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La Véronique




Étymologie :

Étymol. et Hist. 1550 (J. Gueroult, Hist. des plant. de L. Fousch, LIX ds Gdf. Compl.). Empr. au lat. des botanistes veronica (1542, L. Fuchs, De historia stirpium Commentarii, p. 168), du lat. Veronica, nom d'une sainte femme liée à diverses légendes miraculeuses : la véronique fut aussi appelée herbe aux ladres (déb. xviie s. d'apr. FEW t. 5, p. 232b ; encore att. en norm., ibid.), et Véronique, selon l'une des légendes, serait venue à Rome avec un portrait miraculeux du Christ qui aurait guéri l'empereur Tibère de la lèpre (v. FEW t. 14, p. 303).


Lire également la définition du nom véronique afin d'amorcer la réflexion symbolique (le sens n°2 de ce nom étant particulièrement intéressant).


Autres noms : Chemise du (petit)-Jésus ; Fleur du (petit)-Jésus ; Herbe-aux-ladres ; Herbe du (petit)-Jésus ; Yeux du (petit)-Jésus.

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Botanique :


Acclimatation d'espèces nouvelles :


Dans le Bulletin de la Société Mycologique et Botanique de la Région Chambérienne (ISSN 1635-429X, n° 16, 2011), plus précisément dans l'article intitulé "Complément (V) à l'inventaire commenté et liste rouge des plantes vasculaires de Savoie", par Thierry Delahaye, Gérard Mouton, Jean-Luc Poligné & Patrice Prunier on peut lire la description d'une véronique non indigène :


Veronica filiformis Sm. Cette véronique originaire du sud-ouest asiatique est en passe de devenir une espèce cosmopolite. En Savoie, c'est seulement la troisième fois que nous la rencontrons et ce, lors d'une sortie collective à La Thuile dans la massif des Bauges près du hameau de Nécuidet (810 m) le 26 mai 2010 (Cf. p. 17). Elle se caractérise par ses tiges grêles, rampantes et radicantes à presque tous les nœuds. Les fleurs sont fixées sur de longs pédicelles deux à quatre fois plus longs que la feuille correspondante. Le style émerge très nettement au-dessus de la capsule.

Dans Le manuscrit enluminé, Études réunies en hommage à Patricia Stirnemann (Éditions Le Léopard d'Or, 2014), Claudia Rabel rappelle brièvement les caractéristiques du genre veronica :


La botanique moderne distingue plus de deux cents espèces constituant le genre véronique, lui-même appartenant, selon la classification linéenne, à la famille des scrofulariacées. Les véroniques se reconnaissent aisément à leurs fleurs, isolées ou en grappes. C’est en effet une des rares fleurs sauvages qui se caractérise par une corolle cruciforme dont les quatre pétales bleus (ou violacés, plus rarement roses ou blancs) alternent avec les quatre sépales verts bien visibles du calice ;les pétales, veinés d’un ton plus foncé, sont de taille légèrement inégale(ce que l’iconographie ne retient guère), arrondis ou un peu pointus, et étalés en coupe ; du centre blanc de la fleur jaillissent les deux étamines et le mince style allongé. Les plus connues sans doute et, comme tant d’autres plantes, désignées par une multitude de noms, sont la veronica officinalis ou thé d’Europe (à tige rampante et aux pétales bleu pâle) et la véronique petit chêne (veronica chamaedrys), dite aussi véronique des bois ou véronique germandrée, dont les pétales sont d’un bleu plus vif (rarement roses ou blancs) et à laquelle les spécimens peints ressemblent le plus.

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Bienfaits thérapeutiques :

A. Durand-Tullou dans "Rôle des végétaux dans la vie de l'homme au temps de la civilisation traditionnelle. (Etude ethnobotanique sur le Causse de Blandas, Gard)" In : Journal d'agriculture tropicale et de botanique appliquée, (vol. 19, n°6-7, Juin-juillet 1972. pp. 222-248) recommande contre les coups des "emplâtres de feuilles et fleurs de véronique broyées".

