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  • Anne

Les Nains




Étymologie :

  • NAIN, NAINE, subst. et adj.

Étymol. et Hist. A. 1. Ca 1170 subst. masc. « homme de très petite taille » (Chrétien de Troyes, Erec, éd. M. Roques, 146); xiiie s. subst. fém. naine contrete (Vies des anciens Pères. Malaquin, éd. Méon, Nouv. recueil de fabliaux, t. 2, p. 286, 224) ; fin xiiie s. nine (Chrétien de Troyes, Erec, ms. B.N. 1420, fo9 vo ; correspond à vielle ds éd. M. Roques (2129) et W. Foerster (2183) ; 2. fig. « personne de peu d'envergure » (Voltaire, Lett. pr. roy. de Pr. ds Littré) ; 3. 1840 nain jaune (Ac. Compl. 1842). B. Adj. 1. ca 1210 fig. « de peu de valeur, de peu de considération » (Raoul de Houdenc, Songe d'Enfer, éd. Ph. Lebesgue, 134) ; 2. 1269-78 qualifiant un végétal cedre nain (Jean de Meun, Rose, éd. F.Lecoy, 5932) ; 1636 qualifiant une pers., un animal (Monet, s.v.: homme nain, cheval nain, poule naine). Du lat. nanus « nain ».


Lire également la définition du nom nain afin d'amorcer la réflexion symbolique.




Symbolisme :


Philippe Reyt, dans un article intitulé "La représentation du risque dans l'imaginaire des altitudes." (In : Revue de géographie alpine, tome 88, n°4, 2000. pp. 35-46) montre le ien symbolique qui unit le Nain à la montagne :


Sur le même principe, « l'infiniment grande » montagne, portant dans cette notion d'infini l'impossibilité de la percevoir globalement, se reproduit à l'échelle perceptive sous les traits du nain. L'inversion d'échelle résultant de cette sympathie nain - montagne transfère l'infiniment grand dans un « finiment » petit, jugé à l'aune de l'humain, dont les limites autorisent désormais la perception globale.

Le nain-montagne : Au contraire de la plaine où les composantes bien identifiées du relief et de l'hydrologie génèrent leurs propres images — vouivres des sources et des vallées, dracs des torrents, dragons des fleuves, etc. —, la montagne est indivise. Elle est à la fois la terre, l'eau, le feu, mais aussi le brouillard, le vent, la neige..., et chacune de ses représentations porte en elle l'ensemble de ces dimensions. Dans leur démarche analogique, les sociétés archaïques représentent un écosystème achevé, où chaque aléa impliquant un élément particulier génère également des implications immédiates et visibles sur tous les autres, par l'interpénétration des cercles de similitude. Pour représenter globalement la montagne, considérée non seulement dans sa masse géologique, mais encore dans sa végétation, son orographie et les paramètres climatiques qui lui sont spécifiques, la pensée analogique puise principalement dans un imaginaire de l'extra-humain dont le nain, le vieillard et « l'homme sauvage » comptent parmi les principaux morphèmes. Les images sexuées du faune ou de la fée semblent des altérations médiévales de ces principes analogiques, introduits dans le cadre manichéen par le symbolisme chrétien au travers de caractéristiques nouvelles qui, les éloignant de leur support analogique et de la nature en général pour les rapprocher de l'humain, les singularisent déjà dans une démarche pré-rationaliste : la féminité, la beauté, la jeunesse, la perversité. . .

Le mythe générique du nain-montagne induit de la part des sociétés humaines un comportement ritualisé que l'on interprète depuis le Moyen Âge comme un témoignage de respect, mais qui illustre plus exactement la quête et la mise en pratique d'une connaissance dont le nain est à la fois le garant et l'initiateur. Entretenant de multiples usages dans les terroirs d'altitude, les hommes se doivent de respecter — c'est-à-dire de connaître et d'appliquer - les lois régissant le comportement du nain (l'écosystème montagnard) afin d'anticiper ses mouvements les plus violents. Il n'est pas encore question du diptyque culpabilité/punition-purification, qui introduirait là encore la représentation dans le champ plus tardif du manichéisme. La catastrophe est encore naturelle, indépendante de toute humanité. Au détour d'une moraine sur le glacier de Stampach, en Suisse, un chasseur d'Eisten rencontre un nain vénérable, vêtu d'une redingote bleue et chaussé de larges bottes. Considérant la vallée à ses pieds, le nain morigène l'étroitesse de son lit et de ses bottes. Quelques temps plus tard, le lac se vide, recouvrant une bonne partie de l'alpage et des forêts attenantes : le nain de Stampach vient d'élargir ses bottes (Siegen, 1979 : 39-42).

