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  • Anne

Le Soma


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Identification :


Selon Wikipédia :


Le brahmanisme est le lent passage du védisme à l'hindouisme, au cours duquel la plante originelle fut remplacée par des herbes, des plantes grimpantes ou même des fleurs. Férus de botanique, quelques érudits européens se sont efforcés d'identifier cette plante originelle aux vertus hallucinogènes, l'hypothèse la plus récente indique le champignon tue-mouches ou fausse oronge, Amanita muscaria. Mais dans les 120 hymnes au soma il n'est jamais question d'additifs ni de champignon. Un autre hypothèse serait une variété d'Ephédra (John Brough Université de Cambridge 1971).

Cependant, une tapisserie trouvée en Mongolie en 2009 par Natalia Polosmak de l'Institut d'Archéologie et d'Ethnographie SB RAS, datant de la Civilisation de l'Indus et tissée dans les cités de l'Indus, apporte un éclairage nouveau. Elle représente deux prêtres Zoroastriens vénérant un champignon qui semble être un psilocybe. Les chercheurs russes en ont déduit que ce champignon hallucinogène était utilisé dans la préparation du Soma qui était bu dans les deux civilisations, védique et iranienne. Ils en ont déduit que la religion de la civilisation de l'Indus était celle du Rig Veda. Ceci expliquerait l'absence de temple et de palais qui n'existaient pas dans la religion védique.

La plante, son foulage rituel, et son suc rituellement pressé (sens littéral du mot soma) et filtré, la libation de ce suc aux devas et sa boisson par tous les brahmanes officiants réunis, sont les formes diverses et complémentaires qui manifestent au cœur du monde védique une puissance vitalisante qui brille par son évocation.

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Symbolisme :


Yves Béquignon, auteur d'un article intitulé "Le breuvage du Grand Roi." (In : Revue des Études Anciennes. Tome 42, 1940, n°1-4. Mélanges d'études anciennes offerts à Georges Radet. pp. 20-24) rapproche le soma de l'haoma :


Hérodote nous raconte (1. I, ch. 188) que, lorsque le grand Roi partait en campagne, il traînait à sa suite tout un ravitaillement ; en particulier, il « emporte avec lui de l'eau du fleuve Choaspès, qui coule auprès de Suse ; car il ne boit de l'eau que de ce fleuve et n'en boit d'aucun autre ».

De cet usage, les commentateurs ont proposé diverses explications. Le plus récent, M. Legrand, suppose comme « plus vraisemblable que l'eau du Choaspès était transportée pour servir en pays étranger, « infidèle », à l'accomplissement parfait de rites sacrificiels — par exemple à la préparation de l'Haoma — sur lesquels Hérodote n'était pas renseigné3». How et Wells nous donnent le choix entre deux interprétations : l'eau des autres pays était impure pour les sectateurs d'Oromasdès, et cette eau du Choaspès était utilisée pour la boisson et pour la préparation de l'haoma*.

Il m'a paru que ces exégèses ne rendaient pas exactement compte de l'allusion d'Hérodote, si tant est qu'on la puisse saisir. Elles s'attachent plus ou moins, en effet — et celle de M. Legrand, en particulier — à l'offrande de l'haoma. L'haoma, on ne l'ignore pas, est une « herbe sacrée qui, pressée dans une passoire, donne une boisson servant à la communion du prêtre ». Mais, dans la préparation de ce nectar, il entrait d'autres éléments, et l'eau notamment. Ce breuvage rituel correspond au soma de l'Inde ancienne, où, d'après l'un des Brâhmanas du Rgvêda, il a remplacé les sacrifices humains1. S'il s'agit ici de l'offrande de l'haoma, elle est empruntée à la religion hindoue. Ainsi, en comparant, au début de cet article, la coutume du roi de Perse et celle du haut personnage hindou, je n'avais point cédé, dans mon incompétence, au goût parfois factice de l'actualité. Les rapports entre la religion de l'Avesta et les religions voisines sont bien connus et l'on sait, de même, que l'Inde avait exercé une influence sur la Perse.

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Selon le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant,


Le soma est un "jus extrait de la plante du même nom, qui se mua en Inde en une divinité, Soma, à qui des hymnes étaient consacrés et des sacrifices offerts. C'était la sève, le miel d'immortalité, apporté par un aigle aux mortels (Sandharva), servi en offrande aux dieux et absorbé par les hommes pour communier avec le divin. Le soma est le symbole de l'ivresse sacrée :


Nous avons bu le soma

nous sommes devenus Immortels,

Arrivés à la lumière,

nous avons trouvé les Dieux...

Enflamme-moi comme le feu

qui naît de la friction.

Illumine-nous, fais-nous plus fortuné...

Boisson qui a pénétré nos âmes,

immortelle en nous mortels, ce soma...

(extrait de divers Hymnes du Rig-Véda, traduction L. Renou).


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Dans un article intitulé "Rabelais, Philosophe et penseur : une perspective indienne" (In : Synergies Inde n° 2 - 2007, pp. 307-320), Mangala Sirdeshpande fait un lien entre le vin célébré par Rabelais et le soma :


On peut faire d’intéressants rapprochements entre cet éloge du vin chez Rabelais et les hymnes védiques consacrés au soma – le breuvage préféré des hommes et l’ambroisie des Dieux. Dans le Rig véda un livre entier mandala est consacré à la description du soma. Que d’appellations diverses que d’épithètes pour le décrire ! Le soma est « enivrant, doux, frais, rouge, c’est là que réside l’extase… quand Indra en boit nul ne peut le vaincre dans la bataille ». Les vers suivants sont relevés des Hymnes spéculatifs du véda traduits en français par Louis Renou. Ici le Dieu ivre de soma chante l’éloge de ce breuvage céleste :


Les breuvages m’ont soulevé

comme des chevaux rapides tirant le char

n’ai-je donc pas bu du soma ?


Le poème s’est approché de moi

comme la vache de son fils aimé

n’ai-je donc pas bu du soma ?


J’ai dominé le ciel de ma taille

Dominé la vaste terre…

N’ai-je donc pas bu du soma ?


Tout comme nos Dieux védiques Rabelais a trouvé dans le vin le meilleur de son inspiration. Tout au long de son œuvre il célèbre l’ivresse créatrice. C’est sans doute parmi les Aryens de l’Inde ancienne ‘beuveurs illustres’ de soma qu’il aurait trouvé ses frères spirituels. Dans le Cinquième Livre Rabelais fait allusion à Bacchus qui ‘fut de l’Inde vainqueur’. Ce Dieu est le double de notre Indra ‘le maître des breuvages’ ou somapa dont parle le Rig Véda. Le soma stimule les forces physiques et le pouvoir visionnaire. Il donne l’immortalité. Chez Rabelais ainsi que chez nos ancêtres le vin est surtout une métaphore. Ainsi le vin puisé à la sacrée fontaine ne saurait être le jus de la vigne au sens littéral. Ce vin représente le savoir suprême. Notons que c’est Rabelais lui-même qui nous invite à le rapprocher avec le soma védique. Le manuscrit du Cinquième Livre contient ce détail intéressant. La prêtresse Bacbuc emplit trois outres de l’eau ‘phantastique’ : « Des trois oyres les deux sont pleines de l’eaue susdicte, la tierce est extraicte du puys des saiges Indiens, lequel on nomme le tonneau des Brachmanes ». Cette allusion au ‘tonneau des Brachmanes’ retient toute notre attention. Ne fût-ce que ce seul exemple, il suffirait à montrer que Rabelais connaissait la culture et la pensée indiennes.

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