Dans le chapitre 8 intitulé "Plantes médicinales" in Médecine et hygiène en Afrique centrale de 1885 à nos jours (1992), J. Lejoly, M. J. Polygenis-Bigendako, and F. Maes recense une utilisation de la véronique :


La véronica abyssinica Fres. (Scrophulariacelae) est en effet signalée comme une plante ocytocique qui "augmente les contractions de l'utérus" :

Décoction des feuilles en lavement.

Burundi : Barets et al., 1989.

Dans Le manuscrit enluminé, Études réunies en hommage à Patricia Stirnemann (Éditions Le Léopard d'Or, 2014), Claudia Rabel mentionne les vertus thérapeutiques accordées au Moyen Âge à la véronique :


En 1542, Leonhart Fuchs, botaniste et médecin, professeur à Tübingen, publie à Bâle son De historia stirpium commentarii insignes, une histoire des plantes monumentale qui associe pour la première fois leur description méthodique (noms, forme, lieu, saison, caractère, vertus) à leur représentation sur le vif. La véronique y fait sa véritable entrée dans la botanique savante, celle du monde universitaire, en langue latine 27. Bien qu’elle semble avoir été inconnue des Grecs et Latins, Fuchs l’y inclut ; il reprend largement ce qu’en ont écrit ses prédécesseurs (les recentiores) – mais, contrairement aux auteurs antiques, sans jamais citer leurs noms. Ce sont les herboristes qui hodie nomment la plante veronica, connue en Allemagne comme Erenbreisz ou Grundheyl, car elle y est réputée guérir admirablement les ulcères et blessures. Cette vertu est, à la même époque, encore inconnue de la médecine académique en France, où l’Historia stirpium est publié dès 1543 à Paris : Veronica utraque hic usu rarissima. Selon Fuchs, les recentiores emploient la véronique surtout contre les fièvres pestilentielles et les ulcères du poumon. Mais dans son paragraphe sur les vertus de la plante, il mentionne en premier lieu son pouvoir de guérir la lèpre, citant en exemple un regem Galliae elephantiae morbo correptum dont un veneur avait observé qu’un cerf blessé par un loup s’était guéri lui-même en mangeant la véronique et en se frottant assidûment contre cette herbe. Un exemplum du cerf qui guérit de la même façon sa blessure causée par une flèche empoisonnée, est connu dès l’Antiquité, qui attribue ce pouvoir au dictam(n)e de Crète, une espèce d’origan. Mais qui est ce « roi de la Gaule » lépreux, guéri grâce à la véronique, dont le souvenir survit au moins jusqu’au XVIII e siècle ?

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Croyances populaires :


En Corse, on dit que la véronique (veronica persica) aide à prédire l’arrivée de la pluie : en cas de beau temps, ses corolles s’ouvrent au petit matin tandis qu'elles restent fermées en cas de pluie.

D'après le langage des fleurs, la véronique symbolise la fidélité en amitié.

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Symbolisme :


Sheila Pickles écrit un ouvrage intitulé Le Langage des fleurs du temps jadis (Édition originale, 1990 ; (Éditions Solar, 1992 pour la traduction française) dans lequel elle présente ainsi la Véronique :

Mot clef : Fidélité féminine

La véronique s'aventure

Près des boutons d'or dans les prés,

Les caresses de la nature

Hâtent les germes rassurés.


Théophile Gautier (1811-1872), La Fleur qui fait le printemps.


A l'état sauvage, la Véronique se rencontre sur les talus, dans les prés et dans les champs, en plein soleil. Elle épanouit ses jolies petites fleurs bleues à la fin du printemps et au début de l'été. Le genre Veronica regroupe beaucoup d'espèces, et plusieurs d'entre elles sont cultivées depuis longtemps dans les jardins. Certaines, rampantes, forment de jolis tapis, alors que d'autres, comme la Véronique en épi (sans doute la plus connue), dont les inflorescences, en forme de pyramide, sont d'un bleu intense, sont dressées.

