sans réflexion et sans retour, à un idéal aussi fumeux que nocif.

En faisant que les gens ne s'en remettent pas passivement à d'autres pour résoudre leurs problèmes à leur place, cet être Plante joue là son rôle d’Étoile-Absinthe. Elle fait que les gens se séparent des ombres noires et des idées stupides qui leur collent à la peau. Elle joue un rôle analogue à celui de la Vigne, avec cette différence : l'Absinthe prend les ombres et les rejette loin de la personne qu'elle protège ; la Vigne aide la personne à trouver ce qui, en elle, attire ces ombres. L'Absinthe est à employer d'abord, afin d'éloigner cette lourde pression sur la personne qui veut progresser. Ensuite, vient la Vigne, qui amène la personne à corriger les défauts qui font qu des choses négatives entrent en résonance avec elle.


Témoignages :

  • (1976 et 1990) L'Absinthe qui n'aime pas les fantômes

Témoignage de Viviane : J'ai utilisé le vin d'Absinthe pendant que je procédais à des recherches concernant l’Égypte ancienne. Nous étions un groupe de six personnes, bien informées dans le domaine de l'ancienne magie. Malgré les précautions, nous nous sommes rapidement heurtés à des "ombres" (khaïbit), appelées "fantômes" quand elles échappent à leur légitime propriétaire.

L'Absinthe nous a aidés à distinguer nos propres problèmes de ceux des autres, à éviter des expériences intempestives avec ces "ombres" du passé qui ne nous appartenaient pas. Et donc à ne nous mêler que de ce qui nous concernait vraiment.

  • (2000) La grande Absinthe dans du vinaigre de cidre

Témoignage de Suzanne : « J'ai rencontré la grande Artemisia (Artemisia absinthis) l'été dernier, dans un champ face à la Meije, vers 1400 m. Pour réaliser l'élixir, Artemisia a choisi le vinaigre de cidre. Hier, je m'aperçois que, dans le bocal de l'absinthe, une grande pellicule blanche recouvrait les plantes : une mère de vinaigre. Elle est la seule de toutes mes plantes qui macèrent à 'avoir fait. Je ne sais pas si je vais faire l'élixir. Qu'en pensez-vous ? »

Note de Viviane : Absinthe dit que cette mère est excellente pour réparer les bobos de la peau. Elle précise (j'écris sous sa dictée) que vous pouvez vous servir d'un peu de sa mère pour ensemencer un tout petit peu de bon vin et d'utiliser ce baume pour des problèmes de peau, y compris de radiations. Elle confirme qu'elle ne veut pas (du moins pour l'instant) que vous fassiez un élixir avec votre préparation. Elle dit qu'elles (elles sont plusieurs plantes) étudient une nouvelle approche.

Commentaire de Viviane : Le vinaigre est traditionnellement utilisé pour désinfecter la peau en douceur et lui restituer son acidité nécessaire (un peu mais pas trop). Les savons - s'ils nettoient bien - ont tendance à rendre la peau alcaline. Par conséquent, un peu de vinaigre rétablit l'équilibre. Les principes amers de l'Absinthe sont excellents pour réveiller quand on manque de tonus et une peau à bobos a besoin d'encouragements pour travailler un peu plus?. Absinthe utilise le terme de "baume". Il semble donc que le bon mélange serait un peu de vinaigre d'Absinthe ajouté à une même quantité d'huile. Mais quelle huile ? De première pression à froid, bien sûr. L'huile d'olive devait bien convenir. Pour ceux qui craignent les odeurs alimentaires, sachez qu'il ne faut qu’une toute petite quantité de ce baume pour soigner et qu'on le fait pénétrer dans la peau par un léger massage.

  • (2006) Absinthe, la plante qui aide ceux qui se sentent gelés jusqu'à la moelle des os

Témoignage d'Anne : J'ai très froid, je sais bien que nous sommes en hiver, mais tout de même ! Je sens que l'Absinthe me veut du bien. Pourriez-vous m'en dire plus ?

Réponse de Viviane : Chère Anne, vous vous demandez où trouver de l'Absinthe en plein hiver. Vous avez peu de chances d'en trouver chez l'herboriste, en revanche, puisque vous habitez Paris, vous aurez plus de chance chez l'épicier marocain. Inutile de vous inquiéter : si vous devez travailler avec l'Absinthe, cette plante s'arrangera pour que vous la trouviez.

Quels sont les souhaits de l'Absinthe en ce moment ? Nous avons vu qu'elle aide l'être humain à lutter contre le froid glaçant, qui vous pénètre jusqu'à la moelle des os. Nous autres, en France, avons d'excellents systèmes de chauffage, donc si l'Absinthe souhaite avoir des contacts plus profonds avec des êtres humains, ce n'est pas pour les aider à soigner leurs rhumes, encore que...

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Croyances populaires :


Selon Angelo de Gubernatis, auteur de La Mythologie des plantes ou les légendes du règne végétal, tome 2 (C. Reinwald Libraire-Éditeur, Paris, 1882),


L'absinthe (absinthium) est l'une des herbes que Pline appréciait le plus. (Cf. Armoise.) Macer Floridus le constate :

Plinius attollit magnis hanc laudibus herbam,

Romanosque refert sacris ex more diebus,

Dum quadrigarum cursu certare solerent ;

Absinthii succum solitos donare bibendum

In capitolina victori scde localo,

Credentes pretium prae cunctis reddere dignum

Illi, quo firmam posset servare salutem,

Quae constat mundi pretio pretiosior omni.


