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Les Fées

  • Photo du rédacteur: Anne
    Anne
  • 2 mars 2017
  • 71 min de lecture

Dernière mise à jour : 15 janv.



Étymologie :


  • FÉE, subst. fém.

Étymol. et Hist. Ca 1140 (Gaimar, Estoire des Engleis, éd. A. Bell, 3657). Du lat. Fata « Parques », de fatum « destin » (fatum*).


Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.

Selon Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes ( (Hachette Livre, 2000) :


Fairies est le pluriel de fairy en anglais. Fairyland est ainsi le royaume des fées. Il est en analogie avec fair, fête en anglais, mais peut-être aussi avec son homonyme fair, qui signifie clair, les fées ayant souvent une apparence claire, lumineuse ou transparente, mais qui veut dire aussi juste, loyal, comme dans fair-play, par exemple, soit jouer juste ou, plus exactement jouer le jeu, ce que font toujours les fées, en fin de compte.

Toutefois, "fée" en français, tient son origine du latin fata, déesse des destinées, le quel se rattache à fari, qui signifie parler, et qui a donné le mot "fable" ou fabula : récit, propos, conte. C'est encore du fata latin que dérive le fada provençal, qui désigne communément un être un peu fou, mais gentil. Et c'est ce même fada qui a donné les fameux fadets et farfadets. Enfin, la féerie, ou faerie, était en ancien français un mot désignant le pouvoir magique des fées."

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Croyances populaires :


Adolphe de Chesnel, auteur d'un Dictionnaire des superstitions, erreurs, préjugés, et traditions populaires... (J.-P. Migne Éditeur, 1856) propose la notice suivante :


ENFANT DE LA FÉE. « En Basse-Normandie, aussi bien qu'en Bretagne, en Ecosse et en Irlande, » dit mademoiselle Bosquet, dans sa Normandie merveilleuse, « on croyait que les fées enlevaient les enfants des mortels, et qu'elles déposaient, à la place de ces gracieuses et innocentes créatures, leurs propres enfants : méchants, criards, d'une pesanteur extraordinaire, quoique d'une maigreur excessive, et auxquels des soins assidus ne pouvaient donner aucune des apparences de la fraîcheur, de la santé et de la jeunesse. Ce qu'il y avait de supérieur dans leur essence, mêlé à la vie des mortels, devenait une monstrueuse infirmité, tant il est vrai qu'aucun être ne peut impunément se détourner de sa fin.

. Les mères redoutaient beaucoup ces sortes de substitutions. De là on croyait peut-être induire, avec justesse , que cette superstition n'amenait pas d'autre résultat que de soumettre le berceau des chers nourrissons à une surveillance plus minutieuse et plus attentive encore. Sans doute il en devait arriver ainsi chez les femmes qui avaient une vive perception du sentiment maternel ; mais celles chez qui ce sentiment avait été dépravé par une de ces monstrueuses antipathies, trop fréquentes dans une classe où l'intelligence, non développée par l'éducation, ne dirige pas les inclinations ; celles-ci, disons-nous, prenaient occasion des échanges opérés par les fées, pour accabler de leur haine barbare l'enfant que ne reconnaissaient pas leurs entrailles de mère. Elles lui faisaient endurer sans remords, comme sans pitié, tous les mauvais traitements que leur suggérait fleur animadversion, à cause de la croyance qu'il était enfant de la fée.

Un jour, selon une tradition normande, une paysanne, portant son enfant dans ses bras, rencontra une fée, également chargée du sien, et qui lui proposa bonne récompense pour l'échange de leurs nourrissons ; mais la femme rejeta bien loin cette proposition , déclarant que l'enfant de la fée fût-il neuf fois plus beau que le sien, elle ne consentirait point à un semblable marché. Quelque temps après, ayant laissé son enfant seul à la maison, pendant qu'elle était allée travailler aux champs, la mère crut s'apercevoir, à son retour, qu'on le lui avait changé.

Elle alla consulter aussitôt une voisine, qui pour s'assurer du fait, tenta l'épreuve suivante : elle cassa une douzaine d'œufs et en rangea les coques devant l'enfant ; aussitôt, celui-ci de s'écrier : Oh ! que de petits pots de crème ! Oh ! que de terrines de lait ! (Remarquez que c'était un enfant à la mamelle qui s'exprimait avec tant d'énergie.) Il n'en fallait pas davantage pour que l'échange fût valablement constaté. La voisine officieuse conseilla, afin de forcer la fée à reprendre son enfant et à rapporter l'autre, de faire crier bien fort le premier, et d'avoir l'air de le maltraiter rudement. La tentative eut plein succès ; rappelée par les cris de sa progéniture, la fée accourut tout émue, suppliant qu'on épargnât son cher enfant, qu'on le lui rendit même ; et qu'à ce prix elle rapporterait celui qu'elle avait enlevé. La fée, on s'en doute, fut prise au mot. Par malheur, ceci est une conclusion assez exceptionnelle dans l'histoire des enlèvements d'enfants. En Bretagne et dans le pays de Galles, la donnée de légende existe avec une modification dans le moyen, puérilement original, que la mère emploie pour forcer l'enfant de fée à parler, et à trahir par là sa descendance. Au lieu de présenter une douzaine de coques d'œufs devant l'enfant, la mère feint de préparer à dîner dans une seule coque pour dix laboureurs de la maison.

— Que faites-vous là ma mère ? disait le nain avec étonnement ; que faites-vous là, ma mère ?

— Ce que je fais ici , mon fils ? je prépare à dîner dans une coque d'œuf, pour dix laboureurs de la maison.

— Pour dix, chère mère, dans une coque ! J'ai vu l'œuf avant de voir la poule blanche ; j'ai vu le gland avant de voir l'arbre : j'ai vu le gland et j'ai vu la gaule ; j'ai vu le chêne au bois de Brézal, et n'ai jamais vu pareille chose.

— Tu as vu trop de choses, mon fils : clic clac clic clac ! petit vieillard , ah ! je te tiens !


FADE, FATIDICÆ ET FADES. Noms que les Gaulois donnaient particulièrement à celles de leurs fées qui habitaient à l'abri des monuments druidiques. Les Bretons croient encore à l'existence de ces fées ; ils les représentent comme de belles femmes et si lumineuses qu'elles en sont transparentes. Rarement ces fées ont des intentions bienveillantes : presque toujours au contraire elles abusent de la crédulité du voyageur pour lui jouer de vilains tours et lui tendre des pièges dont les résultats le conduisent quelquefois à la mort. Ces fées d'ailleurs partagent l'existence, les plaisirs, les rondes infernales de nains qui ont aussi pour refuges les monuments druidiques, et l'on sait combien ces horribles nains sont à redouter.


FÉE :


FEMMES DE MOUSSE. Nom que l'on donne, dans le département du Nord, aux fées que l'on dit apparaître quelquefois aux bûcherons.


FEMMES VERTES (green women). Sorte de fées ou de nymphes, qui habitent les bois dans les îles Shetland.


HABOUDIA. Reine de la classe des fées que l'on appelle Bonnes.


HADOS. C'est ainsi que l'on nomme les fées dans les vallées des Basses-Pyrénées. Au dire des habitants, ils les ont vues maintes fois, soit au bord d'une prairie, soit au sommet d'une tour, soit au carrefour d'un bois, soit enfin au bord d'une fontaine. Ils les appellent aussi Blanquelles. Ces fées ont le pouvoir de faire croître des fleurs sur leurs pas, d'exciter ou d'apaiser les tempêtes ; et elles ne manquent jamais de se présenter dans les maisons, la nuit qui précède le jour de l'an, portant dans la main droite un enfant couronné de fleurs, qui est l'image du bonheur, et, dans la gauche, un enfant en larmes qui est l'emblème du malheur. Comme cette visite est prévue, on prépare dans une chambre reculée, isolée, un repas destiné à ces fées, lequel consiste en un pain, un couteau, un vase plein d'eau ou de vin, et une coupe. Après avoir disposé un semblable festin, on ne peut que se rendre favorables les visiteuses ; tandis que si on avait négligé cette courtoisie, on s'exposait à voir sa maison consumée par l'incendie, ses troupeaux dévorés par les loups, et ses moissons hachées par la grêle. Le matin du nouvel an, le chef de la famille prend le pain qui avait été offert aux Hados ; il le trempe dans l'eau ou le vin contenu dans le vase, et le distribue ensuite aux gens du logis pour être mangé à déjeuner.


MIRES OU BONNES DEMOISELLES. Les Grecs modernes nomment ainsi leurs fées, lesquelles président principalement aux accouchements comme cela avait lieu dans l'ancienne Grèce. Le cinquième jour de la délivrance, on leur prépare dans la maison une sorte de réception. Toutefois, on ne les voit pas, quoique l'on demeure convaincu qu'elles emportent en se retirant la fièvre de l'accouchée, et on se garde bien de laisser seule cette dernière, parce qu'on redoute que les bonnes fées ne lui tordent le cou.

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Dans le Dictionnaire de la France mystérieuse - Surnaturel, superstitions, être fantastiques, apparitions, lieux enchantés (Editions Omnibus, 2017) Marie-Charlotte Delmas consacre un article aux fades :


Fade - Fée. Dans plusieurs provinces du centre et du midi de la France, fée se dit fada, fade. Dans la légende de saint Armentaire, composée par Raymond, gentilhomme provençal, au début du XIVe siècle, il est question de la fée Esterelle qui demeure près d’une fontaine et à laquelle les femmes portent des offrandes sur une pierre dite Lauza de la Fada (pierre de la fée) afin de devenir fécondes. En 1866, Frédéric Mistral rendra hommage à cette fée du massif de l’Esterel en lui donnant le rôle de la bien-aimée de Calendal, héros de l’histoire qui porte son nom.

Les Fades ne constituant pas une famille spécifique de fées, leur apparence et leur comportement peuvent varier d’une province à l’autre. L’essentiel des récits qui les mettent en scène sont relevés au XIXe siècle, à l’exception de ceux qui concernent les Fades des Hautes-Alpes dont Charles Joisten recueille le souvenir dans les années 1950-1960. Le plus souvent, les Fades ne sont pas décrites et l’on peut supposer que certaines ont une forme féminine humaine. Au début des années 1890, un Auvergnat de soixante-seize ans raconte : « Des fées ! oui, j’ai toujours entendu dire qu’il y en avait eu. J’ai aussi entendu dire qu’avant l’arrivée des Romains, il y avait un lac à la place de La Bourboule. Les fées étaient moitié hommes et moitié animaux, moitié femmes et moitié animaux ; elles se poursuivaient sur les bords du lac et dans l’eau ; elles habitaient dans des trous qui existent encore sur les hauteurs : on peut aller les voir, mais il est difficile d’y arriver. Quand les Romains vinrent pour s’installer dans le pays, les fées firent disparaître l’eau du lac, se réfugièrent dans leurs cavernes, puis s’envolèrent. » (A. Certeux, 1892.) En 1959, un informateur d’Ancelle (Hautes-Alpes) les décrit à Joisten comme des femmes toutes petites et poilues.


Habitat : Les folkloristes du XIXe siècle citent nombre de lieux dont le nom est lié aux Fades. Beaucoup de dolmens passent pour avoir été leur résidence. Dans l’Aude, à Pépieux, le Dolmen des Fados se dresse sur un coteau connu sous le nom de Moural de las Fados (Coteau des fées). Certaines appellations montrent explicitement qu’il s’agit de leur habitat. Dans le Gard, on les nomme « maison de fée » en dialecte local, tels Las Oustalets-das-Fados (Courry) ou l’Oustalet-de-la-Fade (Montdardier). Dans la Creuse, on trouve l’Antre des Fades à Mourioux (Mourioux-Vieilleville) ou la Cabano de los Fados à Felletin. Ailleurs, on trouve souvent Pierre-Fade, Pierre-de-la-Fade ou des Fades, par exemple à Saint-Etienne-des-Champs (Puy-de-Dôme), Saint-Jean-d’Aubrigoux (Haute-Loire), Saint-Maurice-près-Crocq et Blessac (Creuse), Saint-Maur (Indre).

Près de l’imposant dolmen de Draguignan (Var), dit Peyro de la Fado (pierre de la Fée), se montre une fée de temps à autre lors des nuits claires d’hiver. On dit encore, au début du XXe siècle, qu’elle cache un trésor dans son antre et donne parfois quelque bijou à ceux qui l’aperçoivent. Aussi les jeunes filles la guettent-elles pour pouvoir en bénéficier (C. Seignolle, 1963).

A Crevant (Indre), un lieu-dit sur lequel se trouvent plusieurs mégalithes se nomme l’Ile-aux-Fades. Selon George Sand, les paysans, craignant les fées qui y demeuraient, n’osaient s’approcher de leur domaine et, longtemps, personne ne voulut cultiver les terres avoisinantes pour ne pas avoir à subir leur colère (Nanon, 1872).

Outre les dolmens, les Fades vivent également dans des grottes et les cavités des amas de roches aux diverses appellations. En Auvergne, on trouve la Caverne des Fades, au bas d’une montagne, près du ruisseau de Sermentizon (Puy-de-Dôme) ou la Grotte-des-Fades à Laroquevieille (Cantal). Dans la Creuse, la Grotte-aux-Fades de Peyrabout forme une cavité sous un amas de gros blocs de granit ; au Compeix (Saint-Pierre-le-Bost), une roche à bassins se nomme Berceau des Fades. A Chavanat, sur les bords du Taurion, la cavité d’un amas de roche est dite Grange des Fades et serait le quartier général des fées du coin : « Une pierre creusée en forme de siège est le Fauteuil des fades ou de la Grand-Fade. Une petite cavité sous roche est le Four des fades. Au bord même de la rivière, des cuvettes creusées dans un rocher plat sont les Ecuelles des fades. Enfin, une cuvette allongée, creusée dans un roc au milieu du Taurion, est le Berceau de la Petite Fade. » (G. Janicaud, 1934.) A Gentioux, afin de christianiser les roches dites Pierres Fades, on y a fixé une croix. En Provence, plusieurs excavations portent le nom de Trau dei Fado (Trou de la fée). C’est le cas vers Brignoles (Var) ou encore sur le chemin qui reliait jadis Chaudon à Norante (Chaudon-Norante, Alpes-de-Haute-Provence), nom d’une sorte de ravin que l’on disait habité par les fées.

A Saint-Gourson (Charente), sur le flanc du petit coteau de l’Essart, des blocs de calcaire séparés par d’étroites ouvertures sont connus sous le nom de Trous-des-Fades. Dans les années 1840, la légende locale prétendait que les fées gardaient leurs entrées et retenaient au fond de leur antre tout un peuple de sauvages condamnés à forger des métaux d’une merveilleuse résistance. Ces forgerons n’étaient autorisés à sortir qu’une fois l’an, lors d’une nuit sombre d’hiver, (L. Desaivre, 1909).

D’autres lieux sont rattachés aux Fades, même s’il n’est pas toujours précisé qu’ils leur ont servi de demeure. Des fontaines, comme la Font de las Fadas à Cheylade (Cantal) ou la Hount de las Fadas de Pau (Pyrénées-Atlantiques), à laquelle on attribue la vertu de guérir et qui est fréquentée pour cela par de nombreux pèlerins la nuit qui précède la Saint-Jean. Près de Saïx (Tarn), lou Téron de las Fados est une fontaine à l’eau calcaire pétrifiante.

