Blog

  • Anne

L'Absinthe



Étymologie :

  • ABSINTHE, subst. fém.

Étymol. Corresp. rom. : n. prov. absint, absinte ; ital. absintio ; cat. absinti. 1546 « Artemisia Absinthium L., plante aromatique amère » (Rabelais, Tiers-Livre, éd. A. Lefranc, p. 350 ds Quem. : Les aultres [plantes] ont leur n. par antiphrase et contrariété : comme absynthe, au contraire de pynthe, car il est fascheux a boyre). 1. Forme absince, début xiiie s. « boisson à base d'absinthe » (Sermons de St Bernard, éd. Forster, Rom. Forsch. II, 47, 28 ds T.-L. : Enyvreiz est d'absince) ; 2. forme assenz, xive s. (plante) (Moamin fol. 52 ds Tilander, Glan. Lexic., 25 : Et s'il ne gerist por ce, prenez dimie drame d'assenz et metez la en trois morseaux de char, et donez li à mangier) ; 3. forme assince, fin xve s. (plante) (C. Tardif, L'art de fauconnerie et des chiens de chasse, cité par H. Werth ds Z. rom. Philol. XIII, p. 21 : contre vers ou ventre du chien, le remède est : donne luy semence de assince, pouldre de vers, tout meslé avec beurre ou miel). Empr. au lat. absinthium « plante aromatique amère », attesté dep. Varron, Res rusticae, 1, 57, 2 ds TLL s.v. apsinthium, 321, 40, fréq. ds Pline, Hist. nat., ibid., passim (forme apsinthium dep. Plaute, Trinummus, ibid., 69, calque du gr. α ̓ ψ ι ́ ν θ ι ο ν; graph. lat. ab- anal. de absum, Ern.-Meillet), Roland, Flore pop., VII, 66. 1 forme demi-sav. Lat. vulg. ausentium vies., Dioscorides latinus (TLL ibid., 46-47). « Boisson faite d'absinthe » dep. Pline, Hist. nat., 22, 146, ibid. 322, 20, sens fréq. en lat médiév. (Mittellat. W. s.v., 49, 13 sq.). Cf. a. prov. absens (Rayn.). 2 et 3, formes pop., cf. a. prov. aissens, ausen, ausens (Levy, s.v. aisens) ; formes rom. REW3. Synon. b. lat. aloxinum « plante aromatique amère » (cf. Corp. Gloss. Götz, III, 616, 36 ds TLL s.v. : absentius [absinthius] est aloxinus, dep. vies. Anthimus, ibid., d'où mot pop. a. fr. aluisne évincé par absinthe ; (aire gallo-rom., voir REW3 s.v. alŏxĭnum). HIST. − L'ordre d'importance des 3 sens aux xixe et xxe s. ne correspond pas à leur ordre d'apparition. Pas de disparition de sens ou d'emploi av. 1789 : A.− Sém. I (« plante aromatique amère »). − Ce sens qui a survécu jusqu'à nos jours appartient d'une part au domaine de la bot., d'autre part à celui de la pharmacopée (potion ou autre remède extrait de la plante) (cf. étymol. 1, 2 et 3). − xvie s. : De plant enraciné et de semence s'edifie l'aluine ou absinthe appelé fort. O. de Serres, 565 (Littré). Absinthe romaine ou pontique, marin et vulgaire, est dict aussi aluine pour sa grande amertume, comme celle de l'aloes ; aussi fort, c.-à-d. fort amer ; sa graine tue les vers. Id., 615 (Littré). − Rem. Absinthe pris dans ce sens ne vit guère que dans les lang. spéc. de la bot. et de la pharmacopée, concurremment avec le n. sc. Artemisia absinthium. D'où la rareté des attest. dans la docum. B.− Sém. IB (« amertume »). − Métaph. à partir du sens I (absinthe, plante médicinale). − xvie s. : La longueur d'une absence est bien pleine d'absinthe. Bertaut, Complainte sur une absence (Hug.). − xviie s. : Quand tu la vois si dignement adoucir toutes nos absinthes. Malh., III 3 (Littré). Cet emploi n'est plus vivant à partir du xviiie s. (l'absinthe boisson remplace l'absinthe médicament. Cf. inf. C) à l'exception du style archaïsant, en partic. dans l'expr. stéréotypée : le fiel et l'absinthe. C.− Sém. II (« boisson alcoolique »). − 1re attest. Ac. 1835. C'est pendant la seconde moitié du XIXè. et au début du xxe qu'en raison de la vogue des boissons alcooliques à base d'absinthe ce sens est le plus vivant (cf. nombreuses attest. dans sém. et nombreux dér. fam. ou arg.). La loi du 16 mars 1915 qui interdit la fabrication, la détention et la vente de ces boissons est le principal motif sociol. de la quasi disparition du terme dans ce sens. Cf. styl.


Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Artemisia absinthium ; Absin ; Aloine ; Aluine ; Aluyne ; Alvine ; Armoise amère ; Grande absinthe ; Herbe aux prouesses ; Herbe aux vers ; Herbe de la Saint-Jean ; Herbe sainte ; Menu alvine.

*

*




Botanique :


Jacques Brosse dans La Magie des plantes (Éditions Hachette, 1979) décrit ainsi l'absinthe :

L'absinthe ressemble à l'armoise, mais elle s'en distingue aisément par sa taille beaucoup moins élevée - 50 à 60 cm en moyenne, toujours moins d'1 m - et par son feuillage argenté très découpé ; ses fleurs, petites, jaunes et globuleuses, forment d'abondantes grappes terminales. De plus, s'il subsiste un doute, il suffit d'en froisser les feuilles qui dégagent une odeur forte et aromatique, facilement reconnaissable. L'absinthe croît, elle aussi, dans les lieux incultes, secs et rocailleux, par exemple au bord des chemins, mais elle est un peu moins répandue que l'armoise.

Quant à l'absinthe maritime (Artemisia maritima), elle ne pousse que dans les terrains salés et les marais littoraux, sur les côtes de la Manche et de l'Océan ; elle est absente des bords de la Méditerranée. Plus petite que l'absinthe vraie - sa tige ne monte que jusqu'à 30 / 40 cm -, elle est entièrement blanche, ou blanchâtre, et tomenteuse, avec des feuilles extrêmement découpées. Ses fleurs, de couleur brunâtre, forment des grappes souvent pendantes et paraissent tard, en septembre-octobre. Beaucoup moins odorante que l'autre absinthe, elle est cependant précieuse en pharmacopée, ses graines fournissant, comme Artemisia cina, sa proche parente, un vermifuge énergique.

*




Propriétés médicinales :


D'après Marc Questin, auteur de La Médecine druidique (1990, nouvelle édition inchangée 1997),


"Les druides avaient déjà pressenti les propriétés anthelminthiques de l'absinthe, qui était l'objet d'offrande aux dieux ; Gaulois et Gauloises s'en ceinturaient les reins, les premiers pour combattre les rhumatismes, les secondes pour faire venir leurs règles. On utilise les feuilles et les sommités fleuries, qui jouissent de beaucoup de propriétés médicinales. Très bon tonique et stimulante, possédant des vertus appétitives certaines, l'absinthe excite l'appétit tout en favorisant la digestion.

C'est aussi un excellent fébrifuge qu'on utilisait autrefois dans les accès de fièvre paludéenne, soit seule, soit associée à la centaurée, la gentiane et l'écorce de saule.

L'absinthe s'emploie en infusion, ainsi qu'en vin, bière et poudre afin d'en atténuer l'amertume. On peut s'en servir également comme eau ophtalmique dans les maladies oculaire (lavage matin et soir) et aussi pour nettoyer les plaies atones.

Contre l'hydropisie, l'infusion se prépare avec du vin blanc bouillant (30 g de plante pour un demi-litre) ; une cuillerée à bouche matin et soir."

Le Dictionnaire Larousse en 2 volumes (1922) propose des pistes pour comprendre le langage emblématique des fleurs :

Nom Signification Couleur Langage emblématique

Absinthe Amertume Blanc verdâtre Vous me causez une grande peine.

*

*




Spagyrie :


Voici la fiche proposée par Viviane Le Moullec dans Élixirs floraux de Viviane à faire soi-même (Éditions du Dauphin, 1997, 2020) :


Mot clef : Pour retrouver l'estime de soi... et celle des autres.