Johnston, dans sa Thaumatographia naturalis, note la croyance populaire d'après laquelle on assure qu'un enfant n'aura ni froid ni chaud pendant toute sa vie, pourvu qu'on lui frotte les mains avec le jus d'absinthe avant que la douzième semaine de sa vie s'écoule.

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Dans Le Folk-Lore de la France, tome troisième, la Faune et la Flore (E. Guilmoto Éditeur, 1906) Paul Sébillot recense nombre de légendes populaires :


Aux environs de Dinan, lorsqu'elle [une femme pendant ses jours menstruels] a touché du bout du doigt une feuille d'absinthe, toute la plante semblera mourir mais peu de temps après elle reparaît à dix mètres plus loin : « l'herbe sainte » est allée se purifier sous terre pour se montrer ensuite plus vigoureuse que jamais.

[...] On a relevé plusieurs fois en Basse-Bretagne, l'emploi de la friction, accompagnée de formulettes et de diverses circonstances superstitieuses pour guérir une fièvre pernicieuse : le conjurateur, né un vendredi de Mars, et un jour impair, frotte avec un bouquet d'absinthe toutes les parties du corps du malade, sans en excepter aucune, en récitant une conjuration ; l'opération terminée, il en récite une autre sur un ton menaçant en enjoignant au mal de s'en aller.

 

Le Dictionnaire Larousse en 2 volumes (1922) propose des pistes pour comprendre le langage emblématique des fleurs :

Nom Signification Couleur Langage emblématique

Absinthe Amertume Blanc verdâtre Vous me causez une grande peine.

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Symbolisme :


Louise Cortambert et Louis-Aimé. Martin, auteurs de Le Langage des fleurs. (Société belge de librairie, 1842) évoquent rapidement le symbolisme de l'ansinthe :


ABSINTHE - ABSENCE.

L'absence est le plus grand des maux, a dit La Fontaine ; l’Absinthe est la plus amère des plantes ; son nom vient du grec, il signifie sans douceur.

 

Dans Les Fleurs naturelles : traité sur l'art de composer les couronnes, les parures, les bouquets, etc., de tous genres pour bals et soirées suivi du langage des fleurs (Auto-édition, Paris, 1847) Jules Lachaume établit les correspondances entre les fleurs et les sentiments humains :


Absinthe - Absence.

Absinthe vient du grec et signifie sans douceur. C’est une des plantes les plus amères. Est-il une amertume de cœur comparable au chagrin de l’absence ?

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Dans son Traité du langage symbolique, emblématique et religieux des Fleurs (Paris, 1855), l'abbé Casimir Magnat propose une version catholique des équivalences symboliques entre plantes et sentiments :


ABSINTHE - ABSENCE.

Comme le cerf soupire après l'eau des torrents, ainsi mon âme soupire après vous, ô mon Dieu ! Mon âme est altérée de Dieu, du Dieu vivant : quand irai-je apparaître devant lui ? (Ps. XLI, 12.)


L'absinthe est d'une telle amertume qu'elle est devenue un objet de comparaison pour désigner les substances qui possèdent la même qualité ; c'est pour la même raison qu'on en a fait l'emblème de l'absence qui selon La Fontaine est le plus grand de tous les maux. Nous voyons dans les Ecritures que l'amertume de cette plante a fourni à quelques auteurs sacrés plusieurs sujets de comparaisons, ainsi Jérémie se plaignant de ce que le peuple juif avait abandonné la loi du Seigneur et voulant montrer avec quelle sévérité ce même peuple serait puni, nous dit formellement qu'il sera nourri d'absinthe et abreuvé de l'eau de fiel, (Jérémie, 1X, 15). L'Esprit saint voulant nous faire comprendre dans les proverbes combien sont grands les dangers de fréquenter la femme étrangère, nous dit qu'elle est amère comme l'absinthe. (Prov. V. 4) L'apôtre saint Jean nous parle aussi de l'absinthe dans son Apocalypse. (Apoc. VIII, 10).

REFLEXION :

L'absence diminue les médiocres passions et augmente les grandes, comme le vent éteint les bougies et allume le feu.

(LA ROCHEFOUCAULT.)

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Emma Faucon, dans Le Langage des fleurs (Théodore Lefèvre Éditeur, 1860) s'inspire de ses prédécesseurs pour proposer le symbolisme des plantes qu'elle étudie :


Absinthe - Absence

L'absinthe vient du grec el signifie amertume. Cette plante est vivace, ligneuse, très amère, aromatique ; ses feuilles sont blanchâtres et découpées ; ses fleurs sont petites et jaunes. Son symbole est l'absence, car celle-ci cause toujours tristesse et amertume.


La fleur disait au papillon céleste :

Ne fuis pas !

Vois comme nos destins sont différents. Je reste,

Tu t'en vas !

Mais, hélas ! l'air t'emporte et la terre m'enchaîne,

Sort cruel !

