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  • Anne

La Campanule



Étymologie :

  • CAMPANULE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1694 campanule (Tournefort, Elemens de botanique, 3e part., section VII, genre I Campanula, p. 90). Empr. au lat. médiév. campanula proprement « petite cloche », terme de bot. aux viiie-ixe s. (Fragm. mul. I, 15 ds Mittellat. W. s.v., 129, 16) ; l'ital. campanula est déjà mentionné en 1600 par O. de Serres, Théâtre d'Agric., VI, 10 ds Hug. Pour les noms de fleurs dérivés du lat. campana ou clocca, v. FEW t. 2, pp. 150b-151a et p. 792a.


Lire également la définition de la campanule pour amorcer la réflexion symbolique.

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Botanique :


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Symbolisme :


Dans Le Livre des Fleurs (Librairie philosophique J. Vrin, 1989), Georges Ohsawa (Nyoiti Sakurazawa) tente d'initier les Occidentaux à cet art ancestral particulièrement subtil qu'est celui des fleurs.


Ainsi, il nous apprend qu'on prête aux fleurs "non seulement une beauté personnelle, mais des qualités, des mouvements d'humeur, un caractère complet, une âme, minuscule reflet de la grande âme de la nature. [...]

La campanule a un charme démocratique, elle est agréable à regarder en été lorsque la température étouffante fait tolérer un certain laisser-aller. Mais il lui manquera toujours ce port clame et tranquille qu'on rencontre chez d'autres espèces plus aristocratiques, sûres de leur supériorité.

S'il faut choisir, la campanula persinfolia est plus agréable dans sa modestie que la campanula medium qui n'a pas l'air de se rendre compte de son peu de tenue.

D'ailleurs celle-ci est un modèle de discrétion à côté de l'hibiscus mutabilis qui semble toujours fier d'une victoire, et qui montre ses couleurs éclatantes d'un air glorieux."

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Eric Pier Sperandio auteur du Grimoire des herbes et potions magiques, Rituels, incantations et invocations (Editions Québec-Livres, 2013) présente ainsi la Campanule (Campanula rotundifolia) : "Plante aux fleurs bleues très attrayantes qui pousse à l'état sauvage tant en Europe qu'en Amérique du Nord.


Propriétés médicinales : Il faut se tourner vers la médecine chinoise pour connaître les propriétés médicinales de cette plante car l'herbier occidental ne lui en reconnaît pas.

Dans le système traditionnel chinois, les racines sont utilisées comme expectorant et pour soulager la congestion des poumons et des bronches. Une tisane faite avec des racines peut aussi supprimer la toux. D'autre part, les racines utilisées en cataplasme sont très efficaces pour drainer le pus d'une plaie.


Genre : Féminin.


Déités : Perséphone.


Propriétés magiques : Chance - Vérité.


Applications :

SORTILÈGES ET SUPERSTITIONS

  • La tradition veut que si l'on arrive à tourner une campanule à l'envers sans l'endommager ou la briser, on réussira à gagner le cœur de la personne qu'on aime.

  • Une légende folklorique affirme que quiconque porte une fleur de campanule sur lui ne peut s'empêcher de dire la vérité.

RITUEL POUR ATTIRER LA CHANCE

Voici un petit rituel simple et charmant pour attirer les bonnes grâces de Dame Fortune.

La prochaine fois que vous verrez une campanule, cueillez-la en disant :


Campanule ! Campanule !

Apporte-moi la chance,

Et ce, avant demain soir !


Placez ensuite la fleur dans votre chaussure et ne la retirez pas avant le lendemain.

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Contes et légendes :


Dans la collection de contes et légendes du monde entier, collectés par les éditions Gründ, il y a un volume consacré exclusivement aux fleurs qui s'intitule en français Les plus belles légendes de fleurs (1992 tant pour l'édition originale que pour l'édition française). Le texte original est de Vratislav St'ovicek et l'adaptation française de Dagmar Doppia. L'ouvrage est conçu comme une réunion de fleurs qui se racontent les unes après les autres leur histoire ; la Campanule raconte ainsi la sienne dans un conte estonien intitulé "La Clochette du chat" :


Des amoureux se blottissaient tendrement l'un contre l'autre dans un vase de cristal taillé. Le jeune homme élancé agitait sa clochette d'un bleu éclatant, la jeune fille lui donnait gaiement la réplique avec son grelot blanc. Ils discutaient à qui mieux mieux en s'amusant au jeu des devinettes. "Je donne ma langue au chat", se rendit la belle. "Quelle est la réponse ?"

"Le bal des souris dans une vieille lèche-frite", répondit le jeune homme, et il continua l'histoire, sans se faire prier :

Toute l'élite de la société des souris s'y était donné rendez-vous ce jour-là. On n'avait encore jamais vu une fête pareille. Aujourd'hui encore toutes les souris en parlent, vous n'avez qu'à le leur demander. De jeunes souriceaux élégants en veste de velours, des demoiselles à la fourrure plus douce que celle de l'hermine, des rats bien nourris, aux moustaches hérissées, tout ce beau monde mangeait, buvait, festoyait, dansait et s'amusait jusqu'à ce que leurs queues en tremblassent. En plein milieu de la fête surgit le chat aux pattes de velours. Il se prépara à bondir, s'éclairant de ses yeux verts, et hop ! il attrapa une souris dans ses griffes. Les autres s'égaillèrent comme ne nuée de moineaux, se glissant dans le moindre petit trou à leur portée.

Elles se tinrent coites, tremblant de peur et gémissant doucement mais, bientôt, leurs ventres les rappelèrent à l'ordre. Le mâle le plus ancien convoqua une assemblée des souris dans une galerie souterraine.