La symbolique vestimentaire, une redingote bleue comme l'eau du lac, et les incarnations familières, un animal domestique pour le matagot, génie familier des Hautes Alpes (Joisten/Abry, 1995 : 61), un cheval pour le drac des torrents dans le Massif central (Lauras-Pourrat, 1989 : 55), semblent les altérations tardives d'une pensée devenue prérationaliste et réduisant le sensible au seul champ du visible. Car le nain, comme les mythes élémentaires en général, n'est jamais représenté, sinon au travers d'effigies considérées comme telles et qui n'ont d'autre pouvoir que de rendre exploitables pour le rite les différentes dimensions du mythe. Le serván, lutin domestique à qui le folklore a longtemps prescrit de réserver la première part de soupe, se caractérise avant tout par sa discrétion : l'apercevoir ou l'évoquer ouvertement suffit à le faire disparaître à jamais. Le mythe de sa domesticité, qui lui attribue quelques frasques sans gravité, et plus encore sa valeur antiféodale lorsqu'il n'entre plus qu'au service des puissants (Joisten/Abry, 1992 : 317-330), paraissent également des altérations de sa dimension originelle de représentation de la montagne comme œcoumène, et dont il est à ce titre le garant de la connaissance. C'est lui qui permet aux hommes de ressentir, par exemple, l'imminence d'une avalanche (Samivel, 1973 : 161). La symbolique ascensionnelle de la montagne se prête d'ailleurs à la figuration de la quête et de la progression vers la connaissance, le sommet marquant l'un des points centraux de l'univers, au contact de l'éther, la terre et la profondeur. Le serván et le nain sont les gardiens de cette connaissance, figurée par l'inestimable trésor conservé au cœur de la montagne magique. L'image, très répandue, de l'escarboucle de la vouivre à l'assiette d'or du drac, représente le secret de la guérison, de la vie, et de la nature elle-même (Reyt, 2000b). Parfois, c'est la montagne elle-même qui s'entrouvre pour laisser apercevoir, l'espace d'un instant, les trésors qu'elle renferme, mais ceux qui croient les usurper sont invariablement ridiculisés ou punis de mort.


La catholicisation des montagnes : La notion de culpabilité préalable

Après s'être longtemps contentée de liturgiser les grandes figures de la pensée analogique, à travers les fêtes de la Saint-Jean ou celles des Rogations, l'Église les rejette avec force entre les XIIIe et XVIe siècles, assimilant au mal toutes les « forces de nature ». Dracs, vouivres, dragons, nains et autres génies météorologiques deviennent des avatars du démon, qui n'est autre que la nature elle-même (Reyt, 2000a). Par l'appauvrissement sémantique qu'elle induit, la diabolisation porte un coup fatal à ces symboles et sans doute à la pensée analogique elle-même. [...}

La notion de culpabilité préalable altère au Moyen Âge les grandes figures analogiques et les contraint dans le cadre manichéen des légendes, même profanes : ivres de colère après l'enlèvement d'un des leurs, les hommes pourchassent les nains jusqu'aux frontières de la forêt de Mizoen, dans le Dauphine, et provoquent un incendie dont aucun ne réchappe. Dès lors, la végétation ne retient plus la montagne, les torrents la ravinent et les pluies ravagent les plateaux, transformant cette contrée luxuriante en un triste désert (Samivel, 1973 : 158). Le fait que les hommes puissent s'unir aux fées ou venir à bout des nains illustre la dénaturalisation des figures analogiques, désormais déconnectées de leur support naturel et rattachées à l'humain, dans ses faiblesses et sa vulnérabilité profondes. Il s'agit là d'un tournant majeur préfigurant le rationalisme, et induisant l'inversion d'un rapport de forces qui s'achemine désormais vers la domination théorique de l'homme sur la nature. La catastrophe devient « surnaturelle », partie prenante d'une relation de Dieu aux hommes où la nature n'est plus, philosophiquement, nécessaire.