Je voudrais embaumer ton vol de mon haleine

Dans le ciel ! VICTOR HUGO.

 

Dans son Nouveau Langage des fruits et des fleurs (Benardin-Béchet, Libraire-Éditeur, 1872) Mademoiselle Clémentine Vatteau poursuit la tradition du Sélam :


ABSINTHE : plante aromatique, arrière, cultivée dans nos jardins ; elle symbolise l'absence et l'amertume.

ABSINTHE (petite marine), symbole : Voyage lointain.

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Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), l'Absinthe (Artemisia absinthium) a les caractéristiques suivantes :


Genre : Masculin

Planète : Mars

Élément : Feu

Divinité : Diane ; Artémis ; Iris, déesse de l'arc-en-ciel

Pouvoirs : Puissance psychique ; Protection ; Amour ; Invocations.


Parties toxiques : Feuilles et sommités fleuries. L'Absinthe n'est pas violemment vénéneuse ; on peut en consommer de faibles quantités, et la plante entre d'ailleurs dans de nombreuses préparations médicamenteuses. Toutefois, les huiles essentielles contenues dans ses sucs sont toxiques. C'est pourquoi la liqueur d'Absinthe – la fée verte -, boisson apéritive très en vogue au début du siècle, fut peu à peu mise hors la loi. Aujourd'hui, sa fabrication est interdite dans tous les pays occidentaux. La législation française bannit cet apéritif en 1915. Sa consommation abusive, et surtout répétée, provoque en effet de graves troubles cérébraux : stupeur, hébétude, amoindrissement intellectuel rapide, delirium tremens.

L'Absinthe fait partie de la grande famille des armoises (Artemisia). Nous examinons toutefois cette plante à part, car ses propriétés, ses utilisations et les traditions qui s'y rapportent sont différentes de celle de l'« herbe à cent goûts » (Artemisia vulgaris), que le lecteur va rencontrer quelques pages plus loin.


Utilisation rituelle : Un mai d'Absinthe pour une fille signifie qu'elle a tort de dédaigner les propositions d'un garçon simple, mais honnête et travailleur, car ce n'est pas en aimant les mauvais sujets qu'elle bâtira son avenir.


Utilisation magique : Brûlées avec divers encens, fleurs et feuilles d'Absinthe dégagent des principes actifs qui favorisent les états médiumniques et accroissent les pouvoirs psychiques. Dans le midi de la France, les sorciers des campagnes obtenaient les mêmes résultats en couchant sur une paillasse bourrée d'Absinthe fraîche.

Les hommes et les femmes qui travaillaient dans les rizières italiennes avaient soin de porter sur eux une tige d'Absinthe : on se garantissait ainsi contre les morsures des serpents d'eau, sangsues, etc. Dans la région de Comacchio, sur la côte Adriatique, la même tige-fétiche protégeait contre les ensorcellements.

Le jus d'Absinthe frais a longtemps été utilisé comme antidote contre l'empoisonnement par les champignons vénéneux. Même de nos jours, dans le Massif central, certaines grand-mères n'en démordent pas. Signalons cependant que la médecine officielle s'est élevée contre ces pratiques empiriques qui, selon son code de valeurs, ne sont que croyances sans fondement.

Les Indiens d'Arizona suspendent la plante entière au rétroviseur de leur auto ou camion : ainsi protégé, le véhicule peut affronter sans risques les pires pistes de montagne. Il n'y aura pas d'accident.

Bien que proscrite en France depuis soixante-dix ans, la fée verte continue de hanter l'esprit de certains vieux Méridionaux. Si vous êtes suffisamment intime pour que l'on vous montre, avec un clin d'œil, la liqueur qui macère dans une bonbonne, cachée sous le tas de bois, ne demandez surtout pas quelles « herbes de la garrigue » entrent dans la composition de ce pastis. C'est un puissant aphrodisiaque, tout le village vous le confirmera. Une farce classique des invités consistait à glisser des tiges d'Absinthe dans le lit des mariés. L'effet n'est pas toujours celui que l'on attendait. Dans un village aux environs de Génolhac (Gard), en 1902, le marié descendit avec son fusil de chasse et tira sur la noce.

Un grimoire anglais du XVI e siècle donne la recette d'une « poudre à brûler sur les tombes », dans laquelle entre de la racine d'Absinthe séchée et broyée : l'esprit du mort apparaîtra et vous pourrez converser avec lui. C'est sans doute en souvenir de cet ancien rite de sorcellerie que la plante est toujours utilisée, en fumigations, pour invoquer les esprits.

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Dans le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982), Jean Chevalier et Alain Gheerbrant nous apprennent que :


"Désignant toute absence de douceur, cette plante aromatique symbolise la douleur, principalement sous la forme de l'amertume, et en particulier la douleur que provoque l'absence.

Mais, déjà chez les Grecs, elle servait à parfumer les vins et les Latins en désaltéraient les athlètes. Le breuvage passait pour tonifiant.

