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  • Anne

L'Amandier



Étymologie :

  • AMANDE, subst. fém.

Étymol. ET HIST. − 1. Fin xiie s. bot. alemande « fruit de l'amandier » (G. de Berneville, Vie de St Gilles, éd. Paris et Bos, 1926 ds T.-L.), forme encore attestée fin xive s. ds Gdf. ; av. 1266 amandie « id. » (Assises de Jérusalem, II, 180 ds Littré), forme isolée ; 1268-1271 amande (E. Boileau, Livre des métiers, éd. Depping, 159 ds T.-L. : faire huile de olives, de amandes) ; 2. 1393 « graine contenue dans un noyau de fruit » (Ménagier, éd. Soc. bibliophiles fr., II, 51, ibid. : l'amande d'un noyau de cerise). Du b. lat. amandula (altération du lat. amygdala « fruit de l'amandier » et « amandier, arbre » dep. Colum., TLL s.v., forme class. à laquelle remontent le prov. amella et le cat. amenla), attesté ds Götz, CGL t. 3, 1892, 578, 1. 2 et au vie s. par Plinius Valerianus et Oribase ds TLL s.v., 2029, 43, 44. Au même type remontent aussi les formes ital. du nord : Abbruzzes manele, malle, Lombardie armandola, Imola amandel, ital. mandola (REW3, s.v. amygdala), de même que a. lyonn. amandole, amandre, a. dauph. (a) mandole (FEW, ibid.), d'où on peut conclure que le mot est parvenu d'Italie du nord en France du nord par cette dernière région intermédiaire spéc. par le marché lyonn., voir Aebischer, Les formes vulg. du lat. amygdala > amande et leur répartition dans les lang. rom. ds Estudios a Menendez Pidal, 1-17. Enfin, les formes du sud de l'Italie (sicilien, napolitain), le logoudurien et l'a. prov. amendola, le prov. amenlo remontent au type amyndăla, attesté ds Not. Tir., 105, 27 ds TLL s.v., 2029, 72 (REW3).

  • AMANDIER, subst. masc.

Étymol. ET HIST. − Ca 1150 bot. alemandier « amygdalus communis L. » (Thèbes, éd. Constans, 2680 ds T.-L. : Cyprès, aubours, alemandiers), forme encore en usage en m. fr. ; 1372 id. amandier « id. » (J. Corbichon, Propriétés des choses, XVII [éd. 1522] ds R. Hist. litt. Fr., t. 2, p. 109 : Le vieil amandier, quant il est bien labouré porte plus de fruict que le nouveau). Dér. de amande* ; suff. -ier* ; forme alemandier, dér. de alemande, forme anc. de amande*.


Lire aussi les définitions des noms amande et amandier pour amorcer la réflexion symbolique.

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Botanique :


Jean-Marie Pelt, dans son ouvrage intitulé simplement Des fruits (Librairie Arthème Fayard, 1994), brosse le portrait de l'Amande :


L'amandier se couvre de fleurs dès l'orée du printemps, les feuilles n'apparaissent que plus tard. Ce premier sourire de la nature inspira aux Grecs une touchante allégorie Phyllis, fille de Lycurgue, roi de Thrace, aimait Démophon, fils de Thésée ; Démophon dut partir pour la guerre et promit à Phyllis de revenir bientôt. Les jours passèrent sans qu'il réapparût. Se croyant abandonnée, Phyllis se tua et fut changée en un amandier aux branches dénudées. A son retour, Démophon enlaça l'arbre et, sous l'effet de cette étreinte, celui-ci se couvrit de feuilles et de fleurs.

[...]

Tous ces récits [cf symbolisme ci-dessous] montrent que l'amandier était connu des peuples du pourtour méditerranéen dès les temps les plus anciens. On mentionne en Grèce des amandes retrouvées à des niveaux de fouilles allant du paléolithique supérieur au néolithique récent. Sans doute originaire d'Asie centrale, l'Amandier se propagea par la culture en Égypte d'abord, puis en Grèce, en Italie, en Espagne, ainsi que dans le midi de la Gaule.

L'amandier est une espèce très proche de la pêche ; sur l'arbre, la petite amande ressemble d'ailleurs à une pêche verte, car sa chair reste mince, dure et sèche et ne devient jamais juteuse. A maturité, elle éclate, découvrant ainsi le noyau qui renferme généralement deux amandes.

On distingue traditionnellement deux sortes d'amandes. Chez l'amande amère, les graines contiennent un hétéroside qui se transforme, en présence d'eau, en acide cyanhydrique très toxique, que l'on appelait jadis acide prussique ; c'est pour cette raison qu'il ne faut manger ni les amandes contenues dans les noyaux de pêche, ni celles des noyaux d'abricot ou autres fruitiers de la famille des rosacées, également plus ou moins toxiques. Les amandes amères sont légèrement plus petites que les amandes douces et possèdent une coque plus dure. On pense que cinquante à soixante amandes amères suffiraient à tuer un adulte. Dioscoride, médecin de l'Antiquité, chirurgien des armées de Néron signalait leur emploi pour tuer les renards. Elles sont réputées protéger les buveurs invétérés contre les effets de leurs excès, propriété mentionnée par Plutarque qui préconise, ainsi que Pline, la consommation de cinq amandes amères pour prévenir l'ivresse. Dans sa Physiologie du goût, Brillat-Savarin confirme cette qualité et rapporte comment elle lui permet de remporter une éclatante victoire sur deux Anglais qui l'avaient provoqué en un duel bacchique.

Les graines des amandes amères, comme celles des amandes douces, contiennent une huile très appréciée dans une proportion de 55%. A l'inverse, les amandes sont très pauvres en glucides et en protides, ce qui les recommande notamment dans les régime des diabétiques. Avec un pouvoir calorique de 634 calories pour 100g, elles ont un très haut pouvoir nutritif, comparable à celui de la noix et de la noisette. Elles sont aussi les fruits les plus riches en phosphore et en magnésium et, comme les noix et les noisettes, en vitamine E, ce qui leur confère un intérêt renouvelé en tant qu'aliment antiradicalaire.

Associées aux figues sèches, aux raisins secs et aux noisettes, elles constituent le plus populaire des desserts, que l'on baptisait jadis "les quatre mendiants", leur couleur évoquant la bure des quatre ordres mendiants : Dominicains, Franciscains, Carmes et Augustins.

[...]

La France a pratiquement abandonné la culture de l'amandier. Généralement autostérile, l'arbre a besoin de la présence à proximité d'un congénère pour sa pollinisation. Tandis que l'Espagne en récolte annuellement cinquante mille tonnes, et les États-Unis deux cent mille tonnes, la France importe vingt mille tonnes d'amandes décortiquées. On s'efforce actuellement de mettre au point des variétés à floraison plus tardive, afin d'éviter les risques de gelées, ou des variétés résistantes aux champignons parasites. C'est une culture d'avenir pour notre Midi méditerranée, d'autant plus que les amandes, par leur richesse en vitamine E, présentent aujourd'hui un intérêt certain sur le plan diététique.