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Dans L'Oracle des Esprits de la Nature (Éditions Exergue, 2015), Loan Miège nous propose une carte intitulée "NIcolas", à laquelle elle fait correspondre le petit texte suivant :


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« Ouvre-toi aux lois d'Harmonie et applique-les sur Terre ! »

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De la même façon que le monde subtil intrigue les humains, celui de la matière fascine les Esprits de la Nature. Nicolas est un nain qui a traversé le voile pour venir apprendre les soins énergétiques chez nous. Il souhaite ainsi aider son peuple dont la vitalité est perturbée par l'activité humaine. Etant pour la première fois confronté à une telle situation, il cherche des solutions à la source du problème. Les Nains sont des experts en Harmonie. Ils œuvrent sans relâche sur Terre pour la restaurer ou la maintenir. Ils sont les soigneurs de la Nature, offrant des soins à tous les êtres, qu'ils soient du règne animal, végétal, minéral ou éthérique. Pour eux, l'Harmonie inclut toute la Création.

A propos du message : Les lois d'Harmonie ne se limitent pas à une vision unilatérale où tout doit être « positif », « lumineux », etc. Elles intègrent tous les aspects de la vie, au-delà de nos préjugés et de nos conditionnements. La Lumière et l'ombre sont d'un certain point de vue dépendantes l'une de l'autre car c'est par leur deux manifestations qu'il y a mouvement et donc, vie. Pourrions-nous vivre si seul le jour existait ? Et bien, non. Nous avons besoin de la nuit tout autant que du jour et ce, avec toutes les nuances entre les deux. De même, il est important de doser avec justesse. Le maximum est rarement le mieux, mais plus souvent l'excès. Ces lis d'Harmonie font appel à notre bon sens et nous amènent à porter un regard sensible sur notre environnement, à la fois extérieur et intérieur. Elles sollicitent notre ressenti afin de les apprivoiser et les appliquer.


Pratique : Avant de nous agiter à l'extérieur, Nicolas nous propose de nous harmoniser à l'intérieur. Pour cela, installons-nous dans un endroit calme et confortable. Une musique de relaxation est la bienvenue, ainsi que tout ce qui crée une atmosphère de détente et de bien-être : bougie, encens, huiles essentielles, etc. Nous allons nous donner un soin. Il peut se faire assis ou couché. Fermons les yeux et portons notre attention sur notre respiration. Respirons paisiblement. Puis, descendons notre attention jusque sous la plante de nos pieds. Ressentons ce qui s'y passe. C'est par là que nous touchons le sol, la Terre. Prenons une profonde inspiration et faisons monter le souffle de la Terre par nos pieds jusqu'au sommet de notre tête et laissons-nous aspirer par le Cosmos. A l'expiration, le souffle redescend, traverse notre corps (comme à l'inspiration), passe par nos pieds et s'enfonce dans le sol sous la forme de racines. Refaisons cette respiration plusieurs fois jusqu'à nous sentir tel un arbre : les racines bien ancrées en terre, le tronc droit et les branches déployées dans le ciel. Maintenant que nous sommes bien connectés aux forces de la Nature, nous allons utiliser nos mains. Portons cette fois-ci notre attention au-dessus de notre tête et visualisons une colonne de Lumière. Nous allons encore nous servir de notre respiration. A l'inspiration, faisons entrer la Lumière par le sommet de notre crâne (chakra coronal) jusqu'au centre de notre poitrine (chakra du cœur) et à l'expiration, dirigeons-la à travers nos bras jusqu'à nos mains. La Lumière sort alors par nos paumes. Renouvelons ce mouvement autant de fois que nécessaire. Nous sommes prêts à nous donner un soin. Commençons par la zone du visage (chakra de la tête). Posons nos mains à plat, délicatement, sur celui-ci. Avec notre respiration, accompagnons la Lumière, l'énergie, dans notre tête. Faisons-la tourner comme dans une machine à laver afin de nettoyer tout ce qui encombre notre mental, ainsi que nos capacités extra-sensorielles. Puis, laissons-la s'apaiser et se moduler pour nous harmoniser. Une fois le processus terminé, poursuivons par le cou (chakra de la gorge) de la même manière. Continuons ainsi et traitons le buste (mains au centre de la poitrine, chakra du cœur), le ventre (chakra solaire), le bas-ventre et/ou le bas du dos (chakra sacré), et les jambes, en faisant bien descendre l'énergie par la pensée jusqu'aux pieds (chakra racine). Pour finir, revenons au centre de la poitrine et laissons la Lumière culer dans l'ensemble de notre corps. Remplissons-nous tel un vase, puis débordons ! La Lumière sort par les pores de notre peau pour former une bulle. Fixons-la dans le temps et l'espace avec notre intention. Nous sommes en Harmonie. remercions.