Dans le texte de l'Apocalypse, Absinthe serait le nom donné à un astre flambant comme une torche et symbolisant, historiquement, le roi de Babylone qui dévastera Israël et, prophétiquement, Satan : ... Et le troisième ange sonna... Alors tomba du ciel un grand astre, comme un globe de feu. Il tomba sur le tiers des fleuves et sur les sources ; l'astre se nomme Absinthe : le tiers des eaux se changea donc en absinthe, et bien des gens moururent de ces eaux devenues amères... (Apocalypse, 8, 10-12).

Selon les interprétations d'exégètes chrétiens, la chute de l'étoile absinthe serait un de ces cataclysmes cosmiques qui préluderont au Grand Jour de Dieu, c'est-à-dire à la fin du monde et au Jugement dernier. Cette étoile déchue tourmentera les habitants de la terre d'une mortelle amertume. Ce qui est singulier, c'est que ce tourment et ces morts proviendront des eaux devenues amères. Si l'on fait intervenir ici la symbolique générale de l'eau, source primordiale de la vie, on est enclin à interpréter cette absinthe comme une calamité tombant du ciel et corrompant les sources mêmes de la vie. On pensera à Hiroshima ou à une explosion nucléaire, qui rendrait les eaux mortellement radio-actives, ou encore aux nitrates infiltrés dans les nappes phréatiques par l'abus des insecticides dans l'agriculture.

Au niveau de l'intériorité, et d'un point de vue analytique, peut-être dira-t-on qu'absinthe symbolise une perversion de la pulsion génésique, une corruption des sources, les eaux devenues amères."

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Jacques Brosse dans La Magie des plantes (Éditions Hachette, 1979) consacre dans sa "Flore magique" un article aux différentes armoises, et en particulier l'absinthe :


[...] Quant à l'absinthe, c'était jadis en anglais the old woman, « la vieille femme » : voilà qui rappelait l'usage qu'en faisaient les femmes de la campagne, comme plus tôt les Grecques et les Romaines, pour combattre les troubles de la ménopause. Enfin, l’absinthe maritime (Artemisia maritima) a en français pour nom vulgaire la sanguenitte, ce qui se passe de commentaire, mais aussi la barbotine, ce qui au contraire en demande ; barboter, c'est s'agiter dans la bourbe, comme le canard, et, au sens figuré, « vivre dans un état misérable et honteux » ; cet état honteux n'est-il pas celui dont une femme ne sort qu'en se délivrant de son « faix » ?

Dès lors se trouve défini, semble-t-il, le rôle des armoises, la nature de l'aide que par leur entremise Artémis apporte aux femmes. Qu'elles facilitent les accouchements, la délivrance, paraît a priori peu conforme à la nature de la chaste déesse, et ce n'est là probablement qu’une fonction secondaire, dérivée ; en revanche, les Artemisia permettent de franchir plus aisément les étapes pénibles qui rythment la vie d'une femme : puberté d'une part, ménopause de l'autre.

[...]

En anglais, l'absinthe s'appelle encore worm wood, « bois à vers ». Plus curieux est le nom qu'on lui donne parfois en allemand, Grabkraut, « plante des tombes » ; ce qui réfère à un usage qui avait cours autrefois dans la région de Cologne : on déposait de l'absinthe sur la tombe de ses amis, mais n'était-ce pas justement pour les protéger des vers du sépulcre ? Ce pouvoir anthelminthique des armoises n'est d'ailleurs pas sans rapport avec les propriétés secrètes que nous venons d'exposer. Dans un cas comme dans l'autre, ne s'agit-il pas d'expulser de l’organisme un corps étranger ? Et, en bien des traditions, comme en psychanalyse, le fœtus est considéré comme un parasite qui vit au détriment de l'organisme maternel. [...]

Si l'absinthe est également un vermifuge, elle est beaucoup plus connue pour les propriétés toniques et stomachiques qu'elle tient de son extrême amertume. « Parmi d'autres vertus admirables, affirme dans son édition de 1572 la fameuse Maison rustique, l'absinthe réconforte l'estomac alourdi par les humeurs bilieuses [...] et, pour cette cause il y a un vin fait d'absinthe et appelé du même nom. » L'absinthe, en quelque manière, « tue le ver », ainsi que le précise de façon imagée le langage populaire. L'usage de l'absinthe comme apéritif est donc fort ancien. En revanche, son abus est moderne. Au tout début de ce siècle, l'absinthe était devenue le pire de tous les fléaux sociaux, beaucoup plus dangereuse que ne le sont aujourd'hui toutes les autres drogues ; sa consommation avait quintuplé en vingt ans et il fallut en interdire la fabrication au début de la guerre de 1914. L'absinthisme engendrait une dégénérescence irréversible qui se traduisait par des perturbations motrices, sensorielles et psychiques beaucoup plus graves que celles de l'alcoolisme ordinaire ; elles conduisaient rapidement à un état d'abrutissement et d'hébétude, pus à une déchéance profonde et sans remède.

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Selon Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani :


Surnommée "herbe sainte", cette variété d'armoise, dont les vertus remontent à la plus haute Antiquité, chasse les serpents. En Italie, tous ceux qui travaillaient dans les rizières se munissaient d'une tige d'absinthe, croyant ainsi se protéger contre les morsures de serpent d'eau ou de sangsue.