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Utilisations traditionnelles :


Jean-Marie Pelt, dans son ouvrage intitulé simplement Des fruits (Librairie Arthème Fayard, 1994), rapporte également quelques usages de l'Amande :


L'amande est abondamment utilisée en cosmétologie et en confiserie. Ce serait une erreur de croire que l'huile d'amande douce se doit d'être réservée à la cosmétologie ; elle est aussi une excellente huile de table, bien qu'elle présente l'inconvénient de rancir assez vite. Quant aux amandes elles-mêmes, elles entrent en particulier dans la confection du nougat et de la praline. Celle-ci aurait été inventée, selon la légende, par un apprenti cuisinier sous les ordres de Lassagne, officier de bouche du duc de Choiseul-Praslin. Par maladresse, le jeune homme aurait fait tomber des amandes dans du miel de Gâtinais ; Lassagne sut habilement exploiter son geste en ouvrant une maison de la praline à Montargis. Quant au nougat, Monsieur de Nougarède, dans les 8721 pages du livre qu'il a consacré à sa fabrication, ne parvient pas à établir l'étymologie du mot.

Le lait d'amande était fort utilisé autrefois comme tonique et reconstituant - on dirait aujourd'hui comme "fortifiant". On s'en servait aussi comme véhicule pour l'administration de médicaments au goût désagréable et, bien entendu, comme adoucissant dans l'hygiène corporelle et pour l'entretien de la peau, fonction aujourd'hui dévolue à l'huile d'amande douce.

La tradition rapporte que l'on offrait jadis, afin de les réconforter, du lait d'amande et des œufs aux nouveaux baptisés de la nuit pascale qui avaient subi, quarante jours durant, les sévères exercices du carême et la rigueur des jeûnes, rite d'initiation propre à toute religion. Ces œufs et ce lait d'amande se muèrent plus tard en œufs de Pâques et en dragées de baptême. Une dragée est, en effet, une amande enduite de sucre glacé. Il s'en consommait beaucoup au XVIe siècle où la dragée devint à la mode, grâce notamment aux apothicaires de Verdun, passés maîtres dans l'art de la dragéification. Un art que leurs confrères contemporains perpétuent, cette fois dans la fabrication des dragées pharmaceutiques... Il était de bon ton, sous Henri III, d'avoir son "drageoir" en poche ; celui du duc de Guise est resté aussi célèbre que le fut plus tard la bonbonnière de Madame de Pompadour.

La carrière de la dragée en confiserie continua à faire bon ménage avec les traditions qui, dit-on, lui donnèrent naissance. L'amande de la dragée symbolise en effet, le sacrement par lequel le baptisé, à l'instar d'une graine d'amande, restauré et lavé de la faute originelle, est appelé, après un long et lent processus de croissance, à devenir un arbre superbe, épanoui dans l'éternité. L'amande devient une graine d'immortalité comme le petit enfant dont elle commémore le baptême et dont elle symbolise la virginité retrouvée de la première condition humaine.

Avec des fruits confits arrosés de fleur d'oranger, l'amande entre également dans la composition des calissons d'Aix-en-Provence dont Madame de Sévigné se montra très friande.

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Symbolisme :


René Guénon, dans Le Roi du Monde, Chap. VII : Luz ou le séjour d’immortalité :


Les traditions relatives au « monde souterrain » se rencontrent chez un grand nombre de peuples ; nous n’avons pas l’intention de les rassembler toutes ici, d’autant plus que certaines d’entre elles ne semblent pas avoir une relation très directe avec la question qui nous occupe. Cependant, on pourrait observer, d’une façon générale, que le « culte des cavernes » est toujours plus ou moins lié à l’idée de « lieu intérieur » ou de « lieu central », et que, à cet égard, le symbole de la caverne et celui du cœur sont assez proches l’un de l’autre (1). D’autre part, il y a très réellement, en Asie centrale comme en Amérique et peut-être ailleurs encore, des cavernes et des souterrains où certains centres initiatiques ont pu se maintenir depuis des siècles ; mais, en dehors de ce fait, il y a, dans tout ce qui est rapporté à ce sujet, une part de symbolisme qu’il n’est pas bien difficile de dégager ; et nous pouvons même penser que ce sont précisément des raisons d’ordre symbolique qui ont déterminé le choix de lieux souterrains pour l’établissement de ces centres initiatiques, beaucoup plus que des motifs de simple prudence. Saint-Yves aurait peut-être pu expliquer ce symbolisme, mais il ne l’a pas fait, et c’est ce qui donne à certaines parties de son livre une apparence de fantasmagorie (2) ; quant à M. Ossendowski, il était sûrement incapable d’aller au-delà de la lettre et de voir dans ce qu’on lui disait autre chose que le sens le plus immédiat.

Parmi les traditions auxquelles nous faisions allusion tout à l’heure, il en est une qui présente un intérêt particulier : elle se trouve dans le Judaïsme et concerne une ville mystérieuse appelée Luz (3). Ce nom était originairement celui du lieu où Jacob eut le songe à la suite duquel il l’appela Beith-El, c’est-à-dire « maison de Dieu » (4) ; nous reviendrons plus tard sur ce point. Il est dit que l’« Ange de la Mort » ne peut pénétrer dans cette ville et n’y a aucun pouvoir ; et, par un rapprochement assez singulier, mais très significatif, certains la situent près de l’Alborj, qui est également, pour les Perses, le « séjour d’immortalité ».

Près de Luz, il y a, dit-on, un amandier (appelé aussi luz en hébreu) à la base duquel est un creux par lequel on pénètre dans un souterrain (5) ; et ce souterrain conduit à la ville elle-même, qui est entièrement cachée. Le mot Luz, dans ses diverses acceptions, semble d’ailleurs dérivé d’une racine désignant tout ce qui est caché, couvert, enveloppé, silencieux, secret ; et il est à noter que les mots qui désignent le Ciel ont primitivement la même signification. On rapproche ordinairement coelum du grec koilon, « creux » (ce qui peut aussi avoir un rapport avec la caverne, d’autant plus que Varron indique ce rapprochement en ces termes : a cavo coelum) ; mais il faut remarquer aussi que la forme la plus ancienne et la plus correcte semble être caelum, qui rappelle de très près le mot caelare, « cacher ». D’autre part, en sanscrit, Varuna vient de la racine var, « couvrir » (ce qui est également le sens de la racine kal à laquelle se rattachent le latin celare, autre forme de caelare, et son synonyme grec kaluptein) (6) ; et le grec Ouranos n’est qu’une autre forme du même nom, var se changeant facilement en ur. Ces mots peuvent donc signifier « ce qui couvre (7) », « ce qui cache (8) », mais aussi « ce qui est caché », et ce dernier sens est double : c’est ce qui est caché aux sens, le domaine suprasensible ; et c’est aussi, dans les périodes d’occultation ou d’obscurcissement, la tradition qui cesse d’être manifestée extérieurement et ouvertement, le « monde céleste » devenant alors le « monde souterrain ».