Qui est l'absinthe ? L’Absinthe est un buisson aux feuilles allongées, d'un vert argenté, à l'odeur tonique et très amère. C'est une « Artemisia », tout comme l'Armoise et l'Estragon. Ces trois plantes sont dédiées à la déesse Artémis (la Lune). Si l'Armoise la représente en tant que jeune fille, l'Estragon la représente en tant que femme et l'Absinthe en tant qu'aïeule.


Avec quoi réaliser votre élixir ?

Utilisez les feuilles, les branchettes souples et, quand vous le pouvez, ses odorantes petites fleurs jaunes.

Pour vous approvisionner, demandez à des épiciers arabes? Ils la font vernir du Maroc et elle est excellente. Si vous avez l'occasion d'en récolter, attendez qu'elle soit couverte de ses toutes petites fleurs jaunes.


Médecine traditionnelle :

  • Une tisane pour les jours froids

L'Absinthe est la compagne des jours froids des habitants des montagnes au Maroc. Elle aide ceux qui se sentent « glacés jusqu'à la moelle des os ». Dans nos contrées, cette herbe joue un rôle important dans l'herboristerie classique et dans la réalisation des liqueurs. C'est une plante très amère, très tonique et très efficace contre l'épuisement dû à trop de travail ou aux conditions physiques trop dures. Il faut l'employer avec certaines précautions sinon elle risque d'engendrer des désordres neurologiques, alors qu'à toutes petites doses elle chasse les idées noires.

  • Gourmandise : le vin d'absinthe en version alchimique

Faites macérer un petit bouquet d'Absinthe dans du vin blanc (du vin blanc honnête, de provenance biologique) pendant une lune. Filtrez. Ajoutez les cristaux de potasse résultant de la Lavation et du miel selon votre goût. Laissez reposer pendant une autre lune. Filtrez à nouveau et mettez à bonifier dans de jolis flacons pendant au moins une autre lune. Dégustez avec modération ! Rassurez-vous, cette délicieuse recette n'a rien à voir avec la liqueur dont certains poètes du début du XXe siècle avaient fait leur maléfique muse verte. Ils avaient abusé de ses bienfaits et la Dame Plante s'était retournée contre eux...

  • Tradition : à Rome

Autrefois, à Rome, le vainqueur de certaines courses de chevaux recevait une coupe de liqueur d'Absinthe. Cette liqueur était réputée éloigner les dangers liés à l'honneur fait au vainqueur. Une personne parvenue à la puissance doit se souvenir de ses amis qui l'ont aidée à sortir de l'ombre tout en y restant eux-mêmes. Si, au début de ce siècle, on a pu constater que l'Absinthe faisait des ravages, ce n'est pas parce que la plante est un poison, c'est parce que ce lui qui en abusait avait à cacher un sentiment de honte profond : celui qui naît du fait d'avoir abandonné ses amis ou de ne pas avoir su les récompenser pour l'aide fidèle qu'ils lui avaient apportée.


Aide alchimique :

  • Nettoyage des émotions lourdement négatives

L'Absinthe est une plante un peu étrange et qui demande à être apprivoisée. Elle porte le nom de l'étoile Absinthe, laquelle, selon la tradition biblique, doit apparaître à la Fin des Temps et provoquer bien des bouleversements. Elle sépare l'utile de l'inutile ; elle défait les nœuds de la pensée par amalgame, du genre '" Tout le monde est pareil" ou "Il m'arrive toujours la même chose". Elle aide à retrouver l'estime de soi, et donc l'estime des autres.

L'Absinthe vous aide à vous libérer des émotions lourdement négatives. Elle vous fait distinguer vos idées noires de celles des autres. Ce travail de discrimination vous permet de vous occuper d'abord de vos problèmes.

L'Absinthe apprend à se méfier des solutions toutes faites. Elle aide à voir clair dans certains jeux spirituels qui dénigrent les efforts personnels au prétexte que des êtres venus d'ailleurs... aideront les pauvres humains au jour du "Jugement Dernier", à la seule condition qu'ils ne réfléchissent plus et se donnent entièrement, sans réflexion et sans retour, à un idéal aussi fumeux que nocif.