On s'est servi longtemps du jus d'absinthe comme contrepoison, notamment pour guérir de l'absorption de champignons vénéneux : "... même de nos jours, dans le Massif central, certaines grands-mères n'en démordent pas. Signalons cependant que la médecine officielle s'est élevée contre ces pratiques empiriques qui selon son code de valeurs, ne sont que croyances sans fondement."

Si l'on frotte les mains d'un nourrisson âgé de moins de douze semaines avec du jus d'absinthe, l'enfant ne souffrira ni du chaud ni du froid pendant toute sa vie.

Mélangée à du fiel de bœuf, elle agit contre les bourdonnements d'oreille. Pour guérir une fièvre tenace, et à condition d'être né un vendredi de mars et un jour impair, ne peut se frictionner le corps avec cette plante, en récitant une conjuration et en ordonnant au mal de s'éloigner.

Au Moyen Âge, on fabriquait des jarretières avec de l'absinthe cousue entre deux lanières de peau de lièvre. Ces véritables "bottes de sept lieues" permettaient de marcher "cent lieues sans s'arrêter."

Sur la côte de l’Adriatique, l'absinthe éloigne les maléfices. En Arizona, les Indiens se croient à l'abri des accidents grâce à la plante qu'ils suspendent au rétroviseur de leur véhicule.

L'alcool d'absinthe ou "fée verte", en vogue à la fin du XIXè siècle, puis interdit en raison de sa nocivité, était réputé pour ses grands pouvoirs aphrodisiaques. Parce que la pante est supposée éveiller le plaisir sensuel, on en plaçait autrefois des tiges dans le lit des jeunes mariés. Toutefois, l'absinthe, symbolisant la douleur, en particulier celle que "provoque l'absence", fait courir des dangers à une femme enceinte qui en toucherait, provoquant une fausse couche par son seul contact.

Lorsqu'elles ont brûlées avec de l'encens, les "fleurs et les feuilles d'absinthe dégagent des principes actifs qui favorisent les états médiumniques et accroissent les pouvoirs psychiques". Pour profiter de ces pouvoirs, les sorciers du sud de la France se couchaient sur une paillasse remplie de la plante fraîche. Les fumigations d'absinthe servent également à invoquer les esprits.

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Fabrice Fenouillère, dans Des Plantes et des hommes (Éditions Galéa, 2017) présente ainsi l'Absinthe :


Une fée verte qui rend fou : Elle n’est pas la plante sauvage la plus évidente à reconnaître, par contre, je suis certain que son nom vous dira quelque chose : la grande absinthe, Artemisia absinthium. Un patronyme qui devrait immédiatement vous faire penser à un célèbre breuvage.

Née en Suisse, l’absinthe, qu’on surnommera la fée verte, est en effet cette boisson alcoolisée qui a connu une popularité sans précédent au XIXe siècle sous forme d’absinthe distillée comme base de recette, agrémentée d'uns avant mélange d'anis vert, de fenouil et d'hysope, le tout offrant un alcool singulier pouvant flirter avec les 75°.

Autant vous dire dire qu’avec cette canicule au fond des verres, un certain nombre de têtes ont tourné, à commencer par celles des people de l’époque, tels Rimbaud, Baudelaire, Verlaine, Zola, Van Gogh, Degas ou Toulouse-Lautrec.

Un verre d’absinthe à la main, il était alors de bon ton, dans les salons bourgeois, de s’encanailler, de cinq à sept, avant que ce sulfureux compagnon de fête ne se démocratise véritablement, entrant dans presque tous les foyers, devenant même le symbole de l’alcoolisme ! À grand renfort de slogans et de rapports médicaux on en faisait effectivement la source de tous les maux, l’accusant de rendre aveugle, violeur, criminel, suicidaire, tuberculeux ou fou.

Autant de bonnes raisons pour qu’elle devienne la première boisson interdite en France, nous sommes alors en 1915. Une prohibition qui sera levée en 1988 sous la condition, tout de même, que le taux de thuyone, la molécule contenue dans cette plante et suspectée d’être dangereuse, soit limité. Cependant, les dernières études prouvent que cet élément n’est en rien néfaste pour l’organisme et que les effets pervers de l’absinthe retenus il y a un siècle étaient simplement ceux, bien connus, de tout alcool très fort pris à haute dose...

D’ailleurs loin des verres, l’absinthe, en tant que plante sauvage récoltée et non soumise à distillation, a longtemps su rendre de bons et loyaux services médicinaux aux hommes. En infusion on l’a toujours pensée capable de protéger du poison des champignons vénéneux, d’éliminer les vers présents dans l’estomac, de stimuler la créativité ou lutter contre la fatigue et le mal de mer.

Une coutume tenace assure même que frotter les mains d’un nourrisson de moins de douze semaines avec le jus de sa tige pressée permettrait au bébé de ne jamais souffrir, ni du chaud ni du froid, tout au long de sa vie. Avis aux jeunes parents envieux de faire de futures économies de vêtements...