L'une de ces espèces est appelée Thé d'Europe (ou Véronique officinale) et l'on en fait des tisanes parfumées ; par le passé, elle fut également connue comme Herbe aux ladres (ce qui signifie "herbe aux lépreux"), car on l'utilisait pour ses vertus cicatrisantes. Le nom est d'origine incertaine, mais il pourrait cependant venir du grec beronike, qui signifie "ressemblance fidèle".

Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


Cette plante à fleurs en général bleues, appelées "voile de sainte Véronique", est l'emblème de la fidélité. Selon une croyance du XVIIIe siècle, la véronique favorise les réconciliations ; la personne qui en a sur elle attire la sympathie.

Dans le département de la Vienne, on prétend que celle qui porte le nom de la plante ne doit jamais la toucher.

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Dans Le manuscrit enluminé, Études réunies en hommage à Patricia Stirnemann (Éditions Le Léopard d'Or, 2014), Claudia Rabel revient sur la forme quadrilobée de la fleur de véronique :


On peut dire que la croix du Sauveur étend son ombre sur tout le monde végétal », et tout particulièrement sur la petite fleur bleue de la véronique, qui peut être perçue comme un quadrilobe bleu superposé en quinconce à la croix verte de ses sépales. Pour la sensibilité du Moyen Âge chrétien, les nombres pairs sont en général moins valorisés que les nombres impairs, pensés plus sacrés et parfaits. Le quatre se situe entre deux poids lourds de la symbolique des nombres. Trois est le nombre chrétien par excellence puisque c’est celui de la Trinité divine, et aussi de l’âme et de tout ce qui relève du spirituel et du monde céleste. Cinq renvoie aux cinq plaies du Christ sur la croix, fréquemment invoquées à la fin du Moyen Âge par les textes et les images voués au culte du Dieu souffrant. Quant au quatre, il représente le monde créé ici-bas, l’humain, le mortel. Les évangélistes forment le quartette le plus célèbre du christianisme, et leurs symboles résument la vie terrestre du Christ60 conduite à son paroxysme lors de la Passion, où eut lieu l’épisode de sainte Véronique. [...] Tout quadrilobe « dressé », reposant sur son lobe inférieur évoque aussi les quatre branches de la croix. Plus précisément, celle-ci est définie dans l’iconographie christique par un « 4 plus » transcendé de sa seule réalité terrestre, un « 4+1 », car tout s’organise autour d’un centre divin : sur le reliquaire, le Christ en majesté ; son corps crucifié sur la croix ; dans des représentations des Arma Christi de la fin du Moyen Âge, le cœur du Christ, fixé au croisement des branches de la croix (« sépales » ?) et entouré de ses mains et pieds, saignants voire transpercés (« pétales » ?).

Cette même structure caractérise de nombreuses images de la Sainte Face sur le voile de Véronique. Le visage, couronné ou non d’épines, toujours sans cou, en forme le centre ovale. Il est placé à l’intersection d’une croix dont les branches sont, à partir du xv e siècle, fréquemment formées par un faisceau lumineux de rayons dorés, souvent au nombre de trois (« sépales » ?). Lorsque ces rayons perdent leur linéarité stricte, se transformant à leur extrémité en un filigrane aéré de fioritures, toute la croix se végétalise64. Le linge blanc remplace le disque du nimbe, souvent omis et qui peut aussi être suggéré par une auréole de lumière, exprimée par quatre faisceaux de rayons supplémentaires dans les interstices de la croix (« pétales » ?). Toutes ces constructions attirent l’attention sur la figuration peinte, aux variantes infinies, du nimbe crucifère du Christ.

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Il est en tous cas certain que la Croix a pu exercer un réel pouvoir d’attraction pour la représentation de fleurs de véronique en son voisinage.

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La véronique peut aussi entretenir des liens particuliers avec l’Enfant Jésus, comme l’attestent ses dénominations populaires, hélas non datées, dans les régions francophones du Nord où la véronique petit chêne est connue comme herbe, fleur, yeux ou chemise de (du petit) Jésus.