"Personne n'ose mettre e nez dehors", dit le vieux rusé. "Si nous n'arrivons pas à tromper le chat, nous finirons dans son ventre ou nous mourrons de faim. Réfléchissez pour trouver une solution."

Un bon conseil vaut de l'or. Les souris réfléchirent, cherchèrent des idées, mais sans résultat. Une grand-mère prit alors la parole.

"Ça y est, j'ai trouvé, mes enfants ! Nous allons réunir toutes nos richesses, que nous remettrons au fondeur de cloches pour qu'il nous fabrique une clochette. Nous l'accrocherons au cou du chat et, chaque fois qu'il voudra s'approcher de nous en rampant, la clochette nous préviendra, si bien que nous pourrons nous sauver à temps. Ainsi, nous aurons raison du chat aux pattes de velours !"

Toutes les souris en liesse se mirent au travail. Elles attelèrent douze paires de petites souris blanches à une vieille cuillère qu'elles chargèrent de tous leurs trésors : un morceau de fromage, un grain d'avoine, une vieille semelle, une bougie en graisse de bœuf, un croûton de pain et toutes sortes de bonnes choses encore. Et, fouette, cocher ! L'attelage emprunta les galeries les plus secrètes pour se rendre chez le fondeur de cloches. Celui-ci resta bouche bée devant ces "richesses", mais il ne renvoya pas les petites souris. Il fit fondre le métal, tout en attisant son feu, et tout en attisant son feu, il coula le métal dans le moule, et voilà ! La clochette était splendide. Elle tintinnabulait comme un grelot. "De quelle couleur la voulez-vous ? " s'enquit le fondeur. Les souris optèrent pour le bleu, trouvant qu'il irait à merveille au chat noir. Le fondeur trempa la clochette qui vira au bleu. Les petites souris purent reprendre le chemin du retour, le cœur léger.

"Nous sommes sauvées !" se félicitèrent-elles, une fois réunies. "Le chat ne pourra plus nous surprendre. Il ne nous reste plus qu'à lui suspendre la clochette autour du cou."

Et c'est là que le bât blessait ! Personne ne voulait affronter le matou. Les souris se regardaient, interdites. Bien malin qui trouverait une solution ! La vieille grand-mère s'y hasarda quand même :

"Chargeons-en le plus courageux d'entre nous ! "

"Quelle idée ! " se défendit celui qui, pourtant, faisait toujours montre de sa bravoure. "J'ai peur de ma propre queue. Que le plus fort d'entre nous y aille ! "

"Qui dit que je suis le plus fort ? " s'indigna l'hercule de foire. "je n'arrive même pas à tordre un poil de souris. Ma propre femme me donne une correction quand bon lui chante. Envoyons le plus malin d'entre nous ! "

" Pas question ! " protesta le futé en cause. "Je n'ai pas inventé la poudre, vous savez. Il m'arrive de confondre ma patte gauche et ma patte droite, et de ne pas reconnaître le fromage du lard. Mais le plus bête d'entre nous pourrait faire l'affaire ! "

Aucune des souris n'était bête au point d'affronter le matou Patte-de-Velours. En fin de compte, elles se dispersèrent dan le monde entier, oubliant la belle clochette dans une clairière. Un jour, une petite fée l'y trouva. Elle l'accrocha sur une tige de fleur nue et la fit carillonner gaiement avant de continuer à vaquer à ses occupations.

" Et maintenant, vous savez comment la campanule fit son apparition parmi les fleurs des champs", conclut le jeune homme. Il s'inclina, en carillonnant doucement. Driling, driling, driling ! fit la clochette."

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Littérature :


Dans son ouvrage poétique La Grande Vie (Éditions Gallimard, 2014) Christian Bobin évoque très souvent la nature et sa beauté sacrée. Ici, les campanules :


Le bleu des clochettes des campanules m'a mis K.-O.

[...]

J'ai une nouvelle lettre pour vous. Ce n'est pas moi qui l'ai écrite, mais un bouquet de lobélies - vous savez, ces fleurs bleu clair de la famille des campanules.


Je suis entré dans le cimetière. Mon père marchait à mes côtés : invisible, il allait avec moi voir sa tombe. Je me suis arrêté net devant une autre tombe. Elle ressemblait à une phrase parfaite : une croix au-dessus d'une dalle blanche et, devant la dalle, une vasque débordant de lobélies caressées par une main de lumière. Nous traversons les miracles en aveugle, sans voir que le moindre jaillissement d'une fleur est fait de milliers de galaxies, que les brindilles d'un nid déserté ou les étoiles d'un ciel noir parlent de la même absence adorable.


Un papillon a feuilleté les lobélies. Un lézard est apparu. Je me suis accroupi, je lui ai parlé. Le lézard surpris n'a plus bougé, ses pattes bien à plat, écartées comme les doigts d'un gant sur la pierre chauffée de clair. Les lobélies écoutaient.


Vous mourrez tous, dit Homère. Vous mourrez d'un trait de javelot ou d'une rupture d'anévrisme, sur un sol étranger ou dans une infernale chambre d'hôpital. Et tous, sans exception, l'ange qu efface les fautes posera sa main sur vos fronts en sueur, vous aidera à entrer dans le soleil à l’heure dite.


Les lobélies font partie de ces choses qui émerveillent la vie - un sourire sans lèvres, un passage secret, une phrase parfaite.


"Puis ils se couchèrent et reçurent le don du sommeil" : c'est la fin du septième chant de l'Iliade. Dites-moi pourquoi cette expression, "recevoir le don du sommeil", me donne une joie sans fin ?


Je me suis relevé, le lézard a filé. Entre les villes étourdies et l'absolu, il y a la zone en friche des cimetières. Une faille dans le mur du temps. Les lézards s'y glissent comme le chagrin et l'espérance.

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