Près de Saint-Nicolas (Saint-Jean-Saint-Nicolas, Hautes-Alpes), un aqueduc porte le nom de Murao di Fado, Mur des Fées. A Montaigut-le-Blanc (Puy-de-Dôme), on appelle Chami de la Fade une route creusée dans le granit.

Enfin, sur le mont de la Bouisse, près d’Entraunes (Alpes-Maritimes), les pierres verticales appelées les Trois Fados sont les corps de trois fées malfaisantes qui déclenchaient des orages et furent pétrifiées par on ne sait quel pouvoir punisseur.


Occupations des Fades : « Nos Fades habitent de préférence les campagnes qu’arrosent, dans le canton de Sainte-Sévère, quelques-uns des petits affluents de l’Indre. […] D’humeur douce et paisible, elles aiment les occupations champêtres et affectionnent la vie pastorale », déclare Laisnel de La Salle en 1875 en évoquant des Fades berrichonnes.

Selon quelques légendes relevées au XIXe siècle, les Fades font la lessive et filent la laine, à l’instar de beaucoup d’autres fées en France. A Saint-Yriex-les-Bois (Creuse), sur une colline, un entassement de roches est surnommé Châté de las Fadas (Château des fées) ; trois rochers possèdent des petits bassins reliés par une sorte de rigole et c’est là, dit-on, que les fées faisaient leur lessive, car on voyait des vapeurs s’en échapper. A Montréal (Gers), c’est dans un ruisseau, lou Vola de los Fados, qu’elles lavent leur linge. A minuit, on peut entendre le bruit que font leurs battoirs, et plusieurs personnes affirment avoir vu leur linge sécher dans la vallée. Au hameau de Rougère, à Mazeyrat-d’Allier (Haute-Loire), se dresse las Tombas de las Fadas (Les Tombes des fées), un dolmen où les fées se retrouvaient jadis pour filer leur laine blanche et noire. Lors de leurs veillées, elles portaient sur leur tête d’énormes pierres qui leur servaient ensuite de sièges. Mais, une nuit, pour une raison demeurée mystérieuse, ces blocs énormes écrasèrent les fileuses et devinrent leur sépulture, d’où le nom de ce mégalithe.

De fait, les Fades, comme d’autres fées, sont capables de porter de lourdes pierres qui sont à l’origine de la présence de certains rochers ou mégalithes. Un jour, les Fades qui demeuraient dans une grotte près du village de Bourg-Lastic (Puy-de-Dôme) apportèrent dans leur tablier un gros rocher qu’elles placèrent au beau milieu d’un champ appartenant au seigneur local. Lorsque celui-ci découvrit ce bloc de pierre trônant dans son blé, il demanda à ses gens de le déplacer. Mais, malgré leurs efforts, ils ne parvinrent pas à le faire bouger d’un pouce. Le seigneur fit alors donner du canon, mais il ne réussit qu’à entailler la pierre importune. Et c’est ainsi que le Rocher-aux-Fades, avec sa balafre, demeura devant tous une preuve irréfutable de la supériorité du pouvoir des fées (P. Sébillot, 1898).

Les Fades du Gard pouvaient porter avec aisance des pierres énormes comme s’il s’agissait de ballots de laine. Mais, pour une raison obscure, leur puissance se mit à décroître peu à peu. « Hâtons-nous, car elles deviennent pesantes », disaient-elles en les ramassant dans la montagne. Certaines venaient s’asseoir sur le Rocher-des-Fées, vers le hameau de Tourgueilles (Tornac), d’où elles pouvaient admirer une grande partie de la vallée. Un jour qu’elles transportaient une énorme pierre au bout de leurs quenouilles, elles la laissèrent tomber dans un ruisseau en amont du village et l’obstruèrent (H. Roux, 1887).

A Lamazière-Haute (Corrèze), le dolmen Peyro-Fade fut édifié par une fée qui porta les pierres dans son tablier. Elle en fit un banc sur lequel elle s’asseyait pendant qu’elle faisait paître ses brebis (F. Chassain, 1931). La table du dolmen de la Pierre-à-la-Fade de Douadic (Indre) était normalement destinée à la construction du donjon du château du Bouchet. Surprise par le chant du coq, la fée qui la portait la laissa tomber au bord d’un étang. Selon un témoignage des années 1870, où il est nommé Mer- Rouge : « Aujourd’hui encore, si l’on s’attarde, la nuit, près de l’immense étang, on voit fuir au-dessus des eaux une petite flamme tremblotante : c’est la pauvre fée qui revient, sans pouvoir terminer la tâche qui lui avait été confiée. Quant au donjon du Bouchet, on aperçoit toujours la place où manque l’assise que portait la fée. » (L. Martinet, 1879.)

Comme leurs congénères des autres provinces, les Fades aiment faire des rondes. Au Poil, un village de nos jours abandonné vers Majastres (Alpes-de-Haute-Provence), on voyait danser les Fades qui peuplaient la Baumo dei Fado (Grotte des Fées) à la nuit tombée ou à l’aube, nimbées d’un halo de lumière. Quand les récoltes avaient été abondantes, les paysans leur portaient quelques menus présents, comme un pot de miel ou de beurre, afin qu’elles continuent à protéger la région (C. Joisten, cité par C. Seignolle, 1963). Dans le Berry, les lieux que les Fades ont foulés en dansant se voyaient aux cercles où l’herbe était abondante et d’un beau vert. Ces ronds de fées constituaient des asiles inviolables où chacun pouvait se réfugier pour se protéger des attaques d’animaux fantastiques, voire du diable.

En Auvergne, les Fades venaient danser à minuit autour du dolmen disloqué de la Table des Fées à Brénat (Saint-Jean-Saint-Gervais, Puy-de-Dôme) et sur le terrain du Rond-des-Fées de Saint-Sylvestre (Saint-Sylvestre-Pragoulin, Puy-de-Dôme), où elles répondaient à tous ceux qui venaient les interroger. Toutefois, cette bienveillance n’était pas toujours de mise car les Fades auvergnates pouvaient se révéler particulièrement dangereuses. Sur le plateau de Châteaugay (Puy-de-Dôme), près de la Grosse Pierre, les Jeunes Filles, Fades maléfiques vêtues de noir, attiraient dans leurs rondes les voyageurs attardés, dont on retrouvait les dépouilles mutilées au milieu des ronces et des pierres (P. Sébillot, 1898). Près des étangs de Billy (Billy-en-Bourbonnais, Allier), celui qui pénétrait dans la ronde ne pouvait en ressortir et était entraîné par les fées sous les eaux. A Mongreleix (Cantal), on racontait encore au XIXe siècle l’histoire d’Irald qui avait failli perdre la vie en s’introduisant dans la ronde des danseuses du Jardin des Fées, ou Hort de las Fadas, en haut du pic de Chamaroux. On rapporte aussi celle du dénommé Raguet, au XVIIIe siècle, qui avait aperçu trois fades devisant entre elles, assises sur le tumulus de Vebret (Cantal), dit Suc des Demoiselles (ou Suc des Dames). Terrorisé, le pauvre homme avait tenté de fuir, mais les fées l’avaient rattrapé et forcé à danser jusqu’au petit jour. L’histoire ne disait pas s’il survécut à cette épreuve, mais on se souvenait de la tragique fin de Pierre Mousset, un soir d’été de l’an 1632. Après une soirée bien arrosée dans une auberge des environs, il avait fait le pari d’aller faire danser les Fades avec sa musette. Le lendemain matin, on retrouva son corps au fond du précipice, les os brisés et le corps ensanglanté, sa musette près de lui. Il eut à peine le temps de raconter son histoire et de recevoir l’absolution avant de rendre l’âme (P. Sébillot, 1898).


Relations avec les humains : Le comportement des Fades vis-à-vis des humains varie d’un récit à l’autre, et ce, quelle que soit la région où il est recueilli. En Auvergne, des Fades peuvent se montrer bienveillantes. Celles de la Roche-aux-Fées de La Bourboule (Puy-de-Dôme) n’avaient de cesse que d’aider les villageois. Elles n’avaient pas hésité à fendre un rocher afin de permettre aux eaux qu’il retenait de couler et de former le lac qui rendit la vallée fertile. Dotant les eaux de vertus curatives, elles furent à l’origine des sources thermales d’Auvergne. En outre, au XIVe siècle, elles avaient protégé le pays d’un seigneur cruel du nom d’Aimerigot, lequel orchestrait ses ravages depuis son château de La Roche-Vendeix. Il essaya à plusieurs reprises de déloger les fées, échouant à chaque fois. Mais, un jour, les Fades commirent une imprudence. En l’honneur d’un événement heureux dont nul n’a gardé la mémoire, elles se rassemblèrent sur leur rocher pour manger une omelette en buvant de la bière et en chantant à tue-tête. Les apercevant ainsi occupées, Aimerigot s’empara de leur logis et les fées n’eurent que le temps de fuir, abandonnant définitivement les lieux. Il ne resta sur le roc que la trace de leurs chopes et de leur poêle, petites cavités censées garder le souvenir de cet événement (J.-B. Bouillet, 1846). Notons qu’Aimerigot est aussi le nom d’un personnage historique, surnommé « roi des pillards », qui sévit en Auvergne au XIVe siècle et finit ses jours la tête tranchée aux Halles de Paris.

Les bonnes Fades de la Grotte des Fées du puy de Préchonnet (Puy-de-Dôme) rendaient de nombreux services aux habitants du lieu, qui leur en étaient reconnaissants. Malheureusement, jalouses de la puissance du puy de Dôme qui dominait leur cher mont du Préchonnet, elles décidèrent de demander à Dame Nature de raboter un peu le premier et de rehausser le second au niveau des plus hautes montagnes. Ce vœu orgueilleux entraîna leur perte. Elles furent métamorphosées en chauves-souris et condamnées à expier leur faute sur le lieu de leur conspiration (P. Sébillot, 1898).

Dans d’autres régions, les Fades ne sont pas toujours aussi conciliantes. Dans le Gard, celles de Tourgueilles venaient voler dans les potagers des paysans, surtout à l’automne. Un jour, tandis qu’elles cueillaient des haricots, elles furent surprises et s’écrièrent : « Laïsso mèn ana, què ma mère mi sonono [Laisse-moi partir, car ma mère m’appelle]. » Aussitôt les fées disparurent sans qu’il fût possible à quiconque de les retenir. Elles pénétraient aussi la nuit dans les maisons ; dans celle d’un paysan, elles essayaient de faire la vaisselle mais brisaient de nombreuses assiettes. Pour s’en débarrasser, l’homme posa du millet sur une chaise. Les fées la renversèrent et, refusant de ramasser des grains aussi petits, elles partirent et ne revinrent jamais plus (H. Roux, 1887).

Dans la Creuse, à la tête des Fades trônait une reine, autoritaire et violente, qui ne supportait guère qu’on lui résiste : « Non loin de Bord-Saint-Georges, à deux lieues de Chambon [Chambon-Sainte-Croix], on respecte encore les débris d’un vieux puits qu’on appelle aussi le puits des Fées, ou Fades, et sept bassins qu’on a nommés les Creux des Fades. On voit près de là, sur la roche de Beaume, deux empreintes de pied humain : l’une est celle du pied de saint Martial, l’autre appartient, suivant la tradition, à la reine des fées, qui, dans un moment de fureur, frappa si fortement le rocher de son pied droit qu’elle y en laissa la marque. On ajoute que, mécontente des habitants du canton, elle tarit les sources minérales qui remplissent les creux des fées, et les fit couler à Evaux [Evaux-les-Bains] où elles sont encore. » (Collin de Plancy, 1826.)

Dans plusieurs récits, les Fades berrichonnes et auvergnates s’emparent des nourrissons humains pour mettre à leur place un de leurs petits Fadous. La fée qui vivait dans la grotte du Trou-aux-Fades, près de Pouligny-Notre-Dame (Indre), assurait la prospérité du domaine du Bos, prodiguant tant de soins aux brebis que le troupeau ne cessait de croître. Chaque bête donnait au moins dix livres d’une laine exceptionnelle. Mais, une veille de Noël, la métayère du Bos laissa son dernier-né endormi pour se rendre à la messe de minuit. A son retour, elle se glissa dans la pièce où se trouvait le petit et commença à l’allaiter dans la pénombre. Une terrible morsure lui arracha un cri. Portant l’enfant à la lumière, elle constata avec effroi qu’elle tenait dans ses bras une horrible créature, maigre et velue. L’histoire n’en dit pas plus, mais les anciens prétendent que la Fade disparut à dater de cet événement, ce qui signait sans aucun doute sa culpabilité (Laisnel de La Salle, 1875). Une Fade auvergnate qui habitait les profondes gorges situées en contrebas des ruines du vieux château de Montravel (Beurrières, Puy-de-Dôme) vola un petit garçon sans s’embarrasser du moindre échange. Tandis qu’elle se désolait de la disparition soudaine de son fils, pleurant à chaudes larmes près de la fontaine de Blanche-Fleur, la mère vit apparaître une bonne fée qui lui conseilla de capturer un Fadou en posant une paire de petits sabots bien luisants près de l’entrée de la caverne des Fades. De fait, attiré par les jolis sabots, le petit sortit de la grotte et ne put s’empêcher de les chausser. N’étant pas habitué à marcher autrement que pieds nus, il ne tarda pas à tomber. Profitant de sa chute, la paysanne s’en empara et l’emporta. Désespérée à son tour, la Fade consentit à rendre l’enfant volé afin de récupérer le sien (abbé Grivel, 1852). Dans les monts du Livradois (Puy-de-Dôme), où l’on rapporte au XIXe siècle qu’elles vivaient jadis en grand nombre, les Fades se vengèrent des habitants qui avaient profané leur demeure en retournant les rochers, et avaient enlevé au passage quelques petits Fadous. Un matin, elles s’emparèrent de tous les nourrissons des environs. Aux mères éplorées qui réclamaient leurs bébés, elles crièrent : « Randa nous noutri Fadou, vous randren voutri Saladou » [Rendez-nous notre petit, nous vous rendrons votre petit salé (baptisé)]. Les échanges furent faits mais, tandis que les Fades embrassaient leurs petits, elles virent sur leurs lèvres le sel baptismal. On les avait « défadés » en les baptisant et les fées se virent obligées de les abandonner sur les rochers et les branches d’arbres en hurlant. Ils furent adoptés par les paysans et il y eut même des mariages entre humains et Fades « qui achevèrent de confondre les races ». Quant aux fées, elles quittèrent le Livradois pour s’enfoncer plus au loin, dans d’autres lieux (abbé Grivel, 1852). On raconte la même histoire à Royat (Puy-de-Dôme).