[...]

Plus remarquable est la présence même de la sainte pour introduire la messe du deuxième dimanche après l’Épiphanie (qui n’est pas une fête habituellement illustrée), à la place d’une iconographie évoquant l’évangile du jour, le miracle des Noces de Cana. Le concepteur du missel savait-il que ce dimanche-là, à Rome, eut lieu la procession, instaurée en 1208 par Innocent III, de la relique de la Sainte Face conduite de Saint-Pierre à l’hôpital du Saint-Esprit fondé par ce pape ? Ou faut-il imaginer des liens plus souterrains encore : selon la légende, la mariée des Noces de Cana fut la Madeleine qui se livra à la prostitution après avoir été abandonnée par son époux, le futur saint Jean l’évangéliste qui la quitta pour suivre le Christ. La sœur de la grande sainte pénitente (parfois patronne de léproseries) aurait dû être de la noce : ce n’est autre que sainte Marthe, sœur aussi de Lazare dont l’homonyme, le lépreux de la parabole, donna naissance au mot médiéval de « ladre ». Or Marthe fut identifiée à l’hémorroïsse (que la légende associa à une herbe miraculeuse) – tout comme le fut sainte Véronique, porteuse de la Sainte Face qui guérit la lèpre.

Ces identités superposées s’expliquent par le lien très fort qui existe entre le sang des femmes et la lèpre. Comme Claude Gaignebet le rappelle, « la croyance est partout présente que la lèpre est d’origine menstruelle, qu’elle est comme l’impureté féminine répandue sur toute la surface du corps, enfin qu’elle est semblable à un masque ». Le souvenir de l’hémorroïsse biblique survit au Moyen Âge dans les charmes qui invoquent sainte Véronique pour faire arrêter les saignements, du nez aussi bien que des menstrues excessifs. Jusqu’à l’époque moderne et même contemporaine, en Normandie par exemple, les femmes s’adressent en cas de dérèglements à cette sainte Venisse, ou Venice, nom populaire attribué à Véronique à Paris et dans la France du Nord88. Fréquemment représentée, elle occupe pourtant une place à part parmi les saints médiévaux. Dans les livres d’heures les prières ne s’adressent pas à elle mais à la Sancta Facies dont elle est le faire-valoir, le tenant quasi héraldique. Sainte Véronique figure rarement dans les calendriers, bien qu’elle possède une date de fête, plusieurs même, la plupart en février. Les Acta Sanctorum placent son dies natale au 4 février.

[...] Ce qui nous intéresse ici est la miniature de sa Présentation au Temple, qui préfigure le sacrifice du Fils de Dieu dont le sang a été versé sur la Croix (f. 11v). Elle accompagne la prière pour la fête de la Purification de la Vierge célébrée le même jour, sur une double page entourée d’un chapelet de véroniques dont les pétales bleus et les feuilles vertes font magnifiquement écho aux couleurs du manteau de la Vierge. C’est cette fête mariale du 2 février qui peut expliquer le choix de la fleur, et renforcer l’hypothèse qu’à cette époque déjà elle emprunta son nom à sainte Véronique, l’ancienne hémorroïsse fêtée à une date voisine. En se rendant au Temple, la Vierge, bien qu’immaculée, se soumit à la loi juive qui en interdit pendant quarante jours l’accès aux femmes que le sang de l’accouchement avait rendues impures. Le retour au Temple marqua la fin de cette période d’impureté et d’exclusion, tout comme la guérison miraculeuse de son flux de sang délivra la femme des évangiles de son impureté. Selon un de ces glissements étymologiques et phoniques que le Moyen Âge pratiqua avec virtuosité, il était facile d’associer les flux, fluores, du sang menstruel des femmes à des fleurs, flores. Dans plusieurs langues, leur désignation vernaculaire en témoigne : « fleurs des femmes » en français (attesté dès le XIVe siècle), « blumen der frawen », « Monatblum » en allemand, évoquent les menstrues non plus en termes de maladie associée à l’impureté, mais à l’image des plantes destinées à produire des fruits. Dans le folklore (déjà au Moyen Âge finissant ?) la bonne magie du bleu rendait les fleurs de cette couleur particulièrement puissantes contre le sang rouge92. Cela ajoute une explication supplémentaire à la présence, dans le manuscrit milanais, de véroniques pour la fête de la Purification de la Vierge – dont la prière commence, peut-être pas par hasard, par une invocation florale de la mère de Dieu, flos virginum.