Mot-clé : Harmoniser.

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Symbolisme celte :


Paul Marie Duval, dans un article intitulé " Les monnaies et la mythologie. 4. Les monnaies gauloises et la mythologie celtique. (In : Travaux sur la Gaule (1946-1986) Rome : École Française de Rome, 1989. pp. 377-389. (Publications de l'École française de Rome, 116)) s'interroge sur la présence de nains dans la mythologie gauloise :


Il serait exceptionnel qu'une mythologie n'eût pas ses géants et ses nains. L'absence de traces écrites nous prive de les connaître chez les Gaulois par leurs faits et gestes. En revanche, il n'est pas impossible de les trouver dans les œuvres d'art et particulièrement sur les monnaies. Pourquoi, sur le bassin de Gundestrup, l'homme immense qui va étouffer une homme normal dans un cuveau ne serait-il pas un géant, même s'il est un dieu ? Ce qu'on pourrait appeler « augmentation d'intensité » ou « intensifiante » est fréquente sur les monnaies : l'énorme loup, le très grand rapace qui surmonte le cheval que menace un grand monstre marin, le long lézard menacé par l'aigle, lui-même, sont de taille gigantesque, et l'on trouverait bien d'autres exemples de ces disproportions significatives. Quant au nain, il est au moins deux monnaies gauloises publiées, dues aux Baiocasses, de Bayeux, qui le représentent de façon certaine (fig. 7) : ramassé sur lui-même, sautillant sur le dos d'un cheval qu'il conduit, il est difforme, corps soufflé et petites jambes atrophiées, grosse tête monstrueuse et probablement forte chevelure couvrant le dos nu. Il est différent, par ces disgrâces, des légers danseurs, sauteurs, voltigeurs et acrobates qui sur de nombreuses monnaies de l'Ouest exécutent sur le dos ou la croupe du cheval des tours de force d'agilité pour impressionner l'adversaire, manœuvre d'intimidation qu'atteste l'épopée irlandaise. Nains et géants peuplent le monde des légendes germaniques : comment n'auraient-ils pas hanté la mythologie celtique la plus ancienne ?

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Mythologie :


Henri d'Arbois de Jubainville, dans Le cycle mythologique irlandais et la mythologie celtique. (Thorin, 1884) précise le peu de récits liés aux nains dans la mythologie irlandaise :


On sait quelle place importante les nains et les géants tiennent dans la littérature mythologique de la race germanique et dans les contes bretons. modernes. Les nains, dont le nom irlandais est luchrupan, littéralement « petit corpuscule »., apparaissent rarement dans les textes irlandais . M. Whitley Stokes a cité, relativement à eux, un récit légendaire où on les voit enseigner à un roi irlandais l'art de plonger et de se promener avec eux sous les eaux. Ce conte a pénétré dans la glose d'un traité de droit, et cette glose nous l'a conservé. La mention qu'il fait des nains peut être considérée comme une exception.