Un paysan parvint à capturer une Fade du Traou dei Fado, sur le chemin de Chaudon-Norante (Alpes-de-Haute-Provence), tandis qu’elle étendait son linge. La fée tenta en vain de s’enfuir. Se voyant prise au piège, elle proposa de donner à son agresseur un cadeau magique en échange de sa liberté, un tamis qu’il suffisait d’agiter au-dessus d’un pétrin pour que s’en écoule une farine légère et blanche comme neige. Mais il devait garder le secret absolu sur la provenance de ce don. Le paysan s’empressa d’accepter le marché. Il libéra la Fade et repartit avec sous le bras l’ustensile qui lui permit, sans aucune peine, de nourrir sa famille. Mais au bout de quelque temps, sa prospérité soudaine attira la curiosité de sa femme et de ses voisins. Son épouse l’espionna tandis qu’il secouait le précieux tamis et alla raconter le miracle dont elle venait d’être témoin. A l’instant même, le charme cessa d’opérer et jamais plus aucune farine ne s’écoula du tamis, redevenu des plus ordinaires (A. Richaud, 1907, cité par P. Sébillot, 1908).

Le souvenir des Fades est encore présent dans les années 1950-1960, à l’époque où Charles Joisten recueille les témoignages de leurs agissements passés dans les Hautes-Alpes. Les femmes des Clots (Saint-Clément-sur-Durance) qui se rendaient au torrent des Cougnets pour laver leur linge étaient toujours accompagnées d’un homme chargé de les protéger des fées qui cherchaient à les précipiter dans l’eau (1961, La Bâtie-Neuve). Plusieurs témoins racontent qu’elles pénétraient la nuit dans les maisons pour se chauffer près des cheminées. Une fille en ayant poussé une du pied, la fée se vengea en faisant mourir les deux plus gros bœufs de la ferme (1958, Forest-Saint-Julien). Une autre s’asseyait et ne disait jamais un mot (1962, Sigottier). A Montmaur, une Fade venait toujours faire le ménage et préparer la soupe dans la même maison, mais jamais personne ne parvint à la voir (1951, Manteyer). Elles semaient parfois le trouble dans les veillées, se plaisant à critiquer le travail des femmes qui cousaient ou filaient, car elles-mêmes étaient de merveilleuses fileuses. Celles qui vivaient dans les rochers du torrent de Rabioux filaient le chanvre que les ménagères leur apportaient (1962, Châteauroux-les-Alpes). Une vieille femme de Vitrolles racontait en 1960 qu’un homme des Combes assurait que les Fades avaient accroché un mouchoir contenant de l’or autour du cou d’un des cochons qu’il avait lâchés dans les bois pour qu’il y mange des glands.


Fanettes - Fée – Limousin : Les Limousins nomment Fanettes des fées qui étaient censées demeurer dans une caverne de la vallée de la Vienne, en aval de Limoges, vers Saint-Victurnien (Haute-Vienne). On dit qu’elles étaient moitié humaines, moitié animales, sans plus de détail, et qu’on les nommait Fanettes car cela veut dire « mauvaises fées dans la langue du pays ». Durant le jour, elles restent terrées dans les forêts, mais, la nuit venue, elles se livrent à toutes sortes d’exactions dans les champs et dans les fermes. A la manière des lutins, elles jouent des tours aux ménagères, s’emparent des chevaux, qu’elles montent et que l’on retrouve épuisés au petit matin. Il leur arrive également de dévaster les champs, au grand désespoir des laboureurs qui n’osent pas se plaindre de peur qu’elles ne se vengent. On raconte qu’elles quittèrent le pays après l’inondation de leur grotte, à la suite d’un violent orage, mais qu’on ne retrouva jamais leurs cadavres (Darthout, 1896).


Faye - Fée – Savoie, Dauphiné : Dans les Alpes, les fées sont désignées sous le nom de Fayes, avec des variantes : certains témoignages du XXe siècle les nomment aussi Efâyes, Fayas, Féyôtés, Fôyes…

Elles demeurent généralement dans des grottes, telles la Danna dé Fayes à La Caille (Allonzier-la-Caille), la Tanne des Fées à Passy et Vailly dont les parois aux formes étranges passent pour des statues taillées par ces dames, la Roche des Fées à Saxel, la Barne des Fées du côté de la montagne de Sales ou encore la Chambre des Fées, dans les bois de la Balme d’Etaux (Haute-Savoie). A Chamonix, elles ont trouvé refuge dans un entassement de roches nommé Corridor des Fées. Comme on leur avait refusé l’hospitalité dans les chalets, elles se vengèrent « en faisant surgir les glaciers qui couvrent aujourd’hui les pentes » (L. Revon, 1878). Dans les gorges du Fier (Lovagny, Haute-Savoie), dans un bassin que l’on nomme Mer des Rochers, un bloc énorme posé sur trois petites roches, la Roche-des-Fées, semble garder l’entrée de sombres cavernes nommées la Perte du Fier. Une légende reste attachée à cet endroit. Le seigneur de Pontverre jeta un jour l’un de ses pages dans le Fier. Le jeune homme crut sa dernière heure venue, mais « les douze fées qui habitaient les cavernes où s’engouffre le Fier recueillirent le corps du jeune page et le placèrent sous l’énorme bloc, qui, sous le nom de Roche-des-Fées, se dresse au milieu de la Mer de Rochers » (A. Raverat, 1872).

Les auteurs du XIXe siècle ne s’attardent guère sur l’apparence des Fayes. Au XXe siècle, elles sont décrites comme de toutes petites femmes qui vivent souvent en tribu avec mâles et enfants. Certains informateurs ajoutent qu’elles sont poilues ; d’autres qu’elles n’ont pas de talons ou les pieds tournés à l’envers.

Vers 1910, on disait à Saint-Gervais (Haute-Savoie) qu’il s’agissait de « femmes sauvages toujours habillées en sœurs et qui avaient des cheveux épais » pleins de poux. Elles vivaient dans les grottes « où, comme à Sixt, on voit encore leur évier et leur lit en pierre » et dans les rochers. Elles fuyaient dès qu’on les approchait mais suivaient ceux qui les évitaient. Elles donnaient tout ce qu’on leur demandait : « Si par exemple on disait : “Vous avez des poux”, elles répondaient : “Des poux, tu en seras couvert.” Et en effet, on en était couvert. Et si on leur disait : “Vous avez de l’or. — De l’or, tu en seras couvert.” Et de même pour tout. » (A. van Gennep, 1934.)


Occupations des Fayes : Comme beaucoup de fées, elles font leur lessive. On pouvait voir, partout sur le sol, les habits minuscules de celles qui lavaient dans un ruisseau près de Sainte-Agnès (Isère) ; elles disparaissaient dès que l’on s’en approchait (1959) ; celles de la Borna-de-lé-Féye, dans la forêt de Pussy (La Léchère, Savoie), battaient leur linge dans des chaudrons, à quelques pas du ruisseau (1964, C. Joisten, 1980 et 2000). Près du hameau des Mottes (Montaimont, Savoie), les fées mettaient à sécher un linge particulièrement blanc. Le dénommé « M’çhon » s’approcha discrètement d’une pièce de toile et s’en saisit brusquement en tirant dessus. A l’autre extrémité, une main invisible tirait de son côté, mais le garçon réussit à conserver un morceau du tissu. Au même moment, il entendit une voix : « Tu t’appelles M’çhon / E t’n’a u un qu’çhon / Te saé teujheu reuçhe / Te saé jamé povre » [Tu t’appelles Michel / Et tu en as eu un bout / Tu seras toujours riche / Tu ne seras jamais pauvre]. Si bien qu’on disait au village que la prophétie de la fée s’était bel et bien réalisée (1966, C. Joisten, 1980 et 2000).

En Haute-Savoie, on attribue aux Fayes l’édification de certains blocs de roches étranges ainsi que des monuments. Ce sont elles qui ont porté la Pirra dé Faya de Saint-Sylvestre, qui fut détruite, la Pierre des Fées de Thairy (Saint-Julien-en-Genevois), où l’on raconte voir la nuit une dame blanche et des animaux fantastiques, ou encore celle de La Feuilleuse, « à la limite de Bonne et de Lucinges », qu’elles ont descendue du haut de la montagne. Au Val-de-Fier, le Pont Nevet, « rocher naturel qui traverse le Fier à un kilomètre en aval de Saint-André », serait aussi l’œuvre des fées, comme le Creux des Fayes, trou creusé par le ruisseau des Aires à Groisy, dans le bois d’Essert. On dit que « lorsqu’on y jette des pierres, elles sont repoussées de côté » (L. Revon, 1878). Sur le lac d’Annecy, les pilotis d’une ancienne cité lacustre passent pour les restes d’un pont construit par les fées, entre Duingt et Talloires. Le seigneur de Duingt qui avait passé commande ne leur ayant pas offert le beurre et le sel qu’elles demandaient, elles abandonnèrent le chantier et laissèrent le pont inachevé. Elles bâtirent aussi le château de Duingt (A. Raverat, 1872).

Pour bâtir les dolmens de Saint-Cergues et d’Annemasse (Haute-Savoie), dits Maison des Fées, chaque fée portait une pierre sur sa tête.

Le dolmen de la Pierre-aux-Fées de Reignier-Esery, dans la plaine des Rocailles, près du hameau de Saint-Ange (Haute-Savoie), aurait été bâti par une seule fée qui portait sur sa tête la plus grosse pierre, deux autres sous les bras et la dernière dans son tablier (L. Revon, 1878). En 1892, un vieil homme livre une autre légende sur l’origine de ce monument. Les fées qui vivaient dans le coin se promenaient lorsqu’elles furent surprises par un violent orage. Les paysans, ayant entendu un bruit de rocs qui se heurtaient dans la plaine, coururent y voir le lendemain matin et découvrirent le dolmen qu’elles avaient élevé pour se protéger des éléments. Le vieillard affirmait que tout cela s’était passé du temps de son grand-père (A. van Gennep, 1934).

Le château de Féternes serait l’œuvre de trois fées qui lui ont laissé leur nom (Fatae Ternae) ainsi qu’à la grotte voisine qu’un souterrain était censé relier au château et dans laquelle les fées avaient entassé un trésor gardé par des génies terribles à la forme de chats monstrueux. A la mort de ses sœurs, inhumées dans la grotte, et arrivée au terme de sa vie, la troisième fée fit venir près d’elle un de ses arrière-petits-fils qui donna souche à la famille de Féternes. Elle lui légua le trésor en lui disant : « Pour devenir le dominateur absolu de ces contrées, il te suffira de prononcer la formule que tu vois écrite sur le parchemin attaché à cette clé ; prononce ces paroles, et tu seras possesseur des trésors renfermés dans le tombeau des fées ! » L’homme vécut saintement et ne chercha jamais à prendre le trésor. La clé passa de génération en génération jusqu’à Robert d’Arbigny, gentilhomme mondain amoureux du luxe, qui récupéra le trésor, fit un pacte avec les démons-chats qui le gardaient et finit par en mourir. La clé fut jetée dans un abîme et certains cherchent toujours à la récupérer (A. Raverat, 1872). Parlant de cette Grotte des Fées, Voltaire évoque en 1768 dans Les Singularités de la nature ses concrétions étranges, en particulier une qui évoquait un visage de femme, et ajoute : « Il fut un temps qu’on n’osait en approcher ; mais depuis que la figure de femme a disparu, on est devenu moins timide. »

Enfin, les colonnes pyramidales de graviers glaciaires, surmontées d’un rocher, sont nommées Cheminées-des-Fées car ce sont elles qui les auraient édifiées.

Outre leurs travaux, les fées s’adonnent aussi à quelques plaisirs. Dans les années 1880, un vieil homme de Rumilly (Haute-Savoie) affirme qu’elles dansent sur la Pierre des Fées, bloc sur lequel il a vu lui-même la trace de leurs petits pieds (A. van Gennep, 1934). En 1961, un informateur de Villarembert (Savoie) raconte que son père vit, une nuit, des « Fayé » qui chantaient et dansaient, et qui disparurent à son approche (C. Joisten, 2000).

Certaines se baignaient dans les eaux thermales de La Caille, dites Bains des fées. L’établissement thermal qui s’y trouvait encore au XVe siècle a disparu et l’on explique que c’est Dieu qui, voulant chasser ces mauvais esprits, fit ébouler les rochers (A. Raverat, 1872). Parmi les légendes qui expliquent l’origine du nom du lac Bénit (Mont-Saxonnex, Haute-Savoie), il en est une mettant en scène les fées qui venaient s’y baigner. L’une d’elles criait sans cesse « Sel y soit, sel y soit ». Un jour, lassé de l’entendre, un des charpentiers qui équarrissaient des sapins dans le bois lui lança : « Tu nous embêtes avec ton “Sel y soit”. » En représailles, la fée fit déborder les eaux : « Il a fallu faire bénir le lac pour que ça n’inonde plus Blanzy. Ça c’est pas un mensonge. C’est vrai. » (A. Bourgeaux, 1973.)


Relations avec les humains : Les Fayes sont plutôt bienfaisantes envers les humains, avec lesquels elles partagent parfois leurs richesses. Dans certains récits, resurgit l’antique pratique des offrandes aux divinités. A Magland (Haute-Savoie), où les Fayes ont apporté la Pirra aux Fayes, grand rocher pyramidal « dans un bois sur la riche gauche de l’Arve, entre les hameaux des Meuniers et de la Vulpillière », tous ceux qui leur offraient du lait recevaient en échange des pièces d’or en grand nombre. A quelques centaines de mètres de l’église de Combloux (Haute-Savoie), dans le bois du Péray, un amas de rochers est dit Pierre-aux-Fées, où une pierre plate leur servait de table. On racontait qu’une paysanne des environs leur porta un baquet de lait et qu’elle en fut remerciée par une pelletée de feuilles de tremble. Dépitée, la fermière s’empressa de jeter ce présent sans intérêt sur le chemin qui la ramenait chez elle. Mais l’unique feuille qui était restée collée au fond du baquet se transforma en pièce d’or et la pauvre femme regretta le reste de sa vie son geste d’humeur ; on raconte une histoire similaire pour les fées de la grotte de Saint-Jean-de-Tholome, vers Sizon (L. Revon, 1878). A Saint-Paul-sur-Isère (Savoie), les fées qui vivaient dans une grotte au lieu-dit Rochalin recevaient des écuelles de lait en échange des pièces de toile qu’elles tissaient pour les gens du coin. Un jour, un malin s’amusa à remplacer le lait par de l’eau et ce manque de respect fit fuir les fées à jamais (C. Joisten, 1980).

Il est souvent bien difficile de bénéficier des richesses des fées. Les fées des aiguilles d’Arves, qui ne cessaient d’être dérangées par les chercheurs de trésors, transportèrent leurs richesses près d’une source à Albiez-le-Vieux (Albiez-Montrond, Savoie) et dissimulèrent leur trésor sous une pierre (A. van Gennep, 1934). A Poisy (Haute-Savoie), il faut gravir la montagne, la veille de Noël, et poser un pot en terre non verni sur les ruines d’un château des fées ; le lendemain, il est rempli d’or (P. Sébillot, 1904). Au lieu dit Champ-des-Clous, un paysan de Villaroger (Savoie) retournait son champ à l’aide d’une houe lorsqu’il aperçut un petit morceau de tissu dans la terre. Il se baissa pour le ramasser, mais eut beau tirer, et tirer encore, jamais il n’en voyait la fin. Excédé, il coupa net l’étoffe et entendit comme un petit bruit métallique. Au même moment, une voix mystérieuse déclara : « Si tu avais continué, tu aurais eu les écus ! » Le laboureur comprit alors que c’était là œuvre de fée et qu’il venait de rater une belle occasion de gagner de l’argent à bon compte (1964, C. Joisten, 1980).