Depuis l’Antiquité, le mois de février est associé à des rites et des fêtes liés au sang et aux purifications. L’Église s’efforça de les combattre car, marquant la fin de l’hiver, le retour de la lumière et de la fertilité, ils donnaient lieu à toutes sortes de transgressions et tournaient à la débauche. La fête de l’ours qui sort de son hibernation, le plus souvent le 2 février, est toujours vivace ; s’y ajoute le souvenir des lupercales romaines et des rites de fécondité qui les accompagnaient, au milieu du mois. Pour les contrer, l’Église plaça du 2 au 5 février des poids lourds du calendrier chrétien : la triple fête de la Purification de la Vierge, de la Présentation au Temple et de la Chandeleur, suivie de celles des saints Blaise, Véronique et Agathe. Il fallait aussi combattre les excès du carnaval et de ses déguisements, vaincre leurs sombres masques diaboliques auxquels s’opposa l’éclat de la véronique, la Sainte Face lumineuse du Christ. Ceci explique que, fait exceptionnel, sainte Véronique fut aussi dotée d’un jour de fête mobile, le mardi gras, dont la première date possible est le 3 février.

[...]

La véronique, comme toute la flore, n’a donc « pas de sens, seulement des emplois » : elle peut évoquer la Sainte Face au nimbe crucifère du Christ ; se référer à la sainte invoquée dans des charmes contre des saignements ; être la plante qui guérit de la lèpre ; et dans un contexte profane, incarner le bleu de la fidélité et de la loyauté.

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Contes et légendes :


Le nom de la fleur portant celui d'une sainte catholique, il est intéressant d'en connaître l'histoire légendaire. Ainsi, on peut lire sur le site Nominis :

La dévotion du "Chemin de la Croix" évoque le souvenir de cette femme qui aurait bravé la foule hostile pour essuyer le visage du Christ pendant sa Passion, recueillant ainsi sur son linge la Sainte Face. Plusieurs légendes sont à l'origine de ce récit :

  • le nom de Véronique qui en grec, vera icona, veut dire : l'icône authentique ;

  • le linge que, dit-on, le Christ aurait envoyé au roi d'Edesse, Abgar, avec son image [1]. A quoi la piété occidentale ajoute un élément de la quête du Graal, ou même en faisant de Véronique, l'épouse de Zachée, avec qui elle serait venue jusqu'à Soulac et Amadour ;

  • Laissons notre piété se tourner seulement vers ces femmes qui pleuraient durant la Passion du Seigneur et à qui Jésus a dit qu'elles feraient mieux de pleurer sur elles et Jérusalem ;

  • Sainte Véronique est évoquée dans la sixième station du chemin de croix, bien que l'Évangile ne mentionne pas l'épisode ;

  • Sixième station, Véronique essuie le visage de Jésus (Site du Vatican) : Véronique, une des femmes qui suit Jésus, qui a compris qui il est, qui l'aime et par conséquent souffre de le voir souffrir. À présent, elle voit son visage de près, ce visage qui avait très souvent parlé à son âme. Elle le voit bouleversé, sanglant et défiguré, quoique toujours doux et humble. Elle ne résiste pas. Elle veut soulager ses souffrances. Elle prend un linge et tente d'essuyer le sang et la sueur de ce visage ;

  • Une femme essuie le visage de Jésus : La tradition a donné un nom à cette femme : Véronique... car s'est développée la légende selon laquelle le visage du Christ serait resté comme imprimé sur le linge qu'elle avait utilisé. Ce sera le début de l'histoire du linceul de Turin. Longtemps on a gardé plié ce linge, ne laissant voir que le visage du Christ, "véritable icône" ou représentation de celui qui donne sa vie pour nous.