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Dans L'Oracle des Simples, savoir ancestral des Sorcières de campagne (Éditions Arcana Sacra, 2019), Siolo Thompson présente ainsi l'Absinthe qu'elle associé à la Prudence :


Artemisia, le beau nom scientifique de cette plante, fait référence à la déesse grecque Artémis, déesse de la chasse et protectrice de la forêt. Selon l'Herbarium d'Apulée, Artémis a donné cette plante à Chiron, le centaure guérisseur, qui a ensuite dérivé de ses feuilles une médecine. En retour, il a nommé la plante en son honneur. Son nom vernaculaire, absinthe, lui a été donné bien plus tard. On peut trouver des références à l'absinthe dans toutes sortes de textes, dans la Bible, dans l'œuvre de Shakespeare ou de Zola, et dans les anciens livres de recettes de cocktails. Cette plante médicinale était largement utilisée comme digestif, en dépit de sa toxicité potentielle, et elle est citée dans les recettes de nombreuses « liqueurs digestives ». Son amertume marquée et son odeur forte éloignent les papillons de nuit et autres insectes, et on s'en sert même dans des traitements contre les puces. Vous pouvez trouver de l'absinthe ou l'une de ses proches parentes dans de nombreuses régions de l'hémisphère nord et du sud de l’Europe. Elle est facile à identifier à son feuillage vert argenté, à ses petites fleurs jaunes et à l'odeur mentholée de ses brindilles et de ses feuilles. L'absinthe a de nombreuses applications, mais la mieux connue, c'est son emploi comme ingrédient principal dans la liqueur d'absinthe et d'autres spiritueux, dont le vermouth et la bière du XVIIIe siècle, avant que ne se répande l'emploi du houblon.


Propriétés oraculaires : L'absinthe peut repousser la vermine et éloigner toutes sortes de problèmes de santé, mais elle est aussi toxique à certaines doses. De la même manière, la Prudence peut vous sauver la vie, ou vous épargner des situations délicates ; la peur ou l'anxiété peuvent aussi être toxiques. Beaucoup de situations exigent de la prudence et vous demandent de regarder avant de sauter. Si vous la rencontrez dans un contexte oraculaire, demandez-vous quelles zones de votre vie mériteraient d'être examinées de plus près. Appelez la Reine d’Épées, avec sa lucidité et son aptitude à voir au travers des tromperies et de la confusion. Le Chevalier de Deniers offre une perspective différente, qui parle de prudence comme d'un mode opératoire. Voici un chevalier qui ne charge jamais ; pour prendre une décision, il exige une approche mesurée, à long terme, plutôt que de l'impulsivité.

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Arnaud Riou dans L’Oracle du peuple végétal (Guy Trédaniel Editeur, 2020) classe les végétaux en huit familles : les Maîtres, les Guérisseurs, les Révélateurs, les Enseignants, les Nourricières, les Artistes, les Bâtisseurs et les Chamans.

La famille des Révélateurs comprend la Menthe poivrée, l’Absinthe, la Verveine, le Basilic, le Persil, le Gingembre et le Poivre. Les révélateurs mettent en lumière, en exergue, pimentent, sucrent ou permettent à leur environnement de se transformer.

Ce n'est pas l'événement qui crée le drame,

mais la charge émotionnelle que nous y associons

et le regard que nous portons sur lui.


Ils donnent du goût, parfument un plat, l'épicent ou le transforment. Les Révélateurs ont un rôle clé dans notre apprentissage du goût comme dans notre apprentissage de l'existence. Ils nous apprennent à transformer une viande, une poêlée de légumes ou un poisson sans saveur en délice pour les papilles. Notre existence peut être fade, morne ou épicée, pimentée, salée, sucrée. Ce sont les Révélateurs qui vont vous permettre de transformer votre regard sur une situation, un événement, un potentiel. Le Thym, le Romarin, Le Laurier, la Menthe, Le Poivre, la Cannelle, le Piment de Cayenne ou la Vanille, les Révélateurs qu'on appelle en cuisine les plantes aromatiques, les aromates ou les épices accompagnent l'histoire de la cuisine et ainsi l'histoire de l'humanité depuis des millénaires. Les Révélateurs ont pour vocation de réveiller la beauté, de mettre en avant une sensibilité, de rendre unique ce qui serait passé inaperçu. Apprendre à les reconnaître, à vivre avec eux, c'est apprendre à transformer votre regard sur le monde, le rendre plus beau, plus généreux, plus inspirant.

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Notre plus grande dépendance,

C’est d’être prisonnier de notre désir de liberté.