Au XXe siècle, plusieurs informateurs de Charles Joisten soulignent que ces fées sont voleuses. Une Féyôté venait régulièrement dérober de la farine au moulin du Pont, situé sur l’Ormente, vers La Côte-d’Aime (Savoie). Comme elle était toute petite, elle se glissait dans le moulin par une minuscule fenêtre. S’étant aperçu de ces vols à répétition, le meunier décida de faire le guet pour coincer le coupable. C’est ainsi qu’il surprit la fée et parvint à s’en saisir. Prise au piège, celle-ci l’implora de lui laisser la vie sauve, expliquant que la farine empruntée était destinée à nourrir ses enfants. Elle proposa même ses services au meunier. Attendri, ce dernier lui rendit la liberté et il n’eut jamais à le regretter. A dater de ce jour, en échange d’un peu de farine, c’est la fée fit tourner le moulin (1963).

Comme leurs sœurs des autres provinces, les Fayes enlèvent les nouveau-nés humains et mettent à leur place leurs petits. Une Faya qui demeurait près du hameau de Prats-Bas (Château-Ville-Vieille, Hautes-Alpes) échangea son enfant avec un bébé du village dont la mère était occupée à faire sa lessive. Désespérée, celle-ci suivit le conseil d’une de ses voisines et piqua l’enfant de la fée avec une épingle afin de le faire pleurer. En entendant ses cris, la fée rapporta le bébé volé afin de récupérer le sien. Avant de partir, elle reprocha à la mère d’avoir fait souffrir son Fayon, alors que, de son côté, elle s’était bien occupée du petit humain (1954, C. Joisten, 1978). A Allemond (Isère), selon le grand-père d’un informateur, une femme du Rivier avait un jour posé son enfant dans le jardin pendant qu’elle buttait ses pommes de terre. Quand elle voulut le récupérer, il avait été remplacé par un petit de fée. Elle le fit pleurer, et, aussitôt, elle vit une petite vieille venir lui rapporter son nourrisson (1961, C. Joisten, 2000). Une mère de Villard-Reculas (Isère), qui avait subi le même échange, s’en prit, elle aussi, au petit de la fée, qu’elle battit jusqu’à ce que celle-ci lui ramène son bébé. Mais, cette fois-ci, la fée maudit l’enfant, qu’elle condamna à mourir (A. van Gennep, 1933).

A la fin du XIXe siècle, pour protéger leurs bébés des Fayes, les mères plaçaient dans le berceau des garçons un bout de bois et une serpe, et, dans celui des filles, une quenouille de fil de chanvre. Du coup, les fées se mettaient à travailler le bois ou le chanvre et en oubliaient le but de leur visite.

Plusieurs récits évoquent aussi des enlèvements de Fayes. Une femme, née en 1888, raconte que les paysans installèrent un piège et parvinrent à en capturer une vers le village du Martinet (Mont-Saxonnex) sur la rive droite du Bronze. La fée demanda à être relâchée, sinon elle ne leur révélerait pas la vertu du primpielet [serpolet] et ne leur donnerait pas la recette pour faire « la tomme à la couéta [petit-lait] » (A. Bourgeaux, 1973.)


Fayette, Fayule - Fée – Lyonnais : Dans plusieurs endroits du Forez et du Beaujolais, on évoque la présence de fées que l’on nomme Fayettes ou Fayules. Sur une colline, à peu de distance du bourg de Sail-sous-Couzan (Loire), se trouve la grotte des Fayettes : « Ce sont de petites fées, qui tenaient, au temps jadis, en cet antre leurs ébats nocturnes, et même elles les y tiendraient encore, s’il fallait croire nos paysans qui ne passent point volontiers par ici ou n’y passent qu’en chantant à tue-tête et en brandissant leurs bâtons, passé minuit. » (M. Proth, 1868.) Selon cet auteur, les Fayettes s’emparent des nourrissons humains et mettent à leur place un de leurs enfants, « une espèce d’hercule en bas âge qui mange comme quatre alors qu’il n’a point encore ses dents ». Pour récupérer leur petit, les femmes du pays conseillent de le porter devant la grotte et de le malmener pour qu’il crie très fort, recette assez commune en France dans ce type de récit. A coup sûr, la Fayette rapporte à la paysanne son rejeton en lui disant : « Te vequio le tio, rends me le mio » (« Tiens, voici le tiens, rends-moi le mien »). Le jour, dit également l’informateur de Proth, elles se changent en taupes et viennent ravager les jardins ; ce serait d’ailleurs pour cela que les taupes sont pourvues de petites mains. Selon une légende christianisée et vraisemblablement plus récente, c’est Dieu qui transforma en taupes les fées du Forez, pour les punir de s’être révoltées contre lui (Taverne, 1935). La nuit, on les entend battre leur linge « fin comme la gaze, quasiment tramé de nuages et brodé de rayons de lune ». Si quelqu’un tente de les surprendre à l’aube, elles disparaissent soudainement, oubliant parfois un de leurs battoirs d’or.

Selon Claudius Savoye (Le Beaujolais préhistorique, 1899), les Fayettes que l’on apercevait près de la fontaine proche de la Pierrefite de Dième (Rhône) portaient des robes blanches, rouges ou noires, chaque couleur permettant de pronostiquer un événement à venir. Le curé de la paroisse parvint à les chasser en allant lire l’évangile de Jean près de la source.

Savoye, qui précise dans son ouvrage que ces fées sont aussi appelées Fayules, écrit dans un article de la Revue des traditions populaires qu’à Vauxrenard (Rhône) « les fées habitent les fissures des roches [dites pierres des Fayules] où elles restent invisibles pendant le jour, mais, au crépuscule, on les voit danser des rondes silencieuses autour de leurs habitations. S’approche-t-on, elles disparaissent sans laisser de trace, l’herbe même n’est pas foulée par leur pied léger. Lavandières étranges, elles choisissent les jours de brouillard pour faire leur lessive et étendent alors sur les roches leur linge impalpable. Malheur à l’imprudent qui vient les déranger dans cette importante occupation. Très pacifiques en temps ordinaire, elles deviennent furieuses, tout disparaît en un clin d’œil, linge et lessiveuse, un sort est lancé sur le curieux, qui voit dans l’année un malheur s’abattre sur sa maison » (C. Savoye, 1896).


Fée - Les récits témoignant de la croyance en l’existence des fées ont été relevés partout en France au XIXe siècle. Ces entités féminines sont mentionnées sous différentes appellations locales (génériques ou spécifiques) ou tout simplement sous le terme de « fée », issu du latin fatum, « destin ».

Les auteurs du Moyen Age et de la Renaissance vont puiser l’origine des fées dans l’Antiquité, autrement dit dans les croyances païennes. Ils les comparent aux Nymphes, qui peuplent la terre et les eaux, et dansent en rond comme beaucoup de nos fées, aux Néréides pour les sirènes de mer. Ils les rapprochent aussi des Parques, nom que les Romains donnèrent aux déesses grecques du destin. Egalement nommées Tria Fata ou Fatae, les Parques partagent avec les fées la notion de destin (fatum), et, dans de nombreux récits collectés au XIXe siècle, une activité de fileuse. En effet, si Homère évoque dans l’Odyssée la Parque au singulier, Hésiode, dans la Théogonie, parle tout à la fois de la « Noire Parque » et des « Parques impitoyables » auxquelles la Nuit a donné naissance. Il les nomme Clotho, Lachesis et Atropos, et précise qu’elles dispensent le bien et le mal à la naissance de chaque humain. A leur suite, les poètes grecs et latins leur donneront de multiples ascendances et elles seront représentées avec les instruments qui leur permettent de filer la vie des humains. C’est ainsi que Clotho tient la quenouille, Lachesis tire le fil avec son fuseau et Atropos manie le couteau qui le coupera. Plusieurs témoignages, dont celui de l’évêque Burchard de Worms (965-1025), attestent de la popularité du culte des Parques au Moyen Age, lesquelles président à la naissance des humains et ont le pouvoir de se transformer en loup ou en toutes sortes de bêtes.

Pour les théologiens et les démonologues du Moyen Age et de la Renaissance, il va de soi que toutes ces anciennes divinités sont à ranger dans la catégorie des démons. Dans le chapitre consacré aux apparitions de démons, dans son ouvrage De Universo, Guillaume d’Auvergne, évêque de Paris (mort en 1248), évoque une entité nommée Dame Abonde. Il s’agit d’un démon qu’il nomme Satia (d’après « satiété ») ou Domina Abundia. Il explique que, sous l’apparence d’une femme, il visite la nuit les maisons et les garde-manger avec ses compagnes. Il ajoute que ce genre de démon est appelé « Dame » par les vieilles crédules qui racontent qu’il honore les vivres et les boissons que les gens de la maison lui ont laissés, mais sans que les plats ne s’en trouvent amoindris. Cette générosité est récompensée par la promesse d’abondance dans le foyer, d’où le nom de cette fée. En revanche, si les plats et autres récipients sont couverts ou fermés, elle n’y touche pas et voue la maison au malheur et à l’infortune (A. Breuil, 1845). Le nom de Dame Abonde est aussi cité par Jean de Meung au XIIIe siècle dans le Roman de la Rose. A noter que Dame Abonde du Four est le nom d’une des héroïnes des Evangiles des quenouilles, ouvrage du XVe siècle. En 1826, dans un petit tiré à part intitulé Lettres sur les contes de fées attribués à Perrault, le baron Walckenaer rapporte que, jusqu’au début du XVIIe siècle, dans l’abbaye de Poissy fondée par Saint-Louis, on disait une messe tous les ans pour préserver les religieuses du pouvoir diabolique des fées.

Dans la littérature médiévale, plusieurs récits évoquent les fées sous le nom de Dames qui sont faées, c’est-à-dire « enchantées ». Certaines sont proches des éléments naturels, comme Viviane, la Dame du Lac des légendes arthuriennes ; d’autres sont en voie de civilisation par leur mariage avec des seigneurs et se retrouvent parfois à l’origine de la lignée d’une noble famille. Elles conservent toutefois une marque liée à leur nature sauvage. Si Mélusine, grâce au roman de Jean d’Arras (XIVe siècle), est la plus célèbre de ce type de Dames (voir MÉLUSINE), elle n’est ni la première, ni la seule. Gautier Map, qui vit à la cour royale d’Angleterre, raconte dans De nugis curialium (Bagatelles de courtisans, écrit entre 1181 et 1193) l’histoire du seigneur surnommé « Henno aux grandes dents » qui rencontre dans une forêt, près des rivages normands, une belle fille, richement vêtue, en train de pleurer. Elle se dit rescapée d’un naufrage alors qu’elle allait à la rencontre du roi de France, qu’elle devait épouser. Henno se marie avec cette fée qui lui donne des enfants, mais qui évite à chaque messe d’être présente à l’aspersion d’eau bénite et à la communion. Méfiante, sa belle-mère perce un trou dans le mur de la chambre de la fée et la découvre en forme de dragon dans son bain. Elle raconte cela à son fils, qui fait asperger son épouse d’eau bénite. La fée s’envole alors à travers le toit et disparaît en hurlant. Dans les Otia Imperialia (Divertissements pour un empereur), texte composé entre 1209 et 1214, Gervais de Tilbury relate l’histoire de la Dame du château d’Esperver. A cette époque, Gervais est maréchal du royaume d’Arles pour le compte d’Otton IV de Brunswick. Dans ce récit, la châtelaine d’Esperver, dans le diocèse de Valence (Drôme), arrive toujours en retard à la messe et n’assiste jamais à la consécration de l’hostie. Un jour, pourtant, son mari et ses gens l’y obligent. Alors, elle s’envole en détruisant une partie de la chapelle et disparaît à tout jamais. Gervais ne date pas son récit et en raconte un second du même type, qui concerne le seigneur Raymond du château Rousset, près d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône). Celui-ci rencontre une belle dame, à laquelle l’auteur ne donne pas de nom, près de la rivière Arc. Il la demande en mariage. Elle y consent à la condition que jamais il ne cherche à la voir nue, sinon il perdra toutes les richesses qu’elle lui aura apportées. Tout se passe au mieux pour eux et pour leurs enfants jusqu’au jour où Raymond arrache le rideau derrière lequel sa femme est dissimulée dans son bain. Instantanément, l’épouse se

transforme en serpent et disparaît dans l’eau. Elle ne réapparaîtra plus jamais, même si les nourrices l’entendent la nuit, lorsqu’elle revient, invisible, voir ses enfants.

Si nous nous tournons vers les folkloristes du XIXe siècle qui recueillent les récits et les témoignages sur les fées, elles auraient emprunté leurs traits aux divinités féminines antiques de différentes mythologies. Ils les rapprochent, outre des nymphes gréco-romaines, des déesses-mères gauloises, que l’on trouve mentionnées sur les inscriptions votives sous le nom de Mairae, Matrae, Matronae. Sur certaines sculptures, elles sont regroupées en triades comme les Parques. Ils associent aussi les fées aux druidesses, qu’ils qualifient de prophétesses, se référant au passage d’un livre de Pomponius Mela, géographe romain du Ier siècle. Celui-ci évoque « l’île de Sena », dont on fera l’île de Sein, « placée dans la mer Britannique, vis-à-vis la côte des Osismiens [face au Finistère], renommée par un oracle gaulois, dont les prêtresses, consacrées à une virginité perpétuelle, sont, dit-on, au nombre de neuf. Elles sont appelées Barrigènes, et on leur attribue le pouvoir singulier de déchaîner les vents et les tempêtes par le moyen de quelques mots magiques, de se métamorphoser en tels animaux que bon leur semble, de guérir des maux partout ailleurs regardés comme incurables, de connaître et de prédire l’avenir, faveurs néanmoins qu’elles réservent exclusivement à ceux qui viennent tout exprès dans leur île pour les consulter » (De situ orbis, livre III, trad. C.-P. Fradin, 1804).