Note :

[1] Un internaute nous signale : "Le linge de Véronique ne devrait pas être confondu avec le Mandylion, linge que le Christ aurait envoyé au roi Abgar d'Edesse : le premier représente le Christ de la Passion, couronné d'épines ; le second est l'image non faite de main d'homme qui a probablement inspiré les premières icônes du Christ, comme la Sainte Face (XIIe s.) conservée à la cathédrale de Laon. Vous pouvez consulter : P. Sendler Egon. Les mystères du Christ, les icônes de la liturgie. Desclée de Brouwer, 2001, p. 25-26. Ouspensky Leonide, La théologie de l'icône dans l'Église orthodoxe, Cerf, 1980, p. 29."


Les spécialistes des Armées en matière photographique et cinématographique trouvent évidemment en sainte Véronique une protectrice toute indiquée. (Diocèse aux Armées françaises)

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Dans Le manuscrit enluminé, Études réunies en hommage à Patricia Stirnemann (Éditions Le Léopard d'Or, 2014), Claudia Rabel cherche l'origine de la croyance au fait que la véronique guérisse de la lèpre :


Mais dans son [celui de Fuchs] paragraphe sur les vertus de la plante, il mentionne en premier lieu son pouvoir de guérir la lèpre, citant en exemple un regem Galliae elephantiae morbo correptum dont un veneur avait observé qu’un cerf blessé par un loup s’était guéri lui-même en mangeant la véronique et en se frottant assidûment contre cette herbe. Un exemplum du cerf qui guérit de la même façon sa blessure causée par une flèche empoisonnée, est connu dès l’Antiquité, [...]

L’association entre le nom du serpillum et la nature rampante de la véronique, « serpentant » au sol, explique peut-être un tel choix pour représenter cette plante inconnue des herbiers antérieurs. C’est d’ailleurs le seul signalement botanique que l’auteur en fournit 33. Le récit du cerf qui soigne lui-même sa blessure nous apprend en plus que l’herbe pousse au pied d’un chêne. Brunschwig est en revanche prolixe sur ses multiples indications thérapeutiques, le chapitre étant un des plus longs du livre. Seule cette plante exerce ses vertus aussi sur les animaux. L’auteur rapporte une guérison du lion, une de l’ours, qui la mange aussi pour maigrir et devenir courageux (!), et une de l’anguille (voir en annexe). Les sources exactes de ces récits étonnants, qui semblent tout droit issus des bestiaires médiévaux, restent à découvrir ; elles semblent à la fois écrites (Man liszt…) et orales, l’histoire de l’anguille ayant prétendument été apprise d’un berger.

[...] Brunschwig cite les deux noms allemands de la plante qui seront repris par Fuchs, Erenbris dont l’aurait baptisé le roi remis de la lèpre, et Gruntheil, puisqu’elle guérit rapidement les plaies fraîches. Ce roi serait donc germanophone… Brunschwig le désigne comme roi « de France », juste après avoir livré, sans commentaire aucun, le nom latin de la plante : « Das krut von den latinischen veronica genant. und von den tütschen erenbris den namen im ein künig von Franckrich geben hat der .xiii. iar ussetzig und unreyn und gar übel schmacken was. » Peut-on en déduire que la veronica botanique fut d’abord connue chez les herboristes du monde francophone ?

[...]