En faisant que les gens ne s'en remettent pas passivement à d'autres pour résoudre leurs problèmes à leur place, cet être Plante joue là son rôle d’Étoile-Absinthe. Elle fait que les gens se séparent des ombres noires et des idées stupides qui leur collent à la peau. Elle joue un rôle analogue à celui de la Vigne, avec cette différence : l'Absinthe prend les ombres et les rejette loin de la personne qu'elle protège ; la Vigne aide la personne à trouver ce qui, en elle, attire ces ombres. L'Absinthe est à employer d'abord, afin d'éloigner cette lourde pression sur la personne qui veut progresser. Ensuite, vient la Vigne, qui amène la personne à corriger les défauts qui font qu des choses négatives entrent en résonance avec elle.


Témoignages :

  • (1976 et 1990) L'Absinthe qui n'aime pas les fantômes

Témoignage de Viviane : J'ai utilisé le vin d'Absinthe pendant que je procédais à des recherches concernant l’Égypte ancienne. Nous étions un groupe de six personnes, bien informées dans le domaine de l'ancienne magie. Malgré les précautions, nous nous sommes rapidement heurtés à des "ombres" (khaïbit), appelées "fantômes" quand elles échappent à leur légitime propriétaire.

L'Absinthe nous a aidés à distinguer nos propres problèmes de ceux des autres, à éviter des expériences intempestives avec ces "ombres" du passé qui ne nous appartenaient pas. Et donc à ne nous mêler que de ce qui nous concernait vraiment.

  • (2000) La grande Absinthe dans du vinaigre de cidre

Témoignage de Suzanne : « J'ai rencontré la grande Artemisia (Artemisia absinthis) l'été dernier, dans un champ face à la Meije, vers 1400 m. Pour réaliser l'élixir, Artemisia a choisi le vinaigre de cidre. Hier, je m'aperçois que, dans le bocal de l'absinthe, une grande pellicule blanche recouvrait les plantes : une mère de vinaigre. Elle est la seule de toutes mes plantes qui macèrent à 'avoir fait. Je ne sais pas si je vais faire l'élixir. Qu'en pensez-vous ? »

Note de Viviane : Absinthe dit que cette mère est excellente pour réparer les bobos de la peau. Elle précise (j'écris sous sa dictée) que vous pouvez vous servir d'un peu de sa mère pour ensemencer un tout petit peu de bon vin et d'utiliser ce baume pour des problèmes de peau, y compris de radiations. Elle confirme qu'elle ne veut pas (du moins pour l'instant) que vous fassiez un élixir avec votre préparation. Elle dit qu'elles (elles sont plusieurs plantes) étudient une nouvelle approche.

Commentaire de Viviane : Le vinaigre est traditionnellement utilisé pour désinfecter la peau en douceur et lui restituer son acidité nécessaire (un peu mais pas trop). Les savons - s'ils nettoient bien - ont tendance à rendre la peau alcaline. Par conséquent, un peu de vinaigre rétablit l'équilibre. Les principes amers de l'Absinthe sont excellents pour réveiller quand on manque de tonus et une peau à bobos a besoin d'encouragements pour travailler un peu plus?. Absinthe utilise le terme de "baume". Il semble donc que le bon mélange serait un peu de vinaigre d'Absinthe ajouté à une même quantité d'huile. Mais quelle huile ? De première pression à froid, bien sûr. L'huile d'olive devait bien convenir. Pour ceux qui craignent les odeurs alimentaires, sachez qu'il ne faut qu’une toute petite quantité de ce baume pour soigner et qu'on le fait pénétrer dans la peau par un léger massage.

  • (2006) Absinthe, la plante qui aide ceux qui se sentent gelés jusqu'à la moelle des os

Témoignage d'Anne : J'ai très froid, je sais bien que nous sommes en hiver, mais tout de même ! Je sens que l'Absinthe me veut du bien. Pourriez-vous m'en dire plus ?

Réponse de Viviane : Chère Anne, vous vous demandez où trouver de l'Absinthe en plein hiver. Vous avez peu de chances d'en trouver chez l'herboriste, en revanche, puisque vous habitez Paris, vous aurez plus de chance chez l'épicier marocain. Inutile de vous inquiéter : si vous devez travailler avec l'Absinthe, cette plante s'arrangera pour que vous la trouviez.