 

Selon Marie-Claude Groshens, autrice de "Quelques remarques de géographie mythologique." (In : Revue des sciences sociales de la France de l'Est, N°14, 1985. pp. 111-114) :


Les nains sont le contraire des géants ils s’y opposent par leur taille et (en conséquence par leurs possibilités de déplacement) ils contrastent également par leurs installations celles-ci sont relativement plus nombreuses dans le Haut-Rhin que dans le Bas-Rhin elles occupent les fonds de vallées minières lorsque ce n’est pas leur sous-sol aussi les nains vivent-ils volontiers auprès des hommes auxquels ils rendent des services familiers. Lorsqu’ils hantent les chaumes c’est près des marcairies ils sont plus malicieux que méchants lorsqu’ils font tournoyer le foin et, lorsqu’ils deviennent angoissants, c’est par leur présence, la nuit, sur les épaules ou la poitrine des voyageurs des routes (comme sur le chemin allant de Ban de la Roche à Barr). A première vue les nains se situeraient donc en position de proximité relativement forte avec les humains.

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Contes et légendes :


Selon Charles Perrault et André Lefèvre, auteurs de Les contes de Charles Perrault : avec deux essais sur la vie et les œuvres de Perrault et sur la mythologie dans ses contes ; des notes et variantes et une notice bibliographique. (Éditions A. Lemerre, 1875) :


Riquet à la houppe semble n'être que le développe ment de l'aphorisme : « l'amour embellit ce qu'il aime. » On y sent toutefois encore le passage d'éléments métaphoriques dont le récit moderne s'est dégagé. L'histoire « d'un prince grenouille qui revient à sa forme première dès qu'il obtient d'être épousé par une jeune fille » se retrouve en plusieurs pays. Selon M. Hyacinthe Husson, cette ancienne tradition symbolique ferait allusion au soleil qui sort des eaux. Si une pareille assimilation paraît douteuse et forcée, du moins reconnaîtra-t-on sans peine dans Riquet, sortant de terre avec ses cuisiniers et ses serviteurs, un de ces nains enchanteurs, gardiens des richesses souterraines, considérées comme la métallisation de rayons enfouis dans le sol.

Ces nains, « sages habitants des montagnes » (L'Edda), tels qu'Andravari, possesseur de trésors accumulés dans une caverne, et qu'Alberich, le gardien du trésor des Nibelungen, ces nains celtiques, germaniques, slaves, qui font cortège à Kovlad, dieu des métaux, sont toujours « fantasques, capricieux, mystificateurs ». Leur caractère les apparente au riche et spirituel Riquet à la houppe, peut- être aussi au malin Poucet. La donnée d'un être faible, misérable ou petit, qui parvient à la puissance et à la gloire, a exercé l'imagination des peuples les plus divers.

Tel est, dans l'Inde, le nain Vichnou qui exécute en moins d'un instant trois enjambées géantes ; dans les pays slaves, Malchik-s-palchik , l'enfant gros comme le doigt, et Pokatigorochek, le pois roulant, conçu d'un pois avalé ; en Allemagne, le Däumling de Grimm, avalé par une vache, puis par un loup, qui pénètre par une fente dans le trésor royal dont il jette l'or à poignées; dans le nord et en Angleterre, Thum bekin, Tom Thumb (Old ballads de Th. Evans), que sa mère couche dans une coquille de noix, et qui de venu, à la cour d'Arthur, un personnage, triomphe des plus vaillants de la Table ronde ; Arthur lui même, représenté comme petit (Contes Gallois du Xe siècle), et disant à Gwenniwar : « Ne me raille pas ; quoique petit, je vaincrais seul cent guerriers » ; chez les Gaels et les Bretons, Pérédur, qui n'est pas nain de corps, mais dont l'esprit est petit, et qui n'en gagne pas moins la coupe d'or (disque solaire de Stésichore, esquif d'Héraclès), laquelle devient plus tard le Saint-Graal ; dans les Flandres, le Martin de Charles Deulin ; dans le pays Wallon, Pocé qui conduit la grande ourse ; dans notre Forez, Plan-pougnet et gros d'in pion (Plein-poignet, gros d'un poing) ; sur les côtes d'Asie-Mineure, en Grèce et en Albanie, Grain de poivre et Moitié de pois.