Il y a encore, sous un autre rapport, un rapprochement à établir avec le Ciel : Luz est appelée la « cité bleue », et cette couleur, qui est celle du saphir (9), est la couleur céleste. Dans l’Inde, on dit que la couleur bleue de l’atmosphère est produite par la réflexion de la lumière sur l’une des faces du Mêru, la face méridionale, qui regarde le Jambu-dwîpa, et qui est faite de saphir ; il est facile de comprendre que ceci se réfère au même symbolisme. Le Jambu-dwîpa n’est pas seulement l’Inde comme on le croit d’ordinaire, mais il représente en réalité tout l’ensemble du monde terrestre dans son état actuel ; et ce monde peut, en effet, être regardé comme situé tout entier au sud du Mêru, puisque celui-ci est identifié avec le pôle septentrional (10). Les sept dwîpas (littéralement « îles » ou « continents ») émergent successivement au cours de certaines périodes cycliques, de sorte que chacun d’eux est le monde terrestre envisagé dans la période correspondante ; ils forment un lotus dont le centre est le Mêru, par rapport auquel ils sont orientés suivant les sept régions de l’espace (11). Il y a donc une face du Mêru qui est tournée vers chacun des sept dwîpas ; si chacune de ces faces a l’une des couleurs de l’arc-en-ciel (12), la synthèse de ces sept couleurs est le blanc, qui est attribué partout à l’autorité spirituelle suprême (13), et qui est la couleur du Mêru considéré en lui-même (nous verrons qu’il est effectivement désigné comme la « montagne blanche »), tandis que les autres représentent seulement ses aspects par rapport aux différents dwîpas. Il semble que, pour la période de manifestation de chaque dwîpa, il y ait une position différente du Mêru ; mais, en réalité, il est immuable, puisqu’il est le centre, et c’est l’orientation du monde terrestre par rapport à lui qui est changée d’une période à l’autre.

Revenons au mot hébraïque luz, dont les diverses significations sont très dignes d’attention : ce mot a ordinairement le sens d’« amande » (et aussi d’« amandier », désignant par extension l’arbre aussi bien que son fruit) ou de « noyau » ; or le noyau est ce qu’il y a de plus intérieur et de plus caché, et il est entièrement fermé, d’où l’idée d’« inviolabilité » (14) (que l’on retrouve dans le nom de l’Agarttha). Le même mot luz est aussi le nom donné à une particule corporelle indestructible, représentée symboliquement comme un os très dur, et à laquelle l’âme demeurerait liée après la mort et jusqu’à la résurrection (15). Comme le noyau contient le germe, et comme l’os contient la moelle, ce luz contient les éléments virtuels nécessaires à la restauration de l’être ; et cette restauration s’opérera sous l’influence de la « rosée céleste », revivifiant les ossements desséchés ; c’est à quoi fait allusion, de la façon la plus nette, cette parole de saint Paul : « Semé dans la corruption, il ressuscitera dans la gloire (16). » Ici comme toujours, la « gloire » se rapporte à la Shekinah, envisagée dans le monde supérieur, et avec laquelle la « rosée céleste » a une étroite relation, ainsi qu’on a pu s’en rendre compte précédemment. Le Luz, étant impérissable (17), est, dans l’être humain, le « noyau d’immortalité », comme le lieu qui est désigné par le même nom est le « séjour d’immortalité » : là s’arrête, dans les deux cas, le pouvoir de l’« Ange de la Mort ». C’est en quelque sorte l’œuf ou l’embryon de l’Immortel (18) ; il peut être comparé aussi à la chrysalide d’où doit sortir le papillon (19), comparaison qui traduit exactement son rôle par rapport à la résurrection.

On situe le luz vers l’extrémité inférieure de la colonne vertébrale ; ceci peut sembler assez étrange, mais s’éclaire par un rapprochement avec ce que la tradition hindoue dit de la force appelée Kundalinî (20), qui est une forme de la Shakti considérée comme immanente à l’être humain (21). Cette force est représentée sous la figure d’un serpent enroulé sur lui-même, dans une région de l’organisme subtil correspondant précisément aussi à l’extrémité inférieure de la colonne vertébrale ; il en est du moins ainsi chez l’homme ordinaire ; mais, par l’effet de pratiques telles que celles du Hatha-Yoga, elle s’éveille, se déploie et s’élève à travers les « roues » (chakras) ou « lotus » (kamalas) qui répondent aux divers plexus, pour atteindre la région correspondant au « troisième œil », c’est-à-dire à l’œil frontal de Shiva. Ce stade représente la restitution de l’« état primordial », où l’homme recouvre le « sens de l’éternité » et, par là, obtient ce que nous avons appelé ailleurs l’immortalité virtuelle. Jusque-là, nous sommes encore dans l’état humain ; dans une phase ultérieure, Kundalinî atteint finalement la couronne de la tête (22), et cette dernière phase se rapporte à la conquête effective des états supérieurs de l’être. Ce qui semble résulter de ce rapprochement, c’est que la localisation du luz dans la partie inférieure de l’organisme se réfère seulement à la condition de l’« homme déchu » ; et, pour l’humanité terrestre envisagée dans son ensemble, il en est de même de la localisation du centre spirituel suprême dans le « monde souterrain » (23).


(1) La caverne ou la grotte représente la cavité du cœur, considéré comme centre de l’être, et aussi l’intérieur de l’« Œuf du Monde ».

(2) Nous citerons comme exemple le passage où il est question de la « descente aux Enfers » ; ceux qui en auront l’occasion pourront le comparer avec ce que nous avons dit sur le même sujet dans L’Ésotérisme de Dante.

(3) Les renseignements que nous utilisons ici sont tirés en partie de la Jewish Encyclopedia (VIII, 219).

(4) Genèse, XXVIII, 19.

(5) Dans les traditions de certains peuples de l’Amérique du Nord, il est aussi question d’un arbre par lequel des hommes qui vivaient primitivement à l’intérieur de la terre seraient parvenus à sa surface, tandis que d’autres hommes de la même race seraient demeurés dans le monde souterrain. Il est vraisemblable que Bulwer-Lytton s’est inspiré de ces traditions dans La Race future (The Coming Race). Une nouvelle édition porte le titre : La Race qui nous exterminera.

(6) De la même racine kal dérivent d’autres mots latins, comme caligo et peut-être le composé occultus. D’un autre côté, il est possible que la forme caelare provienne originairement d’une racine différente caed, ayant le sens de « couper » ou « diviser » (d’où aussi caedere), et par suite ceux de « séparer » et « cacher » ; mais, en tout cas, les idées exprimées par ces racines sont, comme on le voit, très proches les unes des autres, ce qui a pu amener facilement l’assimilation de caelare et celare, même si ces deux formes sont étymologiquement indépendantes.

(7) Le « Toit du Monde », assimilable à la « Terre céleste » ou « Terre des Vivants », a, dans les traditions de l’Asie centrale, d’étroits rapports avec le « Ciel Occidental » où règne Avalokitêshwara. - À propos du sens de « couvrir », il faut rappeler aussi l’expression maçonnique « être à couvert » : le plafond étoilé de la Loge représente la voûte céleste.