Quels sont les souhaits de l'Absinthe en ce moment ? Nous avons vu qu'elle aide l'être humain à lutter contre le froid glaçant, qui vous pénètre jusqu'à la moelle des os. Nous autres, en France, avons d'excellents systèmes de chauffage, donc si l'Absinthe souhaite avoir des contacts plus profonds avec des êtres humains, ce n'est pas pour les aider à soigner leurs rhumes, encore que...

*

*




Symbolisme :


Selon Angelo de Gubernatis, auteur de La Mythologie des plantes ou les légendes du règne végétal, tome 2 (C. Reinwald Libraire-Éditeur, Paris, 1882),


L'absinthe (absinthium) est l'une des herbes que Pline appréciait le plus. (Cf. Armoise.) Macer Floridus le constate :

Plinius attollit magnis hanc laudibus herbam,

Romanosque refert sacris ex more diebus,

Dum quadrigarum cursu certare solerent ;

Absinthii succum solitos donare bibendum

In capitolina victori scde localo,

Credentes pretium prae cunctis reddere dignum

Illi, quo firmam posset servare salutem,

Quae constat mundi pretio pretiosior omni.


Johnston, dans sa Thaumatographia naturalis, note la croyance populaire d'après laquelle on assure qu'un enfant n'aura ni froid ni chaud pendant toute sa vie, pourvu qu'on lui frotte les mains avec le jus d'absinthe avant que la douzième semaine de sa vie s'écoule.


Da

*

*

Dans le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982), Jean Chevalier et Alain Gheerbrant nous apprennent que :


"Désignant toute absence de douceur, cette plante aromatique symbolise la douleur, principalement sous la forme de l'amertume, et en particulier la douleur que provoque l'absence.

Mais, déjà chez les Grecs, elle servait à parfumer les vins et les Latins en désaltéraient les athlètes. Le breuvage passait pour tonifiant.

Dans le texte de l'Apocalypse, Absinthe serait le nom donné à un astre flambant comme une torche et symbolisant, historiquement, le roi de Babylone qui dévastera Israël et, prophétiquement, Satan : ... Et le troisième ange sonna... Alors tomba du ciel un grand astre, comme un globe de feu. Il tomba sur le tiers des fleuves et sur les sources ; l'astre se nomme Absinthe : le tiers des eaux se changea donc en absinthe, et bien des gens moururent de ces eaux devenues amères... (Apocalypse, 8, 10-12).

Selon les interprétations d'exégètes chrétiens, la chute de l'étoile absinthe serait un de ces cataclysmes cosmiques qui préluderont au Grand Jour de Dieu, c'est-à-dire à la fin du monde et au Jugement dernier. Cette étoile déchue tourmentera les habitants de la terre d'une mortelle amertume. Ce qui est singulier, c'est que ce tourment et ces morts proviendront des eaux devenues amères. Si l'on fait intervenir ici la symbolique générale de l'eau, source primordiale de la vie, on est enclin à interpréter cette absinthe comme une calamité tombant du ciel et corrompant les sources mêmes de la vie. On pensera à Hiroshima ou à une explosion nucléaire, qui rendrait les eaux mortellement radio-actives, ou encore aux nitrates infiltrés dans les nappes phréatiques par l'abus des insecticides dans l'agriculture.

Au niveau de l'intériorité, et d'un point de vue analytique, peut-être dira-t-on qu'absinthe symbolise une perversion de la pulsion génésique, une corruption des sources, les eaux devenues amères."

*

*

Jacques Brosse dans La Magie des plantes (Éditions Hachette, 1979) consacre dans sa "Flore magique" un article aux différentes armoises, et en particulier l'absinthe :


[...] Quant à l'absinthe, c'était jadis en anglais the old woman, « la vieille femme » : voilà qui rappelait l'usage qu'en faisaient les femmes de la campagne, comme plus tôt les Grecques et les Romaines, pour combattre les troubles de la ménopause. Enfin, l’absinthe maritime (Artemisia maritima) a en français pour nom vulgaire la sanguenitte, ce qui se passe de commentaire, mais aussi la barbotine, ce qui au contraire en demande ; barboter, c'est s'agiter dans la bourbe, comme le canard, et, au sens figuré, « vivre dans un état misérable et honteux » ; cet état honteux n'est-il pas celui dont une femme ne sort qu'en se délivrant de son « faix » ?