Plusieurs auteurs du XIXe siècle feront de la célèbre fée Morgane, demi-sœur d’Arthur et guérisseuse qui règne sur l’île d’Avalon, l’avatar de l’une de ces druidesses. Dans son étude sur les fées du Moyen Age et leur origine, Alfred Maury résume ainsi la situation en 1843 : « La mémoire de ces druidesses se conserva donc fort longtemps dans l’esprit du vulgaire, elle y fut entretenue, surtout en Bretagne, dans le pays de Galles, par les chants celtiques ; de là, leur nom passa dans les romans de la Table Ronde […] puis il se répandit dans toutes les compositions du même genre. Chez le peuple, le souvenir de ces femmes s’associa naturellement à celui des divinités dont elles avaient été les prêtresses, à l’égal desquelles elles avaient été même souvent adorées. Parques, nymphes, junones, déesses-mères, druidesses, prophétesses gauloises ne furent plus pour les Français crédules, pour les poètes qui les amusaient de leurs fictions, que des êtres identiques. Femmes mystérieuses tenant à la fois du caractère de l’homme et de Dieu, magiciennes auxquelles l’avenir dévoilait parfois ses secrets, enchanteresses aux mains desquelles était livrée la destinée des humains ; sur leur tête, en un mot, vinrent se confondre et se concentrer les attributs de toutes les déesses gauloises et des druidesses qui les servaient. Ces femmes, le peuple leur donna le nom de magiciennes, de fées, de sorcières ; mais il les désigna spécialement par le nom de fata, sous lequel ses ancêtres avaient honoré les Parques identifiées aux déesses-mères, par celui de fata, qui ne renfermait rien de plus, au reste, à ses yeux, que l’idée d’enchantement. De fata, on avait fait foi, fée, féerie […] et ce mot de faé voulut dire simplement “enchanté” ; en ce sens, il était adjectif. »

Comme d’autres folkloristes, Maury ajoute aux divinités romaines et gauloises celles de la mythologie nordique, notamment les Nornes qui présidaient à la destinée des humains et que le poète Snorri Sturluson réduira à trois dans son Edda, les rapprochant ainsi des Parques. Il les nomme Urdr (passé), Verdandi (présent) et Skuld (avenir) : « Nous voyons les Nornes assister à la naissance des enfants, leur prédire la destinée que l’avenir leur réserve, les douer de vertus et de qualités particulières, en un mot remplir toutes les fonctions que l’Antiquité assignait aux Parques, le Moyen Age aux fées. »

Au XIXe siècle, il est difficile de connaître l’état précis de la croyance en l’existence des fées. Pour beaucoup de paysans, qui connaissent encore chez eux des lieux marqués par leur passage, elles vivaient là jadis, à une époque plus ou moins lointaine. On dit souvent qu’elles s’en sont allées depuis que l’on sonne l’angélus ou depuis la fin de la « mauvaise foi », c’est-à-dire depuis qu’elles ont été vaincues par le christianisme. Selon d’autres témoignages, elles sont encore présentes ou en voie de disparition. Dans les environs de Bricquebec, on nomme Chambre-aux-Fées les failles rocheuses dans lesquelles se tapissent de petites fées que certaines personnes prétendent avoir vues, « quoique leur nombre soit bien diminué » (P. Le Fillastre, 1832). A Vignats (Calvados), les anciens affirment que l’ouverture de l’étroite caverne dite Maison-aux-fées (ou Maison-au-Loup) rétrécit chaque jour, ce qui est une autre façon de signaler la fin de leur présence (A. Bosquet, 1845). Dans les environs de Dinan, on affirme qu’il y en avait beaucoup, autrefois : « Mais à présent, elles se cachent parce qu’il y a de méchantes gens qui leur veulent du mal. Mais elles reviendront. » En août 1900, deux femmes, avisant deux voitures automobiles « marcher devant elles sans chevaux et aussi vite que le vent », crurent être en présence de véhicules de fées. Elles racontèrent que celles-ci portaient de longs voiles blancs et étaient accompagnées d’hommes noirs (L. de V. H., 1901).

[...]

La cuisine des fées : Les fées sont d’habiles cuisinières et, dans plusieurs récits, fumées et fumets qui s’échappent de leur demeure trahissent leur présence. Sur le territoire de Saint-Aignan (Ardennes) « dans la forêt de la Guêne, à proximité du chemin conduisant à Vendresse » se trouvait « un amas de rochers exploités depuis cinquante ans, environ, comme pierres à bâtir ». Les failles profondes de ces roches étaient censées abriter des fées et rares étaient ceux qui osaient s’en approcher : « Quand l’atmosphère était saturée de vapeur, il se dégageait tout naturellement de ces failles une buée parfois très intense laissant supposer que les fées cuisinaient et, plus particulièrement, faisaient de la pâtisserie. » Elles élevaient des vaches pour disposer de lait et de beurre pour leurs gâteaux. Ces bêtes apparaissaient chaque matin au milieu du troupeau communal et disparaissaient chaque soir. (A. Meyrac, 1890.)

La cuisine des fées a également laissé des traces dans le nom de certains lieux. Dans les Vosges, plusieurs cavernes portent le nom de Four-aux-Fées. Celle qui se trouve près du Thillot abrite d’excellentes pâtissières qui font bénéficier de leur talent les bergers du coin. La source proche du dolmen de Hamel (Nord) se nomme Cuisine-des-Fées. Devant l’entrée d’une grotte de Suc (Ariège), une pierre était censée servir de pétrin aux fées, une autre à Ville-du-Pont (Doubs) passait pour leur four à gâteaux. Les cupules qui apparaissent sur certaines pierres étaient les empreintes de la vaisselle ou des ustensiles qu’utilisaient les fées. Dans le bois de Néry à Saint-Just-d’Avray (Rhône), les cavités de quelques rochers sont appelées Marmites (ou Ecuelles) des fées. Au début du XIXe siècle, on y envoyait les porcs à la glandée et l’un d’eux revint un jour avec une bourse pleine d’argent pendue autour du cou. Le lendemain, on renvoya les bêtes dans le bois, mais, au soir, le porc qui avait reçu la bourse manquait à l’appel : les fées l’avaient gardé pour leur cuisine (P. Sébillot, 1904).

On raconte dans plusieurs provinces, avec quelques légères variantes, l’histoire de la galette que les fées champêtres offrent aux laboureurs (notamment en Normandie, Bretagne, Lorraine, Franche-Comté, Ardennes). Elle apparaît toujours posée au bout du sillon sur une nappe ou une serviette blanche ; elle est parfois accompagnée d’un couteau. Quand les cultivateurs de Giromagny (Territoire-de-Belfort) menaient leur charrue à l’endroit où les fées se tenaient sous terre, ils les entendaient parfois râcler leur pétrin. Il leur suffisait alors de dire « Bonne fée, petite fée, donne-nous du gâteau que tu fais » pour qu’une appétissante galette apparaisse au bout du sillon (P. Sébillot, 1904). Dans les Ardennes, à Ham-les-Moines, l’un des cultivateurs repart avec le couteau des fées et, le lendemain, tandis qu’il le pose près d’une nouvelle galette offerte par les fées, celle-ci disparaît aussitôt (A. Meyrac, 1890).

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Symbolisme :


D'après le Dictionnaire des symboles (1969 ; édition revue et corrigée, Robert Laffont : 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant,


"Maîtresse de la magie, elle symbolise les pouvoirs paranormaux de l'esprit ou les capacités prestigieuses de l'imagination. Elle opère les plus extraordinaires transformations et en un instant comble ou déçoit les désirs les plus ambitieux. Peut-être représente-t-elle les pouvoirs de l'homme de construire en imagination les projets qu'il n'a pu réaliser.

La fée irlandaise est par essence la banshee, dont les fées des autres pays celtiques ne sont que des équivalents plus ou moins altérés ou compris. Au départ, la fée, qui se confond avec la femme, est une messagère de l'Autre Monde. Elle voyage souvent sous la forme d'un oiseau, d'un cygne, de préférence. Mais cette qualité n'a plus été comprise lors de la christianisation et les transcripteurs en ont fait une amoureuse venant chercher l'élu de son cœur. La banshee est par définition un être doué de magie. Elle n'est pas soumise aux contingences des trois dimensions et la pomme ou la branche qu'elle remet ont des qualités merveilleuses. Le plus puissant des druides ne peut retenir celui qu'elle appelle et, quand elle s'éloigne provisoirement, l'élu tombe en langueur.

Shakespeare a merveilleusement montré, avec la Reine Mab, l'ambivalence de la fée, qui est capable de se transformer en sorcière :


Alors je vois que la Reine Mab vous a visité

C'est l'accoucheuse des fées et elle vient

Pas plus grosse qu'une pierre d'agate

A l'index d'un échevin

Traînée par un attelage de petits atomes...

... c'est toujours cette Mab

Qui tresse la crinière des chevaux la nuit

Et dans leurs poils gluants

Fabrique des nœuds magiques

Qui débrouillés font arriver de grands malheurs.

C'est la sorcière...


(Roméo et Juliette, trad. de Pierre-Jean Jouve et Georges Pitöeff,

éditions Formes et Reflets, Paris, 1955).


En effet, les palais que les fées évoquent et font scintiller dans la nuit s'évanouissent en un instant et ne laissent plus que le souvenir d'une illusion. Ils se situent dans l'évolution psychique parmi les processus de l'adaptation au réel et de l'acceptation de soi, avec ses limites personnelles. On recourt aux fées et à leurs ambitions démesurées. Ou bien elles compensent les aspirations frustrées. Leur baguette et leur anneau sont les insignes de leur pouvoir. Elles resserrent ou défont les nœuds du psychisme.

Que les fées de notre folklore ne soient autres, à l'origine, que les Parques romaines, elles-mêmes transposition latine des Moires grecques, ne paraît guère discutable. Leur nom même, Fata, les Destinées, le prouve. Les trois Parques, précise P. Grimal, étaient représentées sur le forum par trois statues que l'on appelait couramment les trois fées - les tria fata. Elles portent encore aujourd'hui ce nom dans la plupart des langues latines, et on en retrouve la racine dans leur postérité et les innombrables petits génies que l'imagination populaire a créés à leur suite : tels les fadas provençaux, les fades de Gascogne, les fadettes et fayettes, les fadets et farfadets.

Assemblées généralement par trois, les fées tirent du fuseau le fil de la destinée humaine, l'enroulent sur le rouet et le coupent, l'heure venue, de leurs ciseaux. Peut-être furent-elles, à l'origine, des déesses protectrices des champs. Le rythme ternaire, qui caractérise leurs activités, et celui de la vie même : jeunesse, maturité, vieillesse, ou bien naissance, vie et mort, dont l'astrologie fera : évolution, culmination, involution. Selon de vieilles traditions bretonnes, à la naissance d'un enfant, on dresse trois couverts, sur une table bien garnie, mais dans une pièce écartée de la maison, afin que les fées soient rendue propices. Ce sont elles, aussi, qui conduisent au ciel les âmes des enfants morts-nés et qui aideront à rompre les maléfices de Satan.

Pour mieux comprendre le symbolisme des fées, il faut, par-delà Parques et Moires, remonter aux Kères, divinités infernales de la mythologie grecque, sortes de Walkyries qui s'emparent des agonisants sur le champ de bataille, mais qui, selon l’Iliade, paraissent aussi déterminer le sort, le destin du héros, auquel elles apparaissent en lui offrant un choix, dont dépendra l'issue bénéfique ou maléfique de son voyage.

La filiation des fées telle que nous venons de l'indiquer montre qu'elles sont originellement des expressions de la Terre-Mère. Mais le courant de l'histoire, selon un mécanisme ascensionnel que nous avons exposé en d'autres notes, les a fait peu à peu monter du fond de la terre à sa surface, où, dans la clarté de la Lune, elles deviennent esprits des eaux et de la végétation. Les lieux de leurs épiphanies montrent cependant clairement leur origine ; elles apparaissent en effet le plus souvent sur des montagnes près des crevasses et des torrents, sur les innombrables tables de fées ou dans le plus profond des forêts, au bord d'une grotte, d'un abîme, d'une cheminée des fées, ou encore près d'un fleuve mugissant ou au bord d'une source ou d'une fontaine. Elles sont associées au rythme ternaire, mais, en y regardant de plus près, elles relèvent aussi du quaternaire : en musique, on dirait que leur mesure est à trois-quatre : trois temps marqués et un temps de silence. Ce qui représente en effet et le rythme lunaire et celui des saisons. La lune est visible pendant trois phases sur quatre ; à sa quatrième phase, elle devient invisible, on dit qu'elle est morte. De même, la vie représentée par la végétation naît sur la terre au printemps, s'épanouit en été, décroît en automne, et disparaît pendant l'hiver, temps de silence, de mort. Si l'on examine de très près contes et légendes relatifs aux fées, il apparaît que ce quatrième temps des fées n'a pas été oublié par les auteurs anonymes de ces récits. C'est le temps de rupture, où l'épiphanie anthropomorphe de la fée se dissipe. La fée participe du surnaturel, pare que sa vie est continue, et non discontinue comme la nôtre, et comme celle de toute chose vivante en ce monde. Il est donc normal qu'en la saison de la mort on ne puisse la voir, donc qu'elle n'apparaisse pas. Pourtant elle existe toujours, mais sous une autre forme, relevant comme elle, en son essence, de la vie continue, de la vie éternelle. Voilà la raison pour laquelle Mélusine, le samedi, quitte son humain époux et lui demande de ne pas chercher à la voir, de respecter son secret. Il lui faut en effet, en cette phase quatrième, quitter l'apparence humaine pour prendre celle d'un serpent, épiphanie animale, comme on le sait, de la vie éternelle. Mélusine est alternativement femme et serpent, de la même façon que le serpent change de peau pour se renouveler indéfiniment. C'est le moment qui, chez les humains, correspond au temps de silence, à la mort. Aussi les fées ne se montent-elles jamais que de façon intermittente, comme par éclipses, bien qu'elles subsistent en elles-mêmes de façon permanente. On pourrait en dire autant des manifestation de l’inconscient."

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Goya, Les Moires, 1820-1823, Musée du Prado, Madrid

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Marianne Mesnil, autrice d'un article intitulé "UN VENT DE FOLIE : Des herbes de la Saint-Georges à celles de la Saint-Jean" (Civilisations Vol. 36, No. 1/2, Ethnologies d'Europe et d'ailleurs (1986), pp. 325-348, rapporte un phénomène roumain déjà étudié par Mircea Eliade :


[...] Tandis que s'effectuent les rites de fertilité, de pluie ou d'anti-sécheresse dont le cycle s'ouvre à cette date du 23 avril ou 1er mai, c'est-à-dire autour de l'Ascension, et se poursuit avec les "Mais", les Rogations (en Occident) ou les "Paparude" (invocations à la pluie dans les Balkans), une nouvelle menace mythico-météorologique pèse sur le monde agro-pastoral : c'est le moment où le espaces aériens s'emplissent d'êtres invisibles souvent féminins, dont les rencontres avec les humains sont généralement synonymes de folie.

Dans la tradition roumaine, ces "fées" ambivalentes, qu'il faut craindre et se concilier, nous rappellent par leur nom générique "zine", leur lointaine parenté avec un culte de Diane. Les multiples appellations par lesquelles elle sont désignées, sont généralement des formes euphémisées que suscite la crainte qu'elles engendrent : on les appelle les "Belles", Frumoasele, les "Saintes", Sfintele, ou plus simplement les "Elles", Ielele. J'en retiendrai encore trois autres noms qui marquent leur présence au cours de cette période saisonnière suivant la Saint-Georges ; ce sont les "Venteuses" (Vintoasele), les "Rosalies" (Rusalie, mot qui désigne également la fête de la Pentecôte) et les "Fées de Saint-Jean" (Sinziene, mot qui désigne aussi la fête de la Saint-Jean d'été). Les risques qu'entraînent leur présence invisible durant cette époque impose de les respecter, notamment en s'abstenant d'effectuer certaines tâches durant les jours qui leur sont particulièrement consacrés. Les femmes peuvent être leurs victimes si, par exemple, elles ont fait leur lessive lors d'un jour interdit pour ce type d'activités (en particulier, le mercredi qui précède l'Ascension) : elles risquent alors d'être soulevées par un vent qui les entraîne vers le haut. Quant aux hommes, s'ils risquent une rencontre nocturne avec elles, ils seront entraînés par leur musique dans une ronde infernale dont ils ne reviendront jamais.

