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  • Anne

Le Mélampyre





Étymologie :

  • MÉLAMPYRE, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1795 melampire (Encyclop. méthod. Bot. t.4, p.19). Empr. au gr. μ ε λ α ́μ π υ ρ ο ν « blé noir » (comp. de μ ε ́ λ α ς « noir » et π υ ρ ο ́ ς « blé ») ; cf. lat. sc. melampyrum 1549, Est., s.v. blé.


Lire également la définition du nom mélampyre afin d'amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Melampyrum arvense ; Blé de vache ; Rougerolle ; Rougerotte ; Roujolle



Botanique :


Selon Christoph Käsermann, auteur de "EN Melampyrum nemorosum L. aggr.– Mélampyre des bois –Scrophulariaceae." (© OFEFP/CPS/CRSF/PRONATURA, 1999) :


Description : Plante de 15-50 cm. Tige en général ramifiée, quadrangulaire, à poils courts sur deux faces opposées. Feuilles lancéolées à ovales, les inférieures entières, les supérieures dentées à la base, se transformant progressivement dans l’inflorescence en bractées violettes, longuement dentées, triangulaires (de plus en plus larges). Inflorescence terminale, lâche, ± unilatérale. Calice tomenteux (poils pluricellulaires), à lobes plus courts que le tube de la corolle. Poils du haut du calice dressés. Corolle jaune, de 16-20 mm à gorge ± ouverte. Fruit de 6-9 mm, glabre. Floraison 6-9. Chromosomes 2n = 18. Espèces semblables: divers taxons de l’agrégat Melampyrum nemorosum, dont la détermination exige une clé spécialisée.

[...]

Ecologie et sociologie : Le mélampyre des bois croît sur des sols limoneux ou argileux, frais à modérément secs, riches en nutriments, légèrement humifères et peu acides. Il forme des colonies en forêt de feuillus (également ripisilves) dans des microbiotopes à long ensoleillement, comme les lisières, les bords de chemins ou les clairières. Près de Bienne, il occupe des chênaies buissonnantes claires à sol superficiel et des ourlets sur calcaire. Sur les poudingues près de Vevey, il se trouve dans des haies, des lisières et des talus de routes.

En Suisse, l’espèce est collinéenne à montagnarde et monte jusqu’à 760 m d’altitude. [...]


Particularités de l’espèce : Le mélampyre des bois est un thérophyte hémiparasite de différentes essences [p. ex. Picea abies (L.) H. KARST, Corylus avellana L. et divers Salix]. Il ne lèse pas ses hôtes de manière significative. Bien que l’aucubine qu’il contient soit purgatif pour les mammifères, il est régulièrement brouté. La consommation de grandes quantités de graines peut être mortelle. Il est pollinisé par des bourdons à longue trompe, mais peut également s’autoféconder. La dissémination ne s’effectue que par les graines, qui sont transportées par des fourmis (appâtées par un appendice protéagineux). La culture est possible mais non sans problèmes.


Distribution générale et menaces : L’agrégat du mélampyre des bois est un élément euro-sibérien. Il est représenté par M.␣ nemorosum s.␣ str. et M. polonicum dans toute l’Europe de l’Est et en Russie jusqu’en Sibérie. La limite occidentale de son aire passe par le centre de l’Allemagne et l’est de l’Autriche, la limite nord par le Danemark, le sud de la Fennoscandie et les pays baltes, et la limite sud touche la Roumanie et l’ex-Yougoslavie. Différentes autres petites espèces très apparentées ont des petites aires isolées plus au sud-ouest: Pyrénées (E), Massif Central, Savoie, Jura (F), Alpes occidentales, Alpes maritimes et Alpes du Sud (F, I), centre de l’Italie et Calabre (I) [voir plus haut, D. HARTL (in HEGI et al.1974)]. L’espèce type M. nemorosum L. s.␣ str. s’étend depuis l’Europe de l’Est jusqu’au Jura franconien et à la région de Munich (D).

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Symbolisme : Dans L'Héritage païen de la Russie -, Volume 1 (Éditions Albin Michel, 1997) de Francis Conte, on peut lire que :


Dans la Russie du siècle dernier, Kupalo incarne le solstice d'été, au terme d'un cérémonial beaucoup plus développé que la fête populaire de la Saint-Jean en Europe occidentale. Durant la nuit du 23 au 24 juin, on fait également d'immenses feux qu'il faut sauter pour s'assurer, d'une part, santé et prospérité, mais aussi, d'autre part, la présence physique de Kupalo, qui apparaît sous la forme d'un mannequin ou d'une poupée (homme ou femme indifféremment). En Biélorussie, l'effigie s'appelle Mara et elle représente la Mort.

A la fin de la cérémonie, le mannequin est brûlé ou noyé, ce qui représente l'alternative sacrificielle de l'eau et du feu, et souligne la complémentarité de ces deux éléments. La racine du mot Kupalo vient probablement du verbe kupat' « baigner », même si certains spécialistes le rapprochent de la racine indo-européenne *kup- (avec le sens de « bouillir », « désirer ardemment »), que l'on retrouverait dans le latin Cupidon.