(8) C’est le voile d’Isis ou de Neith chez les Égyptiens, le « voile bleu » de la Mère universelle dans la tradition extrême-orientale (Tao-te-king, ch. VI) ; si l’on applique ce sens au ciel visible, on peut y trouver une allusion au rôle du symbolisme astronomique cachant ou « révélant » les vérités supérieures.

(9) Le saphir joue un rôle important dans le symbolisme biblique ; en particulier, il apparaît fréquemment dans les visions des prophètes.

10) Le Nord est appelé en sanscrit Uttara, c’est-à-dire la région la plus élevée ; le Sud est appelé Dakshina, la région de la droite, c’est-à-dire celle qu’on a à sa droite en se tournant vers l’Orient. Uttarâyana est la marche ascendante du Soleil vers le Nord, commençant au solstice d’hiver et se terminant au solstice d’été ; dakshinâyana est la marche descendante du Soleil vers le Sud, commençant au solstice d’été et se terminant au solstice d’hiver.

(11) Dans le symbolisme hindou (que le Bouddhisme lui-même a conservé dans la légende des « sept pas »), les sept régions de l’espace sont les quatre points cardinaux, plus le Zénith et le Nadir, et enfin le centre lui-même ; on peut remarquer que leur représentation forme une croix à trois dimensions (six directions opposées deux à deux à partir du centre). De même, dans le symbolisme kabbalistique, le « Saint Palais » ou « Palais intérieur » est au centre des six directions, qui forment avec lui le septénaire ; et « Clément d’Alexandrie dit que de Dieu, « Cœur de l’Univers », partent les étendues indéfinies qui se dirigent, l’une en haut, l’autre en bas, celle-ci à droite, celle-là à gauche, l’une en avant et l’autre en arrière ; dirigeant son regard vers ces six étendues comme vers un nombre toujours égal, il achève le monde ; il est le commencement et la fin (l’alpha et l’ôméga), en lui s’achèvent les six phases du temps, et c’est de lui qu’elles reçoivent leur extension indéfinie ; c’est là le secret du nombre 7 » (cité par P. Vulliaud, La Kabbale juive, t. I, pp. 215-216). Tout ceci se rapporte au développement du point primordial dans l’espace et dans le temps ; les six phases du temps, correspondant respectivement aux six directions de l’espace, sont six périodes cycliques, subdivisions d’une autre période plus générale, et parfois représentées symboliquement comme six millénaires ; elles sont aussi assimilables aux six premiers « jours » de la Genèse, le septième ou Sabbath étant la phase de retour au Principe, c’est-à-dire au centre. On a ainsi sept périodes auxquelles peut être rapportée la manifestation respective des sept dwîpas ; si chacune de ces périodes est un Manvantara, le Kalpa comprend deux séries septénaires complètes ; il est d’ailleurs bien entendu que le même symbolisme est applicable à différents degrés, suivant qu’on envisage des périodes cycliques plus ou moins étendues.

(12) Voir ce qui a été dit plus haut sur le symbolisme de l’arc-en-ciel. - Il n’y a en réalité que six couleurs, complémentaires deux à deux, et correspondant aux six directions opposées deux à deux ; la septième couleur n’est autre que le blanc lui-même, comme la septième région s’identifie avec le centre.

(13) Ce n’est donc pas sans raison que, dans la hiérarchie catholique, le Pape est vêtu de blanc.

(14) C’est pourquoi l’amandier a été pris comme symbole de la Vierge.

(15) Il est curieux de noter que cette tradition judaïque a très probablement inspiré certaines théories de Leibnitz sur l’« animal » (c’est-à-dire l’être vivant) subsistant perpétuellement avec un corps, mais « réduit en petit » après la mort.

(16) Ire Épître aux Corinthiens, XV, 42. - Il y a dans ces mots une application stricte de la loi d’analogie : « Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, mais en sens inverse. »

(17) En sanscrit, le mot akshara signifie « indissoluble », et par suite « impérissable » ou « indestructible » ; il désigne la syllabe, élément premier et germe du langage, et il s’applique par excellence au monosyllabe Om, qui est dit contenir en lui-même l’essence du triple Vêda.

(18) On en trouve l’équivalent, sous une autre forme, dans les différentes traditions, et en particulier, avec de très importants développements, dans le Taoïsme. - À cet égard, c’est l’analogue dans l’ordre « microcosmique », de ce qu’est l’« Œuf du Monde » dans l’ordre « macrocosmique », car il renferme les possibilités du « cycle futur » (la vita venturi sæculi du Credo catholique).

(19) On peut se reporter ici au symbolisme grec de Psyché, qui repose en grande partie sur cette similitude (voir Psyché, par F. Pron).

(20) Le mot kundalî (au féminin kundalinî) signifie enroulé en forme d’anneau ou de spirale ; cet enroulement symbolise l’état embryonnaire et « non développé ».

(21) À cet égard, et sous un certain rapport, sa demeure est aussi identifiée à la cavité du cœur ; nous avons déjà fait allusion à une relation existant entre la Shakti hindoue et la Shekinah hébraïque.

(22) C’est le Brahma-randhra ou orifice de Brahma, point de contact de la sushumnâ ou « artère coronale » avec le « rayon solaire » ; nous avons exposé complètement ce symbolisme dans L’Homme et son devenir selon le Vêdânta.

(23) Tout ceci a un rapport des plus étroits avec la signification réelle de cette phrase hermétique bien connue : « Visita inferiora terræ, rectificando invenies occultum lapidem, veram medicinam », qui donne par acrostiche le mot Vitriolum. La « pierre philosophale » est en même temps, sous un autre aspect, la « vraie médecine », c’est-à-dire l’« élixir de longue vie », qui n’est pas autre chose que le « breuvage d’immortalité ». - On écrit parfois interiora au lieu d’inferiora, mais le sens général n’en est pas modifié, et il y a toujours la même allusion manifeste au « monde souterrain »

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Selon le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant,


"L'amande est très généralement, par rapport à la cosse, le symbole de l'essentiel caché dans l'accessoire, de la spiritualité voilée par les doctrines et les pratiques extérieures, de la réalité masquée par les apparences et selon l'ésotérisme, la Vérité, le Trésor, la Source toujours cachée. Ainsi Clément d'Alexandrie : Mes Stromates renferment la vérité mêlée aux dogmes de la philosophie, ou plutôt enveloppée et recouverte par eux comme par la coque la partie comestible de la noix. Ou Mahmûd Shabestari : La shariât est l'écorce, la haqîqat en est l'amande... Lorsque le migrateur a atteint la certitude personnelle, l'amande est mûre et l'écorce éclate ; ou encore Abd al-Karim al-Jîlî : Laisse donc l'écorce et prends le noyau : ne sois pas de ceux qui ignorent le visage, mais ôte le voile !