Il s'agit de ce que M. Eliade a appelé la "Chute des Rusalii" : dans des villages de la région de Timoc, des femmes "tombaient" dans une sorte de sommeil léthargique, à l'approche de la Pentecôte (Rusalii). Leur "réveil" devait être provoqué par une thérapie choréo-musicale, qui prenait la forme d'une "danse du hanneton", exécutée par des hommes, parfois aussi des femmes, spécialisés dans cette pratique. Et d'autre part, à cette même date de l'année, se manifestaient des groupes de danseurs guérisseurs, les calusarii (calus signifie "cheval"), dont l'une des fonctions était de guérir par leur danse, ceux qui auraient été "pris par les fées" (luat de iele ou luat de Rusalii), ou encore "pris dans le vent" (luat de vint). C'est qu'en effet, un lien privilégié unit ces calusarii aux fées dangereuses de la Pentecôte : ce sont elles qui président à leurs rites. Et ce sont elles aussi qui se révèlent maîtresses des Herbes, en particulier de l'armoise ou de l'absinthe (pelin, pelinita) (artemisia vulgaris et artemisia absyntium L.), dont les noms indiquent à souhait le lien étymologique qu'entretiennent ces plantes avec Diane-Artémis. On comprend dès lors pourquoi l'herbe protectrice des Calusarii est l'armoise qu'ils placent sous leur chapeau ou à la ceinture, pour se protéger des risques de "folie" durant cette période.

[...] Mais les fées roumaines de la Pentecôte ne sont pas les seules à provoquer de telles pertes de conscience. Le phénomène a été rapproché à juste titre des transes des "Tarentulés" de la Saint-Paul, qui se déroulent à l'approche du 29 juin dans la région de Tarente (Italie du sud). Et c'est le cas également des non moins célèbres "Anastenaria" de villages macédoniens de Grèce et de Bulgarie bien qu'il s'agisse dans ce dernier cas, d'un phénomène de transe dont les liens avec une "maladie" sont moins marqués que dans les deux autres exemples. Mais il faut peut-être se souvenir du trait commun qui unit ces trois phénomènes saisonniers : ils font état d'une manifestation de "mélancolie" : que l'on pense à la racine grecque qui signifie "soupirer" (anastenaso).

Si, pour garder notre logique saisonnière, la date des Anastenaria (fête de Constantin et Hélène, au 21 mai) et celle de saint Paul des Tarentules (29 juin) se trouvent à plus d'un mois de distance, toutes deux peuvent cependant s'inscrire dans ce cycle qui semble bien s'insinuer, comme son souffle dangereux, dans cet espace aérien qui réunit saint Georges à saint Jean.

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Selon Jean-Louis Olive "Parfums magiques et rites de fumigations en Catalogne" (de l’ethnobotanique à la hantise de l’environnement), paru in Joël Thomas, Jean-Yves Laurichesse & Paul Carmignani (éd.), Saveurs, senteurs : le goût de la méditerranée (Actes du 1er Colloque du VECT, nov. 1997), Presses universitaires de Perpignan : pp. 145-195 :


Comme leurs homologues les sorcières, dont elles sont les inversions symboliques, les fées du domaine traditionnel catalan sont tantôt appelées « dames d’eau » (dones d’aigua), et tantôt « dames de fumée » (dones de fum). A l’instar de dame Pyrène elle-même, dont on a dit que le bûcher funéraire était à l’origine du grand Incendie des Pyrénées, elles détiennent le pouvoir de désertifier les garrigues incultes et les collines boisées, voire même d’embraser le pays et de faire fondre littéralement ses montagnes, réputées pour celer mines et trésors métallurgiques. Allusion chtonienne et tellurique aux puissances de l’ici-bas et de l’en-deçà, perçues et conçues comme terribles. Le ton employé par Adrienne Cazeilles est explicite, car elle nous apparaît comme une sorte de veuve emblématique du paysage dévasté de l’enfance : « Tous ces arbres dont je m’émerveillais de compter le nombre et la variété, dans ce pays qui cachait si bien ses trésors, tellement plus nombreux qu’il n’apparaissait à l’observateur superficiel, tous ces arbres sont à présent confondus dans la même horreur calcinée, tendant vers un ciel sec et impassible leurs branches noires et tordues comme pour un appel... ».

C’est précisément à ces forces destructrices que l’on opposait autrefois les parfums et les sacrifices, ou leurs fumées subtiles et volatiles, en forme d’exorcismes et d’adorcismes. A l’instar ou à l’inverse des vapeurs carboniques et sulfuriques, des esprits et éthers industriels. On imagine volontiers Notre-Dame la Méditerranée refermée sur elle-même et traversée par une alchimie de fumées allogènes, à la fois jeune et odorante, vieille et polluante. Subtilement fleurie et parfumée d’essences naturelles, culturales, cosmétiques; lourdement embaumée de fards, d’huiles et d’onguents ; mais aussi ombrée de terre, de kohl ou de mascara, et enfumée du noir de suie qui caractérise les mascarades nocturnes de l’hiver, l’intérieur de la cheminée ou l’arbre foudroyé, les vêtements du deuil qui euphémisent la vieille femme en noir, ou bien la sorcière. Saveurs et senteurs à la fois éphémères et brûlantes, résinées et acides, délicates et tragiques. Et chaque année, pour qu’il y ait encore une nouvelle année, la « vieille » part dans la fumée. La nature se commue en culture, et la culture, à son tour, dévore son paradigme. Tel est le destin prométhéen de notre civilisation, intelligible au sens, au goût et à l’odeur.

Selon Véronique Barrau et Richard Ely, auteurs de Les Plantes des fées (Éditions Plume de carotte, 2014), les fées sont intimement liées au monde de la mort :


"Royaume des fées, séjour des morts : Qu'elles habitent des palais au fond des eaux, d'anciens tumuli ou tertres, sous les collines ou au creux des dolmens, les fées partagent leurs résidences avec le peuple des défunts. de la Banshee irlandaise aux dames blanches françaises, les exemples ne font pas défaut lorsqu'il s'agit d'illustrer ces êtres aussi bien fées que fantômes. Quant aux Chasses fantastiques qui épouvantent les forêts, leur cortège se compose de revenants mais aussi de fées grimaçantes et de lutins aux yeux flamboyants."

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Dans L'Oracle des Esprits de la Nature (Éditions Exergue, 2015), Loan Miège nous propose une carte intitulée "fées en leur royaume", à laquelle elle fait correspondre le petit texte suivant :


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« Apprends que les événements, situations et relations sont porteurs d'enseignements,

intègre-les et manifeste-les au monde. »

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Vivant dans une dimension parallèle à la nôtre, ces fées ont à la fois accès au plan terrestre et à d'autres dont la nature nous échappe. elles sont ici pour apprendre. La planète Terre est celle de la manifestation et offre un intérêt particulier pour bon nombre d'êtres venus étudier. Leur société est organisée et hiérarchisée selon l'expérience de chacune. le mot « fée » est trompeur, car, en fait, elles sont à la fois de tonalité féminine et masculine. Lors de ma rencontre avec elles, elles ont montré un palais richement décoré à l'allure victorienne et des accoutrements dans le même style. Leur situation était inattendue : elles étaient poussées à la guerre par des êtres de basse vibration, envahisseurs et destructeurs. L'atmosphère était tendue. Des interférences énergétiques perturbaient la communication. Il a fallu faire un effort pour qu'elles restent connectées et pour maintenir un bon niveau vibratoire dans la Lumière.


A propos du message : Parfois, la vie nous chahute. Nous voudrions sortir à tout prix d'une situation difficile et fuir le plus loin possible. Nous en voulons à la terre entière. Nous crions, pleurons... mais rien n'y fait ! Nous devons prendre notre courage à deux mains et faire face. Allons-nous entrer en conflit pour autant ? Ou y a-t-il une autre voie ? Cette voie, les fées pourraient l'appeler celle de « l'apprentissage ». Comme elles, nous sommes venus sur Terre pour apprendre. Nous vivons dans notre dimension humaine et progressons selon notre propre expérience. En considérant ce qui nous arrive sous cet angle, les choses prennent du sens et deviennent des moteurs d'évolution.

Pratique : Prenons un papier, un stylo, la carte et le nécessaire pour instaurer un espace sacré : bougie, encens, images, musique, etc. Installons-nous. Puis, jetons sur le papier la situation qui nous pose problème. Décrivons-la tout en laissant les mots se suivre les uns après les autres, d'une manière spontanée. Cela étant fait, relisons une première fois et reposons le papier. Attrapons la carte et plaçons-la entre nos paumes. Cette carte agit telle une porte entre la dimension des fées et la nôtre. Fermons les yeux. Laissons notre espace vibratoire se transformer. Connectons-nous au royaume des fées. Elle s'avancent pour nous aider et nous faire profiter de leur sagesse. Ouvrons les yeux et relisons une deuxième fois. Certains mots sonnent différemment et sortent du texte. Les fées pointent notre attention sur des aspects spécifiques. Elles nous invitent à y réfléchir. Voyons ce que cela évoque en nous. Essayons de prendre de la hauteur. Progressivement, de nouveaux éléments apparaissent et nous permettent de mieux comprendre ce qui se joue. Réécrivons la situations à la lumière de ces derniers. Il est possible que d'autres viennent. Dans ce cas, faisons des modifications jusqu'à obtenir un texte reflétant bien notre perception. Ce que nous sommes en train d'apprendre à travers la situation est maintenant sous nos yeux. Aussi difficile soit-il, cet apprentissage est un trésor qui nous permet de réparer une partie de notre être (abîmée lors d'une vie antérieure ou de celle-ci) et de monter une marche d'évolution. Finissons par mettre nos mains au-dessus du nouveau texte et baignons-le de Lumière (intention qui se manifeste dans l'invisible). Le mantra intérieur est « Acceptation et Gratitude ». remercions les fées pour leur intervention bénéfique et nous-mêmes, pour nous être donné l'opportunité d'évoluer.


Mot-clé : Apprendre.

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Selon Philippe Walter, dans Ma Mère l'Oie, Mythologie et folklore dans les contes de fées (Éditions Imago, 2017) :


"Si le mot "fée" vient du latin fata "destinées", il dérive aussi du verbe latin fari signifiant "parler". Autrement dit, la fée est d'abord celle qui parle, avant d'agir. Elle est une divinité de la parole. elle est la parole incarnée et toute-puissante. Ce lien de la féerie et de la parole ordonne une part décisive de la mythologie des fées. Il s'accorde avec une conception basique de nombreux mythes : seule la divinité incarne une parole vraie car conforme à l'ordre du monde. Il en découle une réelle importance accordée à la bonne parole, à la fois dans la codification liturgique de son usage et dans la croyance en son action : pour une divinité, dire c'est agir.

Il reste à se demander si la conception de la déesse Parole particulièrement illustrée dans le monde indo-européen, et qui éclaire bien des motifs de la mythologie des fées, ne se trouverait pas également dans d'autres aires culturelles et d'autres mythologies. C'est la thèse défendue dans un ouvrage où dialoguent des spécialistes de quatre civilisations : l'Inde védique, les Géorgiens du Caucase, les Bugis de Célèbes-Sud et les Indiens Cuna du Panama [M. Détienne et G. Hamonic éd. , La Déesse Parole. Quatre figures de la langue des dieux, Flammarion, Paris, 1995]. Tiendrait-on là une sorte de conception extrêmement primitive ("archétypale" ?) pouvant remonter à notre passé intra-utérin ? La seule parole, qui nous soit vraiment première et créatrice, n'est-elle pas celle de la mère, celle entendue par le fœtus lors de l'expérience auditive prénatale ? La parole ne serait-elle alors que féminine ? Un proverbe basque a tranché : Hitzak dire emeak eta obrak harrak, autrement dit : "Les paroles sont femelles et les effets sont mâles."

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Symbolisme celte :


Voici ce que nous rapporte Ernest Bosc, auteur de Bélisama, l'ésotérisme gaulois (1910) :


"Sur les fées

Comme tous les peuples de l’Antiquité, les Celtes croyaient aux Fées, aux bons et aux mauvais génies. Pomponius Méla dénomme Garrigenæ, ce que les bardes Gallois appellent Koridgwen, où Korrigan est le nom le plus commun des fées de la Bretagne. Ce qui est curieux, c’est que le même poète latin désigne sous le même nom de Garrigenæ, les neuf Prêtresses ou druidesses de l’île de Sena. Le terme de Korrigan dérive de Korr petit, diminutif de korrik et de gwen ou Gan génie, petit génie, fée, lutin ; mais ce terme Gan signifie aussi en breton "Ingénieux", tandis que Ganaz signifie "astucieux", ce terme de Gan correspond à l’Alp Germanique, d’où est dérivé le terme Elfe ou Fée. Quant au terme Korr qui est armoricain, il s’écrit en gallois et en cornique cor, corres au féminin et en gaëlique on l’écrit Gearr, enfin le terme latin Curtus. Les termes korandon et Gwazigan sont synonymes de korrigan, de même qu’un vieux terme français Cort. La mythologie phénicienne a beaucoup d’analogies avec la mythologie celtique, aussi nous ne devons pas être autrement surpris, quand nous lisons dans Strabon (Strabon, X, pp. 466 et suiv.) les termes Carikines et Curètes, ce ne sont que les korrigans et les Correds bretons."

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Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont, 1995 et 2019), Éloïse Mozzani nous propose la notice suivante :


Les fées, qui descendent des Moires grecques et des Parques romaines, comme leur nom dérivé de fatum (destin) le montre, ont aussi une origine celtique : elles « apparaissent comme le dernier, le plus persistant, de tous les vestiges que le druidisme a laissé empreints dans les esprits ».

Si ces créatures merveilleuses appartiennent aujourd'hui aux contes, où elles sont le plus souvent bienveillantes (à l'exception de la fée Carabosse), il faut savoir qu'il y a des fées qui, usant de leurs pouvoirs à mauvais escient, sont franchement maléfiques, frappent les mortels de paralysie ou abattent le bétail. elles s'apparentent alors aux sorcières. Shakespeare a résumé, avec la Reine Mab, cette dualité :


Alors je vois que la Reine Mab vous a visisté

C'est l'accoucheuse des fées [...]

... C'est toujours cette Mab

Qui tresse la crinière des chevaux la nuit

Et dans leurs poils gluants

fabrique des nœuds magiques

Qui débrouillés font arriver de grands malheurs.

C'est la sorcière... Shakespeare, Roméo et Juliette, 1597.


Du point de vue symbolique, la fée « maîtresse de la magie, [...] symbolise les pouvoirs paranormaux de l'esprit ou les capacités prestigieuses de l'imagination. Elle opère les plus extraordinaires transformations et en un instant comble ou déçoit les désirs les plus ambitieux ».