Kupalo est donc lié à la fois au feu (terrestre et céleste) et à l'eau. A la fin des festivités, le mannequin enflammé était précipité dans l'eau, ce qui marque l'union paradoxale entre ces deux éléments. Peut-être avons-nous là un autre rituel essentiel de la mythologie slave, qui correspondrait à la liaison incestueuse d'une sœur et d'un frère. Dans les croyances populaires, leur union était encore figurée par la fleur appelée « mélampyre » (« Ivan et Maria » en russe), dont une partie est bleue et l'autre jaune.

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Selon Barthélémy Dufrasne, auteur de "L’homme propose et Dieu dispose : la perception du surnaturel dans le Journal d’un bourgeois de Paris (1405-1449)." (Faculté de philosophie, arts et lettres, Université catholique de Louvain, 2021) :


Le présage suivant a lieu à la mi-août en 1431 et donne lieu à une controverse en ville : « cuisit un boulanger en la rue Saint-Honoré du pain bien largement de très belle farine, et quand il fut cuit bien et bel, il fut de couleur de cendre, dont, il fut si grand parler à Paris que le plus disaient que c’était signifiance d’un très grand mal à venir. Les autres disaient que c’était un miracle, pour ce que cuit avait été le jour de l’Assomption Notre-Dame, bref Paris était tout ébahi de cette merveille, et il n’y avait celui qui n’en jugea en aucune manière. » Cet évènement a également été traité par Suomela et les conclusions reprises ici vont dans le même sens.

Contrairement au présage précédent, le bourgeois n’y a pas assisté, mais il raconte combien cette histoire a agité la ville. L’auteur ne prend pas position et se réfugie dans une neutralité prudente. Il développe la controverse en expliquant les deux interprétations que les Parisiens en font. Selon Suomela, le bourgeois est septique et se moque des Parisiens lorsqu’il dit que la ville en était tout ébahie. Ce paragraphe est plus long que tous les autres présages et cette histoire prend de telles proportions que les autorités viennent réclamer des comptes au boulanger. Ce dernier doit recommencer son pain sous l’œil du prévôt et le second est encore plus gris que le premier. Puisqu’ils ne trouvent pas la source de ce mystère, ils décident d’examiner le blé, mais ne lui trouvent aucun défaut : « Là avait aucuns marchands qui blé connaissaient, qui dirent qu’en aucun pays où ils avaient été mangé de tel pain plusieurs fois […] et très bon et savoureux à manger ».93 Il reprend les paroles de ceux qui ont gouté le pain et qui le trouvent délicieux. À partir d’ici, le bourgeois quitte sa neutralité au profit d’une explication rationnelle : « […]et advient par une herbe qui croît avec le blé souvent, qu’on nomme la roivolle ; et vrai était […] » . Cette herbe serait donc le mélampyre des champs, communément appelé blé de vache ou Rougeotte et serait à l’origine de la couleur cendre et du goût délicieux du pain. Pour le bourgeois cela ne fait aucun doute puisqu’il écrit « et vrai était ». Mais cette explication n’apaise pas le peuple de Paris, car il écrit que chaque mère avait un morceau de ce pain pour montrer à l’un ou l’autre sa couleur. Cette dernière phrase sous-entend une forme de mépris vis-à-vis de ce qu’il considère comme des racontars de bonnes femmes. L’ironie étant qu’il est le premier à colporter les rumeurs et autres commérages quand ça l’arrange.

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Mythes et légendes :


D'après Angelo de Gubernatis, auteur de La Mythologie des plantes ou les légendes du règne végétal, tome 2 (C. Reinwald Libraire-Éditeur, Paris, 1882),


IVAN DA MARIA ou BRATKI (les petits frères), est le nom donné en Russie à cette plante, dont les fleurs sont moitié jaunes, moitié violettes ; l’une des couleurs représente Jean, l’autre Marie. On prétend en Russie que, si l’on sait comment il faut s’en servir, on parviendra à s’enfuir sur la plus méchante rosse comme si elle était le meilleur coursier du monde. Cela tient sans doute à quelque conte populaire, où l’on doit voir les petits frères, les deux amants, Jean et Marie, échapper au diable sorcier ou à la diablesse sorcière et se changer en la fleur qui porte leur nom. J’ai déjà expliqué, dans ma Mythologie des animaux, comment le cheval héroïque qui fait merveille a toujours une très pauvre apparence, de même que le héros avant d’accomplir ses grands exploits est souvent représenté comme un fameux imbécile ; ainsi Brutus passe pour fou avant de délivrer la vieille Rome de ses tyrans.

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Littérature :


Yves Paccalet, dans son magnifique "Journal de nature" intitulé L'Odeur du soleil dans l'herbe (Éditions Robert Laffont S. A., 1992) évoque ainsi le Mélampyre des prés :

14 juin

(Fontaine-la-Verte)


Le mélampyre des prés (qui pousse toujours dans les bois : félicitations au nomenclateur à barbe blanche) ressemble à une échelle dissymétrique, qu'achève une inflorescence ébouriffée de bractées de soie

p. 213

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