L'amande est le Christ, parce que sa nature divine est cachée par sa nature humaine, ou par le corps de la Vierge-mère. Elle est encore, dit Adam de Saint-Victor, le mystère de la lumière, c'est-à-dire l'objet de la contemplation, le secret de l'illumination intérieure. L'amande qui, dans l'ornementation médiévale, auréole les figures de la Vierge ou du Christ en majesté, participe d'une autre manière au mystère de la lumière : c'est la lumière céleste, à la fois émanation du séjour des Bienheureux et voile de la vision béatifique. Elle correspond en outre à l'arc-en-ciel, selon l'Apocalypse : Celui qui siège est comme une vision de jaspe vert ou de cornaline : un arc-en-ciel autour du trône est comme une vision d'émeraude (4, 3).

La notion d'élément caché, enclos, inviolable, est parfaitement exprimée par le nom hébreu de l'amande : luz, qui est aussi le nom d'une ville souterraine (voir amandier) et celui du noyau indestructible de l'être (chinois : che-li ; sanscrit : shârira), contenant tous les éléments potentiels de sa restauration. C'est en somme le noyau d'immortalité.

Dans la tradition mystique, l'amande symbolise le secret (le secret est un trésor) vivant dans l'ombre et qu'il convient de découvrir afin de s'en nourrir.

L'amandier était pour les Hébreux le symbole d'une vie nouvelle.

Il est le premier arbre fleurissant au printemps. D'où ce texte dans Jérémie (I, 11-12). Que vois-tu, Jérémie ? dit l’Éternel - Jérémie répond : Je vois une branche d'amandier - Et l’Éternel déclare : Tu as bien vu, car je me hâte d'exécuter ma parole.

Découvrir l'amande, manger l'amande a pour signification découvrir un secret, participer à ce secret.

Dans l'ésotérisme du Moyen Âge, l'amande signifie la virginité de la Vierge : amande mystique. L'auréole en ellipse entoure parfois la Vierge dans l'art.

Suivant le Thesaurus d'Henri Estienne, amandalos signifie obscur, invisible, intériorité.

Le corps des saints est souvent tout entier enveloppé dans une amande ; elle est fréquemment divisée en trois lignes, pour exprimer la Trinité. Ils sont entrés dans le giron des Trois Personnes Divines, auxquelles ils s'unissent par la Vision béatifique.

Mais, en langage profane, manger l'amande c'est coïter car l'amande est la vulve, le yoni, dont les Upanishad nous disent qu'elle est le symbole des eaux cosmiques e de l'agitation tournoyante des infinies possibilités de l'existentialité. Cette vieille image archétypale pourrait être à l'origine de la mandorle.

Le fait que le terme amande mystique désigne la virginité de Marie dans le langage ésotérique du Moyen Âge corroborerait cette hypothèse. Le plus remarquable en cet exemple est que le passage du religieux au profane ne vient nullement diminuer la valeur sacrée du symbole, mais au contraire la renforcer, ainsi qu'il en va dans maints poèmes soufis. Car cette connotation sexuelle donnée la mandorle en fait la Matrice originelle, celle d'où jaillissent, dans la lumière de la révélation, l'Homme et Dieu confondus.


L'amandier, dont la floraison est très printanière, est le signe de la renaissance de la nature et d'une vigilance attentive aux premiers signes du printemps. Il est également symbole de fragilité, car ses fleurs, ouvertes les premières, sont le plus sensibles aux derniers frimas... Il est le symbole d'Attis, né d'une vierge qui le conçut à partir d'une amande.

Cette légende est peut-être à l'origine de la mise en rapport de l'amandier avec la Vierge Marie. Toutefois, le symbole ne prend toute sa valeur qu'avec la signification de l'amande elle-même.

Selon une tradition juive, c'est en outre par la base d'un amandier (luz) qu'on pénètre dans la ville mystérieuse de Luz, laquelle est un séjour d'immortalité. C'est en même temps le nom de la ville près de laquelle Jacob eut sa vision, et qu'il nomma Beith-el, ou Maison de Dieu. La mise en rapport de l'amandier et de la notion d'immortalité s'explique ici encore par le symbolisme de l'amande (également nommé luz). Mais si le symbolisme de l'amande est féminin, celui de l'amandier est masculin.

Chez les Grecs, l'amande pressée était comparée à l'éjaculation phallique de Zeus, en tant que puissance créatrice. Pausanias raconte que, au cours d'un rêve, Zeus perdit de sa semence, qui tomba à terre. Il en sortit un être hermaphrodite, Agdistis, que Dionysos fit émasculer. De ses parties génitales tombées à terre poussa un amandier. Un fruit de cet arbre rendit enceinte la fille du dieu-fleuve, Sangarios, qui l'avait placé sur son sein.

De ces légendes, il ressort que l'amandier remonte directement à Zeus, par le sang d'un hermaphrodite, et que son fruit peut féconder directement une vierge. Son symbolisme phallique se nuance de ce fait que sa fécondité s'exerce indépendamment de l'union sexuelle. Selon une croyance encore attestée en Europe, la jeune fille, qui s'endort sous un amandier et rêve à son fiancé, peut se réveiller enceinte.


Enfin, à l'article mandorle, on peut lire que c'est une "figure géométrique en forme d'amande (mandorle = amande). Dans l'iconographie traditionnelle, peinte et sculptée, elle est l'ovale dans lequel s'inscrivent les personnages sacrés, le Christ, la Vierge Mère, les Saints, comme dans une gloire immortelle.

Par sa forme géométrique, elle se rattache à la symbolique du losange. Elle est un losange dont les angles latéraux auraient été arrondis. Comme lui, elle signifie l'union du ciel et de la terre, des mondes inférieurs et supérieurs et, à ce seul titre, elle convient déjà parfaitement à l'encadrement des humains sanctifiés. Elle symbolise le dépassement du dualisme matière-esprit, eau-feu, ciel-terre, dans une unité harmonieusement réalisée."

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Dans son ouvrage intitulé simplement Des fruits (Librairie Arthème Fayard, 1994), Jean-Marie Pelt évoque le symbolisme de l'Amandier :


L'amandier est mentionné à plusieurs reprises dans la Bible. Il l'est dès le Livre de la Genèse, à propos de l'étonnant épisode de Jacob et Laban. Jacob travaille chez Laban, frère de sa mère. Travailler, à l'époque des patriarches, c'est évidemment garder des troupeaux. Quand Laban lui demande de fixer son salaire. Jacob sollicite « tout agneau moucheté ou tacheté toute chèvre tachetée et mouchetée ». Mais Jacob est rusé : « Il se procura des baguettes fraîches de peuplier, d'amandier et de platane, il y fit des raies banches en mettant à nu la couche d'aubier des baguettes. Il exposa les baguettes rayées en face des bêtes, dans les auges des abreuvoirs où les brebis venaient boire. Les bêtes s'accouplaient devant les baguettes ; les femelles mettaient bas des petits rayés, mouchetés et tachetés. Chaque fois que les bêtes robustes du troupeau s'accouplaient, Jacob mettait les baguettes sous leurs yeux [...] Il ne les mettait pas quand il s'agissait des bêtes chétives Les bêtes chétives étaient pour Laban, les robustes pour Jacob » (Genèse, 30n 35-42). Jacob, paysan madré, croit, comme les hommes de son temps, que l'on peut influencer de cette manière les caractères de la descendance. Depuis lors, la génétique nous a prouvé qu'il n'en est rien.