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L’Absinthe est une plante vivace de la famille de l’Armoise que l’on trouve en Asie, en Afrique du Nord et en Europe. Elle se plaît dans les talus et dans les friches au sol riche et drainé. Elle est bien accueillie dans les potagers ensoleillés au milieu des Carottes et des Choux, qu’elle défend contre les insectes qui se montreraient trop gourmands. Utilisée en purin, elle devient un précieux fongicide que les jardiniers déposent au pied des arbres fruitiers. L’Absinthe est reconnaissable à ses feuilles gris-vert. Elle offre à la fin du printemps de petites fleurs jaunes, qui sont semblables aux chrysanthèmes composés en bouquets. L’Absinthe est appréciée pour ses vertus médicinales dès l’Egypte ancienne. On lui prête des propriétés antiseptiques, elle favorise le transit, répare les maux d’estomac. L’Absinthe connaît son heure de gloire en intégrant la composition d’une boisson apéritive. Elle est alors mariée à l’Anis vert et au Fenouil. Elle s’installe et se popularise en Franche-Comté. Les habitants lui reconnaissent ses qualités et la plébiscitent. Ils s’occupent d’elle et la distillent dans la région. L’Absinthe contribue à créer autour d’elle de nombreuses entreprises et emplois. C’est alors toute une économie qui s’organise autour de cette plante originale et charismatique. L’esprit de l’Absinthe aime se transformer, se répandre et voyage aussi bien dans les campagnes que dans les villes, où elle s’invite dans les foyers des plus populaires aux plus bourgeois. On utilise quelques gouttes de son essence pour purifier l’eau. Elle a la réputation d’être un remède contre la malaria. Elle part sur le front pendant la guerre franco-prussienne. Elle devient la première boisson apéritive. Elle est très populaire, puis disparaît au fil des ans avant que la bourgeoisie parisienne ne la redécouvre et la choisisse comme sa boisson préférée. Elle est associée aux peintres, aux poètes, qui la consomment sans modération dans les cafés de Montmartre et de Montparnasse. Elle est rendue célèbre par Emile Zola dans L’Assommoir, œuvre dans laquelle il attribue à la Fée verte le pouvoir de rendre fou. L’Esprit de l’Absinthe explore, crée, rencontre les artistes, les poètes qu’elle accompagne dans l’ivresse des profondeurs pour les aider à trouver l’inspiration. De populaire, sa réputation devient sulfureuse. En fait-elle trop ? L’Absinthe change son nom, devient la fée bleue ou la fée grise en fonction des endroits où elle se déplace. Elle est associée à l’ivresse. On la consomme dans les bars. Les serveurs la préparent en faisant fondre un sucre sur une cuiller qui lui est dédiée. On la retrouve sur de nombreux tableaux d’artistes. L’Absinthe aurait réveillé la folie de Van Gogh et de Toulouse-Lautrec, qui entretenaient avec l’esprit de la plante une relation fusionnelle, passionnelle et destructrice. L’Absinthe a dépassé les limites. Elle sera bannie et interdite au début de la guerre par le Gouvernement, qui souhaite rassembler ses troupes et favoriser le commerce du vin. Si l’Absinthe provoque une accoutumance et une dépendance, ce n’est pas tant par la nature de son esprit que par la quantité et la régularité d’alcool qu’on lui associe pour la révéler. Mais peut-on dissocier l’artiste de son œuvre, l’esprit de la plante des boissons qu’elle inspire ? L’Absinthe sera vendue sous le manteau et distillée secrètement dans les alambics de fortune avant d’être à nouveau autorisée à la fin des années 1970. Guérison et maladie, sagesse et folie, interdiction et popularité, l’Absinthe est la plante du paradoxe, de la complexité et du secret. C’est la plante de la dépendance, de l’accès à la créativité et aux facettes paradoxales de notre personnalité.


Mots-clefs : L’ivresse – La liberté – La clandestinité – Le libertinage – La fidélité – La compagnie – La solitude – La mauvaise réputation – La célébrité – L’image de soi – Le pouvoir – La force sombre du pouvoir – La dépendance – L’addiction – L’excès.


Lorsque l’Absinthe vous apparaît dans le tirage : L’Absinthe fait partie de la famille des Révélateurs. C’est par les extrêmes qu’elle vous révèle. Elle vous éclaire sur les deux dimensions de votre pouvoir : pouvoir de la lumière et pouvoir de l’ombre, solitude et compagnie, pouvoir sur soi et pouvoir sur l’autre, renommée et médisance, attirance et répulsion. L’Absinthe vous révèle en vous invitant à vous distinguer, à plonger en vous pour trouver et affirmer votre identité, votre originalité. Mais c’est aussi dans les plongées abyssales que le chercheur d’absolu peut se perdre et rencontrer les limites de la folie. L’Absinthe vous aide à développer votre liberté intérieure. La liberté ne se décrète pas. Elle n’est pas accordée par les gouvernements ou les institutions. C’est un état intime qui s’appuie sur l’audace et l’authenticité. On ne demande pas à l’autre de nous rendre libres. On se détache intérieurement de tout ce qui nous emprisonne. L’Absinthe alors réveille la créativité, l’audace et la spontanéité d’affirmer ce qui vous rend unique. L’Absinthe enfin vous aide à intégrer davantage l’art, la beauté, la poésie dans votre quotidien de façon à vous aider à incarner le rôle qui vous sied de l’aventurier du grand mystère.


Signification renversée : Lorsque l’Absinthe vous apparaît dans sa forme renversée, c’est pour vous éclairer sur la face sombre de la liberté. Parce qu’ils se sentent prisonniers, il arrive à beaucoup de s’échapper par la boisson, par l’excès ou par les drogues et de partir à la recherche d’un sentiment de liberté. Ils se retrouvent pourtant rapidement dans une forme d’addiction. Si son essence n’est pas comprise, la recherche compulsive de la liberté peut conduire à l’addiction. Être libre, c’est choisir d’emprunter une voie et de s’y tenir. Parfois le désir de liberté vous emprisonne dans une forme d’instabilité, et vous devenez dépendant d’un sentiment de liberté qui vous empêche tout engagement. A vouloir absolument être libre, vous devenez prisonnier de votre désir de liberté. Ainsi, l’Absinthe renversée vous interroge sur vos choix. De quels choix êtes-vous vraiment fiers, que pouvez-vous tenir dans la durée ? Êtes-vous prêt à vous engager ? A tenir des projets dans le temps et dans l’espace ? L’Absinthe vous aide à incarner votre liberté pour être l’acteur de votre vie et assumer pleinement une existence qui s’appuie sur vos valeurs profondes et vos aspirations les plus authentiques.