Dès lors se trouve défini, semble-t-il, le rôle des armoises, la nature de l'aide que par leur entremise Artémis apporte aux femmes. Qu'elles facilitent les accouchements, la délivrance, paraît a priori peu conforme à la nature de la chaste déesse, et ce n'est là probablement qu’une fonction secondaire, dérivée ; en revanche, les Artemisia permettent de franchir plus aisément les étapes pénibles qui rythment la vie d'une femme : puberté d'une part, ménopause de l'autre.

[...]

En anglais, l'absinthe s'appelle encore worm wood, « bois à vers ». Plus curieux est le nom qu'on lui donne parfois en allemand, Grabkraut, « plante des tombes » ; ce qui réfère à un usage qui avait cours autrefois dans la région de Cologne : on déposait de l'absinthe sur la tombe de ses amis, mais n'était-ce pas justement pour les protéger des vers du sépulcre ? Ce pouvoir anthelminthique des armoises n'est d'ailleurs pas sans rapport avec les propriétés secrètes que nous venons d'exposer. Dans un cas comme dans l'autre, ne s'agit-il pas d'expulser de l’organisme un corps étranger ? Et, en bien des traditions, comme en psychanalyse, le fœtus est considéré comme un parasite qui vit au détriment de l'organisme maternel. [...]

Si l'absinthe est également un vermifuge, elle est beaucoup plus connue pour les propriétés toniques et stomachiques qu'elle tient de son extrême amertume. « Parmi d'autres vertus admirables, affirme dans son édition de 1572 la fameuse Maison rustique, l'absinthe réconforte l'estomac alourdi par les humeurs bilieuses [...] et, pour cette cause il y a un vin fait d'absinthe et appelé du même nom. » L'absinthe, en quelque manière, « tue le ver », ainsi que le précise de façon imagée le langage populaire. L'usage de l'absinthe comme apéritif est donc fort ancien. En revanche, son abus est moderne. Au tout début de ce siècle, l'absinthe était devenue le pire de tous les fléaux sociaux, beaucoup plus dangereuse que ne le sont aujourd'hui toutes les autres drogues ; sa consommation avait quintuplé en vingt ans et il fallut en interdire la fabrication au début de la guerre de 1914. L'absinthisme engendrait une dégénérescence irréversible qui se traduisait par des perturbations motrices, sensorielles et psychiques beaucoup plus graves que celles de l'alcoolisme ordinaire ; elles conduisaient rapidement à un état d'abrutissement et d'hébétude, pus à une déchéance profonde et sans remède.

*

*

Selon Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani :


Surnommée "herbe sainte", cette variété d'armoise, dont les vertus remontent à la plus haute Antiquité, chasse les serpents. En Italie, tous ceux qui travaillaient dans les rizières se munissaient d'une tige d'absinthe, croyant ainsi se protéger contre les morsures de serpent d'eau ou de sangsue.

On s'est servi longtemps du jus d'absinthe comme contrepoison, notamment pour guérir de l'absorption de champignons vénéneux : "... même de nos jours, dans le Massif central, certaines grands-mères n'en démordent pas. Signalons cependant que la médecine officielle s'est élevée contre ces pratiques empiriques qui selon son code de valeurs, ne sont que croyances sans fondement."

Si l'on frotte les mains d'un nourrisson âgé de moins de douze semaines avec du jus d'absinthe, l'enfant ne souffrira ni du chaud ni du froid pendant toute sa vie.

Mélangée à du fiel de bœuf, elle agit contre les bourdonnements d'oreille. Pour guérir une fièvre tenace, et à condition d'être né un vendredi de mars et un jour impair, ne peut se frictionner le corps avec cette plante, en récitant une conjuration et en ordonnant au mal de s'éloigner.

Au Moyen Âge, on fabriquait des jarretières avec de l'absinthe cousue entre deux lanières de peau de lièvre. Ces véritables "bottes de sept lieues" permettaient de marcher "cent lieues sans s'arrêter."

Sur la côte de l’Adriatique, l'absinthe éloigne les maléfices. En Arizona, les Indiens se croient à l'abri des accidents grâce à la plante qu'ils suspendent au rétroviseur de leur véhicule.