L'amandier est également présent dans l'histoire du bâton d'Aaron. Yahvé va désigner celui à qui reviendra l'honneur de le retrouver, au nom du peuple, dans la tente de la rencontre. Il demande que douze bâtons, un par tribu, y soient placés. Le lendemain, Moïse entre dans la tente et c'est le bâton d'Aaron qui a bourgeonné : « Il avait fait surgir un bourgeon, éclore une fleur et mûrir des amandes. » (Les Nombres, 17, 16-26). Le bâton est signe de l'autorité du chef, comme on l'observe avec le stick ou la badine du général.

Les Hébreux faisaient de l'amandier le symbole de la vigilance, cet arbre étant le premier à annoncer le printemps par sa floraison. Ils y voyaient aussi le symbole d'une vie nouvelle, du séjour d'immortalité. Toujours dans la Genèse, les fils de Jacob offrent des amandes à Joseph, leur frère, devenu l'intendant de Pharaon, quand ils se rendent en ambassade auprès de lui (Genèse, 43, 11). Ils considèrent, en effet, les amandes comme l'une des productions les plus précieuses de Canaan.

Les symboles liés à l'amande se rapportent aussi à ce qui est essentiel mais dissimulé sous les apparences à l'intérieur du noyau. Ainsi l'amande représente-t-elle le Christ dont la nature divine demeure cachée sous sa nature humaine. Dans l'ornementation médiévale, le Christ et La Vierge apparaissent souvent représentés au sein d'une amande mystique, la mandorle, qui désigne aussi la lumière émanant d'eux, leur aura. De même la vie nouvelle qui se cache en nous et qui jaillira dans et pour l'éternité demeure-t-elle cachée comme l'amande dans sa coque.

Sa floraison précoce vaut à l'amandier d'être considéré non seulement comme un signe de renaissance de la nature, mais aussi comme un symbole de fragilité, car ses fleurs sont très sensibles aux gelées printanières. Quant à l'amande, elle est l'archétype et le prototype de la graine, au point que les mots « graine » et « amande » sont devenus quasi synonymes. Par son aptitude à résister sans dommage aux conditions les plus sévères tout en conservant son pouvoir germinatif, elle est naturellement un symbole d'immortalité. Fragilité des fleurs, dureté et permanence de la graine en sont les éléments matériels à l'origine du symbolisme de l'amande.

C'est dans un lieu appelé « Louz », autrement dit « l'Amandier », que Jacob, petit-fils d'Abraham, eut sa célèbre vision : « D'une pierre [...], il fait un oreiller et il s'endort. Il a un songe : une échelle est dressée sur la Terre et son sommet atteint les cieux ; les messagers de Dieu la gravissent ou la descendent. Et voici que le Seigneur se tenait devant lui et qu'Il disait : "Je suis le Seigneur, le Dieu d'Abraham ton père, le Dieu d'Isaac. Je te donnerai la terre sur laquelle tu es couché, à toi et à tes descendants" [...] Jacob s'éveille alors et dit : "[...] C'est la maison de Dieu, en vérité, et la porte qui ouvre sur le ciel. Que ce lieu est redoutable !" » A ce lieu qui s'appelait Louz, l'Amandier, il donne le nom de Bétel (Genèse, 28, 10-19). L'amandier symbolise ici l'immortalité du Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob.

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Dans Le livre des superstitions, mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont, 1995, réédition, 2019), Éloïse Mozzani nous propose la notice suivante :


Porter sur soi une amande double ou triple protège de la foudre, des hémorroïdes ou du mal de dent. Cette graine comestible peut également servir à faire disparaître les verrues. A Cagnes (Alpes-Maritimes), on conseille d'en manger, à deux heures du matin, un nombre correspondant à celui des verrues que l'on a.

De plus, l'amande, selon Pline et Plutarque, agit efficacement contre l'ivresse, et l'empereur Claude recourut souvent à ce procédé.

Les Marseillais conservaient l'écorce des amandes consommées au repas de Noël pour les répandre dans les champs et s'assurer une bonne récolte.

L'amandier est utile pour s'éclaircir les idées. Dans la région de Nîmes, le dormeur qui s'est assoupi sous cet arbre trouvera en songe la solution d'un problème financier. Dans les Alpes-de-Haute-Provence, la solution s'impose à celui qui a grimpé sur l'amandier.

Au Moyen Âge, pour découvrir un voleur, on coupait une branche d'amandier un samedi avant le lever du soleil, en disant Ego te ramum aestatis reseco, paroles qu'on répétait trois fois en mettant une nappe sur une table.

Amour et relations sentimentales sont protégés lorsqu'on porte sur soi un petit morceau d'une branche d'amandier effeuillée. Cette amulette est exclusivement réservée aux hommes.

Symboliquement, l'amandier est un arbre empreint de sexualité. L'amande amère, par exemple, a des propriétés contre l'impuissance. Son lait, chez les Grecs, symbolisait l'énergie créatrice et était comparé au sperme. La mythologie explique cette tradition. L'amandier est né du sang de l'hermaphrodite Adgistis (né lui-même de la semence de Zeus), que les dieux de l'Olympe avaient fait émasculer. La fille du dieu fleuve Sangarios en cacha un fruit dans son sein, et de ce contact avec une amande lui naquit un fils. On croit toujours dans certaines parties de l'Europe qu'une jeune file qui s'endort sous cet arbre et rêve à son fiancé peut se réveiller enceinte de lui.

En revanche, dans la tradition chrétienne, le fruit de l'amandier est un symbole de virginité, d'où l'auréole en forme d'amande qui est la particularité de la Vierge dans les images pieuses : "L'origine de ce mythe serait la verge d'Aaron qui fleurit en une nuit et porta, dit-on, une amande".

Dans les pays arabes, on croit que manger des amandes procure la sagesse. Par ailleurs, la veille de la bataille de Poitiers, Abd al-Thaman en consomma et rêva de sa mort et de la débâcle de l'armée : le sultan maure ne survécut pas à la première journée de la bataille.

Selon un usage remontant de l'Antiquité, il faut observer les amandiers au printemps : s'ils sont couverts de fleurs avec peu de feuilles, c'est un signe de fertilité de la terre ; si les feuilles sont beaucoup plus nombreuses que les fleurs, le présage est inversé.

Ceux qui souhaitent planter un amandier dont les noyaux des fruits porteraient leur nom doivent mettre en terre une amande pendant six ou sept jours, le temps qu'elle s'entrouvre, la reprendre pour écrire leur nom avec du cinabre puis la replanter.

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Roger Tanguy-Derrien, auteur de Rudolph Steiner et Edward Bach sur les traces du savoir druidique... (L'Alpha L'Oméga Éditions, 1998) s'inspire du savoir ancestral pour "récapituler de la manière la plus musclée les informations sur les élixirs" :


Vous ou votre enfant détenez un problème de croissance tel que le nanisme. Ou vous faites un pré-vieillissement, ou certaines tâches dites de vieillesse vous tapissent la peau. Si vous êtes un peu plus âgé, vous ne supportez pas l'idée de vieillir. Votre mental s'est arrêté lors d'un épisode douloureux de votre vie. Il est donc bloqué et il vous empêche d'atteindre une maturité normale. Enfin, vous avez un problème de reins, de vessie, d'hypertension artérielle, de prothrombine (qui est en relation peut-être avec votre mental bloqué).