Dans l'est de la France, la fée Herqueuche passait pour une méchante sorcière « dont l'unique occupation [était] de mal faire » : grande, raide, édentée, portant un large chapeau de paille et des haillons, elle s'attaquait aux jeunes gens qui s'attardaient le soir et donnait des coups de bâton à celles qui faisaient la lessive.

Les Bretons croyaient en l'existence de jolies fées qui entraînaient les voyageurs dans des lieux isolés, « puis au moment où les pauvres dupes se croyaient sur le point d'obtenir ce qu'ils [étaient venus chercher, les fées malicieuses les acccabl[ai]ent de railleries, de ricanements, et les abandonn[ai]ent dans les déserts où ils s'[étaient] laissé conduire ».

Dans le Quercy, les fées se métamorphosaient en chattes noires pour étouffer les bébés. En Normandie, la « Bête Avette » était une fée des fontaines qui aimait tant les enfants qu'elle les noyait afin de les garder près d'elle.

En Normandie, en Bretagne, en Ecosse, et en Irlande, les fées enlevaient les enfants dans leur berceau et les remplaçaient par leurs propres enfants, « méchants, criards, laids ». Cette croyance était communément admise par les Celtes. Certaines mères, persuadées que leur bébé était en réalité un « enfant de la fée » leur faisaient subir de mauvais traitements.

Selon une tradition très répandue - et qu'a illustrée Perrault dans La Belle au bois dormant -, il y a toujours une ou deux fées présentes au berceau du nouveau-né, qui décident de son avenir. Ces créatures sont sans doute une survivance des « Carmenes », déesses tutélaires des enfants chez les Anciens, qui présidaient à la naissance et déclamaient l'horoscope du nourrisson.

En Angleterre, au siècle dernier encore, on ne prononçait pas le mot « fée » car cela portait malheur.

Même les plus gentilles des fées doivent être traitées avec respect, sinon elles jouent des tours. Leur donner du lait est une délicate attention car c'est leur boisson favorite.

Les fées, qui habitaient les forêts (parfois les mégalithes), venaient « danser sur le gazon au clair de lune ».


« Noires, grises, vertes, blanches fées,

O joueuses du clair de lune, ombres nocturnes,

De l'immuable destinée orphelines créatures

Soyez, à votre office, à votre personnage... »


dit la reine des pseudo-fées qui, à la fin des Joyeuses Commères de Windsor, conduites par un Satyre tenant un flambeau, assaillent Falstaff et le démasquent. « Ce sont des fées ! s'écrie celui-ci, qui leur parle est mort ! »

« Fermons les yeux et face à terre ! Nul ne doit voir leur œuvre ! »

Les fées ont laissé des traces de leur passage ; il y a, en France notamment, nombre de « grottes aux fées », « roches-aux-fées », « château des fées », « fontaines des fées », « pont-aux-fées », « ruisseau des fées ». Dans les Vosges, par exemple, on montre le « Four des Fées » près du Thillot ; « Ce four, assez profond et creusé en plein roc, servait autrefois aux fées à cuire des gâteaux, des friandises, dont les bergers d'alentour avaient, paraît-il, la plus grosse part ».

Parmi les fées les plus connues, citons la Fée Morgane, sœur du roi Arthur, élève de Merlin qui lui enseigna la magie. La fée Estérelle ou Estérel - qui a donné son nom au massif ou forêt du même nom (Provence) où elle habitait - était célèbre au Moyen Âge. Elle composait des breuvages magiques qui rendaient les femmes fécondes.

La Tante Arie, que certains font dériver d'Aeria ou Junon l'aérienne, est une bonne fée du Jura et de Haute-Saône, qui récompense les enfants sages : à Noël, au jour de l'an, à l'Épiphanie, notamment, elle entre, la nuit, dans les maisons et dépose jouets et friandises sur la table. La Tante Arie répand ses bienfaits dans les foyers où règnent l'ordre et le travail ; tout en restant invisible, elle aide les mères de famille, les jeunes filles à filer, les paysans à faucher le blé et fait tomber les prunes sur les chemins.

En Wesphalie, Héra est aussi une bonne fée qui parcourt les airs entre Noël et l'Épiphanie, « répandant sur la terre l'abondance et le bonheur ».

Pour faire venir une fée « prenez d'abord un épais cristal carré, ou verre de Venise, de trois pouces de long et d'autant de large ; placez ensuite ce verre ou cristal dans le sang d'une poule blanche, trois mercredis ou trois vendredis de suite ; après cela, retirez-le et lavez-le avec de l'eau bénite, et faites une fumigation ; ensuite prenez trois baguettes de noisetier de l'année, pelez-les blanches et belles, faites-les assez longues pour y pouvoir écrire le nom de l'esprit ou de la fée que vous appelez trois fois sur chaque baguette ; après les avoir aplaties d'un côté, enterrez-les sous une colline que vous croyez fréquentée par les fées, le mercredi, avant que vous l'appeliez ; et le vendredi suivant, retirez-les, et appelez la fée à huit, dix ou à trois heures, qui sont très favorables à cet objet. Mais quand vous appellerez, que votre vie soit pure, et tournez le visage vers l'Orient. Quand vous tiendrez la fée, attachez-la à cette pierre ou au verre. »

Pour Roger de Lafforest (Présence des Invisibles, 1983), l'existence des fées ne fait aucun doute : « Elles continuent aujourd'hui, dit-il, d'interférer dans notre vie quotidienne comme elles l'ont fait au cours des millénaires passés ». L'auteur, qui a vu un jour une fée, dans une forêt proche de Paris, dresse le portrait suivant de la « fée occidentale du XXe siècle » : « Ce qui surprend tout d'abord, c'est sa petite taille. D'ailleurs, elle a des ailes de libellule, et elle volette gracieusement autour des fleurs. Son corps miniature est celui d'une fine jeune femme. Quand elle se pose, sur un brin d'herbe ou sur votre doigt, elle adopte toujours une posture gentiment érotique. Son habillement a, lui aussi, de quoi surprendre : un justaucorps, des bas noirs moulant les longues jambes de danseuse, des ballerines. La coiffure est impeccable, sans la moindre fantaisie. Rien de mystérieux, rien de magique dans cette apparence ; plutôt une espèce de style 1900, très conventionnel, genre carte postale début du siècle. »

Certaines fées « s'incarnent même dans le règne humain ; comme elles sont foncièrement féminines, ce sera toujours dans une femme qu'elles s'incorporeront le plus parfaitement ». Voici comment, toujours selon Roger de Lafforest, on reconnaît une femme-Fée :

  1. Une des caractéristiques les plus singulières de la femme-Fée, c'est qu'elle a horreur de dire son prénom. Jamais elle ne dira son nom de fée, évidemment ! Mais inexplicablement elle répugnera aussi à donner son nom de femme. Bizarre mais symptomatique.

  2. La fée choisira toujours pour s'incarner un corps de fillette ou de femme gracile, allongé, aérien, qui ne pèse pas lourd sur la terre. Si c'est un enfant qu'elle habite, elle lui communiquera, à mesure de sa croissance, une grâce légère incomparable.

  3. On reconnaît la femme-Fée à ce qu'elle sait des choses qu'elle ne devrait pas savoir et dont elle est incapable de dire comment elle les a apprises.

  4. Elle est douée d'une intuition fulgurante, qu'elle ne peut s'empêcher de manifester. On peut même dire en quelque sorte qu'elle souffre de prémonition.

  5. Malgré son apparence de gentillesse et d'insouciance, elle est terriblement rancunière : elle n'oubliera ni ne pardonnera jamais l'insulte ou même le simple manque d'égard.

  6. Elle aime exagérément la vitesse.

  7. Elle est le plus souvent insomniaque.

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Selon Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes ( (Hachette Livre, 2000) :


Pour nos ancêtres les Celtes, le pouvoir magique des fées existait. Voici comment et pourquoi. La vie serait-elle un conte de fées ? Oui, sûrement. Sauf que nous avons vidé la plupart de ces contes - que l'on dit aujourd'hui de nos grands-mères avec un mélange d'affection, de nostalgie et de dérision, qui prouve à quel point tout cela n'est pas très sérieux à nos yeux lucides et réalistes - de leur sens, du subtil écho qu'ils peuvent avoir en nous, du rôle d'éveilleurs ou d'initiateurs de la conscience endormie des êtres, qu'il jouait en un temps où la transmission du savoir, des connaissances, des expériences de la vie se faisait par voie orale, et non par l'écriture.

Que savons-nous des contes de fées, des héros, des héroïnes, des personnages fantastiques qu'ils mettent en scène ? Sont-ils de purs produits de l'imagination des hommes et des femmes du passé, d'un passé si lointain que nous avons perdu jusqu'à l'origine et les raisons de ces créations tout droit issues de nos rêves communs, ou bien furent-ils inventés par quelques poètes ancestraux qui, déjà, savaient transformer la réalité souvent trop brutale en rêveries plus digestes ?

Nous ne le saurons sans doute jamais, mais nous pouvons supposer que, comme toujours dans l'histoire des hommes et des femmes, en tout conte, légende ou mythe, il y a toujours une part de vérité, de vécu, et une part de sublimation, de spéculation, de poésie pure. Essayons donc de faire la part des choses, et entreprenons ensemble une enquête au cours de laquelle nous parviendrons peut-être à démontrer que les elfes, faunes, gnomes, lutins, fadets et farfadets, toutes les fées de la forêt, ont existé, ou existent encore...

Qui sont les fairies ? Surtout, ne dites jamais ce mot à haute voix, et ne le faites pas non plus trop souvent tourner dans votre tête. En effet, le prononcer, c'est souvent invoquer ceux qu'il représente. Or on ne peut jamais présumer des intentions, actions ou réactions du "Petit Peuple" ou de ceux du "Monde du Dehors", comme on les surnomme. Ils sont capables du pire comme du meilleur, leur comportement n'étant absolument pas cohérent, leurs pensées et attitudes, leurs faits et gestes, étant imprévisibles.

Selon les légendes qui s'y rattachent, leur origine est angélique, divine ou nécromancienne. Il s'agit donc soit d'anges déchus, que Dieu, dans sa clémence, a sauvés de la destruction, et qu'il a autorisés à vivre sur Terre, soit de divinités descendues sur la Terre, vivant à la fois dans ce monde et dans l'Autre-Monde, soit de morts vivants, d'âmes errantes, ayant un pied dans la tombe et l'au-delà, et un autre sur Terre et dans le monde visible.

Toutefois, par bien des aspects, les fairies s'apparentent beaucoup aux esprits de la nature et aux génies qui, quant à eux, furent à l'origine du concept de la hiérarchie des anges - l'ange ayant aussi un rapport avec le corps astral.

C'est ainsi qu'on les rencontre souvent dans les sous-bois, les clairières, près des arbres centenaires, des sources ou des étangs, au cœur des forêts impénétrables, dissimulés par les hautes fougères, les buissons ou dans la brume, qu'ils sont ainsi les maîtres d'un lieu ou d'un endroit précis, et qu'ils exercent certains pouvoirs en correspondance avec les grandes forces de la nature et les éléments.

Toutefois, les fées de la forêt, les elfes, lutins, gnomes, faunes, fadets et farfadets, qui sont aussi considérés comme des fées - d'où leur nom d'origine anglo-saxonne de fairies - , présentent d'autres particularités que l'on ne trouve pas chez les génies, les esprits de la nature ni chez les anges : ils ont des qualités humaines, souvent outrancières ou caricaturales.

C'est ainsi que les psychanalystes américains Bruno Bettelheim et allemande Marie-Louise von Franz ont vu dans les personnages des contes de fées des caractéristiques inhérentes aux comportements humains et inconscientes (lire à ce sujet : Bruno Bettelheim, La Psychanalyse des contes de fées, éditions Robert Laffont, 1976 et Marie-Louise von Franz, L'Interprétation des contes de fées, éditions Albin Michel, 1995).


Une brève historie des fairies et l'origine d'halloween. De nos jours, seuls les Bretons, les Écossais, les Gallois et les Irlandais ont su préserver les traditions et croyances de la grande culture celtique. Or nous savons que les Celtes s'adonnaient à des cultes naturistes, qu'ils dédiaient aux grands éléments de la nature : les forêts, montagnes, collines, sources, rivières lacs, étangs, plantes, herbes, animaux, etc. L'un de ces cultes se produisait durant la nuit de Samain, le 1er novembre, le premier jour de l'année lunaire celtique.

Selon la légende, cette nuit-là, les fairies, héritiers des dieux, maîtres de la magie, tantôt malicieux ou méchants, tantôt généreux et bienveillants à l'égard des humains, quittaient le monde visible pour retourner dans leur univers, le royaume mythique de Sid, l'Autre-Monde. Ils étaient alors particulièrement actifs et omniprésents, dans les forêts, durant la nuit de Samain, et le peuple celte partait à sa rencontre, pour danser, chanter, s'enivrer avec eux, nus le plus souvent, fêtant à la fois leur nouvelle année et le passage des fairies d'un monde à un autre. Il s'agissait de la fameuse nuit d'Halloween, qui, à l'origine donc, était honorée dans toute l'Europe celtique !

[...]

Les fées, comme les anges, étaient-ils des bons génies et des esprits de la nature. Comment sont-elles devenues des sorcières ? Aujourd'hui, nous sommes tous d'accord pour dire que la fée et la sorcière en sont que des personnages de contes dont toute personne adulte, raisonnable et sensée sait qu'ils n'ont aucun fondement réel. Et si nous possédons quelques vagues informations historiques à propos de chasses aux sorcières qui se seraient produites au cours du Moyen Âge, là encore nous avons tendance à croire qu'il s'agissait plutôt d'un fantasme malveillant, ou d'une forme de puérilité dans l'esprit de nos ancêtres, que d'une traque au démon. Car nous sommes convenus de croire et de dire que le démon n'existe pas. Mais en sommes-nous si sûrs ?


Les sorcières et l'inquisition. Certes, si nous voulons donner au démon ou à ce que nous entendons comme tel - c'est-à-dire au Diable, aux forces du mal, aux puissances des ténèbres, etc. - une ou des figures réelles, nous sommes bien obligés de nous plonger dans notre passé et de nous référer aux images de l'Europe des XVe et XVIe siècles, qui furent ceux de la chasse aux sorcières et aux démons.

Poussés par un fanatisme religieux dont s'inspirent, sans le savoir peut-être, les intégristes contemporains de toute croyance ou religion, les grands et petits inquisiteurs d'alors torturèrent, brûlèrent, massacrèrent tous ceux et celles qui, à leurs yeux, n'étaient pas en odeur de sainteté et ne se conformaient pas aux règles, aux lois, aux normes d'un ordre religieux qui se montrait alors totalement arbitraire et tyrannique. De telles abominations ont été commises au nom de l'amour et de la foi, dans toute l'Europe - notamment en Allemagne et en Espagne -, durant cette sombre période, qu'elles ont marqué notre imaginaire et notre mémoire de leur sceau.