L'alcool d'absinthe ou "fée verte", en vogue à la fin du XIXè siècle, puis interdit en raison de sa nocivité, était réputé pour ses grands pouvoirs aphrodisiaques. Parce que la pante est supposée éveiller le plaisir sensuel, on en plaçait autrefois des tiges dans le lit des jeunes mariés. Toutefois, l'absinthe, symbolisant la douleur, en particulier celle que "provoque l'absence", fait courir des dangers à une femme enceinte qui en toucherait, provoquant une fausse couche par son seul contact.

Lorsqu'elles ont brûlées avec de l'encens, les "fleurs et les feuilles d'absinthe dégagent des principes actifs qui favorisent les états médiumniques et accroissent les pouvoirs psychiques". Pour profiter de ces pouvoirs, les sorciers du sud de la France se couchaient sur une paillasse remplie de la plante fraîche. Les fumigations d'absinthe servent également à invoquer les esprits.

*

*

Fabrice Fenouillère, dans Des Plantes et des hommes (Éditions Galéa, 2017) présente ainsi l'Absinthe :


Une fée verte qui rend fou

Elle n’est pas la plante sauvage la plus évidente à reconnaître, par contre, je suis certain que son nom vous dira quelque chose : la grande absinthe, Artemisia absinthium. Un patronyme qui devrait immédiatement vous faire penser à un célèbre breuvage.

Née en Suisse, l’absinthe, qu’on surnommera la fée verte, est en effet cette boisson alcoolisée qui a connu une popularité sans précédent au XIXe siècle sous forme d’absinthe distillée comme base de recette, agrémentée d'uns avant mélange d'anis vert, de fenouil et d'hysope, le tout offrant un alcool singulier pouvant flirter avec les 75°.

Autant vous dire dire qu’avec cette canicule au fond des verres, un certain nombre de têtes ont tourné, à commencer par celles des people de l’époque, tels Rimbaud, Baudelaire, Verlaine, Zola, Van Gogh, Degas ou Toulouse-Lautrec.

Un verre d’absinthe à la main, il était alors de bon ton, dans les salons bourgeois, de s’encanailler, de cinq à sept, avant que ce sulfureux compagnon de fête ne se démocratise véritablement, entrant dans presque tous les foyers, devenant même le symbole de l’alcoolisme ! À grand renfort de slogans et de rapports médicaux on en faisait effectivement la source de tous les maux, l’accusant de rendre aveugle, violeur, criminel, suicidaire, tuberculeux ou fou.

Autant de bonnes raisons pour qu’elle devienne la première boisson interdite en France, nous sommes alors en 1915. Une prohibition qui sera levée en 1988 sous la condition, tout de même, que le taux de thuyone, la molécule contenue dans cette plante et suspectée d’être dangereuse, soit limité. Cependant, les dernières études prouvent que cet élément n’est en rien néfaste pour l’organisme et que les effets pervers de l’absinthe retenus il y a un siècle étaient simplement ceux, bien connus, de tout alcool très fort pris à haute dose...

D’ailleurs loin des verres, l’absinthe, en tant que plante sauvage récoltée et non soumise à distillation, a longtemps su rendre de bons et loyaux services médicinaux aux hommes. En infusion on l’a toujours pensée capable de protéger du poison des champignons vénéneux, d’éliminer les vers présents dans l’estomac, de stimuler la créativité ou lutter contre la fatigue et le mal de mer.

Une coutume tenace assure même que frotter les mains d’un nourrisson de moins de douze semaines avec le jus de sa tige pressée permettrait au bébé de ne jamais souffrir, ni du chaud ni du froid, tout au long de sa vie. Avis aux jeunes parents envieux de faire de futures économies de vêtements...

*


*

Dans L'Oracle des Simples, savoir ancestral des Sorcières de campagne (Éditions Arcana Sacra, 2019), Siolo Thompson présente ainsi l'Absinthe qu'elle associé à la Prudence :