Presque partout, le début de l'histoire est le même, ou analogue. Des parents, pour une cause ou pour une autre, désirent vivement un enfant, et obtiennent par divers moyens un fils qui n'est pas plus gros qu'un pois, qu'une fève, qu'un moineau, que le poing ou le pouce. Mais c'est là que s'arrête la ressemblance avec le conte de Perrault ; dans les traditions germaniques, slaves, anglaises et même foréziennes, Poucet est conducteur de char ou de bœufs, il se cache dans l'oreille d'une vache, il est avalé par divers animaux. Ces éléments caractéristiques ont absolument disparu de la légende telle que l'a recueillie et rédigée notre conteur ; le sens en était à ce point altéré, incohérent, méconnaissable que les nourrices avaient cessé d'y prendre intérêt ; la mémoire s'en était perdue. C'est ainsi que l'esprit français élimine d'ordinaire tout ce qui est malpropre ou grossier.

M. Gaston Paris, dans une très savante étude, à la quelle nous renvoyons le lecteur (Mémoires de la société de linguistique de Paris, tome I, 4° fascicule) est par venu à reconstituer la fable antique, au moins telle qu'elle a été connue et développée par les Germains et les Slaves. Le petit Poucet est originairement un dieu aryen conducteur et voleur de bœufs célestes, qu'il faut assimiler à l'Hermès enfant des hymnes homériques et des vases peints (où son berceau est un soulier), et que l'imagination populaire a logé dans la plus petite étoile de la grande ourse, dont il guide le char. La démonstration de l'ingénieux linguiste nous paraît complète et rigoureuse ; mais par son appareil scientifique, elle convient mieux à un recueil spécial qu'à cette causerie. Elle n'élucide d'ailleurs que le moindre côté du conte de Perrault, le nom du héros et son caractère divin et lumineux. Contentons-nous donc de savoir que la coïncidence des traditions germaniques, slaves et helléniques « permet de rattacher originairement Poucet à la grande ourse et de faire remonter les plus anciens traits de la légende du petit bouvier céleste à l'époque où on ne se représentait encore les sept étoiles du nord que comme sept grands bœufs errant dans le champ du ciel. »

Nous risquerons ici cependant t une remarque qui paraît avoir échappé à M. Gaston Paris. « Il étoit une fois un bûcheron et une bûcheronne qui avaient sept en fans, » ne peut-on pas voir dans ces premiers mots de notre conte une réminiscence des sept étoiles ou bœufs de la grande ourse ? Ce rapprochement vraisemblable permettrait d'atténuer la part prépondérante que M. G. Paris attribue, dans la formation de la légende, aux Germains et aux Slaves et donnerait à penser que les éléments du conte ont été généralement répandus parmi tous les groupes de la famille aryenne.

Les bottes de sept lieues, la forêt, les cailloux et les miettes semés sur le chemin, la défaite de l'ogre, sont les principaux accessoires substitués par Perrault aux incidents ordinaires de la fable.

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Littérature :


Le Nain


– Toi, à cheval !

– Eh ! pourquoi pas ! j’ai si souvent galopé sur un lévrier du laird de Linlithgow !

Ballade écossaise.


J’avais capturé de mon séant, dans l’ombre de mes courtines, ce furtif papillon, éclos d’un rai de la lune ou d’une goutte de rosée.

Phalène palpitante qui, pour dégager ses ailes captives entre mes doigts, me payait une rançon de parfums !

Soudain la vagabonde bestiole s’envolait, abandonnant dans mon giron, – ô horreur ! – une larve monstrueuse et difforme à tête humaine !

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– « Où est ton âme, que je chevauche ! – Mon âme, haquenée boiteuse des fatigues du jour, repose maintenant sur la litière dorée des songes. »

Et elle s’échappait d’effroi, mon âme, à travers la livide toile d’araignée du crépuscule, par-dessus de noirs horizons dentelés de noirs clochers gothiques.

Mais le nain, pendu à sa fuite hennissante, se roulait comme un fuseau dans les quenouillées de sa blanche crinière.

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Voir aussi : Lutin ; Gnome ;

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