Dans ce cas, faites confiance à l'Amandier. Cet arbre est le premier qui annonce le printemps. Il produit des fleurs avant de produire ses feuilles et fait ainsi le contraire des autres. Ce phénomène est dû à l'acide cyanhydrique qui est un composé de substances cyanogènes associées à l'hydrogène. Par ce qui précède, nous savons que l'hydrogène est porteur de chaleur. C'est l'hydrogène donc qui facilite la floraison alors que les froides matinées de février dissuadent l'arbre de fabriquer ses poumons, ses feuilles en l'occurrence.

Ces substances cyanogènes sont composées de carbone et d'azote. Et maintenant, rappelons-nous ce qui précède : le carbone est le lien entre le poumon extérieur de notre planète, le poumon de la plante et le poumon de l'être humain. L'azote est le poumon respectif de ces trois règnes précités. Nous commençons à comprendre le pourquoi du phénomène de l'amandier. Ainsi doté de ces substances uniques, l'Amandier peut provoquer la montée de sève et la floraison malgré les conditions climatiques déplorables que ne peut supporter aucun autre arbre. Par cette performance, l'Amandier mérite une certaine immortalité. C'est d'ailleurs ce qu'on retrouve dans la tradition juive qui avance que c'est par la base d'un Amandier (luz en hébreu) qu'on pénètre dans la ville mystérieuse de Luz (la lumière), laquelle est un séjour d'immortalité.


Mots-clés : retenez le mot am dans amandier et extrapolez... Donc, grâce à l'élixir d'Amandier, fortifiez votre corps de vitalité ainsi que votre corps physique. Donnez du dynamisme à vos deux éthers (lumière et vie) et vous comprendrez que la beauté n'est pas celle éphémère du corps mais celle éternelle, de l'âme. Ainsi vous retrouverez la joie de vivre et la vitalité. Il va de soi que cet élixir est encore conseillé contre les toux quinteuses, la coqueluche (phénomène carbone qui donne de la force à l'appareil pulmonaire), l'insuffisance hépatique (phénomène azote).

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Selon Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes ( (Hachette Livre, 2000) :


"Du fait même qu'elle est enrobée d'une cosse, l'amande est un symbole de l'âme incarnée et incorporée dans une enveloppe charnelle. A cet égard, la noix propose d'ailleurs la même représentation symbolique. L'amande est un symbole de l'immortalité et de l’éternité de l'âme, de la lumière du divin que recèle l'être humain. Cette lumière est contenue en l'homme comme dans une cosse ou une coque, qui ne demande qu'à s'ouvrir, pour que l’âme soit libérée, illuminée, transcendée. L'amande est donc en analogie avec l'accomplissement de soi qui se produit à son heure, lorsque les temps sont mûrs. En effet, dès que l'amande est venue à maturité, la cosse s'effrite, s'ouvre, se casse ou tombe. Cette image symbolique fut souvent exploitée dans l'Occident chrétien médiéval, pour représenter la perspective de l'abandon ou de la perte de l'enveloppe corporelle qui doit libérer l'âme, de la mort du vieil homme, l'ancien Adam, duquel naît l'homme nouveau., l'homme magnifié par la lumière du divin, l'homme-dieu. Le Christ et la Vierge apparurent souvent entourés d'une seule auréole en forme d'amande : la mandorle. Étymologiquement, le mot amande est une altération de amandala, venu du grec amygdala qui dérive lui-même du latin classique amagdala, qui signifie amygdale. Or on peut considérer les amygdales, ou les deux amandes, comme les portes du palais, au sens propre comme au sens figuré.

L'amande a aussi une connotation symbolique, celle du sexe féminin. Elle figure souvent la vulve. Elle est alors en analogie avec la yossi du vocabulaire de l'hindouisme, la vulve ou la matrice, représentée par ne amande ou une noix coupée en deux. Par ailleurs, l'mande amère et pilée est censée posséder des vertus aphrodisiaques. C'est ainsi que l'amande est aussi le symbole de l'énergie créatrice. Dans certaines régions de France et d'Europe, on a longtemps cru, et l'on croit encore, qu'une jeune fille qui s'endort sous un amandier en fleur peut se réveiller enceinte.

L'amandier, dont la floraison au tout début du printemps est précoce, est un symbole de renouveau, de renaissance. Pour les Hébreux, il était la représentation d'une révélation, d'un avènement. Shoqed, l'amandier en hébreu, révèle la ressemblance de l'homme avec Dieu qui le fit à son image. "Quand l'amandier fleurit... l'homme retourne à sa demeure éternelle", dit l'Ecclésiaste (XIII, 7). Enfin, signalons que, selon la tradition ésotérique occidentale, l'amande est une représentation de ce qui est obscur, caché, secret, mystérieux, enfoui au plus profond de soi. Manger l'amande signifie alors connaître les secrets ou les mystères, être initié."

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Dans le Petit Larousse des symboles (Éditions Larousse, 2006) établi sous la direction de Nanon Gardin et de Robert Olorenshaw, on apprend que :

L'amandier, premier arbre du printemps, est un symbole de vie et de fécondité. Son fruit, l'amande, jouit d'un symbolisme riche en raison de sa morphologie ; le noyau enfermé dans sa coque évoque la vérité, l'essentiel sous la réalité visible et par extension la féminité.


L'arbre de vie et de l'amour

Dans la tradition hébraïque, l'amandier représente l'immortalité de Dieu. Premier arbre à fleuri au printemps, il est emblématique de la résurrection de la vie, mais la fragilité de ses fleurs, qui s'envolent au premier coup de vent, peut symboliser l'aspect éphémère de l'amour. Amandier et amour sensuel vont de pair dans le mythe grec de Phyllis, princesse de Thésée. La princesse guette le retour du navire de son amant, parti se battre à Troie, mais ne le voyant arriver, elle meurt de chagrin. Prise de pitié, la déesse Héra la transforme en amandier. Débarquant le lendemain Acamas ceint l'arbre des ses bras et entend battre le coeur de sa bien-aimée sous la dureté de l'écorce. chacun des baisers d'Acamas produit une fleur blanche.


Le fruit et sa semence

L'amande, qui dissimule un fruit sous sa coque, est le symbole de l'essentiel caché et par extension du sexe féminin. mais, si la forme de l'amande est plutôt du côté féminin, son lait rappelle le sperme. C'est donc un fruit tout à fait adapté aux histoires d'amour et de sexualité, où les genres se mêlent.