Artemisia, le beau nom scientifique de cette plante, fait référence à la déesse grecque Artémis, déesse de la chasse et protectrice de la forêt. Selon l'Herbarium d'Apulée, Artémis a donné cette plante à Chiron, le centaure guérisseur, qui a ensuite dérivé de ses feuilles une médecine. En retour, il a nommé la plante en son honneur. Son nom vernaculaire, absinthe, lui a été donné bien plus tard. On peut trouver des références à l'absinthe dans toutes sortes de textes, dans la Bible, dans l'œuvre de Shakespeare ou de Zola, et dans les anciens livres de recettes de cocktails. Cette plante médicinale était largement utilisée comme digestif, en dépit de sa toxicité potentielle, et elle est citée dans les recettes de nombreuses « liqueurs digestives ». Son amertume marquée et son odeur forte éloignent les papillons de nuit et autres insectes, et on s'en sert même dans des traitements contre les puces. Vous pouvez trouver de l'absinthe ou l'une de ses proches parentes dans de nombreuses régions de l'hémisphère nord et du sud de l’Europe. Elle est facile à identifier à son feuillage vert argenté, à ses petites fleurs jaunes et à l'odeur mentholée de ses brindilles et de ses feuilles. L'absinthe a de nombreuses applications, mais la mieux connue, c'est son emploi comme ingrédient principal dans la liqueur d'absinthe et d'autres spiritueux, dont le vermouth et la bière du XVIIIe siècle, avant que ne se répande l'emploi du houblon.


Propriétés oraculaires :

L'absinthe peut repousser la vermine et éloigner toutes sortes de problèmes de santé, mais elle est aussi toxique à certaines doses. De la même manière, la Prudence peut vous sauver la vie, ou vous épargner des situations délicates ; la peur ou l'anxiété peuvent aussi être toxiques. Beaucoup de situations exigent de la prudence et vous demandent de regarder avant de sauter. Si vous la rencontrez dans un contexte oraculaire, demandez-vous quelles zones de votre vie mériteraient d'être examinées de plus près. Appelez la Reine d’Épées, avec sa lucidité et son aptitude à voir au travers des tromperies et de la confusion. Le Chevalier de Deniers offre une perspective différente, qui parle de prudence comme d'un mode opératoire. Voici un chevalier qui ne charge jamais ; pour prendre une décision, il exige une approche mesurée, à long terme, plutôt que de l'impulsivité.

*

*




Mythologie :


L'absinthe est la plante d'Artémis, déesse grecque des morts violentes.




Littérature :


Ode à l'absinthe

Salut, verte liqueur, Némésis de l’orgie ! Bien souvent, en passant sur ma lèvre rougie, Tu m’as donné l’ivresse et l’oubli de mes maux ; J’ai vu plus d’un géant pâlir sous ton étreinte ! Salut, sœur de la Mort ! Apportez de l’absinthe ; Qu’on la verse à grands flots !


Il est temps à la fin que je te remercie : Celui qui ne sait pas toute la poésie Qu’un flacon de cristal peut porter en son flanc, Celui-là n’a jamais près d’une table ronde, Vu d’un œil égaré les globes et le monde Valser en grimaçant.


Il ne soutiendra pas sans que son cœur défaille Qu’il n’est pas sur la terre une chose qui vaille De l’ivrogne absinthé le sommeil radieux, Qui peut, quand il lui plaît, durant son rêve étrange, Quittant le corps humain, sentir des ailes d’ange L’emporter dans les cieux.


Moi, je t’aime ! Aux mortels ta force est plus funeste Que la foudre, le feu, la mitraille, la peste, Et je te vis souvent terrasser le soldat, Insoucieux de tout, contentant son envie, Quoique sachant trop bien qu’il te donne sa vie Qu’épargna le combat.


J’aime ta forte odeur et ton flot d’un vert sombre Qui laisse s’élancer, au milieu de son ombre Des feux couleur de sang tout le long du cristal, Comme si le Seigneur, en signe de prudence, Avait voulu mêler à ton vert d’espérance Quelque signe fatal.


Belle comme la mer, comme ses flots cruelle, Tu peux quand tu le veux aussi, cacher comme elle, Sous un calme apparent tes instincts irrités, Et ton flux fait tourner un océan de têtes, Qui battent en riant, les soirs des jours de fêtes, Les portes des cités.


Pour moi, qui ne veux pas atteindre la vieillesse, Je veux contre ta force essayer ma faiblesse, Combattre contre toi, t’étreindre corps à corps. Je veux voir, aujourd’hui, dans un duel terrible, Si tu peux soutenir ton titre d’invincible : Notre témoin sera la mort !


— Alfred de Musset ou Valéry Vernier ?, "Ode à l'absinthe" in ?

*

*





165 vues

Posts récents

Voir tout