Le Message de l’Absinthe : Je pousse sur les talus. Je me sens libre autant dans la nature vive des friches que dans les carrés des potagers. Je pousse à mon rythme. L’eau et le Soleil nourrissent mes besoins. J’ai acquis le pouvoir hypnotique des plantes. Je connais la psyché des profondeurs. Mon essence vient soigner l’estomac et l’aider à digérer les toxines physiques et psychiques que tu absorbes. Observe ce qui te nourrit. Je ne parle pas que des plats, des fruits et les légumes. Tu peux parfois te sentir très nourri d’une autre forme de nourriture. La choisis-tu ou s’impose-t-elle à toi ? Sais-tu que lorsque tu parles, lorsque tu offres, lorsque tu décris une situation, tu nourris ton âme d’images, de représentations ? Tu fixes tes croyances, tu offres une nourriture psychique à ton esprit qui lui servira de référence dans l’œuvre de ta création. Je t’invite à plonger en toi jusqu’à la profondeur de tes cellules et à la beauté de ton âme. Tu cherches la liberté. Un jour, tu sauras que ta recherche est terminée lorsque tu ne verras autour de toi que de la lumière, de l’accueil et du contentement. Ce ne sont plus alors les événements extérieurs qui pourront conditionner ta liberté, mais la profondeur de ta respiration et l’éclat de ton cœur.


Le Rituel de l’Absinthe : Connectez-vous à l’énergie de l’Absinthe. L’Absinthe va vous accompagner et affirmer votre vision. Vous allez confectionner un tableau de vision. Pour cela, vous pouvez vous appuyez sur une grande feuille, sur une toile ou une page de cahier. Collez dans ce cahier les images qui vous parlent, les phrases qui vous inspirent. Posez les paysages, les représentations, les objets, les visages qui vous font du bien. Vous pouvez dessiner, assembler, représenter. Le fond et la forme de ce tableau sont complémentaires. Répétez plusieurs fois cette phrase : « Aujourd’hui, je prends conscience que je crée ma réalité à partir de mes représentations. Ce sont mes croyances, mes représentations qui inspirent ma vie. Aujourd’hui, je suis le Maître de mes croyances, le réalisateur de mes représentations et le Souverain de mon Royaume. »

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Mythologie :


L'absinthe est la plante d'Artémis, déesse grecque des morts violentes.

 


Littérature :


Ode à l'absinthe

Salut, verte liqueur, Némésis de l’orgie ! Bien souvent, en passant sur ma lèvre rougie, Tu m’as donné l’ivresse et l’oubli de mes maux ; J’ai vu plus d’un géant pâlir sous ton étreinte ! Salut, sœur de la Mort ! Apportez de l’absinthe ; Qu’on la verse à grands flots !


Il est temps à la fin que je te remercie : Celui qui ne sait pas toute la poésie Qu’un flacon de cristal peut porter en son flanc, Celui-là n’a jamais près d’une table ronde, Vu d’un œil égaré les globes et le monde Valser en grimaçant.


Il ne soutiendra pas sans que son cœur défaille Qu’il n’est pas sur la terre une chose qui vaille De l’ivrogne absinthé le sommeil radieux, Qui peut, quand il lui plaît, durant son rêve étrange, Quittant le corps humain, sentir des ailes d’ange L’emporter dans les cieux.


Moi, je t’aime ! Aux mortels ta force est plus funeste Que la foudre, le feu, la mitraille, la peste, Et je te vis souvent terrasser le soldat, Insoucieux de tout, contentant son envie, Quoique sachant trop bien qu’il te donne sa vie Qu’épargna le combat.


J’aime ta forte odeur et ton flot d’un vert sombre Qui laisse s’élancer, au milieu de son ombre Des feux couleur de sang tout le long du cristal, Comme si le Seigneur, en signe de prudence, Avait voulu mêler à ton vert d’espérance Quelque signe fatal.


Belle comme la mer, comme ses flots cruelle, Tu peux quand tu le veux aussi, cacher comme elle, Sous un calme apparent tes instincts irrités, Et ton flux fait tourner un océan de têtes, Qui battent en riant, les soirs des jours de fêtes, Les portes des cités.


Pour moi, qui ne veux pas atteindre la vieillesse, Je veux contre ta force essayer ma faiblesse, Combattre contre toi, t’étreindre corps à corps. Je veux voir, aujourd’hui, dans un duel terrible, Si tu peux soutenir ton titre d’invincible : Notre témoin sera la mort !


— Alfred de Musset ou Valéry Vernier ?, "Ode à l'absinthe" in ?

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