Ainsi, lorsque nous faisons allusion aux sorcières ou que nous nous les représentons, nous le voyons toujours tells que furent contraintes de se décrire, sous la torture, ces femmes dénoncées, traquées, condamnées avant même d'être jugées, dans la seconde moitié du XVe siècle, au sortir de la guerre de Cent Ans : femmes nues ou vêtues de noir, chevauchant un bâton, un manche à balai ou un animal monstrueux, produisant des maléfices, jetant des sorts, ayant bien sûr signé un pacte avec le Diable dont elles portaient des marques sur le corps.


De la fée à la sorcière. Toutefois, l'histoire et la naissance des fées sont bien antérieures à cette période noire et troublée de l'Inquisition. Car il est clair que, à partir du XIVe siècle, on assista à un pillage orchestré des croyances, des connaissances, des mythes et des symboles qui furent ceux de nos ancêtres et dont nous avons la nostalgie parce que sans eux, nous manquons cruellement de repères, nous ne savons plus d'où nous venons, qui nous sommes ni où nous allons. Les fées peuvent-elles nous aider à les retrouver ?

Sans doute, c'est même la raison pour laquelle, aujourd'hui, nous assistons à un regain d'intérêt pour tout ce qui nous fait rêver, qui peut nous éloigner de ce monde confortable matériellement, mais inconfortable moralement, spirituellement et de plus en plus désenchanté. En effet, à l'origine, les fées avaient les mêmes attributions, les mêmes pouvoirs, et l'on pourrait dire les mêmes devoirs et responsabilités, que ceux que nous attribuons aujourd'hui aux anges gardiens. Elles étaient assimilées aux bons génies des lieux, des bois, des forêts, des vallées, des sommets des collines, des monts, des montagnes, des sources, des rivières, des rochers, des grottes. Lorsque les Romains envahirent la Gaule et l'Europe des Celtes, ils donnèrent ces génies, le plus souvent figurés sous les traits de femmes et auxquels s'adressaient les druides, le nom de fati ou fata, "la déesse de la destinée", dérivant du latin fatum, 'le destin', dont dérive notre nom de "fée".

De la fileuse de destinée qu'est la fée qui tisse les mailles du destin de l'enfant dans le ventre de sa mère à la jeteuse de sort qu'est la sorcière, il n'y avait qu'un pas que les esprits bornés, avides de pouvoir et de richesse franchirent pour se donner raison en commettant les mires horreurs. Surtout que la femme fée avait la réputation d'être capable de se métamorphoser, de prendre l'apparence d'une renarde, d'une belette, d'une biche ou d'une licorne, qu'on lui attribuait des pouvoirs surnaturels tels que procurer la fortune et l'amour, guérir miraculeusement les malades et les blessés, séduire les hommes et s'unir à eux pour avoir des enfants magiciens, ou leur donner force, courage, héroïsme, victoire dans les combats guerriers, toutes vertus suspectes.

[...]

C'est ainsi que les esprits féminins de la flore et de la faune de l'Europe celtique, les bons génies de nos ancêtres, auxquels les femmes surtout rendaient grâce, se transmettant oralement, de génération en génération, les rites, les usages et les connaissances acquises depuis des siècles - notamment dans le domaine de la médecine empirique des simples (ce qu'aujourd'hui nous appelons phytothérapie ou soins par les plantes) - furent, dès le XIIe siècle, assimilés à des esprits mauvais par l'introduction de la procédure inquisitoriale de la bulle Vergentis in senium du pape Innocent III, mais surtout à partir du XVe siècle où elles furent considérées comme un véritable fléau en Europe. Les fées devinrent ainsi des sorcières.

"Parmi les fées les plus connues, citons la fée Morgane, sœur du roi Arthur, élève de Merlin qui lui enseigna la magie. La fée Esterelle ou Estérel - qui a donné son nom au massif d'une forêt du même nom (Provence) où elle habitait - était célèbre au Moyen Âge Elle composait des breuvages magiques qui rendaient les femmes fécondes. (Eloïse Mozzani, Le Livre des superstitions, Robert Laffont, 1995, d'après A. de Chesnel, Encyclopédie théologique, Éditions Lechevalier, 1856)."

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Selon les recherches de Carole Chauvin-Payan qu'elle communique dans le préprint de l'article intitulé "Les noms populaires des champignons dans les populations européennes mycophobes" (Quaderni di Semantica, 2018, Perspectives de la sémantique, pp. 159-189) :


Si aujourd’hui, le phénomène des ronds de champignons, ronds de sorcières, cercles de fées, corros de hadas, corros de brujas s'explique par le fait que lorsqu’un mycélium s'installe dans la prairie, il fructifie là où il est, et qu’une fois le sol épuisé, il s'étendra et ainsi de suite tous les ans, pendant très longtemps les ronds de sorcières ou cercles des fées ont donné lieu à toutes sortes de croyances et de superstitions. Les ronds de champignons ont souvent été considérés comme des lieux de rassemblements des danses des fées ou des lieux de sabbats des sorciers et du diable.

Selon G. Kastner [1858 : 106] “Les traditions celtiques nous représentent les Fées comme également adonnées à la danse. La place où elles ont dansé est aisément reconnaissable ; elle est circulaire, et l’herbe y est comme brûlée. C’est ce que le peuple appelle cercle de fées. […]” Selon E. Rolland “Les cercles mystérieux que forment les pas de fées, dans leurs rondes nocturnes, passent, en beaucoup d'endroits, pour des asiles inviolables, toutes les fois que, sous le coup d'un danger quelconque, tel que poursuites de bêtes malfaisantes, embûches et attaques de Georgeon (le diable) et de ses suppôts, on est à portée de s'y réfugier. (Croyances du Centre) [1967 : 179] ” En Aveyron, et dans d’autres nombre de régions, il est dit que l’herbe ne croît plus où les fées ont dansé, ces lieux s'appellent les bals des fées [1904-1907, réed. 1968 : 201-203]. Mais près de Mont-Fol, il est aussi dit qu’une partie de prairie où les sorcières tiennent leur sabbat est sans herbe. Au revers du Puy de Pège, entre la chapelle et la bastide, le chemin du Diable est une sorte de cercle où l'herbe ne peut pousser; les gens du pays disent que c'est autour de ce cercle que Satan et ses adeptes viennent danser chaque nuit.

En Côtes d’Or, fées, sorciers, lutines et diable se retrouvent ensembles dans ces cercles. “C'est là disent les vieillards, que se tient le sabbat, où lutins et sorciers, fées et diables, se réunissent au clair de lune et dansent des rondes qui forment des cercles magiques où l'herbe se dessèche sous leurs pieds. Cette croyance s'appliquait tout particulièrement à l'un des plus réguliers, que l'on voyait au Vic du Chastenay, non loin d'une voie romaine appelée Chemin des fées, d'un arbre légendaire, et d'un lieu dit la Grosse-Borne, ce qui semble indiquer la présence, au temps jadis d'un menhir […]. [Sébillot, 1904-1907, réed. 1968 : 202-204] ”

Pour certains, les danses des fées ou les sabbats de sorcières que nous avons présentées ci-dessus sont d’anciens vestiges de cérémonies païennes. Pour Kastner [1858 : 109] :


“Tout ce qu’au moyen-âge on a raconté des danses et des sabbats de sorcières a très probablement son origine dans les mythes dont nous avons parlé sur la danse des Elfes, des Fées et des Nains. D’anciens contes qui remontent au XIVe siècle, mettent en scène des femmes nocturnes Nachtfrauen, qui sont au service de dame Holda, et qui, pendant certaines nuits, traversent les airs, montées sur des animaux. […] Holda présidait les danses. On entendait près des montagnes l’orchestre du bal mystérieux exécutant l’air favori de la déesse, le merveilleux chant d’Holda. Personne n’ignore le rôle que jouait la danse dans certaines cérémonies religieuses du paganisme. […] C’est dans ces danses païennes, dans les danses aériennes des Elfes, et peut-être dans le sautillement des feux follets que l’idée des rondes de sorcières a pris naissance.”


Pour cet auteur, les esprits enchanteurs des peuples du Nord : fées, lutins, elfes et nains ainsi que les cérémonies et fêtes qui leur étaient associées sont devenus avec le christianisme des objets malfaisants. Il écrit :


“L’endroit où se tenaient les rondes infernales était presque toujours un de ces lieux maudits où le christianisme avait eu à détrôner quelques divinités des anciens cultes. […]. Le Venusberg, d’où s’échappent les accords d’une musique mystérieuse, est le séjour enchanté d’une Vénus germanique présidant aux joies impures de l’amour des sens. Ceux qui s’abandonnent aux séductions de dame Vénus, qui se rendent aux fêtes célébrées en ce lieu, et qui prennent part aux rondes des esprits diaboliques dont cette reine reçoit les hommages, sont à leur tour frappés de réprobation. [1858: 38]» Cette réprobation de la religion chrétienne a fait que les danses des fées sont devenues pour la population des sabbats de sorcières. ”


Selon Kastner ces mythes et croyances expriment en général l’horreur qu’inspirent les croyances et pratiques du paganisme aux prêtres chrétiens. Ils vont de pair avec cette autre série de mythes qui transforment en une chasse éternelle la procession d’Odin ou Wuotan, disant que ce dernier était maudit pour avoir assuré qu’il donnerait sa part au paradis s’il pouvait être éternellement à la chasse. “Voilà comment la superstition chrétienne arriva peu à peu à confondre de simples mortels avec des êtres qui autrefois étaient considérés comme des êtres immatériels et comme des divinités d’un ordre inférieur. Bientôt, on compta même parmi cette troupe d’esprits, les enchanteresses ou sorcières humaines, désignant par ce terme certaines vieilles femmes de mauvaise réputation restées plus ou moins attachées à des cérémonies, à des pratiques toutes païennes. [1858 :111] ”

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Sylvain Tesson, auteur de Avec les Fées (Éditions des Équateurs / Humensis, 2024) renouvelle le sens du mot "fée" :


L'été commençait quand je paris chercher les fées sur la côte atlantique. Je ne crois pas à leur existence. Aucune fille-libellule ne volette en tutu au-dessus des fontaines. Le monde s'est vidé de ses présences. Au XIIe siècle, les hommes cheminaient au milieu des visions.

Un Belge pâle, Maeterlinck avait dit : « C'est bien curieux les hommes... Depuis la mort des fées, ils n'y voient plus du tout et ne s'en doutent point. »

Le mot fée signifie autre chose. C'est une qualité du réel révélée par une disposition du regard. Il y a une façon d'attraper le monde et d'y déceler le miracle. Le reflet revenu du soleil sur la mer, le froissement du vent dans les feuilles d'un hêtre, le sang sur la neige et la rosée perlant sur une fourrure de bête : là sont les fées.




Contes et légendes :


Lutz Röhrich et Jean Courtois, auteurs d'un article intitulé "Le monde surnaturel dans les légendes alpines." (In : Le Monde alpin et rhodanien. Revue régionale d’ethnologie, n°1-4/1982. Croyances, récits & pratiques de tradition. Mélanges d'ethnologie, d'Histoire et de Linguistique en hommage à Charles Joisten (1936-1981) pp. 25-41) présentent quelques légendes relatives aux fées alpines :


Les « fées bienfaisantes » (Salige Frauen) sont des personnages essentiels aux légendes des Alpes orientales. Le centre de leur diffusion se trouve au Tyrol et en Carinthie. Ces fées bienfaisantes réunissent en elles les fonctions de divers êtres surnaturels. Nous trouvons chez elles des aspects qu'elles ont en commun avec les nains, les génies du bétail et les fées filant la quenouille. Le terme allemand Salig a vraisemblablement signifié à l'origine un être dispensant des bienfaits. La trace la plus ancienne de ce personnage légendaire est Dame Selde que l'on rencontre dans les épopées héroïques de la fin du Moyen-Age (Wunderer et Eckenlied). Les fées bienfaisantes — qui sont dans l'ensemble des êtres surnaturels très semblables aux hommes dont elles sont très proches, et qui ne provoquent pas le frisson comme les autres esprits — ont avec les hommes des contacts étroits, que ne connaissent pas les autres êtres surnaturels, et qui vont des conseils en matière de culture à l'engagement au service des paysans et jusqu'à des relations de type matrimonial. L'aspect érotique et sexuel joue dans ces légendes un rôle bien plus important que dans la plupart des autres cycles. Les fées bienfaisantes sont en tous cas toujours dépeintes comme de jolies jeunes femmes attrayantes. Toutefois presque toutes les liaisons amoureuses entre les fées bienfaisantes et les hommes échouent par suite de l'incapacité du partenaire humain à respecter une condition particulière qui à l'origine avait semblé bien facile. Dans de nombreuses légendes, les fées bienfaisantes s'engagent comme servantes chez des paysans. Dans de tels cas leur engagement s'achève le plus souvent par le motif légendaire de l'annonce de la mort prochaine. On peut aussi résilier cet engagement en prononçant leur nom. Dans d'autres légendes encore, c'est le motif de la pour¬ suite de la femme qui entraîne la disparition des fées bienfaisantes. Enfin les fées bienfaisantes remplissent les fonctions de génies protecteurs du bétail ou du gibier ou bien on transfère sur elles des aspects propres aux nains (qui par exemple quittent leur maître dès qu'ils ont reçu la récompense de leurs services). Plusieurs thèmes propres aux fées bienfaisantes sont liés à des légendes antiques et ce n'est certainement pas un hasard si ce cycle de légendes a son centrelà où se rencontrent les cultures latine et germanique et où passent les plus importants axes de liaison Nord-Sud. Le Tyrol (spécialement le Tyrol Méridional) et la Carinthie sont des provinces frontalières qui ont adopté des motifs de légendes qui se superposent de diverses façons dans les personnages de fées bienfaisantes.

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Littérature :


J. M. G. Le Clézio, dans son roman Alma (Gallimard, 2017) nous parle des fées de l'île Maurice :


Aditi ne répond pas. "Quand j'étais petite fille, mon grand-père me racontait qu'il allait toujours dans la forêt, à son époque il n'y avait pas de cartes, pas de secteur protégé, il pouvait aller où il voulait sans rencontrer personne, seulement les singes et les cochons marron. Il partait toute la journée, quelquefois il passait la nuit en forêt, il disait qu'il entendait des voix, des pleurs, des cris, il racontait que c'étaient les fées, elles cherchaient les points d'eau, comme les marrons autrefois quand ils étaient poursuivis par l'armée des planteurs. Tu connais Grand Bassin, tu vois tous ces temples et ces machins, et la statue géante de Shiva avec son trident ?" Elle hésite comme si elle livrait un secret. "C'est mon ancêtre Ashok qui a découverte le lac, au siècle dernier. C'est lui qui l'a vu la première fois, il courait dans la forêt, comme tous les enfants de son âge, et il est arrivé là, par hasard, les Péris se baignaient dans le lac, alors il a nommé l'endroit Péri Talao, le lac des fées, et maintenant ça s'appelle Grand Bassin..." Je dis : "S'il revenait maintenant, il serait étonné de voir ce que c'est devenu." Aditi ne répond pas à cette remarque. Elle n'est pas de ces gens qui parlent pour avoir l'air intelligent.


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Arts visuels :



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