Le lait d'amande pressée représentait pour les Grecs la force virile et créatrice, mais les fruits de cette énergie n'étaient pas toujours prévisibles. il arriva par exemple à Zeus d'éjaculer sur le sol pendant son sommeil. Il en naquit un monstre hermaphrodite, Agditis, que les autres dieux décidèrent de châtrer, et du sang répandu ors de cette émasculation naquit un amandier. Dans d'autres mythes, c'est en mangeant une mande qu'une vierge peut devenir enceinte. cette association est passée du fruit à l'arbre, car il remonterait directement à Dieu ; dans certaines contrées européennes, on dit toujours qu'une jeune fille vierge qui rêve à son fiancé sous un amandier se retrouve enceinte à son réveil.


De l'amande à la dragée

Les fruits secs, symboles de fécondité et de prospérité, ont toujours été appréciés : on en jetait sur les enfants à la sortie de l'église à l'occasion des baptêmes et des mariages en signe de protection et de conjuration du mauvais sort. Remplacées progressivement par les dragées, amandes enrobées de sucre, dont la fabrication remonte au Moyen Âge, ces friandises, qui évoquent la vie et la pureté, sont offertes à l'occasion des rites de passage religieux : baptême, communion, mariage ?

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Eric Pier Sperandio, auteur du Grimoire des herbes et potions magiques, Rituels, incantations et invocations (Éditions Québec-Livres, 2013), présente ainsi l'amande :


Propriétés médicinales : Ce sont les noix de l'amandier, l'amande elle-même, qui possèdent des propriétés médicinales. Tout le monde connaît les propriétés émollientes de l'huile d'amande douce utilisée dans les cosmétiques et comme huile de massage. Une variété d'amandes amères sert dans la préparation d'un sirop contre la toux.


Genre : Masculin.


Déités : Artémis, Hécate, Zeus.


Propriétés magiques : Argent, prospérité, sagesse.


Applications :

SORTILÈGES ET SUPERSTITIONS

  • Traditionnellement, le bois d'amandier servait dans les rituels pour honorer les dieux de l'Antiquité.

  • Plus près de nous, Aaron, grand prêtre des Hébreux dans la Bible, avait sélectionné une branche d'amandier pour fabriquer son bâton magique. encore de nos jours, les fleurs d'amandier parent les synagogues.

  • C'est un bois idéal pour fabriquer une baguette magique.

  • Au Moyen Âge, on croyait que consommer des amandes empêchait l'ivresse.

TALISMAN DE PROSPÉRITÉ (pour attirer la prospérité)

Ce dont vous avez besoin :

  • une chandelle verte

  • de l'encens de vétiver ou de patchouli

  • 13 amandes

  • du fil vert très solide (3 ou 4 brins de fil à broder feront l'affaire)

Rituel :

Allumez votre chandelle et faites brûler votre encens.

En vous tournant vers l'ouest, enfilez vos amandes sur le fil vert pour en faire un collier. Puis, demandez l'aide de l'archange Gabriel en élevant vos ras vers le ciel et en présentant votre collier, tout en disant :


J'en appelle à toi, grand prince de la lumière,

Écoute ma prière, archange Gabriel,

Toi Qui es le gardien de la tour de l'ouest

Fais ressentir ta présence et accorde-moi cette faveur

Transforme ces amandes en talisman magique

Afin que la prospérité e soit accordée Mon cœur est pur et ma demande juste

Fais en sorte que j'obtienne mon désir

Ainsi soit-il.


Une fois que c'est fait, portez ce talisman sur vous ou dans votre sac. Il vous apportera des occasions merveilleuses.

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Jean Paquereau, dans son ouvrage intitulé Au jardin des plantes de la Bible : botanique, symboles et usages. (Forêt privée française, 2016) explicite le symbolisme biblique de l'amandier :


Le terme hébreu « shaked » signifie éveil et vigilance. Le terme hébreu « louz » a été employé dans Genèse 30, 37 dans le récit de Jacob avec les rameaux d'amandier.


Références bibliques :

« La parole de l'Éternel me fut adressée en ces mots : Que vois-tu Jérémie ?

Je répondis : Je vois une branche de l'amandier hâtif.

Et l'Éternel me dit : Tu as bien vu ; car je me hâte d'accomplir ma parole. »

Jérémie 1, 12-12 SER.

L'abondance de ses fleurs blanches fait penser à la tête blanchie du vieillard :

« ... l'on craint ce qui est élevé, l'on a des terreurs en chemin, l'amandier fleurit, la sauterelle devient pesante, la câpre n'a plus d'effet, car l'homme s'en va vers sa demeure éternelle et les pleureurs circulent dans la rue. »

Ecclésiaste 12, 5 SER.

Sa fleur entre dans l'ornementation du chandelier à sept branches : Exode 25, 33.

Les amandes très appréciées à ce jour en Orient étaient connues des Égyptiens :

« Leur père Israël leur dit : Puisqu'il en est ainsi, faites donc ceci. Prenez dans vos bagages des spécialités du pays, pour en porter un présent à cet homme, un peu de baume et un peu de miel, des aromates, du ladanum, des pistaches et des amandes. »

Genèse 43, 11 SER.

La verge d'Aaron était en bois d'amandier : Nombres 17, 8.


Légende et traditions :

La branche fleurir de l'amandier symbolise par sa précocité, la vigilance (amandier et vigilance ont la même racine).

C'est le symbole du réveil de la nature.

Ses fruits ont été considérés par les Hébreux comme un don de la nature.

Au Moyen Âge, on a vu dans l'amande (mandorle de l'italien mandorla = amande) un emblème de la virginité et de la mère du Seigneur. C'est cette « amande mystique », cette auréole ogivale qui est représentée sur les tympans de certaines églises du Moyen Âge comme la célèbre basilique de Vézelay en France.

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Annick de Souzenelle, auteure de Le Seigneur et le Satan, au-delà du Bien et du Mal (Éditions Albin Michel, 2016) :


La coque dure d'un disque est souvent symbolisée dans la Bible par celle d'un fruit. Celle de l'amande par exemple. Luz est l'« amande ». Son nom est aussi celui de la terre sur laquelle le patriarche Jacob s'endort un soir, nous dit le texte biblique. Quitte à me répéter, car j'en ai souvent parlé, je vais préciser ce texte ; il syncrétise magistralement le chemin de l'Homme sur le disque dur de cette terre qui vous voit naître et puis mourir sans qu'on en comprenne bien le sens, pour introduire cette autre dimension de lecture qui éclairera mieux ce parcours.

Jaqob, troisième patriarche d'Israël, obéir à l'ordre du Seigneur : « Va vers toi », que reçurent en Abraham, premier patriarche, toux ceux qui en entendent le sens. (1) Jaqob vient de rompre avec son enfance et ses valeurs infantiles, et tout particulièrement avec Ésaü, son frère jumeau, symbole de sa première identité encore animale. [...]

Je reviens donc vers le mot hébreu Luz, ce fruit de lumière qu'est l('mande dont la coque dure qualifie la terre sur laquelle Jaqob s'étend et s'endort en cette première nuit de voyage. Le mot Luz est construit sur deux radicales, Lemed ל et Zaïn ז, qu'unit la conjonction de coordination Waw ו


Note : 1) Généralement traduit par une redondance : "Va, quitte ton pays..."