Le regard et la dévotion à la Sainte Face sont assimilés à ceux de l’hostie consacrée, qui permet de jouir d’un avant-goût de la vision béatifique. La prière devant la Sainte Face, ou simplement devant une de ses copies, protégeait pour une journée le fidèle de la mort subite sans confession ni sacrements, synonyme de condamnation éternelle. Cette croyance en la vertu apotropaïque de la véronique entraîna sa multiplication sur de petits supports : enseignes peintes ou de plomb que les pèlerins portaient sur eux ; images de dévotion ou enseignes cousues, collées ou peintes en trompe-l’œil dans les marges pour accompagner les prières quotidiennes du fidèle dans son livre d’heures. Selon la légende, la Sainte Face du Christ, salvator et par là medicus suprême, guérit aussi les maladies de la peau, en particulier la lèpre réputée incurable. Abgar, roi d’Édesse, en aurait été guéri tout comme l’empereur romain Tibère auquel Véronique elle-même aurait apporté son voile. La prise en charge médiévale des lépreux promeut ainsi la dévotion à la Sainte Face, devant l’original romain ou une de ses copies. Or elle partage ce puissant pouvoir de guérir la lèpre… avec la veronica botanique. Le témoignage allemand de Brunschwig concorde avec le nom français de la plante, « herbe aux ladres » [...] Il est toutefois plus que probable que cette désignation vernaculaire de la veronica remonte bien plus haut, et que le savoir populaire a fini par donner à une plante possédant les mêmes vertus que la relique du Christ, le nom de cette dernière.

Ce faisant, eut-on conscience de renouer le fil avec une autre trame de la légende, qui associait depuis l’Antiquité le Christ et sainte Véronique à une herbe merveilleuse ? Avant de devenir vers 1200 la femme que le Christ rencontre sur le chemin de la Croix, elle avait en effet été identifiée depuis le ive siècle à l’hémorroïsse des Évangiles. Cette femme, nommée en grec Βερενίκη, Βερονίκη, Βεραιωνίκη... (Bérénice), devenue Veronica en latin, avait été guérie par le Christ du flux de sang dont elle souffrait depuis douze ans, dès qu’elle eut touché, à son insu, son manteau. En souvenir de sa guérison miraculeuse elle fit ériger un groupe sculpté la représentant avec le Christ. Jacques de Voragine raconte, dans la légende de sainte Marthe, sœur de l’autre Lazare (!) et à laquelle une autre tradition identifiait l’hémorroïsse, que « les herbes qui poussaient au pied de cette statue [du Christ], qui n’étaient auparavant que de mauvaises herbes, dès qu’elles atteignaient la frange du vêtement, acquéraient une telle vertu qu’elles guérissaient de nombreuses maladies ».

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Littérature :

La Véronique

La véronique et le taureau

Parlaient ensemble au bord de l’eau.

Le taureau dit : « Tu es bien belle, »

La véronique : « Tu es beau »

La véronique est demoiselle

Mais le taureau n’est que taureau.


Robert Desnos, "La Véronique" in Chantefables et Chantefleurs, 1952.

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Yves Paccalet, dans son magnifique "Journal de nature" intitulé L'Odeur du soleil dans l'herbe (Éditions Robert Laffont S. A., 1992) évoque à son tour la Véronique :

25 janvier

(La Bastide)


Véronique de Perse : la bien nommée !... C'est une fleur de Chiraz que je ne me lasse pas de contempler dans les allées approximatives du vieux jardin. Ses tiges rampantes, roses et poilues, noueuses comme des jarrets de chameau, portent plusieurs étages de feuilles ovales et dentées. Ses fleurs n'épanouissent que vers onze heures leurs pétales d'un bleu céleste, striés d'outremer et arrondis comme les bulbes d'un minaret.

Le cœur de la mosquée se recreuse en conduit blanc de section carrée, et sert de loge à deux étamines divergentes : on dirait les jambes d'Omar Khayyam écroulé sous la table, un jour de beuverie.

[...]

7 août

(Fontaine-la-Verte)


Quatre véroniques petits-chênes aux fleurs bleu pâle font la ronde autour d'un pissenlit. Le gros capitule jaune chante dans la lumière : simulacre de Phébus.


Chevelure

De Phébus

Pissenlit


Prunelles

De Cérès

Véronique

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